présider Tltàlie a une civilisation boùvëllë du nionde
Le Dante ^ le premier , répondit à cet appel; génie bizarre et sombre qui sut vivifier tsiliplati monotone , tantôt par les ^ôildàins éclata d'utke àme tumultueuse , tantôt par le& teintes douces et profondes d'une sensibilité rêveuse. Ce peintre terrible de la vengettncë > ti'était fait que potir agiter encore plus sa tiàltoh.
Pétrarque et Bocace prirent soin de la calmer ; par uii singulier contraste y l'un ekalta l'amour jusqu'à un degré où il semble se confondre avec l'extase religîfeusé , et l'autre se joua de éette même passioil dans des contée badinÉ^ licencieux et satiriques. En mime tempà Pétrarque et Bocace , jiVi'éà avec Uttie égale ardeur aux travaux dé Térudition^ rës* susdtaie^t des chefs-d'œuVrè enfouis de là littérature hlitie^ L'Italie leur déeeriia une belle récompense ^ en associant leur nôtn k celui du Dânté; '
Une famille de marcbaridâ^ où l'ambition s'appuyait §ur dds Conlbii^aiâôns aUs^i VËsteâ qu'adroites^ et subsi&tait; pat Wh dltiguliër phébomènë , à doté mêttië des vertus y appela leâ lettrée au âecdur^ du doAit étîfpire qu'elle obtenait sur l'orageux Flbretiifè) et, par Ses
DU DIRECTOIRE EXÉCUTIF. Io3
soins ; Tune des plus grandes calamités du 1795. quinisièine siècle , la prise de Gonstanlînople, eut plus d'une conséquence heureuse pour l'Europe. La Grèce trouva à la fois des interprètes et des héritiers ; et là civilisation nou* reUe rouvrit ses communications avec le monde merveilleux de l'antiquité' lettrée, peu de temps avant que le génie d'un Italien , de Christophe Colomb $ lui soumit l'empire d'un monde qui semblait sorti depuis peu de siècles du sein des flots.
Les Italiens , saisis de la passion du beau , avec uneardeurqu'enflarhiliaient leurs vieilles jalousies y la portèrent partout où l'imagination peut étendre son empjre. Trop heureux si leur cœur s'était exalté de même pour les vertus ébergiques! Mais, s'ils ne les av^ent trouvées ni dans les pi^éceptes d'une religion sublime, ni dans les constitutions libres ou tempérées de leurs divers états , il était trop tard pour eux de lès chercher dans la culture des lettres et des beaux-arts. Quoi qu'il en isoi t , l'Italie se peuple de poètes^ d'artistes, d'hommes de lettt*es pleins de génie ou de goût^ d'atnatêurs passionnés > de critiques Judicieux et dé protecteurs magnifiques* Quoi de plus hardi ^ pour le souverain d'un état borné, que de
>lo4 TIISTOIRK
795. créer, en présence des grandes ruines de Rome , en pr&ence du Panthéon , un monument supérieur à la magnificence des empereurs f maîtres du monde ! Un goût aussi su-blime que pur dirigea , sous cinq pontifes, une entreprise où les merveilles de tous les arts vinrent concourir aux poifipes de la reli* gion. L'architecture marcha pendant un siècle de chefs-d'œuvre en chcfe-dœuvre. Après les Alberti , les Bramante et les Michel- Ange y Palladio parut comme pour réunir tous les genres de beauté « *
L'Italie eut son Phidias dans Michel-Ange , son Zeuxis dans Raphaël, avant d'avoir son Homère dans le Tasse. Dès que de tels artistes eurent paru y le beau idéal cessa d'être , pouf tout un peuple, une chimère. Il fut Fin* spiration de Léonard de Vinci , du Titien y de Jules-Romain , du Corrége et du Dôminiquin .
La religion ne paraissait que plus légitime et plus sainte, en se décorant d'images aussi pures que leurs modèles.
Successeur plein de génie de poètes et de conteurs réjouissans et fantasques, l'Arioste badina avec la majestueuse, épopée, mais il l'enrichit par la fécondité et même par l'heurçux ensemble de ses admirables caprices.
DU DIRECTOIRE EXÉCUTIF. Io5
Si Le Trissin essayait avec peu de succès de 1 7gS»< reproduire la tragédie des anciens, Machiavel , en se jouant ( et plût à Dieu que ce génie atrabilaire eut toujours joué !) devinait les secrets de la bonne comédie.
Partout s'élevaient des statues et des palais de marbre^ partout le luxe semblait justifié parle boi^oùt. Le Capi tôle , habitué à recevoir les. dépouilles du monde, ne s'ouvrait plus que pour le triomphe de poètes ^stinés à charmer la terre.
Laurent de Médicis semblait créer pour la Toscane un âge d'or, qui ne supposait pas cependant l'innocence. Mais» partout ailleurs, dans les mêmes lieux où se méditaient les œuvres du génie , se méditaient les crimes raffinés et savans dont Machiavel a tracé le code dans un de ses ouvrages, et pour lesquels il se montre complaisant'dans tous les autres. Toutes les tempêtes grondaient alors et même éclataient déjà sur l'Italie florissante par les lettres et par les arts, et qui ne devait qu'à leur culture une sorte d'unité idéale. Aucun de ses états n'avait pu prendre sur les autres un. ascendant tutélaire qui ût respecter la commune indépendance. Tous les états voisins avaient accru leur puissance , en fortifiant leur
io6 tiiÀioiAt.
Ï795- uttité politique. L'Espagne ^otlaîl triômphaate de ses guêtres sàintettiétit obstinées contre les Maures^ diijtquéls elle vëiiàib d'ettlever dans Gretlàde lèUr derliîef • refuge.
L'Autriche s'agrandissait' et rtiàrchait à des dèstitis nouvealix. La France était afTfàdcliie du joug des Anglais par le ré Veîl fchevfcléresqu^ de ises guék^rîers, et dd joug féodal pàl* le despotisme artîficiedîc et druél de Lôdis XL Tous ces états conVoitèberil lés i^îchessefe de l'Italie. La rivalité furieuse des maison^ d'Aiijdti et d'Aragoii désolait depuis plhsieurs àiècles le royaume dès l>eui:-8icilès , mais elle ii'âvàit causé qiie de légères conliiiotiblis â itiut le reste de l'Italie. Un pdntife àbhoti*é, Alexândt'e VI, Ouvrit aux Français cette Italie^ sur laquelle tous ses prédécesseurs avaient veillé avec tin soin paternel. L'expéditittii de Châi:les VIII né flil qu'un ot*âgé Àsièi coûM ; maïs elle doniia lieu à tant d'actes de perfidie politique entre les états dltalie , k tant de 'liguée; et contré-ligues, que cette hialheuretîse côiilrée fu t coifidanitiée à t^oulei^long-teth^s dànS l'slbittie creusé par les Bbt^gia. Usurpateur malàdi^oit, Ludovic SJbrcé appela de nouveau lès Français, pdilr Èôn malheur et ^btit* èelui des peuples.
