‹ Histoire de la révolution française (volume 2)Chapitre 11 sur 31 · II. i · texte numérisé non relu

II. i

,ma3. Chacun de ses regards, chacune de ses paroles annonçait le dédain des choses de la terre.

Songent f quand on la laissait seule , elle pleurait abondamment en nommant son époux.

Ses enfuis arrîyaient-ils, elle s'occupait de tous les soins qui supposent un esprit serein. Au milieu des leçons les plus tendres et des avertissemens les plus assidus, elle ne ciai- ^nait j>as de .déférer au jeune roi quelques signes de .respect pour le rang où le plus effroyable ,tDialhûur4'avail £dt monter. Ainsi , dans une ^soh > en présence des geôliers les plus soupçonneux - et les .plus barbares y les intrépides princesses gardaient le principe fondamental de la légitimité. Les municipaux ne tardèrent pas à s'apercevoir , à s'ofiEeuser d'un respect qui leur montrait encore un roi dans un être livré à toutes leurs tortures, ils portèrent successivement ce nouveau chef d'accusation au conseil général de , la Commune et à' la barre de la Convention. On parlait vaguement, mais pourtant avec assurance , de complots tramés pour la délivrance des prisonniers du Temple^ Déjà Toulan et Lepitre avaient été arrêtés.. Ce n'était pas que la Commune sût encore rien de leurs courageuses intelligences avec les amis de la reine ; mais

on les avait vus s'émouvoir, et ce seul crime i.q3. suffisait.

La Commune , après! la m^^du roi ^ . n'avait plus soujBert que Ciéry reslâ^ans la tour du Temple.. Le ciel, <|ai Ypiiilut.réçompeQser sa fidélité, lui permit de «orlir de la terre de saog , et d'aller .troi)y.$$ , Ai Blankentbourg , le frère de son roi. Turgi rediïubla do zèle auprès de$-]»rincessiça; c'était, lui <q4j$ servait d'interniédiaire e^tre elles §t teui?9.am(is du dehors. Il aimait un emploi qui à cbaqu^e minute exposait sa ^Ib. Malgré le refus pro^aioncé de. la rejUie» 3as amis, qui' voyaient lé-mpmeAt de la catastrophe s'approcher ^ s^obstinaient à concevoir un plan d'^vasioniqu'eUe pût, adopter > c-^sC-àrdf re , tel qu^ :^ .sœur et ses enfans y pussent .être compris.

Le baron de B^tz ne're^iOAça.point.à.une tellci eutreprise, Lès intelligences, qu'il s'ét^t ménagées aVeç des révolutionnaires^ quelques sommes dpQt iil,di$f^sait^. enfin vm esprit fécond eïi. ressources^ un caract^e vay entuj^eux et ferme. Ini feis*ienli.j9q3érer/un:.su!çc^s que tant de rois.ligaés ne popv^ei^lt ol^ei;iir, p^utétre parce i^iie l^ur^ cab^^ts. 4e, le désirai^^t pa$ ayctc asses) de iorçe. Aprj^if aybir e^s^^ét 1^ 21 ja^iviie^^iW mouvement pour sauver]^ roi^

ua8 lïiSTOîiH':

1793. ^ ^ ménagMit tous les soirs, et qaékjiiefois dans des orgies nocturnes , des entretien» avec les plus terrihkÊ^ewyfkée^ de k Môntagiie* Si Ton en croit les rapports que l(^ Comités pu-r blièr^fit 'depuis sur son cofapte » ^ fut l(ii qm, corronvpit Tenetigie ré^olutidnnitii^ do Danton , de Chabot^ de^Ba^re et de bèauciMip d'autres bommes-de cette faiciioil. '

Un des cbefs dé la gardie nàtiéftale, nè^cnd ^ Cwiey , que leâ mdlbeafsr de la reine àvàkmâî déjà touobé> étâkl^iqstifuitient': particulier du baron de |^at& Intinx^xient- lié ateo leç révolutionnaires les plus atroces^ et; habile h parler leur langage^ Cortey ^l'iôlipii^it aucun toupçoû;- on lui oenfiâit ëoùvênt-iat garde du Temple. Il osa on «oir y feîre centrer le baron de Batz, qui, ^édenté com^ne.

un garde uational de service^ put -fornîer son plan d^évià^0n d-i^f^ès la ^ctQnaîssdnce de^ lieux. Peu ée jours àpi4^/le' b^avoki de Batz vint utie seconde f<^s dans k tour du Temple 9 avec trente homnsfëâ i^tît^épiâe^^ud Gortey Àvàir fait pcir^r sur ië édntrÀte des gardes nationaux dlî>l(èl!vicek-t>0'^iliotlieiiti de révasion était fixe k deux beUres^i^ matin : la iknrille rej^ale était préveviiie>'tes divers* èé^ gnisettiens préparés $ c^étwit le ittuntc^fal Mi^

DE LA CONYttWTION NATIONALE.

