X^O HISTOIRE
1793. voici des horreurs qu'aucune proscriplioa n'avait eucore montrées. .
a Je m'indigne , dit Collot*d'Herbois à ses r< satellites , de ce que la vengeance de la patrie « soit ainsi morne et silencieuse; c'est à coups u de foudre qu'elle doit frapper ses ennemis. »
La place des Brotteanx est disposée pour un nouveau genre de supplice. Soixante^neuf individus de tout se^e et de tout âge y sont conduits, attachés deux à deux. ColIot-d'Herbois donne le signal . U part une décharge de canons à mitraille : peu de victimes ont obtenu la mort ; les autres , déchirés , mutilés , poussent les plus lamentables cris. Des coups de fusils sont tirés sans interruption. Un grand nombre de ces malheureux ont reçu de nouvelles blessures , mais pas epcore la mort. Ils l'appellent de tout ce qu'il leur reste de forces : jiches^eznous ! ah! paripUié^ achetez-nous!
X^s soldats, des soldats français! ah Dieu!
s'élancent le sabre ou la baïonnette àla main, et y suivant que plus ou moins de pitié les inspire , ils donnent une mort plus ou moins sûre ! Enfin il ne reste plus que des cadavres. Les cadavres sont encore l'objet de cette -insatiable barbarie : ils ne seront point inhuniés. Qa les jette dans le Rh6ne.
3)E LA COWVEKTIOÎr NATION ALE, Jai
Et le lendemain Collot-d'Herbois recom* 1793. mence. Il accroît et le nombre des condamnes et même la durée de cette épouvantable agonie. Us étaient deux cent neuf. Un d'eux s'était échappé. Quand le carnage a fini , Ton compte deux cent dix cadavres. On avait attaché , par méprise^ deux commissionnaires de la prison avec les prisonniers. Leurs plaintes , leurs cris n'avaient pas été entendus. CpUotd'Herbois , présent a ce spectacle , aperçut un soldat qui, vaincu par l'horreur^ ne pouvait, n'osait tirer. Il lui arrache son arme : .Poilà, lui dit -il, comment tire un républi"
cain Eh! que serait-* ce donc si nous
entendions maintenant le monstre vanter au Comité de salut public ses plaisirs infernaux^ insulter ii ceux des bourreaux ses collègues, qliî n'ont eu encore recours qu'à un supplice monotone et sans effet? de fut Barrëre qui annonça à la Convention le triomphe de la mort. Les cadavres des Lyonnais rehellesy ajouta-t-il, iront ^ portes parle Rhône, apprendre aux perfides Toulonnais le sort qui les attend. Le fleuve en rejeta un grand nombre sur ses bords. La crainte de la contagion força enfin CoUot - d'Herbois à leur donner
une sépulture^ ^ i
1793. « Apres cinq mois, les victimes manquèrent à CoUot-d'Herbois, Près de six mille per-, , sonnes avaient péri. On comptait sur les fatales listes les citoyens les plus utiles , les plus recommandables , et parmi ceux-ci, Tingënieitr Morand qui avait donné son nom à un pont hardi jeté sur le Rhône, 11 avait longtemps et avec succès défendu son. ouvrage contre une entreprise de Dubois-Crancé , qui Uvait voulu le faire sauter à Taide d'une machine nommée irifemaJe. Un particulier fut condamné à mort pour avoir dit qu'il donnerait cinq cent mille francs pour faire rebâtir THôtel-Dieu , que Dubois-Crancé avait £aît bombarder. L'évêque constitutionnel de Lyon, Lamourette» fut décapité à Paris. Nous avons eu occasion de parler de lui dans l'histoire de l'Assemblée législative. L'abbé Rozier, savant modeste et vertueux , qui avait voué sa vie au peipfectionnement de l'agriculture ^ fut tué diirant le siège par l'éclat d'une bombe. Un de nos littérateurs les plus distingués, M. de Fontanes, put sortir de Lyon après le siège : il dut son saluty celui de sa femme, d^son enfant, à des traits de présence d'esprit qui ont été malheureusement trop rares chez des milliers de proscrits, dont la terreur suspendai#toutes les facultés.
