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nous demandons, au nom de la commune, leur punition... Nous n'avons donné aucun ordre contre la liberté des bons citoyens ; mais nous nous faisons gloire d'avoir séquestré les biens des émigrés. Nous avons fait arrêter des conspirateurs, et nous les avons mis entre les mains des tribunaux pour leur salut et pour celui de l'Etat. Vous nous avez entendus ; prononcez. Les hommes du 10 août ne veulent qu'obéir à la volonté du peuple. »
La commune demandant la révocation d'un décret, qu'elle était décidée à ne point exécuter, ne voulait que témoigner des égards à l'Assemblée. Le président répondit aux envoyés de la commune qu'il espérait qu'elle ne voudrait pas lutter contre l'Assemblée nationale. Alors, trois citoyens parurent à la barre et dirent : « Peuple des tribunes, Assemblée nationale, et vous, monsieur le président, nous venons au nom du peuple, qui attend à la porte, demander de défiler dans la salle, pour voir les représentants de la commune qui sont ici; nous mourrons, s'il le faut, avec eux. » Le président ayant répondu qu'il suffisait d'une vingtaine de citoyens, les pétitionnaires sortirent en fureur ' ; Manuel les suivit. L'Assemblée, tremblante, s'attendait à être chassée delà salle, mais Manuel revint dire que tout était tranquille, et qu'il avait fait mettre en arrestation les coupables pétitionnaires.
L'Assemblée n'avait pas statué sur la pétition de la
1 Bertrand.
commune. Sans s'expliquer sur le décret-du 30, elle ordonna que le conseil général serait porté à deux cent quatre-vingt-huit membres, et que les membres de la commune, qui étaient au nombre de cent quarante-quatre, en feraient partie. Ainsi la commune resta en exercice.
IV. Nos armées avaient aussi accueilli favorablement la nouvelle de l'insurrection ; l'Assemblée nationale leur envoya des commissaires, et décréta que tous les officiers seraient nommés par les soldats. Dumouriez, présumant que le triomphe du peuple serait de longue durée, fit aux commissaires l'accueil le plus honorable, et prêta de nouveau serment. Il espérait ainsi obtenir un commandement en chef, au lieu du poste subalterne qu'on lai avait donné. Arthur Dillon fit une proclamation feuillantine, et jura de verser tout son sang pour la nation, la loi et le roi 1. Montesquiou, qui avait écrit, quelques semaines auparavant, que si l'on prononçait la suspension du monarque, il ne resterait à l'armée ni officiers ni soldats, s'empressa pourtant de jurer fidélité au nouveau pouvoir. Le vieux Luckner en fit autant.
Lafayelte seul osa se révolter. Il assembla les corps administratifs des Ardennes, où était son armée, et les détermina à arrêter les commissaires de l'Assemblée nationale. Il adressa une proclamation à ses troupes pour leur faire accroire que les Tuileries n'avaient
1 Bertrand, t. IX, p. 190.
été prises que par une poignée de factieux, et que Pétion régnait à la place de Louis XVI. Les commissaires de l'Assemblée furent arrêtés à Sedan , au grand mécontentement des soldats; mais le bruit s'étant répandu queDumouriez venait à la tête de son armée pour les délivrer, Lafayette prit la fuite le 19 août, avec Alexandre Lameth, Latour-Maubourg et Bureaux de Puzy. Arrêtés sur le territoire autrichien, ils furent enfermés dans les cachots d'Olmùtz, par ordre de l'empereur.
L'Assemblée nomma Dumouriez général en chef de l'armée du Nord; Dillon, qui la commandait, se trouva ainsi réduit au rôle de lieutenant. Toutes les troupes prêtèrent le nouveau serment devant les commissaires, qui avaient été rendus à la liberté, et qui furent autorisés à diriger, avec les généraux, les mouvements des différentes armées.
