‹ Histoire de la révolution Française (1789) (volume 4)Chapitre 3 sur 20 · H18T0IB · texte numérisé non relu

H18T0IB

qui avait été renouvelé, radministration dans un sens véritablement révolutionnaire et social, cest^à^^dire tendant à soulager la misère du peuple. A la séance du 18 avril, le département vint à la barre de la Convention demander la fixation du maximum du prix des blés dans toute la répuUique ; Tanéantissement du commerce des grains ; h suppression de tout in*termédiaire entre le cultivateur et le consommateur ; et un recensement général de tout le blé après chaque récolte. « Qu'on n'objecte pas, disait l'orateur, le » droit de propriété qui ne peut être celui d'afiPamer )^ ses concitoyens. Les fruits de la terre, comme Tair, » appartiennent à tous les hommes. Les cultivateurs ï> nous ont tous^assuré que la France a, dans son sein, » plus de grains qu'il ne lui en Haut pour sa oonsom- » mation, et que la mauvaise administration seule en » prive les pauvres. » Yei^iaud fit renvoyer cette pétition au comité d'agriculture.

Le même jour, sur le réquisitoire du procureur de la eommune, le conseil général déclare qu'il sera en état de révolution tant que les subsistances ne seront pa3 asaurées ; qu'il se croira frappé brsqu'un de ses membres» ou tout autre citoyen, sera poursuivi pour ses opinions ; qu'un comité de correspondance, avec las quarante-quatre mille municipalités, sera au plus tôt mis en activité pour envoyer, dès le lendemain» à toutes les communes, un exemplaire da la pétition du 15» qui dénonçait les vingt-deux députés.

DE LA RisVOl.|rriOBi FBANÇAISE. 75

Xiy. Ce conseil général» les sections, les offioiert de Vannée, les sociétéa populaires de Paris et de plu** sieurs départements, avaient déclaré prendre Y Ami eu peuple sous leur protection, et juré de le défendre jusqu'à la mort, L acte d'accusation signifié à Marat le 23 avril le renvoya devant le tribunal révolutionnaire comme prévenu d* avoir provoqué : 1° le pillage et le meurtre ; 2** un pouvoir attentatoire à la souveraineté du peuple; 3"* raviliçsement et la dissolution de la Convention.

UAmi du peuple se rend en prison suivi de plunieurs députés e* d'officiers de l'armée qui ne l'avaient pas quitté depuis le décret. Des officiers municipaux raccompagnent, et passent la nuit avec lui pour veiller à sa sûreté. Les sections de Paris et les sociétés populaires lui députent des commissaires pour Taçsister au tribunal. Marat se présenta à l'audience avec son cortège et dit :

4{ Citoyens, ce n'est pojnt un coupable qui paraît )^ devant voui, c'est TAmi dn peuple, llapotra et le » martyr- de la liberté, depuis si longtemps persécuté ï^ par les implacables ennemis de la patrie, et pour- )^ suivi aujourd'hui par l'infâme faction des hommes » d'£tat. Il rend grâce à ses persécuteurs de l'occaiion )^ qu'ils lui fournissent de faire éclater son innocence » et de les couvrir d'opprobre. »

Des applaudissements unanimes éclatent : on procède à l'interrogatoire. Marat répond avec assurance

à toutes les questions. Les témoins le justifient complètement. Il est constaté que Brissot, Gorsas eiCondorcet l'ont calomnié dans leurs feuilles et ont inventé des mensonges, depuis sa mise en accusation, pour influencer le jury. Des applaudissements s' étant élevés à plusieurs reprises, Marat s écrie : « Citoyens, » ma cause est la vôtre : je défends ma patrie. Je vous » invite à garder le plus profond silence, afin d*ôter » aux ennemis de la chose publique le prétexte de » dire que Ton a influencé le tribunal. »

L'accusé prononce lui-même sa défeiise. Il prouve, en droit, que l'accusation est mal fondée, puisqu'elle n'est basée que sur ses écrits et sur ses opinions comme représentant du peuple. Or, la loi assure l'inviolabilité à tous les députés pour leurs écrits et leurs discours * . En foit, qu'il n'est coupable d'aucun des crimes articulés par l'accusation. Enfin, il démontre que s'il succombe, bientôt Robespierre, Danton, Camille Desmoulins et tous les Montagnards courageux succomberont de même, et que la nation sera livrée aux émigrés.

