‹ Histoire de la Révolution Française, 1789: Les constituantsChapitre 98 sur 117 · LIVRE TREIZIEME · texte numérisé non relu

LIVRE TREIZIEME

de ses périls, mais avoc la résolution d'entraîner la vaine omlire de menarcliie jusqu'à la réalilc de la république. Barnave s'y préparait en sophiste élo<]uenl, aveugle sur les conséqnences de son triomphe, mais heureux d'écraser à force de popularité et de vigueur de raisonnement te grand fllhléte que l'on monlraît à la jeunesse comme la victime certaine de ce combat. Il avait préparé d'irréfutables discours. On a vu par ce que nous venons d'indiquer que les arguments ne manquaient pas plus aux logiciens que le talent A l'oraleor. Mirabeau seul ne pouvait pas se servir de tous les siens. Sa perplexité était cruelle : s'il prouvait trop en faveur de ta royauté, il dévoilait son intelligence avec la cour, et il poignardait la constitution, son propre ouvrage; s'il ne prouvait pas assez, il abandonnait le roi A son malheureux sort, et son ambition périssait avec lui ; de plus il courait & la république, et il ne pouvait plus être républicain depuis qu'il était le stipendié d'une monarchie; enfin, an bord de la république, il voyait le fantôme de la Fayette, et cefantâme le faisait reculer. Son agitation, ses veilles, ses travaux, ses insomnies, ses discours, ses ratures, ses billets, ses angoisses pendant les jours qui précédèrent pour lui la tribune dans cette discussion, attestent à la fois le désespoir de son âme et l'énergie de son inleljigence.'Ses ennemis avaient visé juste : it mourait d'avance sons le coup.

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' ' LA Iribnhe s'ouvrit par un discours de Charles de latnethi qui vint soutenir là proposition ié son frère. Il ènu-

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Dm les COITSTmiANTS.

méra les cal«nités sans nombre que l'ambition arbitraire des rois avait déchalnéca sur leurs peuples. 11 osa même dtër ttenri I-V, le roi des préja((és populaires, qui allEiilj lorsqu'il mourut-,. incendier l'fiarope paur ravir la jenne princesse tle Conié i son mari, o C'est une calomniet » s'éeria l'abbé Msury. ■ Je le prouve par Ions les témoi- « gnagcB historiqœs et par celui même de son ami Sirfly,» répliqua Lameth, ■ Si vous déclarez que le roi pedl faire « la ^erre, » coatiniia-[-il, ■ la constitution sera attaquée, « et peut-éire détruite; le royaume sera ensanglanté dans « toutes ses parties. Si une armée se rassemble, les mé-

< conleiita qu'a faite notre justice iront s'y réfugier ; les ■ gens riches, car ce sont les riches qui composent le nom>

< bre des mécontents : ils s'étaient enrichis des abas, et « TOUS avez tari la source odieuse de leur opulence ; les « gens riches emploieront tous leurs moyens pour répana dreetpour alimenter le trouble et le désordre; mais ils « ne seront pas vainqueurs, car s'ils ont de l'or, nous « avons du fer, et nous savons nous en servir 1... ■ ( On applaudit avec transport dans toutes les parties de la salle.)

Malouet répondit en homme d'État libre de tout lien avec les deux partis qui cherchaient non la vérité, ttais la faveur publique. 11 démontra froidement que, dans an gouvernement libre et représentatif, le roi, qaoique justement iuvesli de cette attribution, était dans l'impalssanoe de continuer une guerre commencée contre le vœu et l'intérêt de son peuple. Il invoqua toutes les forées modetnes de l'opinion pour attester l'inpOssibilité de la tyrannléet des -conquêtes. Ilconclutfaiblement par exiger te cMsentenKnt du -pouvmr législatif aux déclarations de gse^re et aux traités, (kmsenlir, c'est vouloir. Il livrait, en réalité, l 'Mtributiim royale après l'avoir défendue.

fiétioD feoillct* l'histoire d'aae niaàu- répàbUto^ et

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LIVKE ffKElZlEHE. SM

convainqait tous l«s rois de l'Europe et Louis XVI laimême, qu'itappela le roi ciloyen, de forfaiture aux intérêts et à la vie de leurs peuples par des guerres iniques. Il osa flétrir la guerre d'Amérique elle>môme, entreprise, dit-il, pu: une jalouse rivalité «vec l'Angleterre, et noa pour le triomphe de la liberté sur un nouveau monde. ■ Et « où sera le prix proportionné, » s'écFia4-il, •> aux crimes <i et aux calamités d'une guerre ruineuse et meurtrière? La ■ tête d'un roi rèpcmdra't-elle des millions de vies perdues •• par aoD crime? » Ce discours de Pétion, qui remplit toute une séance, éuil Je fondement de sa renommée future. L'orateur capable d'avoir pensé le discours de Pélion pouvait dey«uir un caractère équivoque, mais il ne pouvait être un esfrit médiocre.

. L'abbé Haury loi suceéda. Son argiuDeBlalion fut inta- TÎssable, irréfutable, amère d'évidence, sarcastique contre «iD droit indivisiUe divisé' fiBtre un pouvoir légidatif et un pouvoir fix^t^if qui ne pont attendre devabt une guerre innûntnte ou intentée. Il déawntni, jusqu'à. la satiété de QoavieliQn,.queba guerres étaient toujours ou des questions et politique préméditée ^ai dqaaandBinnt :1e secretdont un «otps : législatif était incapable, «u des questions deipéril ptublic etd'dcgence qui dunandaient la j»omptitiide et qoi M Bouffraîeot pas la déUbératioo, pendant laquelle la nation aurait péri avant .d'être défendut; Tout fui «ai» dans sa bouehti. L'pnileur raduit la raison snipette : àlparsis-

s» IBS OOKSTITSAKf S.

sait trop royaliste poar que la «érilé, nètm ea lut, ne

parAl pas une attaque ou un pi^e à la nation.' '

La fin de son diseours Tut l'oruson fonébre delà monarchie. Les larmes OFaloJree qu'il répandit arracbËreal des larmes sincères- aus royalistes et mftsie eux patriotes.

