LIVRE QUATORZIEME
(ou 30 AVRIL AU 10 AOUT 1793.)
Vendée. — Insurrection du 31 mai. —Constitution de 1793. Révolte des Girondins. — Mort de Marat.
I. Les désastres de nos armées n'étaient pas les seuls malheurs que la faiblesse du gouvernement eût amenés. Plusieurs départements, tels que la Gironde, le Rhône, les Bouches-du-Rhône, étaient en fermentation et refusaient d'obéir aux commissaires de la Convention. Ils provoquaient leur arrestation et même leur assassinat. Le Montagnard Léonard Bourdon, en mission à Orléans avec deux de ses collègues, fut attaqué par des assassins à Thôtel de ville, presque sous les yeux de la municipalité, qui toléra cet attentat (17 mars).
Les départements de l'ouest se soulevèrent, non pas seulement contre un parti , mais contre la révolution tout entière. Le théâtre de cette révolte fameuse , connue sous le nom de guerre de la Vendée, s'étendait
niSTOIRE DE LA RÊTOLUTION FRANÇAISE. Si
sur quatre départements: la' Loire-Inférieure, Maineet-Loire, les Deux-Sèvres et la Vendée, dont la population s'élevait à plus de quinze cent mille habitants. Une seule grande route traversait le pays : ceUe de Nantes à la Rochelle. Les autres voies de t^mmunicatioi\s, creusées entre des haies, remplies de fondriè^ res, étaient presque impraticables; à peine les convois pouvaient-ils faire, sur ces chemins, quatre lieues par jour. Aucun pays n'était donc plus propre à soutenir une guerre de partisans contre des armées régulières. Les habitants, catholiques exaltés et superstitieux « mêlaient à leur culte les formes dé l'antique religion des druides. iSédentaires , étrangers à toute spéculation, vivant satisfaits des produits d'une agriculture routinière, ils étaient entretenus dans Tignorance par leurs curés, -dont les mœurs pures et la bonté exerçaient sur eux une influence absolue. Quand le serment des prêtres fut décrété, ceux de la Vendée persuadèrent à leurs paroissiens qu'il n'y avait plus a Paris ni foi ni religion. Les paysans voyant partir, pour refus de serment , les vénérables pasteurs qui les avaient élevés, s'emportèrent en plaintes véhémentes contre la révolution, et des soulèvements troublèrent ce pays dès 1791. Ni l'Assemblée constituante, ni TAssemblée législative n'étouffèrent, ce qui eût été facile, la révolte dans sa source \
* Deux Amie de la liberlé, t. II. — Voir aussi l'excellente ffû-
n HisTom
il cette cause {>rincipa^ dé sédition « se joignit le mécontentement politique des partisans de la royauté et des privilèges. Les nobles et les aristocrates de toute espèce, furieux de la déchéance du roi et de son supplice, persuadèrent aux paysans que « non-seulement la religion était perdue, mais qu'un plus grand crime encore était le supplice du fik de saint Lom ; que quelques scélérats s'étaient emparés de son trône pour piller et déciçier la France ; qu'il serait facile d'en faire justice, et de rendre la couronne au roi légitime, le fils de^ Louis XVL )>
Les contrebandiers se comptaient par milliers d'ans ce département, et dans les contrées voisines. Ces hommes actifs,^ courageux, mais incapables d'un tra^ vail assidu, se trouvant réduits à l'inaction et à la misère par la suppression de la gabelle et des autres impôts de cette espèce, se jetèrent dans le parti royaliste, pour vivre du pillage et des dons des fanatiques. Les jeunes gens du pays, désespérésque la Convention les forçât à s'enrôler pouraller combattre sur les frontières, préférèrent, dans l'alternative, s'enrôler. sous le drapeau de la révolte,
Le 10 mars 1793, jour fixé pour la levée des trois cent mille hommes, les conscrits de Saint^Florent refusent de s'enrôler : le tocsin sonne dans plus de cinq cents villages ; quinze cents hommes bien armés
ioire des guerres de la Fendée et des Chouans, par Alphonse Beauchamp. -^ Rapport de Richard et Choudieu.
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vont assiéger la petite ville de Machecoul , défendue par cent hommes. Ceux-ci se débandent, parce que les habitants se soulèvent en faveur des assiégeants, qui s emparent de la ville sans coup férir. Les royalistes arrêtent trois cents patriotes, dont un comité, présidé par Soucher, ancien receveur des gabelles, ordonne le massacre. Les rebelles les conduisent par troupes de trente dans la cour du château, les font mettre à genoux au bord d un fossé profond et les fusillent * ; ils achèvent à coups de crosse de fusil, ou à coups de sabre ceux qui n'avaient pas été tués raides. Joubert, président da district, eut les poings sciés, et ensuite la tête brisée à coups de fourche. Le curé constitutionnel fut lentement mutilé, et mis à mort par des femmes. Le juge de paix Pagnot, refusant de crier vive le roi^ fut assassiné ; il mourut en formant un dernier vœu pour la république.
Le comité royaliste, voulant de nouvelles victimes, fît circuler une fausse lettre, qui annonçait le prétendu égorgement des prêtres sexagénaires détenus à Nantes ; deux cent quarante-deux autres patriotes de Machecoul et des environs furent encore égorgés. Les massacres durèrent six semaines ; on enterra des républicains tout vivants ; quelques semaines après, dans une de ces vastes prairies <|ui leur servit de tombeau, on voyait hors de terre un bras, dont la main, accrochée
' Les victimes étaient liées les unes aux autres par les bras, ce que les assassins appelaient leur chapelet.
à une poignée d'herbes, semblait celle d'un spectre qui s'était vainement efforcé de sortir dé sa^ fosse.
A la nouvelle de la révolte, un voiturier, nommé Cathelineau, quitte sa demeure et harangue les Yen* déens qui le mettent à leur tête. Il s'empare successivement de Jallais et de Chemillié , où il trouve des canons et desanunitions (14 mars). Le lendemain, sa troupe fut renforcée de deux bandes; l'une, d'un paysan nommé Forêt; l'autre, d'un garde-chasse nommé Stoflet. Ils marchent sur la ville de ChoUet, défendue par cinq cents soldats républicains. Geux-ci ayant fait une sortie, les paysans s'éparpillent derrière les haies, et font un feu meurtrier, qui met bientôt en déroute la colonne républicaine. Les vainqueurs s'emparent de la ville, pillent la caisse du district, quatre canons , six cents fusils et un approvisionnement de poudre considérable.
