‹ Histoire de la Revolution francaise, 1789 (volume 3)Chapitre 2 sur 31 · IV · texte numérisé non relu

IV

pas opportune, ils accueillirent froidement la section Marat. Pache avait eu la prudence de ne pas assister à cette séance.

La Convention, inquiète, craignait un nouveau 31 mai; le comité de salut public consulta Danton qui lui dit de sévir1. Sur un rapport de Barrère et une motion de Tallien, un décret chargea l'accusateur public et les comités révolutionnaires de rechercher les auteurs de la conspiration. Collot-d'Herbois, patron des Hébertistes, qu'Hébert appelait le géant exterminateur des pygmées , s'aperçut que ses amis avaient manqué leur but, et s'efforça de tout concilier. Il courut aux Jacobins, parla beaucoup de l'agitation du peuple, et invita tous les républicains à se serrer autour du comité. Les Jacobins ne croyaient pas à une agitation qui, en effet, n'existait pas. Renaudin fut applaudi en traitant d'agents de l'aristocratie ceux qui parlaient d'insurrection : Qu'ils se montrent, dit-il, et nous verrons qui d'eux ou de nous triomphera. Carrier entreprit d'expliquer la séance des Cordeliers; les journaux, disait-il, F avaient mal rendue, car on n'avait parlé d'insurrection que condilionnellement.

Cette séance fut terminée par la nomination d'une députation chargée d'aller exposer aux Cordeliers la nécessité de l'union la plus intime. Les Cordeliers

1 Garât.

assurèrent que leurs menaces n'avaient été que conditionnelles, et déchirèrent, en signe d'alliance, le voile qui couvrait la déclaration des droits de l'homme.

Le 19 ventôse, Hébert rendit encore plus explicite la rétractation, en s'élevant « contre l'audace de certains écrivains qui avaient osé publier que la société voulait dissoudre la représentation nationale. » Le 22, les Cordeliers vinrent renouveler aux Jacobins l'assurance de la fraternité la plus intime. Dufourny fit prendre à la société un arrêté, par lequel les Cordeliers seraient préalablement forcés de s'expliquer sur la démarche de leur section au conseil général.

V. Les Hébertistes n'en eurent pas le temps. Le comité de salut public s'assura le concours d'Henriot1, qui, quoique très-dévoué à la république, et partisan des ultra-révolutionnaires, les abandonna, comprenant qu'ils n'étaient pas les plus forts. Le 23 ventôse, l'ordre secret fut donné à l'accusateur public d'arrêter les Hébertistes, dans la nuit. Saint-Just présenta à la Convention un rapport contre eux, mais sans les nommer. «On commet, dit-il, des atrocités, pour en accuser le peuple et la révolution. L'étranger corrompt tout; son but, depuis que la simplicité des habits est établie, est d'appliquer toute l'opulence à la voracité des repas, aux débauches, à la ruine du peu-

1 Levasseur, t. III, p. 56.

pie, et de tenir tous les crimes à sa solde. L'ambition, l'amour de la célébrité, la manie des places et des jouissances qu'elles procurent, a jeté beaucoup d'hommes dans la faction de l'étranger qui veut rétablir un roi. Il faut enfin que la justice et la probité soient à l'ordre du jour dans la république française. Le gouvernement désormais ne pardonnera plus de crimes. Peuple, n'écoute plus les voix indulgentes ni les voix insensées; chéris la morale; juge par toi-même ; soutiens tes défenseurs; élève tes enfants dans la pudeur et dans l'amour de la patrie; sois en paix avec toimême, en guerre avec les rois; c'est pour te ralentir contre les rois qu'on veut te mettre en guerre avec toimême *. »

Le rapport était aussi rempli de menaces vagues et terribles contre les Dantonistes. Saint-Just conclut, en demandant les pouvoirs les plus absolus pour le comité de salut public, et les pénalités les plus arbitraires. Son projet de décret porlait nolamment les articles suivants :

« La résistance au gouvernement révolutionnaire et républicain , dont la Convention nationale est le centre est un attentat contre la liberté publique. Quiconque s'en sera rendu coupable, quiconque tentera, par quelque acte que ce soit, de l'avilir, de le détruire ou de l'entraver, sera puni de mort.