Les trois corps qui se trouvaient dans le nord et dans l'est n'en formèrent plus que deux : celui de Dumouriez, et celui de Kellermann, qui fut désigné par Dumouriez lui-même pour commander le second. Le corps de Rochambeau fut supprimé, parce que ce général avait donné sa démission sous le ministère de Dumouriez , et que son armée s'était spontanément réunie aux autres. Toutefois , Dumouriez ftt donner à Luckner le titre de généralissime, afin de pouvoir rejeter sur lui les revers, tout en s'attribuant les succès. Ce généralissime fut posté
à Châlons; ses fonctious se bornèrent à transmettre la correspondance des autres généraux avec l'Assemblée nationale, et à surveiller les approvisionnements des armées et la formation des camps de Soissons et de Paris.
La France n'avait alors, pour garder ses frontières, que trente-cinq mille hommes dans le midi, et quatrevingt-treize mille au nord et à l'est, dispersés dans des camps mal situés, et presque dénués d armes et de munitions1. Les boulets n'étaient pas de calibre; les camps qui avaient de la poudre manquaient de balles, et réciproquement. Enfin , les officiers et les généraux, nouveaux et inhabiles, ou disposés à trahir, n'inspiraient pas de confiance aux soldats.
Les forces ennemis se composaient de plus de deux cent mille hommes sous la tente, sans compter ceux qui occupaient les garnisons et les hôpitaux. Elles étaient ainsi réparties : les rois d'Espagne et de Sardaigne se tenaient en observation depuis Bayonne jusqu'à Grenoble, et menaçaient le midi d'une invasion. L'empereur et le duc de Saxe-Taschel occupaient les Pays-Bas, avec une armée considérable et trois mille émigrés. Vingt- quatre mille hommes, commandés par le prince d'Esterhazy, et trois mille émigrés, sous les ordres du prince de Condé, se tenaient prêts à passer la frontière, depuis Philipsbourg jusqu'à
1 Servan.
la Suisse. Vingt mille hommes, sous les ordres du prince Hohenlohe, menaçaient Landau et Saarlouis1 . La grande armée austro-prussienne, forte de quatre-vingt-quatorze mille hommes et de six mille émigrés, partit de Coblentz, le 30 juillet; elle traversa la frontière française (12 août) à Sierck, où les émigrés se souillèrent de vols et d'assassinats. Quelques habitants ayant fait feu sur l'armée, le duc de Brunswick les fit fusiller. Des députations accueillirent les coalisés avec le drapeau blanc ; des escadrons entiers de Français allèrent les renforcer. La marche s'opéra lentement, sans obstacles; le plan de Brunswick était de tourner les places fortes et de n'occuper que celles que la trahison, ou un bombardement de quelques heures, feraient tomber en son pouvoir. Il arriva devant Longwy le 20, et jeta dans la ville trois cents bombes, pour effrayer les propriétaires. Le commandant de Lavergne, gagné par les ennemis, et secondé par les riches bourgeois, qui tremblaient pour leurs propriétés , rendit la place le 23 , quoiqu'elle fût très-forte et en état de soutenir un long siège. Les Autrichiens occupèrent Longwy au nom du roi de France, et désarmèrent la garnison 2 qu'ils renvoyèrent sous condition de ne plus porter les armes contre eux.
1 Servan.
2 Elle aurait dû être de deux mille six cents hommes; mais les bataillons n'étaient pas complets, et elle ne s'élevait qu'à dix-huit cents.
Les coalisés, après après avoir perdu trois jours devant Longwy, continuèrent leur marche sur Paris. Ils avaient commis une faute grave en s'arrêtant sans nécessité ; leur but étant la capitale, il devaient s'efforcer d'y arriver le plus tôt possible , afin de surprendre les habitants, avant qu'ils eussent pu organiser une armée de défense.
