‹ Histoire de la révolution Française (1789) (volume 4)Chapitre 6 sur 20 · LIVRE QUINZIEME · texte numérisé non relu

LIVRE QUINZIEME

(ou 10 AOUT m 10 NOVEMBRE 1793.)

Levée en masse.— Organisation définitive du comité de fialut public. — Grandes mesures politiques et sociales. — Emprisonnement des suspects. — Supplice des Girondins et des traîtres de l'Assemblée constituante.

I. La Constitution de 93 fut acceptée, après un mûr examen, par {u-esque toutes les assemblées primaires, même par celles de Lyon, et par les armées de la république. Marseille, seule des grandes villes, y re« fusa son adhésion. Sur les quarante*quatre mille communes de la république, une seule, de cent vingt habitants, demanda le rétablissement de la royauté et du clergé,

La Convention avait décrété une nouvelle fédération, pour célébrer la promulgation du pacte constitutionel , et choisi le 10 août, anniversaire du renversement du trône. Huit mille délégués apportèrent à Paris les procès-verbaux des assemblées primaires. La commune les reçut comme des frères, et leur

donna des commissaires pour les préserver des pièges, souvent tendus dans les grandes viiles aux nouveaux venus. Pour éviter les scandales qui avaient signalé la première fédération, après laquelle les fédérés se promenaient publiquement avec les courtisanes, toutes les maisons de jeu et de débauche furent fermées. Une proclamation , rédigée par Chaumette , portait l'empreinte d'une austérité, d'un amour de l'égalité jusqu'alors inconnus ; peut-être même peut-on dire, qu'en cette circonstance, l'affeclation d'un puritanisme presque farouche était un peu déplacée, venant presque sans transition après le relâchement des mœurs monarchiques.

La fête fut célébrée avec une pompe extraordinaire. Dès le matin, la Convention nationale, toutes les autorités, les envoyée des assemblées primaires et le peuple se réunirent sur la place de la Bastille, et se mirent en lùarche au bruit des chants patriotiques et des cris de joie. Le cortège fit plusieurs stations, à chacune desquelles Héi*ault-Séchelles, président de la Convention, prononça un discours patriotique. Arrivé au Champ-de-Mars, le président monta an sommet dé l'autel de la patrie aveé le plus âgé des délégués, et proclama la Constitution.

Cette proclamation fit espérer tm proinpt retour fl tin régidie réguUer, et détacha complètement les départements de la faction girMdîne^ Néanmoins, il

1 Deux JtmU de la tiherté.

DE LA RÉVOLtmON FRANÇAISE. 151

eût été improdeirt de mettre imniédiftténient en vigueur Tacte constitutionnel ; on le eotnparait à un Taiêdeaii solide, mais qui ne pouvait être laneé au milieu des flots pendant une tempête. Il fallait avant tout repousser Tennemi. La révolte vendéenne, toujours en progrès, comptait à présent cinquante mille combattants ; la Bretagne fermentait et correspondait avec elle et avec \eâ Anglais. Le siège de Lyon menaçait de durer longtemps ; Toulon passait pour im* prenable, et recevait des renforts d'Angleterre, d'Espagne et dltalie. Depuis la bataille de Neer-Winden, la république n'avait éprouvé que des défaites sur les frontières du nord, de Test et du midi ; or, la dictature de la Convention ne devait expirer qu'avec l'entière pacification de l'intérieuf , et l'indépendance de nos frontières assurée.

IL Les délégués des départements, non moins ardents que ceux de 92, restèrent à Paris jusqu'à ce qtie la Convention eût pris de véritables mesures de salut publié. Unis aux Jacobins et aux commissaires des quarante-huit sections, ils invitèrent, par une adresse (16 août), la Convention à n'accorder aucune trêve aux ennemis de la république ; à décréter la levée en masse des Français ; et à ehvoyer les suspecta combattre aux frontières, en les immolant s'ils reciîlaient.

La Convention, séance tenante, rendit le décret suivant :

« V Jusqu'au moment où les ennemis auront été chassés du territoire de la république, tous les FraU'» çais sont en réquisition permanente pour le service des armées. Les jeunes gens iront au combat, les hommes mariés forgeront des armes et transporteront des subsistances ; leurs femmes feront des tentes, des habits, et serviront dans les hôpitaux; les enfants mettront les vieux linges en charpie ; les vieillards se feront porter sur les places publiques pour exciter le courage des guerriers, la haine des rois et Tunité de la i:épublique.

» 2"" Les maisons nationales seront converties en casernes; les places publiques en ateliers d'armes; le sol des caves sera lessivé pour en extraire le salpêtre.

» S*" Les chevaux de selle seront requis pour compléter les corps de cavalerie ; les chevaux de traits, autres que ceux employés à Tagriculture, conduiront l'artillerie et les vivres. »

Ce décret fut accueilli avec un enthousiasme presque unanime. La levée des trois cent mille hommes avait été difficile et incomplète ; la levée en masse électrisa tous les citoyens. La loi n'accordant d'exception à personne , chacun s'empressa de l'exécuter: les riches pour ne pas être suspects, les pauvres parce que, en général, ils sont toujours prêts aux sacrifices. Désormais, la nation ne voyait plus ses représentants s'accuser réciproquement de trahison et d'ineptie; elle sentait que tous les hommes étaient véritablemeot

DE LA RÊYOLimOlf FBANÇAISE. 161

^ux devant la loi et devant le glaive de la justice : la mort menaçait les généraux qui auraient pu trahir. On comprenait d'ailleurs que les premières fonctions de l'armée n'allaient être attribuées^ comme les emplois civils, qu'au mérite seul.

Toutefois, l'impulsion nécessaire partait de directions diverses et souvent opposées; c'est-à-dire, des comités, du conseil exécutif, de la commune, dés sections. En de pareilles circonstances, la contrariété équivaut presque toujours à la nullité ; il fallait un centre d'action qui réglât l'activité commune. Ce (ut encore Danton qui le fit établir.

a Le vaisseau de l'État, dit-il, doit avoir son gouvernail; c'est la saine politique. Nous n'aurons de succès que lorsque la Convention, se rappelant que l'établissement du comité de salut public est une con-^ quête de la liberté, donnera à cette institution l'énergie et le développement dont elle peut être susceptible. .. Les mêmes circonstances que l'année dernière se reproduisent aujourd'hui ; les mêmes dangers nous menacent... Mais le peuple n'est point usé puisqu'il a accepté la Constitution ; j'en jure par l'enthousiasme sublime qu'elle vient de produire. Il a, par cette acceptation, contracté l'engagement de se déborder tout entier sur ses ennemis. Eh bien! soyons terribles; faisons la guerre en lions. Pourquoi n'établissons-nous pas un gouvernement provisoire, qui seconde par de puissantes mesures Ténergie nationale 7... Rien ne se III. 11

itn msTonB

fait, le gouTetoement rie dispose d'aùoiiil mafm |kh

liliqùei

)^ Il faut denc^ en attendant que là Constitution soit enàctititéi et pour qti'elle {misse i'étre, que Totre comité de salut public soit érigé en gouvernement piroTi^oire; que les ministres ne soient que les premiers ageais dé eé comité.-<. ; qu'il sint mis cinquante millions à la disposition du oomité,- qui en rendra éompteà la fih de la session, mais qui autà la faculté de les employer tous en un jour s*il le juge utiles Une inlmense prodigalité pour la cause de la liberté est un placement à usure..- Vous tous occuperez ensuite des armées... Dans toutes les Villes un peu eonsidérables Tenclume ne doit être frappée que pour la fabrication du fer que tous dotez tourner contre vos ennemis /«. Le peuple a confiance en vous; soyez grande et dignes de lui.^. p

Comme on objectait que placer des fonds immenses dans lei mains du comité, c'était Texpdser à la calomnie ' : « Ce n'est pas être homme publie^ reprit Danton, ^ue de craindro^la calomnie. Lo^sque^ Taiinée der-» nière^ datis lé conseil exécutif < je pris seul, sur ma responsabilité, \éi nioyeiis nédessaireâ pour ddunéf la grande im|)ulsion, pour faire tnafcher la nation sur les frontières, je me dis : <( Qu'on me miommei je te » préisois, il ne m* importe; Mt mn nom être (Utri^

^ Lenisettr) t. II.

» je $auvermla Hbm^ti. )> Aujourd'hui, Ja question est de savoir s*il est bon que le comité de gouvernemeat ait des moyens de finances, des agents, pour adapter une manivelle à la grande roue, et donner ainsi un grand mouvement à la machine politique. Je déclare cependant, puisqu'on a laissé sur moi seul le poids de la discussion, que je n'accepterai jamais de fonctions dans le comité ; j'en jure parla liberté de ma patrie. )^

Cette proposition fut d'abord ajournée ; mais ta Convention en sentit bientôt l'importance, et la décréta. Elle renomma Danton, presque à l'unanimité, membre' du comité de salut public ; mais il donna sa démission avec désintéressement, pensant qu'il n'y était plus nécessaire. Il ne voulait pas, d'ailleurs, après avoir réclamé pour le comité la dictature et le manie^ ment du trésor de la république» paraître avoir agi sous l'influence de préoccupations personnelles.

III. L'unité du gouvernement, la dictature temporairOi si néQjSSsaire en révolution, fut donc constituée. Le comité de salut public était le centre d'o^ partait le vaste réseau qui embrassait la république à l'intérieur et a l'extérieur. Il dirigeait treize armées, qui furent organisées après la lev^e en masse. Son influence, était immense, car tpus ses membres furent choisis dans la Montagne.

Le comité de Salut public, tel qu'il laissa son nom dans l'histoire, fut composé des douze membres dont les noms suivent :

16^1 RIStOlRE

l"* Robespierre, élu le 11 juillet, et qui en fut le membre le plus influent.