DE LA. COirVOTTIOir NATIONALE. 123
En quittant cette ville jonchée de ruines et 1798. de cadavres., je n'ose encore revenir à Paris , où des scènes aussi atroces m'attendent , où bientôt il nous faudra contempler le supplice de la reine , plus affreux encore que celui de son époux. J'aime mieux revenir sur le théâtre de la fidélité et des vertus religieuses et chevaleresques.
J'ai laissé nos braves Vendéens triomphans Angenoavre à Saumur. De cette ville , qui les rend mai- vendéens. très du cours de la Loire , ils fondent sur Angers , ville beaucoup plus considérable. Une telle terreur y régnait , que deux jeunes royalistes téméraires avec éclat furent sur le point de s'en emparer^ même avant que l'armée vendéenne se fut mise en marche. Elle ou- ' vrit ses portes. Ce fut là que deux nouveaux héros vinrent se ranger sous ce glorieux étendard ; c'étaient le prince Talmont de la Trémouille^et le comte d'Auticham'p^ neveu du sauveur de Maêstricht. Tout commençait à prendre une forme plus régulière. On venait d'élire un généralissime. Les Lescure, les Bonchamp , les Larochejacquelein , les d'£l^ bée, les Beauvolliers , tous les chefs enfin avaient d'une commune voix déféré cet honneur^ au paysan Gathelineau. Il s'en fallait de
1 24 HISTÔIBE
1793. ^ beaucoup que le salut de larraée fut cottipromis par cette nomination. Cathelineau joignait de véritables inspirations du génie mi* ^ litaire au souvenir de ses premiers exploits ^ à Tascendant que lui donnaient ses vertus^ sa gaité^ sa franchise, sa sainteté.
On hésitait sur le choix des expéditions qui allaient couronner de si brillans succès. Malheureusement on ne pouvait , a Tapproche des moissons, éloigner pour long -temps des champs paternels cette armée de cultivateurs. Elle devait d ailleurs perdre de sa force , en^ quittant les lieux difficiles d'où elle tirait un si habile avantage. Ces chefs qui avaient combattu pour leur roi , au j o août , au milieu des victoires dont eux-mêmes avaient la modestie de s'étonner^ pleuraient de douleur et de rage, en songeant qu'il ne leur était pas encore permis d'aller briser les fers de cet enfant-roi , dont le nom se lisait^ur leurs drapeaux, se mèlaiià tous leurs cris. Ah! quel serait leur supplice , si , le lendemain d'un nouveau succès , ils apprenaient la mort des s augustes princesses dont les vertus, rendues plus touchantes par leur beauté , et plus sublimes encore par leur malheur, occupaient perpétuellement leur pensée !
D£ LA. CONVENTION NAT]^ONAL£. Jl9
L'armée royaliste du Bas^Poitou, et son 1793^ cënéral Chaf ette , appelaient à grands cris L'armée ▼«»-
«> ^ ^ ' *^* '^ d^enne atU-«
lartnée victorieuse d'Anjou à l'attaque de q«« N«p*«» jNantes. Cb^rette avait en enet a soutenir les Juin. efforts constans et même valeureux de cette grande ville qui, toute vouée aux Girondins, se piquait y eu combattant la Montagne, de prouver sa fidélité à la république. Deux généraux qu'on savait attacbés à ce parti , Cau-» daux et Beysser, dirigeaient contre les roya*-^ listes les troupes nantaises appuyées par quel-* ques régimens de ligne. Charette se trouvait ainsi engagé dans des combats perpétuels qui l'avaient empêché le plus souvent de prendre part aux triomphes de l'armée angevine. Entre les chefs de l'armée royaliste nul n'avait un caractère plus indomptable , et peut-être depuis l'amiral Coligny, nul homme ne fut d'une trempe plus forte pour soutenir les terribles . épreuves de la guerre civile. Ce qui rendait sa position plus pénible , c'est que dans son armée il se trouvait non seulement des paysans, mais des citadins disposés à la> vengeance et à la cruauté» Un premier massacre avait eu lieu à Machecoul , avant que Charette eût accepté le commandement de cette armée.