cboaii; ^ui 4^ vaît les r«me tire 4iix ^nceâBes» 1 793 . Cortefi cûmnftandant du posle^ pou^au faire ouvrir de nuit JU |^ort6 à ces hommes ai&des* Saus doute le l^aron de Batz avait ^temdu sa prévoyance au-dejià du moduient qui sui*- . vrait la sortie du Temple. Un plan aussi hardi fait supposer, d^etroites liaisoùs avec plusieurs chefs de la Montagne, Tout était prêt. Les postes étaient dislr3>ues avec intelligence* Mais à onse heures , «entre le plus escecrable de tous le3 xnunicipaux , le cordonnier SimoA Y dévoué à Bx>ber^ierre. Il examine , il interroge; tout lui parait suspect. U liait Michanis, et depuis, long -temps il dénonce en lui un traître* « Si je ne te voyais pas ici ^ « dit-il à Cortej, je ne serais pas tranquilie. » Le baron de Bâte eut , dit-on, da))ord la pensée' db frapper d'un coup mortel cet homme dont la présence faisait évanouir le plus heu*reux |irojet. Mais il craignit d'être trahi par le brAÛty ^ d'aggraver les périls de la reioe. Simon^ de son autorité , ûl doubler les postes et arrêter Michonis. De Bats et Cootey n'ont plus d'espoir^ et se trouvent engagés dans le plus affreux danger* Ce dernier a la .piésence. d esprit de feindre qu'il vient d'entendre du dehors un bruit alarmant , ^t, sous~ prétexte

33o HISTOIRE

179^' de s'en éclaircir, il sort avec la patrouille des trente hommes qui s'étaient flattés d'ouvrir les portes du Temple à la famille royale.

La' Commune, sans connaître ' les détails de cette tentative hardie , devint encore plus ombrageuse y et supposa une conspiration d'une beaucoup plus vaste étendue , dont elle prétendit que le général Arthur Dillon était le chef. Cambon fit retentir la Convention de ces rumeurs publiques , et dévoila un plan qui n'exagérait que trop le nombre des royalistes intrépides que la capitale pouvait compter eiicore.

L« jeune Le COUD lô plus afiVeùx va être porté au

LoDi. XVII j î • Ti r

livré att cor- cœur dc la reme. 11 faut que, non encore

donnier Si- , ' ^ • ' j " 11 •*

aoB. condamnée a rejomdre son époux, elle soit séparée de son fils; que dans la même prison, elle ne puisse plus le voir; qu'il soit, je ne dirai pas confié à des mains étrangères , mais aux mains les plus barbares. Oh ! le plus infortuné des monarques fut mille fois moins malheureux que sa compagne ! Il n'avait pu supporter sans un déchirement affreux sa séparation d'avec son fils, et ce fut la seule épreuve qui , durant le cours de ses longues tortures, put ébranler un moment la fermeté de^ son âme. Msis du moins il savait que le

DE LA COWVENTIOir NATIONALE. %dl

jeune prince, en perdant ses leçons, allait 1793, retrouver les soins, les caresses, les sages et tendres avis de trois princesses , si dignes de former son cœur et de l'éleyer jusqu'à Dieu.

Mais la reine. .... juste ciel I qui YOjait-elle pour la remplacer auprès de son fils, pour remplacer madame Elisabeth , pour remplacer une aimable sœur? lin gouverneur bourreau^ un gouverneur ! qu ai-je dît ? c'est le cordonnier Simon , c'est cet espion qui sert Robèrspîerre, et peut commettre tous les crimes à sa voix; c'est ce dénonciateur assidu de tout sentiment de pitié qu'il peut isurprendre dans l'âme d'un de ses collègues. Il approche . . . « . il vient saisir l'innocente et auguste victime qui sera livrée chaque jour a ses tenailles.

Malheureuse princesse, puissiez-vous ne pas lire dans les yeux du monstre ses pensées régicides! puissiez*vous croire encore qu'il n'y a point de cœur d'homme que l'enfance souffrante ne désarme et n'attendrisse! Le jeune roi proteste ; il demande avec cette fermeté dont le malheur lui a donné l'usage précoce , qu'on lui montre la loi qui exige une séparation si barbare. « Mon fils, lui dit la reine, « souvenez-vous d'une mère qui vous aime (cbien tendrement; » puis elle ajoute, v car

a3') niBTomE

,^3. élk sent le bèsoÎH d'instruire «on fiis k

des bourreaux : Sefjrez sage, doux et konmêùgé Elle répète eocore cet avis> tant eUe ci^aiat cpve la férocité du geédiér ne s'irrite par là fierté de la Tictiitie I Le jeune roi resta deux jcmrs sans prendre de nourriture. Tout toloris du jeune âge s'efiiça bientôt dé ses joues. Le sourire fut bientèt banni de ses lèvres. Point de repos pour sies douleurs. Siuion teillait pour le tourmenter jusque dans la nuit. *-— D&rs^tu^ Capet? hii Criait-il d'une Voix ton-» nante j puis ilr le faisait lever pofir lui rendre les {>lus bas services de la dômèsticîté^ Il boulait le forcer à répéter lies S^nmos ks pllis groistsières, les plus blasphématoires ^ et celles méÉàe où le nom de sa mère était tndiguement outragé. Les refus du jeune prince ne purent être vaincus par les plus cruels traiteihens. Simon lui avait fait tjuitter sou habit dé dbuil; les princet^es eurent la douleur de l'aperce*^ voir à uûé fenêtre couvert de l'infime bonnet i^OttgCé La pensée première dé Simon était de le 1;^uire à une stupidité abrutissante ; il «»e put le réduire qu'au sileufce. Gqpendant , à travers des tortbrei de tous les niomens ^ et dans l'horreur du plus a^reux tête -^à"- tète, quelques réponses du jeune roi montraient