1 Selon l'habitude de Saint-Just, ce rapport ne touchait aucunement à la question.

» Il sera nommé six commissions populaires pour juger promptement les ennemis de la révolution, détenus dans les prisons. Les comités de sûreté générale et de salut public se concerteront pour les former et les organiser.

» Les prévenus de conspiration contre la république, qui se seront soustraits à l'examen de la justice, sont mis hors la loi.

» Tout citoyen est tenu de découvrir les conspirateurs et les individus mis hors la loi, lorsqu'il a connaissance du lieu où ils se trouvent.

» Quiconque les recèlera chez lui ou ailleurs, sera regardé et puni comme leur complice.

» Les individus arrêtés pour cause de conspiration contre la république ne pourront communiquer avec qui que ce soit, ni verbalement ni par écrit, sous la responsabilité capitale de ceux qui sont préposés à leur garde et à celle des prisons ; quiconque aura participé ou aidé à ces communications sera puni comme leur complice.

» Sont déclarés traîtres à la patrie et seront punis comme tels, ceux qui seront convaincus d'avoir, de quelque manière que ce soit, favorisé dans la république le plan de corruption des citoyens, de subversion des pouvoirs et de l'esprit public; d'avoir excité des inquiétudes à dessein d'empêcher l'arrivage des denrées à Paris ; d'avoir donné asile aux émigrés ; ceux qui auront tenté d'ouvrir les prisons; ceux qui

auront des armes dans Paris, dans le dessein d'assassiner le peuple et la liberté; ceux qui auront tenté d'ébranler ou d'altérer la forme du gouvernement républicain. »

Ainsi, Saint-Just, tout en parlant avec emphase de vertu et de philosophie, commandait aux citoyens la délation, et leur défendait la pitié, sous peine de mort. Il ne se trouva pas une seule voix dans la Convention pour protester contre les dispositions immorales de ce projet, qui fut décrété à l'unanimité. C'était mépriser de la façon la plus audacieuse les principes mêmes de la révolution. Si les circonstances extraordinaires permettent de recourir aux moyens extrêmes, elles n'autorisent jamais à violer les sentiments intimes de l'honnête homme et de la morale éternelle.

VI. Dans la nuit qui suivit ce décret, Ronsin, Vincent, Hébert, Momoro, Ducrocquet et Laumur furent arrêtés et renfermés à la Conciergerie 1 . On voulait arrêter aussi Pache et Chaumette ; mais, sur l'intercession de Danton, qui avait de l'estime pour eux, ils échappèrent cette fois.

Ces arrestations produisirent une sensation douloureuse parmi d'ardents républicains. Robespierre et Billaud-Varennes, craignant des troubles, se rendirent à la séance des Jacobins, où ils déclamèrent à

1 Voir la lettre de Fouquier-Tinville, au comité de salut public, du 24 ventôse.

l'envi contre les prévenus, qu'ils peignirent comme « ayant travaillé activement à l'extermination de la Convention pour proclamer un régent. » Tallien attaqua les vaincus avec un acharnement qui ressemblait à de la lâcheté. Tout le monde parut abandonner les Hébertistes , et la société jura de n'épargner aucun conspirateur, quels qu'eussent été ses antécédents révolutionnaires.

