‹ Histoire de la révolution française (volume 2)Chapitre 17 sur 31 · II. a · texte numérisé non relu

II. a

1794. dans les prisons; on ne pouvait être difficile alors sur le choix des défenseurs qui se pré* sentaient. Camille Desmoulins dut son succès à des opprimés, tt parut s'inquiéter d'tm genre d'appui si peu sûr , et cependant il continua son attaque. Presque tous les jacobins frémissaient de rage; mais Roberspierre ne roulait point ! abandonner son ancien compagnon ^ lant qu'il aurait à s'en serrir contre la Commune de Paris. Il se rendit garant des bonnes intentions de Camille Desmoulins; mais il condamna séyèrement l'écrit audacieux qui avait fait faire aux jacobins une si terrible connaissance avec Tacite. Il ne voulait point frapper encore^ mais il tenait le glaive levé. Bàrrère tâcha de modeler sa colère contre le commentateur de Tacite, sur celle de Rober^ierre : le sombre Billaud'-Varenne s'expliqua d'une manière à ne point laisser es^ pécer de pardon au Montagnard qui désertait l'étendard du crime. Camille Desmoulins acheva de hâter sa perte , en accablant de traits raiileurd cevméme Billaud et plusieurs de ses collègues, tels que Collot-d'Herbois et Saint Jus t.

Un autre conventionnel vint lui Servir de second ; c'était Phélippeaux , ami de Danton,

qui avait été employé plusieurs fois dans les 1794. missions de laYeûdée. Celui-ci, dans un Mémoire plein de franchise, dévoilait datas les proconsuls et les généraux révolutionnaires, mille faits de lâcheté, de prévarication et de barbarie, qui semblaient n'avoir eu d'autre but que de réveiller les feux de cette guerre dvile, chaque fois qu'ils semblaient mourir faute d'alimens.

C'était Ronsin , général de l'armée révo- roosîo reut lutioiinaire , que l^hélippeaux attaquait avecaf'^i/c'iïSÎ* le plus d'indignation. Ronsin avant la révo-"""*^^ ^•" lution , auteur de plusieurs ouvrages rebutés de tous les théâtres, avait pris des habi-* tudes de mendicité, et il célébraat comme des héros de philanthropie , les grands , les étrangers ^ les gens de lettres , et tous ceux dont il mettait la pitié à contribution. La révolution lui montra les succès de l'audace; il * s'applaudit de sentir tout ce qu'il y avait de vices rpifermés dans son âme • et leur confia le soin de sa fortune. Il forma une compagnie de volontaires , sous le nom de Tappe^Dur.

Elle devint le noyau de l'armée révolutionnaire. Ronsin en étant déclaré le chef, prenait le pas sur tous les hommes les plus signalés en turpitude, et même sur les San^ terre, les Rossignol, les Henriot, les Jour-

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1794- ^^"* ^^ comédien Grammbnt, cité parmi tous les cannibales de ce temps , s'honorait d'être chef d'état-major du général Ronsin.

Quoique celui-ci se fut battu fort lâchement dans la Vendée ^ il n'était pas dépourvu du courage d'action pour les journées révolutionnaires. Roberspierre pouvait craindre jusque dans un tel homme un concurrent pour le pouvoir suprême ; car l'armée révolutionnaire était devenue le véritable pivot de la république.

Tandis que les Ghaumette et les Hébert, malgré toute leur impudence, tremblaient au nom de Roberspierre, et se désolaient d'avoir à soutenir une lutte contre ce colosse de popularité, Ronsin pressait vivement les chefs de la commune de Paris de se déclarer contre le dictateur y contre la Convention et le Comité de salut public : a Avez-vous oublié , leur disait-il, c< que vous êtes les seuls auteurs de la journée (c du trente -un mai? D'où vient que vous (c vous en laissez chaque jour ravir t^us les « fruits? La commune de Paris régnait seule (c avant cette journée, et parce qu'elle a sauvé c< la Montagne , elle en devient la misérable « esclave. Mais non , la Montagne est esclave , w aussi bien que la commune de Paris; tout le

f< pouvoir a passé à dix hommes, et Robert- 1794.

« pierre les dotnine. Le dernier acte de votre

« puissance a été de démasquer les tartufes re-

i< ligieux; et vous vous laissez jouer , enchai-

« ner par des tartufes de morale et de vertu.

<i Vous souffrez que des hommes dont Içs ha-

(c bits sont encore tachés du sang des prêtres,

« s'tippitoient aujourd'hui sur leur sorl; laissez-

« les faire , ils auront bientôt l'impudence de

« s'appitoyer sur le sort des rois. C'est vous

« qu'on livre aux outrages des Camille Des-

(c moulins et desPhé)ippeaux; c^est vous qu'on

« chasse des jacobins , vous sans qui il n'y

(< aurait plus ni jacobins, ni Convention^ ,

c< vous sans qui la république n'aurait pas

<( même commencé d'exister. Agissez, il en

u est temps; prévenez vos ennemis, il n'y a

(c de salut en révolution que dans l'attaque.

u II ûiut marcher sur cet odieux Comité de

« salut public, et reprendre encore une fois le

<€ chemin des Tuileries, où vous avez déjà rem-

(i porté deux victoires. Roberspîerre vous fait

(c peur ; mais sachez que son nom n épouvante

« point les soldats de l'armée révolutionnaire.

« Vous êtes perdus si pendant deux jours il

« y a des hommes dont on ait plus de peur

« que de vous. Annoncez la plus terrible des

358 lîISTOfBE

1794. «journées de la révolution^ massacres et a pillages, faites tout pressentir; les patriotes K viendront à vous , et leurs rangs seront i< grossis par la phalange des poltrons. »

Cétait en tirant un long sabre , en montrant une large ceinture de pistolets, que Ronsin et ses aides-de*camp appuyaient des représentations de cette sorte. Mais Pache , Héberti Ghaumette, Momoro, Vincent» Desfieux, Proliy Dubuisson, Fespagnol Gusman, les allemands Frey .et le prussien Cloots, tous ces hommes qui avaient si &cilement combiné la marche du trente-un mai et du deux juin , se sentaient immobiles , perclus , parce qu'ils ne voyaient plus des flots de peuple autour d'eux. Le Comité de salut public connaissait toutes ces délibérations depuis long^temps; son unique crainte en frappant Hébert, Ronsin, Grammont, Vincent ^ Momoro, et tous les brigands de cette sorte, avait été de laisser croire que le mouvement révolutionnaire allait rétrograder : il s alarmait* de la joie qui aUait éclater dans les prisons, de celle dbs^gens de bien, et enfin de la victoire que Danton, Camille Desmoulins et Phélippeaux-paraitraient avoir remportée. Pour redoubler la terreur par le

DE LA CONVeBTTIOK NATIOKALE. 359

glaive à deux tranchans dont Ss allaient user , 1 794» ils avaient déjà fait décréter d'accusation cinq de leurs collègues , Fabre-d'Eglantine ^ Julien de Toulouse, Delaunay d'Angers, Bazire, et jusqu'à cet infâme Chabot, qui semblait devoir ne laisser personne derrière lui en impu*

deBce, en barbarie. Ceux-ci avaient importuné les tyrans en murmurant quelquefois contre l'excessive cruauté des jugemens du tribunal révolutionnaire. KNe voulez- vous pas, avait f< dit Chabot , faire cesser la boucherie des défi pûtes?» Il semblait avoir oublié l'horrible part que deux mois auparavant il avait prise k la boucherie des Girc^dins. Bazire vint secoader son ami Chabot f ils demandèrent et obtinrent que la Convention ne frappât plus ses membres du décret d'accusation , sans les avoir entendus. Le lendemain on vit arriver , furieux Roberspierre , Billaud - Varenne et Gouthon; ils venaient venger le Comité de salut public et le tribunal révolutionnaire de l'apostrophe de Chabot, a Rien ne nous arrè-. u tera> dirent- ils, dans la guerre que nous (i avons déclarée aux fripons »» Chabot >Baziré et Fabre-d'Églantine pâlirent; beaucoup d'aur ^ ires députés partagèrent leur crainte ;. le déeret de la veille fut rapporté. Peu de jours après, 1^

