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179S. cédèrent de si peu la reTolution. Les cours des moindres potentats furent ornées d'un opéra italien; triste privilège pour une nation héritière du Tasse et de T Arioste , qui ne régnait plus par l'empire de la littérature. Cette frénésiely*rique amena en Italie un raffinement absurde et atroce , et qui prouve que la mollesse peut être compagne de la cruauté. Quelques eufans infortunés furent soumis à une infâme et dangereusemutilation, pour que leur voix en acquit plus de charmes. Cet usage que l'Italie seule pratiquait, et qu'on s'étonnait de n'avoir pas vu foudroyé par l'Eglise , transportait dans une des plus riantes contrées de l'Europe l'abjection de l'Asie. Du reste , cette passion générale pour des chants d'une mélodie trop délicieuse ne concourait-elle pas ^ux langueurs de la nouvelle Italie? Je laisse cette question à résoudre à ceux qui oat étudié profondément , dans les écrits des anciens , les effets d'une musique fière , ou ceux d'une mélodie qui veille trop à chatouiller les sens.
L'Italie, devenue l'école indispensable de la peinture , avait cessé de produire des chefsd'œuvre dans un art où elle a tout surpassé ; mais Tadmirable et fécond Canova rendait alors à la sculpture moderne l'éclat qu'à sa nais-
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sancç qU(3 avait reçu du fier Michel- Ange* 179^*
Le désir d'une révolution n'avait pas été préparé en Italie, comme en France , par une fermentation littéraire de plusd'un demi*«iècle. La foi^ quoique relâchée, n'avait pas été attaquée dan9 ces y^^^m&è. Le peuple français avait été entraîné dai|3 iine révolntipn, coorme em> porté par d^s force$*surabondantes; le peuple italien n'y pouvait tomber que par épuisement et par cette vague fantaisie dnp malade qui voit quelque lueur d'espoir dans un change^ ment de position. Du reste , le malaise de ce peuple ne consistait que daq^ un système po-^ lîtiqu^ qui laissait tous les peuples isolés, et par conséquent plus ou mpius faibles. L'agriculture prospérait dans la Toscane , le Piémont et même le Milanais, quoique encore assez loin des vastes progrès où elle s'est élevée depuis* Le système d^s irrigations montrait la plus lieureuse af^lication des connaissances hydrauliques à l'économie champêtre. On aimait à vpir le superbe Pô et les rivières si nombrw^es et si belles qui , des Alpes et des ApeAuins/lui apportent \^wv% tributs, contenus par des digues , des écluses , et n'ofirir le |Ju$ souvent que des torrena assujettis. Une éconoi^iie sûre veillait à \à garde 4e& vieus^ ca-
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n9^- pitaux. Le haut clergé était riche, considéré, et livré à des goûts splendides ou aftnables. Les monastères n'étaient que trop bien dotés. Les nobles s'étaient peu rendus les tributaires des cours : leur faste ne consistait que dans un trop nombreux domestique chétivement payé. On ne rougissait pas d'une table très frugale dans des palais de marbre.
(Jn air de fête régnait dans la plupart des campagnes, et surtout dans celles que fertilisent le Pô et ses rivières affluentes. Les fermiers de la Toscane n'avaient point à envier le sort des fermiers même de l'Angleterre. Le spectacle de la mendicité était choquant sur les routes ou dans les grandes capitales. C'était pourtant en Italie que les dernières classes du peuple avaient le moins à souffrir, soit grâce à la douceur d'un cliniat qui borne les besoins, soit grâce à l'excessive prodigalité des secours que la piété a fondés pour elles. Enfin y sans parler de la fnagnificence un peu sérieuse et monotone de Turin , des pals^is si vantés de Gênes , da mouvement animé de Milan , des plaisirs et de la grandeur de Venise, de cette triple majesté dont là religion, l'histoire et les plus grands monumens des beaux arts couvrentja
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métropole du monde chrétien , de cette vue ^19^et de ce ciel de Naples , qpi donnent le bonheur et le renouvellent tous les jours ; sans parler de Ferrare illustrée par la maison d'Esté et le séjour du Tasse et de l'Arioste , de Vérone et de son magnifique théâtre , il n j a pas dans cette belle contrée une bourgade qui, par ses monumens et ses ruines , ne semble dire : Je fus riche et puissante ; je fus libre.
L'armée française que Ton nommait par Bauiiic de anticipation armée d'Italie, avait déjà untsnov. 1795. grand titre de gloire, puisque c'était elle qui avait reconquis Toulon survies armées et les escadres anglaises , espagnole^ et napolitaines. Dirigée vers les Alpes, elle avait livré de brillans combats, surtout à Saorgio et à Cairo, et Bonaparte sj était distingué en dirigeant rartillerie. Rewbel en fît confier le commandement à Schérer, qui lui était tout dévoué. Il sembla d abord que c'était à ce général que la conquête de l'Italie allait lètre réservée. Avec une armée inférieure en nombre à celle des Autrichiens et des Piémontais réunis dur la cime des Alpes , il osa leur livrer l>ataiUe à Loano, le ^3 novembre 1796. Les dispositions des Autrichiens avaient été déconcertées par la maladie subite de leur général Devins*
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1796. Wallis, qui le remplaçait^ se vit attaqué avec toute la fureur du courage français, et fit t successivement chassé de ses postes les plus sûrs. Les généraux Masséna , Augerëati, Serrurier, La Harpe, Cervoni, firent partout des prodiges; le premier fat regardé par les soldats comme le véritable vainqueur de cette journée. Schérer se montra peu digne d'une victoire qui lui avait valu la prise d'une grande partie de l'artillerie autrichienne ou piémon- ' taise, et qui avait coûté aux àlHés huit itiille hommes tué^^ blessés ou faits prisonniers. Il manqua d'audace et de vigilance pour accabler et couper les deux armées fugitives. Ses soldats, que de longues privations disposaient à là rapine , et même k la cruauté, se souillèrent d'excès qui armèrent contre eux le peuple des campagnes. L'hiver exerçait toutes ses rigueurs sur des monts escarpés. Le quartier-général fut bientôt reporté à Nice , et iSchérer fut rappelé ateC justice, au sortir d'une victoire éclatante , qui n'aVàît eu que de m^àuVais résultats.
1 796. Le nouveau général, Bonaparte, arriva h Nice le 27 mars 1 796. L'état de dénûment et de misère ejttrème dans lequel il trouva l'armée , loin de Tefirayer, s'offrit à son esprit comme
DU DIRECTOI&E EXÉCUTIF. 1 5 1
un moyen de triomphe ; et voici le premier ' 79^discours qu'il tint k ses troupea :
V Soldats, TOUS êtes nus, mal nourris; le « gouvernement vous doit beaucoup ^ il ne <c peut rien vous donner. Votre patience, le « courage que vous montriez au milieu de ces f( rochers sont admirables ; mais ils ne vous (( procurent auc une gloire; aucan éclat ne rec( jaillit sur vous^ Je veux vous conduire dans c< les plus fertiles plaines du monde. De riches tf provinces, de grandes villes 'seront en votre « pouvoir ; vous y trouvère.* honneur, gloire (( et richesse. Soldats d'Italie, manqueriez- (r vous de courage et de constance? »
Ces mots furent prononcés avec tant d'assurance et de feu , que déjà les plus vieux capitaines ne doutaient plus des promesses d'un géiléral de vingt-*six ans. Et cependant- La Harpe , Augereau , Cervoni , et surtout Masséna^ auraient pu entendre avec ui\ amer dépit une proclamation dans laquelle on semUàit oublier leur victoire de Loanol Leur silence , leur soumission, et la docilité qu'ils montrèrent toujours , annonçaient que Bonaparte les avait conquis dès la première vue«
L'action suivit de près les paroles. Au sortir de la revue, on se met en marche. ï^e quar-
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1796. tier-génëral est transporté à Albenga. Oa s'avance par le col Cadibone. Bonaparte a déjà trompé sur ses desseins le tacticien Beaulieù. Il semble menacer Gènes, quand c'est le Piémont qu'il veut envahir. Beaulieù a marché vers cette république, dont les dispositions lui paraissent chancelantes , et qui pourrait ouvrir un passage aux Français. Ses forces sont divisées , et s'étendent sur un trop vaste terrain; il n'a plus qu'une communication difficile avec le général CoUi qui commande les Piémontais. Le point d'attaque est avidement saisi. Toutefois l'offensive est dangereuse. L'armée de Bonaparte, si l'on ajoute une foi aveugle à ses Mémoires, ne présentait encore qu'un effectif de trente mille hommes, tandis que celle de Beaulieù offrait en ligne soixante^dix mille hommes, et les Autrichiens en formaient presque les deux tiers.
