‹ Histoire de la révolution française (volume 2)Chapitre 9 sur 31 · m»ToiftÉ · texte numérisé non relu

m»ToiftÉ

^793* " pl"^ V^^ ^ brayoure; oa ^eut tirer parti de u ces hommeB. » Il marclie seul vers eux :

ce Rendez-vous , leur dit-il , je vous fais gr&ce. o Mais ùii de ces soldais a entendu nommer le général ,*el reconnu le reddii table Henri. Une haine fanatique fait taire en lui la reconnaissance : il tire 9 et Henri mortelkmenl atteint tombe sans pouvoir proférer une parole. L'atroce meurtrier reçoit son salaire d une troupe indignée; i< Cest maintenant^ disaient-ils en (c ][>lèurant , que tes bleus peuvent dire quV/ i( Uhj' a plus de Vendée. » En revenant sur ses exploits 9 ils ne pouvaient concevoir commeat , à Tàfi^e de vin^t-un aqs. 9 avait pu accomTOP tant de pn^dige», et réunir «n coup d œilsi sur à la valeur la plus fougueuse à la fois et }a plus gaie. Obi que ses parens avaient été bien inspirés de lui donner le nom de Timmortel Béarnais! il parlait , il combattait comme lui. On se répétait ces admirables pa* rôles : k Sij'avance^ suive%-moi ; si }e recule, H tue:K-moi ; si l'on me tue , vengez-moi. n Entre tous ces héros de la Venàép , entre tant de chevaliers accomplis , Henri de Laroche*- ' jacquelein était encoire loh^et de la prédilec- tiou commune. Quelle modestie franche et pure! comme H oubliait sa gloire! comme il

DE LA CÔNVKNTIDN NATIOÎTAtE. 1^9

croyait sincèrement avoir peu fait encore pour 1 793. son roi ! avec quel feu il faisait valoir chacna de ses amis ! quel cœur il avait pqur chacun *" de ses soldais ! qu^^l respect pour les ^mes ! quelle ardeur à les secourir I quelle piété pro^ fonde ! comme il était terrible , lorsqu^au com« mencement du combat il venait de faire le signe de la croix avec sou sabre ! En s'entre*^ . tenant ainsi, ces hommes désespérés créu"* sÂient la tombe du jeune héros. Il fallut ae * bâter dans ce pieux devoir; Car les ennemis, instruits de la mort de l'homme qu^ils redou*' taient et admiraient le plus , se faisaient déjà entendre dans le lointain* Ce devoir se rendait un mercredi des Cendres, par un ciel froid et pluvieux. On montre encore dans la '

Vepdée le lieu où périt Henri de Xarocher jacquelein, et la fosse qui contient ses restes. M. de Genoude, qui^ dans son intéressaiit voyage de la Vendée , a visité ce simple mo^ nument 9 dit qu'il s'y est élevé^me Heur quç l'on nomme h plante d Achille. Henri de La^rochejacque^ein laissait deux frères trop jeunes encore pour avoir porté les armes. Ce sont deux héros qui croissent pour perpétuer la gloire de leur nom ; de 1;^^ Veudée-et de la cause royale:

l8o HISTOIRE

1^93. Tandis que la Vendée renaissait pénible- Inaction et meut ^q g^s désastres, et désolait la république

condaite équi- ' .

▼o^e àtê An- g^ns pouvoir sauver la monarchie , une ville de

glais, k Ton- *^^ .,« i-i

Ion. France où retentissait encore le cri de vwe le

roi! Toulon, était serrée de près et par les trou-

, pes réj^blicaines qui revenaient du siège de

Lyon y et par celles qui , plus d'une fois victorieuses des Piémontais, les avaient repousses au^felà des Alpes. Trente mille hommes réunis sous les ordres du général Dugommier s'approchaient en bon ordre de ces forts que LouisXIV n'eût jamais cru destinés à repousser une invasion française. Le^ Anglais, resserrés dans la place, expiaient leur funeste indécision. En agissant deux mois plus tôt , ils auraient pu facilement reconquérir Marseille , opérer une heureuse diversion en faveur des héroïques Lyonnais 9 et tendre le courage aux Piémontais y qui ne tentaient plus que de faibles efforts sur la cime des Alpes. Une pensée avait toujours paru préoccuper les Anglais ; ils avaient sous leurs yeux, en leur puissance, les débris encore pompeux dnne marine qui avait pu, douze ans auparavant , leur disputer l'empire des mers. Je ne dis pas qu'ils. eussent juré tout d'abord la per^te des vaisseaux et des grands établissemens maritimes de Toulon;

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mais ils s'étaient habitués à envisager* saas i793< boate et sans horreur les chances d'une retraite quy^eur permettrait de ruiner pour lopg- temps l'un des plus puissans appuis de la grandeur française. La garnison de Toulon avait été portée jusqu^à six mille hommes^ par l'arrivée successive de trois corps ^ espagnol^ piémontais et napolitain. Une seule fois on s'avança jusqu'aux gorges d'OlUoules ; on s'en laissa misérablement repousser par une poignée d'hommes^ et l'on se tînt immobile. La division ne tarda pas à se manifester entre les Anglais et les Espagnols. Ceu:^ci demandaient à être mis à des épreuves sérieuses, et ils avaient la satisfaction de pouvoir reprocher à des Anglais cette lenteur qu'on leur avait si souvent reprochée à eux-mêmes.

Cependant les mesures défensives ayaient été prises avec assez -d'art et de vigiieur.

Des fortifications nouvelles avaient été ajoutées à celles qui déjà rendaient Toulon si formidable; elles s'étendaient particulièrement sur le promontoire qui fetrme l'extrémité de la rade, et les Anglais avaient donné à leur grande redoute le nom de petit Gibraltar. Les assiégeans réussirent , dans les* premiers jours de novembre, à s'emparer des

i8a msToift»

1793. lianteon; <{ui domiaent^e fort Mailbousqnet. ' Le général Ohara fît une valeureuse sortie ^ mais un premier succès rentraina|M[> loin ; il fut fiaiit prisonnier après avoir perdu mille hommes. Les républicains, de leur côté, avaient beaucoup soa£fert dans une action si vive :4e général en chef Dugommier y avait été blessé* Comnenee- Ce fut dlors ouc se révéla un homme

mcDs de Bo^ , , , ' *

upart*. qui devait Inentôt substituer sa puissance à celle de la révolution française. C'était Bonaparte, jeune officier d artillerie. Aucune des (autes commises dans ce siège , qui traînait en longueur , n'avait échappé à son œil pénétrant. Ardent » infatigable , joignant aux connaissances les plus approfondies de son art le don d'exprimer ses pensées d'une manière énergique et saillante , il avait attire l'atten* tion des représentans du peuple en mission auprès de cette armée. A chaque action nouvelle, il conquérait un grade nouveau *. Le "