1794 . Comité fit dans la nuit arrêter Bazire^ Chabot et Fabre - d'Églantine ; Julien de Toiilouse s'échappa. On leur reprochait d^ayoir falsifie de concert et pour une somme de cent mille éctts , un décret de la compagnie des Indes.

sappUce Le 22 mars 1704 fut un jour d allégresse

d*Uéberc, de / Zf^ J n ^

Ronsin , etc. pour la Fraucc : on apprit Farrestation d'Hébert > du général Ronsin , de Grammont ; de Momoro , de Cloots , de Deffieux , de Proli , de Pereyra, de Dubuisson^ de Gusman, et de plusieurs autres scélérats de ce genre. Le dé^ crct de la Convention qui lés frappait ne laissait point de doute sur leur prochain supplice. Ce n'était pas qu'on pût encore se flatter d'une délivrance prochaine , ni d'un allégement à la plus épouvantable tyrannie ; mais les jugemens de la providence divine sur lés grands coupables semblaient enfin reprendre leur cours. Dans le supplice du père Duchesnê^ frappé par Roberspierre , on pressentait le supplice de Roberspierre , et l'on ne doutait pas qu'il sae fût frappé à son tour par quelques uns de ses complices. Dans la nuit même où ces hommes furent arrêtés , ifs méditaient encore un nouveau massacre des prisons. Les voilà saisis comme d'ignobles malfaiteurs. Des scélérats les rejettent de leur sçin, et ne peuvent plus

DE LA. COWVEWTION NATION ALK. 36 ï

supporter une aussi vile compagnie : Barrère 1794 lui-même ose les appeler irifâmes. Ni la mul<' tiplicité , ni la grandeur de leurs crimes ne peut les sauver du dédain. Us entrent dans une même prison. Les suspects sont radieux, et prodiguent tous les genres d'insulte à Hébert, à ce cynique auteur d'une calomnieuse déposition contre la reine. Hébert baisse les yeux, ses pieds chancèlent, ilsanglotte. Bonsin tâche de se défendre de l'abattement et des remords , par une fureur continue :

a Lâches, dit -il à ses camarades, pourquoi u n'avez-vous pas su agir ? pourquoi u'avez- « vous pas su frapper? Au moins sachez mouce rir. Laissez là tous vos placets à Roberscc pierre : étourdissons de nos chants bâchiez ques les aristocrates qui nous insultent. »

Quelques jours après, ils sont appelés au tribunal révolutionnaire; la, leurs regards ne rencontrent parmi les juges et les jurés que des hommes auxquels , six jours auparavant , ils dictaient leurs ordres. Ils ont blasphémé ensemble dans lés temples de la Raison ; ensemble ils ont dansé sous des chasubles, et tenant en main des ciboires; ne se sont-ils pas vingt fois partagé le pillage des sacristies? Tout est change; juges et jurés ^ tout est armé contre

1794. eux de la vertu de Roberspierre. Fouquier^ Thinville, Taccuaateur public, montre pour eux la même horreur que pour les royalistes qu'il poursuit de ses réquisitoires. Il s'exprime sur la conspiration de Tëtranger , comme s^il avait vu, comme s'il tenait dans ses mains un traité d'alliance où Pitt et Goboui^ , Hdbert et Chaumette eussent mis ensemble leurs signatures» Dès qu'ils veulent parler, le président et les juges se font un jeu de leur couper la parole y expression créée par le père Duchesne, dans le procès des Girondins. Un des grie& articulés contre eux, et sur lequel Fouquier-Thinville insistait le plus , d'après le rapport de Saint-Just, c'était de s'être livrés à la voracité lanlùs obscène. On avait à dessein laissé tout vague et airâie tout dérisoire dans un acte d'accusation qu'on aurait pu rendre plus précis. Ces hommes^ en s'expliquant , auraient usé de terribles représailles envers leurs accusateurs. Aussi la conscience des juges se trouvait éclairée, dès qu'ils annonçaient l'intention de soukver le voUe^ de décJdrer le rideau. FouquierrThin ville les ramena de ces délits politiques qui leur eussent donné de l'importance ^ à ces petites rapines qui leur étaient familières. « Est-ce un homme

DE LA CONVENTIOir NATIONALE. 363

«comme moi, disait le géoëral Ronsia en 1794. rc frémissant de rage , qu'on £aiit monter sur « les gradins du tribunal révolutionnaire , H pour lui parler de vol de chemises et de H mouchoirs? songez* vous qu'il j a quelques a jours la vie de ceux qui m'écoutent était à a ma merci 7 d Anacharsis Cloots ^ nommé membre de la Convention , le plus impudent apologiste des massacres du a septembre, paraissait devant le tribunal comme Prussien et comme noble. On lui reprochait d'avoir conspiré pour l'étranger, en parlant sans cesse de la république universelle; ce qui fournissait des motifs et des prétextes à la coalition. Personne ne montra plus qu'Hébert l'union de l'infâme poltronnerie avec la plus odieuse cruauté : il se trouva mal deux foi» pendant l'audience. Juges , jurés , témoins et spectateurs, c'était à qui outragerait le plus l'ignoble municipal, le féroce et cynique folliculaire, pour lequel deux cent mille hommes s'étaient armés à Paris, le 3i mai. Hébert, Ron^n , Anacharsis Cloots , Vincent , Mo* moto , Proli , Pereyra , Dubuisson , avec douze autres brigands, furent conduits au supplice. Le peuple ne cessa de leur répéter tous les laszis sanguinaires qu'Hébert et les

364 UISTOIRE

1794. siens avaient inventés pour ce genre de mort. Arreiuuon Cette joie da peuple, poussée j usqu'à Tivresse, Danton, Ca- était o uu sinistre présage pour les decenivirs. iTos , wtuer- I^^j^ ^^ disait-on pas , dans plusieurs groupes ™*"' ^^' enhardisparcetétonnantsupplice^ que Danton pourrait bientôt traiter Roberspierre comme lui-même venait de traiter le père Duchesne.

Le Comité de salut public garde encore pendant quelques jours le silence^ mais il agit; pas une des victimes qu'il va prendre parmi d'anciens amis ne peut plus lui échapper.

Roberspierre vient dénoncer aux jacobins ce même Camille Desmoulins qu'if avait défendu quelques jours auparavant avec une pitié feinte ; il est rayé de leur liste , ce qui était la même chose que d'être rayé de la liste des vivans. Danton s'était proposé jde «fiiire , un éclat décisif, et d'armer contre la tyran-

nie décem virale la Montagne , tout à l'heure si puissante. Mais averti par le mauvais succès de l'attaque prématurée qu'avaient faite Bazire et Chabot, il voulait s'assurer du moment favorable. « Tu te perds par « ces délais, lui disait Lacroix; tu perds tous «tes amis; avertis les lâches eux-mêmes <f de se ranger autour de toi. Fais un appel « à ceux de la Plaine comme à ceux de la

u Montagne. Crie à la tyrannie des décem- 179/i. w vîrs. Parle de poignards^ paHe de Bru tus, (( tu ébranleras les tribunes ; tu rallieras ceux « même qu'on menace comme complices d'Hé- « bert. Il ne faut pas que Danton garde des me- « sures et n'éclate qu'à demi ; il faut qu'il se ^ « livre à sa colère , que Camille Desmoulins a « si heureusement comparée aux débordement « du Nil. Ne mourons pas du moins muets, dé- « sarmés et avilis, comme cet infâme Hébert. » Danton tâchait de persuader à ses amis et de se persuader à lui-même que le danger n'était pas encore si prochain. 11 supposait à Rpberspierre la volonté y mais non le courage de le perdre. Four le sonder^ il vient le trouver un matin. L'accueil fut sévère; à des paroles glacées Roberspierre fit succéder un genre de reprochés qui mettait son rival sous ses pieds : il traitait son ami comme un fripon^ protecteur de tous ceux qui pillaieM la république. Après lui avoir vanté ^ suivant sa coutume, les charmes de la vertu , il l'accablait d'ironies sur sa fortune, sur'^es délices de sa retraite, sur la délicatesse de ses repas, sur la dot magnifique de sa femiiie. Danton parut faible dans cet entretien , où assistaient deux satellites de Roberspierre, nommés ses

1794* gardes du corps. Il ne fit point éclater de menaces , et ne tonna point contre une vertu qui ne vivait que d'assassinats. En an mot ^ Roberspierre comprit que Danton n était pas prêt, et que lui n'avait pas une minate à perdre pour l'égorger. Danton erra toute la journée avec beaucoup d'irrésolution. Il se mit un moment en route pour se rendre dans une retraite offerte par l'un dé ses amis; puis ^ il revint sur ses pas : la même nuit , et dix jours après le supplice d'Hébert^ il fut arrêté ^ ainsi que Lacroix , Héraut de Séchelles , Camille Desmoulins, Phélippeaux, le général Westerman , fléau de l'armée vendéenne, et d'autres amis de Danton.