DIT DIRECTOIRE EXECUTIF. tC]
Louis XII ^ l'émpëreur Màximîlieti ^t Fei^ i^gS. dioandrle-Catholique dont appeler k déâfai^ rer encore tiae fois Fltaliéi Là loyauté dte l'uoy la versatilité de rautt*e^ la perfidîte du troisième prèJoDgfeut leij dëbatd; el le papiâ Jules n ne fiit qu'affaiblir les arities spi^-:tûelles de Rome ^ eii se oeuvi^ânt dcrsi ^rméi du guërrieri. A tbaqilë Instant bn ehaitge d'dlliës f ^
tantôt le couiTou:t des rois menace d'àieeabltl* < le pape , tantôt il se diri^ leontre Venise , plus fidèle, du moins àJa cause italique. La ligue dé Cambrai fut pour celte baUse un ëvénènieilt désastreux. Veniise ne suQoomba point sous ] effiort de tant d'dtats |]inisË»ns| mais «lie s6rtil tellement afiaiblie de la latle> ifu'ôn. né la Tit plub tenter d'efibrt n^agnanime pour sauter ou pour yenger Fltâlie» .
Les itialheurs de ce pays furerit an comble , quand les droits des maisons d'Aragon et i(' Au- . triobe se trouvèrent réunis datis la persdiine de l'ambitieux Gharles-Quint. fj'Eui^qpe crài-^ gnit un maître unique. Frânriôis V se présenta pour calctier les draintes de l'Europe. Marignan> Pàvie et Gërisoles varièretit les destitis ^ et perpétuèrent les maux db l'Italii^v
L'Italie , dans ce gi'atld et terrible siècle , atait souvent à contempler dlins âès divers
i7g5. * oppresseurs, soit les profondes ressources du géoie militaire et politique , soit le pur éclat des yertus chevaleresques. Des hommes tels que Gonsalve de Cordoue, Charles-Quint, le connéta}>le de Bourbon , Tri vulce , Lautrec , Lannoy ; des hommes tels que Gaston de Foix et Bayardy La Palisse , Brissac et le duc de ^ Guise y tels que Louis XII et François I*',
. devaient vivement agiter et exalter les âmes. Le génie ne pouvait se taire en leur présence. On voyait les monarques courtiser souvent les artistes dont ils désolaient la patrie , et les amener comme en triomphe dans leurs capitales , auxquelles ils allaient donner une face nouvelle. Si les Italiens excellaient à cette époque à peindre les vertus et les grâces chevaleresques , c'est que les Français leur en' avaient montré les plus parfaits et les plus aimables modèles. *
Qui croirait que ce grand siècle de gloire littéraire fut marqué de si épouvantables dé* sastres ? et si Thisloire n'en offrait le témoignage, qui pourrait rapporter a une telle époque le sac de Rome par les soldats de Charles-Quint^ qui se croyaient sans doute le soldats de Genséric ?
Un moine devait être encore plus funeste
BU DIRECTOIRE EXlScUTlF. J09
pour l'Italie et pour FÉglise que tant de rois ' i795* rivaux. Lutber sut se prévaloir du tarif des iadulgences, répandues avec profusion par le pape Léon X pour couvrir les dépenses de ladmirable basilique de Saint-Pierre de Rome. Tandis que toute la chrétienté eût du jouir de ce monument avec le saint orgueil qui transportait le peuple de Dieu à la vue du temple de Salomon y Luther fit retentir et bientôt fit répéter un cri d'indignation contre l'avarice concussionnaire des papes. Les chefs-d'œuvre de Michel- Ange et de Raphaël servirent à une absurde imputation d'idolâtrie. Ce n'était qu'un premier pas vers un.e révolte plus vaste , suscitée par une théologie tracassière et sophistique. Si Rome ne prit point d'assez sages mesures pour arrêter les progrès d'une hérésie qui devait coûter à son autorité la perte de la plupart des états du Nord, et bientôt après de l'Angleterre y c'est qu'elle ne possédait point un clergé digne des beaux jours de l'Église. Sous ce point de vue^ le siècle de Léon X paraîtra toujours fort inférieur au siècle de Louis XIV. Ni la science religieuse ni même la science morale n'avaient été assez cultivées. On en peut juger par un seul fait, c est que la doctrine de Machiavel dominait.
no ni$Toitt£
1795. * Rome reçut cependant un paissant secours de l'établissement aussi politique que reli— gieux d'Ignace de Loyola, hs^ forte et singulière milice que créa ce bizarre fondateur ne se borna point à balancer les progrès de l'he— résie; mais elle étendit les eonquâ(es de la foi dans le Nouveau-Monde , dans les Indes , et osa même concevoir le projet de lui soumettre la Chine. Malheureusement les Jésuites étaient plus habiles à servir le pouvoir de Rome qu'à l'éclairer. Au lieu de ces casuistes dangereux , qui troublèrent souvent les principes de la légitimité^ que n'offir^ient-ils dèslors un Bourdaloue.?
Rome, appelée à intervenir dans les guerres ciyiles de l'Allemagne et de la France, eut trop peu d'empire sur ses défenseurs , et l'on vit un pontife pleurer en secret sur le mas^ sacre de la Saint-Barthélemi y et le bénir (ont haut. L'Italie n'eut point à s'applaudir d'avoir donné à la France une reine du sang des Médicis. Les sinistres conseillers dont elle s'entoura firent que la Saint-Barthélemi fat justement appelée parmi nous le crime italien. De là , mille préjugés et une haine trèfr-vive qui s'allumèrent cpntre cette nation; haine qui s accrut encore sous la seconde épouse de
DU DÏRECTOIHE EXÉCUTIF. I I I
Hquri IV, fct qui fut portée coiitre Concini et sa * 1 795* femmç jusqu'au dernier degré de h fureur et de la dém^pce. On «e s«^it point ^aez se faire une loi d^ '^^ point juger d'une tiation par des ^vepturiers qqi sortent de son sein, et que sQuv^Qt eUe-méine a rejetos.
Cependant l'Italie ^vait recouvré une as-' siette non iiidépendiiute , mais tranquille, f3iv la paix de CâteauT-Canibrésis. Son grand ^iècl^ littéraire se continuait par Guichardin , judicieux et sincère historien des nialhenra de s^, partie, si'agraudissait par le Tasse, et devait se continuer par Gulilée et Toricelli , ' s^ec ifn nouyf^u gepr^ de gloire* L'Autriche espagnole qe faisait sentir que légèrement son joug dans le royaume de»NapIes et le Milanais. La puisssmce accrue et respectée des ducs de Savoie, leiir habile politique et leur force militaire la tranquillisaient un peu sur les nouveaux desseins des Français. Les armées de Loqi^ XIII n'insy Itèrent que les frontières de cet(e contrée.
