‹ Histoire de la Revolution francaise, 1789 (volume 2)Chapitre 12 sur 34 · RÉPOND RE · texte numérisé non relu

RÉPOND RE

Robespierre. Comment oser encore justifier des ouvrages qui font les délices de l'aristocratie? Apprends, Camille, que si tu n'étais pas Camille, on ne pourrait avoir autant d'indulgence pour toi. La manière dont tu veux te justifier me prouve que tu as de mauvaises intentions. Brûler n'est pas répondre ; mais cette citation peut-elle trouver ici son application ?

Camille. Mais, Robespierre, je ne te conçois pas. Comment peux-tu dire qu'il n'y ait que les aristocrates qui lisent ma feuille? La Convention, la Montagne, ont lu le Vieux Cordelier; la Convention, la Montagne, ne sont donc composés que d'aristocrates? Tu me condamnes ici; mais n'ai-je pas été chez toi ? Ne t'ai-je pas lu mes numéros, en te conjurant, au nom de l'amitié, de vouloir bien m'aider de tes avis, et de me tracer le chemin que je devais tenir?

Robespierre. Tu ne m'as pas montré tous tes nu-

méros; je n'en ai vu qu'un ou deux. Comme je n'épouse aucune querelle, je n'ai pas voulu lire les autres ; on aurait dit que je les avais dictés.

Danton. Camille ne doit pas s'effrayer des leçons un peu sévères que l'amitié de Robespierre vient de lui faire. Citoyens, que la justice et le sang-froid président toujours à vos décisions. En jugeant Desmoulins, prenez garde de porter un coup funeste à la liberté de la presse. »

On lit les numéros du Vieux Cordelier ; mais avant d'arriver au cinquième, dans lequel l'auteur se justifie, Robespierre s'écrie avec hypocrisie : « L'opinion doit être fixée sur Camille. x4 l'aide de sa massue redoutable, il porte le coup le plus terrible à nos ennemis ; à l'aide du sarcasme le plus piquant, il déchire les meilleurs patriotes ; c'est un composé bizarre de vérités et de mensonges, de politique et d'absurdités, de vues saines et de projets chimériques et particuliers. D'après tout cela, que les Jacobins chassent ou conservent Camille, peu importe, ce n'est qu'un individu; mais ce qui importe davantage, c'est que la liberté triomphe et que la vérité soit reconnue. Dans toute cette discussion, il a beaucoup été question d'individus et pas assez de la chose publique. Je n'épouse ici la querelle de personne, Camille et Hébert ont également des torts à mes yeux. »

La société ayant prononcé l'exclusion de Camille, Robespierre dit : « Que m'importe, à moi, que Ca-

» mille soit chassé, si mon opinion est qu'il ne peut » pas l'être seul ! tous les hommes de bonne foi doi- » vent s'apercevoir que je ne défends pas Camille, » mais je m'oppose seulement à sa radiation isolée; il » faut que tous les intrigants, sans exception, soient » dévoilés et mis à leur place. Je demande que la so- » ciété regarde son arrêté comme non avenu. » Cette conclusion fut adoptée.

XVII. On arriva au 21 janvier (2 pluviôse). Les Jacobins et la garde nationale de Paris se présentèrent à la barre de la Convention, pour demander que l'anniversaire de la mort du tyran fût célébré tous les ans. Un décret conforme fut immédiatement rendu .

« Je demande aussi, s'écrie Couthon , que la Convention nationale, par un mouvement spontané, exprime cette pensée terrible pour les tyrans, consolatrice pour les peuples : Mort aux tyrans, paix aux chaumières! Vivre libres ou mourir I Tous les députés se lèvent etjépètent ce serment; puis vont, avec tous les citoyens, célébrer la fête sur la place de la Révolution * .

