LIVRE SEPTIEME
JciNTRAÎNÉ par le désir de reproduire avec clarté de grandes opérations militaires ^ je les ai conduites au-delà du terme où je m'étais arrêté dans le réch des événemehs de l'intérieur : je reviens avec effroi au tableau de la tyrannie décemvirale. Nous n'allons plus entendre que les coups mornes et répétés de l'instrument de mort. Sans doute il y a ici vaste matière pour Tindignation et la pitié. Mais l'histoire ne peut, comme la poésie et l'éloquence , ménager ces deux sentimens pour les changer quelquefois en plaisir. Quand l'indignation semble épuisée , il faut qu'elle en ranime Ténergie; quand la pitié se déclare vaincue, elle lui demande de nou«velles larmes. Dans ce que l'imagination ou conçoit ou colore , le goût sait s'arrêter devant ce qui n'inspire que l'horreur; ou du moins il veille à n'en pas rendre les fré-^ missemens ou trop i^pétés ou trop insup-»
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1793. portables. Dans Thistoire ^ mais surtout dans celle que je trace 9 il y aurait une coupable infidélité à se détourner de l'horreur. Enfin l'éloquence et la poésie parent en quelque sorte le crime avant de le frapper; elles lui prêtent quelque noblesse de maintien, quelque élégance de langage y des combinaisons qui ressemblent au génie ; elles l'entourent souvent de ces attributs, de ces pompes d'une haute puissance, qui rendent son aspect moins hideux. L'histoire ne peut descendre à ces habiles artifices; elle veut une vérité inflexible dans les portraits ^ et ne doit pas craindre de représenter l'abjection ^ la sottise et la difformité des coupables. Mais ici se présente un écueil. L'histoire, en déchirant le cœur par la vérijté de ses peintures, ira-t-elle jusqu^'à révolter le goût et. la pu- .deur? Non, sans doute : puisque les anciens avaient créé une muse pour l'histoire, elle doit avoir sa chasteté , ses voiles.
Tandis que par ces réflexions je m'exerce à ranimer mes forces, je sens .que cette. sorte d'entretien préliminaire pourra m'être reprochée comme une forme peu usitée dans l'histoire. Peut-être un goût sévère a^t-il déjà cru voir des ornemens ambitieux dans des pas*
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sages où les sentimeDs de mon coeur s'échap- 1793. pent involontairement. C'est mal juger ma position , c'est mal mesurer tout le poids de ma tâche. Si j'ai fait entrer bien profondément la justice dans mon cœur^ pourquoi reprimerais-je avec un soin glacial de subits clans d'indignation y de pitié, d'horreur ou d'admiration? Pourquoi affecterais-je en écrivant des souvenirs qui me sont si cruellement reproduits , un calme que je ne comprends pas y et que mes lecteurs ne pourraient supporter? Mon sujet m'a conduit à la mort de la reine Marie-Antoinette.
Il restait du sang royal à verser. Le Temple Diver» détails offrait encore quatre victimes à la rage deSvu^édcir^*"
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meurtriers du meilleur des rois. Ils s'étaient ^^y^/e/*"'"'' promis de ne les frapper qu'à de certains intervalles, 3ans doute pour ne pas épuiser tout ' d'un coup les plaisirs privilégiés de leur barbarie. Au milieu des sanglans débats entré les Montagnards et leurs adversaires , on avait paru un moment oublier la reine. Pendant quatre mois, on n'ajouta rien aux rigueurs de sa captivité. Le soin d'élever uiî roi pouvait faire quelque diversion à ses affreuses -douleurs. Malgré l'inquiète sur-
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1793. veillance de ses geôliers, de fidèles amis Fin* struisaient des nouvelles les plus favorables à la cause des royalistes. Ainsi les exj^its des guerriers de la Vendée^ des généreux habitans de Lyon faisaient luire du moins quelque rayon d'espoir dans la prison du Tentple.
