IV
au milieu d'un calme solennel, commença en ces termes :
« Je ne suis d'aucune faction : je les combattrai toutes. Elles ne s'éteindront jamais que par les constitutions qui produiront les garanties, qui poseront la borne de l'autorité et feront ployer sans retour l'orgueil humain sous le joug de la liberté publique.
» Le cours des choses a voulu que cette tribune aux harangues fût peut-être la roche Tarpéienne pour celui qui viendrait vous dire que des membres du gouvernement ont quitté la route de la sagesse. J'ai cru que la vérité vous était due, offerte avec prudence, et qu'on ne pouvait rompre avec pudeur l'engagement pris avec sa conscience de tout oser pour le salut de la patrie.
» Quel langage vais-je vous parler? Comment vous peindre des erreurs dont vous n'avez aucune idée, et comment rendre sensible le mal qu'un mot décrète, qu'un mot corrige?...
» Vos comités de sûreté générale et de salut public m'avaient chargé de vous faire un rapport sur les causes de la commotion sensible qu'avait éprouvée l'opinion publique dans ces derniers temps. La confiance des deux comités m'honorait; mais quelqu'un, cette nuit, a flétri mon cœur ; et je ne veux parler qu'à vous... »
Tallien, interrompant vivement : « Je demande la parole pour une motion d'ordre. L'orateur a com-
mencé par dire qu'il n'était d'aucune faction; je dis ]a même chose. Je n'appartiens qu'à moi-même, qu'à la liberté ; c'est pour cela que je vais faire entendre la vérité. Aucun bon citoyen ne peut retenir ses larmes sur le sort malheureux auquel la chose publique est abandonnée; partout on ne voit que division. Hier, un membre du gouvernement s'en est isolé, a prononcé un discours en son nom particulier; aujourd'hui un autre fait la même chose. On vient encore s'attaquer, aggraver les maux de la patrie, la précipiter dans l'abîme. Je demande que le rideau soit entièrement déchiré. » (On applaudit très-vivement à trois reprises différentes.)
Billaud-Varennes déclare « que, la veille, les Jacobins ont annoncé l'intention d'égorger la Convention nationale. » (Il s'élève un mouvement d'horreur.) L'orateur se contredisant ajoute que le président du tribunal révolutionnaire y a proposé de chasser tous les hommes impurs de la Convention. « Elle jugerait mal, dit-il, la position dans laquelle elle se trouve, si elle se dissimulait qu'elle est entre deux égorgements. Elle périra hi elle est faible. (Non, non ! crient tous les membres se levant à la fois et agitant leurs chapeaux.) Les patriotes sauront mourir pour sauver la liberté. (Oui ! oui ! ) Nous mourrons tous avec honneur , car je ne crois pas qu'il y ait ici un seul représentant qui voulût exister sous un tyran. (Non, nonl s'écriet-on de toutes parts; périssent les tyrans I)
» Et c'est nous qu'on accuse ! Quoi ! des hommes qui sont isolés , qui passent les jours et les nuits au comité de salut public, qui organisent les victoires, ces hommes seraient des conspirateurs! La première fois que je dénonçai Danton au comité, Robespierre se leva comme un furieux, en disant qu'il voyait mes intentions, que je voulais perdre les meilleures patriotes. Tout cela m'a fait voir l'abîme creusé sous nos pas. Tl ne faut point hésiter à le combler de nos cadavres, ou à triompher des traîtres. On voulait détruire, mutiler la Convention , et cette intention était si réelle, qu'on avait organisé un espionnage des représentants du peuple qu'on voulait égorger. Il est infâme de parler de justice et de vertu, quand on les brave! »
Robespierre s'élance àla tribune. Un grand nombre de voix : « A bas , à bas le tyran ! »