V. La reddition inattendue de Longwy produisit une sensation immense. L'Assemblée nationale décréta que dès que cette ville serait rentrée au pouvoir de la nation française, toutes ses maisons seraient détruites et ses habitants privés pour dix années du droit de citoyens français. Elle porta la peine de mort contre quiconque , dans une ville assiégée, parlerait de se rendre; elle décréta aussi que le département de Paris et les départements voisins, fourniraient sur-lechamp trente mille hommes, armés et équipés. Danton , au nom de tous ses collègues , proposa , le 28 , d'autoriser le pouvoir exécutif à faire faire des visites domiciliaires dans Paris, afin d'arrêter les traîtres à l'instant même, de saisir toutes les armes, et de faire un état des chevaux et chariots inutiles , pour les employer à la guerre. « Tout, dit-il, appartient à la pa- » trie quand la patrie est en danger ; les peuples qui » ont conquis la liberté, ne l'ont conservée qu'en vo • » lant à l'ennemi, et non point en l'attendant. » L'Assemblée rendit un décret conforme à ces conclusions.
Le lendemain (29 août), Danton court à la maison
commune, où il expose la nécessité d'adopter des mesures promptes et vigoureuses. Le conseil général ordonne que les visites domiciliaires, autorisées par le décret de la veille, seront faites dans la nuit, et les commissaires nommés à l'instant même par les sections. Tous les particuliers qui feront une fausse déclaration de leurs armes seront arrêtés sur-le-champ ; tout individu ayant son domicile à Paris, et qui sera trouvé chez un autre au moment de la visite domiciliaire, sera réputé suspect et arrêté comme tel. Toute voiture, qui ne sera pas rentrée à dix heures du soir, sera confisquée. Puis le conseil établit un comité de vingtquatre membres pour entendre, le lendemain matin, toutes les déclarations, et mettre en liberté les citoyens non coupables, arrêtés par erreur.
Les visites domiciliaires commencèrent aune heure après minuit. On ferma les barrières; les maisons furent éclairées, et les rues cernées par des patrouilles d'hommes armés de piques. Peu de maisons échappèrent à la visite ; trois mille personnes furent arrêtées, mais les trois quarls furent relâchées le lendemain matin. On saisit plus de trois mille fusils et une grande quantité d'autres armes.
Les arrestations opérées par le comité de surveillance, et ces visites domiciliaires, ainsi que les papiers trouvés aux Tuileries et dans les hôtels des principaux conspirateurs, démontrèrent la justesse des appréhensions des patriotes , c'est-à-dire l'accord du pouvoir
exécutif avec les Prussiens, les Autrichiens et les émigrés. La trahison de Lavergne, la désorganisation de tous les bataillons français, le mauvais état des armes et la rareté des munilions, accroissaient de jour en jour les défiances et le ressentiment du peuple. La menace de l'arrivée imminente des ennemis sous les murs de la capitale, lui faisait pressentir qu'il s'agitait pour lui une question de vie ou de mort ; il avait besoin de frapper, L'instinct de son salut et la honte d'avoir été si longtemps trompé , élevèrent son ressentiment jusqu'à la fureur. Le moindre événement suffisait pour déterminer l'explosion.
VI.' Le dimanche, 2 septembre, la nouvelle vint à Paris que Brunswick commençait le siège de Verdun. L'alarme fut bien plus vive encore qu'à la nouvelle de la prise de Longwy; car aucune place forte ne séparait plus la capitale de l'armée ennemie, après la prise de Verdun, qui ne pouvait tenir longtemps. Tous les ministres, à l'exception de Danton, étaient épouvantés. L'Assemblée nationale frémissait de peur. On se pressa autour de Danton , qui montrait plus de sang-froid que jamais, et indiquait les moyens de salut.