2^" Saint-Just, son admirateur outré, qui lui écrivait, en 1790, d'un village du département de l'Aisne : Je ne vou% connais pas; mais vow êtes un grand homme... Il ne voyait que Robespierre, ne pensait et n'agissait que d'après lui, et méprisait ou haïssait tous les autres. Mais son dévouement semblait résulter d'un calcul ; il ne montra jamais d'amitié pour personne, même pour ceux qui lui avaient rendu des services.

Sans aucune connaissance pratique des affaires ni des bommes, ce qui n'est pas étonnant à son âge, Sainl-Just était un métaphysicien politique, vivant sur quelques maximes banales, qu'il formulait néanmoins avec un laconisme saisissant. Mais il ne savait ni discuter, ni conclure. Jamais il ne put improviser le moindre discours. Audacieux et calme à la tribune, lorsqu'il élait écouté, plus audacieux encore dans les conseils, il craignait le feu, et ne s'exposait pas aux balles, comme ses collègues de la Montagne ' . II avait une froide affectation révolutionnaire et de la ténacité , mais un orgueil et une ambition sans mesure : Je sais oà je vais, disait-il avec arrogance. Du reste, la beauté de sa figure, sa jeunesse, ses mœurs sévères intéressaient en sa faveur. On l'esti-

^ Mémoires de Levasseur, t. UI, k la fin.

mait, maison ne Taimait pas; Robespierre seul put être son ami.

Amoureux de la célébrité, Saint- Just avait publié, à dix-neuf ans, un volumineux poëme épi<[ue, qui ne fut lu par personne. Sous T Assemblée constituante, il fit imprimep un gros traité de politique, qui n'eut guère plus de succès ^ Sans autre instruction que celle qu'il avait puisée dans la lecture de quelques législateurs et de quelques historiens de l'antiquité, il croyait qu'une grande république peut se jeter dans un moule. Cet archaïsme fit dans la révolution un mal que Ton n'a pas assez remarqué, quoiqu'il ne soit que trop réel. Un grand nombre de conventionnels avaient toujours devant les yeux, comme d'éternels modèles à suivre, les républiques de Sparte et de Kome, oubliant que chaque époque a dés créations nouvelles. Si F humanité est solidaire, elle est progressive, d'où la conséquence que toute institution qui reproduit celles des âges disparus contient un germe fatal. Autre chose est d'admirer et de suivre les grandes traditions héroïques et philosophiques des époques grecques et romaines, autre chose est de copier leurs gouvernements et leurs mœurs.

Si Saint-Just fût arrivé aux affaires dix ans plus tard, il eût pu rendre à son pays de grands services ; mais à vingt-quatre ans» avec son caractère violent et

' Courrier de Provence.

166 RifltmiiE

son orgueil, il détenait, au contraire, un embarras.

3* Gauthon, également admirateur de Robespierre, A?ait plus d'énergie que lui et que Saint-Jus t; et, avec autant d*honnêteté études mœurs aussi pures, plus de sagesse et de prudence. C'était un orateur du second ordre, mais on Técoutait avec plaisir. Ces trois membres du comité étaient surnommés par leurs collègues les jjfens de la haute main ^ Leur union inaltéraMe, leurs antécédents irréprochables, leur constance dans leurs principes, leur donnaient un grand crédit dans le coniité, dans la Convention, et auprès du peuple.

VBillaud-Varennes, ex-oralorîen, né à h Rochelle, 8*était jeté avec ardeur dans là révolution, dès 1788. D'un tempérament bilieux, inquiet, il faisait, pour ne pas se laisser pénétrer, des efforts qui ne laissaient que mieux lire au fond de son coeur. Presque toujours morne et silencieux, il avait Tair sinistre, le regard vacillant et convulsif. Il méditait lentement, comme les hommes des cloîtres, mais il exécutait avec une grande énergie. Il fut l'homme te plus implacable^ et l'un des plus sanguinaires de la révolution. Ce n'était pas calcul personnel. Comme les anciens moines JMilaient les Albigeois , il voulait détruire tout ce qui faisait obstacle à la révolution, coupable ou innocent. Du reste, il dédaignait les richesses, et menait

' Mémoires de Séoart.

^Villatte,t. U, p. 14.

DE LA RÊVdUmûV PRÂNÇAISE. 167

une vie pauvre let austère. En iftlA, exilé au delà des merd, ee farouche et vertueux répubilsaio disait encore : La poOérité nous reprochera d'avoir trop minage les lyram et les fripons.

^^ CoIlot-d'Herbois, ancien tragédien et auteur dramatique. En 92, il avait incliaé ver^ les Brissotins; depuis le 10 août, il fut ardent Montagnard. Uomme sensible, enthousiaste, facile, il se passionnait pour les idé£s grandes, élevées. Dans sa cruauté il croyait élrehunaain. Il disait souvent : Plus le corps social transpire , plus il devient sain. Il était enclin à la débauche et pasâîonné pour les femmes, mais sans délicatesse et sans choix. Pa disait de lui que $on âme était variée comme son jeu sur le théâtre. U de.vaît sa fortune politique aux Jacobine, dont il était Tun des principaux orateurs depuis li9i,

ô"* Barrère. .Cé^t le courtier de tous les partis, 1^ courageux délenseur du plus Cort ^

Il avait à Ciiehy une pêtiie maison où il se rendaii six fois par moisavecsa mwtresse; Vadier, Voulland, Dapin, Amar, s'y rendaient le même seir avee les leurs ; et là, êu milieu des plaisirs, ils cherchaient^ par des proscriptions, à ae maintenir 4ans la position élevée où le hasard révolutionnaire et leurs intrigues les avaient placés.

«Barrère &>rmait, dit VillaUe» un contraste parfait

* Villatle, t. If, 1^. |3#

» avec Maximilien Robespierre* Léger, ouvert, cares- » sant, aimant la société, surtout celle des femmes ; » recherchant le luxe et sachant dépenser. Dans l'an- » cien régime, il avait désiré de passer pour^entil- )> homme. Le sobriquet de Viemac ne flattait pas peu ^ son amour-propre. Varié comme le caméléon , ï> changeant d'opinion comme de costume ; tour à » tour feuillant, jacobin, aristocrate, royaliste, mo- » déré, révolutionnaire; cruel, atroce par faiblesse, » intempérant par habitude ; selon la difficulté de ses » digestions, athée le soir, déiste le matin, né sans » génie, sans vues politiques, effleurant tout ; ayant » pour unique talent une facilité prodigieuse de ré- » daction^ »

Chaque matin l'antichambre de Barrère était remplie de solliciteurs et de solliciteuses qui venaient lui présenter des pétitions. Il prodiguait les promesses; puis, rentré dans son cabinet, il jetait tout au feu sans rien lire, en disant : Voilà ma correspondance faite.

Parce qu'il avait été président des Feuillants , il devint ultra-révolutionnaire, suivant Thabitude des hommes sans conviction et sans principes qui se montrent toujours les plus exagérés dans leur parti.

* Avait- il un sujet à traiter, il s^approcliait de Robespierre, Hérault, Saint-just, etc., escamotait à chacun ses idées, paraissait ensuite à ia tribune ; tous étaient surpris de voir ressortir leurs pensées coHune dans un miroir fidèle. Barrère appelait Carmugnoleê ses rapports. (Villatte, Cauiei secrètes, i'« partie, p. 19.)

DE LA RtYOLUTION FRANÇAISE. 169

Barrère disait souvent, dans les discussions intimes, ce mot qu*il prononça même à la tribune, et qu'il emprunta d'un moine fameux du moyen âge : Il ri y a qvs^ les morts qui ne reviennent pas.

Fréteau ayant été acquitté par le tribunal révolutionnaire, Barrère s'écria : Un membre de V Assemblée constituante échappé I Les jurés sont des contre-révolutionnaires. — Eh bien I dit Collot-d'Herbois , on le reprendra. En effet, ils firent une autre liste de jurés et remirejit en accusation Fréteaii, qui fut guillotiné ' •

Barrère dînant un jour, à la fin de 93, avec Saint- Just et Robespierre, ce dernier manifestait ses craintes du grand nombre d'ennemis qu'avait la révolution. Barrère comprit sous ce titre tous les nobles, tous les prêtres, tous les magistrats, avocats et procure^urs, et même les médecins. L'Egalité, dit-il, a prononcé contre eux tom l'arrêt fatal. Saint-Just dit qu'il est urgent de confisquer les biens des suspects à déporter. Barrère, piqué d'émulation, ajoute: Le vaisseau de la révolution ne peut arriver au port que sur une mer rougie de flots de sang. Et les deux rhéteurs citaient, à l'appui de leur opinion, des passages de Mirabeau et de Tabbé Raynal. Quant à Robespierre, il voyait déjà deux écueils également dangereux : « l'effusion excessive de sjmg qui révolterait l'humanité, et l'insuffisance ménagée par une fausse sensibilité envers

' Causée secrètes, 1. 1> p. 20.

170 Hfl^OIIIE

un petit nombre, préjudicis^ble au bonheur de tous. » Barrère résuma en ces termes l'opinion dé ses deux collègues et la sienne : // faut commencer par la Cmstitutante et les plus marquants de la législative. Ce sont des décombres dont il faut déblayer h place.