Cette malheureuse ville était destinée à être
1793* ^^^^^ ^^^^ encore le théâtre de massacres plus odlenx même que le premier. Mais il est aujourd'hui prouvé que Charette était absent pendant ces divers actes de barbarie qui coûtèrent la vie k quatre ou cinq cents victimes; qu'il en témoigna la plus violente indignation ; qu'il faut en accuser les administrateurs royalistes de cette ville , et particulièrement un nommé Souches^ dont Fauteur de la Vie de Charette trace un portrait affreux; enfin que Charette^ dans ses actes personnels, prit un grand soin de la vie des prisonniers y en exceptant ceux qui avaient eux-mêmes contribué au massacre de ses soldats. Plu^eurs fois il perdit et reprit Machecoul, Pornîc et nie de Noirmoutier. Souvent ses avantpostes avaient pénétré jusqu'aux faubourgs de Nantes. Réduit à ses propres forces , il ne pouvait's'emparer de cette ville dont la population était dix fois supérieure à son armée , et qui d'ailleurs craignait de voir arriver dans ses murs le féroce comité de Machecoul. '
Le 29 juin était le jour convenu pour l'attaque d'une si importante cité. 11 fit , ce jourlà, une des plus fortes chaleurs du siècle.
L armée angevine éprouva du retard dans sa marche. La veille, M. d'Elbée, fuu de seiS
chefs, s'était arrêté pour attaquer un poste 1793. retranché dans une bourgade , et qui opposa dix heures de résistance. Charette encore seul^ et fidèle à ses engagemens , commença à deux heures du matin l'attaque avec ardeur. Les généraux nantais n'ayant a se défendre que d'un seul côté, prirent leurs mesures en bon ordre. L'armée d'Anjou , forte seuleixient alors de huit mille hommc;^ , et commandée par Gathelineau , n'arriva qu'à huit heures du matin. Malgré d'intolérables fatigues , le péril lui rendit son ardeur accoutumée. Déjà l'on était maître des faubourgs.
Tout semblait répondre aux yœux du bouillant Catheliueau , lorsqu'il fut atteint d'une balle qui lui perça le bras et s'arrêta dans sa poitrine. Fleuriot et plusieurs autres officiers également blessés avaient été transportés hors du champ de bataille. Il fut alors commis une faute que jusque là les Vendéens évitaient avec soin ; ce fut de ne point laisser d'issue aux habitans de la ville attaquée. Par une charge maladroite, on fit rentrer dans les murs des fugitifs qui s'armèrent du courage du désespoir .- Enfin > vers neuf heures du soir^ farmée vendéenne se retira , et repassa la Loire , non sans désordre^ mais sans découragement.
taB HISTOIRE
1793* ' A dater de ce funeste jour du 29 juin, la Vendée offre le champ de bataille le plus épouvantable et le plus prodigieux que puisse rencontrer Fhistorien. Pas un jour ne se passe sans combats , sans carnage ^ sans incendier , sans faits sublimes. Auprès de tout ce que la guerre a de plus hideux , vous voyez se déployer tout ce que la religion a de plus touchant et de plus ^auguste. De ces châteaux , de ces forêts , de ces métairies , de ces champs que les ordres de la Convention et de ses cruels commissaires livrent aux flammes ^ il sort un nouveau peuple de combattans et de héros. Le courage de la Vendée est tel, que sa population semble inépuisable. Souvent ielle a le bonheur de rencontrer des lâches parmi les républicains; trop souvent elle y rencontre d'habiles et valeureux guerriers- Que j'aie à nommer quelques uns des généraux de la Vendée, bientôt il me faudra annoncer leur mort héroïque et chrétienne; que j'aie à annoncer quelques uns des généraiix républicains, bientôt il me faudra les suivre où vainqueurs ou vaincus, au pied de l'échafaud, mil la Convention ne cesse de les. appeler. Toute armée républicaine,. qui a touche le ^ol de la Vendée, a bientôt di3pai:u. Je ne
Leï Vendéens battus à
DE LA CONVENTIÔTT NATION AlE^ lïî^
Sais en vérité s'il périt plus de Français dans la Palestine et la Syrie durant les premières croisades, qu'il n'en périt dans la Vendée.
