‹ Histoire de la révolution françaiseChapitre 4 sur 16 · LIVRE TROISIEME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIEME

Ces brillantes journées de Montenotte, de M illesimo , de Mondovi et de Lodi , ces quatre victoires , qui semblent appartenir au teaips. des Condéy des Luxembourg, vont disparaître devant des batailles plus importantes, devant des victoires plus gigantesques , des traits de bravoure plus prodigieux et des coups de gé-* nie plus admirables. Cependant l'objet prin-r cipal de ce livre sera la prise d'une seule ville ^ de Mantoue.

' Il .convient que je détourne un moment «mes regards de l'armée d'Italie y pour suivre d'autres événemens militaires sur le Rhin et sur le Danube; événemens dont l'influence devait se faire sentir sur les opérations de Bonaparte.

Opërationg Le directeur Carnot avait répété en 1796

snr le Rhin. •■ ^ • • «^ ^

Vaste plan de un plan de campagne qui avait eu d etonnans

campagne, y^gui^^ts cn 1704 ct 1795. Des armécs qui

agissaient à de longues distances l'une de

l'autre, après avoiritout chassé devant elles,

devaient tendfe, sur le territoire occupé par

DU DIRECTOIRE ExécCTIF. ao5 '

l*ennemi , à un centre commun. Ce plan de ^79^cailipaghe suppose de forteâ masses, et des généraux animés d'un rare esprit de concorde. Trois armées , dont Tune débouchait des frontières de la Hollande, dont l'autre avait à passer le Rhin à Strasbourg , pour s'enfoncer ensuite dans la forêt Noire , et passer le Danube, dont la troisième avait à franchir les Alpes, le Pô, les Apennins et les Alpes tyroliennes , devaient se réunir à quelque distance de Vienne, ^ pour ne former plus qu'une armée et marcher ensemble sur cette capitale. Ce n'étaient plus ces masses effrayantes qu'avaient fait mouvoir à la fois la terreur dans toute sa violence et le patriotisme dans toute sa furie ; mais c'étaient les firmées qui avaient vaincu à Veîssembourg, à Fleurus, à Tournay, et conquis là Hollande dans une campagne d'hiver. Si leur nombre était diminué de moitié , ce désavantage était bien compensé par une dîsjcipline qui s'était fortifiée , enfin par une confiance et par une vélocité que leur imprimait la victoire.

A coup sûr , on n'avait pas supposé d'abord que c'était l'armée d'Italie qui dût s'approcher le plus près de Vienne. Il semblait que c'était assez pour elle d'occuper une partie

2o6 .HISTOIRE

1796. des forces de l'Autriche ^ et de faire une diversion favorable à la marche plus décisive de rarmée de Sambre-et-Meuse et de celle du Rhin. La première était commandée par le général Jourdan, qui ne comptait encore qu'un seul revers après quaire victoires éclatantes; ses points de départ étaient Dusseldorf et O)logn6« La conquête de la Belgique et d^ la Hollande le tranquillisait sur ses derrières. La paix conclue avec la Prusse , et dans la- ~ quelle étaient entrés la plupart des états protestans , le garantissait de tout danger sur son flanc gauche. L'effectif de son armée était, suivant plusieurs relations , de près de quatrevingt mille hommes, nombre égal à celui de l'armée autrichienne qui lui était opposée. Si les Français étaient inférieurs en cavalerie , ce désavantage était diminué par l'extrême réserve avec laquelle les Autrichiens édlployaient alors une arme si puissante. Parmi les lieutenans de Jourdan, on distinguait Kléber et Marceau , qui ^ volant d'un champ de bataitle à un autre, s'étaient également rendus funestes aux héros vendéens et au prince de Cobourg ; et l'habile Bernadotte , réservé par un singulier jeu de la fortune auj: honneurs du diadème.

DU DIRECTOiRiS EXECUTIF. 207

Moreau venait de succéder à Pichegru dans 1796. le commandement de l'armée du Rhin. Il la trouvait plus irritée^ qu'abattue des revers qu'elltô avait subis à la fin de k campagne dernière. Sans avoir été destiné par son éducation y ni même par les études de sa jeanesse ^ à l'art militaire 9 il en avait rapidement approfondi la tbrorici^; dès qu'il vit un cbamp de bataille I il fut un général consommé. Malgré la valeur la plus brillante » il n'annonçait rien d'impétueux dans le caractère. La reconnaissance et l'amitié l'unissaient à Pichegru. Soi^ armée était à peu près égale à celle de Jourdàn.

Les généraux destinés à oommander les ailes de l'armée du Bhin^ étaient Desaix, que les soldats honoraient pour ses iilens ^ sa bravoure y et chérissaient pour sa droiture et l'aménité de son caractère , et Saint-Cyr^ tac*ticien exact , et capable d'inspirations suintes. Soit dans l'armée de Moreau , soit dans celle de Jourdan, on comptait encore plusieurs autres généraux dont la gloire naissante devait s'élever par des d^rés rapides à un éclat historique, tels que Ney, Soult , Oudinot^ Ler courbe et Richepanse.

Avant que cette campagne fut comm^icée , l'Autriche songeait plutôt à fondre sur l'Ai-

ao8 HISTOIRE

1796. sace et les Pays-Bas, qu'a repousser une învasioa du sein de ses états héréditaires. Le baron de ïhugut, ministre principal de l'empereur, avait porté dans les préparatife une vigueur et une activité nouvelle. L'Autriche, après de longs revers , semblait n avoir rien -perdu de ses forces. L'or de l'Angleterre^ fourni à la cour de Vienne en subside, sous la forme d'un prêt, faisait lever des soldats dans des provinces depuis long-temps soumises à la conscription militaire.

La Hongrie , sollicitée par les glorieux souvenirs de son dévoûment, par la profonde indignation de ses magnats contre la révolution française , enfin par l'esprit belliqueux «de cette contfée , se montrait animée d'un vif enthousiasme , et prodiguait à la cause commune ses greniers , son or et sa population.

Les généraux autrichiens, comme nous l'avons vu, n'avaient point encore saisi le véritable caractère d'une guerre de cette nature. Trop fiers des vieilles méthodes qu'ils avaient lentement apprises, ils s'obstinaient à ne point prendre de leçons de leurs jeunes vainqueurs. Ils savaient maintenir leur armée après des défaites ; mais ils profitaient faiblement de leurs rares victoires. Le prince

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de Saxe-Cobourg , dans lequel la république 1796. française avait craint un Annibal, désolé d'avoir perdu dçins un seul choc le prix de plusieurs victoires, quatre puissantes forte^ resses et tous les Pays-Bas, avait quitté le commandement ; heureux de soustraire à de nouvelles épreuves une gloire dont il sentait le déclin. Clairfait, qu'on avait long-temps jugé digne du commandement. en chef> ne le garda qu'un moment. Il fut rappelé après une victoire remportée sur le général Jourdan. L'armée autrichienne vit avec 'enthousiasme un prince du sang impérial prendre sa place.