Louis XIVji dans l'éclat de s^ gloire, lui donna de plus sérieux sujets d'^darmes, de trouble, et snrtout de jfilousié. L'Italie étour. née, interdite, et presque subjqguée par l'admiration , se vit obligée de partager avec \^
112 nistoiRË
^19^' France le sceptre magique que Tui avaient donné le génie et le goût. Elle ne fit plus que des efforts languissans pour soutenir une concurrence rendue chaque jour plus difficile. Les libéralités de Louis XIV lui enlevaient ses borames les plus illustres. Il attirait auprès de lui Dominique Cassini et le chevalier Bernini ; il eût appelé de même de grands poètes , de grands orateurs , si lltalie en avkit encore produit. Vers le commencement de ce grand règne , Venise s'illustrait par une lutte opiniâtre contre les forces ottomanes j et surtout par la belle défense de Candie. Louis XI V, dans un zèle chevaleresque et chrétien, voulift y concourir. Lafeuillade et Beaufort protégèrent un moment les efforts généreux de Venise par leur bravoure plutôt que par leurs taleus. Bientôt Louis XIV prescrivit en roi de sages limites à l'autorité pontificale , par la déclaration du clergé français de 168a. Son ambition guerrière ne s'étasit point dirigée vers l'Italie , jusque-là si funeste aux Français. Ses armes y furent appelées et par la ligue d'Ausbourg^ et pat la guerre de la succession d'Espagne. Quoique les armées fussent alors plus considérables que sous Louis XII et Ferdinand^ que sous Charles-Quint et François P^, l'Italie
DtJ DIRfCTOIRE EXÉCUTIF. Il3
eut beaucoup moins à soufirir daus ces guerres 1 795* que dans celles du seizième. siècle. Eugène et Marlborough, Catinat.et Villars, et après eu;K le triste Villeroi, ne firent la guerre * que dans le Piémont et dans le Milanais. La neutralité des autres états fut alors respectée. Celait un exemple que ni la France ni TAutricîie ne devait suivre à la fin du dix-|^uitième siècle.
Le duc de Savoie tenait dans ses mains le destin de la France et de l'Autriche allemande ; mais il avait à craindre et leur colère' et leur ambition. Il sut , mais aux dépens de la bonne foi, n'être écrasé ni par l'une ni par l'autre, et conquérir le titre de roi.
Par la paix d'Utrecht, l'Autriche allemande^ maîtresse du royaume de Naples et du Milanais, acquérait sur l'Italie un ascendant formidable. Nulle sympathie ne se prononçait entre le caractère allemand et le caractère italien. L'Italie, toujours menacée par les Alpes noriques^ craignait le sort d'un état tributaire. Réduite à souffrir dans plusieurs de ses états des maîtres étrangers , elle désirait au moins qu'il s'établit entre eux une sorte de balance. Cette triste consolation elle l'obtint sous le règne de Louis XV, et par la paik de 1756^
ii4 ui^i^ûniË
1791 qui suivit une guerre peu longue et peu' désastreuse , où le maréchal dé Vîllars ^'ajouta rien à sa gloire , et ou les Français tirèrent un faible parti de deux victoires éclatantes ; cependant la pai:^^ lelir fut favorable.
Un Bourbon de la maisoh d'Éspagtié fut établi sur le trône de Naples, et îà maison d'Autriche , perpétuée par la maison de Loi*raine, recueillit dans la Toscane l'héritage du deririer Médicis.
L^ïtalie souffrit de plus longs ébranlemèris par la mort dé Charles VT, et par la Kgue qu'une politique^ ouvertement injuste suscita pôur'dépouiller son héritière. Le sort de l'Italie n'éprouva qu'une légère altération ; utfBôurbon de plus fut' appelé à régner dàtis cettè'côntréè. Don Philippe fut investi des duchés "de Parme et de Plaisance. Je viens de f^ésuftiei* dans un seul tableail leà faits hîétoriquès dé l'Italie jisqu'en i 748. L'ordre et là clarté veulent maintenant qu'à datet* dé cette époque je suive en particulier le sort dé tous les états dé cette contrée, qu^e je présente leur aspect jusqu'à la révolution française , et là manière dont châcu n d'eux s'apprêtait à soutenir là double invasion de nos armés et de nos principes. Je coïnnience par le Piémont.*
DU DIRECTOIRE EXECUTIF. Il5
VictorrAmédée , sans être ni héros ni guer- 1 796. rier, avait voulu surpasser ses vaillaiis ancê- Pî««no«*très pat le ûombre et la belle tenue de ses troupes. L'état fïiilîtairé qu'il avait entretenu daiis' tïéë profonde paix était disproportionné aux forces du Piémont^ tl disait, en se calomniant luinf^ême^ qu'il faisait plus de cas d'un tantiboîrr tpie d'un savant. Son goût pour la magnificence étâît excité par l'honneur qu'il avait eu de sceller trois alliances avec les deux frères et une dés sœuré de Louîs XVï. Les dettes du Pîénioht ée trouvèrent portées jusqu'à la somme e^ôVbîtantè dé cent vingt millions dé tratics.
Le gôuvernéméùi dé Viciôi*-Amédée n'avait rien d'oppressif, mais les bonnes traditions qu*îl avait reçues de ses pères semblaient être devenues par sa négligence une aveugle routine. Sa dévotioti un peu minutieuse et timorée répandait une teinté de tristesse ou de monotonie sur les pompes de sa cour. ïl s'était vivement ému au bruit des outrages faits en France à Taulprité royale , et le comte d' Artois, eu se retirant d'abord dans les états de son beau-pèré, avait accru cette animosité royale. Victor-Amédée donna un des prexniers aux potentats l'exemple de s'armer contré des principes, des proclamations (et
Il6 HISTOIRE
179^- des intrigues qui tentaient la foi des peuples; Toutefois ses efforts furent mal dirigés et mal soutenus. Tai dit combien l'Europe fut étonnée de la fuite honteuse et précipitée des troupes sardes dans la Savoie et le comté de Nice.
Dépouillé de ces deux provinces dès 1792; Victor-Amédée reçut quelques consolations de la fidélité courageuse de l'Ile de Sardaigne , qui repoussa les entreprises de la flotte £ran* çaise dirigée par l'amiral Truguet.
En 1 793 f les troupes piémontaises parurent d'abord venger avec éclat des affronts qu'elle avait subis Tannée précédente. Elles ob* tinrent des succès dans la Savoie , dont ellos reconquirent une partie. Victor-Amédée ne sut point s'abandonner avec audace à ces premières lueurs d'une fortune renaissante. Lyon l'appelait comme un libérateur; Lyon était alors la citadelle du midi de la France. Victor- Amédée laissa s'échapper par timidité la plus belle occasion d'affermir son trône , et de relever le plus beau trône de l'univers.
Bientôt ses troupes furent battues par Kellermann. Chassé encore une fois de la Savoie, il eut à disputer dans les Alpes les passages qui conduisaient aux plaines fertiles du Piémont. Une assez longue suite de combats laissa sou-
DU DIRECTOIRE EXÉCUTIF. Il 7
vent la victoire indécise , ou du moins stérile 1795. pour les Français.
Les Piémontais combattaient avec assez d'habileté militaire, mais avec peu d'ardeur; le poids de la dette publique s'aggra.vait ; la noblesse, quoiqu'elle vint de conquérir plus d'un avantage , se montrait plus exigeante dans ses prétentions ; les Français veillaient à faire précéder le succès de leurs armes par la propagation de leurs principes dans le cœur des Piémontais. Victor- Amédée avait autant a se défendre contre les émissaires des clubs de la république que contre de vaiUans guerriers.
Gênes, déchue de sa grandeur et de son G^ne». vaste commerce , prêtait à tous les états , et surtout à la France, l'or qui dans des jours prospères s'était accumulé dans ses banques. Le principe aristocratique prédominait dans sa constitution; mais le principe démocratique n'en était point tout*à-fait exclu.
Dans le milieu du dix-huitième siècle, elle avait encore manifesté une énergie de sentiment national, qu'on ne rencontrait plus guère en Italie. La manière dont elle avait secoué^ en 1746, le joug de la domination amtrîcbienne , égalait ou surpassait peut-être ki souvenirs historiques de cette ville, qui
Il8 HISTOIRE
1795. autrefois avait battu les Sarrasîps ,. promené
son pavillon dans les îles de la Gvecj^^ réprimé
Torgueil de Venise sa rivale , conquis la S^r-
daigne et la Corse , et enfante deux gr^ds
hommes, Christophe Colonjb et j^n4re Ppria.