Mais c'étaient ici les fnreurs de l'impiété qui formaient la croisade, et la terre qui se défendait était celle où se gardaient fidèlement les préceptes et la loi du Christs
J'abrège des événemens qu'il me serait im* possible de retracer dans leur ordre chronologique «
Le plus grand revers qu'éprouva la Vendée fut auprès de Luçon, que deja deux fois elle Luçon triomavait attaquée sans succès. Elle y perdit plus ^^t^^'ct^I'oôr de cinq mille hommes et une grande partie DoVé^if code son artillerie. Cétait le général Tunck qui ^ pour les républicains , avait obtenu cet avantage important. Quelques jours auparavant , le général Westerman , de Parthenai , où il avait battu la division de Lescure, savancait à la lueur de l'incendie sur Châtillon, centre de la position des Vendéens et le refuge de plusieurs nobles dames» I^^j^ le beau château de Clisson était la proie des flammes. Les métairies • les moulins n'é-^ taieni pas épargnés ; ainsi l'ordonnait un dé^ cret de la Convention. Il fallut abandonner Chàtillon* Mais tandis que Westerman se
ron.
JLoùt.
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79^* regardait déjà comme le maître de tout ce pays dont il avait juré la ruine et rextermînation ; tandis que Barrère montait à la tribune pour célébrer les effets de l'incendie , Larochejacquelein rassemblait l'élite de ses guerriers, surprenait les avant-postes de Westerman , détruisait ou fiaiisait entrer dans ses rangs une légion ennemie , composée de déserteurs allemands , et reprenait Châtillon : mais cette fois il ne put contenir la fureur de ses soldats qui venaient de voir leurs habitations exnbrasées.
Bientôt les plus beaux jours de la Vendée paraissent renaître. Elle triomphe à ChoUet, à Cbatonnay, à Vihiers , à Coron , à Doué. Ces batailles > dans toute autre guerre, eussent décidé la conquête d'un empire. Dans la plupart de ces actions , les généraux révolutionnaires , Santerre , Rossignol, et Ronsin , et plusieurs autres ordonnateurs des niassacres du 2 septembre/ firent assaut de lâcheté. Santerre , malgré la promptitude de sa fuite , fut sur le point d'étré atteint. Son cheval le sauva en franchissant un fossé. Les Vendéens ne purent se consoler de n'avoir pas en leur pouvoir un homme dont le nom se mêlait à chacune des journées les plus atroces de la
DE LA CONVENTION WATIONALE. l3l
révolution, et surtout à celle du 21 jaùvier. 1793. Malgré leur peu de penchant à la cruauté ^ s'ils l'avaient fait prisonnier, leur projet était de le promener à travers tout le pays dans une cage de fer.
Deux de ces victoires furent remportées, tandis que L^sQure, Bondbamp, Donnissant, Marigny, Larochejacquelein et Stoflet étaient à la fois retenus loin du champ de bataille par leurs blessures. Les Talmont, les d'Autiçhamp, les S^pineaud, les Beauvolliers savaient dignement les remplacer. M. de Piron surtout se couvrit de gloire à la bataille de Coron , où il prit Je commandement en chef.
Le soir , Tarmée d'Anjou , au milieu des ca* nous et des innombrables bagages qui étaient les trophées de sa victoire , joignait au cri de wVe fe roi! le cri de vis>e Piron J
Dans une acUon importante , Fabbé Bernier , curé de Saint-Laud , donna des ordres avec une rare présence d esprit , tantôt sous le nom de Lescure , tantôt sous le nom de Bon* champ, tantôt sous celui de d'EIbée , quoique tous ces chefs fussent encore malades de leurs blessures ; et soutenant par cette fiction la confiance et l'ardeur des soldats , il remporta une victoire complète*
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179Î. Mais * tandis que l'armée d'Anjou > que les La garnison Vendéens nommaient toujours la Grande- «îrivSu^rTwee, s'illustrait par de nouveaux prodiges ToScha'qui ajoutaient beaucoup plus à sa gloire qu'à BonchaL' /'' ^a puissaucc , celle de Charette, dans le Bas- Poitou, avait à se mesurer contre quatorze mille hommes de la garnison de Mayence, troupe valeureuse, disciplinée, exercée aux combats, et sous les ordres des généraux Aubert du Bayet et Kléber. La Convention lavait fait conduire en poste jusqu'à Nantes. . A rapproche d'un si formidable ennemi , les Vendéens maudirent l'imprévoyance des puissances alliées, et ne se découragèrent pas.