C'était l'archiduc Charles, frère de Fempereur, prince dans la fleur de l'âge, et qui, malgré une santé faible , montrait de la vigueur dans ses pensées, et une brillante audace dans l'exécution. C'était lui qui allait soutenir le choc de l'armée de Jourdan: Le vieux et intrépide Wurmser devait d'abord être opposé à Moreau; mais la campagne, comme je l'ai dit, ne commença que tard, et dès le mois 4'avrii Bonaparte , par la Jfeudrojante rapidité de ses victoires et par $es habiles armistices , avait déconcerté tous les plans de la cour de Vienne, ir n'y avait plus que .Mantoue qui put répondre de la sûreté l' ' i/i •

* 796* de celte capitale ; et il eût fallu créer subitement une armée pour venir au secours de

Mantoae abandonnée par les faibles débris

de celle de Beaulieu. La nécessité fit loi. Il fallut compromettre la défense de l'Allemagne pour secourir Tltalie. Wurmser reçut 1 ordre de se porter à marches foi^ées vers le Tyrol , pour délivrer Mantoue , et l'archidùc Charles prit le commandement de deux armées , dont il pouvait à $on gré augrtienter pu diminuer les forées, suivant que l'indiquerait le péril de l'une ou de l'autre. ,

Passage da Ijcs premières opérations de l'armée de armée» fran- Jourdan daps Ics cnvirous de Cologne et de ^'^ATriietmaiNewied ne furent point heureuses. Après le ^'^^' passage du Rhin, tandis que la division de

Rléber suivait avec confiance de premiers avanta^s^ celle du général Lefèvre fut battue à Wetzlar ' par l'archiduc Charles/ Jourdan ne voulut point Kvrer de bataille générale , et Vint chercher un rempart momehtane derrière le fleuve. Pendant ce temps, MoreaU, de son côté, balayait rapidement la rîvè gauche du Haut-Rhin, et, après un brillant combat, forçait Tarrière-garde autrichienne a se retirer sur la tète du poUt de Manheim, Bientôt le général français conçut une enihre-

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prise hardie, celle de passer le Rhin en face ,^gg^ de liehl. Dans la nuit du 014 ]^^^9 Desaix, avec deux mille cinq cents hommes , s'èm-' para d'une île du Rhin, et bientôt même de Kéhl, qui n'avait pour sa deYehse que de fiiibles batteries. Elles furent enlevées au pas dé charge. Un pont de bateaux fut construit, et toute l'armée passa le fleuve j elle n'était alors que de quarante m;lle hommes* Une de ses fortes divisions ,• sous le commandement du général • Ferino , remontait le Rhin, et depuis elle tendît toujours vers le Tyrolj' comme pour donner la main à l'armée d'Italie. Sâint^Cyr, avec un autre corps de troupes, observait Manheîm. Moreau, vainqueur dans plusieurs combats d'avânt-garde, s'avançait datis la Souabe. il eut enfin le bonheur de trouver l'armée ennemie à Renchen, à rentrée des Montagnes Noires. Ce lieu était consacré dans nos fastes militaires par un brillant combat de Turenne, L'heureux imitateur de ce grand capitaine sut, en repoussant de puissantes charges de cavalerie sur ses deux ailes , pénétrer dans un bois que l'armée autrichienne couvrait de ses feui , et la forcer dans son centre.

Ces succès rendirent delà vigueur àTarmée

21 a HISTOIllE

1796. de Jourdâti. Elle reprit roffeasive, passa le Rhin une seconde fois , et sur deux points assez distans. L'avant-garde , commaudee par Klëber et Lefèvre , nemporta de grands avantages. « Nous comptons ^ écrivait Kléber (c à son ami Grouchy , nos marches par nos (f combats , et nos combats par nos vie- « toires. » Jourdan marchait par la Franconie a la rencontre de Moreau qui s'avançait par la Souabe. Déjà le premier s'était emparé de Wiirtzbourg et de sa citadelle, de Francfort et de la rive du Mein. Le général Marceau observait Mayence et d'autres forteresses avec une armée suffisante.

Quatre Tic- Cependant Moreau ambitionnait d'avoir, porSes '^r comme Bonaparte, la gloire de signer un Moreau, armisticc qui détachât un prince de ralliance de r Au triche. Le duc de Wurtemberg voyait une partie de ses états envahis, et tremblait pour le reste. Moreau voulut le décider à la paix par le gain d'une bataille; elle fut engagée à Rastadt. L'ennemi y fut vaincu» mais sans éprouver sur ce point » non plus que sur tout autre y une véritable déroute. Moreau n'annonçait point le nombre prodigieux de prisonniers et de pièces d'artillerie dont retentissaient tous les bulletins de Bonaparte.

DÎT DIBECTÔIRE EXÉCTITUP. 2l3

Aussi Farmiâtice qu'obtint le duc de Wurtem- 1796berg ne ressembla point ^ pour la dureté bantaiitie des conditions , à ceux qn'inipofiait Bonaparte aux princes de l'Italie ; maiS' le' passage d'une armée française a travers ses états n'en était pas moins une longue cause de ruine. Bientôt les deux armées , si elles réus^saient à combiner leurs mouvemens , marcheraient sur la Bavière ; et quel coup on porterait à l'Autriche , si un état aussi puissant échappait à son onéreuse tutelle!

L'arcUduc Charles , qi'ii no cessait de passer de l'une de ses armées à l'autre^ vint se porter au-devant de Moréau , et lui fournir l'occasion d'une troisième victoire. Mais celle-ci lui fut disputée avec une ardeur qui, malgré tant de revers, semblait aller toujours en croissant. Le village d'Églingen fut le principal théâtre de cette bataille. Les généraux Saint*Cyr et Desaix, en attaquant l'en*^ nemi retranché dans uneposition formidable, servirent repousses quatre fois au pied de la montagne qui leur servait de point d'appui.

Moreau, obstiné à la victoire, fit sonner une cinquième charge , et donna avec toutes ses réserves. Le poste décisif fut enfin emporte,

3ff4 HISTOIRE .. ,

i?9^- et l'Aix^tdilc fut obligé 4!aller se t^pUâr ^ur le N^cker. ,^

Moreati poursuivît sa ttiarche eti yainquQur> san^ s'ëloigner toutefois de $a prudeneê ao^ coutumée. La dernière bataille Imavait càxusé une perte^ de six à sept mille homme^^r.et celle de l'etinemi n'avait pas été . beaucoup plus con^dérable. Moreau n hésita plus à s'avâncèï* sur le Danube.. L'archiduc oe{^aidaut combattait de poste en ^ poste. H osa même reprendre Tx^ffénsive; et^ par une brusque attaque sur Tavant-garde, ailprès^e Donavefrth > il jeta du désCHi^d dalis larmée , et la força d'abord à se replier de qiaat^e lieues^ mais à la fin de la joursléey Mor^au ressaisit tous ses avantages , et coucha ««ir le champ <le bataille de Neresheim. . )

Le moment o& les deux airoiiees françaises allaient opérer llsur jouctiou SjemhlaitrpirO'chain ; et alors quel danger pidui:^ l'Aufariche ! Mais l'archiduc. Charles » n'avait hit qu'essayer ses forces. C'était beaiibCfut^^qae d'avoir, dans une retraite, di^uté^i opiniâtrement la victoire. Il s'apercevait que Moreau ^ £si|ig4ië ' d!ua combat meurtrier ^s'enviconbait de piiécautioms, et ne cherchait plus à l'étourdir pa^r la rapidité de sa marche $ il apprenait que

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Yarmée de Jourdan^ dans, la confiance de ses i79^succès y laissait corrompre sa discipline, se livrait au pillage d^ans tous les lieux qaHell^ traversait; et se gardait négligeHunenl. Ce prince conçut alors une pensée hardiq^j^^ qui semUaît empruntée du génie de Frédéric II.

Il osa détacher trente mille hommes de l'armée qui venait de soutenir le poids de ceUe de Moreau , et vint les porter , à marches forcées, contre celle de Jourdan. Ce n'était plus KJéber qui en commandait Tavant-garde, Ce ^néral, d'un caractère fougueux , avait manqué à la subordination envers son chef, pt ve- XI ait d'être rappelé. Bernadotte, qui lui succédait, joignait à la valeur un coup d'œil exercé; mais avait-il pu soupçonner le danger qui venait l'assaillir ? U s'avançait sur Ratisbonne , le a3 août, lorsqu'il se vit attaqué par un ensemble de farces que l'ennemi ne lui avait jamais montré. L'archiduc, qui a repassé le Danube, se xlirige ^sur lui .

Bemadotte soutient tout un jour ce combat' ReTersetro

/i •• m .. •»•-• traite de l'ar-

inégal , et se maintient dans sa position. Mais , mëe de Samle lendemain , comme les secours qui lui sont envoyés ont été interceptés ^ il est forcé à la retraite. Ce fut alorS;que les Fxançais portèrent cruellement la peine des excès qu'ils avaient

2l6 HISTOIRE ,

1796. commis sur leur route. Les paysans, armes de faux, tombaient sur tous les détachemens isolés. Cette nouvelle espèce de danger changea bientôt en déroute une retraite commencée fl'une manière imposante.