Ses capitaux engagés dans la d^tte française
lui faisaient la loi d'une extrême drcpaspiecT-
tion. Les sages et vieilles républiqu.qs ay^iejnjt
sans doute beaucoup à se défief ^t.beaji^cç^p
/ ' à craindre de la république bizarre ,et forcent^
qui s'établissait en Franx:e. Alais G,eifeç ^éjtait
peu porjtée à joindre ^es faibles arrjf^es ^ .celles
du Piémont qu'elle craigi^ait, jet à pelles dp
l'Autriche dont elle avait a§sez rpçemBiçnt
brisé les fers. La politique ^a séna^t ^éi^pis £i^t
de ne donner aucun sujet d'alarm/çs et de
plaintes au nouveau gouvernemeptde^raDvCe.
Cependant l' Angleterre s'irpp^tient^it di^
ces mén^emens craintifs : ^e^^ottesT^^^^iç^t
seules sur la Méditerrâxiée , et pquvÂicnt blor
quer Gênes. La république .était fpfpée à qwelT
ques complaisances popr cette puiçs^iice ^It
tière. Il résultait de cette position difficile el
de cette politique ambiguë qup GMe3 portait
ses timides excuses tantôt à Lpndres et tantôt
à Paris.
Le MiUuais. J^e Milanais n'avait pas$é qu'avec uae ex-
DU DlR£ÇX01ïi|E EXECUTIF. II9
trêo)^ répugnance saus la 4WMrnati(m aile- 1795. mande. ]\|jiîaji'empereur jjQsçpl;iII a,vailt beau- CQvp aiïaibli, sino^ tout- à- fait éteint ces ressf^fïtimem inquiets, en s'<)f[H::.upant avec i^e t^vàfe préjdijip^jpi;! d'un pays ci fertîje' Entraide. . pur cîes idç^ pj^Jtc^O^hiques , .qu'il croyait popyoir .coi;iciIier avec VmÀlovité ab- $o)jMe, ce .^OMveraiQ ^yajit jfait dans la Lom* bardiiQ une parMe ^$ riéforines qui com-^ prpmii^ent et ^ruijièrai^t $ûn ajutorUé d^ps les Pays-Bas.. Conaime l^ç Milanais tenait encore w parti guelfe , c'e$t-à?dire à Vautorilé pon- ^iîçale daPB sa plus vaste étendu49^ Joseph }l avjiit cberehé è propa^r dans les universûés lç$ principes qmî Jixnitent Vauio/r ité de^ papeç, ceux que le clergç f^r^nç^is recopia ut ,en 1 682 , etceijx même de Port-Royal # Plusiewrg ecclé- $iasitique$ et des évêques ipême }es avjaient enobrâ^ssés^ aiais ^ans se faire reniarquer par le.ur austérité Ri par leurs taleus^
Lie lyCIat^ais avait conservé des élats particuliers^ ^et Joseph II ne craignit point d'appeler souvent leurs lumières pour l'éclairer h dans, ses vastes projets d'amélioration agricole. Milan s'élevait à une haute splendeur et à un luxe qu'entretenait la présence d'un ar- , chiduc; Pjavîe s'illustrait par soti université.*
Après la mbrt'de Joseph II, tout prit une
1 795. teinte plus sombre dans le Milanais ; les iimpots levés pour les besoins de la guerre devinrent plus lourds , et furent perçus avec une brutalité qui s'unissait alors à la discipline allemande. L'archiduc y ministre forcé de quelques opérations violentes^ n'était point aimé ; le public lettré exagérait les principes qu'avait favorisés l'empereur Joseph II; déjà dans Milan il se répandait, parmi de certains esprits, je ne sais quelle sourde espérance que le Milanais serait bientôt délivré du joug autrichien, et qu'il serait appelé , par sa position , à devenir la puissance centrale de l'Italie : ainsi que, parmi nous , des hommes faits pour le trouble entretenaient les illusions de quelque^ hommes faits pour lies belles rêveries.
LaToscane. En Toscauc, OU était bien loin de désirer une révolution si suspecte dans ses bienÊiits. Le grand-duc Léopold avait été un autre Mcdicis pour un état si long-temps orageux, mais déjà calmé depuis trois siècles. Il ne s'agissait plus , d'y favoriser l'essor du génie. Les Italiens, même en Toscane, avaient perdu le pouvoir d'égaler les merveilles pro^ duitës par leurs aïeux ; mais Léopold «'oo*> .cupa de Répandre des bienfaits encore plus directs et plus positifs. Son administration fut aussi sage que hardie; il examina les nou-
BU I>IBEGTOIR£ EXicUTIF. 121
veaux principes d'administration que Turgot 1795. avait voulu appliquer à la France^ et les modifia pour les rendre praticables; tout lui réussit auprès d'un peuple ingénieux et docile.
L'ënumération de ses sages réglemens serait longue, et nous entraînerait trop loin des événemens qui viennent coup sur coup assaillir l'historien. Un seul reproche s'élève contre la mémoire de ce bienfaisant et judicieux administrateur; c'est la curiosité inquiète, même un peu tracassière de sa police.
Quand Léopold fut élevé au trône d'Autriche, qu'il devait remplir si peu de temps, il trouva un digne continuateur de sa haute sagesse , dans son frère l'archiduc Ferdinand , qui n'était point réservé à une destinée aussi calme. Ce nouveau grand-^luc s'était si bien fait toscan, qu'il crut pouvoir séparer les intérêts de son État de ceux de sa maison , et gar- ' der la neutralité, quand l'empereur son frère était engagé pour long'temps dans une guerre terrible. Je ne dis pas que ce parti fût le meilleur, mais il émanait au moins d'un sentiment patriotique.
Lé grand-duc saisit les lucîurs encore trop incertaines de modération, qlie la Convention laissa voir après le 9 th^ranidor^ pour en*
IIISTOIUK
Parmo Plaisance.
voyer uii ambassadeur à I^l Conyeation.
C'était le comte Carletti, persoi>aage qui avait peu de dignité dans le caractère , et qoi^ outrant encore les complaisance^ imposées par sa mission même^ cajolait parmi npus tous les hommes dont il avait peur. U se sou- ' vint pourtant, dans une occasion remarquable^ qu'il représentait un souveraii^ ; quand l'auguste fille de Louis XVI sortit du ^ Temple , pour être conduite en Autriche, le con^te Carletti demanda au Directoire la permission de rendre ses devoirs à cette princesse, comme à une parente de son souverain. Le Directoire accueillit une demande aussi simple avec une brutalité digne de régicides auxquels on rappelait un souvenir impprtun y le comte Carletti fut cpugédié avec outrage, et le grand-diic consentit à le remplacer par uii autre ambassadeur, le prince Çorsini, l'un des seigneurs les plus aimables elt les p^u3 distingués de la Toscane.