« Tallien. Je demandais tout à l'heure qu'on déchirât le voile ; je viens d'apercevoir avec plaisir qu'il l'est entièrement, que les conspirateurs sont démasqués, qu'ils seront bientôt anéantis, et que la liberté triomphera. (Vifs applaudissements.) Tout annonce que l'ennemi de la représentation nationale va tomber sous ses coups. Nous donnons à notre république naissante une preuve de notre loyauté républicaine ; je me suis imposé le silence jusqu'ici, parce que je savais d'un homme qui approchait le tyran de la France, qu'il avait formé une liste de proscription; je
n'ai pas voulu récriminer , mais j'ai vu hier la séance des Jacobins; j'ai frémi pour la patrie; j'ai vu se former l'armée du nouveau Cromwell, et je me suis armé d'un poignard pour lui percer le sein, si la Convention nationale n'avait pas le courage nécessaire de le décréter d'accusation. »
Tallien compare Robespierre à Catilina, ses amis à Verres, et ajoute : « Nous, républicains, accusons-le avec la loyauté du courage, en présence du peuple français. Comme il est de la dernière importance que les chefs de la force armée ne puissent pas faire de mal, je demande l'arrestation d'Henriot et de son état-major, ainsi que la permanence de nos séances , jusqu'à ce que le glaive de la loi ait assuré la révolution. » Ces deux propositions sont adoptées au milieu des plus vifs applaudissements et des cris de vive la république I
Billaud demande ensuite l'arrestation de Dumas, président du tribunal révolutionnaire, de Dufraisse et de Boulanger, ami et complice d'Hébert et de Danton. Elle est décrétée immédiatement.
Robespierre insiste pour avoir la parole ; mais on crie de nouveau : « A bas , à bas le tyran ! » Et sa voix se perd au milieu d'un bruit épouvantable.
Barrère fait l'éloge des comités de gouvernement , et assure qu'ils répondront victorieusement à tous les reproches de Robespierre. Il propose, au nom des comités, la suppression du commandant-général, afin
que chaque chef de légion commande à son tour ; le maire de Paris, l'agent national et les chefs de légion répondront sur leur tête de la sûreté de la Convention . Ce projet est adopté. L'Assemblée décrète ensuite une proclamation, qui invite le peuple de Paris à se rallier à elle.
Vadier et Bourdon (de l'Oise) accusent Robespierre « d'avoir défendu ouvertement Bazire et Camille Desmoulins, d'avoir fait la loi du 22 prairial, d'avoir versé le ridicule et le mépris sur les rapports du comité de sûreté générale, et tenté de sauver Catherine Théot; enfin, d'avoir fait espionner Vadier par Tachereau , qui savait par cœur tous les discours de Robespierre. » Comme Vadier continuait sur ce ton, Tallien, craignant qu'il ne compromît le succès de l'attaque, s'écria : «Je demande la parole pour ramener la discussion à son vrai point. »
« Robespierre. Je saurai bien l'y ramener. » Il se dispose à parler; mais les murmures et les cris de l'Assemblée étouffent encore sa voix. Tallien l'accuse d'avoir fait arrêter des patriotes.
« Robespierre. C'est faux! Je... » (Murmures, cris.) Il arrête un moment ses yeux sur ses accusateurs; quelques-uns détournent la tête; d'autres restent immobiles ; la majorité le repousse. Alors s'adressant au côté droit : « C'est à vous, hommes purs, que je m'adressent non pas aux brigands!... (Violente interruption.) Pour la dernière fois, président d'assassins,
je te demande la parole... » (Bruit; Collot cède le fauteuil à Thuriot.)
« Le président. Tu ne l'auras qu'à ton tour. » ( Non ! non I dit-on de tous côtés. . . ) Le bruit continue ; Robespierre s'épuise en efforts; sa voix s'éteint.
« Garnier (de l'Aube). Le sang de Danton l'étouffé.
» Robespierre. C'est donc Danton que vous voulez venger ! lâches ! pourquoi ne l'avez-vous pas défendu ?