L'armée mayençaise s'avança les torches ^ la main, dans ce Bas-Poitou que Charette avait rendu long-temps inaccessible. Ce général se voit obligé de se replier sur la grande armée. Mais à peine a-t-il rencontré la division Bonchamp à Montaigu, il fait vol te face, engage le combat , et ^ secondé par Bonchamp et bientôt par Lescure , il remporte à Montaigu , à Saint-Fulgent deux victoires éclatantes sur les
* Je ne puis donner ici qu'une notice fort impar- ' fàijte des combats multipliés de la Vendée. Ils sont racontés avec clarté , exactitude et feu dans VHistoire des Guerres de la Vendée, par M. de Beauchamp.
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meilleures troupes de la république. L'armée 1793. de Majence y perdit l'élite de ses combattans; Kléber, , couvert de blessures, ne pouvait plus la diriger. Plusieurs ofEciers républicains , furieux d'être vaincus par des soldats en sa* bots, se tuèrent sur le champ de bataUle.
Une femme , qui était la maîtresse dç l'un d'eux, leur en avait donné l'exemple. Les diflfiereps mémoires de la Vendée varient beaucoup sur les détails de ces actions; les uns en rapportent le principal honneur à Bonçhamp et à Lescure , les autres à Charette. Pour nous , nous, ne pouvons que mêler ensemble des noms si glorieux, et nous devons y joindre ceux de Joli , de Savin , principaux lîeutenans de Charette. La fureur qu'avaient éprouvée les Vendéens à l'aspect de leurs villages et de leurs bourgs tout en flamme, avait rendu leur choc irrésistible. Vainqueurs d'une armée qui avait défié si long-temps le roi de Prusse et le duc de Brunswick, ijs la tour- ' naient en dérision, et disaient dans leur galtc militaire, que cette terrible armée de Mayence n'était qu'wne armée defayence qui ne tenait pas au feu.
Mais tandis quils avaient réuni leurs principales forces contre de tels guerriers.
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179). ils étaient attaqaës par d'autres corps sur d'autres points, et jusque dans leurs positions les plus centrales, telles que Chollet^ Chemilli, Chàtillon. Celaient des combats de tous les jours; il suffisait d'une seule défaite pour livrer une vaste étendue de pays à des armées ii^cendiaires. Westerman n'entrait nulle part sans se faire précéder par d'horribles flammes. Les victoires les plus éclatantes ne pouvaient réparer de tels désastres. Les républicains jpaisaieat la gtterre aux forêts, aux genêts, aux moissons. Leurs délices étaient de brûler des moulins et des înstrumens aratoires. Dans le Bas -Poitou, qui avait été très rapidement traversé par l'armée de Mayence, la dévastation était moins complète. Charette avait pris la résolution de s'y maintenir. Mais dans lég autres parties du théâtre de la guerre civile , plus d'espoir de
r subsistance pour une population si héroïque.
Que seraitilevenue la France , si les Vendéens se fussent dit : (c Ils ont brûlé nos maisons et (f nos champs; eh bien! transportons -nous u dans ces départemens voisins qu'une lâche ff terreur arme contre nous : ils craignent la ii Convention ; qu'ils nous craignent k notre (( tour. Forçons les habitans des villes et de»
Hii LA CONVENTION NATIONALE. l35
« campagnes à nous nourrir^ h nous suivre^ 1798. te sous peine de voir tout périr , tout brûler « autour d'eux. Rendons à nos ennemis inte cendie pour incendie , famine pour famine, (c barbarie pour barbarie?» Que serait de-* veaue.la France, je le répète, si les Vendéens avaient fait cette terrible réponse aux féroces arrêtés du Comité de salut public?
N'eût-on pas vu naître un fléau mille fois plus effroyable que cette Jacquerie , l'épouvante de nos aïeux? Et cependant les Vendéens^ en brûlant nos plus riches campagnes, n'eussent fait qu'user d'un droit de représailles tel qu'on le confprend dans les guerres civiles. L'horreur de cette immense dévastation serait retombée sur ceux qui , les premiers, en avaient fait une arme de leur politique et un moyen militaire. Une telle pensée ne s'offrit à pas un des chefs, à pas un des soldats vendéens. De tels chrétiens , de tels royalistes conservaient encore de la pitié et même de l'amour pour cette France qui levait sur eux tant de glaives , et lançait tant de torches sur leurs champs. Il était dit que , vers la fin du dix-huitième siècle, les fureurs du fanatisme ne se rencontreraient que dans les rangs de l'impiété.