Le président pose les questions au jury, qui revient bientôt déclarer, à l'unanimité, que les faits imputés à Marat ne sont pas constants. Des applaudissements retentissent de toutes parts dans l'auditoire. «Citoyens

1 Le décret d'accasation avait été aussi motivé sar l'adresse des Jacobins signée de Marat; mais toute la Montagne s'étant empressée de la signer aussi, le comité de législation abandonna ce grief.

» jurés et juges qui composez le tribunal révolution- )> naire, dit Marat, le sort des criminels de lèse-nation )> est dans vos mains ; protégez Vinnocent et punissez ^ le coupable, et la patrie sera sauvée. )>

La foule, les officiers municipaux en écharpe, les gendarmes, les gardes nationaux, s'élancent vers VAmi du peuple et lui posent sur la tête des couronnes de chêne et de laurier. Chacun veut rassasier ses yeux de la vue de ce grand citoyen. Deux sapeurs rélèvent dans leurs bras et le conduisent du palais à la Convention. Les quais, les rues, les ponts, les croisées, les toits sont remplis de spectateurs, hommes, femmes et enfants qui crient : Vivent la république et Marati L'entraînement est général, mais sans désordre.

Le cortège arrive à la Convention ; Lasource, qui préside, veut lever la séance ; Danton Ten empêche. On admet à la barre Rocher, sapeur volontaire, qui s'exprime ainsi : « Citoyen président, je demande la » parole pour annoncer que nous amenons ici le » brave Marat. (Une grande partie de l'Assemblée et » toutes les tribunes applaudissent.) Marat a toujours » été Tarai du peuple , et le peuple sera toujours » pour Marat. On a voulu faire tomber ma tête à » Lyon pour avoir pris sa défense; eh bien, s'il faut » que la tête de Marat tombe, la tête du sapeur tom- » bera avant la sienne. Nous vous demandons, pré- » sident, la permission de défiler dans l'Assemblée; » nous espérons que vous ne refuserez pas cette fa-

78 HlÔTOlfeÊ

» veur à ceux qui ont accompagné rAmi du peuple. )> La Convention ayant fait droit à cette demande, les citoyens défilent dans la salle en chantant des aif s patriotiques, se rép&ndent sur les bancs des députés, et se confondent avec eux. La joie la plus pure les anime; ils font entendre de nouveau les cris de rnî^e la république! vive MaratI Enfin pardt Marat luimême, escorté par les officiers municipaux ; les acclamations redoublent. Il avait la tête ceinte d'une couronne de laurier. Ses collègues patriotes le félicitent, l'embrassent, le portent à la tribune, où il annonce qu'il continuera de défendre les droits du peuple, avec toute l'énergie dont il est capable.

En sortant, le cortège de Marat l'entraîné aux Jacobins. Des femmes ont apporté des couronnes de chêne. Le t)résident lui en offre une, au nom de la société. Un petit enfant monté sur le bureau lui en pose une autre sur la tête. « Ne vous occupez point » de décerner des triomphes , dit VAmi du p&uple, )^ défendez-vous de l'enthousiasme. Je vous blâme » aussi de crier vive Marat. Ce cri n'est pas républi- » cain, et si j'étais un traître, il me serait facile de 1» vous opprimer. Je dépose sur le bureau les deux » couronnes que l'on vient de ra'offrir, et j'invite mes » concitoyens à attendre la fin de ma carrière pour » me juger. » Les Jacobins, dont l'enthousiasme redouble, arrêtent qu'il faut chasser de toutes les administrations les traîtres et les aristocrates. A cet effet.

ils prient VAmi du peuple de noter sur les listes des fonctionnaires ceux qu*on devra conserver et ceux qui devront être chassés.

La mise en accusation de Marat fut une faute capitale des Girondins. Un jugement solennel les dédara calomniateurs, et le triomphe de VAmi du peuple augmenta beaucoup le nombre de ses partisans; car les hommes se laissent toujours entraîner par Texem pie. D'ailleurs ses ennemis établirent un précédent qui devait nécessairement tourner contre eux : Toute iniquité^ dit la Sainte Ecriture, est u/n glaive à deva tranchants, et celui qui s* en sert en périra lui-même.

Page 1