Encouragée par celte victoire , la Vendée tout entière se soulève. D'Elbée, gentilhomme dévot et rusé, est proclamé chef dans l'Anjou ; le marquis de Bonchamp dans Saint-Florent; le marquis de la Roche Saint-André dans Pornic. Ce dernier s'élant enfui, après avoir été chassé de son cantonnement par les républicains, sa troupe alla offrir le commandement à Charette, ancien officier de marine. Celui-ci refusa pendant deux jours ; requis avec menace : « Eh bien , dit-il , vous m'y forcez, je marche à votre tête ; mais songez à m' obéir y ou je vous punirai sévèrement. » Il
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les passe en revue, entre «vec eux dans une église, jure sur rÉvangile qu'il périra les armes à la main, plutôt que d'abandonner son parti. Promettez comme mot, s'écrie-t-il en se tournant vers' les révoltés, que vous serez fidèks à la cause de l* autel et du trône. Une acclamation unanime accueille ses paroles; on ^retourne sur Pornic, qui est repris et pillé.
Le 19 mars, à Sainl-Vincent, le général Maroé, trahissant la république, se laissa battre, abandonna ses blessés, son artillerie, ses munitions, et s'enfuit à quinze lieues de là. Les révoltés eurent bientôt en campagne trente mille hommes, partagés en deux corps. L'un occupait le bas Poitou et était commandé par Charette. L'autre, sous les ordres de d'Elbée, de Gathelineau, de Bonchamp, de Laroche* jaquelein , ancien garde de Louis ÏVI, de Stoilet et de Bérard, reçut le nom de grande armée d'Anjou et du haut Poitou.
Le 11 avril, à Chemillié, les républicains mirent en fuite cette dernière armée; mais le 16, Gathelineau les repoussa, et leur tua beaucoup de monde. Le 23, enflammés par ce succès, les royalistes se précipitent avec fureur sur les canons et les baïonnettes, et culbutent les républicains à Beaupréau. Toutefois, ce ne fut pas sans des prodiges de valeur de. la part des canonniers républicains , qui se firent tuer sur leurs pièces; des détachements entiers de gardes nationales périrent en combattant.
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Les Vendéens crurent Icmgtemps ressusciter trois jours après leur mort; les mères, les épouses conservaient le corps de leurs enfants et de leurs maris ^ Leur manière de combattre ne ressemblait en rien à la tactique ordinaire ; ils se tapissaient dans les genêts, dans les fossés, dans les haies, et se présentaient au combat, au moment où Ton «'y attendait le moins : ils se précipitaient par masses sur les républicains*. Ceu3;rci furent si consternés qu'ils n'bsèrent, durant près de trois mois^ s'avancer dans le pays. Les Vendéens, de leur côté, commençaient à se croire invincibles, et leurs succès leiir amenèrent . bientôt encore plusieurs milliers de volontaires. Le 25 avril, aux Aubiers, Larochejaquelein les harangua en ces termes : « Si mon père était parmi nous, il vous inspirerait plus de confiance, car à peine me connaissez-vous. J'ai d'ailleurs contre moi et ma grande jeunesse et mon inexpérience ; mais je brûle de me rendre 4igne de vous commander. Allons chercher l'ennemi; si je recule, tuez-moi; si j'avance, suivez-moi; si je meurs, vengez-moi. y> Ses soldats pleins d'enthousiasme gagnèrent la bataille, et peu s'en fallut que la division tout entière du général Quetineau ne fût détruite.
Ce général eut grand'peine à rallier à Thouars les
^ Mémoires du général Turreau,f, 48, 2* édition, <— ffiêioin des errewrs et des crimes, tome VI.
^ Rapport des représentants Richard et Ghoudieu*
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débris de ses colonnes. Il fut encore attaqué dans cette ville, le 5 mai, par Bonchamp, Larochejaqiiclein et LesGure. Il n'ayait que six mille hommes qui, quoique enveloppés de toutes parts, se défendirent pendant dix heures consécutives. Plus de mille restèrent suH le champ de bataille ; tous les autres furent faits pri'^ sonniers avec leur général.
Une partie des vainqueurs se détachèrent alors pour aller attaquer la ville de Fontenay, chef-lieu du département de la Vendée, sur laquelle d'Elbée se portait avec sa division. Le 16 mai, au lever du soleil, des prêtres dirent une messe au milieu de Tarmée, et demandèrent à Dieu la grâce d'entrer le jour même dand Fontenayv Le général Cbalbos, qui gardait cette place avec trois mille hommes seulement, les rangea en bataille dans la plaine à J*approché de Tennemi, et commença une vive canonnade ; bientôt les royaUstes s'enfuirent en désordre; d'Elbée fut blessé.
Ralliés le 25 par Cathelineau, et renforcés d'un détachement considérable, ils se présentèrent de. nonveau devant Fontenay, au nombre de trente-cinq mille hommes. Cette fois, le général Cbalbos fut battu : les deux tiers de sa petite armée furent tués, blessés ou pris ; il perdit aussi son artillerie, tous ses bagages et dix-huit millions en assignats. Les Vendéens mirent une forte garnison dans la ville, en confièrent le commandement à Stoflet, et brûlèrent, au pied de l'arbre de la liberté, tous les papiers du département.
IL Les premières mesures du gouvernement, contre cette redoutable révolte, furent presque illusoires. Le peuple de Paris et les autorités constituées, indignés de la férocité des Vendéens, leur donnèrent la qualification àebrigunds^ nom sous lequel on les désigna, même officiellement. Le 18 mars, sur le rapport de Lasource, un décret attribua au tribunal révolutionnaire la connaissance de la conspiration de la Vendée. Le même jour, une loi ordonna que tout émigré ou déporté, qui rentrerait en France, serait exécuté dans les vingtquatre heures.