Le lendemain 3i mars, une sombre rumeur se répand dans la Convention* La Montagne est frappée de plus de terreur qu'elle n'en répandait autrefois sur les bancs des Girondins* On s'observe, on s'interroge avec précaution ; personne ne sait s'il parle à un délateur ou à un ami. Enfin le nom de Danton sott de toutes les bouches; Danton arrêté! Quel patriote désormais sera pur aux jeux du Comité de salut public? Quelle renommée pouri^a mettre à l'abri des coups de Roberspierre ? On demande des nouvelles de tous

DE L\ CONVENTION NATIONALE. SÔy

l^s absens. On ne connaît pas encore la liste 1794, de ceux qui sont arrêtés. D'autres ne vont-ils pas l'être ? En gémissant sur le sort de Lacroix, de Gaaiille Desmoulins ^ de Phélippeaux , de Héraut de Séchelles ^ on leur cherche des torts dont on se croit exonpt. a Ce Camille u Desmoulins, c'est un républicain sans doute; « mais quelle imprudence d'aller citer Taa cite! Héraut de Séchelles ^ b'est un noble; « Lacroix y oh! pour Lacroix, il n'y eut jac( mais une vénalité si manifeste^ Mais nous (c laisserons-nous décimer tant de fois? la Con^ u yention n'a-t-elle été créée que pom* servir a de p&ture au tribunal révolutionnaire? m On ne peut même, par l'excès des alarmes, se monter au ton de la fureur. On change de langage , si quelqu'un des membres du Comité de sûreté générale , ou de leurs espions eon* nus y vient à passer. Dans d^autres parties de la isalle , on re^te plus froid sur le sort des Moiltagnards arrêtés, cr C'est leur destinée , ils « doivent tous s'entr'égorger : il esttrop dange • « peux pour nous de nous mêler à leurs débats.» Legendre le premier prend la parole; il demande que les députés arrêtés soient entendus à la barre : il rappelle les services immenses rendus par Danton à la patrie ,

368 îiisTotRiî

1794. et c'est l'époque du 2 septembre sur laquelle il arrête les regards de l'astsemblée. « L'ennemi, dit-il, était alors aux portes de (c Paris, Danton vint , et ses idées sauvèrent la « patrie.» La proposition de Legendre est appuyée avec un bruit confus. Aux voix! aux voix! s'écrie*t-on. Mais Roberspierre parait; il promène sur la Montagne des regards que chacun fuit, (c A ce trouble depuis long-temps (( inconnu , qui règne dans cette assemblée , « dit-il , il est aisé de s'apercevoir qu'il s'agit (( dé décider si quelques hoinmes aujourd'hui ce doivent l'emporter sur la patrie. » Après ce début impérieux y il tombe bientôt dans la pesanteur solennelle qui l'accompagne lorsqu'il improvise. Mais chacun étudie a travers le morne appareil de ses phrases vagues et contournées, s'il s'agit d'arrestations nouvelles; on cherche qui pourrait être menacé. Les tribunes garnies par le Coniité de salut public secondent Roberspierre par leurs applaudissemens.r Voici quelques uns des traits par lèsquels il les obtient : « Legendre parait igno- « rer les noms de ceux qui sont arrêtés; <c toute la Convention les sait. Son ami Lace croix est du nombre de ces détenus. Pource quoi feint- il de l'ignorer? parce qu'il sait

DE LA COJNVENTÏON NATIONALE. SÔQ

« bien qu'on ne peut sans impudeur défendre i^g^. (^Lacroix. Il a parlé de Danton, parce quil^ (( croit sans doute qu'à ce nom est attaché «un privilège. •^•. Non, nous n'en voulons (f point de privilège. Nous ne voulons pas (f d'idole. I) L'entendez -vous ensuite qui se vante de la fidélité patriotique avec laquelle il immole ses amis tour-à-tour? « Je n'ai vu « dans les flatteries qui m'ont été faites , dans « les caresses de ceux qui environnaient Danu ton , que des signes certains de la terreur (( qu'ils avaient conçue, avant même qu'ils fuser sent menacés. Et moi aussi j'ai été ami de (( Pétion : dès qu'il s'est démasqué je l'ai abanc< donné. J'ai eu aussi des liaisons avec Ro- « land : il a trahi, et je l'ai dénoncé. Danton K veut prendre 4eur place , et il n'est plus à « mes yeux qu'un ennemi de la patrie. » Mais il sent l'importance de diminuer les alarmes pour ralentir l'opposition ; voici ce qu'il ajoute, (c Le nombre des coupables n'est pas « si grand : le patriotisme de la Convention (( nationale a su distinguer l'erreur du crime , « la faiblesse des conspirations. On voit bien « que l'opinion publique et la Convention na- « tionale marchent droit aux che& de parti ^ (c et qu'elles' ne frappent pas sans discerne- Il. 24

370 niSTOîRï:

17^. i( ment. li n est pas si grand le nombre des « coupables ; j'en atteste runanimité avec lace quelle vous ftvéz voté depaîs plusieurs înois^ rrpouT^les principes é Oeux qu'on méprisé le (( plus, ne Sont pas tes plus coupables. Ce sont « ceux qu'on prôné et dont oti fait des idoles , i( pour en faite des doniiriateurs. »,Puis il sent le besoin d^époûvanter Legend're, et de glacer les orateurs qui voudraient l'appuyer. « Au fc reste, la disciission qui vient de s'engager est (c un danger pour la patrie ; déjà elle est une « atteinte portée k hsf liberté ; car c'est avoir (c outragé la liberté , que d'avoir mis en qués- H tion s'il fallait donner plus ^e faveur k un fi citoyen qu'à un autre. Tenter <îe ronâpre ic ici cette égalité , c'est censurer indirccteer ment les déci^ets salutaires que vous avez cr portés dans plusieurs ciitronstancés , lés jucr gemens que • vous* avez l^éndus centre les H conspirateurs : c'est défendre aussi ihdîrec- M tement ces conspirateurs qu'on vétit sonsce traire au glstive de la justice^ parce qu'on a H avec eux un intérêt comntiin ; c'est rompre H l'égalité! Il est donc de la dignité de la (T représentation nationale de m'aintéYiir ces « principes. Je demande la question préala^ (C ble sur la proposition de Legendrë. m

DE LA CONVEMTIOK NATIONALE. Sy I

Après ce discours, ua frisson de terreur court 1 794. sur toute la Montagne. Legendre n'en est poiiit exempt ; il balbutie de timides excuses , aux^ quelles il tente de donner un accent de fierté patriotique. Sa proposition tombe ^ les députes accusés ne seront point entendus. Saint- Just, rapporteur du Comité, traverse silencieusement là salle. Il a l'air recueilli dans sa cruauté; sa gloire va toujours croissant; c'est pour la troisième fois qu'il vient proscrire* ses collègues. (Le stjrle de Saint -Just est fort étrange; celui de Roberspierre est traînant et embarrassé : mais je dois reproduire leurs propres expressions.) -Cette fois il a dû élever bien haut son talent accusateur. Il s'agit de , prouver que Danton est et a toujours été royaliste; il aime à démontrer l'impossible.