Le club des Cordeliers accueillit plus noblement la nouvelle de l'arrestation de ses amis. Chenaux annonça que Momoro, président, était dans les fers, avec plusieurs autres patriotes. Gobert, vice-président, ne se trouvant pas présent, la société craignit qu'il n'eût partagé le sort des « opprimés, » et députa chez lui pour s'en informer, et le prendre sous sa protection. Chenaux occupa le fauteuil, et invita la société au calme ; il dit que la déclaration des droits était de nouveau violée, et en fit faire une seconde lecture, au milieu d'un silence sombre et religieux. Àncart fait l'apologie des opprimés, et dénonce le cordelier Prétot, pour avoir dit dans un groupe qu'Hébert était un scélérat. Prétot demanda s'il n'était pas vrai que l'on eût proclamé l'insurrection à la tribune. Un grand tumulte s'en suivit : des membres crièrent oui, d'autres non ; Prétot fut chassé de la société.

Brochet et Bouin, arrivant en ce moment des Jacobins, annoncèrent que leurs amis étaient accusés

1h HISTOIRE

d'une horrible conjuration ; ils donnèrent les détails qu'ils venaient d'apprendre de la bouche de Robespierre et de Tallien. Plusieurs membres s'écrièrent que tout cela était invraisemblable, et la société persista dans la résolution de protéger ses amis persécutés. Un membre avant demandé la lecture des listes des citoyens « qui avaient signé des pétitions anticiviques, comme bons à connaître s'il fallait sonner le tocsin et frapper, » la société répondit à celte motion violente par des murmures et l'ordre du jour.

Les Cordeliers ne furent pas les seuls qui témoignèrent de l'intérêt aux captifs. Dans cette même soirée, des députations de la société de ï Ami du peuph el de celle des Hommes libres vinrent « prendre conseil de leur sagesse. »

VIL II paraît que l'arrestation des ultra-révolutionnaires fit considérer le gouvernement, par un grand nombre de patriotes, comme subissant l'inlluence des hommes qui craignaient le développement social de la révolution1. Aussi, pour rassurer les républicains, les comités firent immédiatement mettre en accusation Fabre, Chabot, Delaunay, Julien et Bazire, du parti modéré, sans leur permettre de s'expliquer devant la Convention.

Hérault-Séchelles etSimond (du Mont-Blanc) furent

1 Les comités donnaient, au surplus, un effet rétroactif à la loi. En outre, ils frappaient Vincent et Cloolz, bons républicains, qu'ils con fondaient avec un Proly, un Hébert, agents d'intrigues et de crimes.

arrêtés à leur tour (26 ventôse), par ordre du comité de salut public. « Hérault, à ce que disait Saint-Just, avait donné, à un prévenu d'émigration, asile dans son appartement, où le comité révolutionnaire de la section Lepelletier l'avait découvert. Cet homme ayant été arrêté, Hérault et Simond se présentèrent dans le lieu où il était déposé, et demandèrent à lui parler. Les gardes leur objectèrent que la loi interdisait toute communication avec les prévenus de conspiration, à peine d'être traité comme leurs complices. Les deux députés exhibèrent de leur qualité pour parvenir auprès du prévenu. »

La Convention confirma leur arrestation, sur la simple allégation de Saint-Just, qui était mensongère. L'homme dont il s'agissait ne pouvait pas passer aux yeux des deux députés pour un prévenu d'émigration, puisqu'il avait reçu une mission du comité de salut public. En second lieu, ces députés ne firent que réclamer cet homme au comité de sûreté générale, et lui rendre compte de leurs démarches, sans aucune opposition et en présence des gardes1.

La haine du comité contre Hérault venait de plus loin. Ce dernier était mentionné, dans une lettre étrangère, comme ayant livré un secret du comité. La lettre saisie, Billaud accusa Hérault, et le força de donner sa démission-, quoique innocent. En effet, les

1 Rapport de Saladin, en l'an m.

2 J'ai vu un billet de la main de Robespierre à Hérault-Séchelles

émigrés et les diplomates étrangers avaient imaginé d'écrire souvent aux chefs de la république des lettres dans lesquelles ils accusaient réception d'un trésor ou d'un secret que ceux-ci leur auraient livré ; Robespierre lui-même en reçut plusieurs. On se laissa prendre quelquefois à ce piège grossier 1 .

