II. ai
3a2 HISTOIRIÎ
i7g3. leurs revenus. Il est vrai qu'elle ava^it promis d'y substituer diverses sortes d'écoles, dont le plan avait été tracé par Condorcet. Elle n en fit rien , et laissa régner la plus brutale ignorance; ce qui valut, peut-être encore mieux que l'éducation systématiquement athée dont Condorcet avait posé les bases. P^n seul établissement date de cette époque; c'est ce^ui de l'École polytechnique , illustrée par ses prer)çy.ers professeurs et ses premiers élèves. Les mathématiques ne disent rien à rame; elle3 avaient seules, entre < les sciences', le priyilpge de ne point causer d'ombrage aux.
tyrfjns. ^
Les nouveaux adeptes du siècle des lumières ' ayaient juré la, destruction et l'incendie des bibliothèques. Tout ce qui ayait précédé le dix-huitième siècle était ji^fi^é inutile ou dangereux à ces Omars sans crpyance; et encpre p^rmi les ouvrs^es des nouveaux philosophes, la, plupart ^ et çepx même de Ypl taire, leur ^)arai§s^ient souillés par un infâme esprit de servitude. Barrère, flatteur de tout extravagant qui s'emparait de la puissance , semblait sçc^onder Iç vœu d'Hébert et de Chaumette, , en disant quq si I'oa n'y mettait ordre ^ le monde allait devenir une montagne de pa-
DE LA. CONVEJSTION NATIONALE. 3a3
piers. La France perdit des trésors précieux par 1793, la dispersion des belles bibliothèques de plu* sieurs ordres de moines et d'illustres émigrés. L'armée révolutionnaire aimnii h se chauffer avec les livres. L'abbé Grégoire ^ Lakanal et ViUar, quoiqu'ils fussent fort peu en crédit, firent de louables efforts pour arrêter ces épouvantables ravages de la barbarie. Le der* nier y M. Villar, vota toujours dans la Convention avec intégrité et courage.
La Convention , pour consonnner le divorce Noureau Cade la France avec l'histoire , la religion et les tème'ûouvcau nations étrangères , venait d'adopter^ sur le ^eî melures^.' rapport de Fabre-d'Églantine, ua nouveau calendrier* Rien n'était ménagé dans cette réforme. L'ère nouvelle .datait du 22 septembre 179^ ; bit CoUot-d'Herbois fonda la ii^publique. Les jourç, les mois subissaient une nomenclature nouvelle qui, bien qu'assez simple^ imposait un travail à la mémoire des peu^ pies, toujours rétive et paresseuse, quand il s'agit de réformer de vieilles habitudes. Les nouveaux noms des mois , formés sans respect pour les règles d'une judicieuse étymoldgie^ avaient été imaginés pour la température de Paris, et ofiraient plus d'un contre -sens, appliqués à celle de la Provence. Le jour du
32/» IfISTOmF.
i^g3. Seigneur aboli était remplacé par la décade. La Convention , en reculant de trois jours celui du repos , prétendait par un décret ' augmenter les forces physiques de Thomme.
Diverses turpitudes révolutionnaires souillaient le calendrier nouveau. Cinq jours complémentaires , qu'on ajoutait aux trois cent soixante, étaient hideusement nommés les sanS'Culotides . D'abord on avait voulu rem* placer le nom des saints par celui des héros ou des philosophes de l'histoire ancienne ; mais les révolutionnaires tremblaient de glisser des noms aristocratiques ; monarchiques ou féo^daux dans cette canonisation philosophique, et ne pouvaient s'entendre entre eux sur les objets de leur culte. Ils prirent le parti de signaleï* les jours de l'année par le nom des plantés les plus précieuses , des animaux ou des instrumens les plus utiles. Vous eussiez cru lire un calendrier formé par les Égyptiens^ dans le temps de la plus extravagante idolâtrie. Il est assez curieux de voir^ dans le rapport de Fabre-d'Eglantine , comment il met son esprit à la torture pour justifier et ennoblir cette expression de sans-cuhtides ^.
^ Des jours de la semaine étaient désignés par la carotte, par l'oignon. Ainsi se trouva réalisée une
Ce calendrier y qui fut en usage penaant pr^ 17931. de douze ans, source de confusion pour les actes publics, est une gène de plus pour Fbistoire de ces temps désastreux.
Vers cette même époque , des savans du premier ordre furent appelés pour concerter les moyens d'établir Tuniformité des poids et des mesures. Ils conçurent cette opération avec autant de grandeur que de hardiesse et de simplicité ; mais , dans lear nomenclature , ils tinrent trop peu de compte d'habitudes qui restent souvent indélébiles chez les hommes de l'esprit le plus éclairé. Us transportèrent partout le calcul décimal, qui, très commode pour les opérations compliquées de la science, remplace avec d'insupporta:bles gênes . dans les usages familiers, le calcul duodécimal , adopté par toutes les nations , à cause du grand nombre de ses diviseurs. Ce long travail sauva les jours de plusieurs hommes, coupables alors d'avoir du génie et de la renommée, tels que Lagrange, Laplace, Ber-
prédiction satirique et bouffonne , qu'un jeune offi- , cier, M. De Lille , avait faite en 1775, dans une chanson dirigée contre les économistes et les philosophes :
Et nous verrons un oignon A Jésus damer le pion.