Jôiîï^dan , qui voulait se replier sur Bamberg, . trouve la route interceptée. Il veut s'ouvrir à main armée celle deWiîrtzbourg; mais l'archiduc lui présente la bataille , avec une armée fort supérieure en nombre, puissante surtout en cavalerie, et qui poursuit une victoire tout a(^quise. Jourdi.n est battu ; il traverse en quinze jours tout le pays dont la conquête lui a coûté deux mois. Heureusement l'armée du général Marceau reste pour appuyer ses débris. Il repasse le Bhin , et revient à son point de départ. Peu de temps après , le général Marceau , ' qui s'était offert en libérateur à cette armée fugitive, est tué au combat d'Arten. Cette perte causa un véritable deuil parmi les soldats, qui chérissaient en lui toutes les vertus militaires. Un monument lui fut érigé sur le champ de bataille , et les Autrichiens le respectèrent.

TfouTeUcs Cependant Moreau, dès qu'il avait été Moreau. instruit du péril de Jourdan, et d'un mouvement rétrograde commencé, n'avait rien

DÎJ DIRECTOIRE EXÉCUTIF. 21 7

négligé pour rappeler sur lui les forces de i79^l'archiduc , et faire respirer son frère d'armes. II avait attaqué et battu complètement le général La Tour, è Freidberg; c'était sa cinquième victoire en bataille rangée. Son armée occupait un immense terrain. Maître d'Ulm , il avait déjà poussédes partis jusqu'à trois lieues de Munich; et, sans la retraite de Jourdan, l'électeur de Bavière , menacé dans sa capitale , allait subir là loi commune du terrible armistice, et racheter ses états en ouvrant aux Français les provinces de l'Autriche. Moreau , m enacé à son tour dans^ toutes ses communica tions , découvert par son flanc , se vit obligé d'attendre des événemens qui ne dépendaient plus de lui.

II avait envoyé Desaix avec dix mille hommes à la découverte de l'armée de Sambreet* Meuse; mais la fuite avait été si rapide^ que les mouvemens de Desaix et ceux même du général en chef , ne pouvaient rien pour une armée qui ne voyait plus de salut que derrière le Bhin. Le désordre est toujours contagieilx chez les soldats français. Ceux de Moreau ne pouvaient-ils pas s'inquiéter d'avoir à combattre une armée accrue du double , et enjSammée par un retour subit de la victoire?

ai8 nisTOiRis

1 796. Moreau voyait que de son armée dépehdait maintetiautle salut de la France. Battue^ éparpillée^ elle oyvi^it TAlséce à une nduTelIe invasionw Rien n'était plus dangereux qoe de suivre les conseils de la vî<itoire9 et ^e s'abàn* donner matiiienant à l^e^oic des conquêtes.

La Bavière laissent passer Forage > et crain drait plus le courroux de l'Autriche que celui delaFrance. Onpouvaik^ens'àYàhçànt^ perdre toute communication avec Paris ^ et laisser le gouvernement dans une anxiété qm tiendrait du désespoir^ et dont le parti anarchique serait habile à profiter. D'un autre cèté^ tjue de mesures à prendre pour une retraite ^ avec une armée qui couvrait encore pliiis de aoii^ânte lieues de terrain et s'étendait du lac dé Constance jusqu'au Danube^ (|m avait cent lieues à U'averser pour regagner le Rhin> qui serait attaquée par l'archiduc Charles en tête^ en flanc et en queue, et qbi, après avoir passé tant de rivières difficiles dont tes ponts |xnirraientétre coupés, retrouverait ces Montagnes Noires, ces gorges d'un aspect horrible, que l'effroi des habitâns ebx-mémes a nommées le Fal d! Enfer. .

Sans i^trograder encore ,. le général Moreau s'occupa de concentrer sa position, tint plu-

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si^tirs joiii^$.V^)ïeQfi t inçertaîà sursts desseins, 1 796. et rempècha {MIT Ul rarchiduc Charles 4'atoir lqî::Jiiéme uf» fi^n bien arrêtée Gônmieil arait un de ses flancs découvert, îl .lui importait de |xréseiiter ^riout. uxm niasse bien im^o^ santé. Le soldat pritjé earactàre. du général > et se xnontra^ cpiticoie Iiii> ealnUB, vigtknt et in,tré{Mde. Cest dtns les oit vrages militaires qu'il faut Jire les défaik de cette belle retraite q\te 1^ nëceôsité Ibrçàtt d'-opérer a(>rès cinq brillant^ victoires.

D^jà Moreau avaif. T«|>assé le Lech et le Beiieretraite Dfinube, éyaclué Ul^^ et laisi^e derrière kii nUipI*.. Se5,jou][^ de ûdarche étaient comptes^ et coupés par des jours de« rej^osv L'ennemi ne parvenait à l'entamer sur laocun pdint. Moreati résolut de le frapper de terreur par un coup d'écW» et de se sâontrer iencore^ sinon en conquérant 5 du moinfs en vaincpieur. C'est lui qui yiént attaquer *à Biberach le ^énéi^al La Tour^ Jitâais Moineau n'avait moiitré plus de profondeur dans son plan de bataille^ et toutes vies manœuvres furent exécutées avec une admirable précision par les généraux Desaix.| Saint-Cyr et Ferido. L'armée autri^ • cUenne coupée daiis tous les sens avait déjà laissé près de cinq mille prisonniers et ube

aaa histoirs

1796- grande partie de son parc d'artillerie. Elle était menacée d'une destruction complète ; et ce n'était point son général qui pouvait la sauver d'un tel péril. La Tour avait montré , dès le début de cette journée, un désordre d^dées qui allait toujours croissant.

Le prince de Condé, le duc d'Engbien son fils, et son corps d'émigrés français^ se dévouèrent pour arrêter un désastre qui eût fait oublier les récentes victoires de l'archiduc Charles. Tandis que toute l'armée autrichienne précipitait sa fuite, ils se formèrent en avant-garde, arrêtèrent long-temps les vainqueurs au passage d'un ruisseau, tirèrent parti d'un moulin comme ils auraient pvt le faire d'un fort, et le firent sauter lorsqu'ils commencèrent une retraite que les républicains n'osèrent plus inquiéter ,* le général La Tour, dans sa relation, porte à quatre coqts le nombre des émigrés qui*dans cette journée payèrent de leur sang le salut de l'Allemagne; mais d'autres relations le portent jusqu'à sept ou huit cents. Ce même général, sans confesser toute rétendue du service que les émigrés rendirent dans cette journée à sa patrie, cite avec éloges le vaillant 'duc d'Engbien.

Les champs de F Allemagne venaient d'être le théâtre , comme les champs de- la Vendée , d'un combat acharné entre des Français ; mais du moins celui-ci était' exempt de haine ^ les émigrés et les républicains s ad^niraieiltt les uns les autres jusque dans le feu le plus terrible delaction.

Ca fut dans un combat précédent. qu'un émigré y atteint de la plus cruelle blessure, fit entendre à l'un de ses compagnons, qui blessé comme lui ne pouvait retenir les cris de la douleur , ces belles paroles :

(( Pourquoi ces plaintes et ces murmures, u mou ami ? songe que tQn Dieu est mort sur (c une croix ^ et tçn Roi $>ur un éjch^faud^ » Cet émigré était le chevalier de ^Carras , frère de l'un des Directeurs de la République française , et neveu d'un illustre marit\.