» Louchet. Je demande le décret d'arrestation contre Robespierre. (Applaudissements.) Ma motion est appuyée ; aux voix l'arrestation ! (Aux voix 1 aux voix I )
» Loseau. Il est constant que Robespierre a été dominateur; je demande par cela seul le décret d'accusation. » (De toutes parts : Appuyé ! aux voix.)
» Robespierre jeune. Je suis aussi coupable que mon frère : je partage ses vertus ; je veux partager son sort. Je demande aussi le décret d'accusation contre moi. »
La majorité accepte cette généreuse proposition. En vain Robespierre veut parler sur le dévouement de son jeune frère ; on refuse de l'entendre ; alors il apostrophe de nouveau avec véhémence le président et toute l'Assemblée.
« Frèron. Ah ! qu'un tyran est dur à abattre ! »
Le président met aux voix l'arrestation, qui est décrétée à l'unanimité, aux cris de vive la liberté! vive la république l
« Robespierre. La république ! elle est perdue, car les brigands triomphent 1
» Louchel. JNous avons entendu voter pour l'arrestation des deux Robespierre , de Saint-Just et de Couthon.
» Lebas. Je ne veux pas partager l'opprobre de ce décret: je demande aussi l'arrestation!
» Fréron. Citoyens collègues, la patrie en ce jour et la liberté vont sortir de leurs ruines... »
Robespierre veut interrompre; les murmures l'en empêchent.
« Fréron. On voulait former un triumvirat qui rappelât les proscriplions sanglantes de Sylla ; on voulait s'élever sur les ruines de la république, et les hommes qui le tentaient sont Robespierre , Couthon et Saint-Just.
» Plusieurs voix. Et Lebas.
» Fréron. Couthon est un tigre altéré du sang de la représentation nationale. Il a osé, par passe-temps royal, parler, dans la société des Jacobins, de cinq ou six têtes de la Convention. (Oui, oui! s'écrie-t-on de toutes parts.) Ce n'était là que le commencement, et il voulait se faire de nos cadavres autant de degrés pour monter au trône.
» Couthon. Je voulais arriver au trône, moi ! » Et en disant ces mots, il jetait sur son corps mutilé un regard ironique.
« Fréron. Je demande aussi le décret d'arrestation contre Saint-Just, Lebas et Couthon. »
Le décret fut rendu contre eux, ainsi que contre
les deux Robespierre. On fit descendre les accusés à la barre, d'où les huissiers et les gendarmes les emmenèrent au comité de sûreté générale. Collot les dénonça derechef, comme des traîtres, des conspirateurs. Il assura que « Robespierre, qui parlait tant de Marat, n'avait jamais aimé cet ami du peuple, ni Chalier, ni les autres grands patriotes dont le peuple célébrait la mémoire. »
La séance fut suspendue vers cinq heures. Les collègues de Robespierre, qui naguère le flattaient bassement, tels que Roissy-d'Anglas, qui l'appelait Y Orphée de la France, et avait prononcé un emphatique éloge de Marat, lançaient à présent contre lui, et avec succès, les accusations les plus contradictoires : l'un lui faisait un crime de sa modération ; l'autre lui reprochait son amour du sang et son exagération.
IX. Cet événement excita dans la capitale la plus vive fermentation. Les riches bourgeois, qui voyaient avec peine durer la terreur, et croyaient qu'elle finirait avec Robespierre, laissaient déjà éclater leur joie. Les classes pauvres , au contraire , apercevant un symptôme de contre-révolution, exhalèrent la plus énergique douleur * ; néanmoins, les masses restaient indécises.
Les Jacobins, réunis vers trois heures, sous la présidence de Viviers, s'étaient déclarés en permanence.