Voici le début de ce rapport :

« Citoyens , la révolution est dans le peuple , c( et non point dans la renommée de quelques (f personnages. Cette idée vraie est la source H delà justice et de l'égalité dans un état libre; «elle est la garantie du peuple^ contre les (c hoilimes artificieux qui s'érigent en quelque « sorte en patriciens , par leur audace et leur a impunité. U y a quelque chose de tetrîble « dans l'amour sacré de la patrie; il est telle-

ly^, « ment exclusif, qu'il immole tout sans pitié , a sans frayeur> sans respect humain à l'intérêt ({ public : il précipite Manlius , il immole ses (( affections privées , il entraîne Bégulus à (( Carthage , jette un Romain dans un abîme , « et met au Panthéon Maràt , victime de son (( dévouement. Vos Comités de salut public « et dé sûreté générale, pleins de ce senti-> « ment, m'ont chargé de vous demander jus- (< tice au nom de la patrie, contre les hommes {< qui trahissent depuis long-temps la cause (( populaire , qui vous ont fait la guerre avec « tous les conjurés , avec d'Orléans , avec i( Brissot, avec Hébert, avec Héraut et leurs « complices , et conspirent en ce moment H avec les rois ligués contre la république ; (c qui ont favorisé le projet de vous détruire, (c et de confondre le goij^icernement républiu cain ; qui ont été les défenseurs des traîtres ce et vos ennemis déclarés, et qui , pour échap^ %( per à la justice , prétendent que l'on vous « attaque en eux. Ils ne témoignaient point « cet intérêt pour vous , lorsqu'ils deman- (( daient l'impunité de vos assassins, et votre u renouvellement, qui eût été suivi de votre « perte et de celle. de la liberté. Puisse cet « exemple être le dernier que vous donneres

(i de votre inflexibilité envers vous-mêmes! 1794* « Paissiez - vous , après les avoir réprimés , f( voir toutes les factions éteintes , et jouir en a paix de la plénitude de votre puissance lé- (cgitime, et du respect quo vous inspirez!

« On a tenté depuis long-temps de vous avilir, i< s'il était possible ; vous avez marché entre « la action des faux patriotes et< celle des (( modérés que vous devez abattre. Ces faca tions^ nées avec la révolution^ Vont suivie « dans son cours , comme les reptiles suivent ce le cours des torrens. Il faut quelque courage « pour vous, parler encore de sévérité / après c< tant de sévérité. L'aristocratie dit : Ils vont « s'entre^détruire. • • • Mais l'aristocratie ment « à son propre cœur ; c'est elle que nous dé- « truisons : elle le sait bien. La liberté ne fut « point compromise par le supplice de Brissot « et de Ronsin, reconnus royalistes. N'écoutez « point la voix de ceux qui y tremblant devant « la justice , s'efforcent de lier leyr cause à (i l'illusion du patriotisme : la justice ne peut «jamais vous compromettre^ mais l'indvlw gence doit vous perdre. »

L'art de ce discours (car dans ce discours-là seulement Saint-Just employa quelques précautions); l'art t[e ce discours était de ratta-

374r HISTOIBï

1794* ^^^^ certains faits 'é videos ^ tels que les liaisons de Danton avec d'Orléans et Domouriez , à des faits matériellement faux. Selon lui ^ Danton gagné par Is^ cour^ n'avait cherché qu'à contrarier le mouvement do 10 août. U avait dormi cette nuit au club des jacobins ^ et sans doute il avait également dormi au 2 septembre. Ainsi Saint-Just, pour faire tomber la tête de Danton ^ lui enlevait ses deux plus grands crimes ^ et triomphait contre lai de quelques paroles modérées ^ de quelques actes de pitié qui lui étaient échappés dans le long cours de ses fureurs. Cet acte d'aocusation était si singulièrement dressé, qu'on aurait pu vingt fois substituer le nom de Ro« betspierre à celui de Danton p et que les conséquences restaient les mêmes. L'un et l'autre u' avaient-ils pas servi le parti d'Orléans, avec un ^éme zèle , jusqu'à ce que chacun d^eux put espérer pour soi le pouvoir siiprême?

' Jamais ^Saint-Just f toujours froid, guindé et maniéré , ne «['était monté à un pareil ton de fureur. Ainsi donc les plus fortes haines dont les scélérats ^soient susceptibles, sont celles que leur inspirent leurs semblables.

Chacun dut craindre de voir le crime et la terreur se précipiter encore plus ardemment

da^s le^r iKi^rche, qqand on entendit Saint- 1794. Jiist ter^^iner sâosi cet efirayant discours : « Noiis. ^yons QFu devoir ne plus temporiser « ayeC;le^ ppupableç, puisque nous ayons ance nonç^ que aojqs datruirioiiis toutes les faci< |4ons : eUes pourraient se ranimer et prendre « de ppt^yeUe$ forces. L'Europe semble ne (< plq$ (C^n^ptj^i* que sur elles ; il est donc in-^ i( st?nt de les détruire , afin qu'il ne reste dans (K la répiihlique que le peuple et vous , et le je ^ouv,ernei)9ent dont vous êtes le Centre în- « yioUM/s* Les jours du crime sont passés ; i< malbevir k ceux qui soutiendraient sa cause! u ,L$t politique est démaaquée; que tout ce qui u fut crioiinel périsse I On ne £aiit point de « république avec djes ménagenciens , mais (( ^veA la rigueur &rouche , la rigueur terce rible ei^yjers tous ceux qui ont trahi. Que « les complices se dénoncent , en se rangeant « 4a parti des forfafts! Ce que nous ayons dit « ne sera jamais perdu sur la terre. Oii peut ce arracber la yie à des bommes qui , comme ce jiQus 9 ont tout osé pour la yérité : on ne ce {^pt lepr arracher les cœurs, ni |e tombeau ^e/b^pitalier y mus Lequel ils se dérobent à « Tesdayage et à la honle d ayoir laissé trion^- (e pher les méchans. »

. 376 IIISTOIRF

1 7q4* ^^ décret d'accusation fut voté à Vunanimité, et tous détestaient une pareille mesure ^ à l'exception peut-être de yingt'-cinq députés.

Danton , dont l'incertitude était allée jusqu'à la faiblesse , qu'on avait même vu s'attendrir en songeant aux dangers de sa jeune épouse, ne montra plus que /de la résolution dès qu'il fut arrêté. Il se défît de l'espérance, afin d'être moins harcelé dans ses derniers momens; il sentait bien que ce n'était point un rival comme lui qu'on épargne, après l'avoir menacé. Il voulut aussi se mettre en garde contre les remords , et se fortifia contre sa conscience avec le matérialisme, sa doctrine immuable. Quels que fussent ses crimes, en se comparant avec Roberspierre , il se sentait encore de l'espèce humaine. Il se regar- . dait comme chargé de donner du courage aux amis qu'il venait (^'entraîner dans sa chute. Parmi ceux- ci , celui qui montrait le plus de mélancolie était Camille Desmoulins, sans doute parce qu'il était le plus près des remords. L'acte expiatoire qu'il venait de Eure sous le nom de vieux cordeUer, ne pouvait laver tontes les souillures du procureur^ général de la lanterne. Le nom de Roberspierre lui revenait sans cesse à la bouche; il

Jl

était confondu de sa perversité , comme s'il 1 794. venait de la découvrir seulement, m Ce Néron , <c disait - il , ne m'a jamais parlé avec tant a d'amitié que la veille de mon arrestation. »

Lacroix, d'une stature encore plus colossale que Danton j vicieux par nature et scélérat par compagnie , semblait venir d'un pajs étranger. En contemplant le nombre des prisonniers et les horreurs des prisons, ou eût dit qu'il n'avait été pour rien dans les mesures qui amenaient de pareils résultats. Ceci n'était peut-être pas hypocrisie de sa part; il y a des hommes abrutis , qui ne pensent jamais aux conséquences de leurs crimes tant qu'ils ne les ont pas sous les yeux.