C'était dans une retraite que le général Moreau venait de remporter une victoire supérieure par )a beauté dès dispo3itions, Tardeur des troupes et la grandeur des résultats , à celles qui avaient signalé sa marche conquérante. Il ne s'agissait plus, après un tel succès , que de commander à l'ivresse qu'il pouvait inspirer. La tentation était forte pour ^rentrer au coeur de TAUe-

*79^- magne. Mais Mweau savait à que^l point Tarmée de Sambre^t-Metfse , rotnpne, dfeieoul'agée/ était ïiors d*état de reprendre une oâe^sive qui pût le seconder. Il savait que Varchidiic Charles arrivait à Rehl, pour Fattaquer au déljouehé*

Moreau continua sa retraite , fît battre par ses detachemetis. tout ennemi qui osait encore se présenter, et gagna le Val d'Enfer, après av<nr tout jçha^é des rochers à pic qui l"e cou:vrent.

Gomme il restait beaucoup d'obstacles pour le passage de ses munitions et de ses bagages , il les fil- dii'igei^ Vers les villes forestières , et sur le t'€rritoire neutre de la Suisse. 'Les trei»e cantons ne* vouluretit pas voir une violâftiouide territoire dans ce passage forcé. Tout fut irespecté scrupuleusement; seulement quelque^' canons furent gardés en dépôt à Tarsenal deSchafibuze. Le Directoire, un an après , se souvint mal d'un si gâiéreux procédé. Après vingt-deux jôurs'de marche , Farmée française rentra dans Frîbôurg, assez délabrée , mais parée encore de tous les insignes de la victoirtî. ^

Telle fu4 cette retraite , là plus belle et la plus difficile^qaî eût encore honoré une armée

DU DIRECtOIBE EXÉCUTIF. 2 23

française^ L'enthousiasme l'opposa aux trîom- 1796. phes les plus éclatans de Bonaparte. La réflexion venait cette foîè justifier l'entliousiasme. Le soldat français venait de souteniV I epreirve jfugée la plus difficile pour son caractère , et seniblàif avoir ajouté à tout Féclat de sa valeur la éonslance et fa force romaine.

Dans le presseïitiment que chacun ïiourrissait alors d'un dénoùment militaire y les hommes auxquels le toni superbe de Bonaparte faisait craindre une diclàtiire violente , s'intéressaient à la gloire du sage et modeste Moreau , et n auraient pas ^té fîichés de la faire prévaloir sur celle de son plus brillant émule de gloire. Les royali$tçs affectionnaient dans Moreau un élève et »n ami de Pichegru. Le Directoire lui-même ; secrètement offensé de l'indépendance altière dti vainqueur de Tllalie , semblait pencher pour un général qui rendait plus de respect aux magistrats suprêmes de ïa République . Il est temps àe revenir à rarrhée d'Italie.

Le èiége de MaaWtié va nous occuper longtemps. Mai^ cette viBe-ci devait décider à la fois du sort deTltalîë et de celui de TAutriche.

Mantoûe offibe dé tous les genr'es de défense Dispositions le plus assure , ceîui de trois lacs qui 1 envi- de Mantoue.

, a' •/•.- m' -ai» • •' A • • ^wn et Juîl-

ro'nnent , et tous tormes par le Mmcio. Ainsi ut 1796.

1796. ptotégée^ ei)e communique a la terre ferme par cinq digues ou étroites chaussées. Au débomché de la première , qui se nomme la . Favorite^ est une citadelle , pentagone régulier asse:B. fort. Une autre chaussée, qui conduit à Crémone, est défendue par un ouvrage à cornes. Les trois autres offraient alors moîas de difficultés aux assiégeans. Cotte ville avait et elle exige pour sa défense une garnison de douze mille hommes. L'insalubrité de l'aîr^ causée par des eaux stagnantes , est encore , et surtout pendant Tété, un puissant moyeu de défense. Les assiégés en souffrent, il est vrai, mais beaucoup moins que les assiégeans. Pour en faire le blocus, il fallait que Bonaparte se rendit maître d'une lie nommée le Seraglioj espace triangulaire compris entre le M incio , Mantoue et le Pô , et qu'il fût maitre des rives deTAdige et des débouchés du Tyrol. Dès le mois de juin il avait commencé l'investissement de Mantoue. Pour y parvenir, il avait fallu forcer le passage du Mincio, à Borghetto, en présence de l'armée autrichienne, dont Beaulieu commandait encore les tristes débris. Ce général avait pris, pour la défense du pont, les mêmes précautions qu'à Lodi. Bonaparte le Ht, à coups de ca-

DU directoible exjégutif. aa5

Bon^ retirer sur Fatitre rive. Les Autri- 1796' chiens^ après avoir brisé une arche du pont, se croyaient à Vabri de toute poursuite. LMni'pétueux Gardatme ne put souffrir que la victoire de sou gëuéral resiât incomplète. Sotié le fcc des batteries 9 il osâ se jeter, avec quelques soldais d'élite y dans le Mineio, dont lèi^ eaux lui venaient jusqu'à la poitrine. Les Autrichiens , interdits^ abandonnent leurs tra- ^ vaux; le pont se répare, et on leur fait nombre de prisonniers. > Beaulieu continua sa retraite sur Peschiera, Daveté de petite citadelle da territoire vénitien. Elle IJ^^X'H^^: lui fut livrée, soit par la timidité du gou- ^}'^^« ^* ^*' vemeur, soit par une suite de cette indécision > fatale qui avait empéehé Venise de se couvrir an moins dune neutralité armée. Bonaparte fulmina, en apprenant que Peschîera s'était^ livrée aux Autrichiens battus ; mais sansdoute il ^ rejouit , aB fond de son eœur, d'avoir un prétea^te pluusible pour s*emparer, sut» le territoire de Venise?, de tontes les villes et phces fortes qui lui conviiendraient* Dans cette pensée f et voulant peot-élre déjà de sinistrés J)rt)jets sur les étaHs de Venise, il erit i^eeours à des^ emporteiïiens^' révolutionnaires y dont il avak &SL jusque-là' s-abstenir. Il jxe parlait plus I. i5

, 3^6 filSTOIRB

1790* qu'avec indignation de cette république , à laquelle le Directoire et la Conyentioa elle-* même avaient prodigué les témoignages d'une amitié suspecte* Il ne voyait plus que perfi-^ dies dans une neutralité qui livrait aux Autrichiens un vaste territoire. Bien convaincu que la crainte régnait seule dans les conseils d'un sénat autrefois si renommé par sa sagesse , et même par sa vigueur, il faisait voler la menace devant lui. c< Je veux Vérone^ « disait -il ; cette ville doit subir tout le (f courroux de la république française , puistf qu'en donnant asile au prétendant , en lui « permettant de donner des ordonnances i< royales , elle a osé se croire la capitale de (c la France. Je briserai ses portes^ je livrerai « aux flammes ses maisons, ses palais et ses fc temples » Rien de plus absurde que le reproche fait à Vérone d'avoir pu se croire un moment la capitale de la France. Le plus fou des habitans de cette ville n'aurait jamais conçu une telle pensée; mais plus les reproches sont extravagans dans la bouche d'un vainqueur, plus ils font sentir le droit et. la violence du plus fort. Sur le bruit de ces menaces, le provéditeuD-général Foscarini vint, tout pâle d'épouvante, aborder le général

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français^ qui, s'applaudissant de la terreur r-^96. * qu'il répandait , et impatient d'en recueillir les fruits , se garda bien de tempérer la violence de son langage. Foscarini ne voulut pas perdre une minute du temps que Bonaparte lui accordait pour se soumettre. Rentré à Vérone , il en fit sortir les troupes esclavones qui faisaient la principale défense de cette ville; mais l'effroi des habitàns ne fit que ré* doubler par la prompte soumission du provéditeur. Tous» ceux des citoyens riches ou considérés qui "avaient pu honorer un auguste malheur dans la personne du comte de Lille (c'était le nom qu'avait pris le roiLouis X VIU) , tous ceux qui avaient parlé de la révolution française avec horreur, et du général francais avec colère, se hâtaient de fuir. La route de Vérone à Venise et les vallées de TAdige étaient remplies de familles éplorées qui, emportant leurs effets les plus précieux^ craignaient, en reportant leurs regards en arrière, de voir les murs de leur ville embrasés.