Manuel demande au conseil général de faire camper, le soir même, auChamp-de-Mars, tous les citoyens aimés, afin qu'ils partent, le lendemain matin, pour délivrer Verdun, ou périr sous ses murs, en défendant la liberté. Le conseil, comprenant que la patrie ne
peut être sauvée que par une forte impulsion donnée à l'opinion publique, adopte cette proposition, à l'unanimité, et publie la proclamation suivante :
« Citoyens, l'ennemi est aux portes de Paris ; Ver- » dun , qui l'arrête , ne peut tenir que huit jours. » Tous les citoyens qui en défendent le château ont » juré de mourir plutôt que de se rendre. C'est vous » dire que, quand ils vous font un rempart de leurs » corps, il est de votre devoir de voler à leur secours.
» Citoyens, aujourd'hui même, à l'instant, que » tous les amis de la liberté se rangent sous les dra- » peaux ; allons nous réunir au Champ-de-Mars ; » qu'une armée de soixante mille hommes se forme » sans délai, et marchons à l'ennemi, ou pour suc- » comber sous ses coups ou pour l'exterminer sous les » nôtres. »
Le conseil fait tirer le canon d'alarme, sonner le tocsin, battre la générale et fermer les barrières. Ses membres se rendent sur-le-champ dans leurs sections respectives, après s'être donné, par un arrêté, la mission d'y peindre avec énergie, à leurs concitoyens, les dangers imminents de la patrie, les trahisons dont ils sont environnés ou menacés, l'envahissement du territoire français, le péril de la liberté et leur devoir, plutôt que de la perdre, de s'ensevelir sous ses ruines.
Deux membres du conseil apportent la proclamation à l'Assemblée nationale, qui l'applaudit avec enthousiasme , et remercie le conseil au nom de la
France entière. Yergniaud s'écrie que la commune doit se concerter avec le pouvoir exécutif, et que Paris doit déployer à l'instant une grande énergie : « Il faut piocher la fosse de nos ennemis, ou chaque pas qu'ils font en avant pioche la nôtre. »
Des milliers de citoyens apportent, à l'Assemblée nationale et à l'hôtel de ville, des dons patriotiques, et demandent à partir. Danton se présente aussi à l'Assemblée, peint vivement les dangers et indique les ressources.
« Il est bien satisfaisant, messieurs, dit-il, pour les ministres d'un peuple libre, d'avoir à lui annoncer que la patrie va être sauvée. Tout s'émeut, tout s'ébranle, tout brûle de combattre. Une partie du peupie va se porter aux frontières ; une autre va creuser des retranchements ; et la troisième, avec des piques, défendra l'intérieur de nos villes.
» Paris va seconder ces grands efforts ; les commissaires de la commune vont proclamer, d'une manière bien solennelle, l'invitation aux citoyens de s'armer et de marcher pour la défense de la patrie. C'est dans ce moment, messieurs, que vous pouvez déclarer que Paris a bien mérité de la France entière. Nous demandons que vous concouriez avec nous à diriger ce mouvement sublime du peuple , en nommant des commissaires qui nous seconderont dans ces grandes mesures. Nous demandons que quiconque refusera de servir de sa personne ou de remettre ses armes,
soit puni de mort, et que vous soumettiez à la même peine ceux qui, directement ou indirectement, refuseraient d'exécuter ou entraveraient les mesures prises par le pouvoir exécutif. Le tocsin qu'on va sonner n'est pas un signal d'alarme, c'est la charge sur les ennemis de la patrie. (On applaudit.) Pour les vaincre, messieurs, il nous faut de l'audace, encore de l'audace , toujours de l'audace , et la France est sauvée. »
Toutes les propositions de l'orateur, applaudies avec transport , furent aussitôt converties en motions et décrétées. Il était environ une heure après midi (2 septembre).