Cet enthousiasme ramenait la victoire sous les drapeaux de la France. L'armée du Nord, enfin commandée par un général républicain, Jourdan, rencontra à Wattignies l'armée autrichienne, la mit en déroute

» Quelques jours après (IG pluviôse), un décret abolit l'esclavage dans toutes les colonies.

(25-26 vendémiaire) et la força d'abandonner le siège de Maubeuge, qu'elle poussait avec vigueur. Jourdan fut puissamment aidé par le représentant Duquesnoy, qui se distingua à la tête d'un corps de troupes, dans une attaque très-vive.

Les Autrichiens et les Prussiens, ayant forcé les lignes de Wissembourg, avaient failli s'emparer de Strasbourg ; mais Saint-Just et Lebas, envoyés en Alsace, déconcertèrent leurs mesures. Le duc de Brunswick ayant fait assiéger le fort de Bitche par un émigré, ancien ingénieur de la place, la colonne d'attaque fut presque entièrement détruite et son chef fusillé (27 brumaire). Hoche, dans les Vosges, battit plusieurs fois les Prussiens. Après avoir débouché des montagnes, il écrasa le corps de Hotze, prit ses canons et occupa les hauteurs de Lieb-Frauenberg. tl opéra alors sa jonction avec l'armée du Rhin, aussi victorieuse, commandée par Desaix.

Wurmser, craignant une attaquedecesdeux armées, tenta sa retraite derrière Wissembourg ; mais Hoche et Desaix ne lui en laissant pas le temps, l'enveloppèrent et le battirent complètement. Ils s'emparèrent (6 nivôse) de Lauterbourg , de Kaiserslautern , de Spire, et firent lever le blocus de Landau '. Wurmser

1 Le siège de Landau avait été commencé, le 27 octobre, par le prince de Prusse, qui y lança des bombes et des boulets rouges. Mais le courage de la garnison avait forcé le prince à change!1 le siège en blocus. Lorsque Hoche délivra la ville, il réunit les officiers et les

épouvanté, repassa le Rhin, abandonnant toutes les lignes de la Lauter et de Wissembourg.

La prise de Lyon et de Toulon, la défaite des Vendéens, les succès des armées de la république dans le Nord et sur le Rhin, jetèrent l'épouvante dans le conseil des rois. Pitt surtout, qui avait annoncé que la fin de 93 verrait périr la république, redoutait les attaques de l'opposition dans le parlement anglais. Ses adversaires, Fox, Shéridan,Stanhope, voyant leurs prévisions réalisées, pouvaient maintenant demander compte au premier ministre de ses intrigues et de ses dépenses ruineuses et déshonorantes pour leur nation. D'ailleurs, Pitt pensa qu'une trêve avec la république aurait le double avantage de laisser les factions s'entredétruire en France avec plus d'acharnement , et de donner aux puissances coalisées le temps de recommencer leurs préparatifs. En tous cas, si la république repoussait ses propositions, il espérait prouver que les Français ne rêvaient que guerre et destruction.

Les rois adoptèrent son opinion, et proposèrent une trêve de deux ans, en promettant de reconnaître provisoirement la république, et de faire la paix, aussitôt que la France aurait un gouvernement stable.

Le comité de salut public fut unanimement d'avis

félicita de leur courage. Un des représentants, qui l'accompagna, leur dit : « Vous êles une garnison bien étonnante. — Non pas, répon- » dirent-ils ; il n'y a rien d'étonnant à faire son devoir et à mourir » pour la république. »

de rejeter ces propositions, autant pour déjouer le piège qu'elles cachaient, que par respect pour la dignité de la nation française. Barrère fit un rapport à la Convention, le 13 pluviôse. Après un tableau détaillé et merveilleux des ressources actuelles de la république en hommes, en armes et en munitions \ il dit que la promesse de reconnaître la république était ridicule, car la république n'avait pas besoin des rois pour subsister. Il montra le danger de laisser refroidir l'enthousiasme républicain, et dévoila la ruse des princes coalisés.