*** Le Mémorial de Saînte-Hélèiie donne plasieufs détails sur la conduite de Bonaparte au siège de Toulon. L'exilé de Sainte-Hélëne y signale Vinconcevable ignorance de Cartaux qui avait commencé le sïé^e , la sombre brutalité de Doppet qui le continua , et la hrasHiure bùnhomihre de Dugommier , pour lequel il Inontre beaucoup de reconnaissance. Il prétend que

DK LA. COirVENWOW WATIOWALF. l83

fort Malbousquet avait éié pris et repris avec 1793. beaucoup d'ardeur de part et d'autre. C'ëtaieAt les Ëspagtiols qui se dëvouaient aux périls.

ce fut le député Gasparin qui lui ouvrit la carrière. L'opinion générale avait jusqu'ici désigné Fréi*on comme ayant commencé la haute fortune de BonapaKe. Nommé commandant de Tartili^rie , il ne s'épargnait point j il eut plusieurs chevaux tués Sous lui , et reçut d'un Anglais un coup de baïonnette à la cuisse gauche^ blessure grave qui le menaça pendant quelque temps de l'amputation. Étant un jour dans une batterie oii un des chargeurs est tué, il prend le ^ refouloir , et charge lui-même dix à doute coups, te fut lui qui s'empara du petit Gibraltar, Le général Dagommier voulait retarder cette entreprise. Après s'être emparé de cette formidable positioil , il dit îitt général en chef : « Allez vous reposer t nous venons «« de prendre Toulon; vous pourrez y coucher après « demain. » Ce fut au siège de cette même ville que Bonaparte connut deux hommes qui s'attachèrent invariablement ii sa fortune , Dnroc et le générât Junot. Lots de la eonstruction d'une batterie, Bo-» aaparle demanda sur le terrain un sergent ou un caporal qui sût écrire. Quelqu'un sortit des rangs » et écrivit sous sa dictée, sur l'épaulement même. La lettre k peine finie , un boulet la couvre de terre. M Bien , dit l'écrivain , je n'aurai pas besoin de sable. 9 Celte plaisanterie , fiiitè avec le plus grand calme , décida la forluûe du sergebt ; 'c*élàtl ïunot , dépiiis duc d'Abrantès,

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1793. Les Anglais paraissaient avoir une confiance absolue dans leurs travaux sur le- pramontoire : ils les défendirent mal, et Bonaparte les attaqua de la manière là plus impétueuse et la plus savante. Leur grande redoute^ leur petit Gibraltar y fut emportée avec une brillante valeur. Tous les forts intérieurs restaient intacts : aucun projectile n'avait été encore lancé sur la ville. Les approvisionnemens étaient suffisans , et se seraient facilement renouvelés par la mer. Les Anglais tinrent conseil: Tair sombre et troublé de leurs chefs inspirait de vives alarmes aux Toulonnais et aux Marseillais réfugiés. Cependant à l'issue du conseil , il parut une proclamation de l'amiral Hood, qui tendait, sinon 'à dissiper , du moins à modérer les craintes. La supposition d'une prompte retraite y était écartée^ mais faiblement; du moins on garantissait aux habitans qu'à tout événement, ^ les mesures seraient prises dans le plus grand

ordre, et qu'ils seraient reçus avec tous leurs effets à bord des deux escadres. Mais lés préparatifs d'une retraite devenaient manifestes. Départ dc« L'alarme fut universelle dans la nuit du 17 décembre. Quinze mille Français fidèles se croient abandonnés çt trahis. Us courent

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éperdus vers îa rade : tout ce qu'ils y voyent 1793. vient justifier et accroître leur terreur. Déjà quelques vaisseaux èont partis. En restera-t-il assez pour transporter cette population malheureuse , victirrte de^ sa fidélité , victime de sa confiance? Tous voudraient éclater en reproches ; mais il faut renfermer au fond de son cœur des plaintes trop légitimes. La rade retentit de sanglots ; les membres d'une même famille se font des adieux déchirans. Ceux qui veulent partir pourront- ils gagner les vaisseaux? Lia barque sur laquelle ils s'entassent dans leur désespoir ne va-t-elle pas chavirer? Que deviendront ceux qui veulent rester? Leur confiance inspire un mortel effroi. Serontrils jugés sans crime par des hommes insatiables de supplices? *Les effets précieux qu'on veut emporter , tantôt s'égarent , tantôt se brisent , tantôt sont dérobés au milieu de cettp épouvantable confusion ^. ^

* Voici comment M. Gauthier de Brécy, Yun de ceux qui étaient le plus vivement entrés dans le mouvement royaliste de Toulon , et à' qui nous devons une relation des événemens malheureux du siège , raconte les circonstances de son salut :

« Obligé d'abandonner tout ce que j'avais pré-

tt paré pour ma fuite ^ 4i!ayant plus que ma personne

l8$ HISTOIRE

1793. Les seuls forçats sont exempts d'alarmes; seuls ils sont libres et joyeux. Les horreurs de Lyon poursuivent les esprits ; on croit voir CoUot-d'Herbois , et ses assassinats à mitraille. Tandis que l'amiral Hood montre , quoiqu'un peu tard,, dea soins compatii^ans pour les Toulonnais , un Anglais que les nobles qualîtés^de son oœur rendaient digne d'une mis-* sion plus généreuse , sir Sydney Smith , est chargé d'incendier les établissemens mari- ' times. La flamme se promène sur nos vaisseaux; elle consume les chantiers de corderie. Les forçats , soit par l'espoir d'une récompense ^ soit pal" quelque impulsion de patriotisme y se présentent pour disputer aux fu-«

a à sauver^ et n'en apercevant pas ^la possibilUé , le u désespoir commença à s'emparer de moi , et je me H sentis disposé au parti le plus violent. Ce parti fut « tel , qu'après a Voir forcé plusieurs sentinelles , après , H avoir mis l'épée à la main eontriî un officier de ma- « rine , je sautai dans un canot d'oii personne n'osa tt entreprendre de me faire sortir. Je fus ainsi condttit u à bord du vaisseau amiral , à travers les boulets et « les balles qui sifflaient de toute part, Jb vis le len-^ « demain l'officier à qui j'avais fait violence ; il m'à<» « voua que je lui avais paru dans un état d'égarement tt et de désespoir tel , qu'il avait pris sar likî de passer « par-dessus ses ordres et sa consigne. *

reurs incendiaires des Anglais quelques uns* des édifices ^*an port autrefois si £ameux* Les Toulonnais ont f hcfrreur de se voir 'accompagnés dans leur fuite par trois ilsâgnifîques vaisseaux français^ que les Anglais anmènent dans leurs ports. Celui qu'on nomme la F'iUe'de-MarseiMej parce qu'il fut un doft offert par cette cité généreuse à l'infortuné Louis XVI ^ cet adlnirable colosse ^ armé de cent vingts canons , ouvre la marche déplorable. Le feu des assiégeans vient troubler encore cette sinistre embarcation • Quelques bâtiniens s'enfoncent sous les boulets dont ils sont criblés; d'autres succombent sous le poids des fugitil^ entassés. La foule est telle sur le port, que les derniers rangs pressent les premiers; par l'effet de ce choc imprudent plusieurs tombent et se noyent. Deux ou trois mille citoyens restent éperdus sur le rivage : ils se sont présentés trop tard; ils n'ont pu trouver de barques, ou bien ils ont été repousses des vaisseaux déjà surchargés de fugitifs. Ceux:

qui soht assurés de leur salut jettent des re^ gards désespérés sur des parens , sur des amis qui leur tendent inutilement les bras. Malgré la fuite rapide du vaisseau qui les empot*te, ils Croient toujours entendre de hiinttitables