330 UISTOIRE
1793. thoUet. Pourquoi Lavoisier n eut -il pas le même bonheur ?
«Tai déjà parlé de quelques fêtes immondes de ce temps-là. En voici une bien digne de son exécrable objet. Elle eut lieu sur la place de la Révolution y pour célébrer Vanniversaîre du 2 1 janvier. On voyait des'màts de cocagne^ des jeux de bagues , des danses , des tréteaux de baladins. Mais ce (iit le bourreau qui fut chargé des honneurs de la journée. Quatre victimes tombèrent sous ses coups au milieu des jeux commandés aux spectateurs; ils étaient en fort petit nombre^ et ne savaient comment monter leur férocité au niveau des ordonnateurs de la fête du 2 1 janvier. ^
Spectacles. Lcs spectaclcs de Paris n'avaient point discontinué ; mais les comédiens éprouvaient des terreurs mortelles, en choisissant les pièces de leur répertoire. Il n'y avait plus un seul des chefs -d^œuvre de notre scène qui u'ofirlt de sanglantes applications contre les tyrans du jour. Après avoir mutilé de cent manières des pièces immortelles , on finissait par les rejeter. La tragédie de Brutus de Voltsiire avait régné pendant les premières années de la révolution. On la représenta peu de jours après la loi sur les suspects. I^e public se ven-
gea un moment de ses bourreaux, en applau- 1793. dissant avec fureur^ ces vers : *
Arrêter un Romain sur de simples soupçons, ' C'est agir en tyrans , nous qui les punissons.
La tragédie de Cdius Gracchus, de Joseph Chenîer, quoique conçue dans l'esprit révolutionnaire^ encourut la même proscription^ à cause de cet hémistiche courageux :
Des lois et non du sang !
Ou comprit bientôt qu'il fallait régénérer entièrement le Théâtre-Français « comme on régénérait toutes choses. Les chefsr de l'armée ' révolutionnaire qui ren^>lissaient les loges, ne pouyaient se lasser de voir reproduire sur la scène les vertus de Marat. Maiscîomme de tels sujets mettaient en fuite les autres spec-tateurs , on imagina de retracer fm combats du jour 9 les sièges de Lille ^ de Thionville, de Toulon. L'on substitua le plus possible les évolutions à des paroles toujours dangereuses. Ainsi y à Bome, sous les empereurs monstres , l'art scénique dut se renfermer dans la pantomime > par la peur réciproque que s'inspiraient les tyrans et les auteurs. Les comédiens français avaient cru trouver dans Pamêla y comédie de M. François de Neufchâ-
3a8 HISTOIRE
1793. , teau, un sujet philosophique, dirigé comme Nanine, contre le préjuge de la naissance.
Mais on s'indigna que Fauteur eût osé prêter des sentimens généreux à un noble. On ne se borna point ^ proscrire la pièce : Tauteur , les comédiens et les |comédiennes furent arrêtés pendant dix mois, et la journée du 9 thermidor put seule les sauver. Roberspierre se souvenait du zèle courageux avec lequel ils avaient osé le peindre , l'affronter , le poursuivre dans la représentation de î Ami des lois. Jamais d'ailleurs ils n'avaient dissimulé leurs sentimens d'horreur et de mépris pour la tyrannie démagogique. Un royalisme fidèle qui ne se démentit point dans la prison, les fit honorer par les plus respectables compagnons de leurs malheurs. ^ te^**"*****' L'empiiP romain , dans sa vaste étendue et sous ses maîtres les plus odieux, ne vit pas un nombre de délateurs comparable à celui qu'offrait la France. Cinq cent mille patriotes de cette époque étaient tout autant de dénoncia-
* Voici les noms de plusieurs de ces comédiens courageux , tels que je les trouve indiqués dans les Almanachs des prisons : Saint-Prix , Saint-Phal , * Fleuri , Vanhove^ Daziacourt, mesdemoiselles Raucourt, Contât, Mézeraiy etc.
PE LA CONVEWTIOW NATIONALE. SlQ
leurs. Us remplissaient les sections de Paris. '79^* Quarante sous par jour étaient distribués à tous les patriotes de ce genre. Les domestiques fidèles couraient le même danger de mort que leurs maîtres. Les domestiques dénonciateurs touchaient hautement leur salaire à la Commune. Eh bien! il est vrai de dire que le nombre des premiers surpassa de beaucoup celui des seconds. Sur la porte de chaque maison était écrite la liste des locataires, avec leur âge et leur profession. Une indication fausse ou bien une omission était punie de mort. On y voyait également écrit en gros caractères :
Liberté^ égaUté, fraternité ou la mort; ce que Champfort traduisait ainsi : Sois mon frêne ou je te <tte.Un bâton gigantesque élevé sur les places publiques, sous le nom à' arbre de la liberté y était comme la liberté du jour, sans fruits et jsans racines. En quelques lieux et particulièrement sur la place des supplices , une grosse statue de la Liberté, tribut honteux de la sculpture esclave, et qui paraissait faite avec de la fange , montrait une fçmme hommasse , sans pudeur et sans âme. L'insigne dé toute magistrature était un bonnet rouge, qui jusque là n'avait été porté que par des galériens.