Héraut de Séchelles paraissait ne songer nullement aux exemples donnés par ses pères, aux honorables fonctions qu'il avait remplies, aux heureuses prémices de sa carrière. La peur lui avait fait prendre du service dans^une troupe d'homnies révolutionnaires. Pour désavouer ce honteux mobile, il avait l'air d'honorer ses dangereux amis, et d'être fier de mourir avec eux.

Fabre-d'Églantine regrettait de s'être livré aux orages de la vie politique , et de n'avoir point assez cultivé un talent plus utile à sa re^

378 HISTOIUK

1794. nommée. Trois comédies qu'il avait données depuis la révolution avaient un peu éclairci la sombre nuit qui régnait alors sur notre théâtre. L'une de ces pièces surtout , qu'il avait bizarrement nommée le PhiUxUe de Molière , annonçait une grande vigueur d'observations.

Peut-être n'y a-t-il point eu depuis Molière, un plan plus largement tracé. Le stjie en est incorrect et dur^ mais souvent énergique. Cette pièce offre à l'esprit un phénomène attristant. L'auteur a su y tracer le beau idéal de l'honnête homme, et cet auteur^ quand même il n'aurait pas trempé dans les j^us sinistres complots de la révolutiop , eàt été encore déshonoré par d'insignes fiîponnepes« Fabre - d'Églantine avait une tète extrêmement féconde en canevas. Il avait terminé depuis peu une comédie intitulée T Orange de Malte ^ et qu'il disait préférable à son Philinte. Mais il copuaissait à l'atroce Billaud-Varenné des prétentions littéraires^ qu'avant la révolution il avait manifestées par des vers en l'honneur du roi et de la reine.

Fabre déclarait hautement que ce membre du Comité de salut public l'avait fait arrêter et le ferait périr pour s'emparer de cette comédie. On n'en a pas depuis trouvé lé manuscrit.

Chabot mantrait d^ns sa prison lagopie 1794.

d'un scélérat. %iivt - Jusit prélenâU que dans les inteiTc^atoires , Chabot avait càmpromis de9 députés îuculpés et ai^r^tés avec lui. On ne sait pas si Chabot ajouta cette turpitude à toutes celles de sa vie. Ce qu'il y a de certain , c'est qu'il paraissait insupportable à tous ses compagnons. Dans un accès de' frénésie , il tenta de se tuer , et ne réussit qu'à se causer les plus cruelles douleurs. Il renonça à ce dessein. .

Un personnagèt9a un ordre plus in^portant se trouvait amené sous le glaive révolution^ naire ; c^était le général Westermaii, qui avait dirigé l'attaque des rebelles au 10 août, avec autant de talent que d'intrépidité. Nous avons vu dépuis combien il s'était montré redoutable et funerte aux Vendéens. C'était lui qui avait allumé les pr«nières flammes de Fincendie dans une contrée si florissante ; c'était lui qui 9 après la déroute du Mans ^ s'était biaigné , c&mm0 k plaisir, dans le sang le plus gétisiéreux. La république lui deivait et sa nais>sanœ et sa conservation. On le punit dé son amitié pour Danton ; on le punit au sortir d'une victoire qui avïiit renverse les espérances des royalistes de l'intérieur. Saint-Just, dans son

1794. rapport I oublia de spécifier aucune accusation contre ce général. L'accusateur public , le tri- , bunal révolutionnaire ne se donnèrent pas non plus la peine d'expliquer pourquoi on le disait périr : on le traita comme un homme obscur qui fait nombre dans un supplice.

Le 5 avril , quinze jour^ après leur arrestation, ces députés furent traduits au tribunal révolutionnaire ^ et chacun d'eux , en y montant^ put se rappeler les paroles que leur avait adressées un député girqu^in, Boyer-Fon-^ frède. (c Vous le voulez cet exécrable tribunal; ce eh bien! décrétez-le donc, et puisse-t-il être u pour vous comme le fourneau de Phalaris, « qui consuma ses inventeurs! » Danton ne voyait parmi les juges que d'anciens valets de son pouvoir, d'anciens ministres de ses crimes. Son maintien était fier et menaçant , et tous ses compagnons voulurent s'y conformer. Voici quelques unes de leurs réponses dans le premier interrogatoire. « Ton âge. ... — Camille « répondit : J'ai l'âge de Jésus, trente-trois ans cr quand il mourut. » Danton : a Ma demeure ce sera bientôt dans le néant , et mon nom vous ce le trouverez au Panthéon de l'histoire. » •

Dès l'ouverture des débats, la scène deviut orageuse. Les trois athelètes du parti, Dan-

ton, Lacroix ^Héraut de Séchelles , ëleyaient 1794. la voix plus haut que les juges et les témoins, u Nous demandons , disaient-Us , à être conu fron tes avec nos accusateurs, Boberspierre , ' (( Saint- Just ^ Couthon et Binaud-^^Varenne. fi Nos réyélations étonneront le monde , la « nation les réclame , lé tribunal verra qui (( d'eux ou de nous doit occuper la place où « nous sommes. » Cette demande faisait Ijeau^ coup dé sensation sur le public^ soit parce qu'elle promettait un vifintérét à la curiosité , soit parce qu'on se familiarisait peu à l'idée de voir des royalistes dans de tels hommes.

Le tumulte devint extrême et se prolongea près de deux heures. Les Amar, les Yadier^ les Youland , qui écoutaient les débats dans une salle voisine , concertaient leur plan «>Jtec le président et l'accusateur public. Ils con* vinrent de présenter à la G)nvention les accusés comme dans un état de révolte. Ils parlèrent d'insultes faites aux juges. Saint-Just monta à la tribune^ établit le fait de rébellion , et demanda qu'il fut permis au tribunal de fermer les débats. Cette Montagne où siégeaient encore quelques amis et de nom- ^ breuses créatures de Panton, fut assez lâche pour rendre ce nouveau décret d'égorgement.

382 HIRTOIttE

1^04. Alors les gendarmes remplirent la salle, le public n'eut plus à s'exprimer que par de sourds murmures; et les juges forent con-^ vaincus sans ique les dëbats eussent été ou^ verts. Danton perdit l'espoir d'exciter un mouvement daâs le peuple , et se prépara à la mort avec toute l'intrépidité de son insouciance. La joie pleine d'ivresse que le public avail^laiontrée à l'exécution d'Hébert et de ses compagnons, fit place pour celle-ci à une morne stupeur. Les honnêtes gens sentaient qu'il n'y aurait plus de terme pour les supplices, et les révolutionnaires comprenaient qu'ils y seraient appelés pêle-mêle avec leurs ennemis. Danton et ses compagnons chan- Client des airs républicains. Quelquefois, de IfSfétA voile tonnantes , ils adressaient des pa-^ rôles aux spectateurs. On entendit Danton dire : (c Ma joie , en mourant , est de sentir «que j'entraine Roberspierre^ Le lâché, il «n'aurait eu que moi pour sauVeur. » Les circonstances de cette exécution furent telles , que pendant quatre mois ^ les tyrans du Comité de salut public n'osèrent plus égorger de député^ Montagnards. Ceux-ci reprirent des Sapt»iîce de forcës , cu voyaut qu'on les épargnait. «le Gobet, etc. P^u de jours après, le tribunal révolution-»

DE LA. COIïVfiJîrTÎOir «A^TIONALE. 383

naire condamna plusieurs des représentàns 1794 des fêtes dé Tathéisme y Chaumette ^ Gobet et quinze autres. L'arrivée de Chaumette dans les prisons valut encore un jour de bonheur aux suspects. L'un d'eux l'âpostrôpha ea lui faisant ainsi le commentaire de soti odieux réquisitoire : (r Je suis suspect ^ tu es suspect y il est (T suspect^ iious' sommeisl tous suspecta. » Il fiit à l'andiélice presque aussi stupide qu'Hé^ bert. Il n'y avait certainement point , parmi de tlils jtiges y un séîil tiomme qui n'eût pris sa part mt saturnales de la Raison y et deux mois après ils âffecftaiéiit d'en parler avec dégoût^ avec horreur : ils se montraient conv^inctis^ côinmé Rbberspierre, qu'elles avaient été l'effet d'ntie conspiration die l'étranger, afin de soulever tous les peuples contre la . république I au noîh des croyances religieuses. \h reprochèrent à l'ignoble Gobet , tout à l'heure évêique dé Paris, son apostasie. Celui-ci sentait trop tard qile rien n'égale le supplice d'un jprêtre qui meurt après avoir renié son Dieu.