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179$. cris. Leur douleur est accrue par le spectacle des vaisseaux captifs qui les accompagnent^ et des vaisseaux qui brûlent sur la rade , et des grands bàtimens livrés à Fincendie. Us craignent d'être un ' jour, d être long -temps les objets d'un injuste reproche, eux qui, fidèles avec intrépidité , ont reconnu les droits du souverain légitime ^ de cet enfant-r6i que dés tyrans impitoyables torturent dans la prir son du Temple. Sur a8,ooo habitans de Toulon, 149OOO échappèrent par la fuite aux scènes atroces qui allaient ensanglanter leur ville.

Prise deTan- Lc %i décembre, les troupes républicaines

Ion ; massa- ^ rwii ^

ères. entrèrent dans Toulon. La scène des combats

a fini ; celle des supplices commence. Le Co* inité de salut public avait donné des ordres ' atroces. Barras et Fréron s'en rendirent les

ministres. Que leur en coûtait-il de dire :

« Tous les coupables ont fui ; nous n'avons « plus trouvé ici que des patriotes fidèles ou « des hommes asservis par la peur , qui brûlent « de redevenir Français? » Barras et Fréron créèrent des commissions militaires, peuplèrent les prisons , comme si tous les chefs de l'insurrection toulonaise avaient été en leur pouvoir. Les fusillades, les canons char-

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gësà mitraille déchirèrent, exterminèrent plus 1793. de huit cents Toulonais. On raconte qu'après les décharges, une voix criait : Que ceux qui ne ^ont pas tués se lestent ^ la république leur pardonne; et les iiialheureux qui se relevaient étaient à l'instant fusillés. Un vieillard atteint d'une blessure qui n'était pas mortelle , était resté immobile sur le champ du carnage. La nuit était venue , les bourreaux s'étaient retirés ; on entendait dans le lointain leurs cris de joie, leurs chants d'ivresse. Le vieillard 1 se soulève. Des hommes qui viennent enlever les dépouilles des morts, passent auprès de lui ; il leur échappp; il marche à travers les cadavres. Il entend des gémissemens, il s'approche. C'est une victime qui comme lui survit au massacre. Que devient-il quand il entend sa voix... ' C'est son fils. Revenus de leur saisissement, ils s'appuient l'un sur l'autre. Ils parviennent à une maison de campagne où on leur donne l'hospitalité. Ifs ont le bonheur de ne plus retamber dans les mains de leurs bourreaux.

Parmi ceux qui furent condamnés au supplice, était un négociant nommé Hugues, âgé de quatre-vingt-quatre ans, sourd et presque aveugle. Son vrai crime était de posséder jusqu'à dix'huit millions. Pour se racheter, il

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I793- offrait toute sa fortune , et ne se réservait que 5o€i»ooo livres. Cette rançon né fut point acceptée f et la tête de ce vieillard fat abattue . * tnt rehtif Ainsi le Midi , qui , six mois auparavant ,

«le la coalition «.ir^ ^* j.* •

ciiropéeoae et menaçait la Convention de trois guerres cidelà France, ^y^g^ ^^^ pouvaîcnt seconder les armées espagnole 9 piémontaise , napolitaine , et les escadres anglaises^ le Midi, frappé maintenant d'une terreur muette, n'offrait plus à de féroces proconsuls qu'un vaste champ dé supplices et de massacres. Les alliés, malgré quelques pre* miers succès, n'avaient pn parvenir à se mettre un seul moment en rapport avec des Français soulevés contre la plus sanguinaire des tyrannies. Le destin des armées espagnole et piémontaise était maintenant écrit. Il devenait évident qu'après des attaques sans vigueur et xsans résultat , elles se tiendraient snr la défensive, et même que' bientôt l'impétuositq fran« çaise romprait leurs lignes et envahirait leurs provinces. La ligue des principaux état^ de - l'Europe ne pouvait plus montrer d'ensemble dans ses plans. Quand même les armées au- ^ tricbîennes et prussiennes eussent obtenu des

/ succès décisifs , eussent envahi la capitale , les républicains avaient toujours une retraite assurée au-delà de la Loire» Mais il s'en fallait

1>E LA CONVEHTlOir NATlOJîALE. Ï<)1

de beaucoup que FAutricbe et la Prusse se 1793. rendissent alors redoutables aux maîtres sanguinaires d'une absurde république. On avait laissé passer le temps d'agir avec succès. La seule bataille de Hondsehoote, où l'armée anglaise avait si honteusement expié la funeste et fausse combinaison de son gouvernement ,\ avait fait perdre tout le fruit des batailles de Nerwinde , de Louvain , de Condé et de Famars.

Les républicains sVtaient fortifiés par leurs Levée de périls et même par l'excès de leurs alarmes. bimmeT** Après avoir ordonné^ au mois de mars^ une levée de trois cent mille hommes, ils osèrent, au mois de juillet 9 en ordonner une de douze *^

cent ràille. Cette réquisition se composait des jeunes gens depuis Tàge dje dix-huit ans jusqu'à vingt-cinq. La terreur avait tellement affermi lempire de la Convention^ qu'une si vaste et si terrible mesure ne rencontra pas l'opposition la plus légère. Le dégoût de la vie s'était fait sentir jusque chez les jeunes gens dont les familles étaient proscrites. Us se croyaient heureux de marcher vers la frontière, pour n'avoir plus à supporter la vue des tyrans et de leurs extravagantes cruautés. Bientôt une fièvre de gloire s'allumait dans leurs âmes. '

iga HISTOIRE

1793. h^ Convention avait ,tendu un piège adroit h leur e^rit ambitieux. Les jeunes bataillons étaient investis du droit de nommer leur colonel, leurs officiers et sous -officiers. Des grades si brillans séduisaient ceux qui pouvaient le mieux entraîner leurs compagnons.