Le i«' juin , Bonaparte fit à Vérone Tentr^e la plus paisible , et n'affecta d'autre sentiment que celui d'une profonde admiration pour tous lés monumens de la grandeur romaine

%:kS iiiSTOiai!:

1 796. dont y^érooe est encore illustrée. Bientôt il chassa les Autrichiens de Peschiera. Brescia et plusieurs autres yilles du territoire yeiiitien avaient cJ^éjÀ depuis plusieurs jours reçu le vainqueur avec une soumission craintive qui voulait affecter des airs d'allégresse.

Voici une proclamation que Bonaparte avait fait publier à Brescia; elle contraste beaucoup avec la conduite qu'il tint.

« Cest pour délivrer la plus belle contrée « de l'Europe du joug de fer de l'orgueilleuse H maison d'Autriche que' l'armée française a (c bravé les' obstacles les plus difficiles à sur- (( monter. La victoire ^ d'accord avec la « justice, a couronné ses efforts : les débris «de l'armée ennemie se sont retirés au-delà (( du Mincio. L'armée française passe , pour « les poursuivre, sur le territoire de la répu- (c blique de Venise ; mais elle n'oubliera pas i< qu'une longue amitié unit les dçux répu- « bliques. La religion, le gouvernement, les « usages, les propriétés seront respectés. Que « les peuples soient sans inquiétude, lapins « sévère discipline sera maintenue ; tout ce K qui sera fourni à l'armée sera exactement i< payé en argent. Le général en chef engage « les officiers de la république de Venise, les

DU DIRECTOIRE £X]£CUTIE. ^20

« magistrats et les prêtres à faire connaître 1796. « ses sentimens anx peuples , afin que là conor fiance cimente Famitié qui depuis long-* «r temps unit les deux nations. Fidèle dans le i< chemin de l'honneur comme dans celui de a la victoire 5 le soldat français n'est terriMe « que pour les ennemis de la liberté et de ce son gouvernement • »

Le général avait usé de tous les moyens pour former tin équipage de siège. Serrurier fut chargé de conduire celui de Mantoue. Le général Vaubois gardait les débouchés du Tyrol : Augereau et Masséna s'avançaient toujours sur la terre ferme de Venise.

Cependant un violent orage menaçait l'arniée d'Italie. Wurmser , sur le bruit du daiig€r de Mantoue , s'avançait par les gorges du Tyrol avec trente mille hommes détachés de l'armée d'Allemagne, comme je l'ai déjà dît plus haut.

Bonaparte prétend^ dans ses Mémoires^ qu'il avait en vain sollicité des renforts de l'intérieur > et qu'à peine lui arriva-' t'-il cinq à six mille hommes , au plus fort de la crise où il était engagé. Ce fut, suivant lui, avec quarante mille hommes qu :1 eut à en combattre quatre- vingt mille; car 'il porte à ce

'j3o histoire «

1796. nombre l'armée autrichienne *, Quelque jugement qu'on porte sur cette assertion , ^ ii restera toujours assez de merveilleux dans la manière dont Bonaparte confondit l'espoir et anéantit les forces nouvelles des Autrichiens. bkfquir^^par ^Li^ premier choc de Wurmser parut an— ^^"J^'j* - noncer que l'Italie allait encore une fois changer de maître. Bonaparte fut attaqué dans toutes ses positions les plus voisines du. Tyrol f et bientôt fut inquiété dans ses com-* munications avec Milan ^ avec Vérone. L'avant-garde de Masséna^ quoique commandée par l'intrépide Jbubert, fut obligée de se re-^

* On peut biei. juger que , sur cette évaluation des forces respectives des deux armées , les relations autrichiennes sont toujours en sens^ inverse de celles de Bonaparte. 'Sur ce point, l'historien ne sait jamais quel parti prendre : car souvent il rencontre une exagération évidente des deux côtés. Bonaparte luimême , dans ses Mémoires de Sainte^Hélhne , commence par établir que les états officiels d'une armée ^ que les contrôles ne prouvent rien. Ainsi il déclare que ses forces disponibles , au commencement de la campagne , n'étaient que de trente-cinq mille hommes^ . tandis que les états militaires la portaient à plus de soixante-dix mille.

Dans sa manière d'évaluer les forces' qui lui sont opposées, Bonaparte montre fort peu de scrupule. £n examinant le fait dont il s'agit ici , il est peu pro-

DU DIRECTOIRE EXlécXJTIF, Îl3l

plier devant les Autrichiens, et Massena 1796. Ini-^même n'arriva que pour continuer la retraite dans le meilleur ordre possible. Quosnadowick mit s en déroute Isl (Svision de Soret à Sale. Mais ce fut là que le général Guy eux renouvela le prodige d'intrépidité qui avait illustré , parmi nous^ Bampon, et, parmi les Autrichiens^ Provera. Coupé de la division fugitive avec quinze cents hommes , et cerné de toute part , il se retrancha dans un vieux château , disent les uns^ ou dans une simple habitation, disent Les autres , et sans munitions de guerre ni de

bâble que trente milles hommes aient été âétachésde l'armée d'Allemagne , qui s'apprêtait â soutenir le plus terrible choc y et pouvait avdir à défendre même Jes provinces de l'Aulricbe.

M. Daru , dans son Histoire de Venise , réduit ce nombre à vingt mille hommes , et les Autrichiens le portent plus bas encore.

Je prie mes lecteurs d'attacher peu d'importance aux évaluations des armées respectives , telles que je suis forcé de les présenter quelquefois : elles me paraissent toujours assez problématiques. La moyenne proportionnelle est difSicile à prendre. Car enfin une des deux relations peut avoir dit la vérité. Répéter une de ces relations , mais en laissant voir le doute, me parait ici le parti le plus sage.

a'ili HISTOIRE

1796- bouche, il s y défeiiilit pendant deux jours entiers. Le vieux Wurnsser se montra presque un général français par l'impetuo^té av^ec laquelle il profita de ses premiers avantages. Brescia et Vérone lui furent bientèt soumises. Il se dirigeait sur le Miiicio^ et s'apprêtait à eptrer ei^ vainqueur dai^ Mantoue.

Je n'ai nulle foi aux relations qui peigneai: Bpnapari^e accablé de ces premiers revers ^ frappé d'un découragement quil laisse lire sut ses traita , cmignant de se montrer à ses troupes^. et lie reprenant courage qn'à la voix d'AugeiT^aui qui le détermine à faire tête au péril. Ce n'est point d'une âme épouvantée que peut partir le nierveilleux trait de. génie militaire par lequel Bonaparte s'éleva subitement au^d^sus de ses pretîiiers triomphes. II avait pénétré le plan dé Wurmser; iWoyait que le général autrichieti étendait ses troupes dans tous les sens pour le cerner^ et que le lac de Garda séparait dans toute §a .^rgçur Quosdanowick qi^ occ^p^t les postes de Salo, Gaâtiglione et Ltmato^ de Wormser qui marchait sur Mantoue. Bonaparte a ré-*solu d'agir avec tout l'ensemble dé ses forces contre l'une des divisions ennemies, et de l'accnbler avant qu'elle ait pu être secourue

BU DIRECTOIRE l^^GUTIF. a33

par l'aulre. Pour entretemr Wurmser dans 179^* une confiance qui lui sera funeste , il agit comme s'il se reconnaissait vaincu ^ ne songe point à défendre le Mincio , et doune Tordre au générai Serr4irier de lever le siège de Mantoue avec tous les signes apparens de la précipitation , de la terreur et de l'épouvante. En conséquence^ ce général brûle ses affûts de siège > jette la poudre k l'eau , enterre les projectiles y encloue ses pièces et lève le siège dans la nuit dû Si juillet au i^' août.

Wurmser s'étonne et se réjouit d'une vie- victoire ae toîre encore plus complète et plus prompte S^'^jf^i!!!!! ** qu'il n'avait espéré. ïl entre dans Mantoûe^ s^occupè à profiter des restes de l'artillerie àh^ perses par les Français , et envoie à la cour de Vienne un récit triomphant qui , daté de Mantoue, semble dire : L'Italie est sauvée.

