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1793. jouissances, de la société attaquée dans toutes ses bases.
Èuidcapri-^ Dès le mois de novembre 1 793 , on évaluait a plus de deux cent raille le nombre des Français arrêtés comme suspects , c'est-à-dire comme dignes de mort. C'est ainsi que la révolution remplaçait cinq prisonniers qu'elle avait délivrés à la Bastille, le i4 juillet. Les forts escarpés, les monastères, les hôtels somptuçux, les collèges, les châteaux, les maisons de plaisance , étaient transformés en prisons d'état; on en comptait quarante-deux dans Paris. L'encombrement était tel, qu'un ffialais con^m^ le Luxembourg , qu'un lieu de délices et de magnificence comme Chantilly, présentaient partout des gênes et des tortures aux captifs. Tel propriétaire était arrêté dans l'hôtel qu'il avait fait bâtir, et y payait son logement. Les rigueurs suivirent un régime progressif dans chacune de ces prisons. Dabord il fut permis aux suspects de communiquer avec des parens, avec d'intrépides amis, qui venaient les visiter, d'apporter avec eux quelques meubles, de se nourrira leurs frais, sous la condition de nourrir également plusieurs de leurs pauvves compagnons. Enfin, à cette première époque qui fut nommée l'âge
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d'or des prisons j on vît briller une politesse 1793. à laquelle le malheur commun donnait une expression plus vive et plus touchante. On se félicitait quelquefois d'être réuni à tout ce que la France possédait encore de plus illustre et fie plus aimable. On cherchait à se plairCé On aimait à montrer de^ égards libres et ^ courageux à des grands^ qui n avaient point attendu le malheur pour être' affables , polis et surtout humains. Pour chasser l'ennui , on essayait le soir dans un salon commun, toutes les ressources des taleus agréables, des saillies de Fesprit, et des traits du ridicule; légère vengeance qu'on se permettait contre les ty-* rans. Pour surmonter des peines profondes , pour Soutenir d^s regrets déchirans et des alarmes mortelles, il fallait des ressources plus puissantes. Beaucoup d'hommes, qui dans le monde s'étaient montrés incrédules sur l'amitié, et l'avaient réduite soit à une bienveillance éphémère , soit à ces calculs intéressés qu'on suit sans oser se les avouer à soi-même , éprouvèrent que le malheur vaut mille fois mieux que le plaisir pour développer ce sentiment dans son énergie et dans sa vérité.
L'amour dut souvent être exalté et souvent contenu par l'admiration qu'excitaient lesr
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1793. beaux devoiiemens des femmes 1 et dont leuf captivité même était un témoignage. 11 faut bien convenir qu'on yit quelques personnes chercher encore l'ivresse de la volupté, dans des lieux si peu favorables au mystère , et si effrayans pour le plaisir. Mais les diver^bns fugitives ne faisaient qu'énerver les forces de leur krde; elles avaient bientôt à se repentir d avoir profané le malheur par le scandale. Jamais on n'éprouva mieux que dans ces prisons le charme et la puissance des sentimens de fiamille. On y voyait un grand nombre de jeunes femmes qui avaient voulu suivre leurs époux, déjeunes filles qui s'étaient précipitées aux pieds des brigands pour obtenir la grâce d'accompagner leur mère ^. Il semblait que
* Je pourrais citer ici de nombreux exemples ; mais je saisis cette occasion de rendre hommiage à une famille bien digne des regrets et des longs souvenirs des gens de bien et des hommes de lettres. £n 1791 , et deux mois avant la journée du 1 o août , M. Le Séuécbal, administrateur •"•général des domaines, s'était retii^é à Rouen avec 9a femme et deux de ses fiUes ( la troisième , madame la marquise de Cherizejr, avait suivi son mari dans l'émigration.) Dans le temps des massacres de septembre , cette famille reçut et garda long-temps dans une maison peu spacieuse, plusieurs proscrits , parmi lesquels deux étaient mis hors la loi.