Mais à peine furent-ils arrivés aux frontières, qu'incorporés à des régimens de ligne\ dans , lesquels il restait à peine soixante hommes , ils se virent dépouillés de leurs grades , et le colonel de la veille se trouvait encore heureux d être nommé caporal.. Une recrue de douze cent mille hommes pouvait faire craindre une collusion semblable à celle qui causa si souvent les fameuses déroutes des armées asiatiques. Mais les nouveaux bataillons n entraièn|; que successivement dans les cadres des quatorze armées de la république. Ils se prêtaient facilement à l'instruction militaire. Les vétérans savaient les aiguillonner tantôt par quelques mots de dédain pour leur inexpérience, et tantôt par d'habiles éloges donnés à leur bravoure. Ainsi, vers la fin d'une campagne si long-temps malheureuse^ et qui avait peut-être coûté deux cent mille hommes , la république avait quadruplé ses forces , tandis que ses ennemis n'avaient que très faiblement

cam-

DE LA CONVENTION NATIONALE. ig3

réparé les pertes essuyées dans leurs succès 1793. les plus brillans.

Deux corps où Tinstruction s'était main- Camot dîlenue même à travers tous les désordres deSpUnidT *** temps révolutionnaires, les corps du génie et^*^*' de TartiHerie servaient d'une puissante égide a ces jeunes armées. L'artillerie décidait souvent du sort d'une bataille, et les Autrichiens et les Prussiens étaient obligés de confesser notre supériorité dans cet art. On pouvait en outre choisir dans ces deux corps savans, soît des généraux distingués, soit les membres éclairés d'un conseil militaire. Le conventionnel Carnot était compté au nombre de ceux qui savaient le mieux appliquer le .

calcul des sciences exactes aux opérations de la guerre. Dès qu'il fut entré au Comité de salut public, tous les tyrans, jusqu'au jaloux Roberspierre , se virent obligés de le laisser seul arbitre du mouvement des armées. Mais cet empire il le payait par d'atroces et infâmes complaisances. De la même main qui venait d'assurer , par de grandes dispositions , le succès d'une campagne, il signait sans hé$iter, sans pâlir, les arrêtés les plus barbares, la mort des hommes les plus vertueux, des femmes les plus touchantes. A de telles condin. i3

ig4 ^ UISTOIRE

1793. lions, Carnot pouvait conduire les années avec plus d'autorité' que Louvois n'en eut jamais sur celles de Louis XIV. Lacoalition, au contraire, élait régie, troublée, déchirée par vingt volontés diverses et contradictoires.

Toute la force de la prévoyance , du nombre et de l'union était d'un côté, tandis que de l'autre on marchait avec l'incertitude et la défiance qu'inspirent toujours l'inégalité des forces, les souvenirs amers et les secrètes inimitiés. La position des choses était telle, que c'était aux plus faibles à soutenir les dangers d'une invasion. Etaient -ils victorieux, soit par l'habileté de leurs chefs , soit par les fautes fréquentes de leurs ennemis , ils venaient se heurter contre une triple ligne de places fortes, soit sur le Rhin, soit sur la Moselle, soit sur la Meuse, soit dans cette Flandre où la moindre bicoque rappelle la haute prévoyance de Louis XIV et le génie de Vauban.

BaiaiUedcVa- Lc princc de Cobourg paraissait tantôt oon-

tignic», près . j»» • a >*

de Manbeuge. tiuuer uue gucrrc a invasion , et tantôt n être

i5 octobre. « , i9/v** •• «i*

plus occupe que danermir sa position mili*taire. D'un côté il menaçait Landrecies sur le chemin de la capitale; de lautre, il menaçait Maubeuge , que défendait un camp re-

DE LA CONVENTION NATIONALE. îgS

franche de vingt-sept mille Français. Il avait i^qJ. lespoir de réduire ce camp par la famine ; et déjà en effet la disette sy faisait cruellement sentir. Le nouveau général de l'armée fran-çaise du Nord^ Jourdan, conçut que le prince de Q)bourg , obligé de se dégarnir pour couvrir un blocus d^une telle importance, prépaierait le flanc à une attaque. U demanda et obtint que l'armée des Ardennes fut mise sous ses ordres» Avec ce renfort ^ il ne cessa de harceler les avant-postes autrichiens. Clairfait et Beaulieu se défendaient avec vigueur; mais tout se prépara pour une attaque générale ; elle eut lieu le 1 5 octobre , au village de Vatîgnies. Les Français eurent à emporter des ouvrages que les Autrichiens avaient élevés avec les précautions les plus savantes. Leur artillerie fît des prodiges. Jourdan parvint à dépasser la gauche de l'ennemi ^ et à le prendre en flanc et à revers. Cette manœuvre fut dé** cîsive. Le prince de G>bourg ordonna la retraUe , et la fît dans' l'ordre le plus exact* Mais en se retirant , il levait le siège de Maubeuge> perdait le prix de deux mois de travaux , et 1 espoir de faire poser les armes à vingt-sept mille Français.

Tandis que sur la Sambre les alliés éprou-^.^«*«»''i^« ^«

* * Pirmasens.

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1793. vaient ce revers , ils obtenaient sur le Rhin et sur la Moselle un àuccès merveilleux, mais éphémère. Ce fut le duc de Brunswick qui ouvrit l'attaque dans le duché de Deux-Ponts. Le sort lui avait opposé un jeune général qui joignait le génie de la tactique à l'impétuosité française : c'était Moreau. Le combat s'engagea sur le revers des Vosges , dans un pays coupé de gorges et de ravins profonds. Les armées firent assaut d'ardeur, et les généraux assaut d'habileté. Mais enfin le duc de Brunswick parvint à emporter le village de Pirmasens, gage de la bataille. Je ne sais quel hasard sauva le général Moreau des fureurs accoutumées de la Convention.

Malgré une défaite attestée par la perte de vingt pièces de canon, il put servir encore, et signala des talens qui rappelèrent souvent ceux de Turenne. Le duc de Brunswick parut cette fois assez ardent à profiter de la vietoire : il obtint un nouvel avantage sur l'armée républicaine, la força de se retirer derrière la Sarre, et bientôt il vint se concerter avec le général Wurmser. Une vive attaque sur les lignes firançaises de Lauterbourg et de Weissembourg fut convenue entre les généraux de l'Autriche et de la Prusse. Avant

de rendre compte de cette action et de ses 1793. suites, il faut que je parle de ce corps de royalistes français , qui fut nommé V armée de Condé.