Dans ces diverse^ exécutions révolutionnaires furent mêlés quelques hommes qui s^étaient fait une renommée secondaire par leurs crimes^ tek que le comédien Grainmont et son fils.

384 HISTOIItE

1794. Pour le malheur des prisoniùeFS et de la TXovahTWêeêYrancet ciuelques restes du paru d'Hébert

consuma— ' » ^ ^ »

tions ; exem. furent épargnés par le Comité de salut public. r4*e «t^^e C'était peut-étre ce qu'il y avait de plus infime réiigiiatioD. ^^^ j^ pj^ infime parti de la révolution,

ou se servit d'eux pour /abriquer ce que l'on a nommé^ conspirations des prisons. Leur premier soiu' fut d'accuser le général Arthur- DiUon, prisonnier depuis plusieurs mois^ et long-temps au secret, d'être le chef d'un complot dont le but était d'ouvrir violemmei)|fc les prisons de Paris , et de proclamer Louis XVII. Les quatre frères Dillon , d'une famille irlandaise^ depuis long-tem^ établie en France, étaient presque également remarquables par la noblesse de la taille et la beauté des traits. Deux d'entre eux suivirent le parti de la révolution, Arthur et Théobald; les autif'es montrèrent une fidélitétnviolable. Nous avons vu l'infortuné Théobald massacré par ses propres soldats , pour avoir voulu , dans la déroute de Mous , les ramener à l'ennemi. La perte d'un frère chéri n'avait point empêché Arthur de rester sous les étendards des amis de la révolution. La journée; du 10 août lui fit horreur, et son premier mouvement fut de suivre le parti de La^ Fayette. Mais Dumou-

1>E LA COWVEBîTÏOK NATIONALE. 385

rk2 lui fit rétracter promptement un ordre 1794. du jour, dans lequel il excitait ses soldats contre les vainqueurs des Tuileries. Arthur contribua beaucoup à la retraite de larme'e prussienne , par l'occupation et la défense habile d^ poste des Uèttas. Il signala dans d autres 0ccasaoi9^ sa brayoure , en conservant dans doute la pensée d'user, dès qu'il le pouirrait^ de sa gloire militaire pour le salut de la fanûUe royale. Il parait qu« le harem de Batz Goxnptait siur l'aplmi de ce général. L\in et l'autre s^étaient lies asses éÉroitemaat avec lé parti de Danton , «t surtout aiv^ee Camille Besmoulins.

Lm^sqiie Arthur lut ari'èlié , Canaille Desœoulina fut pour lui un courageux inter* cesseur ; mais: déjà il n'était plus bon qu'à perdre ceux pour lesquels il réclamait. Arthur ne pouvait survivre à son protecteur. Les fabricateurs de conspirations de prisons iniagi* lièrent de lui donner pour complices la jeune v^iive ùé Camille DesmbuUns et la veuve de rintànde Jiébevlp II ne se pouvait rien de plus choquant et de^ plus absurde qu^'u^n tel rapiprochement. Ces deux femmes ne devaientelles point partager Tinimitié mortelle qui s'était déclarée entre leurs maris ? Elles furent coudaimiées ainsi' (ju'Arthar-DiUoB à . périr

IL a5

1794. dans Vodieux cortège des Gbaumette , des Go* bet. on plaignit le sort de la veuve de Dèsmoulins. Elle avait eu la gloire de faire rentrer rhnmanité dans le cœur de son mari. Elle joignait aux avantages de la jeunesse et de la beauté y le don de s'exprimer avec grâce et avec force. Les jacobins avaient craint en elle une nouvelle Charlotte Corday.

Les massacres juridiques allaient toujours s'accélérant , sans être pourtant arrivés au dernier terme de leur progression. On ne voulait plusT>ffrir à la sanglante divinité du jour que de grandes masses de victimes. Quelquefois on les assemblait au hasard ; (quelquefois on les choisissait d'une même province, d'une même

) ville, d'une même famille, ou d'une même

profession. Deux ou trois heures de débats suffisaient pour juger trente ou quarante accusés. La parole était aussi promptement retirée aux défenseurs officieux qu'aux accusés eux-mêmes. Encore le tribunal se plaignait-il d'être ralenti par une formalité qu'il avait rendue si complètement dérisoire.

Ainsi avait péri le marquis Désiles, au milieu de ses gendres , de ses filles et de ses nobles amis. ( J'ai parlé ailleurs de leur supplice. ) Tel fut le sort de ces administrateurs

et municipaux de Sedan , quî après le loaoùt avaient refusé de se soumettre à la loi des vainqueurs y et avaient fait arrêter les commissaires de l'Assemblée législative. Le départ subit et forcé de Lafayette et de ses amis les ^vait livrés sans défense à la colère des hommes du ip août. Dietrich, maire de Stras-i bourg, à la rtiéme époque, avaîttenu la même conduite. 11 fut condamné; en mourant, i^ recominanda à son fils' de ne songer jamais k lé venger; Le prince de Br6glie> fils du vieux? et illustre maréchal de ce nom, mourut loin dès veux de son père. C'était lui qui avait entraîné fe maite.de Strasbourg k braver leîs ordres de l'Assemblée législative , après le i o août. Lorsqu'on vint lui "annonèer qu'il était envoyé à ce tribunal d'où le retour était impossible, il écoutait une comédie du poète Vigée, son compagnon d'infortuné. Son sangfroid fut tel qu'il put lui dire: « Continuez,

« mon ami ; ils me laisseront encore bien

(c le loisir de vous écouter jusqu'à la fin. »

Peu de meurtres parurent plus odieux , même à la» multitude, que celui des jwincîpaux habitahs d'Orléans , qu'on accusait d'avoir tenté d'assassiner le représentant du peuple Bourdon de l'Oise. Malgré tous les efforts

388 uisToius

ij794, 4p^ juges > Iç^ 4ét^ts ay^ieat prouy^ qu'eu^ç ^leols^v^ieqt ^qbj Ipg^ prpvQçatiqxi^ du bw^ bfirfi piTûCQqçpK JJn gran4 t\<;>^i\irq. des fonçtioQEiaires, dç$ habitans d^s villes de Metz^ deÇlanieayi de Coulomniîei?s; fûrp^^ç cjmi^ damnas pçi^r d^s actes d'h^tn^té o^ à^'hqsr

ï^rroi le^ pçmbeu^^s.yicûwç^ .de la yiHf dje yçFdHD f il y ev^\, daujsçfj jejine^ femi^ies 0^ j^viftjçç 6l|es, accys^s d>iWF r.dft^M ^ P« ^l ^9Wi par.>s|^irusgiensi. Ik^s qow^ de leur Hi^lheur, en. IçSi ^py;aqt entrer d^r^ Içs prisQp^i n ayaîiçnt pu ^ç per^u^df^ que Ift barbfiriç, f^vplutîpnnaire ^l^t jp/sqq a pui^ir ds(| P9ort çç futile d^jlit- Chaqif^ les sùniaît, p^rç^ q^'e^lf sr jpign^iiçnt |ap)u^, pure modestie au:?: à}>^^ df^> )fi jeune^çp e^ dç 1^ b^utë. j^or^r qu^glJeç.. fupepli (^ppe^eiçs pqijr le^sanglf^t; trjh\m?^ % la cçiijir çk peuvent ellt^ vf;uaie^t sf proTïï^er et jquppqgfitq4qfopi3, parut, ^iya^t }'e:|cpre8sion de. M- Kpuffe , ^n pç^rterre, dér gam^es^^sjl^r:^, I^'int^etqupleur ^çpqdfit n^itrp, jusque 4fqs un s^uditpii^e prévue tput cpuapps^ de ^^t^ïlil^i^ du tribHHftl,,âit ewcor^ accru p^p l'einprQssepaent e|; inerpe l'adressa avec lesquels chacune |i'el|e$L tacfaf^it de prendre ^ur SQ^ tpute la faut?^, d'attirer sur spi

3>E LA COWVÉ1*tlOtr NATIONALE. 389

toute la peiné. Lés jugea eurent plusieurs fois 1794besoin de s'exciter enti'e eux par .ces mots : fcQue dira Robferspierre ? Que dira Billaud-^ u Varenhe?)) Enfin ils prononcèretit la fatale sétitenee. Les deux plus jeunes, qui n'avaient pas Seize ans, furent seules afFratithies du sup* plice, et condamnées h vingt ans dé détention. Le peuple , àecouru pour voir tes victimes parées de blanc, tle pouvait, en les contemplant, retenir ses larmes. Ces spectateiirs dans leur lâche et înctii^able patience , se croyaient eu^ cbre bons, pardè qu'ils pleuraient quelquefois k une exécution , comme cm pleure à une tra* gëdie.