1 Levasseur de la Sarthe, t. III, p. 184.
Le maire Fleuriot-Lescot, l'agent national Payan, le commandant général Henriot, se tenaient depuis midi à l'hôtel de ville, dans l'intention de proclamer l'insurrection, si Robespierre ne réussissait pas à la Convention. Lorsqu'ils apprirent le résultat de la séance, ils convoquèrent le conseil général, qui publia d'abord la proclamation suivante :
« Citoyens, la patrie est plus que jamais en dan- » gcr ; des scélérats dictent des lois à la Convention » qu'ils oppriment. On poursuit Robespierre, qui fit » déclarer le principe consolant de l'existence de » l'Etre suprême et de l'immortalité de l'âme ; Saint- » Jusi, cet apôtre de la vertu, qui fit cesser les trahi- » sons du Rhin et du Nord; qui, ainsi que Lebas, fit » triompher les armes de la république; Couthon, ce » citoyen vertueux, qui n'a que le cœur et la tête de » vivants, mais qui les a brûlants de l'ardeur du pa- » triotisme ; Robespierre le jeune , qui présida aux » victoires de l'armée d'Italie. Et quels sont leurs en- » nemis? un Amar, noble de trente mille livres de » rente; Dubarran, vicomte; et des monstres de » cette espèce ; Collot-d'Herbois, le partisan de l'in- » famé Danton, comédien qui, dans l'ancien régime, » avait volé la caisse de la troupe ; ce Rourdon (de » l'Oise), qui calomnia sans cesse la commune de » Paris ; ce Rarrère, qui appartient à toutes les fac- » tions tour à tour, et qui a fait fixer le prix des » journées des ouvriers, pour les faire périr de faim.
» Voilà les scélérats que le conseil te dénonce. » Peuple, lève-toi ! ne perdons pas le fruit du » 10 août et du 31 mai, et précipitons au tombeau » tous les traîtres. — Signé : Fleuriot-Lescot, maire. » — Blin, secrétaire-adjoint. »
Le conseil fit fermer les barrières, sonner le tocsin, et battre la générale. Il convoqua les sections pour délibérer sur le danger de la patrie, et invita les membres de la commune du 10 août à venir délibérer avec lui1. La plupart se rendent à l'invitation. On décide « que ceux qui porteront les ordres des comités de salut public et de sûreté générale, ainsi que les commandants de bataillon , seront arrêtés sur-lecbamp, et que toutes les autorités constituées viendront prêter le serment de fidélité au peuple. »
Sur ces entrefaites, un officier de gendarmerie vient signifier le décret de la Convention, qui ordonne l'arrestation d'Henriot et de ses aides de camp. Le conseil met ces citoyens sous la sauvegarde du peuple, et fait arrêter l'officier. Un grand nombre de sections et de bataillons, une députation des Jacobins et des tribunes, apportent leur adhésion à l'insurrection. Le conseil nomme un comité d'exécution de neuf membres, au nombre desquels sont les énergiques Payan et Coffinhal.
Henriot, à cheval, suivi d'une partie de son état-
1 Procès-verbal du conseil général du nonidi (9 thermidor an II- 27 juillet 1794).
major et d une quarantaine de gendarmes, était accouru au faubourg Saint-Antoine, pour le soulever. Mais, malheureusement, ce général, ordinairement très-sobre, avait bu, pour se donner plus d'énergie, un verre d'eau-de-vie qui l'avait presque enivré. Apprenant au faubourg, où on lui faisait une ovation, que Robespierre et ses amis étaient prisonniers au comité de sûreté générale, il y courut pour les délivrer; mais tandis qu'il s'efforçait d'y pénétrer, le député Robin (de l'Aube) cria aux gendarmes : Arrêtez ce rebelle I un décret de la Convention vous l'ordonne. Six d'entre eux obéirent, garrottèrent Henriot et Mauban, l'un de ses aides de camp, et les portèrent au comité, où ils ne rencontrèrent qu'Amar, saisi d'une telle frayeur, qu'il cherchait à se cacher. Les deux officiers furent confiés à la garde des gendarmes . Mauban , croyan t le parti populaire vaincu , dressa avec sa bouche un canif qui était sur la tuble, et se l'enfonça dans la poitrine. Il tomba : les gendarmes le jetèrent dans le jardin. Le patriote se traîna jusqu'auprès de l'arbre de la liberté, qu'il étreignit, en rendant le dernier soupir.