Lorsqu'après la retraite de Champagne ; les i>e l'armte émigrés se trouvaient à la fois en butte à la protection dédaigneuse et suspecte des cabinets qui les avaient si mal secondés j et aux rapines infâmes des soldats allemands y le prince de Condé conçut une forte résolution qui devint la loi de sa vie; c'était de surmonter tant de sujets de dégoût et de reâsen- * ■ timent, pour conserver à la cause royale un corps perpétuellement armé, qui pût, suivant les chances de la fortune , servir de ralliement à tous les royalistes. Il jugeait que les émigrés trompés dans leurs espérances, ruinés , dépouillés , et quelquefois avilis par ceux même qui avaient parlé de les ven^r, avaient plus que jamais besoin de l'illustration qui suit les beaux faits d'armes. Sans doute il leur était pénible de n'avoir plus à jouer qu'un rôle subordonné , dans une guerre où il s'agissait. de leurs affections les plus vives; mais il était plus affreux d^ paraître éti^nger. Ce ferme dessein du prince de Condé ren-* contrait beaucoup d'obstacles. Les cabinets

198 UISTOIRE

1^93, . de Vienne et de Berlin faisaient trop connaître que , méditant des conquêtes particu'* lières dans les provinces françaises , le secours des émigrés leur devenait importun^ et qu'ils s'attendaient à trouver en eux des contradicteurs véhémens. Dans leurs idées de discipline allemande, un corps où des officiers et des nobles descendaient au rang des soldats , leur inspirait peu de confiance. Le prince de Clondé affecta d'ignorer ces dispositions fîicheuses. Comme c était une de ses divisions qui , sous les ordres du marquis d'Auticbamp y avait , par sa belle défense de Maëstricht, contribué à rendre la victoire à l'aigle autrichienne , il devenait difficile de payer un si éclatant service par une prompte ingratitude. D'ailleurs les Allemands étaient obligés d'estimer les talens de ce princ^ de Gondé qui , jeune encore , vers la fin de la guerre de sept ans, avait réparé, sinon par des victoires éclatantes, du moins par des manœuvres habiles, la honte et les désastres des Français. Il était beau de voir près de lui le duc de Bourbon son fils, et le duc d'Enghien son pe\it-fils. Ces trois Bourbons demandaient des dangers, lors même qu'ils espéraient faiblement la gloire. Plusieurs des guerriers

ralliés autour de ces prince^ , avaient sou- i^gS. tenu un grand nom p.ir divers exploits. Parmi les oflSciers supérieurs on distinguait MM. de Vioménil, l'un frère, et l'autre fils de celui qui avait succombé à ses blessures après la journée du lo août; MM. de Bouthillier, d'Autichamp, de La Châtre, d'Ecquevilly, le baron de La Rochefoucault , le prince Amédée de Broglie, etc., etc. Quel cœur n'était ému en voyant des magistrats de cours souveraines, des intendans de provinces se dévouer aux fatigues et à l'humble condition de soldat ?

Parmi les souverains, ce fut Catherine II qui applaudit le plus à cette maghanime constance. Quoique ses combinaisons politiques fussent toutes absorbées par les affaires de la Pologne et de l'Orient , elle voulait au moins par quelques libéralités soutenir la cause commune des rois. Elle fît présent d'un million au prince de Condé. Ce secours lui parvint dans le moment où sa noble troupe , plongée dans une affreuse détresse , était près de céder au désespoir. L'Autriche consentit enfin à employer ce corps qui sauva plus d'une fois ses armées. Le poste auquel il paraissait naturellement appelé, était celui de Tavant-garde du prince de Cobourg. Maïs puisqu'on n'était

1793* P^ sérieusement résolu à vaincre pour le salut du roi de France, pourquoi employer dans la Flandre une troupe française qui brûlerait toujours de s'élancer yers la capitale ? U convint à la politique autrichienne de retenir le corps deCondé sur la ligne du Rhin.

Il s'agissait de protéger le long siège de Mayence. Le prince de Condé garda les lignes de la Quench , se mit à couvert de toute surprise, et par ses manœuvres put enfin convaincrojes alliés que sa petite armée égalait en discipline leurs corps les plus vantés, et les surpassait souvent en bravoure , en lumières. Lorsque après la victoire de Pirmasens, les alliés se déterminèrent à une offensive vigoureuse , les trois princes français tressaillirent de joie, et par Timpétuosité de leurs mouvemens, conquirent les honneurs de l'avantgarde. Déjà les républicains avaient été rejetés sur les fameuses lignes de Lauterbourg et de Weissembourg. Mais, toujours ardens à ressaisir l'offensive , ils fondaient souvent sur des postes mal gardés. Le prince de Condé sut habilement prévoir l'une de leurs plus vives attaques qui se dirigeait contre lui. U mit une sorte de précision mathématique dans le plan de sa défense , parut leur ouvrir

Laoter-

ITE LA CONVïNTIOW NATIONALE. 201

le terrain 9 maïs pour venir se placer au dé- 1793. bouché d'une route sur laquelle ils s'avançaient avec confiance. Bientôt il sortît de son embuscade dans les bois, culbiUa cette avantgarde, lui prit sept canons, et fît un millier de prisonniers. Il n'avait partagé l'honneur de cette action avec aucun corps des alliés.

Deux* ou trois autres affaires de ce genre Prise des lîfurent les brillans préludes de l'attaque des semboarg ^ et lignes de "Weissembourg et de Lauterbourg , bourg!^ vivement dirigée par le vieux général autrichien Wurmser. Les trois princes français en prirent sur eux les premiers périls. Il fallait emporter plusieurs étages de redoutes.

Jusque dans la chaleur de l'action, les émigrés français admiraient le beau spectacle qui leur était offert , celui de trois Condé combattant à leur tête, sans qu'il fût possible d'apercevoir aucune nuance dans l'impétuosité de l'aïeul , dans celle du fils, dans celle du petit- fils. Déjà ils s'étaient emparés de dix-sept pièces de canon , lorsque les corps autrichiens donnant tous à la fois avec une même ardeur , déterminèrent la victoire la plus complète qui eût encore signalé les armes des alliés. Les lignes de Lauterbourg et de Weissembourg furent forcées presque à la fois ; les républi-

aOa HISTOIRE

3793. cains y perdirent la plus grande partie de leur artillerie et de leurs bagages^ et bientôt ne trouvèrent plus de sûreté que sous le ca* non de Strasbourg. Le lendemain Hagueneau ouvrit ses portes aux vainqueurs : mais ce fut là tout le résultat d une bataille qui avait renouvelé pour la Convention la terreur de la défaite de Famars.