VII. Les citoyens, exaltés par ces discours et ces décrets, s'arment en diligence : ils sont prêts à partir ; mais, en ce moment de crise, la défiance a fait place, dans leur cœur, à la confiance passée. Les révélations d'un condamné à mort leur apprennent que les prisonniers politiques fabriquent encore de faux assignats, correspondent avec Brunswick, et n'attendent que le départ des combattants, pour être délivrés par leurs complices libres. Le peuple se demande s'ils n'en profiteront pas pour exterminer les femmes et les enfants des patriotes qui vont au secours de Verdun, et pour reconquérir le pouvoir odieux qui a déjà fait couler tant de sang innocent. D'ailleurs, on ne croyait pouvoir compter sur la justice légale : le tribunal criminel, dont la composition était réellement vicieuse,
non-seulement se reposait déjà, mais encore venait de renvoyer les plus grands coupables. Ces acquittements scandaleux avaient été prédits, depuis douze jours, par l'écrivain dans lequel le peuple avait alors le plus de confiance. Marat avait même conseillé ' « de se porter en armes à l'Abbaye, d'en arracher les traîtres, particulièrement les officiers suisses et leurs complices, et de les passer au fil de l'épée. Quelle folie de vouloir faire leur procès 1 II es.t tout fait. Vous les avez pris les armes à la main contre la patrie ; vous avez massacré les soldats ; pourquoi épargneriezvous leurs officiers, incomparablement plus coupables? La sottise a été d'avoir écouté les endormeurs qui ont conseillé d'en faire des prisonniers de guerre. Ce sont des traîtres qu'il faut immoler sur-le-champ, car ils ne pouvaient jamais être considérés sous un autre point de vue. »
Le 2 septembre semblait le jour marqué pour l'exécution des conseils de Marat. La population parisienne et les fédérés étaient en proie à une agitation douloureuse, mais nécessaire. Des citoyens parcouraient la ville, cherchant des habits ou des armes. D'autres partaient pour le combat, en chantant la Marseillaise, la Carmagnole et le Ça ira; leurs mères, leurs sœurs, leurs femmes, leurs enfants en larmes, demandaient à les suivre. Dans les rues, à chaque
1 V Ami du Peuple du 19 août.
carrefour, la foule s'amassait autour des affiches ou des orateurs, et s'exaltait en lisant ou en écoutant les phrases brûlantes des proclamations et des harangues. Des troupes de citoyens défilaient, presque nus et en haillons, devant l'Assemblée. Sur les places, le peuple fondait des balles ou forgeait des armes, et décorait de drapeaux les canons braqués aux portes des sections. Les chants patriotiques, les cris d'alarme et de colère, se mêlaient au, bruit de la générale, aux sinistres vibrations du tocsin . Partout, le souvenir encore saignant des massacres ordonnés par la cour, les angoisses de la faim, l'incertitude et les périls du sombre avenir agitaient des émotions les plus terribles et les plus diverses, qu'il eût jamais ressenties , le peuple le plus humain, le plus insouciant de la terre.
Les membres du conseil général se rendirent dans leurs sections et haranguèrent la foule. Dans plusieurs, on formula sur-le-champ, par des arrêtés, l'extermination des prisonniers coupables. La section Poissonnière : « Considérant les dangers imminents de la patrie et les manœuvres infernales des prêtres , arrête : Que tous les prêtres et les personnes suspectes enfermés dans les prisons de Paris, d'Orléans et autres, seront mis à mort ' . »
1 Cet arrêté se trouve dnns Matton de la Varenne, historien contemporain. J'ai voulu le vérifier sur le registre manuscrit de celte section. Ce registre est en ordre, mais le feuillet des 2 et 3 septembre est arraché évidemment. La cote le prouve et un bout insignifiant du feuillet le prouve encore davantage. Probablement que ceux
« Il est temps , dit le président de la section du Luxembourg, il est temps que la justice du peuple s'exerce sur ces hommes coupables. Il faut purger les prisons en faisant couler le sang de tous les détenus de Paris, avant de partir pour Verdun *. »
La section va aux voix et adopte la motion, que trois commissaires nommés par elle, Lohier, Lemoine et Richard, vont communiquer à la ville, afin de « pouvoir agir d'une manière uniforme *, » Dans une autre section, les assistants s'écrient unanimement : « Qu'il ne reste pas derrière nous, à Paris, un seul de nos ennemis vivants, pour se réjouir de nos reverset frapper, en notre absence, nos femmes et nos enfants I »
VIII. Dans la rue, comme dans les sections, tous les regards se portaient vers les prisons ; chacun et surtout les fédérés, disaient : « Frappons avant de
partir 3, courons aux prisons » Vers trois heures,
quatre fiacres, remplis de prisonniers que l'on envoyait de la mairie à l'Abbaye passaient dans la rue Dauphine, escortés de fédérés et d'une foule d'autres
qui avaient signé les procès-verbaux de ces deux journées, sont les auteurs de ces lacérations.