Coflinhal et Sijas vont délivrer Henriot. Celuici remonte à cheval au Carrousel, et harangue ses canonniers, qui arrivent en foule ; il fait braquer les canons contre la Convention ; mais, sur les observations de quelques soldats, il retourne à l'hôtel de ville pour chercher des ordres.
Cependant Robespierre avait été conduit au Luxembourg, son frère et Saint- Just à la Force, Couthon à la Bourbe, et Lebas à la Conciergerie. Us ne furent pas admis par les concierges des prisons. Les uns prétendent que ce fut par ordre de la commune ; d'autres disent que le comité de sûreté générale réfléchit que le tribunal révolutionnaire acquitterait sans doute Robespierre et ses amis, dont le triomphe serait ainsi assuré; et que Voulland imagina alors un moyen qui donnât l'occasion de les mettre hors laloi. Que, pour y parvenir, le comi'é de sûreté générale enjoignit secrètement aux geôliers de ne pas recevoir les députés qu'il enverrait, et de paraître agir par admiration pour eux. Cette version semble probable; car aucun geôlier ne fut poursuivi, malgré la loi du 13 brumaire an II, qui punissait de mort les geôliers et gardiens convaincus d'avoir favorisé l'évasion des prisonniers * .
Robespierre fut conduit en triomphe, avec Couthon, au dépôt de la mairie, par les citoyens et les gendarmes qui les accompagnaient. Le conseil général les envoya chercher; Robespierre résista d'abord à toutes les instances, car il prévoyait le décret de mise hors la loi. Vous perdez la république, vous me perdez, disait-il ; je veux suivre l'exemple de Marat, et
1 Mémorial révolutionnaire* — Bulletin. — Les conventionnels Laloi, Mallarmé et Choudieu ont al testé à des* amis de l'auteur cette ruse de Voulland.
comparaître devant le tribunal révolutionnaire, où je saurai bien confondre les scélérats. Il finit par céder à de nouvelles instances, et se mit en marche. Couthon, voyant l'enthousiasme public, dit : Robespierre, voici le moment de monter à cheval ; mets-toi à la tête du peuple y et marche sur la Convention. — Je ne sais pas monter à chevnl, répondit Robespierre; et, d'ailleurs, il faut respecter la représentation nationale et la ramener à nous par le raisonnement. Ils entrent au conseil général, où Saint- Just, Lebas et Robespierre jeune, également délivrés, se trouvaient déjà. Leur présence fut saluée par de vives acclamations.
X. Si Henriot et Coffinhal avaient empêché la Convention de se réunir, c'en était fait d'elle; mais elle rentra sans obstacles en séance à sept heures et demie. Billaud-Varennes fait accroire que Payan est arrêté depuis quatre heures, et que le conseil général va être investi; mais Collot-d'Herbois entre épouvanté, court au fauteuil, se couvre en signe de détresse, et dit d'un ton dramatique : Les comités de gouvernement sont forcés; leurs membres dispersés: les rebelles sont en force; la chose publique est perdue : il ne nous reste plus qu'à mourir sur nos chaises curules. Pères conscrits, jurons tous d'y mourir sans lâcheté1 ! Tous les députés se lèvent, et s'écrient en agitant leurs chapeaux : Oui! oui! nous y mourrons! Les tribunes
1 Deux Amis, t. XIII, p. 412.
et les citoyens qui remplissent une partie de la salle courent aux armes, pour délivrer les comités.
Élie Xacoste annonce que Robespierre et ses complices délivrés sont au milieu de la commune insurgée, et fait décréter que les officiers municipaux et Henriot sont mis hors la loi.
Voulland propose de donnera son collègue Barras le commandement de la garde nationale. L'Assemblée décrète cette proposition, et adjoint à Barras six autres membres, qu'elle investit des pouvoirs des représentants du peuple près les armées.