L'armée républicaine était en révolte contre ses chefs : les divers corps s'accusaient entre eux. Un grand nombre de soldats désertèrent les drapeaux ; tout était confusion dans Stras* bourg. La défense d'une place si formidable était mal préparée. Par le défaut d'une ar-* tillerie suffisante, elle offrait des points faibles. Le grand nombre des fugitifs menaçait les approvisionnemens. Quelques partis de bus-* sards autrichiens que l'on voyait courir dans la campagne portaient l'alarme dans la ville. Mais ni le duc de Brunswick ^ ni Wurmser ne se présenta pour user de l'occasion offerte par la fortune. Les alliés restaient froids et défians après une victoire ^ et leur extrême circonspec* tion chassait la terreur du cœur des ennemis. Arrivée de La Convcution eut le temps d'envoyer à de Lebas à Strasboùrg deux proconsuls ^ Saint-Just et btras ourg. Lgjj^g ^ ^^^^ ^^g pouvoirs illimités et des in-

I>E LA. CONVEWTTQN NATIONALE. 203

structions atroces. 11$ arrivèrent escortés de '79^ bourreaux. Une guillotine ambulante leur servait d*0tendard. L'armée ^ dans le désordre et la confusion de sa défaite , plia sous les lois les plus odieuses. On ne voyait que des soldats et des sous- officiers gui traînaient leurs colo« nels et leurs généraux au pied du tribunal où Saint-Just rendait ses arrêts de mort, avec ce flegme, avec ce laconisme sententieux, avec ces jeux du bel esprit qu il avait montrés en faisant tomber la tête de son roi. SaintJust se présentait à la multitude comme apportant tous les bienfaits de la loi agraire dans le département du Bas-Bbin. Il annonçait que ses ré^ quisitions et ses contributions étaient calculées pour opérer la ruine complète des riches. Il frappa les fermiers d*una telle terreur et les campagnes d^une telle désolation ^ qu'on vit plus de dix mille cultivateurs abandonner leurs foyers, et se jeter sans ressources dans les lignes de l'armée ennemie. Aux cruautés de Saint'Just et de Lebas, il fallait joindre celles des nombreux commissaires auxquels ils dé-* léguaient le droit de vie et de mort sur leurs concitoyens. L'un d'eux , nommé Schneider, parvint h se faire redouter encore plus que Saînt-Just lui«^méme. Il me suffit de citer un

ao4 HISTOIRE

1793. seul trait de sa férocité. Il venait de diner chez un riche particulier de Strasbourg , lorsqu'il lui apprend que sa mort est résolue; et il sort du baaquet pour le conduire au supplice* Charette^ comme nous l'avons vu^ avait su profiter des cruautés atroces de Carrier pour recruter sa petite armée. Les généraux alliés ne tirèrent aucun parti de l'horreur qu'excitaient Saint -Just et Lebas. Carnot , sans sortir de Paris ^ contribua beaucoup à réparer une défaite si sanglante. 11 plaça le général Hoche à la tête de l'armée du Rhin , et Pichegru à la tête de l'armée de la Moselle.

Cependant Wurmser avait pris le parti d'hiverner en Alsace; et pour colorer son inaction^ il bloquait l'importante forteresse de Landau. Il tardait aux généraux Hoche et Pichegru d'attaquer un ennemi auquel la victoire laissait tant de timidité et enlevait jusqu'à la prudence. Chacune de leurs armées venait de recevoir de nombreux renforts. Pichegru avait formé son coup d'œil militaire dans les études de l'artillerie. Quoique avant la révolution il n'eût d'autre grade dans ce corps que celui de sergent^ il joignait à une longue expérience les calculs les plus

DE LA. CONVENTION NATIONALK. 'ioS

sayans% Hoche, sergent des gardes françaises , 1^93. était moins avancé dans son éducation militaire ; mais il y suppléait par un esprit vif et pénétrant , et par un caractère qui offrait un heureux mélange d'ardeur et de prévoyance.

Jusque dans les rangs obscurs de l'armée , il avait médité des plans de campagne et de conquêtes qu'il prit le parti d'adresser au Comité de salut public. Carnot en fut tellement frappé y qu'il démêla en lui un homme supé* rieur, et se promit de l'appeler aux. plus hauts emplois. Comme il témoignait son admiration pour ce mémoire à ses collègues du Comité de salut public, Boberspierre voulut en prendre connaissance. Le génie qu'il fut forcé d'y reconnaître lepouvanta. «Je ne vois là, ditce il à Carnot , qu'un esprit ambitieux et re- (( muant : il faudrait se défaire de cet homme- « là. » Bober^ierre oublia Hoche , et Carnot s'en souvint.

Pichéjgru, avec l'armée de la Moselle, commença par attaquer les alliés sur la droite , et le corps de Condé fut le premier qu'il rencontra au village de Berchem. Le prince se retira d'abord devant des forces supérieures; mais bientôt il donna le signal du combat. 11 avait reçu le serment de ses

206 llISTOIRE

1793. nobles soldats de reprendre le village de Ber« cliem. Les trois Condé fondirent avec leur cavalerie sur les escadrons républicains. Ils éprouvèrent une résistance terrible ; mais enfin ils emportèrent le champ de bataille.

Le duc de Bourbon fut blessé dans cette action : tous ses aides ^ de -canip furetit tués • ou blessés. Sept canons restèrent en son pott* voir; mais cette valeureuse et petite armée s'était aiTaiblie par la perte de plus de mille soldats nobles.

Les lignes Quélqucs jours après cette action , Târmée

de Weîsscm- ■■ Tk» 1 » » i- a»

honrg répri- OC Fichegru parvint a enfoncer sur d autres Triuçîh. " points le corps autrichien de Klénau. Côndé en reçut et en protégea les débris , et fit sa retraite en bon ordre. Pichegru poursuivit ses succès. Hoche en obtenait de plus împortans. Le duc de Brunswick et Wurmser s'étaient en vain concertés pouif la défense de Weissembourg et de Lauterbourg. L'effet de leurs conférences fut d'aigrir leurs funestes rcssentimens. Hoche ^ dans une même journée , put triompher successivement de deux illustres généraux qui sortaient l'un et l'autre d'une victoire. Les lignes de Lauterbourg et de Weissembourg furent reprisés par les républicains. Landau fut débloquée. Les armées

autrichienne et prussienne se séparèrent de i^gS. nouveau, et passèrent le Rhin. Le duc de Brunsw^ick éclata en reproches contre Finiprévoyance de Wurmser. Celui-ci fut éloigné pour quelque temps de Tarmée. Nous le re^ trouverons bientôt en Italie.

À dater de ces tristes évenemens de Weissembourg , le roi de Prusse ne prêta plus qu'un secours faible et indécis à cette ligue , dont il avait voulu être TAganiemnon. £n*tralaé par les circonstances, par les intrigues de son cabinet, ou par la mobilité de son caractère, il semblait se repentir des pensées généreuses qui l'avaient séduit.