Tout l'effort de l'esprit et de l'industrie
*33o HISTOIRE
1793. bumaine n^ayait plus alors que deux objets; chez les uns c'était le moyen d'abattre )e j^lus de têtes ; chez les autres c'était celui de conserver sa vie ; étude qu'il fallait renouveler tous les jours ; et suivre à chaque minute sans ^la plus légère distraction. Danger de mort, si f sur un meuble , sur une gravure , une pendule y une plaque de cheminée , on avait négligé d'effacer une fleur de lis! si on célébrait le dimanche au lieu de la décade !
Danger de mort, si on mettait la particule de devant un nom propre, si on oubliait la co** carde tricolore, ou si on la portait avec un ru* ban trop recherché! Danger dé mort, si Ton se servait des termes déclarés féodaux de Monsieur ^ de Madame. Danger de mort, si Von s'offensait du tutoiement , ou si l'on se piquait de n'en point faire usage; si l'on disait la rue Saint-Denis , au lieu de la rue Denis; si l'on ne substituait pas le noni de tjran à celui de roi, lors même qu'il s'agissait d'un monarque étranger, ou d'un roi des temps les plus reculés. L'ignorance et la cruauté s'affublaient de quelques noms de la république romaine. Les assassins signalés aimaient à porter ceux de Brutus et de Manlius ; plusieurs nouveau-nés étaient flétris par leurs pères du nom de Marat.
DE LA CONVEîJTlOir NATIONALE. 33 f '
. Le' baptême ne se donnait pltis que fîirti- 179^. vement , avec péril pour le pfétre et pour les sépulture* ,
, ,^ , * * mariages, etc.
parens qui osaient, croire encore à ce gage de la rédemption. Quand le culte fut rétabli, huit ans après , on fut effrayé du nombre immense des enfans qui n'avaient point reçu le baptême.
La Commune de Paris avait aboli les devoirs funèbres. Tout proclamait le néant dans Tenlèvement du cadavre; vous eussiez dit, en voyant de quelle manière on y procédait , que toutes les villes étaient frappées d'un fléau contagieux , et que les vi vans étaient menacés par les morts. Le cercueil était souvent abandonné par des mercenaires, à la porte d'un cabaret. Une sépulture ^particulière était regardée comme une distinction aristocratique.
Les cimetières dévastés n'ofiraient plus que des chapelles détruites, des inscriptions effacées et des tombes ouvertes. Plus de nom pour les morts! plus de pierre pour recevoir les larmes de Torphelin! Tout était englouti dans la fosse commune , gouffre immense , gouffre béant, image de la France pendant le règne de la terreur et de la mort.
C'était dsms quelque étroite cellule, à volets bien fermés , que la bénédiction sacerdotale
33a niSTOiRE
1793» pouvait encore consacrer quelques mariages. H fallait veiller à ce que les prières fussent répétées à voix sourde , à ce que les cierges ne répandisseùt point de clarté au- dehors ; car les jeunes époux ^ bientôt accusés de fanatisme,, auraient pu être conduits du lit nuptial h la mort. Ce n était point par ce seul moyen que les révolutionnaires attaquaient l'une des plus belles et des plus profondes institutions que le christianisme ait données au monde , celle qui élève le mariage à la ^dignité du sacrement, sanctifie l'amour conjugal, bénit ses fruits, ses devoirs , ses plaisirs , et l'aide de toutes les forces du ciel pour soutenir les traverses de la vie.
Le divorce était déc||été , tel que né le connut aucun des peuples de la terre les plus décriés pour l'infamie de leurs moeurs. Point de formalités, point de délais, point d'épreuves, point même de moti&; car était-ce un motif sérieux que Y incompatibilité cFhu^ meur? Liberté égale pour lès deux sexes de demander le divorce , de spéculer sur des avantages obtenus ou surpris dans le contrat; liberté indéfinie de former d'autres nœuds, de les renouveler, et de passer sa vie de divorces en mariages. Nulle autre
Ul LA. CONVJSNTIOW NATIONÀLK. 333
sollicitude de la loi pour les enfans, que de les i^qJ. distribuer aux époux divorcés suivant leur sexe ; restitution subite à la femme d'une dot qui pouvait alimenter ses désordres. Ce n'est pas tout. Afin que le mariage n'eût aucun privilège réel sur le concubinage^ dans une loi sur les successions^ les bâtards Furent appelés à avoir une patt égale avec les enfans légitimes , et cette loi reçut impudemment un effet rétroactif. Le mariage n'était plus qu'un contrat ridicule , qui pouvait être résilié à chaque minute par l'une des parties. ^
Sons un règne si follement démocratique ^ et lorsque tout paraissait sacrifié aux pauvres , la Convention osa confisquer les revenus des pauvres dans les hôpitaux. Des hommes et des femmes habitués à repaître leurs yeux <k|| spectacle des exécutions sanglantes , prirent dans ces tristes asiles inhumainement dépouillés y la place des filles de Saint-Vincent-^ de-Paule.