VIII. Des députations de sections se succédèrent à la barre de la Convention pour la féliciter « d'avoir découvert la conjuration ourdie contre la représentation nationale et la liberté. » Un pétitionnaire ayant chanté des couplets soi-disant patriotiques, Danton l'interrompit en disant que l'on ne devait pas changer la barre de la représentation nationale en tréteaux, et fit décréter que l'on n'entendrait que des choses sérieuses.

Le conseil général n'étant pas venu féliciter la Convention, le comité de salut public fit jeter dans les fers Chaumette, son procureur syndic2. Bourdon (de

(11 nivôse), « pour V inviter à opter dans le jour entre la persévérance dans sa démission et un rapport du comité sur la dénonciation dont il a été l'objet. »

1 Hérault fut pur et généreux dans toute sa carrière. Immensément riche, il fut l'un des premiers et l'un des plus sincères républicains. La postérité ne peut s'expliquer certaines défiances. On a bien accusé Billaud-Varennes lui-même de trahison. C'est encore une absurdité. Les historiens ont cru à celte trahison, sur la foi d'un Mémoire étranger, écrit longtemps après la révolution. Mais toute la vie de Billaud répond suffisamment à cette assertion calomnieuse.

2 Lorsqu'il arriva au Luxembourg, les suspects, qui lui atlribuaient leur détention, se moquèrent beaucoup de lui, et dirent : Je suis suspect, tu es suspect, etc.. faisant allusion à l'arrêté absurde qu'il

l'Oise) qualifia de complicité le silence du conseil général, et fit rendre le décret suivant : « La Conven- » tion nationale charge ses deux comités de salut » public et de sûreté générale de procéder, dans le » plus court délai, à l'examen de la conduite, et à » l'épuration des autorités constituées de Paris, qui, » dans ces circonstances, ont gardé le silence sur les » événements présents. »

Le lendemain, Pache et Lubin, officier municipal, félicitèrent la Convention de son active surveillance et jurèrent, au nom de la commune, de ne jamais l'abandonner. Ruhl, qui présidait, reprocha au conseil général d'être venu si tard témoigner à la Convention l'intérêt qu'il prenait à son sort; il rappela au conseil que sa mission était toute locale, et lui fit sentir qu'aucune tentative d'insurrection ne serait soufferte à l'avenir.

Plusieurs députés proposant l'impression de cette réponse, Danton s'y opposa. « Sans doute, dit-il, la réponse du président est digne de la majesté du peuple, mais il y règne une sévérité qui peut être mal interprétée. Il ne faut pas frapper de prévention une administration tout entière, parce que quelques-uns de ses membres ont pu être coupables. Epargnons à la commune la douleur de croire qu'elle a été censurée avec aigreur. » — « Je vais m'expliquer à la tribune !

avait fait prendre, et d'après lequel toute la France était suspecte, (Beaulieu, t. V. — Nougaret.)

s'écrie Ruhl. Viens, Danton, viens, mon cher collègue, occuper le fauteuil à ma place. » — « Non, vénérable vieillard, répond Danton, tu l'occupes trop bien; je n'ai pas parlé contre toi; je n'ai parlé que de l'impression que pouvait produire ton discours mal compris. Pardonne-moi : je te pardonnerais moimême une pareille erreur. Vois en moi un frère qui a exprimé librement son opinion. » Ruhl, attendri, courut se jeter dans les bras de Danton , et tous deux s'embrassèrent, au milieu de l'enthousiasme général.

Le 7 germinal (27 mars), le comité de salut public fit décréter le licenciement de l'armée révolutionnaire. « Instituée au milieu des troubles publics et des ambitions particulières, dit Barrère, elle a rendu des services; car en général, elle avait un bon esprit, mais le crime de son chef Ronsin l'a rendue souvent contraire au but de son établissement. »

Le 9 germinal, le Comité reconstitua presque entièrement la commune. Fleuriot-Lescot fut nommé maire en remplacement de Pache. Payan, juré au tribunal révolutionnaire , créature de Robespierre, homme intelligent et très-dévoué, devint agent national, nom par lequel on remplaça celui de procureur de la commune', Moenne et Lubin lui furent adjoints comme substituts.