Barrère disait souvent à ses confidents : <( On sera obligé de supprimer les journaux, de phlébotomi^er leurs auteurs. Ne suffit-il pas d'une feuille sous la direction immédiate du comité, pour neutraliser l'opinion publique ^? Il disait encore : <( Nous brûlerons » toutes les bibliothèques. Oui, il ne sera besoin que » de Thisloire de la révolution et des lois ; s'il n'y avait )► pas sur la terre, à des époques répétées, de grands » incendies, elle ne serait bientôt plus qu'un monde » de papier. » Barrère traitait les propriétaires d'oppresseurs du monde chargés de forfaits; il plaçait excliisivement les vertus dans la classe des Iravail'leurs, qu'il appelait à la guerre coqitre le reste dje la nation.

Ces trois membres du comité étaient surnommée les gens rév)(Àutionhaires.

Venaient ensuite les hommes plus spécialement chargés de l'administration, les gens^'examem.C'étaient:

7' Carnet, ancien officier dû ^énie , chargé de la stratégie, et dont on a dit depuis qu'il orgamsait la victoire.

* vaiatte, t. II,.p. 17.

8"" Robert Lindet, avocat, député de TEure, homme d'une probité, d'une modestie et d'un dévouement exemplaire : il se consacrait eidusivement aux appro* visîonnements de vivres, et y déployait une rare intel^ ligence. Lorsque ses collègues lui présentaient des Ksies de proscription injustes i signer, il répondait brusquement : Je $uk ici pour nourrir les citoyens et non pour les tuer.

9* Prieur (de la Côte-d'Ôr), ancien officier du génie, homme intègre et intelligent, ne s'occupait que de la fabrication et de la distribution des armes.

10' Prieur (de la Marne), avocat.

11* Jea0-Bon-Saint- André, ministre protestant. Ces deux derniers n'assistaient jamais aux séances du comité, parce qu'ils étaient constamment en mission.

12* Enfin Hérault-Séchelles. Ge député était d'un caractère assee léger, mais intelligent et honnête. Après avoir rendu des services à la révolution, il commençait à s'engourdir à cette époque. Il s'était fait connaître par trois écrifs : le Voyage à Monlbar, chez Buffon,dont il ét$it l'ami; V Essai sur ta dédamalion^ et la Théorie de l'ambition, qui ne fut imprimée tju'après sa mort, mais qui circula en manuscrit ^nlre les mains de tous ses amis politiques. Malheureusement il n'eut pas assez de caractère pour mettre en pratique les doctrines qu'il avait puisées chez les plus grands penseurs.

Le comité de salut public était permanent et tenait

t12 HISTOIRE

ses séances dans un pavillon des Tuileries. Il siégeait souvent la nuit entière. CoUot, ou Garnot, ouBiilaud, ou Barrère n en désemparait pas, afin qu'il y eût toujours un membre pour répondre à tout^ Chaque membre avait son cabinet > et ses bureaux. Billaud, CoUot et Barrère étaient ordinairement chargés de la correspondance et des communications avec le comité de sûreté générale. Robespierre , Saint4ust et Couthon s'occupaient de la direction générale et des projets de décrets. Carnot, Robert Lindet et Prieur (de la Cote-d'Or) restaient presque toujours ensevelis dans leurs bureaux^ Barrère avait ordinairement, dans ses attributions, la rédaction des rapports qu'il écrivait avec. une extrême facilité.

On conserva le comilàde sûreté générale, composé tantôt de douze, tantôt de quin2ie membres, nommés pour un mois, comme ceux du comité de salut public, et qui était chargé principalement de là police dans toute La république. Il agissait, dans les grandes cii^ constances, avec le comité de salut public. On les appelait aussi tous deux comités de gouvernement.

Les membres du comité de sûreté générale furent ordinairement :

l*" Vadier, le même qui se vendit à la cour dans l'affaire du roi au mois de juillet 1791, et qui vou-

^ Les Crimes deè anciens comiiés, par L* Lecointrex p* 30. — Histoire impartiale des crimes, t. V, p. 1 09«

DE LA R^VOItimON FRANÇAISE. 173

lait, comikie Dandré, livrer aux tribunaux Dantpn et Desmoulins.

S*" Amar, anciea trésorier de France et ancien noble.

3° Jagot, ex-juge de paix, vieux républicain.

i"" Youlland, ancien secrétaire du club des Feuillants.

5"" Louis (du Bas-Rhin).

Ils étaient liés avec les gens révolvlionnaires. On les appelait les gens d'expédition , parce qu'ils étaient chargés des poursuites criminelles.

6*" David, révolutionnaire violent et fanatique de Robespierre, auquel il rendait compte de tout ce qui se passait dans le sein du comité de sûreté générale.

7** Lebas, jeune avocat, , ami sincère et protégé de Robespierre. Homme doux, pur et sans ambition ; sa modestie excessive Tempécha de monter à la tribune. Ces deux derniers étaient appelés les écouteurs.

8" Moïse Bayle.

9^Ruhl.

lO^^Lavicomterie, auteur des Crimes des rois.

iV Elie-Lacoste.

12** Dubarran.

Ces cinq membres, vieux et ardents patriotes, formaient le troisième parti, connu sous le nom de gens de contre-poids.

IV. Le comité de salut public désintéressé, ayant au plus haut degré le sentiment de l'honneur natio-

17& HISTOm

nal et Tanloiir du bonheur public, donna îine impulsion vigoureuse au mouvement révolutionnaire. Les représentants en mission reçurent des pouvoirs presque souverains; on leur prescrivit d'épurer les étata** majors et toutes les administrations. Le comité ordonna Tincendie de la Vendée, et prescrivit à ses commissaires de faire sonner le tocsin dans les dé^ parlements voisins, pour les précipiter s^ur ce pays. Les désertion^ étant innombrables, Danton fit décréter la peine de rao^t contre quiconque déserterait son drapeau, sans avoir été remplacé.

On autorisa le ministre de la guerre à faire fondre les cloches pour fabriquer des canons. On. fit détruire les superbes tombeaux de Saint-Denis; tous les ornements d'or et d'argent qu'on y trouva furent convertis en monnaie.

De leur côté, les princes étrangers employaient tous les moyens, même les plus vils, soit pour détruire le crédit public en France, soit pour diminuer nos forces de terre et de mer. Les Anglais avaient fait incendier la voiierie de Lorient, Huningue et plusieurs parcs d'artillerie ; Pitt favorisait des fabriques de faux assignats en Angleterre \ et même, en France jusque

1 Ce fait fut prouvé depuis surabondamment par plusieurs procès à Londres, entre les fabricatenrs et leurs fournisseurs de papier. Les iabricaieurs ayant refusé de payer le papier comme fourni dans un but immoral et contraire aux lois, les juges déclarèrent que la fabrication de faux assigùats était permise contre des enaemis. Ils tnolivèrent leur opinion sur le faneox vers de VÉnéid9 : An iohêê...

dans k» prisons; en outre, il iaislût accaparer par ses agents secrets toutes les denrées de première nécessité^ Les rois avaient chassé ^ dépouillé et souvent &it assassiner les Français qui se trouvaient dans leurs États. La Convention déôlara que Pitt était T ennemi du genre humam, et décréta lai'restation de tous les étrangers, sujets des puissances avec lesquelles la France était en guerre ; à Texception des ouvriers, des étudiants et des hommes qui avaient fait preuve d'atta^ chement à la nation française. On prohiba, sous peine de mort, les placements dans les banques étrangères. L agiotage et le commerce^du numéraire furent défendus, sous des peines très-forles. Cambon ayant prouvé que les marchés passés depuis le commence^ ment de la guerre, avaient été presque toujours con* dus avec des fripons^ et qu'il en était résulté une perte de cent quaraqte-sept millions pour la républiquei la Convention annula les marchés conclus avec les compagnies de traitants, fit destituer un grand nom-» bre d'administrateurs incapables , et poursuivre tous ceux. contre lesquels s'élevaient des présomptions de dol ou de fraude. Elle réunit les fournitures de toute eapëce sous une bonne administration, qu'elle obligea de rendre, chaque mois, des comptes détaillés, avec pièces à l'appui. Une administration particulière fut chargée de distribuer, dans chaque commune, la confection de rhabillement de l'armée, afin d'assurer du travail aux ouvriers.

176 HISTOIRB

La Convention, subissant l'influence de son comité de salut public, fut le seul gouvernement qui proscrivit franchement les fripons « et ce fait seul suffirait à honorer sa mémoire. Sa sévérité s'étendit jusque sur ses propres membres; Perrin, député de l'Aube, membre du comité de surveillahcc des marchés, fut condamné à douze années de fers et à six heures d*exposition« pour avoir entrepris une fourniture et bénéficié sur TÉtat, au mépris du décret qui interdisait aux représentants du peuple de faire le commerce. Cet acte de sévérité fut généralement applaudi.

L'accaparement produisait des effets bien plus désastreux encore que l'agiotage, car il s'exerçait sur les ehoses nécessaires à la vie, et pesait surtout sur le pauvre. Un décret réputa coupables d'accaparement, ceux qui dérobaient à la circulation, ou laissaient détruiré volontairement des denrées et marchandises de première nécessité, telles que pain, viande, légumes, grains» farines, beurre, vinaigre, boissons, charbon, suif, bois, huile, savon, sel, chanvre, papier, fer, acier , cuivre , toiles , étoffes (les soieries exceptées), etc.. La peine de mort et la confiscation des marchandises furent prononcées contre les accapareurs.

Afin de régler définitivement et d'une manière uniforme les finances de l'État et d'en finir avec le passé, Cambon proposa et fit adopter la formation du grandlivre de la dette nationale. Tous les créanciers de

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l'État et des communes obtinrent, pour le remboursèment de leurs créances, une inscription de rente, perpétuelle ettransmissible àvolonté et au denier vingt, en remplacement de leur capital qui fut supprimé. Les créanciers eurent un an pour se faire inscrire ; ce délai passé, ils perdaient leur créance. Ainsi, le créan-^ cier de la somme de deux mille francs, recevait une rente de cent francs , mais il avait le droit de vendre à un autre sa rente pour la valeur du capital qu'elle représentait. La Convention frappa la rente d'un im- ' pot du cinquième; de sorte que la dette publique se trouva fixée, au mois de septembre 1793, à la somme annuelle de cent soixante millions.