Après avoir oppqsé les souvenirs idéalisés de la paix, de la force et de la grandeur de la patrie sous les r«is à la perturbation présente :

< Qu'^1 aujourd'hui la France? » s'écrte l'abbé Maury.

■ Les ancienues discordes civiles, la Frauce les avait ou- € bliées depuis deux siècles j le trésor publia était obéré, c mais les Français étaient riches; les économie», la ré- > forme des abus, et- surtout les vertus dé notre roi, nous a offraient des ressources imineases pour acquitter lft:dette

■ de l'État; tous les genres de biens étaient, je ne dis pas « possibles, mais faciles ; et les représentants de la naliou, « armés d'une toute-puissance d'opiaion à laquelle rien ne a résistait, s'avançaient au milieu des bénédictions uni- « verselles, pour régénérer ce beau royaume, dont l'Bu- « rope entière semblait devoir envier bientôt la prospé- - rilél...

< Qu'est-ce aujourd'hui que la France T Un triste d^et « de pitié pour toutes les nations. Le palais solitaire de

■ nos rois!,.. Le^peuple le plus doux de l'uBiTors!... Je

■ m'arrête. Je vois de loinle^éniede la France, déchirant « de oOs annales ces pages ensanglantées qu'il< faudrait K dérober à nos descendants. Tontes les pfropriétêi: sont a aujourd'hoi menacées ou aièconnues; le brigandageest

■ univereel et impuni; une émigration f^nérale a dispersé • nos coneiloyeos et nos trésors ; des «ignaux «leribMts a de détresse s'élèvent à la fois de toutes nos proWnees; « les peuples ne veulent obéir qu'aux dédrels qui' flattent < leurs- passion»; que dis-je I oa ose fabriquer m loia>des

UTRS TREIHEHE. 39ff

«: décrets pour oommander des. crimes au nom d«s repré- € sentants de ta France t Un peuple qui veut être libre € oublie qu'il n'y anra jamais de liberté aans la soumission

■ aux lois. Plus de subordination, plus de tribuiianx, plus

■ d'armée. Je me trompe : douze cent mille hommes tmt a lésâmes â la main, sans eoiinaftre, sans avoir un seul c ennemi. Tous ceux qui doÏTeiiC payer i'impdt sont

■ armés; tous ceux qui doivent le faire payer sotit désàr' « mes. Les: insurrections ont tari la source des tributs; la «-fortune publique est en danger; toutes les classes des

■ GÏtoyenï s^thaervent avec inquiétude et jalousie; le^

■ classe» inférieures de la société ne veulent plus admettre « ài'égaiîlé, dans les assemblées primaires, les citoyens

■ doDl^ la prééminence n'avait jamais été contestée. La

■ rdigioD, qui pouvait seule ramener les hommes A cette

■ unité 4e principes et d'intérêts sans laquelle il ne peut a esisler aucun esprit public, voit tous ses ressorts brisés

■ DU détendus. Tous les anciens rapports qui liaient le € puissant au faible, le riche au pauvre, sont anéantis.

- c Bttiinj que deviendra la France ainsi divisée, ainsi a couverte de ruines et de débris? C'est la grande et triste

■ ^question que s'adressent mnluelleiuent tous les citoyens « dès que leurspenséespenvent s'épancher en liberté dans

• ^les inquiètes prévoyances des entrelieiis les plus in- « timcs. Consternés du pràsenl, épouvantés de ravesir, «'ils cfaerchent avec effroinne is«ie à tant de calamités,

• et ils n'e» dèconvrent aucune; ils ne connaissent plus

< d'état solide, plus de fortune assurée, plus d'asile invioc lable, etv quand-ils lèvent les yeux vers le Irdne, du « milieu' de cette> rèvolutiou qui n'a fait encore que des

■ vietimes, ils se Voient placés entre trois nouveaux dè^s-

< Ires dont l« France est aujourd'hui menacée : je veux t dire entra le despotisme do goaTereemenI, IH&viuion

I des étrangers et le démembrement des provinces da I royaume. >

Enfin, Hirabean, qui avait vainement attendu faniave, et que, tout le monde, amis et ennemis, Kltendait^ parut à la tribune. Il s'était habilement étudié depuis fauit jonrs à déplacer tellement la question , que son discours ne pût être ni accusé par le parti populaire ni Bccueilli par le parti monarchique, mais que, tombant d'en haat: eomme l'éclair du génie d'un législateur, il eût, aux yeux du peuple comme aux yeux de Ja cour, l'imparlIaJité d'na d^me utile à tous. Mais dnns uq temps de partis et dans une bouche suspecte, cet effort dépassait les forces humâmes. Il y égala néanmoins son éloquence. Jamais argumentation plus compacte ne revÊtit de plus de splendeur le raisonnement, le tissu d'idées dont cliaque fil, rattachéà l'autrepar la logique, forme l'inextricableeÂbledont un orateur eocjbiâne les esprits, et où chaque chaînon a la solidité et l'éb^issement de l'or. Cette lutte de parole entre le» grands esprits de l'Assemblée et le plus grand esprit des temps modernes fait trop de gloire à l'e«pril humain tout entier pour ne pas faire partie de l'histoire. Il faut, malgré, son éleadoe, la reproduire vivante à la mémoire des bommes^. Le récit, quelque détaillé qu'il fût, serait td moins historiqwe que les monuineAtSi . ..

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