Le club des Cordeliers, tremblant de l'énergie du gouvernement , déclara qu'il ne discuterait plus l'af-

faire des opprimés, puisqu'elle était portée au tribunal révolutionnaire. Il nomma une commission d'épuration, composée des quatorze anciens Cordeliers qui avaient eu le courage, après avoir échappé aux balles des royalistes au Champ-de-Mars, de s'assembler le lendemain solennellement, malgré les menaces de Lafayette. La société se rendit aux Jacobins, afin d'inviter les membres de la Convention qui en faisaient partie, à fréquenter plus assidûment ses séances. Legendre , Robespierre et Tallien déclarèrent qu'ils ne pourraient correspondre avec elle, qu'après son entière génération. « Deux baisers, dirent ces orateurs, ont été donnés entre les Cor délier s et les Jacobins ; au troisième baiser, nous devions être poignardés. »

Les Cordeliers, se voyant si peu soutenus par l'opinion publique, s'occupèrent activement de leur épuration, dans le but d'exclure tous les intrigants. Chaque membre admis fut tenu de déclarer l'état de sa fortune avant la révolution , celui de sa fortune actuelle , et de signer sa déclaration , « afin que s'il arrivait un jour que quelques membres parvinssent à une fortune étonnante, on pût leur dire: Vous aviez telle fortune en tel temps ; vous avez occupé telle place; comment êtes-vous devenus si riches? Vous êtes des [ripons qui avez volé la république. »

IX. Il ne fut plus, dès celte époque, question des Cordeliers. Leurs chefs comparurent le 1er germinal

devant le tribunal révolutionnaire * au nombre de vingt, savoir : Hébert, Ronsin, Vincent, Momoro, Ducrocquet, Kook, Laumur, Bourgeois, Mazuel, Laboureau, Ancart, Leclerc, Pereyra, la femme Quétineau, Anacharsis Clootz, Desfieux, Descombe, Armand, Dubuisson etProly. L'acte d'accusation portait que « les acccusés avaient eu pour principal objet de faire assassiner les représentants du peuple les plus énergiques; de priver le peuple de subsistances; et de lui présenter un tyran d'abord sous le titre de grandjuge, pour ne pas trop l'effrayer. »

Il résulta des débats, que Ronsin et Vincent avaient diffamé la Convention, en disant qu'elle ne renfermait pas un honnête homme, pas un qui eût travaillé pour le bonheur du peuple ; que Ronsin avait témoigné le désir d'être un Cromwell pendant une seule journée, pour avoir plus de facilité de faire exterminer les représentants. Il fut prouvé que Kook, Laumur, Pereyra, Desfieux, Dubuisson et Proly avaient eu des rapports suspects avec Dumouriez, Bonne-Carrère, Lebrun et Brissot; qu'il se tenait chez le banquier Kook des conciliabules nocturnes, à la suite desquels Hébert, Ronsin et plusieurs autres se livraient à la débauche.

Les accusés se défendirent misérablement , si l'on

1 Fouquier-Tinville donna au principal accusé un fauteuil ; coutume qu'il suivit dès lors dans chaque fournée, afin d'humilier davantage les chefs des conspirations.

en croit les appréciations contemporaines * et le bulletin du tribunal révolutionnaire, qui seul nous a transmis des détails. Des charges sérieuses s'élevèrent dans les débats contre Pache et Henriot; mais elles furent supprimées du compte-rendu , par l'ordre du comité, qui n'inquiéta pas ces deux citoyens. Plusieurs des accusés étaient innocents , mais les Hébertistes portèrent dans l'opinion publique la peine de la mauvaise réputation de leur chef 2, résultat inévitable et qui ne guérit pas les partis de leur négligence à s'épurer, et surtout qui ne leur enseigne pas à choisir pour chefs des hommes irréprochables.