On décréta la démonétisation des assignats à face royale, parce qu'un grand nombre de personnes les croyant meilleurs que les autres, les agioteurs en trafiquaient. Le bannissement et la confiscation furent décrétés contre tout Français coupable d'avoir agioté sur la valeur des assignats. Un décret condamna à une forte amende et à l'emprisonnement tout citoyen convaincu d'avoir refusé en payement les assignats-monnaie , ou de les avoir donnés ou reçus en subissant une perte quelconque. Ce décret était nécessaire, car en dépréciant ainsi les assignats, les denrées renchérissaient, au point de rendre les pauvres la proie de la famine.

Il devenait nécessaire, comme complément de ces lois salutaires, de généraliser le maximum, qui n'avait m. 12

^79 HisTûiRf;

pas été 6fé à m ^ux uniforme, et y^fiait suivant lj3$ locf ljté« ; en sorte qu'il arrivait couvent que, le blé se vendant moins cl^ei: à f^aris que dans ]e$ enyirpns, les l^cl)eteurs y accouraient ep foi^le pour eï\ profiter. Des plain^ef; s'él^v^ent : les uu^, attribuaf)| l'accrpis^ement de Ifi misère au ma:jipiuïfl, vflu)aip?ïJ qu'où l^bolif ; Ips autres (iem^U^^^ent qu'au cqntraire, i} fût le méiue pour ^oute ]fL république; telle était l'opiqipn de Clfabpt, de Tbuript et de Danton. Ce dernier ^ squtint, avec }a haute préyQyani^e dont il avfiit déjà donné t^nt dp prpuye^. ^ La natpre, di(-il, ne nou^ à pas aban- 4ounés; n'aban4onnon; pas le peuple, il se ferait justice lui-même; il tomberait §ur ^^^ aristocrates p^ Ipur arpracher^it de yive force pe que ]a ]pi aurait dû luj jiccorder. » Cqiufu^ l:)eauPoup de personnes hésitaient à adopter cette mesura, (laps la plainte de méçpntputer les départements ou le fnaximum se trouvai! V^^^ t*s qup ne devait je fixer la loi, Danton rép]jqU^ : n Le )égis]ateur ne doit calculer que les intérêts géfipymi. Le peuple, qui est toujours juste, applaudira ^ une loi qui assure la subsistance 4e§ arflfiees et d^ }a république entière. »

La Çqnvention décréta (3 septembre) U maximum UuifQFïfle, et fii^a le pfix 4h quiu|a| de blé de preuiière qualité à vingt liyres,. jusqu'au 1" octobre 1794. Jllle interdit le commerce des grains; Iqs cultivateurs et les propriétaires furent tenus de déclarer la quantité de grains qu'ils avaient récoltée dans l'j nnée, et celle

DE LA RÊTOUmON FRAHÇAISB. f 79

qui leur restait de Tannée précédente. La faculté de résilier les baux pour tous les biens ruraux (ut agr cordée aux fermiers et aux propriétaires. Pour faeiUr ter le principe de la division de la culture, on décida que chaque bail ne pouvait s'appliquer k un domaine de plus de trois cents à trois cent cinquante arpents.

En outre, la Convention, sur le rapport de Couppé (de rOise), fixa le maximum du prix de toutes lei denrées et marchandises de première nécessité , qui furent énumérées dans le décret et taxées généraler ment, au cours de 1790 et d'un tiers en sus. JI en fut de même pour les journées de travail.

Un au^re décret, dans le but de pourvoir à T^n-^ tretien des terres des Français qui s'étaient rendus au^ armées, disposa que les propriétaires, fermier» et ouvriers de chaque commune cultiveraient, ensemen? ceraient et récolteraient celles des citoyens enrôlés souç les drapeaux. Quiconque refuserait ses services, serait condamné à trois mois d'emprisopnement. L'excédant du produit sur la dépense fut attribué au propriétaire ou à ses ayant-cause. Dans le pas d'un déficit, il était supporté parla nation.

y. La Convention décréta l'uniformité des poid^ et mesures, et l'application du système décimal. L^ nouveau système eut l'avantage immense de simplifier et de mettre à la portée de tous les mesures qui, par leur complication, servaient merveilleusement la fraude. En facilitant l'échange des produits^ il aug«

menta les relations des citoyens de toutes les parties de la nation et contribua, tout en développant l'industrie et le commerce, à fonder cette grande unité française, étemel honneur de la révolution.

La Convention décréta aussi que toutes les lois civiles seraient codifiées, et uniformes pour toute la république. Cambacérès fit, sur ce sujet, un rapport très-remarquable, et présenta le Code civil, dont la Convention établit dès lors les principes, après des discussions savantes, et vota même les titres relatifs aux personnes.

Les télégraphes, récemment inventés, furent établis sur les grandes lignes de communications, pour faciliter les services publics.

Toutes les académies furent supprimées comme inutiles. Le comité d'instruction publique fut chargé d'étudier les meilleurs moyens de récompenser^les savants et de favoriser le développement des arts, des sciences et des lettres. Jusqu'alors la propriété littéraire et artistique n'avait pas été reconnu ; la plupart des auteurs mouraient dans la détresse où végétaient misérablement, parce que des contrefacteurs habiles s'emparaient de4eurs productions et en retiraient tout le profit. La Convention décréta (}ue les écrivains, les compositeurs de musique, les peintres, les dessina* tours jouiraient du droit exclusif de vendre leurs ouvrages dans toute l'étendue de la république, et d'en céder la propriété en toujt ou en partie. Leurs héritiers

OU cessionnaires devaient jouir du même droit pendant dix ans, après la mort des auteurs.

La Convention, voulant rompre tout à fait avec le passé, abolit le calendrier grégorien, et le remplaça par un nouveau, établi d'après les travaux de Rom me et de Fabre d'Églantine ; Tère nouvelle fut datée du 22 septembre 1792, an ?' de la république française. L'année fut divisée en douze mois de trente jours chacun. Les trois premiers, ceux d'automne, furent nommés vendétniaire, brumaire et frimaire; les trois mois d'hiver, nivôse, pluviôse, ventôse; les trois mois du printemps, germinal, floréal, prairial: les trois mois d'été reçurent les noms de messidor, thermidor et fructidor.

Chaque mois était divisé en trois décades. Les jours furent appelés primidi, daodi, tridi, quartidi, quifitidi, sexlidi, septidi, octidi, nonidi, décadi; on consacra au repos ce dernier, au lieu du dimanche Comme les mois n'étaient que de trente jours, il en restait encore cinq qui furent appelés complémentaires et consacrés à des fêtes nommées sans-cUlottides et dé* diées au génie, au travail, aux actions, aux récwnpenses et à Y opinion. Le dernier jour des années bissextiles fut aussi nommé sans-culottide et consacré à la fête de la révolution ^ .

1 IMirabeau avait le premier parlé de la réforme du calendrier : peu d'heures avant sa mort il disait « qu'on ne ferait rien pour la révd- » lution, tant qu'on n'aurait pas déchristianisé la France. »

IM âisTdlftË

VI; Cependant, la perte de la flotte de Toulon jiot'tait à la marine française un coup fatal. Le comité de salut public fit rendre tin décret qui mettait en réquisition tous les bois de France, et touted les autres matières prdpres à la construction des navires. Cent millions furent laissés pour cet objet, à la disposition du ministre de la marine.

Jusqu'alors les bâtiments construits chez les étrangers étaient admis très-facilement à naviguer sous pavillon français. Il en résultait que les armateurs de France faisaient acheter la plupart de leurs navires eti Angleterre et en Hollande; où ih les payaient moins cher, au grand préjudice des chantiers français. Souvent aussi les constructeurs découragés émigràient ou travaillaieiit sans ioins. Les étràtigers qtii avaient le droit de faire le cabotage des ports français, possédàtit un plus grand nombre de navires que nos armateurs, étaient presque les riiaîtres sur le littoral. Le 21 septembre, Barrère, au nom du comité de salut public, proposa à la Convention un acte db navigation qui fut immédiatement décrété. « Chaque vaisseau qu'il va produire, disait le rapporteur, mettra le feu à un vaisseau de Londres ou d'Amsterdam . »

Cet acte portait qu'aucun bâtimeilt rie serait réputé françaiâ^ s'il n'avait été construit en Fratice ou dans les colonies, ou légalement confisqué; s'il n'appârtehail paà entièrement à des Français ; si le capitaine et tes trois quarts de l'équipage n'étaient pas

De la RÊvdLirndit française. ÎSi

des citoyens français. îl interdit à loiit bâtiment étranger le transport des denrées et marchahdiàeâ d'Uii i^ort français à un autre port français. Ce fut à cette loi de haute prévoyance qiie la France dut le développement de sa marine et de son commerce maritime.

la Convention augmenta lés retraites des militaires et des marins, accorda des secours aux familles des soldats pauvres, indemnisa toutes les communes qui avaient souffert de la présence de Tetinèmi ou des autres fléaux, décréta le partage des biens communaux par égales portions, et accorda dès secours à tous les réfugiés étrangers, lorsqu'ils prouvaient qu'ilà n'avaient été forcés de quitter leur pays qtie pour des causes politiques. En un mol, elle mit en pratique ce vaste système d'égalité et de fraternité , but sublime de ia révolution française.