l36 HISTOIRE
1793. Cependanl une émigration dans des dépar^ Lef Tea- temeQS voisios devenait nécessaire. Bonchamp
décof se di»- . • , .
pofent à pas- avait désiré depuis long -temps que l'araiée
ter U Loire. ,, * j 1 t>
Octobre, vendéenne se portât dans la Bretagne , pour renouveler, pour étendre le feu de l'insurrection dans cette province royaliste de cœur. Des paysans venaient souvent dans le camp de la grande armée d'Anjou, appeler un secours qui les mettrait à portée de signaler ^ leur zèle. Plusieurs d'entre eux, après avoir rempli cette mission ^ prenaient du service dans une armée dont les exploits les remplissaient d'admiration, et c'était surtput dans la division de Bonchamp qu'ils aimaient à entrer. Sans cesse de l'autre rive de la Loire on entendait ces paroles : « Nous sommes vos amis, c< bons royalistes et fidèles chrétiens comme « vous ; venez partager nos vivres , nos mai- (c sons : nous ne demandons que d^s armes; « nous serons heureux de combattre avec « vous. »
Kataîiie de Aiusi Ics Veudécns espéraient trouver à la Hue par les tois cu Bretagne uu asilc ct uu nouvcau champ de bataille. Malheureusement cette résolution fut prise plutôt d'après le vœu des paysans que d'après celui des chefs. Les dispositions n'en furent pas tracées d'avance. Un effort
DE LA. CONVENTîOTf KATIOWALE. l37
inalbeurèux que l'armée vendéenne tenta pour 1793. reprendre ChoIIet accrut le désespoir. Jamais elle ne s'était battue avec plus d'ardeur; jamais elle n'avait été plus nombreuse; elle fut ce jour-là de quarante mille hommes. Déjà par sa manœuvre accoutumée elle s'^était emparée d'un grand nombre de canons. La CoaGance qui suit la victoire jeta du désordre dans les rangs ; l'armée de Mayence , qui faisait la réserve des républicains, sut en profiter. Larochejacquelein , d'Elbée , Bonchamp , Du« houx^ Stoflety Marigny, Dbnnissant, furieux de voir qu'une imprudence leur a ravi la victoire la plus éclatante y prodiguent leur sang pour la ressaisir. L'armée mayençaise commençait à fléchir, lorsque d'Elbée et Bonchamp tombent grièvement blessés. La nuit vient , et montre aux Vendéens vaincus CholIet tout en fliammès. Sans 'écouter les ordres de leurs chefs, ils dirigent leur retraite vers la Loire , et goûtent une grande consolation en voyant les divisions Talmont et d'Autichamp, qui, à la suite d'un combat très vif, se sont rendues maîtresses des deux rives du fleuve. Nombre de Vendéens se jettent avec empressement daus des barques. Larochejacquelein veut en vain combattre leur pré^
l38 HWTOfKE
i7g3. cipîtation; ils (uyent, la rage dans le cœur; le spectacle de leur pays en feu , leurs familles fugitives et dëscrfées viennent presse!* leur départ. Les généraux ont trop peu de pouvoir et trop d'humanité pour repousser tant de vieillards , de femmes et d'enfans y qui vont embarrasser les mouvemens de l'armée , mais c[ue la famine poursuit. De tous ces généraux immortalisés par tant de victoires, il en est peu qui puissent encore parcourir les rangs.
Cathelineau, le père de cette armée, n'est plus. Il a succombé à la blessure qu'il a reçue dans les murs de Nantes. Voici en quels termes un paysan , son parent et son ami , est venu annoncer un si cruel événement : « Mes amis, (c je viens vous apprendre que le bon Cathe- (c lineau vient de rendre à Dieu l'àme qu'il en (( avait reçue pour* venger sa gloire et son (c nom. » Des soupirs et des larmes universelles accompagnèrent ces paroles dignes d'avoir été proférées par le modeste et religieux héros auquel elles étaient consacrées.