BauiUe de Mais vojci uuc éprcuve pour la fortune de ti avril! 796. Bonaparte! oon premier combat se trouvait engagé de telle sorte , que toutes ses divisions demeuraient coupées si l'ennemi parvenait à s'emparer d'une redoute placée à Montelegino; poste dont le général français n'avait peut-être pas jugé toute l'importance , car il l'avait trop faiblement fortifié et garni de
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troupes. Le oolonel Rampoii y commandait >79^avec une seule demi-brigade^ Le général autrichien Argenteau s'y était porté avec v quinze millç hommes. Bampoti se croit responsable du destin de Tarmée; il communique son intrépide résolution a ses quinze cents soldats; et c'est au moment où les ennemis ^ presque parvenus à la sommité., ne sont plus qu'à la portée du pistolet , qu'il fait ^ prêter aux siens ie serment de mourir dans la redoute plutôt que de se rendre. L'attaque se renouvelle une seconde et une troisième fois, et les Autrichiens sont toujours renversés par une poignée de combattans qu'un homme de cœur semble avoir multipliés. La nuit les trouve encore aux pieds des postes inexpugnables qu^ils' espèrent emporter le lendemain; mais Bonaparte agît à de longues distajiceSy et la résistance de quinze cents héros* lui a permis de développer son plan de bataille dans ses plus vastes combinaisons. Ce même jour y et le lendemain ii avrils les divisions d'Augereau^ de Masséna et de La Harpe, avaient pris en queue et en flanc /
l'armée austro-sarde, tandis qu'un de ses corps continuait d'attaquer l'intrépide Rampon avec la rage du désespoir. Tout fuit ;
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1796- Montenotte, emporte le lendemain^ devient le gage et le nom de cette première victoire. k BeaulieU était venu trop tard de Gênes
pour diriger l'action. Au premier bruit de l'attaque, il s'ëtait porté vivement sur le général français Cervoni, né corde, dont le corps était destiné à lui barrer le padsage. Le combat s'engagea à Vôltri. Beaulieu y obtint ^ un avantage vivement disputé. Mais lededtip de la bataille était déjà décidé à Montenotte , et le colonel Rampon, par son serment républicain et par un com*age digne de Sparte ou de Rome, en procurant à Bonaparte une victoire que tant d'autres allaient suivre , n'avait fait que préparer un maître à sa patrie. Ce n'est qu'un coup d'essai ; mais cette victoire a déjà coûté trois ou quatre mille hommes aux ennemis. Elle gène tous leurs mouvemens* Désormais ils ne pourront plus agir de concert. Beaulieu a l'humiliation d'avoir été dupé d'une fausse meoace. Bonaparte veut que chaque jour soit marqué par un combat et par une victoire. Des passages qui sem* blaient ne pouvoir être tentés que par le désespoir d'une armée vivement poursuivie , sont franchis par l'armée victorieuse qui tratne avec elle son artillerie. Dès le i3, Bonaparte
DU DIBECTOIRE EXÉCUTIF. l55
attaque le$ gorges de Miljésimo ^ et coupe de 1796.
rarmée etitietriie le généf 0I autrichieti Pro- Mmë!i!^o* ^^ yera. i3tTrai796.
A la tête d'un corps franc d'élite autrichien et de quiuisé Cents Piëmontais , ce vieux et vaillant gënëral, dont le marquis de Caretto seconde arec ëclat la bravoure et le dëvoûmiant , tente tous les moyens? d'échapper à Âugerèau qui le poursuit. Il s'approche de la Bormida ; iûai$ cette rivière ^ grossie pat* left orages, était détenue un torrent iftipëtueux. Tout à coup Proverà croit voir son saîut au sommet d'une motitagne où se trouve Fantique château de Cosserià. II réussit à le gravit* aveô sa faible troupe. Dignes émvlës de leu)rs vainqueurs, ses gënétieux soldats veulent imiter l'héroïsme des défenseurs de la redouté de Montenotte.
Les Français ne pouvaient se résoudre à différer l'attaqué , quoique le jour f&t siir son déclin. Lé gédérâl Jôubert , que nous voyons s'annoncer, et que trop tôt nous verront mourir par l'excès du courage, escaladé, avec sept grenadiers , Ces ruines qui sont devenues une forteresse. Resté seul de sé6 compagnons^ et blessé & k tête , il descend sans précipitation. Une nouvelle colonne , comfnandée par
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179^' le' général Ramel^ monte, les armes bas, et dans un morne silence. Ce général est tué aux pieds des retranchemens ennemis. Sa troupe se disperse. /
Malgré ces deux revers et la nuit qui s^approche y l'adjudant-^^générat Quentin tente un troisième effort ; atteint d'une balle , il expire, et ses soldats redescendent précipitamment.
Provera , qu'une telle résistance à couvert de gloire , croit pouvoir respirer à la faveur des ténèbres. Mais ses munitions étaient épuisées; il manquait de vivres. La fatigue et Fardeur d'un combat opiniâtre irritaient la faim et la soif. Pendant la nuit, Provera fit demander à Augereau la quantité d'eau nécessaire seulement aux blessés, et fut refusé.
Cependant Bonaparte veillait à empêcher d un côté les efforts de Beaulieu et de ses Autrichiens » et de l'autre ceux de CoUi et de ses Piémontais pour dégager Provera. Ces deux généraux sont repoussés. Provera, qui du haut de son roc a vu flotter non loin de lui des bannières autrichiennes et piémontaises , se désole de leur timidité , est témoin de leur fuite, et enfin lui-même, accablé de souf-* frances et couvert de blessures , il est forcé de se rendre avec ce qui lui reste de soldats.
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Ainsi ce glorieux émule du colonel Rampon 1796est privé par la fortune de sa réconiipense»
Mais l'histoire ne doit point la lui ravir : trois assauts repoussés presqbe sans artillerie Végalaieiqyt.à ses vainqueurs.
LiC combat de Dégo avait commencé le même jour, i3 avril, et dura encore les deux jours suîvans. Dégo fut trois fois emporté et repris. Dans la nuit du 1 4 au 1 5 avril , des bataillons français, épuisés par leurs efforts, se gardaient assez négligemment dans ce poste. Un des généraux autrichiens:, Wu- Kassowich , s'est aperçu d'un manque de vigilance chez les Français. Il rassemble un corps de grenadiers , marche à leur tête aux faibles lueurs du crépuscule , surprend Dégo » et disperse les vainqueurs de la veille. Masséna s'indigne d'avoir perdu ce prix de sa valeur. Il a bientôt rengagé le combat. Napoléon le suit de près. U faut des efforts extraordinaires pour ranimer des troupes qui s'étonnent du courage opiniâtre de leurs ennemis. Deux généraux qui venaient d'arriver des Pyrénées , Causse et Bonnel , se dévouent les premiers , et sont tués. L'adjudant-général Lanusse , que nous aurons souvent à nommer dans les campagnes d'Italie et d'Egypte,
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179$. met son chapeau au bout de son épée^ et s'élauce. Un chef de bataillon, Lannes, celui qui sera bientôt le Roland du npiiveau Chîirl^magne» f^it connaître sa prodigieuse bra-*« voure. Dégo est enfin repris. ^
Beaulieu se retira en laissant la moitié de sa petite armée prisoimière , çt toujours cQm-* battant avec le rçste. U fallut dàç^Iors qu'il abjurât toute témérité deyaqt le général frao* çais. Sa retraite vers l'armée piéniontaise était coupée* Il fuit précipitamment par les routes d' Acqqi et de Gravi pour aller se couvrir des remparts de Tortone. Heureux $'il y reçoit quelques renforts dés armées dii p;aipe et du roi de Naples !
Trompé dans ses calculs , repoussé dans ses plus valeureux efforts , ce général ^qcuse la fortune» qui» à la guerre > 3e plait à humilier les cheveux blancs. Il se plaint du c^bi^et d^ Vienne, des Piémontais» et sujrtout il fulmine contre un de se$ Ueute^ans que le mi^
nisiière lui a imposé, contre uii giénér^l courtisan, d'Argenteau, àqui J'^rméei^Utriçhiepoe imputait déjà les. m^lheur^ de la joijraée de Loano , et qui avec un corps de qpinjise mille hommes , à la bataille dç Mo^|enotte , n'a point su réduire Bampon , à celle de Mille-
DU DIRECTOIRE EXÉCUTIF. I 5g
siraoy n'a pu ni seconder le vaillant Wu- 179^- K43Sowich ni dégager l'illustre Proyera.
Beaulieu 1? £»it ^rrêt^r et coaduire à Vienne. Dans sa dé^res^, il médite les stratagèmes d'un partisan; Bonap^^rte médite ceux d'un géneraL
Jç yai^ c^iiçr le$ Ql^pre^sions du héros de cçs brillante JQuraëes.
u Ce fiit pn spectacle spblim^ C[ue l'arrivée K de l'armée sur les h^viteqr^. de Montese- « molo : de là ^Ue découvrit les immenses (( et fertiles plaineg du Piémont. Lei Pô, le a Tanaro, uiie fq^h d'autres rivières serpen*i( taient au Ipin; cçtt^ çeint,ure blanche de « neige et dç glace , d'une prodigieuse élé* « vatiOQf cçrnajil à l'horizoQce riche bassin u de la terre prQmise. Ces gigantesques barr « rières q|ii paraissaient les limii<^ d'un autre K monde, que )a uaturQ s'était plu à rebdre u si formidables^ auxquelles l'art n'avait rien a épargpéy venaient de tomber comme par (( enchantement. Aupibal a fçrcé les Alpçs, u dit NapoléQu en fixant ses regards sur ces H mpntagnes; nons, nous les avons tournées! >>
Les PiémontaiP vont supporter loujt le Batanie de poids de lavmee victorieuse. Le u% avril, ils ai avril 1796. sont atteints à Moudovi. C'est encore Colli
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tr^gS, qui les commande. Il a perdu le cinquième de son armée et une pattie considérable de son artillerie, et ne voit plus d'Autrichiens pour Tappuyer sur ses flancs. Il se retranche sur les bords du Tajiaro pour protéger la forteresse de Ce va. Déjà Bonaparte a conçu la manœuvre qui lui vaudra de si prodigieux succès dans une autre partie de sa carrière y et qui, pour son désastre, sera enfin employée contre lui : c'est de^e placer avec audace entre l'armée ennemie et la capitale qu'elle défend. Mais CoUi jugea cette manœuvre, porta plus loin ésl position, et sut se défendre pendant un jour contre les divisions Serrurier et Augereau. Appuyé encore uùe fois sur le Tanarb, au confluent de cette rivière avec celle de Cursaglia, il en savait garni les bords de batteries ; ses lignes s'étendaient jusqu'à la ville de Mondovi. Bonaparte fît vivement attaquer par le général Serrurier la principale redoute qui couvrait cette place. Cet effort heureux décida de la bataille , qui n'avait été qu'un moment cornproniise par la mort du général Stengel, né alsacien, et l'un des plus habiles lieutenans de Bonaparte.