Le comité de salut public, comprenant que le principe du droit au travail ou à Fassistance devait recevoir son application, organisa les èecôurs publics. La nation se chargea de Tentretien et de l'éducation de tous les enfants abandonnés , àuxcfuels on donna le titre honorable d'orphelins. Les filliés-mères. dans le besoin furent reçues dans des étâblisseinents spéciaux. Des secours propoi'tionnôls et à doniicile furent accordés aux familles chargées d'enfàrite eh bas âge, lorsque le travail des parents ne pouvait suffire à leur entretien. Une famille pouvait recevoir quatre- viii gis livres par an, jusqu'à rép0c[tiboù Iteell-

i8& HISTOIRE

fants avaient atteint Fâge de douze ans. Les vieillards valides furent reconduits dans leurs communes, chargées de leur procurer un travail proportionné à leurs besoins et à leurs forces. On comprenait alors combien il est cruel de punir le mendiant ou le vagabond que les circonstances laissent sans travail ou sans asile ; mais il fut décidé que lorsque chacun aurait du travail, le vagabond et le mendiant seraient châtiés comme paresseux ou suspects.

Le mouvement général était véritablement porté vers toutes les réformes utiles. Avant la révolution, Toisiveté, Tamour des places lucratives, lafonctionomanie« la bassesse, l'immoralité, pour ainsi dire, honorés, étaient entrés dans l'éducation des classes aisées de la société. Les représentants du peuple comprirent qu'une révolution seulement politique serait sans base et sans conséquences s'ils n'accomplissaient une révolution morale; ils songèrent donc à organiser l'instruction publique et à instituer les fêtes nationales, comme l'un des principaux moyens d'éducation pour les masses ^

Une discussion sérieuse suivit un rapport de Robespierre, sur le plan laissé par Lepelletier-Saint-Fârgeau. Ce dernier demandait que les garçons de cinq à douze ans, les filles de cinq à onze ans, sans distinction, fussent élevés, entretenus et instruits en

^ Tous les peuples civilisés oni allaclié une grande imporlanoe aux cérémonies publiques, qui sont une, marque de la splendeur nationale.

commun aux dépens de la république. La charge de ces établissements eût été supportée presque exclusivement par le riche, afin d'établir ainsi l'impôt progressif sans convulsions et sans injustice.

Ce système éprouva de l'opposition. Grégoire ne voulait pas que les enfants fussent ainsi casernes, parce qu'ils rendent, même avant douze ans, des services à leurs parents dans les campagnes. Toutefois, il voulait aussi que l'instruction fut égale, mais sans que les enfants fussent forcés d'abandonner la maison paternelle. Bréard, Romme, Lacroix, soutenaient cette opinion ; d'autres combattaient les deux systèmes, en objectant la dépense qu'occasionnerait leur application. Robespierre défendait vivement l'opinion de Lepelletier, prétendant que c'était le seul moyen de faire des citoyens et d'alléger les charges des parents pauvres. Cet orateur était dans le faux : la puissance paternelle a des droits antérieurs à ceux de la patrie elle-même, qui ne doit qu'en régler les écarts ; en sacrifiant tout aux principes de l'égalité, c'était violer les sentiments les plus respectables. Danton ramena à la vérité en conciliant les deux opinions.

« Ne décrétons pas l'éducation impérative, dit-il, car le père a aussi ses droits sur ses enfants, et il en est aussi bon juge que le pays. D'ailleurs, s'il se trompe, nous devons respecter la nature, même dans ses écarts, pourvu qu'on ne blesse pas les droits d'au-

186 falSTOIllB

Irui ; itiaià nous ne devons pas priver les enfants du pain de ^éducation. On objecte la dépensé ; mais j'ai déjà dit,qu41 n'y a point de dépense réelle là où est le bon emploi dans l'intérêt public. Après le pain, r éducation est le premier besoin du peuple. Quand vous seniez dans le vaste champ de la ré|)ublique, vous ne devez pas compter le prix de cette semence; et j'ajôiite que Tehfant du peuple doit être élevé aux dépens dû superflu des hommes à fortunes scandaleiisés. Ne contraignez pas le père à faire le sacrifice de se^ enfants ; laissez-lui seulement la faculté de leur donner Tinstructioti et Téducation. Je demande que vous décrétiez qu'il y aura des établissements nationaux où les enfants seront instruits, nourris et logés graiuitement, et des classes où les citoyens qui voudront garder leurs enfants chez eux pourront les envoyer s'instruire. f>

Ces conclusions furent adoptées comme -principe. En conséquence, la Convention institua d'abord les écoles priiiiaires et les écoles normales, qui ont depuis rendu tant de services. Ainsi, cette assemblée, loin de vouloir faire un peuple d'ignorants ou de barbareS, s'occupait au contraire constamment de l'instrufetion de tous les citoyens, même les plus pauvres. Si elle supprimait les académies et les collèges, c'était pour les remplacer par des institutions purgées des vices qui les infestaient. Duhem, l'un de ses membres les jplus fougueux, exprimait ainsi la pensée générale: «Je

DE LA RÉYOLtJTIOIf ^ANÇAISE. 187

y> ne cbnieâte point le mérite et Futilité des sciences; » je Regarde, au contraire, les connaissances humaines » comme la base de la liberté, mais je les veux révo- » lutîonnaires. »

La Convention autorisa run de ses comités à correspondre avec les armées et les départements pour réunir les informations sur tous les actes de vertu et les , publier, afin d'honorer leurs auteurs et de servir d'exemple à la jeunesse.

« Laissons, dit Chénier, rapporteur de ce comité, laissons les trésors aux tyrans ; la gloire est la monriaie des républiques. Un peuple qui sait honorer ce qui est grand ne manque jamais de grandes actions ni de grands hommes ; mais la gloire ne peut être là où n'est point Futilité pubUque; la gloire est inséparable de la vertu . »

VIL La condamnation de Custiné avaient redoublé les méfiances du peuple de Paris contt-e les personnages dé l'ancien régime * . On avait déjà rendu des décrets et pris des arrêtés cotitre les suspects ; mais iià Véxécutaient lentement et mal, parce que Fort h'avait pas déterminé les caractères auxquels ilà étaient reconnaissables. La crainte de l'arbitraire, d'une part, et les intrigues, de l'autre, paralysaient presque Factioh des comités de surveillance. La disette n'avait pas cesse. Un rassemblement d'ouvriers

* L'armée du Nord elle-même, revenue de son enthousiasme pour Cusiinè^ s« jtlàîgodit de lâ trahlsôii de ses cbefs.

188 lUSTOIRE

qui stationnait sur la place de Grève, envoya le 4 septembre au conseil général , une députation pour se plaindre de ce que le peuple était obligé de perdre une partie de la nuit et de la journée pour se procurer du pain, et souvent sans en obtenir; et avertir que le bruit courait que les aristocrates avaient Tormé le complot d'affamer Paris. Chaumette, procureur de la Commune, monte sur une table, et dit au milieu du plus grand silence :

« Et moi aussi, j'ai été pauvre; par conséquent, je sais ce que c'est que les pauvres. C'est ici guerre ouverte des riches contre les pauvres; ik veulent nous écraser ; eh bien , il faut les prévenir, il faut les écraser nous-mêmes , nous avons la force en main; ils ont bu notre sueur... et ils voudraient encore s'abreuver de notre sang I... Je requiers : 1*" qu'il soit transporté à la halle une quantité de farine suffisante pour fournir le pain nécessaire à la journée de demain ; 2"* qu'il soit deniiandé un décret à la Convention nationale pour mettre sur-le-champ une armée révolutionnaire sur pied, à l'effet de se transporter dans les campagnes où le blé est en réquisition, assurer les levées, favoriser les arrivages, arrêter les manœuvres des riches égoïstes, et les livrer à la vengeance des lois. »

Le réquisitoire fut adopté à l'unanimité. Le lendemain, à midi, les Jacobins s'étant réunis au conseil général, accueillirent sa pétition et en rédigèrent une seconde avec les commissaires des sections, pour de-

DE LA RÉVOLUTION PRàNÇAISB. 189

mander le prompt jugement des conspirateurs, et qu'on mit la terreur à Tordre du jour. A une heure, la première députation fut introduite à la Convention. Chaumette, après avoir retracé les malheurs de la patrie, la trahison de Toulon que Ton venait d'apprendre, ainsi que de nouveaux désastres en Vendée, s'écrie :

<L Plus de quartier, plus de miséricorde aux traîtres ; si nous ne les dénonçons pas,, ils nous dénonceront. Jetons entre eux et nous la barrière de l'éternité I (Applaudissements.) Les patriotes de tous les départements, et le peuple de Paris en particulier, ont jusqu'ici montré assez de patience ; on s'en est joué ; le jour de la justice et de la colère est venu. Et vous. Montagne à jamais célèbre dans les pages de l'histoire, soyez le Sinaï des Français I Lancez du milieu de la foudre les décrets éternels de la justice et de la volonté du peuple 1 Nous sommes chargés de vous demander la formation d'une armée révolutionnaire ; que cette armée soit suivie d'un tribunal incorruptible et redoutable, et de l'instrument fatal qui tranche d'un seul coup et les complots et les jours de leurs auteurs ; qu'elle soit chargée de forcer l'avarice et la cupidité à regorger les richesses de la terre, nourrice inépuisable de tous ses enfants; qu'elle porte ces mots sur ses enseignes : Paix aux hommes de bonne volonté , guerre aux affameur s, protection aux faibles^ guerre awo tyrofis , justice et point d*opprèssion I »

190 HISIPJIE

Cette adresse est couverte d'applaudissements. La députation ayant été invitée aqï honneurs de h séance, le peuple envahit la salle et défile au. milieu d'acclamations réitérées^ La députation porte des éte^fl^rds sur lesquels sont ces mots : Guerre aux tyrans, guerre aux châteaux , paix aux chaumières , guerre aux accapareurs...