Mais^ pendant ce temps > Bonapai^te, Masséna et Augeiteau^ qui ce jour4à semblent avoir redoublé d'impétuosité et de valeur, attaquent avec furie les deuic généraux Quos-* nadovricb et Liptay^ qu'ils ont surpris dans toute la sécurité de la victoire. L'intrépide Guyeux est dégagé par Masséna ^ et sort d'une maiscMi dont son intrépidité a fait une forteresse. Le général Pigeon est vta moment ùÀi

2 34 niSToiuE

i7q6. prisonnier avec sa troupe ; mais Bonaparte le délivre.

Ces combats ont duré deux jours, et les généraux autrichiens, si vivement pressés ^ n'ont encore reçu aucun secours de Wurmser .

Enfin , ce général est informé de leur danger : il marche lui-même à leur secours. Le 3 août^ la bataille s'engage plus terrible à Castiglione et à Lonato. Bonaparte vole perpétuellement de l'un k l'autre 'de ces champs de bataille. Ici il fortifie Augereau , et là Masséna . Castiglione est emportée. Les corps autrichiens ne savent plus quelle direction suivre : ils se voient cou*péà , traversés , foudroyés dans tous les sens par une armée que tout à l^heure ils s'étaient attendus à yoir fuir en désordre sur la route de Milan.

Un extrême danger que Bonaparte courut après cette double victoire, lui fournit l'occasion de donner im insigne témoignage de la puissance de son caractère. Tandis que ses généraux ramassaient de toutes parte des prisonniers, il revenait de Castiglione reconquise, sur Lonato , théâtre d'une autre action très vive. Il y avait déjà quelques heures qu'ils s'en étaient emparés. Mais, emportés par la victoire , ils n'y avaient laissé que douze cents

hommes. Bonaparte venait d^ arriver avec ''9^* une partie de son état-major , lorsqu'il voit quatre ou cinq mille Autrichiens qui se dirigent sur ce lieu. Comme les Français restaient maitres des postes voisins^ Bonaparte comprit que cétait une colonne coupée qui cherchait à se mettre à couvert derrière le Mincio : il l'attend. Voilà qu'uti parlementaire entre dans Lonato y pour apporter aux Français la sommation de se rendre à un corps beaucoup plus puissant qu'eux. Bonaparte fait monter a cheval son nombreux état-major^ se fait amener l'olSicier parlementaire, et lui fait débander les yeux au milieu de tout le mduvenaent d'un grand quartier-général. « Allez « dire à votre général, lui dit-il, que je lui « donne huit minutes pour poser les armes ; « il se trouve au milieu de l'armée française.

« Passé ce temps , il n'aurait rien à espérer. » Harassés depuis trois jours, errans, incertains , ne sachant que devenir, persuadés qu'ils avaient été trompés par les paysans, ces quatre ou cinq mille hommes posèrent les armes.

Dans tous les combats ou batailles livrées depuis le 29 juillet au 12 août, l'armée française fit quinze mille prisonniers, pritsoixante* dix pièces de canon et neuf drapeaux , tua ou

a36 HISTOIRE

1796. blessa vmgtK^inq mille hommes. La perte de l'armée française fut de sept mille hommes prisonniers, tués ou l)lessés*

Le bruit des premiers revers de Bonaparte , ' ou du moips de la marche rétrograde qu'il avait suivie avant la nouvelle victoire ne causa qu'une commotion légère en Italie. Il fut surtout content des Milanais^ et voici une proclamation qu'il leur adressa :

« Lorsque l'armée française battait en rei< traite y que les partisans de l'Autriche et « les ennemis de "la liberté de l'Italie la « croyaient perdue sans ressources , lorsqu'il i< Vous était impossible de soupçonner que i< cette retraite n'était qu'une ruse , vous avez u montré de l'attachement pour la France , de (i l'amour pour la liberté ; vous avez déploj^é (( un zèle et un caractère qui vous ont mérité u l'estime de l'armée, et vpus mériteront la « protection de la république. Chaque jour « votre peuple se rend davantage digne de la « liberté : il acquiert chaque jour de l'énergie, (( il paraîtra sans doute un jour avec gloire « sur la scène du monde» Receve:e le témoi- « gnage de ma satisfaction , et du vœu sihcère u que fait le peuple français pour vous voit* « libres et heureux. >i

DU DIBECTOIRE EXlÉCCTIF. H^'J

Le reste du mois d'août se passa sans de 1 796. grands événemens. Wurmser avait trouve Attaquede» un excellent point d'appui dans le Typol , pro- uT^roî *^ vince très affectionnée à FAutriche, qui lui faisait depuis plusieurs siècles sentir très légèrement sa domination. Ce pays escarpé , et formé par la nature comme une immense forteresse, nourrit une population que l'exercice continuel de la chasse dispose à l'esprit belliqueux. Wurmser y trouva ,des ressources pour recruter son armée affaiblie. J'ai peine à croire cependant , comme le dit Bonaparte , que le feld-maréchal vit en quelques jours son armée accrue de vingt mille hommes. l'Autriche devait; bien plutôt envoyer des secours à Tarcfaiduc Charles qui défendait le cœur de l'Allemagne.

On* ne connaissait alors que les succès des deux armées de Sambre-et-M euse et du Rhin.

Bonaparte les secondait , en se portant sur le TyroL Par là, il paraissait seconder le plan d^opérations tracé par le directeur Carnot , et que j'ai exp6sé au commencement de ce livre.

Maitre du Tyrol, il eût pu appuyer le général Moreau dans sa marche sur Vienne. Mais c'était entrer dans un rôle secondaire qui ne convenait plus à sa gloire^ ni surtout à son

a4o HISTOIRS

i7q(?. out tout enfoncé. Bassano est reprise » et des trophées , dont je ne yeux pas répéter à cha* que instant Ténumération gigantesque, ont signalé cette nouvelle victoire.

Wurmsen, après ce revers , ne se sent en* core ébranle ni dans son courage ni dans ses résolutions. C'est toujours k Mantoue qu'il aspire. De général d'armée, il veut, pour le salut commun, devenir gouverneur d'une citadelle ; il condamne son vieil âge à tontes les horreurs qui serrent l'àme et font languir ie corps dans une placeaux abois. Cest peu ; voici un danger d'une antre nature, et pour leqi&el le courage guerrier ne suiBt plus. Naturalise en Autriche par ses services, il est né Alsa«cieu, et l'on peut lui appliquer ta loi des émigrés, c'est<4*dire le faire fusiller,, s'il est obligé de rendre la place. Le Directoire ne manquera pas d'exiger sa tête eomme nn trophée cher aux républicains, aràens à se venger de la prise des lignes de Veîssembourg et des longs obstacles qu'il vient de mettre à la conquête de l'Italie ; mais iL sent que po^ le brave toute mort est glorieuse. Chargé de jours, îlne veut qu'honorer sa fin. En concevant des pensées digues die; toute l'ardeur de l'âge, il croit en avoir recouvré la force.

BU DîBBCTOIRE EXÉCUTIF. 34 1

Seize mille hommes sont encore autour de 1796. lui 9 parmi lesquels il en compte six mille d excellente cavalerie , prêts à tout entreprendre; il réussît a tromper son jeune vainqueur sur son dessein. Tandis que celui-ci l'attend sur la Piave, il passe l'Adige à Legnago; il se fait partout précéder par le bruit d'\ine victoire complète qu'il aurait remportée, et dont sa marche hardie peut paraître un indice. C'était la ce qui lui avait facilité la conquête de Legnago , dont les Français n'avaient pa$ rompu le pont dans la précipitation de leur fuite.

Cependant l'avant-garde de Masséna a fait des marches forcées pour réparer une fatale erreur, et arrêter l'entreprenant vieillard.

Elle l'attend à Cerea. Wurmser n'hésite pas à forcer le passage. L'ardent Murât se présente en vain pour le disputer; Cerea est emportée, et Wurmser a fait des prisonniers à son tour.