Mais sur la fin d'avril, quand on vit que les rebelles traitaient de puissance à puissance avec les armées républicaines, r alarme fut grande dans toute la France. Le département de T Hérault, qui s était toujours distingué par son dévouement , proposa à la Convention une nouvelle levée de troupes dans tous les départements, avec un emprunt forcé sur les riches, tant pour solder la force armée, que poursecourir les classes pauvres. Il donna l'exemple, en ofifrant à la république cinq mille hommes et cinq millions. Son exemple fut immédiatement suivi par le conseil général de la commune de Paris, qui ordonna , le l*' mai , une levée de douze mille hommes, pour marcher en Vendée. On les requit parmi les citoyens dont Tabsence était le moins préjudiciable, et l'on prit un sur deux employés des administrations , des études de notaires et des boutiques.
Le conseil arrêta aussi un emprunt forcé de douze millions, sur les riches de Paris, pour Tentretien des troupes et des parents pauvres des volontaires. L'emprunt ne frappa que sur le superflu. Le nécessaire fut réputé de quinze cents livres de revenus pour un père de famille, et, en outre, de mille livres pour chacun des autres membres. Le citoyen qui avait un superflu de mille à deux mille livres , fut taxé à trente livres; celui qui avait un superflu de deux mille à trois mille livres, à cinquante livres; et* ainsi en augmentant, jusqu'au revenu de cinquante mille livres de superflu. Ceux qui le piossédaient devaient payer vingt mille livres. Si leur superflu était supérieur, ils pouvaient conserver trente mille livres, mais étaient obligés de -verser Texcédant, Cet arrêté, qui n'était pas trop onéreux, puisqu'il ne frappait que le revenu d'une année, fut approuvé par la Convention.
Le recrutement se faisait comme chaque section l'entendait. Dans la plupart, deux registres étaient ouverts, l'un pour la souscription des douze millions, l'autre pour les enrôlements volontaires. Lorsque les enrôlements ou la souscription volontaires n'avaient pas fourni le contingent de la section, elle procédait alors par voie de réquisition. Le commandant général Santerre, plus ^élé qu'intelligent, demanda à la commune l'autorisation d'aller combattre les rebelles de la Vendée; il l'obtint et partit.
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Le progrès des Vendéens provenant surtout de la mauyaise direction donnée aux troupes républicaines, le comité de salut publie se détermina à composer quatre armées, afin de cerner tout le pays révolté ; mais il commit la faute de donnera ce» armées quatre généraux en chef. L'une, appelée Tarmée des cotes de la Rochelle, placée entre Saumur et Niort, fut confiée à Tex-d ac de Biron ; la seconde, dite des côtes de Brest, eut son quartier général à Nantes, et reçut pour géné- * rai Canclaux ; la troisième, placée près d'Orléans, fut mise sous les ordres de Santerre, et se composait, en grande partie, des Parisiens qui l'avaient suivi ; enfin, la quatrième, dite des côtes de Cherbourg, fut commandée par le général Wimpfen.
Wimpfen avait été dénoncé par Marat; mais la protection du côté droit ne le fit pas moins nommer. Marat le dénonça de nouveau dans son numéro du 23 mai 93, et articula des faits très-graves, attestés par de nombreul témoins; ainsi : l' Wimpfen, "pendant qu'il commandait à Thionville, entretint une correspondance avec les frères du ci-devant roi et avec Broglie , pour leur indiquer les côtés faibles de la place. 2** A l'instant du bombardement, lorsque l'artillerie eut fiait taire le feu de l'ennemi, qui s'était approché, et s'était découvert à demi-portée de caïÈon , Wimpfen fit défense de tirer, et l'ennemi ramena son artillerie, dont il eût été facile de s'emparer, en continuant le (màe la plaee et en finsant une
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sortie* Thionvillë ne résista que par la surveillance des habitants et le courage dés soldats, devant lesquels échouèrent toutes les tentatives de'Wimpfen.
m. Le fiaubourg Saint-Antoine, remarquant la ré*sistance des riches à renrôlement et à Temprunt forcé, se présenta à la barre de la Convention, et réclama : i"" Le départ de Paris des corps armés à la solde de la république; 2"" le maximum du prix de toutes les denrées de première nécessité ; 3° la résiliation des baux ; 4"" une contribution extraordinaire sur les niches.
La Convention, entraînée par ce vœu formel, àé-erêiàf le 3 mai, le maximum du prix des grains« Les directoires furent chargés de le fixer dans chaque département, selon la moyenne des prix depuis le 1" janvier. Le maximum fut décroissant, c'està-dire, qu'au 1*' septembre, il devait être fixé environ aux trois quarts de ce prix moyen. On défendit, sous peine de confiscation des grains, à tout citoyen d'acheter ou de vendre au delà du maximum. La peine de mort fut portée contre tous ceux convaincus d'avoir, à dessein, gâté ou enfoui des grains ou farines, dont le recensement fut ordonné; la libre circulation et le commerce des grains furent maintenus. On décréta la peine de mort contre tout fonctionnaire public qui s'intéresserait dans les marchés du gouveinement.
Le maximum diminua beaucoup la misère du peu*
pie, et accrut le dévouement des soldats. On allègue en vain contre cette loi le droit de propriété; il est certain qu'il est des circonstances où tout droit individuel doit s'abaisser devant Tintérêl général. Alors que des. citoyens vont mourir à la frontière pour la défense commune, il faut an moins les rassurer sur Teiistence de leurs familles, dont ils sont les seuls soutiens. Le côté droit ne voulut jamais envisager la question sous ce rapport, et il se répandit en déclamations contre la spoliation, la loi agraire, et accusa même ses adversaires de vouloir armer le pauvre contre le riche. Au milieu de cette discussion ,^ Guadet demanda que la Convention, qui siégeait alors aux Tuileries, tînt désormais ses séances à Versailles. Le côté droit, prévenu de cette motion, applaudit vivement, insulta de nouveau les autorités de Paris, et les menaça de la vengeance des départements. Dans ce moment d'alarmes, il était extrêmement dange-^ reux de lancer un nouveau brandon de guerre civile ; la majorité le comprit, et passa à l'ordre du jour.