C'était sur la Pologne qu'il aspirait à se dédommager de deux campagnes malheureuses. Toute son attention était dirigée vers ce pays, où un réveil éclatant et subit du patriotisme mfpiaçait les trois puissances qui déjà l'avaient démembré, et voulaient s'en partager les dei^iers restes. Ainsi l'Autriche , depuis le Rhin jtisqu'à la Sambré et la Lys , avait presque seule à soutenir le fardeau de la guerre.

Le cabinet de Vienne avait fait de puissans Dîrers coia" efforts pour la campagne de 1794* L'empe- tourr:!' ^'^ reur François II se rendit à cette armée ^ qui, ^^7794*.^^^

2o8 insToiaE

1794. sous le prince de Cobourg, avait ouvert, Tannée précédente , une brillante campagne assez tristement terminée. La présence de ce souverain faisait penser que l' Au triche songeait plus que jamais à marcher sur la capitale de la France, et à frapper des coups décisi& sur l'anarchie révolutionnaire. Cependant le prince de Cobourg fut bientôt réduit à la défensive. Pour maintenir ses trois conquêtes de Valenciennes , de Condé et du Quesnoj , il avait fait construire de vastes retranchemens dans la foret de Mormal. On en parlait comme d'un ouvrage merveilleux. Les généraux républicains s'inquiétaient peu de ces retranchemens. Pichegru , qui avait été choisi pour commander l'armée du Nord, s'était bien promis de ne pas attaquer les Autrichiens sur ce point où ils avaient su se rendre inexpugnables. La victoire de Hondschoote , remportée quelques mois auparavant par le général Houchard, indiquait aux Français le point le plus commode et le plus décisif pour une agression. L'ouest de la Flandre, depuis Courtrai jbsqu'à Ostende, n'était plus défendu que par cette armée anglaise , hollandaise et hanovrienne, dont les débris s'étaient ralliés après une journée désastreuse.

Pi'chegru , en se portant avec une ardeur opi- 1 794. nîâtre sur des villes que n'appujaît aucune forteresse, inquiétait le prince de Cobourg sur toutes ses communications. Mais le danger d'être coupé de la Belgique avait été prévu par le général autrichien : il avait fait élever des retranchemens devant Tournai , qui se présentait comme la clef de toute cette position. Une partie des troupes hânovriennes était sous les ordres de Clairfait , tacticien estimé et général d'avant-garde assez impétueux. Le Juc d'York commandait le reste des forces anglaises. De part et d'autre on manœuvra beaucoup et fort habilement. Cobourg^ en att^^quant Landrecies ^ cette ville dont la '

prise causa de si vives alarmes à Louis XIV, avant la bataille de Denain, avait espéré arracher Pichegru de la Flandre maritime; mais celui - ci considéra cette entreprise avec un flegme qui déooncerta les vues principales de l'Autriche. Landrecies fut emportée après un siège assez vaillamment soutenu.

Mais pendant ce temps, Pichegru n'avait cessé de se présenter, tantôt devant Tournai, et tantôt devant Courtrai, Ypres, Menin et quelques au^res villes.

Dès le mois d'avril ^ tous les jours furent IL i4

1794. marqués par des combats* Les plus seneux s'engagèreDt (devant Tournai. L'armée impériale, enflammée par la vue et l'exemple de son souverain , tint ferme dans son camp retranché de Tournai, et causa d'horribles pertes à l'armée française , mais sans oser la poursuivre jusque dans ses positions. Vingt ou trente mille hommes périrent dans ces combats indécis ; Pichegru atteignait son but en contenant ainsi une armée d'invasion. S'il né put emporter Tournai de vive force, il réussit du moins à s'emparer des points. les plus importans de la Flandre maritime.

Défaite de Cldirfait, chargé de les défendre, se voj'ait

Clairfait et da - ,, , , ,,- - .

duc d'York, mal sccondc p^f le duc d York. Le prince an* glais craignait de paraître marcher sous les ordres d'un lieutenant du prince de Cobourg.

Leur mauvaise intelligence eut bientôt les mêmes résultats que celle du duc de Brunswick et de Wurmser . Clainfait , après quelques succès, attaqua l'armée française, momentanément commandée par les généraux Souham et Moreau. Les troupes hanovriennes lâchèrent pied dans le moment décisif, et Clairfait eut la confusion de perdre une partie de son artillerie et de ses équipages. Menin, Yprcs, Courtrai furent successivement cm-

IJE LA. CONVBWTIOlSr KATIONALE- aU

portées. Un petit corps d'émigrés français se 1794. trouvait dans la première de ces villes ; c'étaient quatre cents hommes commandés par le vi« comte de La Châtre. Quand la ville paria de capituler y ils surent se faire jour les armes à la main* Mais le terrible choc qu'ils avaient soutenu avait réduit leur nombre de moitié.

Bientôt le duc d'York , attaqué par Pichegru , éprouva la plus cruelle défaite. Dépouillé de tous ses bagages ^ il put à peine ramener quelques pièces de canon.

Tandis que les républicains^ par des attaques Divenet

./.. . •'. -^1 • jj-^i aft'aîrcs sur

SI furieuses, inquiétaient le prince de Cobourg u sambre.

dans la Flandre maritime , des combats non

moins acharnés , mais moins bien soutenus ,

se livraient sur les bords de la Sambre. C'était

un autre point par lequel on voulait tourner

la grande armée autrichienne» Saint-Just et

Lebas s'étaient transportés à l'armée des Ar-

dennes , chargée de cette opération • Le pas««

sage de la Sambre fut tenté quatre fois , et

n'opéra que le massacre successif des bataillons

français , dirigés par des généraux dénués de

tout savoir et de toute prudence. Saint-Just

et Lebas les rendaient d'ailleurs victimes de

leur propre impéritie. Retournez au combat,

disaient-ils aux généraux vaincus ; en leur

1794. montrant la guillotine qui voyageait avec eux. Les généraux se décidaient pour aller mourir sur le champ de bataille , et ils entraînaient dans leur perte des milliers de jeunes gens qui maniaient pour la première fois des armes y et dont quelques uns n étaient pas même armés.