Une foule d'autres registres des sections sont lacérés aussi en cet endroit. Ceux qui restent intacts ne contiennent point de procèsverbaux ces jours-là, ni le lu août, car souvent le jour de l'action, l'on ne délibérait point, ou l'on ne tenait point de procès-verbaux.
1 Matton de la Varenne, histoire particulière, p. 310 et 311.
* Texte de l'arrêté.
3 Menée fils, la Vérité tout entière.
citoyens. Un des prisonniers ayant donné un coup de canne à un fédéré, celui-ci lui plonge son sabre dans le cœur, et la foule s'écrie aussitôt : « // faut les tuer tous. » — Oui, répondent les fédérés, ce sont les complices de ceux qui ont livré Longwy ; ils n'attendaient que le départ de nos braves, pour égorger nos femmes et nos enfants. Purgez la France de ces scélérats. Périssent tous les contre-révolutionnaires ! i »
A l'instant, les citoyens s'arment de pierres et des sabres de l'escorte, fondent sur les voitures, qui étaient déjà arrivées à leur destination, égorgent les prisonniers à mesure qu'ils descendent. Plusieurs, qui s'étaient réfugiés au comité des Quatre-Nations, situé près de la prison, en sont arrachés, puis mis à mort. Trois restaient encore vivants, parmi lesquels l'abbé Sicard, instituteur des sourds-muets. Comme on se disposait à le tuer, un horloger nommé Monnot, membre du comité, s'écrie: Percez-moi plutôt que d'immoler un homme utile à la patrie; c'est l'abbé Sicard que vous allez frapper I Ces mots, prononcés avec l'élan d'une âme généreuse, étonnent les meurtriers; ils hésitent, puis reculent, en disant que puisque cet homme était utile à la patrie, il fallait le sauver. Le comité voulut profiler de ce mouvement, pour protéger les autres prisonniers; mais, comme la foule revint peu après envahir son appartement, il les plaça autour de sa
1 Matton de la Varenne.
table, où ils firent semblant d'écrire. Ils furent ainsi sauvés.
Le peuple se partagea en deux bandes; l'une courut aux Carmes du Luxembourg, où étaient renfermés un grand nombre de prêtres et de prélats, prévenus de conspiration. Des tueurs, parmi lesquels on remarquait des fédérés, distingués par leurs manières et l'élégance de leur toilette1, entrèrent les armes à la main, sans rencontrer aucune résistance de la garde nationale ni de la gendarmerie, et massacrèrent ces prisonniers. Dans la même prison, se trouvaient des prêtres non prévenus de conspiration ; on leur donna une garde, dans la crainte que le bruit des armes et les cris des victimes leur suggérassent l'idée de s'évader, et que, dans le désordre, ils ne fussent massacrés. Tous furent épargnés.
Pendant ce temps-là, l'autre bande enfonçait les portes de l'Abbaye, et commençait à tuer les prisonniers. Vers quatre heures, le conseil général rentrait en séance , lorsqu'un officier de la garde nationale vint lui annoncer ce qui se passait. Le conseil arrêta que des commissaires, pris dans son sein, iraient immédiatement faire sortir tous les prisonniers détenus pour dettes. Manuel fit autoriser les sections à réclamer les prisonniers de leur arrondissement, détenus pour causes civiles, et ordonna l'ouverture
1 Peltier, i. II.