Ces déclamations furent suivies d'un prompt effet. Les ex-nobles^ les financiers, les robins, tous ceux enfin dont la levée de soldats et l'emprunt forcé froissaient l'intérêt, s'emparèrent des sections (4 et 5 mai), huèrent les représentants de la Montagne qui s'y présentaient , puis, parcoururent Paris en criant : A bas la M<mtagnel à bas lesJaœbiml vive le roi I La commune les dispersa enfin, et fit arrêter leurs chefs
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au moment où ils arboraient la cocarde blanche \ Isnard et Buzot demandèrent que les émeutiers fussent jugés par la Convention , dans Tespoir que la majorité les acquitterait. L'Assemblée passa à Tordre du jour.
Robespierre demanda que tous les gens suspects fussent gardés en otages. Camille Desmoulins proposa d'entretenir les mm-<:uhttes qui consentaient à se battre, avec la bouree des messieurs qui voulaient rester chez eux. Danton dit : « C'est une vérité puisée dans rhistoire et dans le ccBur humain qu'une grande nation en révolution, ou même en guerre civile, n'en est pas mojns redoutable à ses ennemis. Ainsi donc, loin de nous effrayer de notre position, nous n'y devons voir que le développement de l'énergie natioiiale, que nous pouvons encore tourner au profit de la liberté. Combinons ces moyens de puissance avec les moyens de politique; faisons connaître à ceux que des traîtres ont égarés que la nation ne veut pas verser leur sang, mais qu'elle veut les éclairer et les rendre à la patrie. 11 faut donc créer une commission ayant le droit de faire grâce à ceux des rebelles, qui se soumetlraient volontairement, avant l'action de la force publique. Je propose en outre d'indemniser les citoyens pauvres qui se rendront dans les sections, et enfin d'établir une garde soldée dans chaque ville. )^
* Récits non contestés de Robespierre, de Gharlier, de Levasseur, etc.
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Ces propositions furent vivement applaudies par l'Assemblée, qui se contenta de décréter l'arrestation des suspects, dont les comités de surveillance de cha* que commune furent autorisés à dresser la liste. À Paris, le comité central révolutionnaire de Tévêché .fut chargé de cette mission, et de répartir l'emprunt forcé.
Comme il était équitable de faire contribuer tous ' les départements aux sacrifices de THérault et de Pa* ris, Marat et Cambon proposèrent, le 20 mai, un em« prunt forcé ou taxe de guerre d*un milliard sur les riches. Larivière, Lanjuinais, Vergniaud, Buzot, Lasource s*y opposèrent énergiquement. Voyant la majorité disposée à décréter cet emprunt, si nécessaire, ils recoururent encore au scandale, comme autrefois la droite de TÀssemblée constituante ; et, parce que quelques femmes dans les tribunes les sifflaient, ils s'écrièrent que Ton voulait dissoudre la Convention, et assassiner les membres de la droite.
<( Depuis deux ans, s*écrie Marat, on entend vos lamentations, et vous n'avez pas encore une égrati* gnure à montrer à vos commettants! »
y> Les protecteurs de l'anarchie, dit Vergniaud, sont les assassins...
» David. Cesttoi, monstre, qui es un assassin.
» Duhem. C'est un complice de Dumouriez, comme toi, qui poignarde les patriotes I ... »
La Convention ne fut pas dupe du piège ; elle dé-
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créta h levétf d'un emprunt forcé d'un milliard sur les citoyens riebB8« et l'admission des reconnaissances en payement des biens d'émigrés. Cette mesure générale frappa proportionnellement le revenu, dont le premier degré imposable fut fixé à dix mille livres.
Ainsi, la révolte vendéenne, la guerre extérieure, la sourde et lâche opposition des ennemis de la révo*lution, avaient amené le maximum, l'arrestation des suspects, et l'impôt progressif ou taxe de guerre sur les riches. Lorsque les Girondins ne s'étaient pas opposés à ces mesures, ils avaient gardé un silence blâmable. Peu soucieux du salut public, ils voulaient s'attribuer le beau rôle dans la législature; ils voulaient en être les honnêtes et les modérés, sachant bien que lé peuple est oublieux des services qu'on lui rend , tandis que les aristocrates et les riches se souviennent des mesures dirigées contre, eux, et que ce sont ceux-ci qui écrivent, qui récompensent ou pu^ nissent,
IV. Au milieu du mois de mai, ce parti parvint à faire nommer pour président Isnard, le plus fougueux de ses membres après Guadet, et saisit l'occasion, qui se présenta dès le 17, pour essayer d'en finir avec les autorités révolutionnaires de Paris. Une députation vint à la barre réclamer la liberté d'un juge de paix, que la commune avait fait enfermer comme suspect. Isnard consulta l'Assemblée, et prononça, en son nom, l'élargissement du détenu. Marat, présumant qu'il se
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trcmipait» car il était contre tous les principes que la majorité décrétât , sans instruction préalable , la mise en liberté d'un détenu légalement arrêté, réclama rappel nominal. Isnard s'obstina à le refuser^ : « Je saurai mourir à mon poste, criait-il sans cesse, ^ plutôt que de me laisser imposer la loi par la » minorité.- — C'est la minorité qui a fait le 10 août, )> répondent les Montagnards; c'est encore la mino* )> rite qui sauvera la patrie. »
Couthon demande qu'un article, additionnel au règlement, détermine le nombre de voix nécessaire pour exiger l'appel nominal. Le comité de législation, .chargé d'un rapport sur cette motion^ proposa que cent membres pussent l'exiger sur les questions constitutionnelles, et cent cinquante sur les autres questions. Guadet prétendit qu'il y aurait du danger à donner du pouvoir à la minorité ; il effraya le Marais en rappelant Texémple du parlement d*Angletèrre , « dont la minorité, sous Charles V\ parvint à opprimer la majorité. » Il obtint un décret qui enlevait à la riiinorité le droit d'exiger Tappel nominal.
En ce moment, des eris partirent d'une tribune où Bonneville , journaliste girondin , s'était placé. Les femmes prétendant qu'elle leur appartenait, voulaient l'en faire sortir ; Lasource et Isnard s'écrièrent que les
' Isnard n'agissait ostensiblement qu^en haine du comité révo-. Intionnaire qui avait ordonné rarreslation de ce détenu. (Levasseur, t. I»p. :^I3.)