Les biens du clergé étaient déjà dévorés en Vente des
• «4^ 1 11 « lift** uoniftînei on—
grande partie* Ceux des collèges , des hopi^ uoniiu. taux ne fournissaient matière qu'à des dépré-
* Mademoiselle Arnoult , comédienne célèbre' par ses Bons mots , appelait le mariage le sacrement de r adultère. *
334 HISTOIM
1793. dations; tout dépérissait sous les séquestres. - La proie pouveU^ qu'offraient les biens des émigrés dip^iauait chaque jour par le bas prix de la visnte. Les acquéreurs usuriers fusaient payer cher à la république leurs scrupqlies et leurs craintes. Des administrateurs dç disjtrict s'adjugeaient souvent entre eux ces biens au prix le plus modique et le plus dérisoire. Quant aux biiens des condamnés , il eut été facile au bon sens de prévoir que les plus épou vantable;s confiscations dont le monde eut encore été içffrayé , seraient à peu près stériles pQur le fisc, et qu'elles ne rendraient pas en S)9 muU^pKlAnt la vingtième partie de ce que s'ep ét^it pr4S»ini$ la cupidité financière. La France ne fournissait pas une assez grande lantité de pervers pour amener une vaste ^nçurrence d'acheteurs aux encans de ces dépouilles sanglantes, à la vente des champs de l'orphelin. Cependant l'imagination des tyrans et celle même du peuple en jugeaient autrement. On croyait à des : i^essources indéfinies , en voyant des supplices et des confiscations sans termes. C'est cette atroce et stupide persuasion qui dicta ce ^lOt à Barrère : Nous battons monnaie sur la place de la Résolution. Ijt plus simple calcul aurait pu dé-
mmfver que déjà , vers là fin du règne de la 1^93. , terreur^ les assignats débordaient dans une disproportion effrayante ce qui pouvait leur rester de gages, et que déjà par conséquent on était en état de banqueroute. Mais voici Jle plus étpnnant des phénpmènes opérés par la terreur : l'assignat perdait déjà plus de quatrevingjts. pour cent de sa valeur, lorsque la Çquyenfjon décréta qu'il y aurait peine de mort cpAtre quiçoaque refuserait de prendre l'assigna}^ au p^ir. La peine fut bientôt appliquée à noipbre; d'iqdividus^ Comme chacun ét^it alpins tr;^yaillé de la pensée dominante de sauver sa vie aux dépens de sa fortune^ rass^):^^t fut bientôt au pair , et s'y maintijqit pendant six mpis , quand chaque jpur rendait sa cbujtjÇ inévitable. Il est yrai que les cain* pagnes .tropyèrept bientôt plusieurs moyens d'écfaappçr à cette loi ,- pu la bravèrent avec audaçç; les yilles ne l'osèrâat jamais. L^ canlpagnea, ^frappées de cpntinuelles réquisitions , sea dédommagèrent en payant fort mal les iippôts et les fermages. Elles profitèrent ainsi de ce que. la révolution avait de plus anarchique.
C'était un grand crime que de n'avoir point Avilissement
, ^ ' 7 de la Conven*
juré la constitution de 1793 ; c'en était unuon. ^
1703. P^^^ grave que de rëdamer Texercice 4e cette constitution. Un tel vœu / disait-K>n , décelait des royalistes y et ne pouvait être suggéré que par Pitt et Cobourg. Ces noms de Pitt et Cobourg se trouvaient cent fois répétés dans chacun des discours prononcés soit à la Convention , soit ans sociétés populaires ^ soit dans les diverses sections. Quiconque avait été traité d'agent de Pitt et Cobourg , fùt-il un idiot, était marqué pour la mort. Il fallait adorer le gouvernement révolutionnaire , il fallait bénir le régime de la terreur.
Depuis que Roberspierre était entre au Comité de salut public, la Convention n'était plus que le cadavre d'un corps politique.
Ce Comité envoyait en mission ceux des Montagnards dont il craignait le plus l'esprit inquiet , sur de les poursuivre quand il lui plairait , soit pour des spoliations dont ils auraient garîlé une trop forte part, soit surtout pour avoir montré de la mollesse dans \ le crime. Il gardait auprès de lui les Montagnards les plus lourds, espèce d'hommes fort habiles à se laisser gouverner d'après les calculs de la peur. Leur première règle de conduite était de frémir , quand Roberspierre paraissait indigné, et d'avoir un air ému,
DE LA. CONVENTION NATIONAiE. 337
sanclifié, quand il parlait de vertu. Les dé- 1793. putes qui formaient les débris du côté droit et de la Plaine j assis à la Convention^ sem- / blaient comprimés dans une cage de fer. S'ils voyaient entrer Saint- Just , Amar ou Vadier , ils se croyaient près de leur dernière heure. Les yeux tournés ver» les portes , ils tremblaient toujours de les voir se fermer sur eux. Roberspierre seul ne les regardait point d'ua air farouche. Il prévoyait le moment où sa politique pourrait les opposer à ses rivaux et k ses ennemis de la Montagne. Une foule de décrets homicides étaient rendus par vingtcinq ou trente députés , dont quelques uns ne s'étaient levés ni pour ni contre. Il fallait de grandes solennités pour que^ sur plus de sept àents membres de la Convention , il s'en trouvât cent quatre-vingts dans la salle. Un jour, Barrère , après avoir débité ce qu'il nommait ses carmagnoles^ remonta nonchalamment à la tribune^ et dit de l'air le plus léger : « J'avais oublié^ de vous dire « que les pouvoirs du Comité expirent àuu jourd'huiy » comme si ce renouvellenient était une formalité superflue. Les instru^ mens, les esclaves , les victimes et les ennemis secrets de cette tyrannie se levaient II. aa
338 HISTOIRB
iyg3. ponr proroger ces pouvoirs. Tout vote contraire eût été puni de mort* Touchante unanimité! s'écriaient les tyran^^ Le tedaps n'était pas encore venu pout les décelnvirs d'affecter les marques du pouvoir su* prémCrf Nul signe ne les distinguait* Ils n'a^ vaient point d'émolument particulier. Gomme ils se craignaient entre etix^ ils s'abstenaient de vol au milieu d'un carnage réglé.