A quoi tient le destin des combats, le destin du monde? Parmi ces prisonniers que venait de faire Wurmser, peu s'en fallut que ne fôt compris Bonaparte lui-même. Furieux d'avoir appris que le général vaincu était sur le point de s'ouvrir une. seconde fois le chemin de Mantoue, il arrivait au grand galop à

a4a HISTOIRE

1796. Cerea pour soutenir une trop faible avantgarde, lorsqu'il vit les premières maisons occupées par les Autrichiens ; il n'eut que le temps de tourner bride.

Wurmser, malgré son premier succès , ne se dissimule pas les obstacles qu'il va rencontrer sur une route où il est prévenu ; il s'en écarte subitement , et se voit arrêté à Villa- Imprenta par un pont que garde un détachement venu du blocus de Mantoue: il livre le combat. Le général français Cfaarton, qui s'est placé en. carré sur le chemip y meurt dans la mêlée, et sa faible troupe est dispersée ou prisonnière.

Déjà Wurmser peut apercevoir les tours et les remparts de MantQue : mais une nouvelle colonne de l'armée du siège s'est formée, et défend le poste fortifié des Due Castellî. Le vieux général , le vieux lion est à la fois enflammé par l'obstacle et par l'espoir. « Encore « un effort ! encore une victoire ! crie*t-il à ses « compagnons. Voyez du haut des tours vos a frères qui vous appellent et vont vous secc couder. Couchons ce soir dans Mantoue, a et que les Français apprennent par un tel a exploit qu'ils n'ont rien fait encore pour la « conquête de l'Italie, m Les grenadiers, les

UU DIRECTOIRE EXÉCUTIF. ll{i

cavaliers qui se dévouaient avec lui et pour "79^' lui attaquent en soldats français la colonne française. Le poste des Due Castelli est rapidement emporté. Plus d'obstacle a leur marche : Wurmser entre une seconde fois en libérateur dans Mantôue. Cinq cents prisonniers qu'il mène à sa suite illustrent son nouveau succès. Les habitans et les soldats se livrent k une joie excessive dont Wurmser cherche à contenir les témoignages. On le croit vainqueur; mais Wurmser sait trop qu'il survit, avec une troupe d'élite, à une armée nombreuse qui tout à l'heure couvrait les vallées de l'Adige. Il pressent déjà les horreurs de la famine et des maladies contagieuses; mais il pourra reculer encore de plusieurs mois la chute du commun boulevart de l'Italie et de l'Allemagne.

Pendant quelques jours il reste maître de .

la campagne et peut camper au-dehors. Le Seraglio lui fournit des vivres; mais Kilmaine, chargé du blocus, secondé par des divisions ^ /

nouvelles et par Fartillerie légère que dirige^ Marmont , général qui venait de se couvrir de gloire aux batailles de Castîglione et de Lonato, parvint à resserrer l'opiniâtre vieillard dans la place.

a44 HISTOIRE

1796. Bonaparte , en voyant Maotoue maintenant

défendue par une garnison ou plutôt par une armée de TÎngt-cinq mille hommes, ne pouvait concevoir que des victoires si multipliées et attestées par un nombre de prisonniers égal au moins à la moitié désarmées qu'il avait eues à combattre I le laissassent encore dans toutes les perplexités où l'avaient trouvé les cornmencemens du siège de Mantoue. Elles s'ac-*crurent encore par les nouvelles qu'il reçut des armées do Sambre-et-Meuse et du Rhin.

La première avait fui dans un épouvantable désordre , après unc.sanglante défaite. Le salut de la seconde n'était point encore assuré; on l'ignorait au moins.

Bonaparte perdait l'espoir de se voir appuyé dans le Tyrol par une division de Moreau.

L'Autriche, après avoir assuré le salut de l'Al^ lemagrie, pouvait maintenant porter contre lui des troupes qui sortaient, d'une victoire. La saison rigoureuse approchait; il fallait en • braver les rigueurs sur des montagnes arides ou dans des plaines marécageuses. Plus d'es-« poir de renforts. La République ne devait^Ue pas veiller d'abord au salut de l'Alsace ou des provinces belgiques ? L'éternelk Mantoue, et cette fatalité qui faisait sans cesse tourner

DU DIRECTOIRE eXECtJTIF. ^45

dans un même cercle une armée tant de foîis ^19^victorieuse f n éteindraient-elles pas la bouil-^ lante ardeur du soldat? Encore si les lenteurs du blocus pouvaient être abrégées par un siège régulier ! Mais Bonaparte voulait; avant tout, tenir son armée mobile. Ce qu'il avait fait lui répondait de ce qu'il pouvait faire encore.

Plus il restait sur les mêmes champs de ba*taille, plus il s y regardait comme invincible. L'obstaclô ne faisait que développer cette in^ flexible volonté, qui était en lui une puissance plus terrible encore que le génie.

Que si nous descendions par nos coujec* tures dans les profondeurs de son ambition , nous dirions que peut-être les revers de deux armées tout à l'heure conquérantes comme la sienne, satisfaisaient en secret un homme qui n'aimait à parlager ni la gloire ni la puissance. Le jour le plus malheureux de sa vie aurait été celui où il aurait vu un bulletin de Moreau daté de Vienne. Lui seul restait chargé de la plus brillante offensive; lui seul pouvait encore envoyer des drapeaux, faire traverser la France à d'immenses colonnes de prisonniers, et, en protégeant la République , faire sentir au Directoire^ sa superbe protection.

L'Italie ne connaissait que lui ; il y exerçait un

^àC IIISTOIR£

1796. empire absolu , et le pouvoir devenait chaque jour l'incurable besoin de son âme; ce qui lui en faisait mieux sentir les douceurs, c'est qu'il avait pour complaisans et en quelque sorte, pour ministres les souverains qu'il tolérait dans cette contrée.

Cependant, les effets de la retraite sur le Rhin ne tardèrent pas à se faire sentir péniblement à l'armée d'Italie. Le cabinet de Vienne, dans les succès obtenus en Allemagne, vit, par-dessus tout, un moyen de recouvrer l'Italie. La nécessité de se défendre suggérait à ce gouvernement des efforffe dont il avait été avare lorsqu'il s'était agi de défendre la cause commune des rois. Un appel général ne cessait de retentir dans tous les États héréditaires. Aux ciouvelles levées données par la conscription se joignaient des bataillons de volontaires qu'animait l'enthousiasme patriotique. Vienne en avait fourni quatre , et ils avaient reçu des mains dq l'impératrice un drapeau qu'elle-même avait brodé.

Tandis que ces renforts se mettaient en marche de l'intérieur de l'Autriche, le baron Thugut tirait de Tarmée d'Allemagne \\u nouveau corps destiné à dé^jvrér et Wurmser et Mantoue. Le feld-maréchàl Alvinzi eut le

DV DIRECTOIRE EXECUTIF. ^^l

commandement de cette troisième armée; il 1796. venait de se distinguer en Allemagne sous larchiduc. Les premiers succès qu'il obtint purent être jugés d'une grande importance.

Bonaparte avait marché à sa rencontre en * avant de Vicence, engagé le combat; 'et, Quoique maître du champ de bataille , commandé pour le lendemain un mouvement rétrograde. Il comptait sur une ferme résistance dé la division Vaubois^ chargée de couvrir le Trcntin et le Tyrol. Pour cette fois, son espoir fut trompé. Vivement attaquée par le général Landon et ses Tyroliens , elle céda au nombre, et vint se réfugier sur le plateau de Rivoli. Bonaparte irrité ne tarda pas à s'y rendre . Il fît assembler cette division, et lui dit : '

i< Soldats, je ne suis pas content de vous.