« Quels que soient leurs projets, ajouta Barrère, quels que soient leurs moyens, notre politique se réduit à quelques maximes usuelles : « Chasser les tyrans, » détruire leurs armées, ruiner leurs trésors, se forti- » fier au dedans sans s'étendre au dehors; porter tou- » tes les parties de l'administration au plus haut degré » de perfection ; augmenter la puissance publique par » les vertus des particuliers et la fortune des royalistes,

1 « Tous les Français sont soldats, dit-il ; les fortunes particulières forment au besoin la fortune publique; les jouissances cessent d'être individuelles ; elles se mettent en masse. » Depuis le 21 janvier 93, la Convention avait fait une large application de ce principe sacré, ainsi qu'on l'a vu. Mais, comme dans les villes assiégées, on avait éprouvé quelques difficultés, la Convention les fit cesser pour l'avenir par le décret du 16 nivôse, ainsi conçu : « Dans toute ville assiégée, bloquée ou cernée par les troupes ennemies, les denrées et les habillements, nécessaires à l'existence des citoyens, leur seront distribués également en raison des besoins, et seront payés aux propriétaires, aux frais de la république. »

» des conspirateurs et des traîtres ; travailler sur les » lois, les mœurs et les opinions; maintenir un gou- » vernement révolutionnaire et vigoureux , qui im- » prime à la nation le caractère de majesté qui lui » appartient; former une politique vaste, profonde et » suivie , d'après un plan fixe, basé sur le patriotisme » et la vertu ; ne jamais poser les armes que l'honneur » du nom français ne soit satisfait ; ne pas s'aveugler » ou s'endormir sur les succès ; ne pas se laisser abattre » par les revers.; faire passer tous les hommes par » toutes les fonctions publiques, pour enseigner les » uns et désenorgueiilir les autres; former des citoyens » fiers du nom de leur patrie, dévoués à la république » comme les Décius, les Coclès,et se croyant, comme » les Romains, libres, supérieurs à tous les rois. »

La Convention, à l'unanimité, rejeta les propositions des ennemis de la France ' .

C'étaient là de belles maximes. Le comité de salut public résumait, dans ce rapport, l'opinion d'un grand peuple. Il faisait justice de ces ténébreuses intrigues, de cette fausse habileté de la diplomatie, qui a tou-

1 Les rapports du comité paraissent des hors-d'œuvres, des déclamations de rhéteur. Ils étaient, en effet, remplis de lieux communs, de déclamations insupportables au lecteur de sang-froid. Mais leurs auteurs n'avaient point pour but de faire briller leur esprit. Us voulaient surtout entretenir l'enthousiasme des armées, en vantant leurs exploits. Les rapports de Barrère, traduits dans toutes les langues et répandus dans chaque commune, dans chaque bataillon, ne contribuèrent pas peu aux actions d'éclat. Souvent, au moment de monter à l'assaut, officiers et soldats s'écriaient : Barrère a la tribune !

jours consisté davantage à tromper tous les peuples que les princes ennemis. Les fautes du comité de salut public ne doivent être imputées qu'au manque de judiciaire, qui lui fit trop souvent continuer les errements des pouvoirs antérieurs. Il ne sut point assez s'en affranchir dans la pratique; mais il avait, sans contredit, le sentiment du grand et du vrai. Il comprenait que la politique d'une république ne doit chercher ses mobiles et ses inspirations que dans la vertu, dans la franchise des gouvernants, la soumission des mandataires aux vœux du peuple, dans une prompte et sévère justice envers tous les coupables. Ces mots république, démocratie, loyauté, vertu, désintéressement, sont synonymes. C'est surtout d'un gouvernement démocratique qu'on peut dire, comme le rappelait Camille Desmoulins, que la première des conditions imposées à l'homme d'Etat et au législateur, c'est d'être un honnête homme et un citoyen dévoué.

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