Souillés de sang^ ils {«étendaient avMr^ les mains pures ^ tant qu'elle^ étaient exemptes de rapines. Leur ambition comme leur ^cruauté était insatiable; mais leur cupidité pouvait prendre patience. Pàrkms des membres de ce Comités Compotitîoa C'était entre cinq hommes / Boberspierre , de saiot pa.Billaud-Varenne^ Cou thon, Saint -«Just el r«té générale. CoUot-d'Herbois que l'empire delà terreur se partageait, quelque d'une manière inégale.
Barrère prêtait sa rédaction facile à leurs décrets \e& plus barbares* Ses rapports étaieat légers, sautillans, pleins de fables et de mota d'une horrible gaité. Jlunbon-Saint^André , ministre protestant, qui avait montré soit dans le procès du roi, soit dans l'attaque contre les Girondins, une insigne barbarie^ s'était retiré dans nos ports , pour régner sur nôtre
DE LA C0NVÉ*TI01^ ITATIONALE. SSg '
mârîtie qu'il sût anéantir. C^tnct, iriùsi que r793. nous fàVdns yù^ s'était réservé les opérà-^ tiotis M>litâii*e$; Prieur de là Côte -d'Or partageait àe» travaux. Èoffaeri-Lindet fcàreelatït liuit et jopur ie& commis^ pour expédier lés affaires^ et surtout les arrêts de mort.
Prieur de là Marne , jacobin de l'esprit le plus bM'tié, fa^it notiibre dans le Comité de salùi fltibfie.
Lé Côiïiité de sûreté générale avait trouvé le sect^t de se perpétuer , aussi bien que lé Comité de salut public. Il espérait rivaibset' v avec célui^, par la grande part qu'il avait aux pfr'eiscriptioiTs. Mais les prenriëi^s rôles étâietii pris, et lés Amar, les Vadier, le^ Vdiiland; lés Jagot, les Louis du Bàs-Rbin, quoique fous d'une scélératesse immuable , ùef FéSIâiiétlt pilUs^ que des bourreaux subàltérneâf. Les M^inorres de àSénart , Fun des secréfinirez de ce Comité, Mémoires dont j'ai déjà parlé , mi^ofiriraieût le moyen de tracer ici Fefirajariift portrâH de cies hommes. J'ai hl pltvsietirs fois les détails de leur infernal cénciliabule , quàfnd ils se passaient la plun^e fk>or signer soit d^s mandats d'arrêt, soit des mandats de comparution ati tribtinal rév^utioufâaire.'J'étodiaiis les moyens de con-
34q HISTOIHE
i.g3. signer dans Tbistoire des mots de cruauté tels qu'on n'en lit point même dans Suétone. J'aurais voulu montrer ces tyrans trouvant dans l'extermination de leurs semblables les plaisirs de la chasse^ se donnant rendez -vous, soit au tribunal révolutionnaire, soit à la place des supplices, pour ne rien perdre de l'agonie de leurs victimes; insultant ou frappant des femmes suppliantes, attachant un prix infâme k des grâces qu'ils promettaient dans leurs emportemens de satyre y punissant de mort des refus inspirés par Thorreur; ceux-ci espions de Roberspierre , ceux-là de Billaud-Varenne, tous épiant l'occasion de se dénoncer, de se perdre les uns les autres, tous se cherchant pour s'égayer dans leur férocité , passant de leurs bouffonneries sanguinaires aux convulsions de la fureur, les uns garantis contre le remords par leur stupidité, et les autres par la continuité de leurs crimes. J aurais voulu montrer Héron, le principal agent de ces scélérats, déterminé à faire périr sa femme, et offrant de Tor à Sénart pour la livrer au tribunal révolutionnaire. Mais ma plume tombait à chaque mot que je voulais écrire , à chaque fait que je voulais retracer. On peut juger
DB la: CONVEimON HATIOITALE. 3^1
de tous ces mots, par un seul, qu'un peintre 1793. fameux y membre de ce Comité , disait à Fou- Terture des séances : Broyons du rouge.
Flir D!U, LIVRE DIX^ITEUTIEHE,
34^ lA$TOIR£
UVBE HUmEME.