Barrère, au nom des comités, présente le décret suivant, qu'on vote sans discussion :
« La Convention nationale défend de fermer les » barrières, et de convoquer les sections, sans une » autorisation des comités de salut public et de sûreté » générale. Elle met hors de la loi tous les fonction - » naires publics, qui donneraient des ordres pour » faire avancer la force armée contre la Convention » nationale, ou pour l'inexécution des décrets qu'elle » a rendus. Elle met aussi hors de la loi les individus » qui, frappés de décret d'arrestation ou d'accusation, » n'auraient pas déféré à la loi, ou qui s'y seraient » soustraits. »
Sur la motion de Voulland, Robespierre et tous les autres qui se sont soustraits au décnt d'arrestation, sont également mis hors la loi.
Les adjoints de Barras se transportèrent dans tous
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les quartiers de la capitale, où ils proclamèrent ces décrets et réunirent des forces. Ils assurèrent, dans les sections franchement républicaines, que Robespierre était un conspirateur royaliste; dans les sections douteuses, ils l'accusèrent de projets ultra-révolutionnaires. Ils affirmèrent qu'une fête nationale, qui devait être célébrée le lendemain, était un piège de ce député pour y faire égorger toute la Convention, et que de nouvelles carrières étaient déjà creusées pour enterrer les cadavres1. Ln outre, le comité de sûreté générale envoya au faubourg Saint-Marceau , qui marchait, en armes, au secours de la commune, des émissaires pour lui annoncer que l'on venait de trouver chez Robespierre un cachet tout neuf à fleurs de lis'2. Le faubourg, qui n'avait pas été suffisamment instruit, retourna sur ses pas.
XI. Le conseil général avait voulu profiter de l'enthousiasme public pour attaquer la Convention, avant que celle-ci eût réuni des forces3; mais Robespierre et Saint-Just, ayant perdu la tête, délibéraient au lieu d'agir. La plupart des Jacobins, voyant que l'on ne s'arrêtait à aucune mesure sérieuse et efficace, com-
1 Deux Amis, t. XIII.
2 Ce furent Amar, Voulland et Vadier qui inventèrent celte horrible calomnie. En 1820, Cambon la reprochant à Vadier, à Bruxelles, où tous deux étaient exilés, Vadier l'avoua, et répondit que le danger de perdre la tête donnait de V imagination.
3 II est constant, qu'à sept heures du soir, la Convention n'avait pas un seul combattant pour elle. (Levasseur, t. III.)
mençaient à rentrer chez eux. Une partie de la force armée en avait fait autant l . Pour surcroît de malheur et d'imprudence, le conseil général comptait sur Henriot, incapable de commander une armée.
Lorsque le décret de mise hors la loi fut notifié au conseil général, Payan le lut à haute voix avec un admirable sang-froid, et imagina d'ajouter, après la lecture des noms proscrits : et le peuple des tribunes, dans l'espoir de l'exaspérer contre la Convention. Son attente fut trompée : les tribunes, saisies de terreur, s'enfuirent en silence. Le conseil général, après avoir enfin donné à Henriot l'ordre d'attaquer la Convention, continua à délibérer avec les députés. Couthon proposa une proclamation au peuple et aux armées. Au nom de qui parler om-nous? demanda Robespierre. — Au nom de la Convention, répondit Couthon; elle est partout où nous sommes.
Le conseil applaudissait et l'on rédigeait , tandis qu'on se croyait gardé par Henriot. Mais la plupart des sections, entraînées par la calomnie, l'audace et l'activité des commissaires conventionnels , avaient défendu à leurs bataillons d'obéir à Henriot et les dirigeaient vers les Tuileries , où Barras avait établi son quartier-général. Ce dernier, vers minuit, parut à la tribune, pour annoncer que, dans la plus grande
1 Quelques membres du conseil général, doutant du succès de l'in* sarrection, la première liste de présence fut soustraite. Le conseil ordonna qu'il en serait dressé une seconde.