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Montagnards étaient des agents de Pitt et de Cohaurg. Gamon lut un discours écrit, tendant à prouver que les femmes, qui voulaient empêcher les privilégiés d'entrer dans les tribunes, étaient salariées par les puissances ennemies, pour dissoudre la Convention. Un autre député dénonça Marat comme aristocrate et fauteur 4u pillage.
Marat répliqua que ce n'était pas lui qui avait qualifié de irattres et de contre-révolutionnaires les hommes d'État, mais Dumouriez, en se déclarant pour eux contre la Montagne. <i Ils ne se laveront de cet opprobre, dit Y Ami du peuple, qu'en mettant à prix la tête des Capets rebelles et fugitifs, et en se mettant la corde au cou, comme l'ont fait les députés patriotes, qui ont voté la mort du tyran. » Ensuite, il prétendit que le scandale des tribunes avait été préparé par les Girondins, et que la preuve en était dans les discours écrits qu'ils venaient de prononcer.
Guadet, comme pour donner raison à Y Ami du peuple^ dénonça, dans un discours évidemment concerté \ un prétendu complot, formé par les autorités de Paris, pour égorger la Convention nationale. « Hen- » riot, s'écria-t-il, le commandant de la force armée » de la section des Sans- Culottes, a dit en présence » du conseil général : Songez, citoyens, qu'en par-
1 Oa a su depuis que cette séance avait été concertée, par les Girondins, dans un conciliabule tenu chez Valazé. Ce fait fui avoué par eux dans leur procès.
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» tant pour la Vendée, vous hissez ici des RollandinSj » des Brissotins, des (lirondins, des a^apauds du Ma- )> rais. » Guadet conclut par la proposition suivante :
l"" Les autorités de Paris sont cassées; la municipalité sera provisoirement remplacée par les présidents des sections»
2"" Les suppléants des membres de la Convention se réuniront à Bourges, dans le plus court délai» pour entrer en fonctions, sur la nouvelle de la dissolution de la Convention. •
Barrère, qui présenta, séance tenante, le rapport du comité de salut public sur cette proposition, pensa que la réunion des suppléants à Bourges serait le signal de la dissolution de la Convention, c'est-à-dire de la contre-révolution ; que le remplacement des autorités de Paris amènerait Tanarchie, s'il était brusqué ; mais qu'il fallait nommer une commission de douze membres, pour examiner tous les actes de la commune depuis un mois, et proposer des mesures de salut public.
Ces conclusions rencontrèrent peu d'opposition. Les Girondins savaient qu'ils feraient choisir la commission parmi leurs partisans, et les Montagnards espéraient qu'une enquête justifierait les autorités de Paris. Le Marais, voyant les deux partis d'accord, n'hésita pas, et le projet fut décrété. La commission fut choisie, en effet, comme l'avait espéré le côté droit, qui eut soin de faire circuler des listes. Six de ses
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membres , Henry-Larivierre , Vigée , Mollevault , Gardien, Kervélegan et Bergoing étaient royalistes, et ne le dissimulaient point à leurs amis ; trois autres : Fonfrède, Saint-Martin et Rabaut étaient républicains, mais fédéralistes. Les trois derniers, Boileau, Lahosdinière et Gommaire, d'un caractère faible, devaient subir l'influence des premiers.
V. La commission se mit aussitôt à Tœuvre : au lieu de se bornera instruire, selon son mandat, elle tendit ouvertement à s emparer de la dictature. Elle fît apposer les scellés sur les papiers des comités révolutionnaires, et incarcérer, de nuit, Dobsen, président de celui de la Cité, malgré un récent décret qui prohibait les arrestations nocturnes. La commune et les Cordeliers s'émurent; des individus vinrent proposer au conseil général et au comité central d'enlever la commission des douze et les vingt-deux chefs du côté droit, de les mettre à mort, et de faire croire qu'ils avaient émigré. Cette proposition fut repoussée avec horreur. Aux Cordeliers, une femme s'écria : « Allons aux Tuileries; entourons l'Assemblée; n'en ouvrons passage aux députés qu'après avoir obtenu la mise en accusation des traîtres. » Varlet lut un plan d'insurrection dans ce but ; mais les Cordeliers ne prirent aucun arrêté.
La commission des douze, profitant de la fureur de quelques individus, intrigua près des comités civils des sections, pour les engager à présenter une adresse
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qui donnât prétexte à des mesures violentes. La seule section delà Fraternité*se présenta, le 23 mai, à la barre, et assura que Ton voulait égorger incessamment vingt-deux députés. Marat prélendit, au contraire, que la hommes d'Étal voulaient égorger les Montagnards dans le sein de la Convention. Il lut, à l'appui de sa dénonciation, la circulaire suivante adressée par Valazé à ses amis : En armes à V Assemblée à dix heures précises ; couard qui ne s'y trouve pas. L'un de ces billets était tombé entre les mains de Marat, qui sans doute était dans Terreur en prétendant que les hommes d'Etat voulaient égorger de leurs mains leurs adversaires ; mais l'effet de sa dénonciation paralysa celle de la section.
Dans la nuit, la commission des douze trouva encore deux sections, celle de la Butte des Moulins et celle des Tuileries, qui vinrent, le 24, renouveler la dénonciation, assurer que les députés modérés couraient les plus grands dangers, et jurer de les défendre jusqu'à la mort. Yigée demanda, au nom de la commission des douze, que le poste de la Convention fût renforcé, que les sections fussent fermées à dix heures du soir ; que la force armée se tînt prête à marcher au secours de la Convention; enfin, que la commission pût prendre toutes les mesures nécessaires pour sauver la patrie.
<( On vous présente, s'écrie Marat, des mesures contre un complot imaginaire. Je sais bien qu'on ne
guérit pas de la peur, c'est pourquoi l'on ne guérira jamais les hommes d'Etat ; mais je demande qu'on ne jette pas l'alarme dans le public. » Fonfrède, Vergniaud, Buzot, Lasource, affirment tous qu'ils vont être égorgés; que l'on s'est déjà présenté chez eux pour les arrêter ; que la résistance des Montagnards présentera bientôt ceux-ci, à la France, tout couverts du sang de leurs collègues. Danton répète « que s'il y a eu des hommes assez pervers pour proposer de porter atteinte à la représentation nationale, on peut les livrer à la justice, et qu'ils ne trouveront pas de défenseurs dans la Montagne; -qu'il ne conçoit pas comment l'Asssemblée est assez dominée par les circonstances pour décréter la peur. » Il demande l'ajournement ; mais l'Assemblée adopte les conclusions de la commission.