Huit religieuses de Conipiègne offrirent k ce mêmé^ peuple un spectacle dôtit il ne sut pas asset cotnprendre la sublimité. Elles étaient détenues depuis long-temps, pour avoir conservé dans leur àôcîété intimé et dans l'ôbscurite d'une solitude volontaire, les statuts de leur ordre. On les interrogea tfabotd dans la maison de Port-Royal , qui avait reçu le non* de Port-Libre^ depuis qu'elle était devenue une prison. Plusieurs de leurs réponses confondiren-t les commissaires et firent l'admi-' ration des détenus, w Vous n'aVeà cessé de «mener la vie religieuse.' •^—Vbs l6îs défen-

âgO HISTOIRE

'794- M deal-elies la solitude , lamitië, le recueille* fc menti les prières, les bonnes œuvres? en « ce cas nous sommes coupables envers « vos lois; toute notre crainte est de violer a celles du ciel. — Vous êtes des fanatiques. — ' « Les fanatiques égorgent et tuent ; nous « prions pour nos ennemis. — Il n'est qu'un « seul moyen de vous sauver, c'est de dé- « clarer que vous faites à la patrie le sacri- « fice de votre pension;* -*- Ndus ne le pouce vous; cette pension nous est légitimement « due f elle est nécessaire à notre existence. H — Vous serez déportées. — - En quelque «, lieu que ce soit nous prierons. —Où voulez- « vous être déportées? — Où il y a le .plus « de malheureux à consoler ; mais nous n'en « trouverons nulle part autant qu'en France^ « autant que dans cette maison. — Quand «< on reste ici, c'est pour mourir. -^ Nous «mourrons. » Le tribunal révolutionnaire se hâta de faire comparaître des Janatiques aussi dangereuses. Leurs réponses furent de la même sainteté , de la même éloquence. Quand elles entendirent leur arrêt de mort, elles levèrent les yeux au ciel, avec un air de douceur et de triomphe. En montant sur la fatale charrette, la su-.

DE LA COWVEWTIOir NATIONALE. Sgî

périeure entonna l'hymne à la Vierge ^ Sahe 1 794. regina cœli. Chacune d'elles en répéta les ;versets à sod tour. D'abord les spectateurs accoutumés de ces exécutions riaient aux éclats, et insultaient à ces nonesj à ces béguines. Les chants continuèrent; ce peuple était pour ces saintes femmes comme s'il n'existait pas. Le silence s'établit par degrés ; la nouveauté du spectacle doubla le nombre des spectateurs. Il y en eut peu qui ne fussent saisis de res^ ^ pect et d'admiration, lorsqu'on entendit ce même chant continuer au pied de l'échaÊiud, et durant l'exécution même. La supérieure fut frappée la dernière , et la dernière salua dans son hymne , la Vierge sainte qui avait déjk reçu l'àme de ses sœurs.

Il n'était point donné aux femtnes d'exercer sur le cœur des juges du tribunal révolutionnaire l'empire qu'elles avaient pu exercer sur les assassiqs du 2 septembre. Plus de père , plus de frère y plus d'époux qu'elles pussent sauver; il ne leur restait plus que d'obtenir la mort à côté de leur père , de leur frère ou de leur époux. Elles furent souvent sublimes dans leur désespoir, comme elles avaient py l'être auparavant dans une courageuse ialercession.

1794. Le tribunal s'était sarsi de M. Delayergne , Gommandant de Longwi : sa femme avait ^cherché tous les moyens de sauver une victime si certainement dévouée à la mort. Elle a la force d'assister au jugement; elle entend prononcer la condamnation de son mari y elle n'a plus d'autre pensée que de le suivre a l'échafaud. Quelle stupeur! quel effroi dan$ l'assemblée! on a entendu prononcer d'une voix ferme le cri de vive le roi ! Chacun tremble d'être dénoncé conime le coupable : chacun, pour éviter la mort,, affecte de frémir d'horreur. Le même cri est répété ; c'est une jeune et belle femme qui l'a proféré ; elle s'avance , elle se livre avec joie et d'un air de triomphe aux satellites, aux bourreaux qui vont la joindre à ison époux. Ses vœux sont remplis. En vain son malheureux mari s'écrie qu'on doit pardonner un moment d'égarement à une épouse désespérée , que ce cri n*a été pour elle que le vœu de la mort, et ne peut être regardé comme l'expression de ses sentimens; madame Delavergne prend plaisir à confirmer son crime , à s'assurer de son supplice ; elle fait à ses juges la seule prière qui puisse les trouver faciles, elle reçoit sa condamnation. Les âmes qui voulaient s'exer-

DE LA COlSrVElfTION NATIONALE. SqS

cer nvfx morts èourageuses , tinrent cpntem* 1 794. plet cette héroïne de l'amour conjugal. Son dévoilement s embellissait encore par âa jeu- B^sse et les cheveux blancs de son époux.

Cette nouvelle Arrie fut frappée la première | elle semblait dire à son époux : Ce fer ne fait point de mal*

L'amitié fraternelle^ peu de jours après , fut capable du même dévouement. Le libraire Gattey venait d'être condamné à mort : sa soeur l'apprend , elle court au tribunal^ craint de ne plus trouver les juges assemblés, pénètre jusqu'à la barre » et s'éorie trois fois vive le nd! Une sœur qui court à la mort pour aeconti* pagner son frère, parut plus surprendre qu'émouvoir les juges ; on les entendit murmurer le mot Ae fanatique. Une autre femme , la veuve Quétineau y k qui le tribunal révolution*naire venait d'arracher son nlari , ne put ar-*^ river à temps pour provoquer sa condamna* tion de la même manière. Elle écrivit à Fou'^ quier-ThinvîUe une lettre où, après avoir accablé d'imprécations le monstre , elle lui demandait la mort ; elle Tobtint.

Il est à remarquer que dans ces dévoilement si répétés des femmes^ l'amour fit des prodiges moins éelatans que l'amour conjugal et tous

394 ursToinB

1794. les sentimens de famille : ainsi jusque dans l'héroïsme , la pudeur gardait ses droits. Dans un intervalle de quatre mois , douze cents femmes , à Paris , montèrent à récha&ud. Le délit qui en fit condamner le plus grand nombre , c était l'hospitalité donnée à des prêtres^ à des émigrés, et de courageuses paroles d'indignation.