L'infant don Philippe , le premier des Bpurbons qui fut appelé à régner dan$ les duchés de Parme et de Plaisance , fit le bonheur d'un petit Éj;at qui avait eu la 'triste gloire d'être un long sujet dd jalousie et de guerre entré de puis§an$ souverains. Agriculture, cpm-
nu DIRECTOHip BX^COTIF. . . I a3
ii)erce , lettres et beaux-ârls, iput fleurit squs 1795. sa brillante et paternelle administration. Ce fut lui qui appeljai le célèbre p:nëtdpbysicien Cioodillac^ pour instrMi^ie )[,e prince son fils et sou héritier. Les philosophes français avaient espéré trouver dans Je j.enne prince ui^ de leurs 9depte3 le$'plu$ passionnés; mais soit par l'e^et de la sa^esse.de Tipistituteur, soit par TeiFet de Vindocililé de l'élève, l'espoir des philosophes fjnt sïngulièreïnent trompé ; le jeune prince montera tOMJours la dévotion la plus ex^Xiée, set même la plus minutieuse. Quand il régna je n i765> sa piété filiale le porta à r^pecter» et quelquefois à dévelop-* per les sages instituitions de son pière^ lyiais il se livra à son zèle i^imodéré pour le$ pra^ tîq.ue$'4:e]igie|i]ses. Le duc Ferdinand donnait ses audiences dans la sacristie., chaptait aU clu]Bur avf3.c les i^^ine^/ servait la mess6, et sonnait les qloches. Ce qu'il y eut de pis, c'est qu'il étabUt l'inquisition dans ^n duché ; mais Vaction de ce tribunal fut plus importune que cruelle.
Cependant Parn^ie et P]ai$anAe continuaient doflVir au voyageur un spectacle intéressant de paix et d'activité. IL'armée autrichienne avait reçu depuis peu le faible contingent du>
'79^- Bourbon à qui cette petite et douce souveraineté était échue en partage.
Rome. Clément XIV avait honoré le trône pon-
tifical par ses lumières et sa sainteté ; mais , fidèle a des habitudes monastiques^ il n'avait jamais annoncé un souverain.
Le cardinal Ange Braschi parut propre à relever la splendeur trop éclipsée de ce trône. La majesté de ses traits et de ses manières montrait en lui le double caractère d'un pontife et d'un souverain. Une magnificence éclairée et judicieuse se joignait en lui à une piété qu'il professait sans une austérité chagrine^ et qu'il prouva par son martyre. Déjà il avait donné un témoignage éclatant de son zèle dans le voyage qu'il fit à Vienne vers l'empereur Joseph IL II s'agissait pour lui d'obtenir la .révocation de certains édits^ de certaines mesures qui alarmaient l'Église. On sait de quels respects l'empereur couvrit un refus opiniâtre. Les discours que lui tint Pie VI ont été conservés, et sont empreints d'une éloquence douce et pathétique.
Le nom de ce pape vient se joindre à ceux dés pontifes qui ont le plus fait pour la grandeur et l'utilité de Rome chrétienne. Il conçut^ et Ait près d'achever une des plus belles
entreprises, où le génie des sciences fat ap- i795pelë a seconder une bienfaisante administration, le dessèchement des Marais-Pontins ; salutaire conquête qui réparait celles des Romains. En détruisant les villes volsques, ils avaient privé un sol insalubre des efforts renaissans d'une population courageusement agricole qui luttait sans cesse contre le cours de quatre torrens dévastateurs , dont les eaux ne trouvent point d'écoulement vers la mer, du côté de Terracine. Il est vrai que les Romains se chargèrent dé remplacer, avec la magnificence et la solidité qu'ils portaient dans tous leurs ouvrages, les travaux des peuples qui avaient disparu sous leur terrible droit de guerre. La voie du censeur Appius fut construite : mais, dès le temps d'Auguste , elle dominait seule sur les Marais-Pontins ; les maîtres dumonde eurent souvent a réparer cet ouvrage utile, mais insuffisant. Les Barbares détruisirent tout , et le fléau que les Italiens ont nommé la cattwa aria^ régna sur des sites délicieux, et vint infecter la capitale même. Pie VI porta dans son entreprise une persévérance et un courage dignes d'un bienfaiteur de son peuple et de l'Italie. « Chaque année.
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1795. « dit M. du Rozoir dans une intëressante (( biographie de ce pontife, il venait^ au péril i< de ià vie , passer quelques jours sur cette « terre de désolation , que le voyageur, porté « dans un char rapide, âe trav^sait alors ce qu'en tremblant. »
La révolution fi^ancai^e força Pie VI d'în— . terrompre ces travaux, lorsqu'il était près d'en atteindre le terme. Ils ont été depuis visités, et même repris par des îngénierirs français, auxquels Bonàpai^te atart âorthé cette mission. Le savant Froni a refcoitnii quelles hautes lumières avaient présidé h ceîf vastes travaux.
J'ai parlé ailleurs de la touchante hoâpifalité exercée par Pie VI enve'rs toutes lèi^ victimes de la révolution française. S'il condamnait, avec la sévérité inflexible d'un chef dé* rÉglîse, la constitution civile du clergé ^ il ne croyait pas cependant les temps favorables pour susciter une croisade contre un gouvernement dont il ne fallait pas irriter lèis fureurs sacrilèges. L'assassiiifat de l'agent français Basseville fit gémir le cœur du pontife qui n'avait pu ni prévoir ûi arrêter cet excès dé la fureur populaire. Dès ce moment,
les menaces et les imprécations de la repu- 1795. blîque ne cessèrent plus de tonner sur le srége pontifical ni sur le saint pontife.
Pie VI avait été forcé de joindre ses faibles armes à celles de l'Autriche.
Lorsque en /750 Charles de Bourbon, roi ^"^^" des Deux-Sîcîles, fut appelé au trône dTEspagne, qu'il remplit avec une haute sagesse, il céda son premier royaume à Ferdinand ÏV, le second de ses fils, qui n'avait que neuf ans. • Ce jeune roi, dont l'éducation fut négligée, montra du bon sens, et même plus de finesse qu^on n'en pouvait attendre des goûts vulgaires auxquels il paraissait livré. Il se fit napolitain, communiqua familièrement avec ses sujets, et ne dédaigna pas les Lazzaronî, cette bizarre espèce de prolétaires, race indolente et robuste, qui, sdus le climat le plus favorable à la paresse, a trouvé le secret de réduire au plus bas degré possible ses besoins, son travail et. ses devoirs; qui sort, comme les sauvages , d'une complète apathie par des emportemens terribles, mais dont la colère n'a guère plus de durée que celle dès enfatis j race superstitieuse, sans piété, et qui rend plus de culte à saint Janvier qu'à Dieu même.
Le règne de Ferdinand IV fut long-temps
128 HISTOIRS
1795. une époque heureuse pour les Napolitains é Herculanum etTompeîa, arrachées depuis le commencement du siècle aux cendres du volcan qui les avait englouties , montraient en quelque sorte l'antiquité toute rivante ,^ et attiraient le plus vaste concours d'étrangers. Ferdinand IV s'était dégagé d'une manière fot*t habile des tributs plus humilians qu'onéreux qui rappelaient la prétendue suzeraineté du Saint-Père. Dans son administration il ne s'était point montré étranger aux lumières nouvelles qui se répandaient en Italie , et surtout dans ses États ; les vestiges de la féodalité allaient toujours en s'affaiblissant.