Le marquis de Lescure devait bientôt causer lé même deuil à cette armée. Mal guéri de ses blessures précédentes , il en avait reçu une plus fatale huit jours avant la bataille de Chollet. Les plus horribles douleurs ne pouvaient
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distraire sa pensée du coup affreux qui me^ 1793. naçait la reine« S'il s'occupait des périls de la fuite ^ ce n'était pas pour lui^ c'était pour ses tompagnons; c'était surtout pour sa jeune femme et ses enfans^ auxquels il léguait d'effroyables souffrances pour prix du plus tendre amour. Oh! qu'il lui'en coûtait de ne pas laisser ses restes sur ce théâtre de gloire^ et à côté de ses pères ! Cependant sa foi demeurait victorieuse de tant de regrets déchirans. Porté sur un brancard , dont chaque mouvement rendait ses douleurs plus cuisantes^ à côté de sa femme qui, déjà, pour sa fuite prochaine , avait pris des vêtemens de paysanne , toutes ses paroles étaient celles d'un • homme qui marche vers le royaume des cieux.
Tels étaient les sentimens iie M* de Bon* MondeBon. champ , menacé d'une mort encore plus pro« chaine. Blessé cruellement à la funeste bataille de Chollet, il allait tomber au pouvoir de féroces ennemis, sans le dévouement de son ami M. de Piron , qui , avec quelques braves, se fît jour jusqu'à lui le sabre à la main. K Piron ^ lui dit Bonchamp, vous me procurez (r un gtand bonheur, celui de mourir au mice lieu de mes chers compagnons , dans les (( bras de ma femme et de mes enfans, e<. >
1 4o flISTOini2
1 793. c< béni par un ministre de Dieu. » Dans la nuit îl fut transporte à Saint-Florent , où se trouvaient cinq mille prisonniers renfermés dans l'église. Déjà se faisaient les mouvemens du passage de la Loire. Les paysans se jetaient en foule dans les barques. Un tumulte affreux régnait dans la VTtle; on entendait autour de réglise des cris furieux, u Laisserons-nous ici , « disaient les Vendéens , et même plusieurs de « leurs officiers^ laisserons-nous libres, laisse- « rons-nous sur nos pas cinq mille de ces bleus \i qui n'ont jamais su que fusilla: nos compa- « gnons? Nous leur pardonnons depuis trop « long- temps ; ils se font un jouet de notre Kc humanité. Si nous différons à les extermî* i< ner y ils viendront se précipiter sur nos bar* (( ques p et massacrer sous nos yeux nos fem- (c mes et nos eufans; car voilà leurs plus doux tf plaisirs. » Ce bruit parvient aux oreilles ^de Bonchamp; il en apprend le sujet. L'humanité a ranimé ses forces : (c Non , dit-il à ses (camis rangés autour de son matelas, non^ w vous ne souffrirez pas que j'expire au roi— « Heu des horreurs d'un massacre, moi qui ai (c toujours su prévenir les plus justes ven— « geauces. Courez, arrêtez des Vendéens qui « perdraient en un jour leur plus belle re*
HE LA COWVErrriON NATIONALl?, l^i
« nommée et leur tilre de chréliens. Parlez 17^. c< en mon nom, vous mon cher d'Aûtichanip; €< dites a l'armëe que c'est Boncfaamp mourant « qui demande la grâce des prisontiiers , et « qui donne Tordre de les épargner. » D'Auticfaamp court ; il rapporte les paroles de son ami. On n entend plus qu'un cri dans l'ar-^ mée : Grâce ^ grâce pour les prisonniers ! c'est JSonchamp qui V ordonne! Après avoir reçu • ce dernier gage 4^ la fidélité , de Famour et des vertus de son armée, Bonchamp se fit transporter dans un village voisin , y fit appeler deux ecclésiastique^, MM. Courjon et Marin. Ceux-ci Tentretinrent des récompenses célestes réservées à sa piété , à son héroïque dévouement. M. de Bonchamp^ levant les yeux et les mains vers le ciel, dit d'une voix ferme encore : « Oui ; j'ose Compter sur la « miséricorde suprême. Je n'ai agi , ni par i< un sentiment d'orgueil , ni pour obtenir t< une réputation qui s'anéantit dans l'éternité. <c Je n'ai point combattu pour la gloire hii- « maîne j j'ai voulu renverser la tyrannie du « crime et de l'impiété. Si je n'ai pu relever ce les autels et le trône , je les ai du moins dé-- H fendus. J'ai servi Dieu , mon roi, ma' pa- « trie; j'ai su pardonner. » Près d'expirer, on l'entendit dire ces paroles, que tous les héros