Masséna avait passé le Tanaro sur un pont
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jeté à la hâte , et déjà il venait prendre les '796- Autrichiens à *vers. La vélocité de ce général était un sujet continuel û'étonnement ■ et de terreur pour tous les ennemis. Les Piémontais surtout frémissaient de le rencontrer; ils le regardaient comme un rebelle. M asséna était né dans le comté de Nice , sous la domination du roi de Sardaigne ; mais , dès sa première jeunesse ^ il avait été attaché au service de France. La révolution l'avait trouvé sergent dans le régiment royal-italien.
Bonaparte entre à Mondovi; le roi dé Sar- Paix de daigne trjemble dans sa capitale : on dirait avecie nt que Bonaparte à pénétré dan» l'intérieur de cette cour^ et qu'il a tout lu dans le cœur d'un monarque eflrajé; Il tii*e un favorable augure de ce que le successeur de tant de rois guerriers n'a point paru dans son camp ; il sait que son . trésor et son crédit également épuisés ont fait manquer toutes les opérations de cette guerre dès le début; que des nobles murmurent, tandis que des bourgeois, imbus de quelques principes * de. la révolution française, maudissent les grands comme d'avides fevoris ; qu'une levée . générale d'hommes , ordonnée par le roi de Sardaigne dans ses États, répand le trouble dans les L II
mont.
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i^d^- canlpagnes. Bonaparte sait redoubler f effet de ses victoires par le frafias avec lequel il les annonce. Il porte avec lui une arme non moins terrible que celte de sou artillerie; celle des insurrections. Des révolutionnaires piémontais, vieux agens et fidèles échos des clubs de la France , sont venus le trouver dans son camp ; tout joyeux de rentrer dans leur patrie pour la dévaster et poor en changer les lois^ ils remuent tout dans les villes et les villages^ où pénètrent les armes françaises. Leurs deux chefs Bonnafoux et Ranza publient d'odieux manifestes contre leur souverain*. La petite ville d'Alba est déjà désignée comnie le rendez-vous de tous les Piémontais qui. veulent abattre la tjrannie.
Le roi de Sardaigne ne s'éveille plus qu'arec la crainte de traîner l'existence d'un roi dé*trôné ; il accuse ou de faiblesse ou de perfidie les Autrichiens qui l'abandonnent ; il oublie un exemple de magnanime constance que lui avait donné celui de ses aïeux dont la poli-^ tique fut pourtant le plus accusée de versatilité. En 1705, Victor- Amédée II, après une victoire remportée par Vendôme sur le prince Eugène , se voyait i^uit à Turin ; il tint ferme danj» cette ville, et l'année suivante^
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aidé des Autrichiens ^ il reconcjjkit tous ses états.
Le roi son descendant ne vit pas que de longs sièges, tels que ceux de Coni, de Tortone> d'Alexandrie, d'Exille, de Suze, du château Dauphin et de Turin surtout, en occupant pendant plusieurs mois, où plutôt en déconcertant un vainqueur privé d'artillerie de siège, fourniraient aux Autrichiens l'occasion dé ramener, avec de puissans renfwts, leurs troupes anxiliafres. Ces calculs, qu'il ne fait pas , s'offrent à l'esprit de plus d'un lieutenant, et même de plus d'un soldat de Bonaparte. Les pertes de l'ennemi sont immenses sans douté; mais eux-mêmes ont beaucoup perdu dans des combats ardemment disputés ; la mort de cinq générauit eu est un témoingnage. Peuvent-ils penser que leur jeune général osera, sans attendre ni les ordres ni l'aveu des chefs dé la république , i^égocier un traité avec le roi de Sardaigne , en dicter les conditions comme s'il était maître de Turin , et s'appujrer sur le Piémont même , pour conquérir la Lombardie? Les conseils se succèdent à Turin. Les ministres d'Angleterre et d'Autriche y pénètrent ; ils concertent leurs efforts pour relever le courage abattu
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'79^' du «mônar^e. Mais celui-ci n impute qu aux Autrichie;ns le péril de sa position ; il leur reproche d'avoir à dessein laissé le Piémoat à découvert, pour protéger le Milanais. Il parle par faiblesse le langage de la vengeance. Drake , ministre d'Angleterre , aidé du prince de Piémont, inspire enfin au roi, mais pour un jour seulement, une résolution sage et généreuse. Le roi publie une proclamation dans laquelle il annonce le ferme dessein de se défendre jusqu'à l'extrémité dans Turin, à l'exemple de ses ancêtres. Le lendemain , le cardinal Costa , archevêque de Turin , vient rendre au roi ses premières terreurs. Sans doute pour fortifier un avis déplorable, et peut-être perfide, ce prélat apportait la nouvelle de quelques soulèvemens déjà opérés dans des villes du Piémont. On prétend qu'il alla jusqu'à conseiller au roi d'entrer dans l'allianpe des Français, pour se dédommager dans le Milanais et sur les Autrichiens des nouvelles pertes qu'il allait faire dans ses états. Bonaparte, qui renferme en son cœur un espoir que des conférences secrètes lui présentent déjà comme certain, adresse à ses soldats la "^iroclamation suivante : soyons attentifs, c'est un dictateur qui se révèle ;
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. u Soldats , vous avez remporté en quinze 1796. u jours six victoires, pris vingt-un drapeaux , i< cinquante-cinq pièces de canon, plusieurs u places fortes, et conquis la plus riche partie H du Piémont; vous avez fait quinze mille ' « prisonniers, tué ou blessé plus de dix mille (c hommes. Vous vous étiez jusqu'ici liattus « pour des rochers stériles, illustrés par votre « courage, mais inutiles à la patrie. Vous « égalez aujourd'hui par vos services l'armée u de Hollande et du Rhin. Dénués de tout, a vous avez suppléé à tout. Vous avez gagné t( des batailles sans canons, passé des rivières (c sans ponts, fait des marches forcées sans u souliers^ bivouaqué sans eau -de-vie, et a souvent sans pain. Les phalanges républi- <i caines, les soldats deJa liberté étaient seuls (C capables de souffrir ce que vous avez soufre fer t. Grâces vous en soient rendues , soldats! u la patrie reconnaissante vous devra sa pros- « périté; et si, vainqueurs de Toulon, vous (( présageâtes l'immortelle campagne de 1 798, ir vos victoires actuelles en présagent une plus H belle encore. Les deux armées qui naguère 'a vous attaquaient avec audace fuient épou- « vantées devant vous. Les hommes pervers u qui riaient de votre misère , et se réjouis-
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i7S^« a saient dans leurs pensées des triomphes de « vos ennemis, sont confondus et tremblans.
(c Mais y soldats > vous n'avez rien fait puisqu il « vous reste à faire. Ni «Turin ni Milan ne « sont à vous; les' cendres des vainqueurs de (c Tarqoin sont encore foulées par les assassins « de Basseville! On dit qu'il en est parmi vous H dont le courage molli t, qui préféreraient re- « tourncft sur les sommets de l'Apennin et « des Alpes. Non , je ne puis le croire. Les (( vainqueurs de Montenotte, de Millésipoo^ M de Dégo y de Mondovi ^ brûlent de porter u au loin la gloire du peuple français K... >i
Cependant des conférences se sont tenues dans la maison de Salmatoris , maître d'hôtel du roi, et depuis attaché comme chambellan à Bonaparte empereur. Victor -Amédée a ^ donné plein pouvoir au comte de La Tour et au colonel La Coste , ses envoyés. Bonaparte veut dicter un armistice tel qu'il tienne lieu de paix , afin qu^on voie mieux en lui tous les pouvoirs réunis. Ses manières sont affiibles, ses conditions sont dures ^ absolues. Il semble épargner un trône qu'il fait écronler par sa base. Eirfin on règle les conditioas suivantes :• « Que le roi quitterait la coalition , et enverrait un plénipotentiaire a Paris ^ pour y
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traiter de ]a paix définitive ; que; jusque-là, il y aurait armistice; que Céva, Goni, Torione, ou 9 à son défaut y Alexandrie , seraient remis sur-le-<:hamp à l'armée française , avec toute rartillerie'^et les magasins; que l'armée continuerait d'occuper tout te terrain qui se trou* vait en ice moment en sa possession; qife les routes militaires y dans toutes les directions , permettraient sa libre communication ayec la France y et de la France avec l'armée; qu£ Valence serait immédiatement évacuée par les Napolitains , et remise au général français ^ jusqu à ce.qu'il eût effectuç le passage du Pô; enfîn que les milices du pays seraient licen* ciées, et que les troupes régulières seraient disséminées dans les garnisons^ pour ne donner aucun ombrage à l'armée française. >^ Le Directoire I confondu de la fiatiblesse du monarque et de l'assurance orgueilleuse du général , n'eut plus qu'à convertir en traité un armistice au-delà duquel on ne pouvait plus rien exiger. Une négociation de ce genre , conduite par im général de vingt-six ans y et couronnant une campagne de quinze jours y frappa vivement les esprits exercés aux conjectures politiques. On pense bien qu'à Paris , l'opinion était d'abord peu favorable
1796- à un général qui, le i3 vendémiaire, avait foudroyé l'élite des habitans de cette ville ; d'abord on voulait douter sinon de ses victoires, au moins de leurs étonnans résultats ; mais ses relations attachaiëtit : on savait par cœur tout combat quil avait décrit; on remarquait le ton de liberté qu'il conservait avec le Directoire. Moins il se montrait ré- ., publicain dans ses formes, plus il faisait rêver des hommes qui avaient fait un trop rude apprentissage de la* république pour l'aimer. Le traité qu'à lui seul il avait conclu avec un roi, quoique asse?^ semblable à ceux de la république romaine avec deâ rois de Bythînie , révélait je ne sais quel esprit d'indépendance, qui, dans un général victorieux, devient facilement un esprit de domination ; de leur côté, les républicains étaient enivrés du lustre nouveau dont il couvrait la France.