Son épouse, Caroline d'Autriche , compromit un peu cette félicité naissante par ses goûts somptueux. Le ministre Acton s'éloigna de la sage économie de son prédécesseur Tanucci. On voulut avoir une armée et une marine d'apparat. La reine était d'un caractère altier et passionné jusqu'à la violence. Les outrages faits à la reine de France ^ sa sœur , les périls et la fin déplorable de cette princesse agitaient si vivement son âme , qu'il lui était impossible de garder aucune mesure , même en présence des agens du gouvernement français.
DU DIRECTOIME EXÉCUTIF. 129"
Ferdinand IV, en voulant la paix, fut 1795.
entraîné à la guerre* Ses troupes qui avaient paru au siège dq Toulon y s'y firent admirer par leur brillante tenue plutôt que par leur ardeur militaire. Du reste elles montrèrent une compassion active pour les Toulonais abandonnés, et en sauvèrent plusieurs.
Les troupes napolitaines étaient maintenant réunies à l'armée autrichienne. Nous les verrons peu figurer dans les combats*
Lie duc de Modène figurait aussi parmi les Modène. alliés de l'Autriche et les défenseurs de l'Italie. Ce prince était le dernier rejeton de cette famille d'Esté, à laquelle les deux plus grands poètes de l'Italie ont prodigué tant de louanges hyperboliques , et qui , par ses nobles goûts , sa politesse et sa magnificence , et quelquefois même par des faits militaires , avait soutenu la gloire de cette belle contrée. Hercule d^Este avait hérité de l'esprit juste et pénétrant de ses aiicétres. Comme il avait , même avant les terribles développemens de la révolution française, prévu les orages qui menaceraient ' tous les grands états, et qui pourraient sur^ tout engloutir les petits , il s'était occupé avec un soin constant, et poussé peut-être jusqu'à une coupable avarice , de se former un trésor
t30 IIISTOIIIIL
1795. qui pût à tout événement le dédommager
d'une souveraineté perdue. Il obtint ce trésor
qui ne fut pour lui qu*un nouveau sujet
d angoisses dans une longue fuite.
Lacques et La république de Lucques tie prenait point
Satat-Marin. 1 « 1 • •
qe part a la guerre , et paraissait se reposer sur le respect que sa vieille liberté , son esprit de paix , et mé^me quelques unes des formes démocratiques de sa constitution devaient inspirer aux nouveaux et fougueux zélateurs de la liberté. Saint-Marin > la plus petite , la plus sage et la plus paisible de toutes les républiques . qui aient jamais existé, partageait cette confiance , et seule ne fut point trompée dans son espoir.
Venise. Quaut à Ta puissante république de Venise,
la sécurité qu'elle goûtait, ou qu'elle affectait , était un phénomène fait pour démentir l'opinion d'une profonde sagesse attinbuée à ce gouvernement. Comment le sénat n'avaitil pas entendu ces cris de malédiction qui retentissaient dans les dix mille clubs de la France, et souvent même à la tribune^ contre son aristocratie soupçonneuse , contre ses inquisiteurs d'état, son conseil des Dix et les horribles mystères des prisons , où la mort se donnait sans bruit, sans appareil? Les Jaco-
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bins ne pouvaient se lasser de citer Ve- 1796. nise, quand ils voulaient définir le gouvernement aristocratique , et vingt ou trente hommes enfermés arbitrairement dans les cachots de cette ville soulevaient ces fondateurs de dix mille prisons d*état.
Ce noble ambassadeur de Venise qui donna, au To août y une intrépide hospitalité h plusieurs royalistes fugitifs , eût dû tracer à so|^ gouvernement la politique qu'il aurait à tenir. Mais, copame pour excuser l'imprévoyance ou la faiblesse de plusieurs princes , les aristocraties les plus vantées donnèrent à l'envi des exemples d'une conduite irrésolue et pusillanime. Si Berne et Fribourg n'armèrent point pour venger le sang des héros qui avaient péri dans cette journée , peut-on s'étonner que Venise se tint immobile?
A la vérité, cette république conservait une défiance héréditaire contre l'Autriche; et en passai^t sous ses lois comme alliée, elle craignait d'être bientôt traitée en vassale et peut-être en sujette. Cette crainte était si généralement répandue parmi les vieux sénateurs, que ceux qui faisaient le plus profession de détester les principes de la révolu- • tion française, ne proposaient qu'une neu-
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179S. tralîté armée. Le procurateur Pezzaro était le plus ardent à proposer ce parti. Mais on le^ soupçonnait de quelque attachement secret pour l'Autriche. Le provéditeur Battaglia était sans doute bien éloigné de pencher , pour la France; mais, dans des discours étudiés^ fleuris^ et qu'accueillait ayec trop de complaisance la mollesse ou l'égoïsme des ]|^eux patriciens y il éloignait toute idée de danger, prétendait qu'on serait toujours à temps pour repousser une invasion peu. vraisemblable , déclarait Venise la ville imprenable, et craignait qu'un mouvement d'armes anticipé ne devint un prétexte pour les desseins ambitieux des puissances belligérantes. -
Le sénat prit le parti de ne point troubler ces jeux et ces plaisirs qu'il avait fait entrer .dans les mystères de sa politique. Au milieu de l'effroi général du monde, on prolongeait encore ce licencieux *carna val où s'étaient perdues depuis long*temps les mœurs de la république. Ce singulier et déplorable mélange d'espionnage et de débauche avait réagi sur de soupçonneux aristocrates. S'il y a une -arme &ite pour blesser la main qui l'emploie, c'est la corruption.
Il est vrai que dans les lagunes le gouver-
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nement de Venise était aimé avec une sorte 1 79S* de passion par le peuple qu'il avait dépouillé de tout droit politique. Mais ce gouverti&r ment pesait depuis plusieurs siècles aux kabitans et au? nobles dé la Terre-Ferme.
Padoue subissait à regret > et presque en firémissânt^ les lois d'une ville qu'elle tronsidératt comme une colonie sdrtie dé son sein ; c'était une mère opprimée par 6a fîUe.
Veiiise , depuis long-temps déshabituée de la guerre ^ prenait trop peu déxonfiànce dans ses forces. Elle s^'étonnait elle-même d'avoir à la fois pour sujets des Italiens, des Albanais, des Dalmates, dès Esdavons et dés Grecs.
Mais les Esclavons , peuple de soldats, auraient pu seuls répondre de la sûreté de Yenisâ, n ellb lès eût ténus constamment sons les
armes.
Dès que le ràg^ne dé la terreur eut cessé paimi nous, Venise affecta de croire que la nouvelle république un peu calmée s'appro^ dierait par- d^i^és de ses principes. £Ue se bâta d'envoyer un ambassadeur: à la Contention même. Querini ^ chargé de dette mission, vint psésetiterfies lettres de créaoceià'labtarrë de cette assemblée. * L'homsna^e de Yeàise futreftu avec une jperfîde cordialité^ et l'am^
i34 iiiSTornF.
»795- bassadeur reçut du président l'accolade fraternelle. Un peu plus tôt, on lui eût offert le l^onnet rouge. Ce premier pas engagea le sénat à des complaisances plus avilissantes.
Bientôt le Directoire lui intinia Tordre d'expulser de son territoire le roi Louis XVIII ^ ^que la politique européenne ^ dans ses froids et défians calculs, tenait relégué à Vérone.
J'ai parlé plus haut de ce fait.
Dès que le Directoire eut yu combijen il était craint y il se regarda comme sûr de tout obtenir d'un gouvernement qu'il commençait à mépriser.