Aussitôt, celle-ci, abusant du décret, fait arrêter Michel et Marino, administrateurs de police, Varlet et plusieurs autres présidents de sections. Elle lance aussi un mandat d'arrêt contre Hébert, substitut du procureur de la con^mune, pour avoir, dans son journal fe Père Duchêne, feuille dégoûtante de cynisme et de fureur, dénoncé les Brissotins, comme complices de Dumouriez et de Louis Gapet. Hébert court au conseil général, lui rappelle le serment qu'il a fait de se regarder comme frappé, lorsqu'un de ses membres le serait. Chacun félicite le martyr de la liberté; Chaumelte, procureur de la commune, l'embrasse; le ser-
ment est renouvelé, et Hébert se constitue prisonnier.
Le lendemain > une députation de la commune vint solennellement, à la barre de la Convention, dénoncer cette violation des lois. « Hébert, dit-elle, n'est pas coupable, puisqu*on n'a à lui reprocher que ses discours ou ses écrits. Les arrestations arbitraires sont, pour les hommes de bien, des couronnes civiques. Nous défendrons l'innocence jusqu'à la mort ; nous demandons qu'Hébert soit promptement jugé. ï^
Le président Isnard ne répondit que par des menaces, a La France, dit-il, a mis dans Paris le dépôt de la représentation nationale ; il faut que les autorités constituées de Paris usent de leur pouvoir pour lui assurer le respect. Si jamais la Convention était avilie, si jamais, par une de ces insurrections dont les magistrats n'ont point averti la Convention, on portait atteinte à la représentation nationale, je vous le déclare au nom de la France entière (Non, non, s écrie la Montagne), Paris serait anéanti ; oui, la France entière tirerait une vengeance éclatante de cet attentat, et bientôt on chercherait sur les rives de la Seine si Paris a existé. »
La droite applaudissait à ces paroles imprudentes : la Montagne écumait de rage. « Descendez ^u fauteuil, président, s'écrie Maral; vous jouez le rôle d'un trembleur; vous déshonorez l'Assemblée pour protéger les hommes d'Élat * . » Les députés de la droite., à
^ Dans cette séance, un député ayant proposé à la Convention de
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leur tour, entrèrent en fureur et menacèrent leurs ennemis des armes qu ils portaient. Danton remontra le danger d'exciter ainsi les départements contre la capitale* Il prouva que Paris avait bien mérité de la France entière, et que c'était en vain qu'on voulait transporter le siège de la Convention dans une autre ville. « Partout où vous irez, dit-il, vous trouverez des passions, parce que vous y porterez les vôtres. Le peuple français se sauvera lui-même, malgré nos dissensions. »
Les magistrats de la commune calmèrent Torage en répondant avec noblesse aux provocations dlsnard : <( Qu'ayant juré de défendre la sûreté des personnes et des propriétés , ils étaient dignes de Testime du peuple français. )^
YI. La commission des douze poursuivait le cours de ses mesures arbitraires. Elle renforça les corps de garde autour de la Convention, et les composa des gardes nationaux des trois sections de la Butte des Moulins , du Mail , et de Quatre-vingt-douze , qui s'étaient toujours prononcés pour la cour, et qui maintenant soutenaient les Girondins contre les Jacobins. Ces gardes nationaux se rendaient à leur poste avec leurs canons et les mèches allumées, et mena-
chasser de son sein tout membre qui se permettrait les noms de ^octieux ou de scélérat contre ses collègues, ce décret fut aussitôt rendu. VAmi du peuple s'écria : « Un décret de cette nature sera foulé aux pieds, étant rendu par des traîtres à la patrie. £mpèchez-les de conspirer, mais vous n'empêcherez pas la vérité de sortir de ma bouche. Je me moque de vos décrets quand ils sont injustes. »
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çaient hautement la commune. Les députés girondins ne cessaient d'annoncer que bientôt leurs ennemis périraient sur l'échafaud. Toutes les sections étaient en fermentation. Marat ouvrit la séance du 27 en demandant, pour éviter tout conflit, la suppression de la commission des douze.
Peu après, la section de la Cité vient réclamer Télargissement de son président et de son secrétaire, et la traduction au tribunal révolutionnaire des mem^ bres de la commission des douze. « Le temps de la plainte est passé , ajoutent les pétitionnaires ; nous venons vous avertir de sauver la république : autrement la nécessité de nous sauver nous-même, nous forcera à le faire. Le peuple vous accorde la priorité. » Isnard répond encore par une injure, et, pour éluder la discussion ,^ il veut qu'on discute la Constitution. La Montagne s'écrie que la résistance à l'oppression est un droit de l'homim; que les droits de l'komme sont avant la Constitution. Laréveillère-Lépaux et Vergniaud demandent la convocation immédiate des assemblées primaires. Isnard met aux voix cette propo- ' sition ; le désordre est au comble ; la Montagne échange avec la droite un feu roulant d'invectives. Danton, Thuriot et Marat demandent que le président soit cassé : « Tant d'impudence, s'écrie le premier, commence à nous lasser . nous vous résisterons. » La Montagne insiste pour qu'on décrète l'élargissement des détenus.
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Les Girondins imaginent un stratagème pour arracher un décret favorable à leurs vues. Buzot, Lydon, Barbaroux, Lanjuinais , annoncent que des hommes armés empêchent les députés de sortir, et vont égorger la représentation nationale. Marat, pressentant le piège, s assure que la force armée n a aucune mauvaise intention contre la Convention, et dénonce cette nouvelle manœuvre. Le ministre de l'intérieur, ainsi que le maire de Paris, arrivent sur ces entrefaites. Interpellés par la Gironde, qui pense qu'ils vont annoncer son égorgeraent, ils attestent que la tranquillité n'a pas été troublée, et que la force armée, qu'on prétend assiéger la salle, a été mandée par la commission des douze. Garât ajoute que des propositions atroces ont été faites à la mairie par quelques individus sans aveu ' » mais qu'elles ont été repoussées avec indignation. Il conjure la Convention, de considérer que des propositions exécrables, mais rejetées avec exécration, ne sont pas plus un complot affreux qu'une motion affreuse n'est une loi détestable.