Tout respirait la joie et l'abondance dans une armée que l'ennui de sa misère avait conduite à la victoire. Identifiée avec son gé-
, néral, elle respirait aussi l'oubli des fatigues
et l'ivresse des victoires nouvelles. Quarante ou cinquante mille hommes laissés dans «les dépôts, depuis Nice jusqu'à Grenoble , hâtaient leur marche pour prendre part à ces jours de
fêtes , de combats et de gloire y et ne voulaient plus être équipés que par les mains du vainqueur.
Il marche sur le Pô. Bieaulieu^ consterné de la défection des Piemontais, se trouve bien affaibli pour défendï*6 le passage du grand fleuve de l'Italie. Dès qu'il s^agit d'opérations stratégiques j il'a tout à craindre de la vélocité française. C'est un jeu pour Bonaparte que de faire faire à son armée des journées de dix à dou2e lieues. «Tout semblait annoncer à Beaulieu que le passage du P6 serait effectué à Valence , ville qui domine le Pô par une forteresse , et que l'armistice piémontais livrait à Bonaparte. Celui-ci y habile à préparer de loin le succès d'une ruse de guerre, avait affecté de stipuler dans cet armistice que tout moyen de passer le Pô à Valence serait fourni à son armée.
Toutes les divisions françaises paraissaient se dirige? sur cette ville. Des transfuges^ envoyés secrètement par Bonaparte y et accueillisv^sanis défiance par Beaulieu ^ lui rendaient compte de ces mouvemens ; et ^ cependant j quinze cents hommes de troupes légères et cinq mille grenadiers s'avançaient avec rapidité veçs une rive du Pô fort éloignée; ils sont vis-à-vis de Plaisance ; ils se sont assurés d'ur^
Pusage du Pu.
i7g6. grand nombre de bateaux. Là, nulle batterie ne défend Tapcès du fleuve ; seulement, deux escadrons de hussards avalent été attirés vers Plaisance , sur la rumeur de ces préparatifs , qu'à peine ils pouvaient croire. Ils voient, ils disputent un peu, ils cèdent ce passage, et dans deux jours toute i'armée française l'a opéré, sans avoir rencontré l'armée autrichienne. Elle ne fut aperçue que lorsque déjà Bonaparte s'approchait de FAdda.
Le passage s'est effectué le 7 mai; le 28, la division du général La Harpe eut le bonheur de rencontrer une forte division autrichie&ne auprès du village de Fombio , dont elle avait ' crénelé les maisons. Maigre ces préparatifs de défense, elle fut culbutée presque aussitôt qu'attaquée, et perdit un tiers de ses forces. Le général La Harpe , qui venait d'obtenir ce succès , secondé par la bravoure des généraux Lanusse , d'Allemagnejet Lannes, était rentré victorieux dans son camp , lorsqu'il en est tiré par une subite alarme que vient lui donner un corps autrichien vraisemblablement égaré.
La Harpe sort avec quelques officiers , pour vérifier d'où provient ce bruit. Ce corps s'éloigne à la faveur des ténèbres. La Harpe veut rentrer dans son . camp ; mais la vigilance y
DU DIRECTOIRE EXlécUTIF. I7I
est excessive diaprés une première alerte don- 179^* née ; les soldats accueillent leur général et ses compagnons par un feu de file très vif; La Harpe lombe mort ; les soldats reconnaissent leur méprise, s'accusententreeux, et se livrent au plus violent désespoir. Ce général était né dans le canton de Vaud ;• imbu des idées démocratiques que professait l'un de ses frères , il préparait un soulèvement contre le sénat de Berne. Il éclata avant d'avoir assuré ses mesures, et fut obligé de fuir. Un arrêt de mort fut rendu contre lui. Réfugié en France, il «donna toute' son âme à sa nouvelle patrie. Déj.à formé à l'art de la guerre, il prit rang entre les généraux les plus habiles et les plus valeureux. Ce qui le recommandait surtout, ^ c'était un vigilant amour de la discipline. Il s'était élevé avec force contre lés excès qui avaient souillé les premières victoires de la république. On crut d'abord que sa mort ^tait l'effet de quelque ressentiment ; mais les soldats repoussèrent cette calomnie par une douleur que les braves ne savent pas feindre. La confusion étaitau comble dans ce camp^ lorsque Berthier, envoyé par Bonaparte, se présenta pour tout calmer. *
* Si l'on veut se convaincre de l*extrênie difficulté
1796. Bonaparte^ par le passage du P6 , se trou- «ccotdé**^au vait maître des états du duc de Parme ; le duc de Parme, général ne fut point assez courtisan du Directoire pour renverser un Bourbon qu'il rencontrait sur sa route. Il se contenta de lui accorder un armistice humiliant et onéreux, dont celui de Piémont fournissait le modèle.
Le duc de Parme s'engagea de payer à la France deux millions de francs , et à fournir . à l'armée seize cents chevaux et d'abondantes provisions.
Digression Eu outrc^ Bouapartc soumit ce' prince à
sur renlère* •
ment de sta- *
taes, tableaux,
etc. qik'ëprouve rhistorien à rendre compte des événe-
mens militaires , on n'a qu'à jeter les yeux sur le passage suivant, extrait de VBistoire ^Italie, par Charles Botta, qui suit les relations autrichiennes. Nous y verrons un récit d'un combat nocturne dont Bonaparte ne fait aucune mention. C'est la relation de ce général que j'ai cru devoir suivre , parce qu'elle est nette et précise. ( Botta , tome I , p. 41^* )
« .*..... Les Autrichiens arrivèrent avec la nuit, et «tombèrent à ^Trmprovistc sur les 'Français. Apres M avoir' culbuté les premiers postes, ils mirent le u trouble et la terreur parmi les troupes qui occupaient u Codogno , poursuivirent leur avantagé , et s'empa- « rèrent d'une partie de la place. La bataille n'était u plus égalé : d'un côté , concert et unité dans l'action, «< de l'autre , confusion , épouvante et désordre. La
DU DIRECTOIRE EXÉCUTIF. l'jZ
un nouveau genre de tribut, qui devait être ï79^' répété daps l'Italie , avec un orgueil insatiable. C'étaient vingt tableaux ^^s grands maîtres , dont des commissaires français devaient faire le cboix , pour les envoyer au Musée de Paris. Parmi ces tableau:st, était la célèbre communion de Saint- Jérôme , du Dominiquin. Le duc de Parme offrait deux millions pour racheter ce chef-d'œuvre. « Les agens de l'aru mée , dit Bonaparte dans ses mémoires , ce étaient fort d'avis d'accepter une si magnic( fique rançon. Il les repoussa en disant que , «^ ces deux millions seraient bientôt dissipés ,
« Harpe acconrut an premier Lruit, et se mettant à « la tête de nouveaux bataillons , il allait rétablir le ' « combat , lorsque , au milieu de cette mél^e nocturne, « il fut atteint d'une balle dans la poitrine , et tomba « mort sur-leH:bamp.
« Ainsi périt à la fleur de son âge , dans une ren- « contre inopinée , le général La Harpe , militaire « d'une valeur accomplie , d'une vertu plus parfaite <( encore. Aimé de tous pendant sa vie , pleuré de tous « après sa mort , il mérita que ses contemporains « accusassent de sa fin déplorable , quoique sans fbn-> « dément , celui qu'ils supposaient jaloux de qualités « qu'il n'avait pas lui-même. Heureux homme , telle- « ment au-dessus des autres dans l'opinion publicpe , « que son trépas ne fut point attribué au hasard , mais « à un forfait médité. »
1796. a tandis que cette grande production servîtf rait pendant des siècles k l'ornement de la (C capitale et à la gloire de la France^ » Lorsque! dictait ces lignes à Sainte-Hélène , il sem- . blait avoir oublié que ce tableau enlevé par la victoire , avait été par la victoire arraché de nos murs^ et restitué à Parme.
Avec quelque enthousiasme qu'ait été accueilli en France ce nouveau genre de trophée , il n'y faut voir qu'une triple offense faite aux droits des nations , au vrai goût des . beaux-arts et à la saine politique. Conveoait-il de rétablir dans le drqit de la guerre une violence dont les seuls Romains avaient donné Texemple ? Les maux de la guerre sont passagers , et souvent quelques années de paix en laissent à peine apercevoir les traces. Mais l'orgueil d'une nation souffrç loûg-temps , quand on veut lui enlever qn titre de sa gloire. Il est 9 dans les raonumens publics, un mur dégradé , uu piédestal nu , ua vide déplorable que Ton montre avec des soujnrs aux étran?gers, avec indignation au peuple ravisseur.
De là, jusque durant la paix, ce prolongement de haines nationales qui peut devenir une semence de guerres nouvelles.
