LIVRE TREIZIEME
c n'y vois que l'inconvénient du grand jour. D'ailleurs il a est certain qu'à cette heure-là il y aura peu de monde, « et nue peut^lre elle vaut mieux sous ce rapport que « l'heure du fioir. On me demande aussi une chose que « i'ai oublié de dire, ft M- de Mirabeau,
« On est décidé à revenir ici dimanche, mais on voudrait • revenir passer à Saint-Cloud les trois i>remiers jours de
■ la semaine prochaine, d'abord parce qu'on aime Saint-
■ Cloud, 3° parce que, pendant lesdils jours, les élections « de Paris auront lieu et qu'on croît plus convenable de « n'être pas ici. Cependant on veut faire pour le mieux et € oaveutsavoir... >
La conclusion de chacune de ces notes était toujours de l'or et de l'orl... Mirabeau en voulait à pleines mains pour COQ Ire-bal an cer, par les largesses de la cour confiées â ses propres mains, l'or de la cour qui passait par les mains de la Fayette pour solder les défenseurs de l'ordre. C'est ce mémeor qui passa d'urgence alors par les mains deDanton, incertain encore s'il accomplirait mieux la Révolution en ia contenant qu'en la- faisant éclater en convulsions popu- Jaires. Les cinquante mille francs par mois pour lui-même et les. trois cents francs par moispour son copiste(M.Coinps, dont il fallait payer la discrétion) étaient loin de sulBre à ses services d'homme d'État et à ses prodigalités d'homme de plaisir.
Mais le roi et, l« reine ne se fiaient jtfts tellement è la discrétioi) de Alj[(ibeaiuqu'ils.ne recourussent aecrètementà
331 LES CONSTlTtJANTS.
des directions contraires. Ces conseils, plus intimes, neutralisaient souvent ceux de Mirabeau. Bergasse, orateur médiocre, publicisle obscur, plus sectaire que politique, ami de Mounier et du comte de Virieu, était une sorte d'oracle énigmatique, associant dans ses pensées quelque^ doctrines de libertés provinciales avec l'autorité d'un droit divin et préexistant dans les trônes, et surtout avec un mysticisme religieux qui cherchait le salut dans le miracle, an lieu de le chercher dans la raison. Bergasse professait alors les théories que le philosophe de Maistre et son école professèrent de nos jours, le mépris du raisonnement, l'horreur du progrès, la politique inspirée par révélation surnaturelle aux princes et imposée par la force aux nations, quiétisme de la servitude, complaisants pour les rois, insolents pour les peuples.
Dans le desespoir, on étend la main au hasard sur toutes les théories et sur tous les hommes, pour saisir une espérance, une consolation, un salut. Le désespoir des courtisans avait donné au roi Bergasse pour oracle secret de sa politique. La foi pieuse de Louis XVI, quoique douce et éclairée, s'était exaltée en lui par le malheur. Elle le prédisposait à trouver quelque sagesse dans un partiqui parlait au nom de Dieu, et qui lui offrait, pour hommes d'État, de prétendus prophètes. Le surnaturel est le refuge des imaginations qui n'ont plus rien à attendre des réalités. La reine elle-même, bien que peu accessible au mysticisme, se complaisait dans les nuages de cette politique d'illuminés. Mirabeau découvrit le mystère et s'indigna.
u Je viens de découvrir, « ècrivit-il à l'instant à son confident, « le secret infiniment important que vous me • garderez, mais qui est mal couvert, puisque je l'ai dé- ■ voilé. C'est Bergasse qui conseille en ce moment et qui K pousse la cour. J'ai même (et ceci est capital au plus