‹ Histoire de la Révolution Française, 1789: Les constituantsChapitre 95 sur 117 · LIVRE TBE1Z[EME. SÎS · texte numérisé non relu

LIVRE TBE1Z[EME. SÎS

« Il n'y a rien à foire avec ces roquets que de les laisser " japper d'une manière si discordante. Quand le roi sera

■ tas d'étr* prisonnier, nous verrons. Maissonvenez-vous, ( voos dont je sais que le crédit augmente tous les jours

■ anx Tnileries , qu'il ne faut en aucun cas et sous aucun « prétexte être le confident ni le complice d'une évasion, u et qu'un roi ne s'en va qu'en plein jour quand c'est pour « revenir roi. "

La sitDation de Mirabeau le rejetait de plus en plus dans la dissimulation. La duplicité même des âmes naturellement Tranehes résulte toujours de ces alliances occultes qui commandent le mensonge en imposant le secret. Son ami lui rappelait un jour dans l'intimité le mot de Bacon, dont le génie et la vénalité rappelaient tant Mirabeau Inimétne: « Un peu de philosophie éloigne de la religion.

■ Beaucoup de philosophie y ramène. » Et il appliquait le mot à la monarcbie. Mirabeau battit des mains â l'application, en exagérant encore la pensée de son confident. « Hais ce n'est plus de cela qu'il s'agit maintenant, « ditil. « Aucun homme seul ne sera capable de ramener les « Français an bon sens : le temps seul peut remettre « l'ordre dans les esprits. Avec ce peuple, il ne faut a jamais ni trop présumer ni trop désespérer. Aujourd'hui <c les' FrtnÇais sent malades, trés-maladcs; il faut les « traiter aVec précaution. » '

Sa seconde note au roi et fl la reine revient avec plas de ftirccaiirla Fayette, et dtele le langage que la reine doit tenir «Ice protecteur.

i.Coot^lc

<' Il ne faut pas se déguiser que la crise politique est »ti « comble et se complique d'une manière Irès-efTrayanlç, • dit-il, en frappant, dès le premier mot, le roi et la reine d'une salutaire terreur.

•I D'abord l'armée donne des instruments de brigan- « dage à quiconque voudrait faire le métier de voleur en

■ grand. Mandrin peut aujourd'hui devenir roî d'une et •I même de plusieurs provinces. On est averti que plu- X sieurs grandes villes, et Marseille en particulier, tre^m- » blent de la multitude d'étrangers qui y affluent de toutes " parts.

i> Vient ensuite la scène qu'ouvre la démence d'hier au u soir, dont la Fayette a été, on bêtement ou perfidement,

■ mais entièrement complice; démence que je regarde K comme le brandon de la guerre civile, par les excès et « les violences de tout genre dont un décret, plus insensé « encore par la manière dont il a été rendu que par ses » dispositions, et qui crée évidemment plusieurs années de " troubles, deviendra la cause Inévitable.

u En troisième lieu, la guerre, qui va déchaîner toutes

■ les calamités, et qui, faite follement^ sans système, sans ■I argent, sans discipline, sans aucune possibilité de succès, u établira sur chaque vaisseau et dans chaque régiment « une potence, et constituera le roi et la reine dans une * responsabilité vraiment individuelle.

" Je ne crois pas que le trône, et surtout |a dynastie, u aient jamais couru un plus grand danger. Sans doute il « est encore des ressources. La correspondance de M. de

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LITBE TREIZIEME. 3â7

« Mirabeau, depuis qu'il la pousse avec uoe grande aclivité,

■ lui en découvre tous les jours. Il ne faut pas croire que <i les provinces soient, je ne dis pas à la tcmpéralure de

■ Paris (peut-être sont-elles encore plus exaltées), mais à » son immoralité profonde, à son mépris pour la propriété,

■ i son insatiable désir de tout bouleverser, de tout pren-

■ dre, de tout ravir; enfin, l'excès ne peut pas aller plus u loin, et, par conséquent, il y aura bientôt rémittencc k

I cette fièvre chaude, ou, ce qui revient il peu près aa M même, complication de maladie, d'où résultera la guêrî- •I son ou la mort.

» 11 n'est plus temps, ■ ajouta-t-il, « de se confier & H demi ni de servir à demi. On a assez de preuves que la

II Fayette est également ambitieux el incapable. Il va se « faire faire généralissime, c'est-à-dire se faire proposer le » généralat, c'est-à-dire encore recevoir la dictature de

■ fait, de ce qui est la nalton ou ce qui a l'air de la nation, u Tout son projet, quant â présent, est là. Un plan, il n'en I' a pas; des moyens, il les reçoit de la main de chaque « journée. Sn politique est tout entière à susciter une telle

■ fermentation chez les voisins, qu'on lui laisse la faculté " d'étendre sur tout le royaume l'influence de la populace » de Paris. Il n'y a de ressources à cet ordre de choses que

■ rimbécîllité de son caractère, la timidité de son Ame et « les courtes dimensions de sa tète. Le roi n'a qu'un u homme, c'est sa femme. Il n'y a de sûreté pour elle que

■ dans le rétablissement de l'autorité royale. J'aime à

■ croire qu'elle ne voudrait pas de la vie sans sa couronne ; « mais ce doiit Je suis bien sur, c'est qu'elle ne conservera

■ pas sa vie si elle ne consei^e pas sa couronne.