Je ne vois pas non plus ce que les vaiiïqueuï^s
DU DIRECTOIRE EXÉCUTIF. f^S
peuvent gagner à de telles dépouilles. Les 1796. Romains, après avoir transporté dans leurs murs de nombreuses merveilles dé la Sicile , de la Grèce , de l'Egypte et de l'Asie , n'ont acquis nî un seul peintre, ni un seul statuaire dont le nom soit parvenu jusqu'à nous. C'est renoncer à toute noble rivalité dans les beaux- ' arts que d'établir sa suprématie par le vol. L'idée toujours présente des ravages de la guerre trouble le plaisir délicat de celui qui parcourt une belle galerie. Il ne veut pas que lés productions du génie portent les atteintes du fer. Pourquoi priver un beau tableau du beau ciel pour lequel il fut créé ? Pourquoi l'arracher du cloltr^ , de l'autel où , conçu par le génie religieux, il pSrle profondément aux ' âmes religieuses? Ne s'agit-il que d'analyser d'un f oup d^oèil rapide et sec la beauté du travail ? Ne fautai pas se pénétrer et du but et de l'àme de l'artiste? Pour bien sentir l'extase de saint Jérôme recevant pour la dernière fois le pain sacré , il Êiut qu'un sanctuaire , qu'un ta-r bemacte me mettent en présence du Saint des Saints. Ce n'est pas dans une vaine promenadie où tout vous distrait, où vous u*avez qu'une seconde à donirier à l'admiration que tant de chefs-d'œuvre se^ disputent , c'est dans des
176 uiSTOint
1796. voyages entrepris par une noble curiosité et une plus noble émulation, qu'il faut honorer les beaux-arts. Leur travail le plus fini, le plus sublime^ut-il être médité par une foule qui se succède dans un vague tumulte , promène au hasard des regards indiiféréns , et souvent donne une préférence secrète aux peintures vulgaires et rebutantes des plus affreux supplices?
La possession des chefs-d'œuvre ravis çst incertaine y nous Pavons vu. Transportés, à différentes reprises , d'un pays dans un autre , que n'auront-ils pas à craindre de la précipitation y de la rudesse militaire?
Et si, pour les sauver, on appelle une nuée • d'artistes ravisseurs , nres monumens n'ontil& point à craindre encore le choc des avalanches ou celui des tempêtes? Enfin, si ce genre de rapine continuait à suivre le droit de la guerre, ne pourrait-il pas arriver qu'un peuple furieux détruisit dçs chefs-d'œuvre , pour n'avoir pas l'affront de les rendre ?
De ces considérations générales , passons à celles qui devaient frapper l'esprit de Bonaparte. Marchant vers la conqu|ete de l'Italie , tout lui prescrivait de gagner le cœur dcjs peuples de cette vaste contrée. Ne se propo-
sait-il pas, dès qu'il serait arrivé dans la capi- '79^taie de la Lombardie , de faire une pTOclamation assez semblable à celle que Flaminius fît dans la Grèce? Mais Flaminius n'avait pas commence par faire d'odieux larcins dans les villes d'Athènes , de Sicyone et de Corinthe , ou par les soumettre aux tributs les plus pesans pour l'orgueil national. Cette avidité de tableaux que Bonaparte annonçait par l'armistice de Parme, tendait à priver, autant qu'il lui serait possible, l'Italie moderne du seul genre de gloire dans lequel il lui evJt été donné de surpasser l'Italie antique. Privée d'une multitude de chefs-d'œuvre, elle pouvait offrir un attrait moins vif à la curiosité des étrangers. Voulait-on lui enlever des modèles par lesquels elle se maintenait dans la passion du« beau^? Voulait-on ne lui montrer les Français que comme des Brennus policés , avides et injustes comme leurs aieux ? Ce que Bonaparte faisait pour le luxe public, ses lieutenans, ses ofificiers ne pouvaient-ils le faire pour le 4axe de leurs maisons ? Ce genre de rapine ne fut en effet que trop vaste en Italie , dans les Pays-Bas et en Espagne.
Si Bonaparte s'éloignait ici d'une politique I. ' i^
^796* qui lui prescrivait de ménager des hommes auxquels il venait parler de liberté , c'est que le premier vœu de son àme^ l'objet le plu 9 direct de son ambition y c'était de tenir les Français subjugués, non seulement par l'éclat de ses victoires , mais par l'éclat de ses tro«* phées. Aucun autre général ne pouvait en offrir d'aussi brillans. Il tendait k passionner pour loi les artistes , les savâns, les gens de lettres et le peuple des curieux y presque équivalent à toute la population de Paris. U jugeait que les dispensateurs de la renommée pouvaient l'être aussi de la suprême puissance.
Il £aut convenir que le peuple italien ne montra pas d'abord une indignation très vive contre la spoliation de ses musées , de ses égli-' ses. L'orgueil national faisait dire aux uns : (( On nous enlève des chefs-^'œuvve ; mais il « nous reste assez de génie pour les rempla* (c cer ». D'autres y qui se présentaient comme les partisans des mœurs républicaines , disaient avec une rigidité spartiale , ridicule dans leur bouche : « Que nous faut-il , après tout ? Du H pain, du fer et la liberté ». Mais le temps développa cette semence de haine entre les deux peuples, et, à l'époque même où les Français gouvernèrent l'Italie avec doocear'et lui
DU DIRECtbïfefe EXÉCUTIF. I^Q
dontièrent de sâgês tëglétnens j lis peuple dë^ 1796. pouillé s'unissait irial au petiple spoliateur.
Quelques écrivains ont pensé ijtie ce fut tè Bataille de defeit de charmer les Français, fet d'exaltet ^^'" l'esprit dé ^ès troupes , qui fît , à Bbuapat^te , tenter là fameuse attaqué eux pôbt de Lddi ; entreprise que l'enthousiasme t^publicàiti njlit aunléssus du pâiésage du Rhin et de là bi'illantê entrée des mousquetàireis à Valenci^tlnes ^oùè Louis XIV.
Là critiqué militaire peut , eti ^et , prouVél* quil eût été fàdle àù géûéiral dé faii'é ppur l'Adda ce qu'il venait dé faire pour le .Pô, d'attirer l'àttetition dé Tetinemi âtir plusiëlirs pdihts à là fois. Dàds là sitdatiôù pi^^^té où lefe deux artnisticés dé Pàrnâè et de Tiirift tûéttaient soii àrtnée , n'avâit-il pas ùù équipage de pont ? manquait-il d'excéllens ingénieurs? Andréossy et Marmont ti'avaiènt-îl pas déjà môiitré, au passage de tant dé riVièi^és, et tout à l'heure k celui du Pô lui-même, l'étèfûdùe et là rapidité de leurfe i-essourcés ? énfiû l'Addà , datii* une telle àai^on , n'offi^ait-il point dé guéS à tenter ? Voilà des cofîâidé^àtions t^èf^ plàuâi-^ blés , et qui pôiirtatit devaient céder à des cohsidératiônd plUî$ faàtrtés. Dans les Vastes projets que tnéditàlt Bonaparte , il lui importait d'h'à-
l8o HISTOIRE
'79^* bituer son aritiée à des prodiges. Quel avan-* tage ne serait-ce pas pour lui^ dans les entre— prises les plus hasardeuses , de pouvoir dire : (c Vous avez passé le pont de Lodi sous le feu « de trente pièces de canon et devant seize li mille ennemis I » Il lui importait d ailleurs dç, priver le général Beaulieu, qui attendait des renforts du Tyrol , de l'honneur d'une retraite lente et méthodique.
Bonaparte s'était emparé de Lodi avant d'attaquer le pont de cette ville sur l'Adda. Tandis qu'on secanonnaitsur les deuxrives^ la cavalerie {*ra uçaise, co n du ite par le général Beaumon t, tentait de passer l'Adda à une demi-lieue audessus 9 où se trouvait un gué praticable , et de marcher sur le flanc droit de l'ennemi. L'artillerie était dirigée sur les pièces ennemies qui enfilaient le pont. Dès que le général Beaumont parut sur l'antre rive ^ et que les batteries autrichiennes eurent éprouvé un désprdre assez sensible , une colonne de grenadiers , que Bonaparte, en profitant d'un pli de terrain, avait su tenir à l'abri des boulets et obus par un simple mouvement à gauche , se trouva en tête du pont, et s'élança au pas de charge. Mais les décharges des puissantes batteries qui défendent le pont, le feu continu de
DU DIRECTOIRE EXECUTIF. l8l
Yarwée autrichieniie, placée sur l'autre rive^ arrêtent les grenadiers français. Alors il s'allume entre les généraux une vive émulation à qui emportera ITibhneur d^ïVîe si héroïque entreprise. Aucun d'eux ne peut plus se tenir derrière les files : c'est le poste du danger qu'ils veulent ravir 'aux grenadiers les plus intrépides. Berlhiér se présente d abord; puis viennent Masséna , Cervonî , d'Allemagne , Lannes et Dupas; Le nuage form^ sur le pont par l'explosion de tant de boucbes à feu n'arrête point leur marche intrépidé.
Mais ce n'était pas tout que d'emporter le pont; que de faire cesser le feu de tant de batteries ; il fallait gagner l'autre -rive que l'armée autrichienne défendait encore en bon ordre; il fallait repousser avec la baïonnette des charges de cavalerie que dirigeaient les généraux ennemis. Le. secours de cette arme manquait à l'ârméè. française. La cavalerie n avait pu se présenter à propos.