Yin. Moïse Bayle convertit en motion le$ demandes du peuple. Billaud-Varennes Tappnie et insiste ponr que, le jour même, on arrête tous les suspect3, et que le ministre de la guerre présente, séance tenante, le mode d'organisation de l'armée révolutipnnaire. {1 ajoute une proposition tendant à décréter la peine de mort contre les administrateurs qui négligeraient d'exécuter une loi quelconque. « Si les révolutions traînent en longueur, dit-il, c'est parce qu'on ne prend jamais que des demi-mesures. Laissons aux hommes faibles à s'inquiéter des résultats de la révolution- )^

Bazire demande que l'on reconnaisse et déclare d'abord que la France est en révolution. Ce décret est voté immédiatement. Léonard Bourdon propose que l'armée révolutionnaire soit soldée aux dépens des riches, qu'elle se porte partout où besoin sera, et qu'elle ait à sa suite un tribunal chargé de juger les conspirateurs dans les vingt-quatre heures. Romme s'élève contre cette idée bizarre et cruelle ; on murmure. L'orateur demande qu'on attepde au moins le rapport du comité de salut pul^lic ; mais Gaston s'écrie : « }1 n'e^t

DE LA RÉyOI.UTI02$l FRANÇAISE. fgf

plus temps 4^ temporiser. Paris, (Bomm^ l^ wont Etna, 4oit vomir de son sein l'aristocratie calcinée. Les CQntre-rèvolutionnaires de toutes les villes rebelles se sopt réfugiés à Paris, et sont encore maîtres des seor ticxns. » Bazire assure qu'une contre-réyolution sectionnaire se prépare à Paris, comme à Toulon, à Marseille et à Lyon. Il demande que le comité de salut public soit entendu, et qu'on rende, séance tenante, tous les décrets nécessités par les circonstances, et exigés par le peuple.

Danton dit qu'il ne voit aucun inconvénient è dépréter sur-le-champ une armée révolutionnaire. «Mais ce n'est pas assez : songez que les hommes industrieux, qui vivent du prix de leurs sueurs, ne peuvent aller dans les sections; que ce n est qu'en l'absence des vrais patriotes que l'intrigue peut s'emparer de celles-ci. Décrét^z donc seulement deux grandes assemblées de sections par semaine : les jeudi et dimanche ; que l'homme du peuple indigent qui assistent à ces assemblées politiques reçoive quarante sous par séance, comme juste rétribution, pour le temps qu'elles enlèveront à son travail.

» Je demande que vous décrétiez au moins cent millions pour faire des armes de toute nature ; car, si nous avions eu des armes, nous aurions tous marché. Jamais la patrie en danger ne manquera de citoyens. Qp'un fusil soit la chose la plus sacrée parmi nous; qu'QU perde plutôt la vie que son fusil.

» Il nous reste à punir et l'ennemi intérieur que vous tenez, et ceux que vous avez à saisir. Il faut que le tribunal révolutionnaire -soit divisé en un assez grand nombre de sections pour que, tous, les jours, un aristocrate, un scélérat paye de sa tète ses forfaits. )>

Ces propositions, développées avec l'action et la puisssance de dialectique que possédait seul Danton, furent accueillies avec des cris d'enthousiasme par l'Assemblée et par les tribunes; et votées, dans la même séance, après un rapport conforme du comité de salut public.

En ce moment, la députation des quarante-huit sections, unie aux Jacobins, vint réclanier le prompt jugement de Brissot, de ses complices et de la veuve Capet. « Il est temps , ajoute l'orateur, que l'égalité promène sa faux sur toutes les têtes; il esi temps d'épouvanter tous les conspirateurs. Eh bien, législateurs, PLACEZ hX TERREUR A l'oRDRE DU JOUR. (Vifs

applaudissements.] Soyons en révolution, puisque la contre-révolution est partout tramée par nos ennemis ; que le glaive de la loi plane sur tous les coupables. »

Drouet, le même qui avait arrêté Louis XVI dans sa fuite, exalté par ces pétitions véhémentes, s'écrie : « Le jour est venu d'être d'autant plus inflexible que vous avez été faibles^. Quel a été le succès de cette aveugle clémence, que vous preniez pour de la magijanimité? Vous en a-ton moins calomniés ? De tous les côtés ne vous appelle ton pas des scélérats.

DE LA RÉTOLtmOIl FBANÇAI8E. i9S

des brigands f des assassins? Eh bien, puisque notre modération ne nous a servi à rien, soyons brigands pour le bonheur du peuple, soyons brigands ! Vous avez ordonné que les gens suspects seraient arrêtés ; je voudrais que vous déclarassiez à ces hommes coupables que ai, par impossible, la liberté était en pé* fil, vous les massacreriez impitoyablement : que vous ne rendrez aux tyrans la terre de la liberté que cou* verte de cadavres. )>

La Convention était loin d'approuver ce langage violent, qu'elle attribuait uniquement à l'ardeur patriotique de Drouet. Thuriot fut applaudi en disant : « Loin d'être altérée de sang, la France n'est altérée que de justice. L'homme qui combat à la face du monde pour une révolution qui a pour but l'égalité, la justice, le bonheur des hommes, veut qu'à l'instant où il prend les armes aucun être sur la terre n'ait le moindre reproche à lui faire. »

Billaud-Yarennes dit : <{ Je propose de mettre, dès aujourd'hui, en état d'arrestation tous les contrerévolutionnaires, tous les hommes suspects. Pour l'exécution de cette mesiue, je demande le rapport du décret qui défend, sous peine de mort, de faire des visites domiciliaires et des arrestations pendant la nuit. Il faut que nous allions chercher les ennemis dans leurs tanières ; à peine la nuit et le jour suffirontils pour les arrêter. Je demande que les mêmes mesures s'étendent à toutes les parties de la république, III. 13

19d mSTaiM

i^t qu'on regarde eomme suspaets tout noble, tout prêtre qui» ^ la rçeeption du décret, ne se trouverait pas résidant dans «a nmnicipalité. )^

i^azire fait observer que <( las prêtres et les nobles j)e sont pas les plus dangereux, car ils tremblent. Mais les hypocrites, fei enragés, les Brissotins, les grois eommerçanls, les ex-proeureurs, les intendants, sans être nobles, sont infiniment plus dangereux. Il faut commencer par épurer tous les comités révolutionnaires des sections ; ensuite, ils feront la liste des sus- ^cts; mais il fout auparavant que la loi détermine à quels signes on peut les reconnaître. »

La Convention ordonna à son comité de législation de déterminer le caractère auquel on reconnaîtrait les suspects, et rapporta le décret qui défendait de faire des visites domiciliaires pendant la nuit; elle renvoya dans leur domicile tous les militaires et employés démissionnaires ou destitués.

Saint-André demanda que les femmes de mauvaise vie fussent déportées au delà des mers. Iài société ré-publicaine des femmes présenta une pétition tendant à les faire transférer dans des maisons nationales, pour les y occuper à des travaux utiles, et les ramener aux bonnes mœurs, par des lectures morales et patriotiques. Le procureur de la commune Chaumette faisait des réquisitoires dans le même sens. ^ Il ne doit point, disait-il, y avoir de prostituées dans une république; elles sont faites pour les monarchies remplies

DE LA BÊTOUmOlf FRANÇAISE. 195

d oisifs et d être corrompus. )> La Convention prit en considération ces demandes qu'elle renvoya à £on comité de législation.

En résumé, cette mémorable séance institua Tafmée révolutionnaire, le salaire des sectionnaires, Tinjonction aux comités révolutionnaires de toute la France d'arrêter les suspects* et l'armement des autres citoyens, sans exception. Elle déclara que la France était' en révolution, et mil; la terreur à Tordre du jour.

L'indemnité accordée atix sectionnaires sans-eulottes mettait les contre-révolutionnaires dans Timpossibilité d'agir au nom du peuple, comme ils l'avaient fait quelquefois avant le 31 mai. Ceux-ci prétendirent, dans une pétition, que celte mesure avilirait le patriotisme. Bazire, Saint-André , Fabre d'Eglantine et Robespierre réfutèrent ainsi cet argument: <( Lors que le peuple consacre à la république une partie du temps qu'il emploie au travail qui lui procure sa subsistance, vous devez l'indemniser de cette perte , autrement l'égalité serait rompue ; la dette du citoyen envers la société cesserait d'être la même ; le pauvre lui sacrifierait une partie de son existence, alors que le riche ne lui consacrerait qu'un infructueux loisir. Or, les délibérations, dans les sections, sant un service public, comme celui que nous faisons ici. Sommesnous donc avilis, nous représentants, en recevant l'indemnité que le peuple, nous accorde pour subve-

496 HISTOIBE

nîr à nos besoins? » Ils conclurent à l'ordre du jour, qui fut adopté.