• Le moment viendra, et bientôt, où il lui faudra essayer « ce que peuvent une femme et un enfant à cheval : c'est « pour elle un malhear de famille; mais, en attendant, il

t faut se metlre en mesure; il ne faul pas croire pouvoir, ( soit à l'aide du hasard, soit à l'aide de combinaisons, n sortir d'une crise extraordinaire par des hommes et des « moyens ordinaires : il faut que la reine parle â la > Fayettft, en tiers avec le roi,. préparé et résolu, et lui u dise :

K Vos fonctions absorbent entièrement vos facultés indl- K viduelles, parce que les forces physiques d'un homme ne K sont celles que d'un homme, el que le danger de tous '< les moments nécessite l'emploi de tous vos moyens per- >■ sonnels et de tout votre temps. Vous êtes obligé de vous K en rapporter, pour les affaires politiques, et va général " pour le gouvernement proprement dit, à vos entours, et « vos entours sont faibles, et vous attendez pour vous ren- II forcer un nouveau ministère, et notre perte, à npus, est •I î'videmmcnl dans l'attente. Il faut donc vous renforcer. « Vous avez et nous avons la conviction qu'outre le talent, ' M. de Mirabeau est le seul homme d'État de ce. pays-ci, H que nul n'a son ensemble, son courage et son caractère. « 11 est évident qu'il ne veut pas aider à nous achever; U u ne faut pas s'esposcr â ce que les circonstances le con- « Iraîgnent i le vouloir ; il faul qu'il soil à nous. Pouc qu'il u soit à nous, il faut que nous soyons à lui. Il lui faut un « grand but, un grand danger, de grands moyens, une * grande^loire, Nous voici résignés ou résolus à Ipi don- « ncr la confiance du désespoir. Je vous demajidç, j'exige, « que vous, vous accoupliez de M' de.Ilirabcaug mais en » cntiçr, mais journellement, mais ostonsiblemenL, mais u dans toutes \çs affaires. H faut que nous ayons son avis a &yeç.le vôtre. Jlfaut que novs puissions nousdijre': «-Ces << deux homiiies''.là. ne sont qu'un. Ce qui est délibéré et •1 convenu entre eux deux est noire volonlé,et cette volonté, >i nous périrons ou clic sera exécutée. »

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a Que fera la Fayette? Un rapprochement politique,

' mais pourtant on rapprochement qui aura l'apparence

Il de l'intimité, el qui donnant à M. de Mirabeau, à un cer<

I lain degré, le secret des affaires, loi fournira les moyens *

I de circonvenir pendant la fédération l'inBuence de la K Fayette.

i( A la vérilé, répond-il , les amis de la Fayette Iravail- H téroAt sourdement Mir^abean dans ropinlott, mais d'abord

II beaucoup moins une fois la coalition avouée; ensuite > Mirabeau prendra immédiatement la direction des bro- K chnres, des feuilles, des journaux, direction beaucoup u plus capitale qu'on ne saurait le croire. II accaparera de V fait la correspondance, ce qui est beaucoup; il aura la

■ grande main sur les choix, ce qui est plus encore; mais,

■ ce qui est tout pour arriver â l'exécution d'un plan, c'est

• que la participation de M. de Mirabeau une fois avouée « des deux partis, il peut, à tous les moments, consulter, « s'enquérir, conseiller, dicter, ce qu! n'empêche pas qu'il

■ faille le plus Idt possible au conseil un homme sûr, dans

■ ce sens de fldéle et intelligent rapporteur de ce qui s'y « passe, et un auprès du roi, enliérement obscur, et son

■ bibliothécaire privé, même sans titre, mats capable « d'être à tons les moments le truchement et le commen-

■ tateur de M. de Mirabeau,

•I Vollù les premiers éléments sans lesquels M. de Mira- K beau ne peut rien que gaspiller ou paralyser ses moyens

* perSMinels, daAsun moment où sa force est son existence. « Voilà les premiers M^ents sans lesquels il ne peut ser- •I vir, Gon(inufll-il à le vouloir, quand (ont est évidemment u-perdu. En un mot, la crise est au comble; plus de demi- « partis : ils ne sont qu'une périlleuse faiblesse. »

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lES COiHSTlTDAHTS.

Consullé dans le même temps par le roi sur Ik conduite i tenir enTers )e duc d'Orléens, expulsé par la Fayette, et qui soliicitait de la cour l'autorisation de reveuir à Paris, il écrit sa septième note, chef-d'œuvre de sagacité politique, où la tactique de Machiavel éclate dans la langue de Mirabeau :

« Est-il probable ou non que le duc d'Orléans reviendra « â Paris? — C'est ce qu'il est inutile d'approfondir.