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madame jÉlisabeth , que mesdemoiselles de 1 793. Sombreuîl et de Gazette eussent prêté leur âme
MM. Desmeuniers et BroHs^e-des-Fauchereis. Je das moi-même la vie à cette hospitalité courageuse. M. Le
Sénéchal revint ensuite s'établir dans une maison de
campagne près de Paris. De nouveaux proscrits vinrent bientôt frapper à la porte d'une maison oii régnaient les plus nobles vertus , à côté des grâces le& plus faciles et des talens les plus^ agréables. Je ne puis exprimer jusqu'oii madame Le Sénéchal et mesdames ses filles poussaient l'esprit d'invention , pour parer à mille accidens , pour tromper les recherches les , ^ plus sévères. M. Le Sénéchal et ^on gendre , M. le , marquis d'Audiffret, proscrit lui-même, les secondaient avez zèle. Au mois de mars 1794» un perfide domestique les dénonça. Le mandat d'arrêt ne fut lancé que contre M. et madame Le Sénéchal et leur gendre; mais madame d'Audiffret et mademoiselle Sophie sa soeur implorèrent à genoux la grâce de suivre leurs parens , et l'obtinrept quelques jours après. Leur joie , quand elles entrèrent dans la prison y fut égale au désespoir de leurs parens. Voici comment toute cette famille fut sauvée* du supplice : il j avait au Comité de salut public un jeune commis qui n^étaiC entré à ce terrible poste que pour sauver des victimes 5 il se nommait Charles Labussière. Il aperçut v/n jour dans les papiers ceux qui concernaient la fa- * vaille Le Sénéchal. La résolution était prise de l'envoyer au tribunal révolutionnaire, pour le crime irrémissible d'avoir caché un émigré , et les preuves
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1793. à tout leur sexe. Le soir, on se réunissait pour la prière, et Ton pouvait, au milieu des embrassemens de famille, prononcer sans frémir ces mots terribles : Du moins nous mourrons ensemble! Les femmes dans les'prisons étaient redevenues des missionnaires de religion , comme au temps des persécutions païennes. Quelques unes d'elles eurent le bonheur de ramener à la foi d'orgueilleux incrédules.
étaient manifestes. Ce commis s'émeut en voyant l'âge de deux victimes désignées ^ il prend des renseigneznens qui redoublent son intérêt , et le poussent jusqu'au dévouement. Il se détermine à soustraire hardiment toutes ces pièces. Son larcin n'est point découvert , au milieu du désordre qui accompagnait tant de nELonstrueuses procédures. Cet essai l'enhardit à recommencer les mêmes tentatives pour sept ou huit autres familles , et il a toujours le bonheur de réussir. Ces traits d'intrépidité furent connus après le 9 thermidor , et valurent à M. Labussière d'honorables preuves de l'intérêt public.
M. Le Sénéchal et sa plus jeune fille sont morts . dongr,temps avant les jours de la restauration. Madame Le Sénéchal et madame d'Audiiîret n'en ont vu que lesf remières années. Je dois beaucoup à cette famille, que plusieurs des hommes de lettres , mes contempo- ^ns et mes amis, ont honorée et tendrement chérie. Je lui dois surtout d'<ivoir connu les plus parfaits et . les plus aimables modèles d'une bonté g^énéreuse. *
On les entendait commenter TËvangile, et 17931 montrer le royaume des cieux promis à ceux .
qui pleurent^ à ceux qui souffrent, à ceux qui espèrent en Dieu. Ce fut ainsi que la noble et aimable veuve du comte de Clerniont-Tonnierre eut le bonheur de voir, le cœur île La Harpe ^ cet élève de Voltaire, s'ouvrir tout à coup aux vérités célestes.
La religion fut le secours le plus assuré, le plus général qui restât à ces milliers de malheureux^ quand les premiers adoucissemens de leur prisqn leur furent retranchés avec une cruauté industrieuse. Bientôt on les réduisit à une nourriture infecte et insuffisante, et leur demeure retentit perpétuellement du fracas des verroux , et de la voix des huissiers du tribunal révolutionnaire. Barrère proposa un jour que tous ces suspects fussent déportés. C'eût été sans doute un affreux supplice que cette déportation; on peut. en juger par celle qui eut lieu depuis, dans dés temps ^ moins terribles. Mais peutréure Barrère avait-il voulu diminuer les chances dennort.^ Collotd'Herbois trouvait le sort des prisonniers trop doux; il voulait que> sous chacune, des prisons , il fut pratiqué une mine , et que l'explosion universelle suivit le signal donné par
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1793. le Comité de sdut public. Peu importait au monstre que la commotion renversât tout un quartier de la capitale.
Il y avait encore un certain nombre de sus*»
pects gardés dans leur domicile, par des hommes ^u peuple y dont ils payaient fort cher la surveillance tyranniqûe. Tous les nobles chassés de Paris et des villes importantes , et tenus comme sous la clef des Comités révolutionnaires, étaient parqués dans diverses communes y où. on n'attendait pour les mener à la mort qu'un peu de vide dans les prisons.