Mais pendant que ces proconsuls compromettaient tout par une obstination qui tenait plus de la barbarie que du courage , Carnot et son conseil militaire, composé de MM. d'Arçon y MaresoQt et Dupont, concevait Fun des plus vastes plans d'opération qui eût encore signalé le génie militaire. Il s'agissait de faire venir des environs de Metz et de Thionville l'armée nommée de la Moselle , sous les ordres du général Jourdan, afin de presser le prince de Cobourg sur la Sambre, autant qu'il était presse dans la Flandre maritime par le général Pichegru. Celte opération semblait présenter d'extrêmes difficultés. L'armée de la Moselle n'avait point encore obtenu d'airantage signalé. Deuxcombats très meurtriers, livrés près d' Arlon, avaient laissé la victoire indécise. Le général Jourdan avait en tête le général Beaulieu , qui, malgré plusieurs revers, était renommé pour son activité^ sa prévoyance. Il fallait ira-*

DE LA CONVENTION NATIONALE. a 1 3

verser un pays difficile , où la campagne n*of- 1 794. frait presque aucune ressource. Ce mouv,ement fut opéré avec autant de mystère que de bonheur. Beaulieu^ dès qu'il s'aperçut de la disparition de l'armée française^ se hâta de se porter au secours, de Charlerqi , qu'il jugeait menacée. La diligence fut telle, qu'il parvint à sauver cette ville encore une fois attaquée par l'armée des Ardennes. Mais quand Jourdan arriva sur les bords de la Sambre , en face de Charleroi , le prince de Cobourg parut voir ce danger avec de mortelles alarmes. Rér solu de se porter au-devant de cette armée de la Moselle, qui avait essayé de le surprendre , il s'occupa de réunir toutes ses forces. Jourdan n'avait point voulu l'attendre dans l'inaction : jl s'était impétueusement présenté devant Charleroi, dont le siège avait été déjà quatre fois repris et abandonné. Les ouvrages en étaient fort peu imposans, et avaient souffert beaucoup de tant d'attaques successives. Par un singulier coup de fortune, Charleroi capitula deux jours avant que le prince de Cobourg se montrât avec sa puissante armée pour la secourir. Ce qui fut encore plus fatal au général autrichien^ c'iest qu'aucun avis de la prise de cette ville ne par-

2l!} HISTOIRE

179/,. * vint jusqu'à lui. Maîtres de la place , les Français occupaient la position la plus favorable pour soutenir la bataille. Les armées se rencontrèrent dans la plaine de Fleurus, déjà célèbre par l'une des journées les plus glorieuses de nos «fastes militaires.

Bataille de Jourdau avaîtfait sa jonction avec la droite as^juin. de l'armée du ]5ford : ses forcées pouvaient être de soixante àsoixante-dix mille hommes; celles du prince dé Coboijrg étaient à peu près égales. Celui-ci s'était vu obligé , pour les réunir, d'affaiblir les garnisons de Coadé , de Valencîennes, du Quesnoy et de Landrecies. Vaincu, il laissait ces places dans le plus grand péril. Les vastes retranchemens de la forêt de Mormal tombaient d'eux-mêmes sans avoir été attaqués. Pichegru , après une victoire de Jourdan , ne manquerait pas de se porter de nouveau sur Tournai ; cette clef des positions étant enlevée , la Belgique toute entière restait à la disposition des Français. Que le général Jourdan fut vaincu au contraire, les plans du prince de Cobourg n'en étaient pas moins déconcertés : il fallait se laisser harceler tous les jours par des corps qui répar* raient journellement leurs pertes, et se trouvaient aussi nombreux après une défaite san**

1315 LA CONVENTION NATIONALE. 'aïO

glante qu'après un triompbe éclatant. Les i794« dispositions du prince de Cobourg parurent se ressentir d'une situation si gênée ; Jourdan put les connaître avec beaucoup d'exactitude. Avant la bataille, il avait fait lancer un aérostat, qui, retenu par des cordes , planait sur le camp autrichien. Ce nouveau moyen militaire ne fut employé que cette fois avec succès : mais ou convient qu'il eut une grande influence sur le gain de la bataille. Jourdan avait d'ailleurs tout l'avantage de la position , par la prise de Charleroi , et par l'ignorance où était le prince de Cobourg de la capitulation de cette ville. Son armée formait le demi -cercle en avant de la place : ses deux ailes étaient appuyées à la Sambre; son centre, devant Flèurus, était protégé par des bois et des ravins qui lui oflraient plusieurs points de défense naturelle. Son avant-garde était sous les ordres du général Marceau, que nous avons déjà vu si redoutable dans la Vendée; Kléber commandait une des principales divisions ; l'arrière-garde était conduite par Iç général Lefevre; Jourdan s'était réservé d'agir au centre. Les Français n'avaient jamais présenté une artillerie plus redoutable ni mieux servie. Mais un grand avantage restait aux Impériaux; c'était celui

X794. d'une excellente et nombreuse cavalerie. Le prince d'Orange commandait leur droite , . le général Beaulieu la gauche ; le prince de Cobourg était au centre ; la cavalerie autrichienne était sous les ordres de ce prince de Lambesc, qui, le la juillet 178g, avait fondu le sabre à la main sur les Parisiens attroupés.

Les deux années s'étaient mesurées, la veille, dans un léger combat où le prince de Cobourg avait fait replier les avant-postes des Français, mais sans pouvoir les chasser de leur position. Le a6juin, dès le point du jour^ tout se mit en mouvement. La cavalerie française fut maltraitée par la cavalerie autrichienne, mais sans qu'il en résultât un désordre sensible dans les rangs. L'aile gauche des Français paraissait compromise. Mais quel, fut l'étonnement et le désespoir du prince de Cobourg, en la voyant se retirer en bon ordre sous le canon de Charleroi ! Tout dépendait des attaques du centre. Le village de Fleurus en formait le point principal. Le général Beaulieu, après avoir fait replier l'extrémité droite des Français, fît les efforts les plus ardens pour occuper ce gage de la bataille. Il ne put y parvenir. Mais^ d'un autre côté, les

DE LA CONVENTION NATIONALE. ai7

troupes républicaines échouaient dans toutes 1794' leurs attaques sur les retranchemens des Impériaux. A six heures du soir, tout était encore indécis; mais on entendait crier dans les rangs des Français : Point de retraite ! point de retraiteî Le général Jourdan avait tenu un corps en réserve pour commencer une quatrième attaque. L'aile gauche des ennemis plia. Les Français s'ouvrirent les rangs par la baïonnette. Un régiment anglais , en fuyant /porta du désordre dans l'armée des alliés. Le prince . de Çobourg réussit à le réparer ; mais fatigué de tant d'efforts , il ordonna la retraite , et la conduisit avec assez d'habileté, pour ne point laisser de canons aux vainqueurs. Mais s'il ne leur abandonnait point d'artillerie , il leur livrait , par ce mouvement rétrograde , ses conquêtes dans la Flandre française , et bien-* tôt la Belgique toute entière. Cette bataille fut fort sanglante. Les Autrichiens conviennent d'une perte de huit à dix mille hommes tués ou blessés : à peine leur avait-on fajt deux cetits pi'isonniers. Quant aux républicains^ l'histoire peut rarement estimer leurs pertes d'après leurs rapports officiels. Elle dut être considérable, puisqu'ils avaient été repoussés trois fois des retranchemens eiaÉiemis.

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i7g4« Sainwust et Lebas souillèrent une journée si glorieuse pour les armes françaises , par leur présence et par celle de leur guillotine qui ne cessa d'être en exercice pendant tout le combat.

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