Tandis que la fortune parait flotter encore, ou du moins que la victoire reste incomplète, Augereau, Rusca et Bajraud arrivent avec leurs divisions. L'armée autrichienne, qui voit ses ennepyiis croître en nombre et plus encore en audace, se décourage, se laiSvSé
1,^1J^ HISTOl^S
1 79fr coupçr, ^piirpiller, pcird vingt pièces 4e canan^ cjinqu^ntiç drapeaux et deux mille cinq omts pi;*j^QBnî^rs. Çpa^part;^ ^'occupe p^ de ce qq^. Jvii qoùte. ^n té^ ^xpk^t, U a unç ^r^çe qgi , comme Im, xxe c;qQpa$tri^ plu$ }q mQ% impossible. *
Apr^ un ç^oc si foudroyant» BeaaUe^u parvint cependant ^ rallier \^ î^fste de soa arineç. Mws» par $^ rçtraîte^, il li^aivWJ^rtqrejEise d^ Pizzigit^onq à sa feit^le ga^rq^Qn^ qui 4Q ^ta de capitulçv; il abandonnait Crénqqn^^' l^filan^i Çaviç, Como et Q^^ sanp.
^ ypiçi rqr4r^ 4n JQur qv^ Bons^partQ 6t pi|I)Ii^r dap^! son armée :
(6 Spld^t^f vous vous ête/; précipitas commue)
'*^ Taî préféré , dans le récit de la bataille de Lodî y la relation que Bonaparte fit sur le champ de IbàtaiUe à celle qu'il a donnée ^atîs les Mémoires de Satnte-- Hélène* C^ns cette dernière , il ue s'occupe que de »es manœuvres, ouIdiI^ se& intrépidie^UQutena^A) et xpivof^ ne les pqi^n:ie p«^. Eln/m i^ dit s^v^c coi^fi^^ q^efbut se passa en un clin d'œil. Dans son premier récjt , .ai| contraire, il convient qi|e les grenadiers français ' hésitèrent d*abord , et t\ nomine successivement tous feSjgénéiraux qui se dévouèrent. La relation autriehienue paple â^iine assesi longue rëti^tafice que toat faitiprés^mçr.
Dl} DIRECTOIRE EXECUTIF. l83
« un torrent du haut de V Apennin. Vous ^19^^
u avez culbuta , dispersé tout ce qui s o(!^po-
i< sait à votre marche* Le Piémont , dâiVré
u ÔB la tyrannie aatrichienne, s'e^t livré à
«699 sentînieus naturek dé paix ai d amitié
H pour la France. Milan est â ^ôus, «t le pa^
a viUon républicain flotte dans toute la Lom-
i( bardie* Leà duca de Parme et de Modène ne
<c doivent jeur existence politique qu'à votre
« généroaité. L'armée qui vous menaçait
ce avec orgueil ne trouve plus de barrière qui
« la rassure cdtitre vQjtre courage : le P6, le
a Tésin, l'Adda n'ont pu vous arrêter un âeul
(c jpiJt; ces boulevarts vantés de l'Italie ont
u été insuffisans; vous les avez fra^ncbis aussi
ff ffapidement 4{ue l'Apennin. Tant de succès
ir ont porté la joie dans le sein de la patrie;
(c V06 xepréaentana ont ordonné une fête dé-
(( diée à vos victoires i célébrée dans toutes
(( le& commuties cle la république. Là y vos
« mères^ vos épouses^ vos sœurs, «vos amantes
K'Se réjouissent de vos 9BC(cè&, et se vantent
M avec orgueil de vous apparreforir. Oui, sol-
« data, vous avez beaaoKMip £siit. . . ^ . maî^ ne
«c vous teste-t-^1 doiic pltis rien à fairt 7. . . .
(f dSira-irOn de nous <|ue nou^ avons su vaincre,
K naaia qne nous Di^avons pas su profiter de la
1 79^- i< Victoire? La postérité nous reprdchera-t-elli^ a d'avoir trouvé Capoue dans la Lombardie ?
c( Mais je vous vois déjà courir aux armes ; « un lâche repos vous fatigue; les journées (( perdues pour la gloire le sont pour votre (c bonheur. Eh bien! partons , nous avons en- (( core des marches forcées à faire , des enne- « mis à soumettre , des lauriers à cueillir , des « injures à venger. Que.céux qui ont aiguise (( les poignards de la guerre civile en France , H qui ont lâchement assassiné nos ministres^ (( incendié nos vaisseaux à Toulon, trem- « bien t. L'heuve de la vengeance a sonné.
(( Mais que les peuples soient sans inquiétude ; i< nous sommes amis de tous les peuples^ et a plus particulièrement des déscendans des « Brutus, des Scipion et des grands hommes « que nous avons pris pour modèles^ Béta* (( blir leiGapitole, y placer avec honneur les « statues. des héros qui le rexidirent célèbre, w réveiller le peuple romain engourdi par plu- « sieurs siècles d'esclavage , tel sera le: j&*uit « de. vos victoires ; .elles feront époque dans « la postérité : vous aurez la gloire inambr* (( telle de changer la face de la plus belle c< partie de l'Europe. Le peuple français, libre, « respecté du monde entier, ^donnera à
DU JQIRECTOIRE EXECUTIF. 1 85
(f l'Europe une paix glorieuse qui l'indeinni- 179^- « sera des sacrifices de toute espèce qu'il a (( faits depuis six ans. Vous rentrerez alors i< dans vos foyers , et vos concitoyens diront « en vous montrant : // était de T armée « iffltaUe! ».
Voilà deux fois que Bonaparte, dans ses proclamations /annonce le projet de marcher sur Rome , et de rétablir le Capitole. A coup sûr, il était loin de cette pensée, il sentait long-temps d'aTancè le danger de s'etigager entre les golfes de l'Italie. Mais il flattait les passions du jour, en se promettant de ne lenr sacrifier ni ses intérêts ni sa gloire.
L' archiduc Ferdinaiid iabandmme la capi* Entrée des
FrsDÇflis a Mi**
taie confiée à ^ses soins, et va se cacher dansun. Mantoue, qui bientôt ne lui paraîtra plus un asile assez sur. Le ^peuple ne se souvient plus que de ses griefs cbàtre la donriination allefmande.. On élèv% des arcs de triomplie, et, parmi tous les actes serviles qui peuvent adoucir le vainqueur, on plante des arbres de la libertés Cependalpit des personnages éxninéns en dignité , à la tête desquels est Melzy , qurdans les états de Lombardie' avait parlé un langage assez indépendant, sont venus trouver Bonaparte à Lodi. Tl les a sédiiîts par
i86 HiSTOïKi:
1796. ^ magnifiques promesses; les députés se persuadent que les temps sont venus où les états d'Italie ne formeront plus qu'un seul peuple , dont Milan sera, la capitale et Taxhitre. Masséna le premier, entre dans Milan , et s'occupe à réduire le château de cette ville 9 qui peut se défendre quelque temps, mais qui embarrasse peu les Fran* çais.
Le vainqueur se montre enfin ; tout étale autour de lui le luxe militaire ; lui fenl sefiatic remarquer par la simplicité de ses habits^ Sot jeunesse, son maintien méditatif^ l'éclair et la profondeur de ses regacds ajoutent à* la ' renoananéû de sies hauts flûtsJ On croit voir en lui pins qu'un général y et personne n'y voit un républicain ami . dé ^'égalité. Les maisons, sont tapissées ^ les rues sont jonchées de fleurs* Il tie peut éviter ni les éterneUes harangues m les éternels sannetAi la proae va aussi loin que la poésie en > louange hyperboliques : tel qui l'a nommé Alexandre, est déconcerté quand un autre républicain Ta nommé Jupiter;
Bonaparte prit à; Milan un repos s^sez courte mais glorieux, et son. génie polîtiqne brilla dfivn nouvel éclat. Aprèa avoir conquis
DU DtRECTOlRB EXÉCUTIF. îSj
le scepUra de la diplomatie, i\ tïéfkùt pas 1796hoiîime àTabandonner. Le voilà qui condnt 4e nwveauic^nfiùstiQea^ et vend partout assez cher la p0ix qu^il aocorde. Le dkcf-d^euvre dcr $a politique fiAt dfen'annooeQr qu'une vue çîiqple> adces^ibb k tous ks fsprîts, et de DatDr§ à efamn^r h la fois tous Jes. «iats de l'Italie. C'était de ruiner pour jasisis la domina tioo jJlcnnaiode dana* cette cqntfée. Ses arnùstices^ tout dora qu'ils pontaienl être, an<npi^çaien-t ^n lui un homnif peu dominé par )q génie deJa rérolttlion française, peu travaîUé du désird'en ét^sidre partout les progrès. Il rtçnt à.m^itcsîoQ plutôt à rançon le duc de Sfodèné* Cette ranfonfut de.fio msUioos de w>ife monnaie y sans cowpter'les réquisitionad^ 'tontes 'sortes 9 et le tribut accoutumé des chefs-d^œuvre de peinture, dette : somme partit effrayante y relativement a Fétendue et à la population d'iiiin. état teï que Modène. Mais Heircttli dIEste posséikit un tvésor encore pin» dî^pPOpon^ûimé aux ressourcés de son pe¥i|4e. fl en voultht sauver*lei restey et dès qu'il eut pda Ica précaution pour sa retraite , il gagïua Ve»îaa-
Bonaparte traita cn^iiite avec la r^uWîque a^ B^oMpam!^ de Gépeaet le^gralid-dnCde Toscane, ^'^^^'-'^^^l^'-ll^^
i88 iiisTorRE
1796* de-camp Murât, qu'il chargea de porter se& ordres à Gènes , obtint facilement la destitu-^ tion de plusieurs gouverneurs ou magistrats peu favorables à la cause des Français, le renvoi des agens autrichiens , et vouliit que des troupes génoises, disposées par étape, veillassent à la sûreté des derrières de larmée française.