TmitatîTcs Mais plus près de cette affreuse demeure, pour réTasiond autres sujets tiaeies yeillaient nuit et jour de u^Lmiiîc **JX moyens de délivrer la famille royale. royale. Parmi ceux qui s'occupaient de ces plans périlleux, l'bistpire cite surtout M. de Goguelas , madame la marquise de Sérent , le baron de Batz et M. de Jarjayes. Eùt-on jamais cru que la Commune du lo août put fournir d'intrépides auxiliaires à ces royalistes? J'aime à penser que Toulan, Michonis, Lepître, et quelques autres, n'élaîent entrés dans cette Commune qu'avec l'intention de rendre de secrets services à la famille royale , dans les fatales épreuves qu'elle allait fiubir. Il est constant du moins qu'ils ne laissèrent pas long-temps les princesses incertaines sur leur absolu dévouement. Madame Elisabeth , dans la correspondance secrète qu'elle entretenait audehors^ désignait Ton-
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laa SOUS le nom de Pidèle. Lorsque Fun de 1 793. ces manîcipaux était chargé de la garde du Temple , les princesses conservaient quelque espoir de délivrance. Elles pouvaient même se convaincre que ces hommes , qui se vouaient à leur salut » ne reculeraient pas devant les plus affreux périls. Comme ils* sa-« vaient parler le langage révolutionnaire, ils trompèrent quelque temps leurs plus féroces collègues. Ils allèrent «même jusqu'à introduire dans la tour le baron de BatZy sous rhabit d'un garde. national. ïl venait prendre connaissance des lieux. Trente hommes sûrs et intrépides étaient à sa disposition. Faire sortir à la fois de la tour du Temple quatre personnes si étroitement surveillées, dont les traits étaient si connus^ semblait impossible. D'abord on se vît forcé d^offrir à la reine des moyens d'évasion pour elle seule^ et Ton était convenu d'un déguisement qui rendait sa sortie praticable. Ce plan avait été particulièrement concerté avec M. de Jarjayes et le municipal Toulan. Madame Elisabeth conjurait la reine d'accepter ce moyen de salut. A entendre les touchantes représentations de cette princesse , la reine seule , depuis le 5 octobre, n'avait cessé d'être exposée aux coups
1793» des assassins révolutionnaires; son nom seul était proféré avec une rage toujours nouvelle dans la Convention. Madame Elisabeth exagérait sa sécurité personnelle , et prétendait que rarement on parlait d'elle avec l'accent de la haine et.de Voutrage. Lage tendre du jeune roi et de la jeune princesse ne permettait pas à la Gouvention d'exercer sur eux sa barbarie. La reine parut d'abord se laisser vaincre à ces instances; mais la veille du jaur fixé pour l'exécution du projet, elle écrivit à M. de ^ Jarjayes le billet suivant : « Nous avons fait « un beau rêve ; voilà tout. Mais nous y a avons beaucoup gagné , en trouvant dans <c cette occasion une nouvelle preuve de votre « entier dévouement pour moi. Ma confiance « en vous est sans bornes. Vous trouverez (c toujours en moi du caractère et du courage; « mais l'intérêt de mon fils est le seul qui tne « guide. Quelque bonheur que j'eusse éprouvé (c à être hors d'ici /je ne peux consentir à me « séparer de lui. Je ne ppurrais jouir de rien « sans mes enfans, et cette idée ne me laisse « pas même un regret. »
Quelquefois les augustes prisonnières employaient le zèle de leurs amis et des muni* cipaux qui leur étaient dévoués , à des soins
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générai»: qui trompaient qudkfues instant leur 1 7^3. doulôup. Il s'agissait de faire parvenir afix deux princes, frères de Louis, soit un anqeau, soit un cachet, soit des obereuxdu roi-^aa^tyr. Ces envois ëtaieni accompagnés de quelques lettres fort courtes et fort tepdi'es ^ ; pour lesquelles taule la famille captive prçnait là plume. ;Le jenne roi y traçait les premiers carac^res de sa ma^n« Ces envois de la douleur, portesjpar dçs hopfimes qui exposaient Iquf tè^^ traversaient la sombre enceinte du Temfdd^ ks lignç0 ées cfHBites révolutionnaires y celles: idf s armées , et airivaient' à lepr adresse , » les princes k^ reoevi|ient fvec pliis ^'^^^P^^^^ip^i^t , avec plus de respect qu'ils n'ieus^nireçu autrefois les prësens les plus magni^ques df leur frère dans sa puissance. Lemrs' larmes coujbîent^ sur cea lettres déjà mouillées de ' celles - des prîn^ cesses. Monsieur. eut le bonheur qu'une de ses réponses parvint il la reine. Aînsi la ten;^ dressQ fiRaternelle )ç>ouvait mèleu> quelque consolations à celles que }a reine recevait (les soins de sa ËLinille. »
I4L municipalité avait permis aux'prîncess^ de porter Iç dei^il du roi qu'elle av^ît fait ^gcp«: ger. ISous ses habits de veuve , Marie- AbImm^ nette montrait encore une majesté nouvelle.