La droite, confondue, veut alors lever la séance ; la gauche s'y oppose, et la prolonge dans la nuit ; Hérault-Séchelles remplace Isnard au fauteuil. De nouvelles députations de toutes les sections viennent encore demander la liberté des citoyens incarcérés, et là suppression de la commission des douze. Hérault
' Ces individus furent reconnus plus tard pour des salariés, des élrangers et des royalistes ; ils furent jugés et condamnés à mort.
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leur répond : 4i Lorsque les droits de Thôinme sont violés, la réparation ou la mort. La force de la raison et la force du peuple sont la même chose, i^ Les pétitions sont converties en motions, et la suppression de la commission est décrétée, ainsi que Télargissement des citoyens incarcérés par ses ordres.
Le lendemain , 28 , Lanjuinais prétend que le décret est nul, parce que la commission h*a pas été entendue. Cet orateur, souvent interrompu dans ses vociférations contre la commune, contre les commissaires qui sont dans les départements, contre les Jacobins qui projettent, assure-t-il, le massacre de tous les députés modérés, reste néanmoins à la tribune avec un grand courage, a C'est en vain, dit-il, que vous ne voulez pas m'entendre ; je resterai ici jusqu'à ce qu'on ait puni les Jacobins, les scélérats qui prêchent depuis six mois le meurtre et le pillage. ^ — « Si Lanjuinais continue , s'écrie le boucher Legendre, j'irai le jeter en bas de la tribune. » — « Fais d'abord décréter que je suis un bœuf, » réplique Lanjuinais. ^
Après une discussion tumultueuse et un appel nominal, le décret est rapporté à une faible majorité. Alors Danton s'écrie, au milieu des applaudissements de la gauche et des tribunes : « Si cette commission conserve le pouvoir qu'elle veut exercer sur les membres mêmes de cette assemblée , si le magistrat du peuple n'est pas aujourd'hui même
rendu à ses fonctions, après avoir prouvé que nous surpassons nos ennemis en prudence , nous leur prouverons que nous les surpassons en audace et en vigueur révolutionnaire. »
CoUot-d'Herbois demande que le canon d'alarme soit tiré ; que la statue de la liberté soit voilée. L'agitation est au comble, le président se couvre deux fois. Les menaces ont tellement intimidé l'Assemblée, que, sur la demande de Fonfrède, elle décrète l'élargissement provisoire des détenus. Hébert retourne en triomphe au conseil général, où il reçoit des couronnes civiques.
VIL Le peuple comprenait qu'une insurrection pouvait seule lui faire obtenir justice de ses représentants. Dès le 29 au soir, la section de la Cité prit un arrêté qui invitait les quarante-sept autres à envoyer chacune deux commissaires à l'archevêché, pour se concerter sur les moyens de sauver la. république. Trente-trois sections y adhérèrent : leurs délégués, investis de pouvoirs illimités, nommèrent une commission de neuf membres , présidée par Dobsen, pour dresser le plan de l'insurrection.
Le 31 mai, dès l'aurore, la commission des neuf fait sonner le tocsin à Notre-Dame et fermer les barrières ; à six heures, elle se présente au conseil général et lui annonce que « le peuple souverain, blessé dans ses droits, se déclare en insurrection, et que toutes les autorités sont cassées. » Le conseil gé-
néral se retire, en jurant de ne jamais se séparer du peuple. Dobsen déclare réintégrer dans ses fonctions le conseil général, « parce qu'il a toujours fait preuve de patriotisme. )> Celui-ci prête le serment civique, prend le titre de conseil général révolutionnaire, et proclame Henriot commandant général provisoire de la force armée de Paris.
Le conseil arrête ensuite que chaque citoyen « peu fortuné ï> recevra quarante sous par jour, tant qu*il restera sous les armes ; que tous les suspects seront immédiatement désarmés, et qu'une députation ira rendre compte à la Convention de ce qui se passe. Henriot fait tirer le canon d'alarme sur la plate-forme du Pont-Neuf et battre la générale. Soixante à quatrevingt mille hommes, presque tous sans-culottes, descendent en armes dans la rue, sans commettre un délit ni la moindre insulte. Le conseil général révolutionnaire montrait, de son côté, assez de prudence, et ne voulait qu'une insurrection morale.
Deux mille sectionnaires, qui avaient pris les armes pour les Girondins, s'étaient emparés du Palais- Royal et des avenues des Tuileries. Mais ils se retirèrent à Taspect des masses insurgées et de la tranquil* lité du peuple, qui ne songeait nullement à piller les boutiques, ainsi qu'on l'en avait accusé d'avance.
La Convention se réunit sous la présidence du Montagnard Mallarmé. Yalazé demande que Henriot soit mis à mort , pour avoir fait tirer le canon d'à-
larme. Thuriot et Danton réclament la suppression de la commission des douze. Yergniaud demande que, pour prouver sa dignité, ^a liberté, la. Convention ajourne aif lendemain cette proposition ; mais il fait mander Henriot à la barre, et décréter que les sections de Paris ont bien mérité de la patrie, pour leur surveillance patriotique. Arrive une députation, demandant un décret d^accusation contre les vingtdeux chefs du côté droit, et contre la commission des douze ; la fixation du prix du pain à trois sous la livre dans tous les départements, au moyen de sous additionnels mis sur les riches; rétablissement d'ateliers destinés à fabriquer des armes pour les sans-culottes; et enfin Texécution du décret qui accorde des secours aux femmes et aux enfants des défenseurs de la patrie.
Les pétitionnaires sont admis aux honneurs de la séance. UHuillier , procureur général syndic du département, vient lire une adresse semblable au nom du département, du conseil général et des commissaires de» sections. Puas, comme Robespierre, qui s'était emparé de la tribune, s'embarrassait dans une série de phrases oiseuses et sans portée sur les mesures à prendre, Vergniaud l'interrompit en disant : Concluez donc.