Danton parle DuRANT Fhiver de 1 794 f OU cut quclquc cTspéec milice. j.j^jjçg jç ^qJ^ gg j.jilentir cctte afifrcuse tyrannie. La victoire que le général Jourdan avait remportée près de Maubeuge , sur 'le prince de Cobourgy les succès plus importans encore obtenus par les généraux Hoche et Pichegru sur le duc de Brunswick et Wurmser , le désastre des Vendéens dans la ville du Mans , et enfin la reprise de Toulon, semblaient devoir 6ter tout prétexte et tout aliment a des fureurs si nouvelles dans le monde. Ce qui fortifiait les espérances des amis de Thumanitéy c'est que l'odieuse et infîime puissance de la Commune de Paris paraissait enfin chancelante, et prête à se dissoudre avec fracas. Roberspierre s'était élevé, quoiqu'un peu tard, contre les saturnales de Chaumette et d'Hébert , contre les orgies des temples de la Raison , et semblait prendre sous sa protection les prêtres qui se refusaient encore à l'apostasie. Sa protection pourtant resta toujours fort suspecte. Hébert avait pu chasser
DafBton Ae Vernie des cordeliers; mais il i7^< troi9iY«it ^beaucoup 4e diffîeuUë à chasser Bober^ierre de celui des jacobins ^ bien qu'il remportât «uf lui , sinon en cruauté , du moins en impudence. Le mot de clémence avait été pronpneé une ou deux fois dans cette société ^ et; chose merveilleuse , il n'y avait pas excité un soulèvement général. Cétait Danton , c'é-* tait surtout Camille-Desmoulins ^ qui entreprenaient de façonner les oreiiles des jacobins à ce mot proscrit. Long-temps perfide pensionnaire de la cour, Danton , ^^S^S^ si avant da«s les projets du duc d'Orléans , et peut-être même dans ceuic de Dumourie^i avait bien quelque intérêt à empêcher cet esprit de re-* dberche inexorable, qui fouillait dans toutes les vieilles intrigues, pour les élever au rang des conspirations , et fournir matière à d'interminables supplices. Mais Roberspierre n'était pas Wmme h se dessaisir des armes avec les<p}eUes il pouvait perdre ses rivaux. Le tigre , en tenant sa griffe ouvertement levée snr le vil Hébert , se proposait d'abattre d'un second coup le puissant Danton. Celui-ci, après tant de cruantés et de fatigues révolutionnairos , prèdiait à ses vieux compagnons le repos et le plaisir. Voici comment
1794* on peut traduire les discours qu'il leur tenait : « Nous nous sunimes montrés terribles dans le «danger^ montrons- nôuâ g^i&f ouverts et H confians dans la victoire. Nous avons assez u puni de traîtres; n'en créons pas de nouveaux « à force de supplices* Il ne faut pas qu'on H meure à la fois de peur , de faim et d'ennui « dans notre république. Mais gardons-nous « d'imiter cet infime Hébert .qui , à force d'ires religion ^ de scandale et de sottise ^ semble (c travailler à rendre le peuple dévot , comme (c au temps de la Ligue. Laissons au peuple u^ u reste de vénération pour ce qu'il adorait.
i< Ne démolissons pas avec grand fracas des <( autels qui tombent de vétusté. Ou le peuple (c nous maudirait^ ou biçn il deviendrait trop a méchant, trop fin , trop cruel pquf nos ini( térêts. Soutenons un dernier combat, celui «de la Montagne contre la Commune de « Paris ; il ne sera pas long. Frappons les i< chefs; ménageons la foule qui les suit, et (r faisons-la rentrer dans nos rangs. Cette (( sainte Montagne ne doit pas vomir toujours « des laves et lancer des rochers : il est bon « qu'elle se couronne quelquefois de fleurs et « de pampres. Le peuple n'aimait pas les Gi- « rondins , ; parce qu'ils étaient pédans. Ne
DE LA CONTEWTrOK NATIONALE. 345
K soyons ^ nous , ni pëdans ni hypocrites. Quel 1 794^ « sot croira jamais parmi nous à la république « des Fabricîus ? Toutes ces sottises frugales (( ne feraient qu affamer le peuple. Il veut du <Y luxe pour le nourrir , et il maudit un luse « qui Thurailie. Tout notre secret sera de 4( jouir beaucoup y et de jouir sans vanité , « sans morgue. Le peu{de a cru avec la repues blique entrer dans un pays de Cocagne : ne (( lui offrons pas une république au brouet « noir. Faisons dans nos murs ce que nos « soldats vainqueurs font dans leurs camps« (( Avant Jemmapes , ils savaient supportes la « faim ; après Jemmapes , ils ont su jouir de (( l'abondance. Le mot de clémence est tout « aussi républicain que celui de terreur; il « suffit de les employer Fun et l'autre à pro- « pos. Je ne voudrais pas être toujours Sylla : « il y a des momens pour être Thrasybule.
(( Je traiterais d'insensé ou de perfide celui ^ qui parlerait de lancer contre nous , en un (( seul jour , une armée de deux ou trois cent « mille prisonniers, qu'a donnés la loi des sus- « pécts, commentée par Chaumette. Mais on « peut avec précaution ouvrir quelques guiii chetSy et recevoir même les bénédictions de « ceux qui restent. Laissons*nous solliciter. Ne
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1794. « osions pât tonjoursy ntis quelquefois : ne u faisons pas mus oesse des Tictîines^ maisdes « ixmvevÛB. Je sds éorasw qui me rérâle , tf mais je ne sais pas fouler aux pieds qui me cfWippAie. Tout royaliste qui deyieiit notre tt courtisan est assez faurailié pour n'être plus u dangereux* Laissons les sots et les foniiies 4t nons dire qu'en république il faut tout fiiîre écavee des rertus; je croîs a¥ec Machiavel H qu'on tire encore un plus grand parti des a «vices lialnleaienft dirigés. L'habileté est iont. u Ne nous Êisons pas illusion. La révolution , tf tonte sainte qu'elle est, n'aurait pas été loin if sans le secours des yices ; il faut en faire u >usage ; Teicbréme sottise est d'en faire pro- « jfession. La première maxime de Vhomme M d'état révolutioamaire, est debout £sire vite , ii k propos 9 avec confiance y d'être peu serui( puleuK stir les moyens et ies instramcQS , et i( d'en^^yer evec promptitude et fermeté u tons ceux qu'ît trouve sons sa «main. Une tf SMitre loi , c'est d'être fidèle h tons «sqs com- «pagnons. Si nous voulons consacrer cette a Mocutagne k laqu^le on rend des faooneqrs ^ presque divins 9 pri>dlan[|on8 par le kit rifi** <i violabilijbé de chacun de ses membres. Rcs*- <r tons puissans , restons unis. Que chnoin de
DE LA COÎïYflûTIOir JNATION4LE. 34?