IX. Le 17 septembre, sur le rapport de Merlin (de Douai), une loi réputé suspects :

l"" « Ceux qui, soit par leur conduite, soit par leurs relations, soit par leurs propos ou par leurs écrits, se sont montrés partisans de la tyrannie, du fédéralisme, et ennemis de la liberté ; 2"" ceux qui ne pourront pas justifier, de la manière prescrite parla loi du 21 mars dernier, de leurs moyens d'exister et de l'acquit de leurs devoirs civiques; S"" ceux à qui il a été refusé des certificats de civisme ; i"" les fonctionnaires publics suspendus ou destitués de leurs fonctions par la Convention nationale ou par ses commissaires, et non réintégrés; ^ ceux des ci-devant nobles, ensemble les maris, femmes, pères, mères, fils ou filles, frères ou sœurs, et agents d'émigrés, qui n'ont pas constamment manifesté leur attachement à la révolution; 6* ceux qui ont émigré dans l'intervalle du 1*' juillet 1789 à la publication de la loi du 8 avril 1792, quoiqu'ils soient rentrés en France dans le délai fixé par cette loi ou précédemment. »

Celte nomenclature était raisonnable; l'emprisonnement des suspects s'exécuta sans désordre ; et Paris, où l'on en comptait environ deux mille, au mois d'oetobre, devint très-calme. Il y avait alors quinze pri* sons dans cette ville :

l"" La Mairie, qui occupait l'hôtel actuel de la pré-

DE LA BiTOLOnON FRANÇAISE. 197

fecture de police. On y déposait d'abord toutes les personnes arrêtées, soit pour délits politiques, soit pour délits privés. Après interrogatoire, on les mettait en liberté, ou on les transférait dans une des prisons suivantes :

2* La Force^ où furent enfermés les soixante-treize signataires de la protestation contre le 2 juin. Il n y avait point de femmes dans cette prison.

2'' Les Madebnmettes, où se trouvaient surtout des artistes, des parlementaires et des généraux. Les prisonniers communiquèrent librement avec toutes les personnes du dehors, jusqu'au milieu d'octobre. A cette époque , la police ayant remarqué que les prisonniers entretenaient des relations immorales avec les visiteuses, se montra plus sévère.

4* La Bourbe^ que Ton appela dès lors Port-LibrCf attribuée à tous les fermiers généraux. Les détenus passaient les journées et les soirées ensemble, fai^ sant de la musique ou récitant des madrigaux, des élégies et des romances de leur composition. On remarquait dans cette prison Vigée, Laval-Montmorency, Aymerie, mademoiselle de Sombreuil, Chéron, la comtesse de Beaufort ' •

5* Saint-Lazare, où était le poète Boucher, journaliste feuillant.

^ La plupart de ces pièces de poésie parvenues jusqu'à nous, sont d'une légèrâié souvent immorale.

10» HlUtOiÀÉ

•• La Maièon de la rue de Sèvres. Elle ne renfermait que les suspects considérés comme les moins dangereux.

T Les CarmeSj presque entièrement occupés par des prêtres réfraclaires.

8' La Maism Talaru, hôtel de l'ex-marquis de Talaru, rue de Richelieu. On n'y plaçait que des personnes riches. Les hommes et les femmes communiquaient librement entre eux, jouaient, faisaient bonne chère, et recevaient tous les visiteurs.

9* Picpus. Cette maison avait aussi un régime trèsfitcilc ; mais un détenu s'étant évade, la police prit des précautions un peu plus sévères.

IC* r Abbaye renfermait surtout les prisonniers tenus au secret. Le gouvernement leur accordait, comme à tous les autres, cinquante sous par jour pour leur nourriture, et ils avaient, en outre, la faculté d'acheter du dehors tout ce Qu'ils voulaient.

11* Le Luxembourg, prison qui renfermait le plus d^ grands personnages de l'ancien régime. Ils jouissaient d'une parfaite liberté dans l'intérieur. Les nobles faisaient bande à part, et conservaient entre eux l'étiquette la plus rigoureuse, s'appelant monsieur le prince, monsieur le duc, etc. Cette prison était trèscélèbre par les aventures galantes des prisonniers * .

12° Le Temple, où n'étaient enfermés que les membfes de l'ex-bmille royale.

* Voyez Histoire impartiale des crimes, — Nougaret.

DE LA BÊVO^OllOfV FRANÇAISE. 199

13* VArchefoiêhé, où Ton mettait les prisonAiers malades, qui y recevaient tous les soins dus atf malheur.

14" la Conôiergme, où étaient conduits les ptisonniers en état d'aecusation, en attendant leur comparution devant le tribunal révolutionnaire. Ds jouaient ensemble, fumaient, chantaient, mais ne pouvaient avoir, comme dans les autres prisons, d'instruments de musique.

15" La Maison d'arrêt Duplessis, succursale de la Conciergerie. On y renfermait surtout les accusés qui arrivaient des départements * .

X. Le tribunal révolutionnaire, divisé en quatre sections (28 septembre), eut pour président Hermann, et pour vice-président, Dumas, Parmi les juges, qui étaient au nombre de dix-neuf, on remarquait Coffinhal et Dobsen. Fonquier-Tinville fut nommé accusateur public.

Les jurés, au nombre de soixante, furent choisis par toute la France* dans des professions diverses, même parmi les ouvriers. Ils recevaient, depuis le 2 juillet, une indemnité de dix-huit livres par jour. On remarquait parmi eux Antonelle, ex-dépûté à TAssemblée législative ; Fauvefty, délégué par FAsseniblée primaire d'Uzès; Gérard, peintre; Trinchàrd, Vilktte, Jourdeuil, Brochet, adorateur de MaFrât;

* Histoire impartiale des crime$, par Pradhomme. — Nougaret* — Beaulieu.

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Duplay, chez qui demeurait Robespiere ; Nicolas, imprimeur, et Renaudin. Ces deux derniers avaient l'habitude de suivre, armés de bâtons, Robespierre chaque fois qu'il sortait, afin de veiller sur ses jours ^ Les juges et les jurés furent nommés par la Convention, qui adopta la liste que les comités du gouvernement lui présentèrent, et à la formation de laquelle Robespierre eut la plus grande part. Les accu* ses acquittés recevaient une indemnité. Il est étrange que Ton n'y ait songé qu'en ces temps de terreur et d'embarras.

Carnot présenta le mode d'organisation de l'armée révolutionnaire ; la municipalité et le commandant général de Paris, Henriot, qui avait été élu définitivement par les sections, furent chargés, en se concertant avec le comité de salut public,, de nommer les officiers. Les Jacobins adoptèrent la liste, qu'on soumit à leur sanction. Ronsin fut nommé général, Mazuel chef de la cavalerie et adjudant-général ; on prit les autres officiers de l'état-major parmi les vainqueurs de la Bastille, du 10 août, et les membres des comités insurrectionnels.

Enfin le 10 octobre, le comité de salut public présenta un projet qui reliait ensemble tous ces décrets, et que l'on considère comme l'établissement définitif du gouvernement révolutionnaire et de la terreur. « Il n'y a point de prospérité à espérer, dit Saint-

1 Histoire des crimes^ — Fieux CordeHer,

DE LA RÉVOiimOll FRANÇAISE. 201

Just, son rapporteur, tant que le dernier ennemi de la liberté respirera. Vous avez à punir non-seulement les traîtres, mais les indifférents même.

» Dans les circonstances où se trouve là république, la Constitution ne peut être établie; on l'immolerait par elle-même ; elle deviendrait la garantie des attentats contre la liberté, parce qu'elle manquerait de la violence nécessaire pour les réprimer. Le gouvernement présent est aussi trop embarrassé ; vous êtes trop loin de tous les attentats, û faut que le glaive des lois se promène partout avec rapidité, et que votre bras soit partout présent pour arrêter le crime. Geui qui fontdçs révolutions dans le monde, ceux qui veulent faire le bien ne doivent dormir que dans le tombeau. )>

Le décret suivant, conforme au projet, fut adopté sur-le-champ:

<( Le gouvernement provisoire de la France sera révolutionnaire jusqu'à la paix. Le conseil exécutif provisoire, les ministres, les généraux, les corps constitués, sont placés sous la surveillance du comité de salut public, qui en rendra compte tous les huit jours à la Convention.

» Les lois révolutionnaires doivent être exécutées rapidement. Le gouvernement correspondra immédiatement avec les districts pour les mesures de salut public.

» Les généraux en chef sont nommés par la Gon«>

vention, sur la présentation du comité. Le eomité surreillera la répartition des grains, faite suivant la population de chaque département. Paris sera approvisionné pour une année entière.

» Le comité enverra garnison dans les villes où il se sera élevé des mouvements contre-révolutionnaires; les garnisons seront payées et entretenues par les richds de ces villes jusqu'à la paix.

Ainsi, l'on déclarait maintenant que le gouvernement serait révolutionnaire jusquà la paix, et qu'il ne suivrait d'autre loi que la loi sacrée du salut public. A partir de cette époque tout changea de face.

XL La ville de Lyon résistait encore , gouvernée par le général de Précy et par le comte de Virieu, ex-constituant, qui disait que la meilleure Constitution qu'on pouvait faire c était l'extermination des patriotes. Mais, à côté de ce parti royaliste se trouvait le parti des républicains fédéralistes , dirigé par le député Biroteau. Ces derniers avaient été promptement, comme dans les autres départements, absorbés par leurs nouveaux alliés, qui s'étaient d'abord dits républicains; aussi commencèrent-ils à trembler en se voyant placés entre la Montagne et les royalistes. Bifofeau ne tarda pas à quitter Lyon pour chercher un asile dans un lieu plus sûr.

La Convention ordonna à Kellermann de commencer le siège Iç 8 août. Les représentants du peuple Gauthier et Dubois-Crancé firent d'abord une som-

DE LA RÉVOLintOn FRANÇAISE. 203

mation portant injonction de reconnaître toui les décrets de la Convention sans exception ; de remettre f arsenal et tous les moyens de défense, et d'indemniser l'armée assiégeante des frais de l'expédition. A ces conditions, les représentants promettaient aux Lyonnais paix et fraternité. En cas de refus , ils déclaraient traître à la patrie, avec entière confiscation des biens au profit de la nation, tout individu dont le fils ou le commis, on même le serviteur et F ouvrier d'habitude, auraient contribué à la résistance.