La république française n'avait aucun grief contre le grand-duç de Toscane, dont la neu-' tralité avait eu pour elle un caractère fort obséquieux. Mais cette neutralité même avait averti le Directoire qu'on |>ouvait tout entreprendre contre un souverain' intimidé. On lui reprochait dé recevoir les Anglais dans le port de Lîvoumc , ^et l'on se flattait de pouvoir y surprendre leurç nombreux* bâtimens de commerce. .
Bonaparte reçut du Directoire des instructions fort violentes. Il fit marcher en Toscane une de ses divisions ; sous les ordres dû général Vaubois. Pour tromper les Anglais „ elle parut serdiriger sur Pise et sur Florence ? mais tout à coup elle changea sa marche, '-et se porta sur Liyourne. Elle arriva trop tard ; . les Anglais , peut->être par les soins du grandduc, avaient reçu l'avis du danger qui lea
DU DIRECTOIRE ïlxiCUTlF. 189
^TDeaaçaîty et leurs vaisseaux avaient mis à la 1796. voile. On se vengea de leur départ sur une riche factorerie qu'ils avaient établie pour Fentrepèt des produits de leurs manu&ctures , des marchandises des Indes et de leurs colonies.
Elle fut complètement ruinée, et le coup fut sensible au commerce anglais. On procéda ensuite à une opération fort contraire à cette foi publique qui régit et doit toujours protéger les . transactions commerciales. Les livres des principaux négocians de Livourne avaient été indignement fouillés , et l'on tenta tous les moyens (Je s'emparer de leurs créances sur des Anglais, des Allemands, et même des Russes.
Ces, moyei;is réussirent mal; les neutres entrèrent en défiance des négocians français , et peut-être .cette, expédition fut-eUe aussi funeste à ces derniers que la perte d'un combat naval. Le général Vaubois, militaire plein jde loyauté , se vit avec tant de regrets l'instrument de ces exactions , qu'il se hâta de quitter Livourne , pour rejoindre l'armée.
On avait trouvé dans cette ville six cents Corses réfugiés. Bonaparte , indigné de voir sa patrie au pouvoir des Anglais , qui s'en étaient emparés deux années auparavant, se servit de
igo HISTOIRE
1796* ces Corses réfuf^iés pour organiser une imur-
reclion dans cette lie. Elle eut un plein succès,
et les Anglais en forent complètement chaînés*
L'occupation yiolente de Livourne fut le
seul acte par lequel Bonaparte tifoubla ou
méconnut la neutralité de la Toscanèi Tout
fait présumer qu'il se ffiit rendu plus agréable
au Directoire en accablant un prince de la
maison d'Autriche. Il vint faire une vi^ie an
grand-duc , comme pour habitMr 1^ sotive'^
rains à le flatter ; car la peur est assea prodigtui
de louanges» U parcourut avec le grand-duc la
célèbre galerie de Florence ^ et n'y remarqua
que trop la Vénus de Médicis.
Bonaparte ne L'acte qui houora le plus Bonaparte à
rur'îîin'êî c«"e époque, ce fut l'armistice qu'il conclut
traue aycc le ^y^^ \q pape, le 29 juid 1796. Déjk il atait
fait occuper par le général Augereau les léga-* tions de Bologne et de Ferrare. Dans l'unéf et l'autre dé ces villes, et surtout dans^k pre*^ mière , il avait trouvé des bôtnûies éclairés , et fort imbus de l'esprit d'indépendance sur lequel il fondait son espoir pour soutenir et décorer la nouvelle république qu'il se proposait d'établir au centre de l'Italie. 11 avait traité sans rigueur un caMinal et des
DU DIRECTOIRE EXÉCUTIF. igi
prélais faits prisonniers. Cependant, h Rome, i79^< on répétait avec épouTante les menaces de ses proclamatioiis. On croyait que l'orgneil fran-** * cals ne pourrait s'abstenir d'une telle conquête. On craignait pour le nflpe le sort de Louis XVI; et , cpioique l'assaHniat de Basseville eût pénétré d'borreur le saint pontife , on sentait combien cet attentat populaire four-* uissait de.prétextes à la vengeance. Ce fat ici que Bonaparte montra l'ascendant d'un grand caractère. Lui seul, entre les généraux français . eut osé se détourner du chemin de Rome. Plus il avait annoncé ses victoires avec faste, pkis la possession de Rome en paraissait le prix : point de républicain qui n^en fut affamé. Le directeur La Réveillère - Lépeaux , qui promettait l'empire du monde li sa mîsé-^ rable secte de théophilanthropes, ne respirait que la ruine du siège de la religion catholique»
Mais Bonaparte consultait peu les Directeurs, se moquait de l'orgueil visionnaire de La Réveiller e-Ëépeaux^ et ne voulait point être l'Omar d'un Mahomet de cette sorte. Le siège de Mantoue ^ qui allait décider du sort de l'Italie , et peut-être même de celui de l'Autriche, réclamait toutes ses pensées. Oc-^
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1796. cuper Rome et la garder, lui eût demandé Vemploi d'une partie assez considérable de son armée. Ne valait-il pas mieux tomber sur les renforts qui arrivaient de toutes parts à l'armée autrichi«we ?
En s'abstenmt d'une grande faute militaire , Bonaparte méditait encore un résultat important pour son ambition. N'âvait-il pas vu dans la France l'opinion se reporter ^ avec assez d'ardeur , vers le sentiment religieux? convenait-il à sa gloire de ne paraître qu'un soldat , qu'un aveugle instrument des révolutionnaires ? Pour ranger sons ses lois , comme arbitre, les deux partis qui divisaient la France, il fallait donner des espérances à l'un et à l'autre. En conséquence , il reçut avec honneur M. Azzara, ministre d'Espagne à Ropae, qui venait s'offrir à la fois comme me* diateur .et comme plénipotentiaire du pape.
En présence même de ses lieutenans, il p^rla du chef de l'Église avec une vénération courageuse. L'armistice fut conclu le 23 juin. Il portait que Bologne et Feiéare resteraient occupées par les troupes de la république ; qu' Ancône recevrait une garnison française ; que le saint-père paierait 21 millions , et livrerait cent objets d'art les plus précieux ^ au choix
des commissaires français. Bonaparte trouvait '79^* dans cette dernière clause un moyen de faire diversion à l'humeur que ces ménagement allaient causer aux républicaine. Comment n'être pas ravi de la possession prochaine de plusieurs chefs-d'œuvre de la sculpture antique^ et de ceux de Michel- Ange , de Raphaël , du Guide, du Titien ? A l'enthousiasme avec lequel l'Apollon du Belvédère était attendu , on eût dit que l'empire du monde était attaché à cette statue. Lorsque , depuis y elle décora notre Musée, l'admiration pour Bonaparte sembla s'accroître de toute celle qu'inspirait la majesté du dieu.
Mais, lorsqu'il s'agit de convertir l'armistice en un traité de paix , le Directoire laissa percer son dépit ; il en rendit les conditions beaucoup plus dures et plus humiliantes. Bonaparte les trouva telles, et osa dire qu'elles ressemblaient aux capitulations d'une place assiégée. Divers excès se commirent dans les campagnes ; le peuple de Rome s'indigna , et le sacré collège fut d'avis de ne point ratifier le traité. Pie VI iusista sur ce moyen de sauver les biens , la vie et la religion de ses sujets. Du reste , il avait refusé obstinément toute condition qui tendait à faire fléchir le souve-
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j 796. . rain pontife sur des points de discipline ecclésiastique.
Nous verrons bientôt l'orage se rallumer dans les états du saint-père, et Bonaparte persister dans une résolution où la plus habile politique se couvrait du vernis de la magnanimité.
Ce même général avait accordé auparavant ' un armistice au roi de Naples. Sa rançon iie fut cfue de six millions. Je ne rappellerai qu'un seul fait relatif à ce traité : c'est que» la veille du jour où Ferdinand envoya le prince Pignatelli pour négocier avec le général de la république , il avait solennellement protesté de la résolution où il était de ne jamais la reconnaître. 11 répétait ainsi l'exemple du roi Victor- Amédée IIL Lés circonstances étaient si fortes et si terribles, qu'il n'aurait Mhx que des Louis XIV sur tous les trônes de l'Europe ^
A ces pouvoirs politiques qu'un général exerçait pour la première fois, Bonaparte vour lut joindre ceux d'un l^slateur. Il n'y avait point d'esprit si vulgaire alors qui ne pùl improviser une constitution, hes conceptions de Bonaparte y comme législateur de la république cisalpine, n'eurent rien de fort remar* quable ; mais, comme il était souverainement
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•ennemi de l'anarchie , il veilla à lui laisser le ' 79^moindre accès possible. Tout était assez bien combiné dans cesinstitutionspourlebonplaisir du vainqueur. On eût dit que Bonaparte prélu* dait déjà, en Lombardie,auxsénatus-con8ultes qu'il appela depuis constitutions de T empire.