DE LA CONYlOrTIOir NÀTÏONALE. 233

^ticere use ème formée d'a|)res le$ plus |muN- 17^3. tùnà modèles, u Gi^et, lui dit un jour Simon ^ « si ks Vcndéecis reussissdenti à te dëlivcer et fc à te éottrénaèr^ que ferais-tù de moi? «^ f< Je tuas pardonoterais ^ m répondit le fils de r Louis XVL

Q £iut que je tranacrive ici utte siote fournie

à i'bistoire par le JàcolMn Séaàrt^ l'un des

prÂdipaux secrétaires du Comité de sûreté

générale^ qtti consisrtait quelques restes d*ku^

manité^ et qui servait eià frémissàat d'hor^

reur des Jx>mmes odieux dont ii a tracé de*

puis l'effroyable portrait : tt 'Qùaud Sitxiott

f( demanda aux Comités des ioistructious au

ic tojet de cet enfant, il dit : Ô<^ décidez^

H tf0us du Icfus^eteau? Il était appris pour être

H insolent : je saurai le inater; temt pis s'il

te €91 crèves j^ ^'^^ réponds pas* j^rès tout,

« que veut-^en? le déporter? *-* Noru — Le

« tuer? — Non. — L'empoisonner? — Non.

« — Mais quoi donc?..*. — S'en d^aire.

« On ne l'a ni tué, ni déporté > ni empoia eoané j on s'en est défait, n

il(ÀerspieTre ^ avec tous ses crimes y m'é* tomie encore moins que )ce coDdonnîet Si* flton^ dont la férocité salariée pouvait s'exercer à chaque minate sur un faible enfant^ qui

i34 niSTOIRF.

1793. s'enfermait avec lui pour jouir sans cesse du lent supplice auquel il le dévouait , et n'était jamais fléchi par une prière , par une larme, par le sommeil > par le sourire d'un être aux . pieds duquel: serait tombé le poignard du plus barbare assassin.

Cependant la reine et les princesses avaient à supporter les continuelles cruautés de leurs deux surveillans , Tison et sa femme. C'était cette dernière qui avait dénoncé les signes d'intérêt donnés à la famille royale par quel-» qqes municipaux. Sans doute elle avait ajouté d'odieuses fables aux faits qu'elle avait pu remarquer. Il arriva qu elle eut horreur de son crime.^lle était surtout oppressée dès qu'elle venait à considérer les vertus des princesses dont elle tramait la perte •» Enfin , toute éperdue, elle tomba à leurs pieds, leur avoua les délations, les calomnies dont elle s'était rendue coupable, implora leur pardon^ et les conjura d'obtenir pour elle celui de Dieu. La bonté avec laquelle ce pardon fut accordé , les paroles compatissantes des princesses ne firent qu'ajouter à ses remords; elle tomba dangereusement malade, et comme elle n'était point encore transportée hors de la tour, c'étaient les princesses qui environf*

naient son* lit de douleur^ et la soignaient 1793. comme si elle s'était dévouée pour leur yie.

Elle guérit de cette maladie; mais sa raison fut pour jamais égarée. Les révolutionnaires, indignés de ses remords^ la jetèrent à THètel- Dieu. Bientôt les mêmes remords atteignirent le cœur du mari. Les princesses devinrent les objets d'une vénération, d'un intérêt qu'il he fut plus maître de dissimuler.

La Convention, en s'occupant de Marie- Procès de Antoinette , montra combien elle s'étajt aguerrie au régicide. Plus de combat, plus d'appareil, plus de discussion. La Convention s'exempta de prononcer elle-même la sentence de mort y comme si la fille de Marie-Thérèse, la fi;lle des Césars eut été une victime indigne '

de Ses coups. Il est vrai qu'en l'envoyant comme une accusée aux assassins gagés du tribunal révolutionnaire, elle était sûre du zèle féroce avec lequel elle serait servie. Pour faire rendre ce décret, il n'y eut besoin de discours ni de Roberspierre , ni de Saint-Just; il ne fallut qu'un rugissement de Billaud- Varenne pour le provoquer. Barrère fit ensuite un rapport où le faux bel esprit servit d'ornement à la cruauté. Ce rapport fut entendu avec hilarité par la Montagne. Tout le

a36 HISTOIRE

179^. reste se tut Gbacua savait que le* plusfiiible gémissetnent ''sek'aU ^lini de mort. Vc^ct le décret dau^ son effroyable simplicité ;

K I^ Marie-Aatoiiiett^ est renvoyée au triit bûMl extraordinaire. £Ue sera transférée «r Sttt-le-€faaniî> « la Gonciergei^ie.