Figurez-vous un nombre encore plus grand de proscrits , les uns frappés du terrible hors la hif pour ne s'être pas présentés au supplice , et livrés dans les horreurs de leur fuite à tout ce qu'on rapporte des parias des Indes; les autres 9 cachés dans des greniers , dans des caves, dans des fermes, dans des moulins; d'autres^, tout prêts àu^ acheter des restes de lem? foptbne un fanx passe -<port; d'autres»
munis. de ce.ga^ incertain du salut, intro^ duits sous .des noms; supposés dans Ysttehct de l'artisan y gagnais t un salaire dans une mannfacture,. employés^ dans les ch^ari*dfs , dans les fourrages, se donnant un ait' affairé et quelquefois ternible^pour mieux évifei^ 1^ soùpçôrt ;
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d'autres , en fort grand -nooibre y cachés danis i793« les rangs de nos soldats , et préférant la mort du champ de bataille aux tourmens de la captivité , à Thorreurdn supplice; ceux-ci^ pla^ ces sur unç liste d'émigrés piour séiJy^ montrés partout ayec confiance ; ^eux-là , portés sut la même liste pour Avoir cherché 1 obscurité et la retraite*
Ainsi vécut, depuis le mois d'octobre 1793 jusqu'au mois d'août 1794^' tout ee que la France comptait encore de plus illustre et de plus vénéré.
Voici ce qui s'offrait ati voyageur dans Fin*- intérienr d« térieur de la France et Vers les frontières : dek routes dégradéeé ,. de larges et dangereilx che<mins ouverte au travers des champs , au travers 4es moissons ; partout des signes de di-^ sette ou de famine , fléau qui durait presque sans interruption depuis 1789, et qui accom* pagna la révolution jusqu'à son agonie; quelques voitures de blé conduites par des gen«darmes^et le cultivateur enchaîné, pour avoir refusé de le livrer au maadmum; des troupes immenses de conscrits, maudissant avec franichiserla révolu tioa pour hquel^e ils allaient ncMmrir^ et derrière eux une armée révolutiûttnaircsqtiiles chassait vers là frontière où
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1793. jamais elle n'arrivait; de longues charrettes qui, traînaient des suspects à la ville voisine ; de jeunes filles qui suivaient à pied leur père enchaiaé , pour lui préparer le soir un repos plus supportable dans la prison; quelques voitures publiques chargées d'espions voyageurs. Si par hasard on apercevait encore un train — somptueux, c'était, n'en doutez pas, quelque proconsul exterminateur. Il approche de la ^ ville voisine, avec les mêmes sentimens de fureur que s'il en avait fait le siège depuis six mois : peut-être est-ce la ville où il a vu le jour; peut-être lui rappelle -t- elle les momens les plus purs et les plus doux de sa vie; peut être est-il bien convaincu du caractère paisible de ses habitahs; peut-être éprouve-t-il quelque scrupule d y répabdre sans motif la terreur et la mort. Son émotion ne durera qu^un fttoment. U relit les féroces instructions des Comités de salut public et de sûreté générale. U ne doit pas parait**e trop au-dessous des Lebon, des Carrier, desM aigne t, des CoUot-d'Henr bois. La peur, l'ambition, la cupidité vont lui donner cette énergie révolutionnaire audessus de laquelle al n'y a rien en scélératesse. Tous les . monumens des arts se trouvaient proscrits à la fois; s'ils n'apparteiaaient
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point à la religion^ ils étaient à coup sur les ou- i ^q^ . vragés du despotisme ou de la féodalité. D'ail-* leurs l'armée révolutionnaire n'avait guère le loisir de s'informer de leur origine ou de leur objet. Ces brigands abattaient les images des héros de notre histoire et des plus sages ministres : Sully et Colbert ne trouvaient pas grâce à leurs yeux. Comme cette frér nésie destructive était celle d'Hébert et de Chaumette^ et qu'elle était un peu moins partagée par Roberspierre et Saint -Just, la France ne se trouva pas complètement dépouillée des monumens de sa glorieuse anti|^ité et de ses jours prospères. Dans quelques villes , des lùunicipaux , des citoyens dévoués offrirent à l'armée révolutionnaire une rançon pour les monumens utiles qu'ils voulaient conserver. Un artiste, M. Lenoir, a droit aux éloges de l'histoire , pour le zèle , le courage et l'adresse avec lesquels il sauva , dans Paris, tin nombre étoniiant de monumens religieux , désignés au mâtteau destruc-^
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Les décrets de la Convention avaient supprimé toutes les académies^ fermé toutes les écoles publiques, même celles dé droit et de médecine, fermé tous les collèges, et confisqué