L'activité de ce général ^tait un spectacle merveilleux pour les peuples d'Italie } sa pen^ sée ordonnait tout à la fois pour l'administration comme pour la guerre. Il y avait chea lui' simultanéité de soins et de travaux divers , sans qu'oïl pût jamais y remarquer la moindre confusion. Il volait avec rapidité de MilaA jusqu'aux villes vénitiennes , jusqu'à Florence , et jusqu'aux frontières du TyroL Dans ses audiences» il questionnait un savant , flattait un artiste , cajc^ait un poète ; prenait envers les tremblans ambassadeurs des états j qui aUendaient leur sort y le ton. de la menace ou celui de la compassion. Dans ses discours , il mul-^ tiplîait ' les images > et toujours avec .effet ; réglait les comptes avec des fournisseurs, qu'il accablait de mépris et souvent de malédictions ; traçait une route pour les divers corps de son armée, comme si la carte topographique la plus minutieuse et la plus exacte lui eût toujours été présente ; ai^rétait avec Ber-
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^^9^' thier ou Masséna le plan d'une bataille , puis assistait, comme dégagé de tous soins, à un concert , à un spectacle , oii les muses italiennes et françaises rivalisaient pour célébrer sa gloire.
RéToite de C'était à regret sans doute qu'occupé de *^'* gagner l'affection des peuples de Milan, de
Bologne et de Ferrare, et de créer en eux un enthousiasfne factice pour une liberté qu'il définissait et comprenait lui-même assez mal, il se voyait obligé de les frapper de réqtiisîtions intolérables. Ce n'était pas seulement le besoin de subvenir aux dépenses de son armée qui lui faisait une loi de ces réquisitions ; il fallait bien sur ce point capital complaire aux vues et aux ordres du Directoire, chez qui la pénurie et le désordre extrême des finances éveillaient sans cesse la cupidité, et qui, dans ses préjugés haineux contre les princes , se fut fait un scrupule de les ménager. Il entrait d'ailleurs dans les vues ambitieuses de Bonaparte de se présenter comme le sauveur d*un . trésor épuisé. -Quelquefois, au lieu d'envoyer directement des millions en France, il les faisait passer aux généraux de la république qui portaient la guerre en Allemagne. Quel plaisir pour lui de se créer ce nouveau genre de
suprématie sur le vainquçur deFleurus^ et 1796. sairtout sur le général Moreau .
Mais par quels moyens subvenait-il à des dépenses si fastueuses, dont il ne se réservait rien ou presque rien pour lui-même; car l'ambition du pouvoir suprême peut fort bien s'accommoder du désintéressement ? S'il inventait ou tolérait quelque genre de spoliation, les fournisseurs de son armée et souvent même quelques uns de ses généraux, de ses officiers, allaient dix fois au*delà. Salicetti, commissaire civil du Directoire , imagina de fouiller partout les monts-de-piété, établis-t semans. conçus en Italie sur des ba§es pluç étendues qu^ les nôtres, et dont plusieurs écrivain^ ont loué la prévoyance. Ces monts^ ^ de-piété ét^iient souvent les dépositaires des épargnes du pauvre, et de sommes dont les intérêts accumulés devaient constituef 1^ dot des enfans d'uine nombreuse famille.
On juge quels. furent à' la fois les cris et du pauvre et du riche, loi^squ'ils; se virent pri-r vés des gages et ^des capitaux qu'ils avaient déposés; la c^ésolatiou des campagnes était plus grande encore que celle des villes. Tandis qu'à Milan on bégayait encore d'une voix treiiij[)]aiile le mpt de liberté, on s armait^
1796. pour là révolte à Binasco et à Pavie. Des brigands, dont l'Italie estsurchargéei échauffiiient pour la vengeance de malheureqx paysans et des citadins irrités. Bonaparte eut a se féliciter de ce que la victoire ne l'avait p4s encore entraîné trop loin du théâtre de ces éeux révoltes. A Milan même, il en vit de premiers indices , qu'il fit cesser par la promptitude et la vigueur de âes mesures. Lannes fut chargé de réduire Binasco. Ce général arriva trans-* porté de fureur, en apprenant les meurtres qui venaient d'être commis stir des Français et sur des Italiens accusés d'être leurs ^rlisans ^ et les supplices longs et atroces auicquels les avait condamnés la frénés^ populaire. Binasco fut si vivement attaqué et emporté, que les insurgés de Pavie ne purent lui porter du secours. Cette malheureuse bourgade fut d'abord livrée au pillage et bientôt réduite en cendres. Cependant les insurgés étaient maître de l'importante ville de Pavie. La ftireur des ha; N bitans avait éclaté à la vue d^une statue an-^ tique que d'ignorans et gtossîers soldats mutilaient comme l'image ou d'un roi ou d'un saint. La sfarnison française assez feible n'avait pu ni calmer ni contenir une multitude qont les flots grossissaient toujours. Cette garnison
s'était r€tiréey au nombre de trois cents hom- 1796. mes seulement, danslacitadelle assez £aiible de cette ville. Des soldats isolés avaient péri sous les coups des révoltés. Le général Haquin , qui entra dans Pavie, sans avoir eu connaissance de la sédition , se vit menacé du même sort y et fut sauvé par le courage des magistrats. Le peuple des campagnes aè[x>urut bientôt pour joindre ses fureurs à celles des babitaus. Us pressèrent les trois cents Français enfermés dans la citadelle > et ceux-ci se rendirent.
Quelle fut la fureur de Bonaparte, en apprenant que trois cents soldats de sa valeqreuse armée avaient capitulé devant une multitude ? Déjà il est sous les murs de cette ville , d'où l'on peut apercevoir les flammes de BinasGO. Frémissant lui-même de la vengeance qu'il avait à exercer, il avait envoyé dans Pavie l'archevêque de Milan , Visconti , prêtre pacifique , et que les Italiens accusaient de timidité. Les efforts du vieux prélat pour rappeler^les habitans de Pavie au devoir, c'està-dire à la résignation des vaincus, ne furent reçus qu'avec outrage et qu'avec malédiction. Cependant le peuple des campagnes, à l'as*»
pect de la colonne française, s'écoulait par
1796. degrés. Les portes sont bientôt enfoncées à coups de canon. La cavalerie française entra au pas de charge : un massacre affreux allait commencer. Les torches étaient déjà allumées pour l'incendie. Bonaparte exigea qu'on se contentât du pillage. La brutalité du soldat y joignit le viol. Plus d asile sacré pour ripno-* cence, pour la beauté, et, souvent même, plus de rançon qui'puisse les racheter d'un malheur plus affreux que la mort. Les Italiens ^ dans leurs relations des horribles scènes de Pavie, conviennent qu'on vit nombre d'officiers et de soldats français, non seulement refuser de prendre part au pillage , mais s'établir , contre leurs propres compagnons , les^énéreux défenseurs des jeunes filles, des jeunes femmes qui les imploraient. Us conviennent aussi que TUniversité et tous les édifices con- ' sacrés aux beaux-arts, aux sciences,: furent, par les ordres du chef, respectés avec. un soin scrupuleux. Bonaparte, dans les Mémoires de Sainte-Hélène , rend compte de cet événement en ces simples mots : Le pillage dura quelques heures, et fit plus de peur que de mal. Il est bon que l'historien, fidèle à montrer les calamités de la guerre, ne se conforme pas tou-r jours à Tariditédes mémoires militaires^. e%
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qu'il joigne^ comme je Fai fait ici, le récit 179C» des vaincus à celui du vainqueur. Bonaparte prit des otages parmîi les familles les plus considérées de Pavie et de Milan. Cette politique, toute romaine, lui réussit* Ces otages envoyés à Paris y devinrent français de mcéurs, d'esp;rit et, de manières.
Bonaparte eut ensuite à châtier une ré-* volte qui éclata dans les fiefs impériaux situés entre les frontières du Piémont et celles de la république.de Gênes. Les paysans avaient pillé plusie]Ujrs convois , et massacré divers détachemens français. . Bonaparte était alors sous les murs de Mantoue ; avec une poignée d'hqmmes, il dispersa les rebelles, les rendit témoins de Tincendie de leurs maisons, et les fit assister au supplice de leurs chefs. Ces ^xécutions sévères firent tout rentrer dans le devoir. Un calme prpfond régna dans tou& les pays qui avaient été. le théâtre de la guerre. Le brigandage y fut beaucoup mieux contenu qu'il ne l'avait été dans une longue paix, trop favorable à l'inertie des gouverneraens.
Celte Italie, qui pendant quatre ou cinq siècles avait été déchirée par les guerres des Guelfes et. des Gibelins, et qui même en re-t traçait encore ds^ns ses mceurs quelque image
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79^* sinistre , sut fermer son seiti aux nouvelles semences de troubles qu'y apportaient des con- ^ quëransencore tout échauffés du géniedes révolutions. Malgré la division des partis allemand et français, monarchique et constitutionnel , on ne vit point renaître ces haines de familles dont les monstrueux attentats nous ont été retracés par le janceau du Dante. Les chances diverses de la guerre, qui firent passer et repasser la victoire d'un camp dans un autre , ne donnèrent point lieu , si ce n'est à Naples , à des proscriptions sanglantes. Les Italiens surent recevoir des Français de nouveaux moyens de civilisation, sans les acheter par des doctrines turbulentes ou sacrilèges. Leurs magistrats signalèri^t en général un esprit de modération , de prudence et d'habileté. Je citerai ici pour exemple les Melzi, les Aldini, lesMarescalchi , les Corvetto. Il faut joindre à ces noms celui de Charles Botta , qui a écrit l'histoire des malheurs récens de sa patrie avec la noblesse et l'intégrité qu'on admire dans Guicchardiny et avec un mouvement plus vif, plus entraînant.
Je laissa à juger si un peuple dont les mal* heurs ne peuvent être imputés qu'au défaut d'une puissance centrale, et qui, exposé aux excursions fréquentes et terribles de ses voi-
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sins, sait si bien en modérer les fléaux; si le 1796. peuple auquel nous devons nos plus nobles délices ^ et qui veille toujours à les lELCcroltre, est digne du mépris qu'on lui montra souvent pour prix de l'hospitalité.