« A^'b Tous les individus de la âtoiîUe Clapet a setiMit «déportés hors du territoire de la ré- « publique , à rexception des deux enfains de u LfOûis Capet^ et d^ individus de la famille fc qai soni sous lé glaive de la loi.

u3''. Éltsabetk Gs^t tie pourra être dé- ^ a portée qu'après lé jugement de Marie-Au<« H toinettev

« 4°- ^^ weeceAres de là Êunille C!apet, qui K soiAt âoufi le ^aive de la loi^ seront déportés H après le jugement ^ «'ils sont absous. »

Ce fut le i'^' août 1793^ que la Convention rendit ce décr^. Alors ses arasées «étaient battues, sur la frontière comme dafis f inté* rieur. Le seul succès qui adoucit polir elle les désastres léprouvés dails la Vendée ^ à Lyon ^ à To^jilon» près des Alpes, près des Pyré-* nées 9 àCon^i à Valenciennes , était celui qu'elle avait remporté sur les fédéralistes d'Évreux et de Caen. La Convention, au milieu de ces disgrâces du sort ^ voulait sîgnader

DE LA CONVENTION NATIONA.LE. aSy

sa con&tânce el^par un redoiiMement de fié- i^f^i Tùàté, et par une sorte de froideur dans le crime. Son intention n^ëtait pas cependant de frapper sor-ile^chatnp la sœui* dé cet empereur d'Antriohe, dont les armées jusque là triomphantes, semblairât devoir s^ouvrlr le chemin de Paxds. Elle Voulut l'approcher plus près de Féckafaiidy 'if^nde faire croite que tout nouvel effort^ tenté pour la délivrance de. la reine, ne* ferait *quavancet$a mort. Ce qui prouve qde , • tealgré Foitefltation d'iin courage, barbare >> elle faisait to^s les calculs de la peur, c'est q^o'il s'écoula déu:;ç mois et liemi entre la irarnAàimn det la reino à la Goaciergerie, et sa oçmparution dèvnîfit le trîbuna! rëvcduikiQmiaxre. Pour tons leg antres aecusés qui appelaient ses fupeurs, ce(t intervalle était à peîfie de (Hnq jours. ]Slle attendait des victoires pour verser m\ sang précietiif, et îes ecHnbînaispns trop étroites, trop intéressées, trop timôdes de la coalkiimi ne tardèi^enf pas à amener ce tempsoiilaO>avention se semt deTéchafaud pour célébrer comme pour ateélérer ses victoires.

Le a août, Ji deux heures du matih^ un bruit af&epx, qui ébranla les voûtes du Tem^ pie, annonce aux princesses caj^iVës qtièlque

34o UISTOIBE

1793. eaefaot voifiin^ songe à st feminei à $6s enfan8> et peut-àtre à la âuooille royale; les épouvantables ria de quelquea fémoies impn* diqqes , les chants d'hifaaiea voleurs qui se rëjouissaiit de n avoir rien ^Le commun avee des contre-révobitîonnaîres y et spéculeixk sur rih4ulgence des lois et des jurés; la voix des huissiers qui appellent des viotiipea aa san-r glant tribunal, tout conspire nuit et jour eon^re le repos de la reine 2 rien ne permet le recueillement- à sa douleur. Pkmgée dans yei^er des vivans, elle est obligée d épier quelques momois pour élever sa pensée vers le oieL Oh! combien n'enyie»ihella pas Içs afiKgés qui , dans leur solitude y peuvent gojtt^. ter l'adoucissement continu de la prière !

Biais ses enfiins, mais sa soeur! Ah! que de glaives pour percer mu ceçuri .

Cependant la fémnie du condei^e Richard ne peut voir la reine sanç former le vœu d'al* léger par ses soins de si horribles douleurs. Et pourtant, qui mieux qu'elle savait CQmbiea h pitié é(sût un arrêt de mort? Un jour oU^ rap^ portait à la reinq que l'accusateur pnblio se savait sur quelle pièce établir aon rapport, et que bieqtàt^n pourrait la reconduire au Tçmple.

M Non y dit la reine, ils opt immolé le roi;

J)E LA CONVENTION NATIONALE. a/^ï

« ils me feront périr comme lui! Non , je ne 1793. « reverrai plus mes malheureux enfans , ma « tendre et vertueuse sœur!» A ces mots, la reine fondit en larmes.

Vers cette époque, il circula quelques exemplaires d'un écrit intitulé : Réflexions sur le procès de la Reine ^. C'était madame de Staël qui y de sa retraite en Suisse ^ essayait le pouvoir de la raison ^ de l'humanité y de l'élor quence^ jusque sur le cœur des assassins du roi. Ce plaidoyer n'eut aucun résultat historique. Pas un des juges bourreaux n'y donna l'attention la plus légère. Il est même fort douteux que la reine ait goûté la consolation •de le lire. De tous les écrits de madame de Staël , c'est celui qui. me parait lé plus honorer son talent et sa mémoire. Je vais en transcrire quelques passages. C'est un repos que y dans un récit tout chargé d'horreurs désespérantes,, je crois devoir donner à mes lecteurs, et dont j'ai surtout besoin moi-même.