r(B0i|6 entJte lour k tmir ^ans la pouvoir; i^i a q^o i^huciMi de nmiê sache eo, sortir , connie u j^ IWi f^U » BMA fraeiyi ^ sans bumaur. Ne £)l- V fipfijs |fas du CcmUë de saint puUic iitie ci^ ^ ladelie q«it domine la Montagne et puisse v< la foudroyer. Qa'isa seul de aous rouie de u l^ Montogoe , il pomt lout eistratner dans sa M c^te, tout, jusqua moi, jusqu'à Rofaer6<i( pierre ! <>»
Voilà quelle aorte d'iostruotions Dantoai deooait aux députés qui se groupaient au«tQur de lui. La plupart étaient signalés par ce qu'on appelait Yençrgie rAfolutiannaim ; mai$ Ih liaient peu nombnrux , p^nce qoe Danton avait cessé de ae faine craindre. Les TaHîen , les Fréron, }ea Barras qui lui étaient fort attachés , ét^nt abaens^ «t remplissaient les omissions les plus sanguinaiiies , fin atten- ^mt l'occasÂon de p^ler lé mén»e . langage qun^ Danton t Lageudne ms comprenait pas encon fort bien cet épi^urisipe ravolutioQ'^ vMte. Fabrord'Églantine ^ Lacroix, Basire, Julien de Toplo«^e goètaîeoi fort cette poli*liqufi adouci^; mais, recUerehés pour quei^ ques n)é£sita d'argent, les seuls alors qui fussent à ^(^aîodre , ils aTaiesnt no maintien embarrassé, il a'y af ait pas jusqu'à l'impu*-
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1794. dent Chabot qui ne f&t un peu décontenancé, pour avoir reconnu h une jeune personne , sœur de deux aventuriers étrangers , une dot de cent mille écus. En vain avait -il invite fraternellanent les jacobins a ses noces; ceuxci reprochaient à l'ex-capucin de s'être trop éloigné dans la révolution du vœu de pauvreté. Hérault de Séchelles, ce coryphée de la constitution de 1 793 , portait à leurs yeux le poids d'un crime irrémissible , celui de s'être intéressé à quelques émigrés , et de leur avoir donné asile. Entre tous ses anciens lientenans, Danton n'en put trouver qu'un seul assez intrépide pour détourner les jacobins des crimes inutiles ; ce fut Camille Desmoulins.
^ CamiUe Des- Cet hommc avait été ^ dès le 1 3 juillet 1 789, conde Dm- le plus hardi promoteur de la révolution. MnvLi^eot Instrument aveugle du parti d'Orléans y il fat ^^^' le premier écrivain qui souilla la morale publique et la philanthropie si vantée du jour, par un jovial panégyrique des massacres populaires, lise complut tellement à cette hideuse galté de bourreau , qu'il prit dans son journal le titre de procureur^général de la lanterne y et ne cessa de poursuivre par de lâches fureurs et d'ignobles sarcasmes , tous les noms portés sur la première liste de pro-
scripUon émanée du Palais-Royal. Il mérita 1794. rjgnomiuie que son nom fût souvent accolé à celui de Màrat , et sa personne exposée aux mêmes poursuites. Sa caustique fureur se tourna bientôt contre M. de La Fayette, puis contre tous les che& de la révolution. Si d'Orléans était son patron^ Roberspierre était son idole. C'était sans doute à cette âme sombre . qu'il avait emprunté des sentîmens féroces , peu faits pour l'allure vive et aventureuse de son imagination. Chaque fois qu'il n'effaroucbait pas l'bonnéte homme , il pouvait séduire l'homme d'esprit, par je ne sais quelle teinte du style de Rabelais^ par des rapprochemens fins ou plaisant , et par « un abandon qui ne manquait ni de galté^ ni de vervcw Mais bientôt le lecteur indigné maudissait un homme qui, assez habile pour lancer jies flèches du ridicule , finissait par les tremper dans la boue et le sang. Orateur embarrassé et maladroit , la tribune des jacobins lui faisait peur; il balbutiait à celle des cordeliers. Il n'en avait pas moins suivi toutes les campagnes révolutionnaires, constamment rangé du parti le plus atroce. Ce fut d'après un pamphlet qu'il avait écrit contre les Girondins 9 que Saint- Just bâtit le monstrueux
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1 7Qf acte à'BûtusBAioÊt dans le^fvel il le» ênviàopps. Camille Desnioulids T<ndut les voit lorsqu'ils psrureal au tribunal retolutiotitiaire. Il entendit arec borfeor prononcer leur aiTél de mort, et dît h ses amis^ leayeusi baigUëâ de laMiee : ce O mon Dieul c'est lAoi qui tes ai « tues ; je ne m'en» côtisolerâi jamais! >i
