LIVRE SIXIÈME
(jette ville, que sa position rendait le grand ÉtatdeLyou marché des Gaules, fut le centre dé la civî-mêStdeirré^ lisation que les Romains voulurent répandre ^°^"*'°°' dans la plus précieuse de leurs conquêtes.
Elle est un témoignage du génie administratif d'Auguste, qui fonda la plus puissante des colonies romaines sur les hauteurs qui domine|it le majestueux confluent du Rhône et de la Saône; site riant et fertile, également propre aux expériences de l'agriculture , aux besoins du commerce et aux inspirations des beaux-arts. Il fallut gratifier cette colonie de privilèges municipaux d une grande étendue.
Lyon répondit si bien et si rapidement aux vues d'Auguste , que ses plus féroces successeurs , les Tibère , les Caligula , les Claude , se firent une loi de maintenir et d'augmenter ces privilèges. *
* Caligula porta son extravagante férocité jus<{ue dans les rëglemens qu'il donna à l'Académie de Lyon. On sait à quelles peines il condamnait les rhéteurs mal halnles. On a trouvé dans cette ville , et l'on y liioDtre encore sur des tables de bronze le texte de- la
-86 ÔISTOfAE
1 7g3. Elle comptait déjà une population de quatre* vingt mille âmes et nombre d*établissemens somptueux, lorsqu\m incendie la dévora toute entière sous le règne de Néron , qui la fit rebâtir avec autant de célérité que de magnificence. Le christianisme trouva , dès le commencement du second siècle , mille facilités à s'introduire dans une ville où une florissante et laborieuse académie avait éveillé le goût des méditations fortes. Lyon fut rougie du sang des martyrs qu'elle produisit en foule ; mais ce sang ne fut pas perdu pour la foi , et Lyon conquît une suprématie religieuse qui répandit sur l'universalité des Gaules la lumière nouvelle. Les barbares signalèrent leur fureur contre la cité chérie des Romains. De toutes les villes de France, ce fut celle qui eut le plus à souf-
barangae qne l'empereur Glaade prononça pour faire admettre les principaux kabitans de la Gaule , et particuliërement les Éduens , au titre ëminent de sénateurs. Tacite a cite cette harangue avec complaisance. Mais on voit que cet historien c'a guère respecte que le fonds des pensées , et qu'il en a beaucoup embelli et fortifié le style. •
En écrivant l'histoire de la révolution française^ nous rencontrons bien des discours dont le texte littéral ne pourrait se reproduire sans une extrême fatigue pour les lecteurs.
DE LA CONVEITTIOW WATIOITALE. 87
frir de leurs incendies ; mais elle était prompte 1 793. à réparer ses ruines. Je ne suivrai point la vicissitude de ses destinées sous les deux premières races de nos rois, ni pendant les temps féodaux. Dès que lanarchie de ces temps fut domptée par le génie des rois Capétiens, Lyon qui , à la suite de maint désastre» était descendue des hauteurs pour se placer sur les rives d'un fleuve impétueux et d'une rivière agréable et fertile dans son cours , se voua au commerce et à l'industrie. On eut dit au sein de la France une de ces villes anséatiques qui, douées également de l'esprit politique et de l'esprit commercial , «avaient échapper à toutes les tyrannies, en se conciliant le respect et l'amitié de leurs pu^ssans voisins. L'Italie, lui donna des leçons, et les Médicis fondèrent dans ses murs des comptoirs et des ateliers. Les guerres civiles vinrent troubler et cette prospérité et cette sagesse. Cette ville"^ où l'exaltation religieuse s'était maintenue même à c6té des occupations les plus paisibles, fut livrée à d'épouvantables fureurs. La Saint-Barthélemi y fut répétée avec des horreurs qui ont fait tomber ma plume dans un ouvrage où j'avais à les décrire.
Quand la plus belle des administrations corn*
8^ niSTOIRE
1793. mença, celle de Henri IV et de Sitlljr, Lyon^ protégée dans son industrie avec plus d'affection encore par le roi que par le ministre, tint un rang distingué entre les villes les plus florissantes par leur commerce^ mais il lui fallait la magnificence dès temps de Louis XIV, l'activité de ce monarque, les soins actifs, nobles et vigilans de Colbert, pour qu'elle pût déployer toutes les pompés et les merveilles dé ses soieries. La prospérité de Lyoa se maintint sous Louis XV; et quoique , sous Louis XVI, la mobilité des modes et cette anglomanie qui, dans son fougueux vertige, ne respectait pas l'industrie nationale, eussent un peu contrarié le commerce de Lyon, elle augmentait toujours ses exportationis a rétranger. D'immenses capitaux circulaient dans cette ville peuplée de cent dix ou de cent vingt mille âmes. Elle reçut la révolution avec trop peu d'alarmes, mais sans enthousiasme.
Les commerçans n'avaient peut-être pas vu sans quelque joie le dépit de la no^^lesse qui se piqua d'être immobile dans son royalisme.
Mais ces deux classes, quoique divisées par des prétentions de vanité, conservaient une même fidélité dans le sentiment religieux, «t. cet a.mour de l'ordre qui fiait à la fois la ri--
chesse et la vertu des villes industrieuses. Dès 1793. que Lyon eut une garde nationale, le premier soîa des jeunes gens armés fut de marcher contre les brigands et les paysans barbares qui brûlaient les châteaux dans le Dauphîné; ils les dispersèrent et ne cédèrent à aucune ardeur de vengeance. *
Roland, qu'un emploi retenait alors à Lyon, ne pouvait ,, malgré l'éloquence de sa femme, y faire que pAi de prosélytes à ses principes républicains. Quand il parvint 'au pouvoir, il les fit placer dans les fonctions municipales. Mais la société des jacobins s'oc« cupaifincessamment de perVertir la seconde ville du royaume, et de contenir par elle le Midi qui tendait à lui échapper.
Lyon, vers 1791 ; semblait étrangère à la opprcsâîo»
/ I . , , • » 11 1 ^* hyon sous
révolution; c était un torrent qu elle ne cher- Châiier. chait pas à détourner, mais qui l'entraînait peu. Cette ville avait un peuple d'ouvriers que la révolu tion'laissait inactifs ou peu occupés; c'était un puissant levier entre les mains de ces démagogues. Parmi ceux-ci figurait un scélérat nommé Châiier, à qui l'empire de Lyon était promis par les jacobins, et qui prenait le titre de Marat du Midi. IL était né dans le Piémont. Il parut dans sa jeunesse à Lyon