« Faut'il l'empêcher d'y venir? Comment doit-on le < traiter s'il revient? — Voilà seulement ce qu'il faut. « examiner.

« L'empêcher de revenir serait une fausse mesure. « D'abord ce serait s'y prendre bien tard ; en second Jiea, K de tous les obstacles que l'on mettrait à son retour, il « n'en est aucun capable de l'arrêter, s'il avait un parti « pris; et c'est toujours une grande faute d'ordonner « quand on n'est pas sûr de l'obéisEance. Enfin les c^sla^

■ des, pouvant être regardés par le peuple comme une « persécution de la cour, changeraient le retour du prince « en victoire contre les minislrea ; tes cbstacies créeraient « des dangers dans tm événement qui par lui-mêm« n'en a « aucun. Ceci sera plus facile k montrer en examinant « la conduite qu'il conviendra de tenir dans le cas de son

■ retour.

a L'ancien parti du duc d'Orléans n'existe plus, outre K que les circonstances et les prétextes ne sont plus les « mêmes; ce parti cherchait un chef, «t ce prince n'est

■ plus %u'un faaldoie,

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LITBE TBEIZIEHE. SSl

■ Le parti connu sous le nom des Jacobins n'a jamais

■ été celui du duc d'Orléans ; c'est cependant le seul qui « poisse le rechercher, le seul dont il pût s'élayer. Or

■ cette probabilité, la seule à laquelle on doive s'arrêter, a indique parfaitement la conduite qu'il faut tenir.

■ Traiter issez bien le due d'Orléans pour qu'il n'ait « pas le droit de se plaindre de la cour, on l'anéantir

■ parce que c'est lui ôter tout moyen de se jeter dans un « parti.

« Si, en continuant d'ayolr des liaisons avec la cour, il I se jetait dans les Jacobins, son influence serait beaucoup « moindre, parce que son parti s'en délierait.

« Si les Jacobins l'adoptaient malgré de telles liaisons,

■ ce parti se perdrait lui-même dans l'opinion des démo- « crates, outre que le prince n'est pas assez délié pour « savoir contenter son parti, si on ne lui fournit pas à la ' coor des prétextes de se plaindre.

•t Dans tous les cas, ai, n'ayant aucun prétexte dé se « passer de la cour, il se jetait en forcené dans le parti « des démocrates, on lui ôterait, en le ménageant, le seul « mérite qu'il peut avoir, celui d'un prince persécuté.

■ La mesure que l'on indique a encore deux autres

• avantajies. Le prince h )a cour sera un embarras de plus a pour la Fayette; ces deux ennemis, en présence l'un de « l'autre, se contiendront respectivement.

■ D'un autre cêté, on ne sait point aaset jusqu'à quel

• point, dans les événements que l'anarchie nous prépare, « il sera nécessaire de présenter pour oriQarome le nom

■ d'un prince de la famille royale, et de l'enlever alix fac- < lieux. Cne conduite mesurée est donc nécessaire sous ce « rapport.

■ Elle l'est d'autant plus qu'une persécution apparente « semblerait aujourd'hui l'ouvrage de la Fayette et donne-

IB2 LES OONfiTITCANTS.

« rait au premier f onr amis tous les ciincinJB do second,

■ et que les esprits s'aigriraient de plus en plus; qu'on

> dtmnflrait un idief au parti qui est sans thet^ que la « Fayette deriendrait plus que jamais celui de Ih cour, et a par cela même, tout retour i Un meilleor ordre de ehases <: serait tmpossîbie.

' ■> Les minegunentâ quo l'on indique ne sont d'aucuo

. i danger.' Le duo d'Ortéans «st méprisé des proviMes : on

a y connaît son incapacité, sa légèreté. Paris connaît son

« immoralité. Que craindre d'an tel homme? La seule

■ précaution qu'il faut prendre est de ne pas lui donner

■ (les forces qu'il n'a pas. Le servir, c'est l'affaiblir; le c ménager, c'est le tuer, lui et son parti.

« J'hésite d'autant moins â donner ce conseil qu'il sera 4 toujours tenu de changer de conduite selon les cirwn- « stances. Mais dans ce premier moment je croîs que te

■ roi devrait se borner à dire : Je vous vois, je vous verrai V avec plaisir; mais je désire que votre nom nt êoilpitts « dans la bouche des factieux.

■ Cette marque de bonté du roi l'enchalnora ; se paix

■ avec la cour étera toute apparence aux Jacobins de s'en « emparer. La crainte de perdre ses apanages daos un bonleversemcRt total le retiendra , et si la Fayette

> éprouve un embarras de plus, je ne vois pas grand mal a à cela, a

A la suite de celte note, Mirabeau sollicitait une entrevue avec la reine. M. de Fonlange la faisait espérer en ces termes au comte de la Marck dans un billet du I" juillet au soir.

> Je reçois dans le mdnïcntî M. le comte, un billet par

■ lequel on me mande qu'il y a quelque embarras pour « Tmtrevue' dedemain, â l'heure convenue, et on propose € d«!Urcnvéyerù samedi matini Irait heiires et demie. Je

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