En plaçant tous ces faits dans une seule digression , j'ai voulu éviter à mes lecteurs la fatigue de plusieurs digressions partielles, qui m'auraient arrêté dans le récit rapide de nos victoires en Italie.
Cette digression, il faut que je la prolonge un peu pour en atteindre le but. Examinons < les Italiens du dix-huitième siècle sous^ les
rapports qui oonstitueiit les nations : art militaire, navigation, commerce, moeurs^ sciences et littérature , tels sont les objets de la dernière partie de cette revue historienne. % La patrie des conqûé^ans du monde n'avait plus d'autre armée digne de ce nom que des
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troupes piémontaises y dont la valeur avait ,179a. dégénéré. Il faudrait bien se garder d'en conclurie que le courage et l'esprit militaire* fus-* sent devenus des qualités incompatibles avec le caractère des Italiens modernes. N'avaientils pas produit lesDandoIo, les Morosini, les André Doria et les Montecuculli ? Machiavel lui-même n'avait-il paa^ dans son Traité sur Fart de la guerre, développé des vues profondes, et même un certain génie d'invention ? Dans des jours récens , n'a-t-on pas vu , sous Bonaparte y des troupes italiennes com* battre à côté des troupes françaises , et sou» tenir plus d^une fois iin parallèle si difficile?
Le génie de la navigation sommeillait depuis long-temps dans la patrie de Christophe Colomb. Le commerce de Venise s'était laissé frapper de mort depuis la découverte du cap \ de Bonne-Espérance. Cette république montrait encore avec orgueil quelques vaisseaux qui restaient oisifs dans ses ports^ et célébrait encore la cérémonie ridicule de l'hymen de son dôge avec la mer Adriatique. Mais il ne lui restait plus même de débris d'un trident qui s'était sitôt brisé dans ses mains.
Plusieurs nations , mais surtout l'Angleterre f la France , les Pays-Bas ^ les villes an«-
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795. séatiques avaient imité , surpasse^ et presque fait tomber en ptibli les heureuses créations de f industrie matiufac^unère des Italiens. Le port de Liyourne était fréquenté ; mais il ne , faisait qu'attester l'empire .maritime de l'Angleterre 9 qui en. avait âiit un de ses premiers entrepôts.
Les étrangers qui arrivaient en Italie , prévenus d'alarmes sur la jalousie dés maris ^ s'étonnaient d'avoir ^ les accuser le plus souvent d'une complaisance excessive. L^usage des eai^aJiers sentons ^ ou du sigisbéisme , ne leur paraissait qu'un voile trop léger donné à l'adultère. Mais il s'en &llatt de lieaucoup que tous les étajts et toutes les familles eussent admiis une cohvention si suspecte. La jalousie se manifestait dé temps en lemjis par des précautions craintives^ ou par de subits et terribles édats.
. Les Italiens n'avaient que tn^ conservé la passion de la vengeance > souvaiir affreug^ des guerrbs entre iès Guelfes et les Gibe-^ lins. Ce n'était ^oint par le duél^ c'était tro{> souvent par l'aâsassinat que cette passion s'as-^ souvissait encore 1 Le droit d'asile accordé à des meurtriers avait profiiné ia Tdiigioii et ses temples. La police > dans plusieurs états ^
DU DIRECTOIRE BXIÉCUTIF. 187
n avait point fait une guerre assez active à des assassins ^ui trafiquaient hautement de leurs crimes. A Naples et à Borne , elle savait mal sévir contre le brigandage qui infestait , les routes. C'était là un sujet de plainte ré«' peté et trqp légitime de la part des Anglais et des Français qui Tintaient l'Italie. J'ai vu un relevé fyxt par ub agent dipfomatique k la cour de Rome ^ de to8s les mettMred qui . s'hélaient commis dans celte ville en quinze années* Le nombre en est si effrayant , qu'il m'est impossible de we pas jnger le rapport calomnieux. L'hiitoire doit d'ailleurs rejeter le témoignage d'un agent d'insttrrection^ qui était intéressé à 4^^^i* l'^u^^îi^^ pontificale , pour détràner et livrer au. làQartrjrre un pontife éminent en vertus, en sainteté.
Le brigandage était mieux réprimé à Venise y dans le Milanais , en Piémont , et surtout à Parme ^ à Lucques et en Toscane. Ces deux derniers états passaient, pour être ceux de toute l'Europe où il se commettait Iç moin^ de d^ts»
Que d objets de méditatkm et quelles sourtes variées de jouissance . n'ofirait pas cette Ilaliis à des voyageurs passionnés pour le beau ! L' Aurais sentait, pour un moment, mourir Thé-^
1 795* régie dans soncœur ; le jeune Français abjurait sa précoce incrédulité , lorsque Pie YI , du hau t *du Vatican , donnait sa bénédiction à l'univers » Depuis Bolc^e ou Florence jusqu'à Venise et jusqu'à Rome, on ne rencontrait plus qu'un peuple spirituel y mobile , peu studieux, peu éclairé , et pourtant capable de profondes combinaisons. Les saillies, chez ce peuple , étaient intarissables , mais se terminaient trop souvent , en concetti^ Une improvisation exempte de subterfuges, et visible émanation d'un beau ciel et de grands souvenirs , semUait rappeler à l'imagination les jours de Linus et d'Orphée. La politesse avait de l'excès, et se répandait en des complimens poussés jusqu'à des hyperboles ; elle dénotait une bienveillance facile à s'allumer et facile à s'éteindre. Partout les arts semblaient soutenir la rivalité avec la plus belle nature. La figure des Romains, même dans la classe du peuple, reproduisait à l'ima- ^ gination les plus nobles traits de leurs ancêtres^ On voyait les Italiens dans leurs spectacles , auprès de leurs monumens, tantôt jouir avec transport, tantôt avec une gravité éloquente. 11 fallait aller chercher dans leurs cabinets ou dans leurs ateliers des littérateurs, des savans ou des artisi es , qui venaient plus rarement que
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parmi nous dans des sociétés brillantes. Mais y 179^* dans ces visites j ils s'exprims^ent avec feu , avec abandon y avec une verve brillante ^ et laissaient un long souvenir dans Fâme de leurs hôtes passagers. Les voyageurs anglais et français ne se piquaient pas beaucoup de reconnaissance envers le peuple qui les avait reçus. Comme ils étaient les uns d'une humeur assez frivole^ et les autres d'une humeur assez arrogante y ils faisaient trop souvent acheter par d'injustes dédains l'or qu'ils répandaient sur 1 eur passage. Le récit de leur voyage était quelquefois un titre d'accusation contre les Italiens. L'absence de l'esprit militaire était ce qui les choquait le plus. Ne devait^on pas sourire lorsqu'on entendait ces voyageurs reprocher aux Romains de n'être plus occupés de la conquête du monde , comme s'il leur tardait que de nouveaux conquérans vinssent donner des fers a leur patrie ?