Madame de Staël cherche à persuader aux députés de là Convention qu'il leur importe de conserver la" reine comme otage. Voici comment elle s'exprime ; « Ceux qui conff seillent cet attentat , ignorent-ils combien

* Œuvres complète* de M™« de Staël, en 1 7 volumes.

a/^Qi HISTOIRE

1793. «ii^ ajouteraient à l'énergie de l'armée des a Autrichiens, par la nouvelle du supplice de M Marie- Antoinette? Ce qui a doublé la force « des troupes françaises depuis un an , ce qui c( rend les guerres civiles plus sanglantes que « les autres y c'est que chaque soldat fait plus (c qu'obéir; il combat par sa propre impulsion, (T pour le succès de son sentiment individuel. « Eh bien ! vous auriez créé parmi les Aile* «c mands un mouvement national, en sacri- (c fiant la fille de Marie-Thérèse. Il n'est pas a an Hongrois qui ne vit en vous un ennemi a personnel. Ah I quand ils jurèrent à l'illustre « mère d'Antoinette de mourir pour la dé- « fense de son fils ; quand un vœu libre , unice versel, revêtu de tous les caractères de (( souveraineté que vous reconnaissez , lia le « peuple à sa cause , pensez - vous que si le (C génie de l'histoire leur eût présenté sa fille «captive, outragée, immolée, cette nation u n'eût pas répété mille fois le serment de la <c venger? Vous n'aurez point à combattre les (C satellites d'un despote ^ mais les courageux « amis d'une malheureuse victime , des solcc dats enthousiastes à leur tour , invincibles «comme les vrais défenseurs d'une liberté « généreuse, n

Après avoir retracé toutes les horreurs de 1793. la captivité de la reine, madame de Staël arrive au 2 1 janvier : « Le soir les portes de u la prison ne s'ouvrirent plus , et cet évé- (( nementy dont le bruit remplissait alors le c( monde -, retomba tout entier sur deux feni- « mes solitaires et malheureuses, et qui n'é« (( taient soutenues que par Tattente du même u sort que leur frère et leur époux. Nul res* (( pect, nulle pitié ne consola leur misère; mais c< rassemblant tous leurs âenlimeps au fond K de leur cœur, elles surent y nourrir la douce leur et la fierté* Cependant douces et calmes «au milieu des outrages, leurs gardiens se (( virent obligés de changer sans cesse les sol- « dats apostés pour les garder. On choisissait « avec soin pour celte fonction les caractères (des plus endurcis, de peur qu'individuelle- (( ment la reine et sa famille ne reconquissent « la nation qu'on voulait aliéner d'elles. De- (( puis l'affreuse époque de la mprt du roi, la ^ «reine a donné, s'il était possible, de nouée velles preuves d'amour à ses enfans. Pente dant la maladie de sa fille , il n'est aucun « genre de services que sa tendresse inquiète (e n'ait voulu lui prodiguer. Il semblait qu'elle « eût besoin de contempler sans ceçse les ob-

(( jets qui lui restaient eacore, pour retrouver i< la force dé vivre; et cependant un jour on « est venu lui ôter son fils ! ... . L'enfant , (( pendant deux fois vingt-quatre heures , a i< refusé de prendre aucune nourriture. Jugez « quelle est sa mère , par le sentiment éner- « gique et profond qu'à cet âge déjà elle a su « lui inspirer! Malgré ses pleurs , au péril de « sa jeune vie, on a persisté à les séparer!

« Ah! comment avez -vous osé, dans la fêle (f du I o août , mettre sur les pierres de la (f Bastille des inscriptions qui consacraient la >r juste horreur des tourmens qu'on y avait (( soufferts? Les unes peignaient les douleurs i< d'une longue captivité , les autres l'isole- « ment , la privation barbare des dernières w ressources; et ne craîgniez-vous pas que ces « mots : Ils ont enlevé le fils à la mere^ ne u dévorassent tous les souvenirs dont vous a retracez la mémoire!

(c Voilà le tableau de l'année que cette « femme infortunée vient de parcourir; et ce- « pendant ^elle existe encore; elle existe, parce « qu'elle aime, parce qu'elle est mère. Ah! sans u ce lien sacré , pardonnerait-elle à ceux qui ce voudraient prolonger sa vie ! Mais lorsque (f malgré tant de maux il vous reste encore

DE LA COWVEIÎTION NATIOWALK. 2/\5

a du bien à faire , trainerez-vous du cachot au 1793.

ce supplice cette intéressante victime ? Begar-

c< dez-la, cruels! non pour être désarmés par

« sa beauté; mais si bs pleurs Font flétrie^

u regardez-la pour contempler les traces d'une

« année de désespoir. Qufi vous faudrait-il de

ce plus si elle était coupa|>le ? et que doivent

ce donc éprouver les; cœurs certains de son

« innocence! *

« Je reviens à vous, femmes immolées « toutes dans une mèrç isi tendre ^ immolées (c toutes par lattcntat qui serait commis sur ce la faiblesse par l'anéantissement de la pitié, (c C'en est fait de votre empire, si la férocité « règne; c'en est fait de votre destinée, $i vos « pleurs coulent en vain. Défendez la reine (C par toutes les armes de la nature ; allez (C chercher cet enfant qui périra, s'il faut qu'il (C perde celle qu'il a tant aimée : il sera bien«- (c tôt aussi lui-même un objet importun , par (C l'inexprimable intérêt que tant de malheurs <c feront retomber sur sa tête. Mais qu'il dece mande à genoux la grâce de sa mère : l'ence fance peut prier , l'enfance s'ignore ence core.... »

Cependant ceux des royalistes dont l'esprit s'exerçait nuit et jour sur des projets d'éva-

a46 HiSTOiiiE

1793. sion ^ espéraient trouver plus de fadlhés à la Conciergerie qu'au Tenrtple. L'un d'eux, M. de Rougeville, connut les favorables et courageuses dispositions du municipal Michonis, qui n^avait été arrêté que momentanément.