Le quatrième jour, au moment où l'on allait encore entendre des témoins , le jury déclara qu'il était suffisamment instruit3. Le président Hermann prononça la clôture des débats, et posa au jury les questions suivantes :

« 1° Est-il constant qu'il a existé une conspiration contre la liberté et la sûreté du peuple français, tendant à allumer la guerre civile, en armant les citoyens les uns contre les autres, et contre l'exercice de l'autorité légitime, par suite de laquelle, dans le courant

1 Levasseur, t. III, p. 58.

2 II fut beaucoup question de chemises volées par Hébert et de plusieurs escroqueries qu'il commit. Ces délits furent bien prouvés. (Prudhomme.)

3 On doit se rappeler que ce fut sur la demande d'Hébert qu'on rendit le décret autorisant les jurés à se dire suffisamment éclairés, après trois jours de débats.

de ventôse , les conjurés devaient dissoudre la Convention nationale, assassiner ses membres et s'emparer de la souveraineté du peuple, détruire le gouvernement républicain, pour y substituer un pouvoir tyrannique?

»2°Ronsin, Hébert, etc., sont-ils convaincus d'être les auteurs ou complices de cette conspiration ? »

Le jury, à l'unanimité, résolut affirmativement les deux questions, et ne se prononça négativement sur la seconde, qu'en faveur de Laboureau. Celui-ci fut acquitté ; mais les dix-neuf autres se virent condamnés à la peine de mort, et leurs biens furent déclarés acquis à la république.

Laboureau était un espion de comité de salut public, qui l'avait fait enfermer avec les accusés, pour surprendre leurs secrets. Dans le rapport que ce misérable adressa à Robespierre, on voit que Momoro lui témoigna de l'amitié et certiiia son innocence. Momoro disait que Pereyra, Dubuisson, Laumur étaient des fripons, des voleurs, des agents de l'aristocratie , accolés aux patriotes énergiques pour les flétrir. Ronsin montrait de la gaieté et reprochait à Hébert, à Vincent et à Momoro d'avoir parlé aux Cordeliers, tandis qu'il fallait agir; mais, ajoutait-il, la liberté ne peut maintenant se détruire; le parti qui nous envoie à la mort y marchera à son tour, et cela ne sera pas long.

Le jour même du jugement, les dix-neuf condamnés furent conduits à Véchafaud. La fou% les insulta, et accabla Hébert des épithètes grossières dont il usait dans sa feuille. Des piques surmontées de fourneaux, emblème du Père Dûchêne, furent agitées devant lui. Hébert mourut lâchement, mais les autres firent preuve de courage; Ànacharsis Clootz, insensible au remords, leur prêcha le matérialisme jusqu'au dernier soupir.

Assurément, le jugement de ces hommes était inique envers la plupart. Il est constant que Vincent, Ronsin , Hébert, Momoro ne conspiraient pas le retour d'un roi; mais leur crime fut d'avoir voulu, j>ar jalousie, envelopper Danton et d'autres excellents patrioles, dans la proscription des contre-révolutionnaires. Ce fut ce qui les perdit, car, sans l'influence de Danton, il est probable qu'ils n'eussent pas péri l. Le comité de s^kit public se montra injuste en épargnant Carrier, évidemment leur complice. Cette protection spéciale témoignait assez que les yens révolutionnaires ne pardonneraient pas à Danton.

X. D'ailleurs, ces derniers redoutaient son parti, qui se grossissait par l'oppression exercée, même sur les patriotes, et tremblaient que, bientôt triomphant, il ne leur fît rendre des comptes sévère».

Saint-Just, jaloux- de l'autorité et de l'éloquence de

1 Garât atteste que ce fut réellement Danton cjui abattit cette [action, pour rendre ainsi un dernier service à son pay.

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