Le comité de défense répondit : « Représentants du peuple, vos propositions sont encore plus atroces que votre conduite ; nous vous attendons. Vous n arriverez à nous que sur un monceau de cadavres. »

Sur cette réponse , Kellermann avait commencé F attaque. Il n avait pas de temps à perdre, car une armée de Prussiens, de Piémontais et d'Autrichiens s'avançait au secours des Lyonnais. Ceux-ci , pour gagner du tempi^, tentèrent de tromper la Convention, pour qu'elle ordonnât à ses commissaires de suspendre le siège. Le 9 août, ils lui écrivirent pour se plaindre de ce que Dubois-Crancé les traitait en rebelles, quoiqu'ils eussent accepté la Constitution. L'Assemblée s'en rapporta à la sagesse de ses commissaires.

Dubois-Crancé fit commencer le bombardement le 24 août; des magasins, des édifices publics, l'hôpital furent bientôt détruits. Les chefs de la révolté,

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comptant toujours sur les Piémontais, résistèrent à de nouvelles sommations. D'ailleurs, ils aimaient mieux voir détruire la ville entière, que de la rendre à la république. Aussi , le peuple, ayant plusieurs fois manifesté l'intention de capituler, Précy employa la terreur et fit fusiller ou jeter dans les cachots un grand nombre de républicains. La résistance menaçant de durer longtemps , la Convention décréta une levée extraordinaire des départements voisins, afin de cer* ner la ville. Kellermann laissa la direction du siège à Dubois-Crancé, se mit à la tête des gardes nationales de risère et de la Savoie, courut au-devant de l'armée piémontaise qui venait au secours de Lyon, et la rejeta au delà des Alpes.

Pendant ce temps, Couthon, Maignet et Ghâteauneuf^Randon venaient renforcer l'armée assiégeante» avec la garnison de Yalenciennes et les nouvelles levées faites dans le Puy-de-Dôme. Ces représentants firent de nouvelles sommations suivies de réponses dilatoires. Alors le bombardement et la ca« nonnade recommencèrent. La plupart des postes avancés tombèrent au pouvoir des républicains. Hait la disette ravageant la ville, la majeure partie des ouvriers vinrent avec leurs familles chercher un re« fuge dans le camp républicain, où ils furent accueillis fraternellement. Les royalistes se défendirent avec un grand courage, et reprirent leurs redoutes le 25 sep* tembre. /^0p^\

DE LA lÉVOLimOH PBàNÇàISB. 205

Les jacobins et quelques conventionnels se plaignaient de la longueur du siège , et l'attribuaient à Dubois-Crancé» qui, selon eux , se plaisant dans ce commandement militaire, avait refusé de donner un assaut proposé par ses collègues. Ce député, en butte aux méfiances des Jacobins et à la haine des Lyonnais, qui avaient eu Tart de faire accroire qu'ils se rendraient à tout autre qu'à lui, fut rappelé par le co> mité de salut public.

Couthon demeura presque exclusivement chargé de la direction du siège. Son ardeur voulait un prompt assaut. <i Je n'entends rien à la tactique, disait-il : j'arrive avec mes paysans de l'Auvergne; leur sainte colère emportera tout. D'ailleurs, j'ai promis à mes concitoyens l'assaut pour lundi, et il faut qu'ils aillent faire leurs vendanges. )^ Ses collègues adoptèrent ce système. L'assaut des hauteurs de Fourvières fut fixé au 7 octobre ; Couthon en rendit compte le 6 à la Convention. « Cest une erreur de croire, dit-il, que la tactique convient à l'armée du peuple comme aux troupes de ligne. La tactique est l'opium des insurrections populaires. La vive force est le seul moyen qui convient à un peuple tout-puissant. »

Les hauteurs de Fourvières furent en effet enlevées après un assaut sanglant, et l'armée républicaine devint maîtresse du faubourg Saint-Just et de toutes les redoutes. La ville se trouva dominée par les batteries; d'ailleurs, elle commençait à manquer de muni-

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tions, au8^ bien que de viyres. Le 8, les représentants firent encore une sommation, et suspendirent le feu.

Les citoyens qui d'abord avaient soutenu le comité royaliste, croyant qu'ils ne s agissait que de repousser des pillards , reconnurent alors qu'ils ne se battaient que pour un roi. Les sections s'assemblent spontanément, exigent la reddition de la ville, et envoient à cet effet des commissaires pour présenter leur soumission aux représentants. Précy, Yirieu et seize cents autres quittent Lyon à la faveur des ténèbres et prennent le chemin de la Suisse. Le plus grand nombre furent taillés en pièces , car les représentants firent sonner le tocsin et jetèrent sur eux les campagnes, avec ordre de les exterminer. Six cents furent pris ; une centaine seulement gagnèrent la Suisse avec Précy.

Le lendemain 9, leç représentants et l'armée républicaine firent leur entrée triomphale (ktns la ville soumise. Le peuple les reçut en libérateurs; chaque soldat partagea avec le pauvre Ea ration de pain. Nul #xcès ne fut commis par le vainqueur. Couthon réinstalla l'ancienne municipalité et le club populaire, dont les membres, qui n'avaient pas été égorgés par la réaction, languissaient depuis quatre mois dand des cachot^ humides.

On envoya sur-le-champ des courriers à la Coavention, et dans toute la république dont la joie fut

DE LA BÊTOLOTiON FRANÇAISE. 967

immense. Le comité de salijt public proposa ie déicret suivant qui fut voté d acclamation :

<( Une commission sera chargée de punir militaireumnt tous les contre-révolutionnaires de Lyon. Les habitants seront désarmés.

» La ville de Lyon sera détruite, à l'exception des maisons de pauvres et des patriotes égorgés ou proscrits, des édifices consacrés à l'industrie ou à Thu'r manité. La réunion des maisons conservées p<Nrtera le nom de Ville affranchie. Sur les ruines, une colonne attestera à la postérité les crimes et la punition des royalistes de cette ville, avec cette inscription : Lyon fit la guerre à la liberté; Lyon n'est plm.

» Les riches de la ville indemniseront les patriotes, r armée assiégeante et le trésor public. »

XIL Les soulèvements de la Lozère furent dissipés à la même époque. Mais, après la prise de Fonte* nay, les Vendéens avaient encore obtenu plusieurs succès, et leurs forces étaient montées jusqu'à quatre vingt mille hommes. Les quatre armées de la Convention agissaient sans ensemble , parce qu elles étaient dirigées par une quinzaine de commissaires qui se contrariaient mutuellement, les uns par mauvaise volonté ou par jalousie, les autres par inexpérience, sinon par trahison. Les Vendéens en profitèrent, et mirent de l'unité dans leurs opérations. Un conseil élu par eux gouverna tout le pays qu'ils occupaient, proclama Louis XVII roi de France ; le comte

de Provence régent du royaume, et donna à l'armée le nom d'arme royak et catholique.

Us s'emparèrent de Saumur, malgré la courageuse défense des soldats républicains. Devenus maîtres du cours de la Loire, ils délibérèrent s'ils marcheraient sur Paris ou sur Nantes. S'étant décidés à attaquer cette dernière ville , qui leur procurerait un port important, ils allèrent T assiéger, au nombre de trente mille hommes commandés par €athelineau, et de vingt mille commandés par Charette. Le général Ganclaux, qui n'avait que dix mille hommes, tant de troupes réglées que de gardes nationaux, fit des prodiges de valeur, et les repoussa avec perte. Gathelineau fut tué. Les Vendéens, atlérés, s'enfuirent en désordre vers l'intérieur, et abandonnèrentSaumur.

Cette victoire, fut promptement suivie de revers partiels; Westermann, battu àChâtillon, perdit toute son artillerie. Le général LabaroUière éprouva un grave échec à Vihiers. La Convention comprit qu'il fallait réunir i^es quatre armées en deux. Biron fut remplacé par Rossignol, qui commanda l'armée des côtet de la Rochelle. Canclaux resta à la tête de la seconde, dite des côtes de Brest. Elles furent renforcées de la garnison de Nayence, , que le comité de salut public fit transporter en poste.

1 Rossignol avait toujours été du patriotisme le plus avaacé. Ouvrier eu 1789, il figura à la prise de la Bastille; eu 1793, il devint membre de la commune du lO août, où il se distingua.

DE LA RÊTOnrriON FRANÇAISE. 209

Deux partis se formèrent parmi les généraux et les représentants. Les uns voulaient une guerre d'extermination; les autres une guerre régulière. A peine Rossignol, qui soutenait le premier système, fut-il à son poste, que Bourdon (de l'Oise) et Goupilleau le suspendirent en l'accusant d'ivrognerie, et sans prendre l'avis de leurs collègues Rewbell, €houdieu et Bourbotte, qui se trouvaient à Saumur. Le général, croyant voir dans sa suspension une opposition au décret de la Convention, en référa à ces derniers. Bourbotte se rendit à Paris avec lui, et exposa à la Convention que Goupilleau, craignant pour ses propriétés personnelles, situées en Vendée, n'avait suspendu Rossignol que pour les préserver; il conclut à la cassation de son arrêté.

Tallien, Drouet, Gaston, et surtout Sergent, attestent le patriotisme et Tincorruptibilité de Rossignol ; établissent un parallèle entre Choudieu, Bourbotte et Goupilleau, et cherchent à montrer que ce dernier a pu n'écouter que sdn intérêt personnel, tandis que les autres sont animés du patriotisme le plus pur'. La Convention réintégra Rossignol, et rappela Bourdon (de rOise] et Goupilleau.

1 « Qu'a donc fait Rossignol pour être général? s*écrîe un député.

— Et, dites-moi, vous, ce qu'il n'a pas fait, répond un autre. L'Assemblée doit lever la suspension. Il sera beau de voir Rossignol, sorti de celte classe tant dédaignée par la noblesse, succéder à monseigoeur le duc de Biron. »

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