II sut le décider à une démarche périlleuse, c'était de le faire entrer à la Conciergerie, dans le cachot de la reine. M. de Rouge vilk avait caché dans le calice d'un œillet un papier contenant ces mots : « J'ai à votre disposition c( des hommes et de l'argent. » La visite eut lieu. M. de Rougev^le put offrir a la reine l'œillet mystérieux. Elle lut les mots tracés par la fidélité. Avec une épingle elle commentait a y faire une réponse négative, lorsqu'un gendarme en faction vint saisir le papier. Rumeur affreuse' dans la prison. Mé de Rougeville a le bonheur de s'échapper. La femme et le fils du concierge sont arrêtés.

L'un et l'autre furent mis en liberté peu de jours après. Mais , depuis , cette tentative coûta la vie à Michonis.

Ainsi tout devenait supplice pour la reine, jusqu'au dévouement des cœurs fîdMes qui voulaient terminer les horreurs de son sort.

Presque tous furent victimes de leur zèle.

Quoique l'histoire n'ait encore que desiueur$

1)15 LA CONVEKTIOW NATIONALE. ^47

très confuses sur les projets du baron de 1793. fiatz pour enlever la reine de la Conciergerie^ il parait certain qu'il y avait fait entrer des hom^le$ de la naissance la plus illustre , tels que les princes de Rohan-Rocfaefort^ de SaintrMaurice ^ de Marsan , le comte de Laval- MontiDorend , le vicomte de Pons , Tun des frères Sombreuil, et le marquis de La Guicfae. Chacun de ces généreux Français fut dénoncé dans un célèbre rapport des Comités assassins , comme complices du baron de Batz ; chacun d^éux paya de ^a tête des vœux, des projets , des démarches, des tentatives pour la déli-^ vrance d'une reine si digne de rappeler des mouvemens chevaleresques. L'échafaud a proclamé la gloire nouvelle qu'ils voulaient ajouter à des noms dès long-temps consacrés dans les fastes de la fidélité. Je veux en croire les rapports des affreux Comités et les sentences du tribunal révolutionnaire , quand ils m^apprennent de beaux dévouemens. Le baron de Batz eut seul le bonheur d'échapper aux recherches les plus ;^rdentes. Son secrétaire Roussel périt avec une noble constance, et refusa de sauver sa vie en indiquant la retraite de son bienfaiteur. Je parle prématurément de ces supplices, qui n'eurent lieu qu'au mois

24H niSTOIRF.

1 7g3. de juin 1 794 f parce que je désespère de suivre aticun ordre ^ quand j'en serai au recensement de ce nombre infini de victimes. Le Comité de salut public supposa depuis que le baron de Balz avait à sa disposition des sommes immenses, et ne craignit point de parler de vingt millions. Mais il est certain que ses ressources étaient médiocres, et que le petit trésor destiné à tenter des moyens de salut pour la famille royale, se formait non de Tor de l'étranger, mais des dons offerts par {dusieurs familles royalistes , malgré 1 état de dé* tresse et de ruine où les mettait la révolution. Après une hésitation de deux mois et demi , la Convention, que le retour de la victoire rendait plus altérée de sang , fît-procéder au jugement de la reine de France. On s'embarrassa fort peu de produire contre elle des pièces qui eussent quelque apparence juridique, pourvu qu'on lui donnât des jurés d'une férocité à toute épreuve. L'infâme Hébert et l'infernal Simon conçurent le projet d'appeler contre la reine les témoignages qui pouvaient le plus percer son cœur. Xous deux se chargèrent de fabriquer des révélations qu'ils supposeraient faites par l'enfant de leur victime. Tous deux y mirent un tel degré d'impu-

DE LA CONVENTION NÀTtONALE. 2l49

dence , d'absurdité , d'épouy antable cynisme , 1793. qu'ils révoltèrent jusqu'à leurs plus stupides et leurs plus barbares partisans. Un membre du Comité de sûreté générale , le peintre David, accompagné de Pache et de Chaumette , entra , le 6 octobre , dans la tour du Temple, pour interroger tour à tour Madame royale et madame Elisabeth. L'interrogatoire de chacune des princesses dura trois heures.

Les promesses les plus artificieuses , les menaces les plus cruelles, rien ne fut épargné pour leur arracher des révélations sur les projets de fuite qui avaient pu être concertés , et sur le nom des royalistes qui les avaient conçus , ou des municipaux qui les avaient favorisés. Malgré la différence d'âge des princesses , il y eut dans leur réponse un même caractère de dignité , de- réserve et de prudence . Les oreilles de madame Elisabeth furent souillées par la lecture d'un monstrueux et impudique témoignage , que l'imposture osait mettre dans la bouche du jeune roi. David sortit avec le regret de n'avoir pu obtenir aucime charge nouvelle contre la reine.