Sana doute ee n'était pas la première (bis ^oe le remofda partait à son cœur ; mais il eet a présumer q»e œ fat à dater de ce jour qo'il prit lepartideeoiitbpttre une sauguinaireioiardiie, si funeste à ceux ooême qui Uavaient secondée. 11 (ut enhardi dans cette noble r^soloiJoa pàï* une femme jeuiie et jolie y qu'il av^siit épatÉséê, et qui lui demandait des actes de doifrKge comme des preuves d'amour^ Dointon »'ap-* plaudit de trouve^ data uti député Montaginard, dont la popularité restait eûeore intacte f utk habile et éloquent iaterprele de ses nouvelles doctrines de clémence. Camille Desmoulins était sur de perdre tout le fruit de ses remords^ s'il allait naïvement les cou* fesser devant dee révolaiionnaires. Ce fot sou» un titre qui rappelait l'épouvante, qu'il se propoea de combattre h terreur. Ce titre fut celui de meux eordelien Maia â ^(mlait pur là^ naénse se mièttre en bostilité contre le
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notfveau cl|tb qui portait ce noco^ et soiiton'» trftît encore plus forcené que le premier. Avant d'écrire» il avait lait con6cknce de scm plan à scm ami de G4>Uégey Boberspierre, dont il avait préparé la dictature par de fiastactolft et^ perpétuels éloges* Roberspierre aourit> à tm^ écrivain qui d'ayamçait pour lui donner lea^ moyens^ d'extèrmkier les drefir de la Commune de Paris. Il lui parla comme s'il était encore Vanii de Danton f et força nlèmd sa boucbe à prononcer le mM de ùlémeneé. Ce fut une syprise mnycrseUe que SwXj&sAt^ une voix de rërolutionnaîfe ^ de meuûù carde^ lierj qui laissait édiapper quelque ebose d& semblable à la pitié» L'attaque des deux pr^ miers numéros de son nouveau journal n'était dirigée que contre Hébert et Cbauf»ettte< En co^amnant leurs actes sàmléges > CMÀUé* Desmooiiné ne manquait pas de rester fidèle k l'incirédulité philosophique ^ et dé la professer impudemment) mais il y avait éa cotirage k frapper d'un fouet sanglaist le» inâmes pùé^ tifes de la raison y et avec eux les prètiiesapo^ tat8tf Ou ne poayait douter ^e le satiriquû éci^ivain ne fût dans cette attaqtfe Forgaue de Robespierre. On se demandait si potrr la pre<^ naière fois la révolu tiou allait s'arrêter devant
1794. un excès , et commencer des pas rétrc^ades. Un troisième numéro du même journal éleva plus haut les espérances , et causa encore un étonnement plus profond. Le vieux cordelier ne voyait plus dans la république nouvelle , que Fempire romain sous la tyrannie des Tibère, des Caligula, des Claude, des Néron et des Domitien. Il montrait dans une spule année de la révolution , toutes les horreurs répandues à travers la trop longue durée de tous %es règnes absurdes et fianguinaires. Il commentait la loi dessus^ pects^ comme Tacite avait commenté la loi de lèse^majesté impériale. Il citait avec abondance^ avec esprit et le plus terrible à-propos, les passages où cet historien vengeur sent le besoin d avertir la postérité , en réveillant les sombres souvenirs de ses contemporains ^ où , pour graver dans la mémoire d'imposantes leçons, il élève sa prose énergique jusqu'à la précision brillante des plus beaux vers, où il rassemble et condense son indignation , pour lui donner tout à coup la foix^e et l'éclat de la foudre. La traduction qu'en faisait Camille Desmoulins était libre, fisimilière , toute semée des expressions du jour; en sorte que J|'esprit passait perpétuellement des mornes et ram**
pantes délibérations du sénat de Tibère, aux 1794. séances plus sombres et plu3 abjectes de la Convention y des orgies du palais impérial aux orgies de la Commune; de Paris ^ des conciliabules tenus par les Nardsse y les Tigellin^ les Anicetus y aux débats infernaux des comités révolutionnaires. Tous ces républicains se voyaient associés aux plus vils scé«* lér;ats y et condamnés à la plus ignominieuse immortalité. «Nous félicitions Tacite d'avoir, sous d'autres noms, signalé nos bourreaux^ de leur donner d'affreuses nuits^ et nous applaudissions au traducteur hacdi qui menageail si peu ses anciens compagnons , et les dépouillait du manteau deCincinnatus et dé Caton, pour montrer en eux les turgitudes des affranchis de Claude. Mais ce que nous sentions à regret, c'est <{ue Camille Desmoulins n'avait point gardé assez de mesure dans une attaque aussi vive, et que Roberspierre qu'il invitait. à la clémence , ne, pourraitmanquerde se reconnaître dans le portrait d'un de.ces monstres. Uïi Octave de ce genre deyait toujours rester Octave, et ne pouvait jamais devenir Auguste.
Cent mille exemplaires de cette singulière brochure furent vendus en. quelques jours, quoique payés assez cher. L'espoir se glissa