Une seule femme , lorsqu'elle fut conduite au supplice , montra les plus affreuses convulsions de la peur. C'était cette madame Dubarry , que le honteux caprice d'un monarque énervé éleva si près d'un trône qui, déjà sourdement miné, ne pouvait plus être impunément avili. Cette favorite , pendant son déplorable crédit, ne manifesta aucun esprit de vengeance, même contre les femmes qui l'avaient humiliée. Elle abusa ixioins qu'on ne le craignait des prodigalités de son royal amant , et sortit de la cour avec des manières nobles et décentes qu'elle n'y avait point apportées. Elle avait complètement cessé de rappeler par son élocution , l'abjection de sa naissance et les impures liaisons de sa jeunesse. Dans sa délicieuse retraite de Lucienne, elle exerçait cette bienfaisance qui, depuis Louis XVI, était la vertu du jour, sans avoir

Dis LA CONVKIÏTION NATIOWALE. 3^5

la mobilité d une mode. Sa beauté avait peu ressenti les outrages du temps. Comme el]ie avait inspiré soit une passion vive^ soit une amitié tendre au brillant et infortuné duc de BrissaCy on peut présumer qu'elle partageait l'horreur dont ce loyal chevalier pétait animé contre une révolution sanguinaire.

Au moment même où il allait tomber sous les haches des assassins^ près de Torangerie de Versailles , il lui avait envoyé fugitivement un message à son pavillon de Lucienne ^ pour 1^ conjurer de fuir et de se retirer en Angleterre. ApK'ès avoir éprouvé dans la mort d'un si noble ami le plus grand des malheurs y il lui en survint un d'une nature moins poignante; une grande somme d'argent et des diamans lui furent volés. Elle apprit que les voleurs s'étaient retirés à Londres : elle obtint un passe-port pour aller les poursuivre, et, trop préoccupée de la crainte de perdre une grande partie de ses biens, elle revint pour sauver le reste de sa fortune. Elle fut arrêtée presque aussitôt après son retour, et traduite au tribunal révolutionnaire. Son voyage fournissait contre elle un texte pour supposer des intelligences avec les émigrés, avec le cabinet de Londres. On lui reprochait en outre d'avoir

1 794- poclé , dans éette vîHe , lé dèuîl de Louis XVt. Soumise à une épreuve trop forte pour son courage, ietonnée d'être appelée k pârtâgef les périls de la grandeur dont elle avait si long-lemps savouré les délices, elle se vît Comme subitement dépouillée de toute la dignité extérieure qu'elle avait reçue de sa fortune.- Quand elle entendit sa condandnàtion , elle tomba aux pieds des j uges, avec des larmes, des sanglots , des supplications , des promesses qu'on entendit pour la première fois sdus ces terribles voûtes. Montée sur la fatale cliarrette , elle jeta pendant tout le trajet des cris si perçans, que les spectateurs se sentaient émus , déchirés , couraient çà e t là , et n'osaient plus s'approcher du supplice. Ainsi le désespoir abject d'une femme faible et long-temps méprisée , arrachait une pitié qu'éyeilUifc k peine tout ce que la vertu a de plus céleste , tout ce que le malheur a de plus déchirant. Lés tyrans s'aperçurent de cette impression , et s*applaudirent de trouver dans le courage ordinaire à leurs victimes , les moyens de suivre et d'accélérer le cours de leurs barbaries , sans fatiguer les organes du peuple.

Dans ces listes funèbres que l'histoire me force à parcourir, je tenéontre bientôt le nom

DE LA CONVpWTIOJt NATIONALE. 397

d'une dame ^ npble adversaire de m^idaniQ Pu- 1 794b^rry^ Iç nqrn. de |a sœiu» altière du dup de Cboiseyl, de cetfe duchesse de Gr^iximont q^ui réusçit- à i^Qul^ver contre le choix ig^o-^ iiiiniem^ d'uJQ pîpn,arqfje, une cour trop ba-^ bituée à de grande df^$ordres* Son qpm bi^tQriqup ç'ç^f dpjà reproduit d?ns mon récit, 9 |a çat^Jrophç.dp |o fout^ Ce £vit elle qui, ^près avoir p^rt^g^ lç.9 périU de cette nuit twrîble, ^t le |fiTî4em?J» pa^er à I4 rçipe^ d^pouiHëe, de. tflHt>4?g vêl^inçnsi et le Jip^Q dop^^lje pnbsprçerviy d^ns wn^ Iqpgg^ Wp!^" Tf jtéf <^jJ;^lç?'09ns.qHi ne pçuya^ifRj^être.oflfexts,'

1^ pl^^ ^i^gp^y^me^ Ep,fîffgti (^ç, fut.pQvir cç çf iq[^p qu ql}^ fut t^a^vi^te av; lyibi^f 1. £;ile nç d?3«y^u% BPÎH!^ çfi ,bpaii d^Ut^ : ji>?ii> Mpa fç\lç

p^^ d>ntr^^'gq^ 4^ cq ftqwrfi 4 lui. r^gvpr chf^f^fiï}^ J^ ^y^^fl^^^u^^ W disant. : u ^fijW ? »?<îbfiffirft^,RpiqJ,fPf XfS PSK^MI» ^n^n^ng^, ^ Pafffflj ïe^^qçvs^aqHi^flçJourlp,cçiWpariiis^^ saient avec elb^ f.t^ipiit.|^ y^HV^ dH,,4«(; J^^

mois ou deux avant le 10 août, lorsqi^^l^i^i^te. civilfiçtai^^jl9is4ç^,çt^qu^l^ft]çç(îfl^^

4oO lIISTOfJtE

1794. (c vieillard y j'ai monté à l'assaut pour mon ir roi ; à quatre-vingts ans , je monterai snr « l'écha&ud pour lui. »

Deux vieux ministres de LouisXV, dont l'administration avait obtenu les suffr^es da parti philosophique, M. de Machault et M. de Laverdi , célèbres , l'un par L'édi t qui avait sévèrement borné le$ a4îqi|isitions d^s geps de main morte, et l'autre par le premier édit qui établit la libre $ortie de^ grains^; furent amenés dans les prisons de P^rîsr. Af . de Macbf oh y mourut à l'àg^ de près^ d{: quatre*vingt-dî^ ans. M. de Là verdi fut condamné par le tribuiial, comme ix^nvai'ncu d'avoir fait pourrir d^ grains pour ^ffÎMi^^r le peuple, i^a vérité éfiait que le vent avâi^ fait valei^ dan^ ^n étang q.uelq|iiea épis d'<Hie npk^ule dispersée. Peu de tepips^ après ^ oaadaine de Maf bo^uf ^ veuve du guerriier qui ay^t commandé d^ns la Corse , fi^t condamnée parce qu'uni de $es ferp^iiers avait seoié dans une ter r^ l4botirabW> c.etjte li^a^rp^ qiue.roa considère cOmm^ la plus iofiiportAUte amélioration de notre à^culturp*

M. de la Tour^Ju-Bn, fiJts de M. de Couver net,- et M* le d!u(c: de. Bi^thMne-^Qiarost, âgé de vingt' trois ans y furJent«ç;oi|damués pour des actions honorablets* iàvec eM¥ périt

DE LA CONVENTION NATIONALE. 4ot

le duc de Villeroi, qui, possesseur d'une 1^0^, immense jfortune , n'avait attaché son nom à aucun fait historique; et ce comte d'Estaing qui, brave mais irrésolu dans ses vœux politiques, ne sut rien ajouter, pendant la révolution, à une célébrité acquise par.de glorieux faits d'armes ; il les rappela devant le tribunal, et même avec un peu d'orgueil :

<(. Quand vous aurez fait tomber ma tête , « dit-il , envoyez-la aux Anglais ; ils vous la « paieront bien cher. »

La fermeté de ces illustres accusés fut siir- Condampassée par celle de M. Angrand d'Allerai, lieu- grllTd nom" tenant civil au cbàtelet de Paris. Comme ses ^f^^^^^^^^^ parensetsesan^is espéraient encore que le tribunal pourrait respecter son grand âge et sa haute renommée de vertu, ils le conjurèrent de désavouer une correspondance qu'il avait entretenue avec son fils (émigré, et dont il n'existait point de traces. « Non ,' répondit ce « magistrat , je ne souillerai point par un ce mensonge les restes d'une vie que j'ai n voulu rendre chrétienne. » Il fit donc au tribunal les aveux qu'on lui demandait, (c Ne <c connaissiez -vous pas les lois qui défendent « sous peine de mort de correspondre avec ce les émigrés, et de leur envoyer des secours?»

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