Depuis un siècle et demi , la littérature italienne touniait en satellite autour de la nôtre. Il avait bien fallu qu'elle reçût l'impulsion de l'esprit philosophique. Toutefois, soit, que le sentiment religieux eût des racines plus profondes dans les lieux ou les arts prodiguent tant de merveilles pour l'exalter, soit qu^ les
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1 195. auteurs fussent tenus à plus de réserve près de la capitale du monde catholique , les Italiens évitèrent une 4X)upaUe profession de l'incrédulité^ ou du moins ils n^en laissèrent échapper les saillies que dans le conte > genre depuis long-temps voué à la licence. L'abbé Casti donna ce scandale ^ et l'empereur d'Allemagne (Joseph II) oonormit l'inconséquence de le protéger, et peut'^tre de sourire à des productions plus dangereuses au dîx4iuitîème' siècle qu'au ' temps de Bocaoe.
L'esprit de oritique se porta vers de hauts objets de jurisprudence et d'administratiom Lemarquirde Bèccària, né à MSlan, publia le fameux traité des déliti et des peines. Cet ^ ouvrage était dirigé contre une jurisprudence criminelle qui , dans tous les états de l'Europe^ offrait de déplorables-' traces des temps barbares où elle avait été conçue» Les philo*sophes, en le lisant, poussèrent des cris de joie et d'admiration. L'auteur fut placé presque sur la même ligne que Montesquieu. Cet ouvrage avait un but Utile ^ et le remplissait dans plusieurs parties. L'humeur, l'exagéra^ tion, je ne. sais quelle teinte d'obs^rurité ambitieuse , un ton impérieux et tranchant lui donnaient un vernis favorable à son succès.
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Après avoir pubUé cet ouvrage, le marquis X79^de Beocaria s'eaferma dans un profond silence y soit par la crainte d'un destin moii^s brillant pour ses autres écrits y soit par celle de sacrifier son repos à sa gloire.
* Le napolitain Filangieri s'annonça bientôt comme son continuateur. Ses idées étaient développées avec plus d'étendue et de méthode ; mais son style peu entraînant ne lui valqt que de l'isstîme.
Un autre napolitain, l'abbé Gagliani, avait fait les délices des soupers de nos philosophes , par des saillies intarissables et quelquefbîis bouffonnes ; il ne leur épargnait cependant ni la contradiction ni le sarcasme. Mais on espérait tout d^un abbé qui soupait avec Diderot et le baron d'Holbach. Ses lettres sur le commerce des grains eurent , a Paris y une vogue qui ne décida point sa paresse à un nouvel effort.
A Milan 9 à Bologne, à Ferrare, c'étaient des travaux scientifiques qui exerçaient le phis les esprits. Malpighi, Spallanzani, Fontana, et depuis Volta et Galvani, rendirent un nouvel honneur à la patrie de Galilée. Ils se livrèrent à des recherches curieuses et profondes sur l'histoire naturelle et les phéno-
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1795. mènes physiques. L'espoir de la résurrectioa et d'une immortalité matérielle nous vint de ce côté. Dès qu'on sut que, par le moyen de réiectricité, le mouvement avait été rendu aux membres coupés d'une grenouille^ la philosophie parut se flatter que la science parviendrait à briser l'empire de la mort.
Il ne faut pas oublier que l'un des plus grands géomètres du dix-huitième siècle , Lagrange, appartient également à l'Italie , quoique sa patrie adoptive ait quelques droits de le réclamer.
^ L'érudition était toujours cultivée avec succès I et mênie avec gloire, dans un pays où ses premiers travaux nous ont valu et la découverte et l'intelligence de tant de beaux ouvrages de l'antiquité. Il nie suffit de citer ici l'illustre Visconti, que nous avons vu long-temps parmi nous , et dont nos savans ont admiré l'esprit sage, étendu, lumineux.
Un homme d'un caractère encore plus ardent que son génie, le , comte Alfieri, né piémontais, cherchait, dans toutes ses productions , à réveiller les Italiens de cet état de langueur qui les livrait à tant de maîtres étrangers^ ou à des lois sans vigueur, et pourtant oppressives. Plein d'horreur pour
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tin ton énervé qui alors dominait en Italie', i795' «t qu'il regardait comme une][note honteuse de l'esclayage copimun , il affecta dans son style de se rapprocher des poètes qui avaient dissipé les ténèbres du moyen âge , et c[ui en partageaient un peu la rudesse. Le Dante était son modèle. Le louable désir de rendre à cette belle langite la virilité de ses premiers temps y avant Alfieri, avait animé Maffei, l'auteur d'une Mérope qui a si heureusement échauffé le génie de Voltaire; et de nos jours , il anime encore Monti et Sgrigi, ce merveilleux improvisateur. Alfieri se piqua > dans ses tragédies, d'enchérir sur la si<mplicité des anciens. Ce système.poussé à l'excès lui donna trop souvent un air de contrainte ou de monotonie; mais* sa touche était hardie , imposante ; son dialogue étincelait de verve , et manquait rarement de profondeur. Un sentiment patriotique était la commune empreinte de ses tragédies et de toutes les productions sorties de sa plume. Fier et somptueux dans ses goûts, il parcourait la France et l'Angleterre avec ostentation^ recherchant des suffrages qu'il paraissait dédaigner ensuite. On le vit souvent debout sur un char, dont lui-
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1795- môme conduisait le superbe attelage, faire à Loadres et à Paris une entrée de triomphateur.
En Italie y les princes l'honoraient ^^ans paraître le craindre. Le succès de ses tragédies n'allait jamais jusqu'à l'ivresse populaire f et les Italiens semblaient plus occupés a décorer leur esclavage qu'à s'en délivrer.
Alfîeri semblait un précurseur«né de la révolution f en Italie. Mais à p^ne la vit-il éclater parmi nous, qu'elle lui causa autant de dégoût que d'horreur. Sa haine devint bientôt de la rage. Le nom français lui fut insupportable.
Nos armes triomphantes , nos mœurs , notre littérature , notre langue même furent en butte à ses malédictions qu'il ne se donnait pas même la peine d'aiguiser en sarcasmes. Cette fureur continue le décria même parmi ses concitoyens.
Alfieri n'était point le seul qui eût rendu un lustre nouveau à la littérature italienne. Le vénitien Goldoni avait obtenu des succès multipliés dans , un' genre ou les Italiens ne pouvaient encore citer avec complaisance qu'un ouvrage de Machiavel. Cétait un esprit facile et fécond qui finissait avec trop peu de
soin des tableaux heui^euseraent commencés. i795* Vers le milieu de sa carrière, il quitta l'Italie qui pourtant lui avait donné une magnifique récompense , en le surnommant son Molière.
La France fut sa patrie adoptive^ et cette adoption, il la scella par une de ses plus agréables productions, le Bourru bienfaisant y qu'il écrivit dans notre langue et dans notre goût le plus pur.
Métastase , quoique doué d'une imagination brillante et féconde , et d'un coloris plein de grâce , n'avait que trop élevé l'opéra sur les ruines de la tragédie. Dès qu'il eut fait chanter Gaton, il ny eut plus de bornes apx invasions de la poésie lyrique et du chant.
Les musiciens portèrent si loin le charme de leurs compositions dramatiques , que les Italiens arrivèrent bientôt k une honteuse in^ différence sur l'élégance ^ la pureté ; et même sur le bon sens des poèmes qui leur servaient de canevas. Ce siècle» fut celui des Pergolèse, des Leo^ des Durante , qui trouvèrent d'admirables continuateurs dans les Piccini^lcs Saccfaini, les Paèsiello et les Cimarosa.
La musique italienne subjugua l'Europe , et^ ne fît pas sans diSiculté la conquête de la France. J'ai rappelé ces futiles débats qui pré*