« Oui, répond Robespierre, je vais conclure et contre vous; contre vous qui, après la révolution du 10 août, avez voulu conduire à Téchafaud ceux qui l'ont faite ; contre vous qui n'avez cessé de provoquer la destruc-
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tion de Paris ; contre vous qui avez voulu sauver Je tyran; contre vous qui avez conspiré ayecDumouriez; contre vous qui avez poursuivi avec acharnement les mêmes patr^tes dont Dumouriez •demandait la tête; contre vous dont les vengeances criminelles ont provoqué ces mêmes, cris d'indignation, dont vous voulez faire un crime à ceux qui sont vos victimes. Eh bien , ma conclusion, c'est le décret d'accusation contre tous les complices de Dumouriez , et contre tous ceux qui ont été désignés par les pétitionnaires. ]»
Le comité de salut public fut chargé de faire un rapport, séance tenante. Barrère proposa la suppression de la commission des douze, qui fut décrétée, après l'appel nominal. La Convention confirma en outre l'arrêté de la commune, accordant quarante sous par jour aux ouvriers qui prendraient les armes dans les moments de crise * .
1 Barrère, après avoir fait instituer la commission des douze, dont l'objet était cerlainement de faire casser le conseil général et de faire ensuite monter à Téchafaud plusieurs de ses membres, la fit supprimer, lorsqu'il vit la majorité tourner contre elle. Il abandonnait lâchement ces Girondins, auteurs de son élévation. On aura l'occasion de suivre la tactique singulière de cet homme, qui eut Tart de se trouver presque toujours parmi les plus forts, et qui abandonna ses protecteurs au moment de leur défaite. Barrère, avant la révolution, voulait se faîre passer pour gentilhomme. Sous l'Assemblée constituante, il était du parti de Mirabeau. Après le massacre du Champ de-Mars, il devint Feuillant. Sous la Convention, jusqu'au 21 janvier, il fut l'un des chefs de la Plaine. A partir de celte époque, il passa dans le parti de la Gironde. Après le 31 mai, il devint l'un des plus cruels Montagnards.
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Le décret fiit bientôt connu de toute la capitale , qui, avant la fin de la séan,ce, vint témoigner son allégresse à la Convention. « Je demande , s'écrie Bazire, que nous allions fraterniser avec le peuple, et, qu'improvisant une fête civique, nous réalisions d'avance la fédération des cœurs. » La motion fut décrétée. Les citoyens illuminèrent leurs maisons; la Convention tout entière, à la lueur des torches, se promena dans Paris. Les Girondins, en assistant à cette fête donnée en réjouissance de leur échec, excitèrent le mépris général. D'ailleurs, Vergniaud, en demandant lui-même un décret qui déclarait que Paris avait bien mérité de la patrie , montrait la peur de son parti, et légitimait cette insurrection aux yeux de toute la France.
VnL Les esprijts véritablemwit politiques ne pouvaient néanmoins se montrer satisfaits de ce résultat. Que signifiait la suppression d'une commission qui pouvait être rétablie, au premier jour, sous une autre forme? Ne fallait-il pas, sans désemparer, tirer tout le profit qu'on devait attendre de la victoire, pour la cause de la patrie? En temps de révolution, trois jours perdus à s'endormir dans le triomphe changent la face des choses. Le peuple était levé ; il fallait en finir avec des adversaires qui, depuis neuf mois, troublaient le gouvernement, parlaient de Constitution lorsqu'il fallait agir, dénonçaient les combattants du 10 août, au lieu des généraux royalistes.
D'ailleurs, les nouvelles les plus fâcheuses arrivaient des départements du midi et de Touest. On venait d'apprendre la prise de Fontenay par les Vendéens , et leur marche sur Saumur. Les seclions de Bordeaux avaient désarmé le petit nombre de Jacobins, qui se trouvaient dans le département de la Gironde, et annonçaient l'intention de marcher contre Paris. Celles de Marseille, sous la conduite de royalistes avoués, se révoltaient contre la municipalité, et avaient forcé les représentants, en mission dans la ville , de fuir pour échapper à l'assassinat. Ces sections, ayant établi un comité central, cherchaient à se confédérer avec plusieurs départements, afin de résister à la Convention.
La ville de Lyon, dont l'existence reposait sur la fabrication et le commerce d'objets de luxe, regrettait le régime monarchique, ou désirait au moins une.république fédérale. Son voisinage du Piémont permettait aux émigrés d'y entretenir l'esprit de révolte. Les sections, soulevées, dès le mois de février, contre les sociétés populaires, s'étaient emparées de l'arsenal, et avaient refusé des armes et des munitions à la municipalité, dirigée par le vertueux Chalier, procureur de la commune, ardent jacobin, admirateur et disciple de Marat.
Les chefs des sections, inquiets de l'autorité des Jacobins, tinrent des conciliabules contre la municipalité, et refusèrent de s'enrôler pour marcher en Ven-
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dée. La Convention envoya Aibitte, Dubois-Grancé, Nioche et Gauthier pour accélérer le recrutement. Les Jacobins de Lyon et la municipalité, soutenus par leur présence, créèrent une troupe permanente, frappèrent les riches d'un emprunt forcé de six millions , renvoyèrent tous les étrangers de la ville, et organisèrent un tribunal révolutionnaire.
Le parti de la Gironde obtint un décret qui annulait l'arrêté relatif au tribunal révolutionnaire \ et autorisait les sections à repousser la force par la force. Celles-ci, encouragées, établirent des comités de surveillance, composés de royalistes, pour se soustraire à Tenrôlement et à l'emprunt forcé ; en outre, elles s& déclarèrent en permanence, délibérèrent en armes et visèrent hautement au renversement des clubs et de la municipalité ; elles avouèrent même l'intention d'égorger les principaux patriotes. Le 28 mai, les seclionnaires s emparent de l'arsenal et maltraitent Nioche; mais, repoussés par une fusillade, ils se cachent. Le parti de la municipalité, se croyant vainqueur, ne poursuit pas sa victoire ; les aristocrates se rallient, et reviennent l'attaquer avec du canon. Le 29, ils s'emparent de l'hôtel de ville, emprisonnent les officiers municipaux et les Jacobins, gardent à vue les commissaires de la Convention « et livrent Chalier à une commission criminelle.
^ Le Publiciste, n« $58. — Dettx Amis. — Histoire impartiale des crimes.