Le i4 octobre, la reine de France fut appelée devant le tribunal révolutionnaire, tout composé d'hommes dont la scélératesse s'était

â5o uisxoruË

1793. aguerrie au club des jacobins. Le président se nommait Hermaa; l'accusateur public était Fouquier-Thin ville. Une foule immense et cruelle venait contempler le malheur le plus auguste 9 le plus complet ^ le plus déchi-*

' rant que le ciel eût encore offert à la pitié

des hommes. Le chagrin avait, avant Tâge, blanchi les cheveux de la reine* Sa taille et sa déma)*che conservaient une noblesse qui frappait d'une admiration involontaire jusqu'à la plus grossière multitude. Son teint f encore d'une blancheur éblouissante , se colorait vivement, non lorsqu'elle recevait des outrages^ mais lorsque des souvenirs cruels lui étaient rappelés. Ses traits , beaux et touchans, exprimaient la douceur, la patience, une sensibilité que tant de malheurs n'avaient pas affaiblie , une fierté que tant d'images ignominieuses ne faisaient qu'exalter. On lui lut un acte d'accusation qui semblait avoir été rédigé par les féroces bacchantes du 6 octobre. Allait-elle répondre à ses juges? Puisque son époux s'était prêté à un interrogatoire de ses sujets , elle ne pouvait s'y réfuser, sans paraître faire quelque reproche à la mémoire du roi martyr. Ses réponses eurent le même caractère de netteté > de pré^

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cisîon , de calme qui avait distingué celles de 1 793. liOuis. Elle les prononçait d'une voix douce et ferme, m C'est vous, lui dit le président ^

«Herman, qui avez appris à Loui^ Capet « Fart de la dissimulation avec laquelle il a ce trompé le peuple. — Oui , répondît la « reine 9 le peuple a été trompé ^ mais ce n'est €€ ni par mon mari ni par moi. — Vous n'avez «jamais cessée dit encore le président, de c€ vouloir détruire la liberté. Vous vouliez ret< monter au trône sur les cadavres des pac< triotes. — Nous n'avons jamais désiré que le ce bonheur de la France : nous n'avions pas be^ c< soinderemonter sur le trône; nousy étions.»

On n'avait pu réussir à produire contre la ' reine une seule pièce cpii servit de base à l'accusation. On eut recours à des témoins « Le tribunal , sûr d'une décision diciée et concertée d'avance^ avait mêlé parmi ces témoins , à des hommes cruels tels que Lecointre , à des monstres tels qu'Hébert et Simon , des hommes de différens partis , aocusés d'avoir secondé les projets de la reine ,1 soit dans les jours les plus terribles de la révolution, soit pendant sa captivité. Parmi ces derniers figuraient ^infortuné Bailly, le comte d'Estaing et son aide-de-camp M. Percevais

25 a HISTOIEE

1793. M. de Latour-du-Pin, ex-ministre de la guerre; deux députés proscrits , Manuel e% Valàzé , et les municipaux Michonis et Lepitre. Le tribunal se réjouissait de leur faire pressentir un arrêt de mort dans un procès où ils étaient appelés seulement comme témoins. On avait ( aussi espéré que la peur du supplice pourrait leur suggérer des dépositions accablantes contre la reine. Aucun d'eux n'accepta cet infâme et douteux moyen de racheter ses jours. Tous s'exprimèrent avec conyenance sur l'illnstre accusée. Mé de Latour-du-Fin ne craignit pas , en la contemplant , de montrer la plus profonde douleur.

^ Il résultait d' un interrogatoire plus mécba mment qu'adroitement conduit , il résultait surtout des réponses claires, prudentes et fermes de ta reine, que Taccusation allait s'afiaiblissant. U est vrai que la condamnation paraissait toujours «écrite dans les yeux des effroyables juges ; mais ils montraient • à défaut du remords, de l'embarras et de l'impatience. Hébert. entreprit de rendre à l'accusation toute son atrocité f ou plutèt de la surpasser encore* Ici la plume tombe. L'historien , engagé dans un interminable récit de crimes ^ recule devant des paroles plus épouvantables, que les inven-

lions les plus raffinées des bourreaux. Hébert, 1 79B. dans la seconde partie de sa déposition , accusa y d'après le témoignage de Simon , et d'après de prétendus aveux du fils de Louis XYI, accusa la reine , accusa madame Elisabeth d'avoir enseigné a cet enfant le plus infâme moyen de ruiner son tempérament. La reine eut la force de répondre à la première partie de la déposition d'Hébert , et se tut d'abord v sur ce que l'oreille humaine n'eût jamais du entendre. Un juré demanda qij'elle fut interpellée sur le fait. La reine prononça ces paroles : « Si je n'ai pas répondu , c'est que la (( nature se refuse à répondre à une pareille « interpellation faite à une mère. » Puis, avec , ilne émotion et un regard sublime , « J'en ap- « pelle f dit-elle y à toutes les mères qui peuvent « m'entendre. » Elle parlait devant des furies, et les furies ne purent lui répondre que par des larmes 6t des sanglots; les juges tremblèrent sur leur tribunal, et l'on crut voir rougir Hébert.

Deux avocats, MM. Tronçon-Ducoudray et Chauveau-Lagarde, remplirent pour la reine le même office que MM. de Malesherbes, Tronchet et de Sèze avaient si courageusement rempli pour son époux. L'un et l'autre

a 54 • HISTOIRE

i^g3. parlèrent pendant deux heures avec. une éloquente fermeté. Il ne fut pas permis de recueillir leurs discours improvisés. Un calme sombre régnait dans rassemblée. Les juges lançaient quelquefois des regards sévères aux ^ défenseurs, et ne les intimidaient pas. Us reçurent pour prix de leur courage et de leur zèle les remerclmenS de la reine. Deux jours après ils furent arrêta l'un et lautrç , mais bientôt rendus à la liberté.

Le i6 octobre, le tribunal révolutionnaire, qui avait prolongéVsa séance dans la nuit, prononça vers deux heures du matin, et à Yunaniivitéy la peine de mort c<mtre Marie- Antoinette. Elle l'entendit avec un calme auguste. Rentrée dans la prison, elle écrivit à madame ^Elisabeth une lettre qu'on peut considérer comme son testament , . et dont la lecture est aujourd'hui associée avec un deuil religieux à celle du sublirate testament de Louis XVL Sans doute il fut impossibld aux barbares municipaux de lire ce témoignage d une âme aussi tendre qu'élevée, sans éprouver de la confusion et des remords.

Tous se repentaient amèrement d'avoir laissé publier le testament du roi* Les larmes et l'admiration universelle» leur avaient appris

DE LA CONVENTIOIT WATIOWALE. a55

que ce qu'ils regardaient comme un monu* 1793. ment du fanatisme ^ avait réveillé dans les cœurs le zèle des choses saintes , le res-* pect pour la vertu , et lamour des Bourbons.

La publication du testament de la reine aurait produit sur les âmes un effet plus capable d'amener un commun soulèvement en faveur des victimes royales. Cest aux criô des femmes , c^est aux cris des mères que les peuples brisent le joug des tyrannies atroces. Tous les déchiremens d'une mère désespérée se retrouvent dans la lettre de la reine à madame Elisabeth; mais cette mère, c'est une chrétienne , c'est l'épouse de Louis XVI , et le pardon descend encore de sa bouche; c'est encore Iç pardon qu'elle recommande à son fils ; tant son âme est unie à celle du saint roi qu'elle va retrouver.

Le ciel ne voulut pas qu'un tel monument fut perdu pour la France , destinée à recouvrer les sentimens religieux et monarchiques. Voici comment cette lettre fut conservée. Le municipal auquel la reine la remit , après l'avoir lue à ses collègues , prit le parti de la porter au tout-puissant Roberspierre. Celui-ci la garda dans ses papiers , qui furent saisis au 9 thermidor. Le député Courtois avait été

1793. chargé de faire l'analyse de ces papiers , et le rapport qu'il en fit obtint une grande célébrité. Souillé d'un vote régicide, il se garda bien de &ire mention de cette lettre, et d'idlleurs la Convention eût refusé d'en entendre la lecture; mais il la conserva soigneasèment. Ceux qui Font connu ont toujours cru à son repentir. Vingt-deux ans après, il fut atteint par la loi qui condamnait à l'exil les députés qui avaient voté la mort du roi.

Le préfet de 1^ Meurthe fit mettre le scellé sur ses papiers : la lettre de la reine y fut trouvée.

On en a donné le fac simile. La voici :

Ce 16 octobre 1798, à quatre heures et demie du matin.

a C'est à vous, ma sœur, que j'écris pour la (c dernière fois. Je viens d'être condamnée , (c non pas à une mort honteuse , elle ne lest « que pour les criminels , mais à rejoindre « votre frère. Comm^ lui innocente , j'espère (C montrer la même fermeté que lui dans ses « derniers momens. Je suis calme comme on a l'est quand la conscience ne reproche rien.

« J'ai un profond regret d'abandonner mes « pauvres enfans ; vous savez que je n'exis- « tais que pour eux et vous , ma bonne et

DE L/L CONVENTrorr NiLTICKALE. !X^»J

u tendre sœur, vous qui avez par votre amitié 1 793. «< tout sacrifié pour être avec nous , dans quelle <( position je^ TOUS laisse!

(c J'ai appris par le plaidoyer même du « procès y que ma fille *^tait séparée de vous. <cHélâ8l la patfVre enlànt! je n'ose pas lui <f éerire; elle ne rei^évrait pas ma lettre : je « ne sais pas même si celle-ci vous parti'en- « dra. Recevez pour eux deux ici ma bénédic- (( tion. J'espère qu'un jour, lorsqu'ils seront « plus grands y ils pourront se réunir a^ec tf vou&i-et jouir en edtier de vos tendres soins, a Qu'ils pensent tous deux à' ce que je n'ai u cessé de leur inspirer^ que les principes et « l'exécution . exacte de ses- devoirs sont la (f première ba^ deia vie;fquë \èîir amitié «9t leur caafiaoïce mutuelle éh "feront le (cb^nbrâir; Ô^e.toa tfilie sente qiVà l'âge « qu'elle «yf fille doiltchij^rs bider sôh' frère « par les conseils que l'expériétoce qu'dlè aura « de plus que loi* et sou amitié pourront lui K.impirQTiiQue mon'fib, à'^oili tour, reiidé K.àtSU'SCBuar tous les^ soins y les' services que K ,l!amitiéi)fMWit inspirer': qu'ils sentent 'eiÉfin « toiis dieux que-^ dans <qûelqti6 position 'Qu'ils u puissent se trouver, ils ne serbiit"vrtiîu mieiil<)|iBureu«N}àe par leur union'. (Qu'ils

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