(( Vous n'avez montré ni discipline , ni con- « stance, ni bravoure; aucune position n'a « pu vous rallier ; vous vous êtes abandonnés « a une terreur panique. Vous vous êtes laissé « chasserde positions où une poignée de braves a devait arrêter une armée. Soldats de la 89® u et de la 85^, vous n'êtes pas des soldats fran- « cals. Grénéral chef d'état-major, faites écrire « sur leurs drapeaux : Ils ne sont plus (le Vart( mée d'Italie.^))

24& UISTOiaE

1796» C'est ici !« lieu de remarquer cette affectation peu républicaine avec laquelle Bonaparte ^ oubliant tant de trion^phes antérieurs aux siens , séparait son armée de toutes celles de la République. En la remplissant de toute son ardeur y il l'avait aussi pénétrée de son orgueil. Les soldats de Vau'boîsi atterrés de ces reproches^ s'écrièrent , les lannes aux yeux, qu'on les avait calomniés auprès de leur général , et sollicitèrent de lui l'honneur d'être exposés au premier danger/pour mon* trer combien ils étaient encore dignes de faire partie de l'armée d'Italie. C'est tout ce que voulait Bonaparte. Il ne manqua pas de leur fournir cette occasion ^ et ces soldats se bat^ tirent comme ceux des brigades les plus renommées. Jamais son armée n'avait été plus faible en nombre. Il est prouvé , par sa coi*respondance avec le Directoire^ qu'elle ne s'élevait pas à plus de vingt-sept mille hommes, et le siège de Mantoue en occupait un tiers* C'était avec dix^-huit mille hommes disponibles, c'est-à-dire avec les trois divisions Augereau, Masséna et Yaubois, qu'il lui fallait disputer la campagne et les aj^oches de Mantoue, contre une armée autrichienne forte de cinquante mille hommes.' * •

DU^ DIR£GTOiaS EXECUTIF. ^49

Bonaparte touchait au, moment d'une de- '796* fiiite; mais elle fut légère, et n'abattit pasciadlwo* ^ son courage. Alvinzi , maître du Tyrol et de tout le pays entre la Brenta et l'Adige, me-» naçait Vérone. Il occupait une forte position à Caldiero, sur une hauteur nommée OH vetto.

Sa gauche « appuyée aux marais d'Arcole, semblait inexpugnable. Mais sa droite offirait un point d'attaque à Bonaparte. Masséna reçut l'ordre de gravir le mont Olivetto.

Le général de brigade Launai , qui monta le premier avec un corps de tiraill||ir8, ne fut point appuyé à temps, et fut fait prisonnier. Une seconde attaque fut ordonnée; mais comme l'ennemi avait rectifié sa iposition» cette atlaque resta également sans succès. La pluie qui tombait par torrens faisait glisser le soldat, et gênait les mouvemens de l'artillerie légère.

Après un bivouac triste et incomn^ode, Bonaparte crut devoir se retirer sur son camp en avant de Vérone. Il était silencieux. L'affront reçu à Caldiero le poursuivait. Déjà il avait conçu un aulre plan d'attaque ou il allait commettre toute sa fortune. C'était par les ma* rais d'Arcole qu'il voulait non seulement em-* porter Caldiero , mais prendre à revers l'ar- • mée d' Alvinzi et lui fiaire poser les armes.

25o HISTOIRE

jrjgC). Tout était perdu si la sécurité 'de l'ennemi sur c6 point était un moment troublée. Tout mouvement qui aurait paru avoir cette direction , toute parole indiscrète tombée de bouche en bouche dans l'oreille d'un espion, faisaient avorter les brillans résultats de cette opération et en rendaient les dangers mille fois plus horribles. Et cependant les soldats inquiets, commençaient à se défier, non des talens de leur général, mais de sa fortune. Us savaient que cette armée d'Alvinzi^ la première qui fût parven||à conserver un champ de bataille en leur présence, avait été tirée de l'Allemagne, ainsi que celle de Wurmser. Gétait donc vainement qu'ils avaient déjà exterminé deux armées : qqand celle d'Alvinzi subirait le même sort, ne saurait-on pas leur en opposer une quatrième et une cinquième? Les armées de Sambre-et-Meuse et du Rhin restaient oisives pour prix de leur défaite. Quelle perspective que d'avoit à hiverner dans le Ty roi ou sous les marais de Mantoue ? Fallait-il qu'uncseule arméeflt tout pour la République ? Ce qui rendait les murmures plus vifs, c'était la vue de nombreux soldats que l'on avait fait sortir des hôpitaux, et qui , montrant des blessures encore saignantes, étaient venus reprendre leur rang dans l'armée. Mais

DU DIRECTOIRE EXÉCUTIF. nBl

Bonaparte connaissait dans chaque bataillon 1796. et tous ceux des oiEciers et tous ceux des soldats qui avaient le plus d'empire sur l'esprit de leurs camarades; il savait , ou par lui-* même ou par ses aides-de-camp ^ les armer de ces paroles qui répSndent aux passions les plus directes et les plus ardentes des soldats. On leur faisait des tableaux de gloire et de plaisir qui les rendaient à leur première ivresse.

Le 1 4 novembre ^ à la nuit tombante , il sataUie rassemble les treize mille hommes qui forment son camp sous Vérone, leur fait traverser cette ville dans le plus profond silence et passer l'Adige sur trois ponts. Et Vérone et l'Adige et tant de conquêtes enfin paraissent abandonnées par cette manœuvre. Ceux des Véronais qui ont donné det signes d'amitié à l'armée française observent ce départ avec une cruelle anxiété; ils n'osent interi^oger, ils n'osent se plaindre; mais demain quel sera leur sort? Les soldats qui la veille soupiraient peut-être après une retraite, ne voient plus que la honte de venir se cacher derrière les Alpes , dans ces affreux bivouacs d'où la victoire les a tirés.

Ils marchent toute la nuit, mais ce n'est plus sur la route de Milan. Ils s'étonnent de

!à5a msTOiRB

1796. côtoyer toujours l'Adige. Eofin, le poiot du jour leur révèle les pensées de leur général. On est arrivé à Ronco; le général Andréossi achevait d y jeter un pont, et par un simple à gauche, Tarmée se voit avec étonnemcnt et avec transport sur l'autfe rive, (c Nous n'avons (c pu forcer Caldiero, se disent-ils dans leur i< prompte intelligence, eh bien! nous le a tournons. »

L'ennemi n'a eu aucune connaissance de ce mouvement. Les portes de Vérone sont restées fermées'; le général Kilmainey commande avec quinze cents hommes. Bo* naparte divise son armée en trois colonnes qui, en prenant des routes diverses, ont pour but commun de c'ouper la retraite à l'ennemi; mais pour y réussir, le point important, est 4^ s'emparer du pont d'Arcole , et l'on ne peut y arriver que soi* les digues étroites d'un marais.

Le soldat s'y jette, tombe, se relève, a peine à soulever ses armes, ne sort d'un pas périlleux que pour rencontrer plus loin un abîme de £ange ; il regrette le pont de Lodi où les boulets , la mitraille et les balles laissaient au danger toute sa gloire. Enfin Augereau est parvenu à la tête du pont, et les soldats qui le suivent goûtent la joie de.

DU DIRECTOIRE EXlêCUTIF. a 53

pouvoir s'élancer au pas de charge ; mais deux 1796. bataillons de Croates qui répondent du salut

de l'armée autrichienne , font un feu terrible

derrière les barricades du pont. Augereau est forcé de reculer avec les siens.

Bonaparte toutefois ne peut que s'applaudir d'avoir changé le poiut d'attaque avec tant de hardiesse et de tnystère. Alvitizi est encore sans défiance ; sa gaqche , qu'il jugeait inattaquable, est restée faible. Instruit du mouvement sur Arcole, il n'y veut voir d'abord qu'une attaque simulée , ou que la vaine entreprise de quelques tirailleurs. Est^iL à présumer que Bonaparte ait jeté toute soniarniée ,* dans des marais impraticables? II s'attend k la voir déboucher de Vérone ; mais ses éclaîreurs lui apprennent que tout se tait, que tout est morne autour de cette ville.

Alvinzi comprend enfin l'étendue de son danger; il lui tarde de chasser les Français d'un marais par lequel ils lui fermeraient toute issue; ses meilleurs soldats viennent s'y engager. Les Français, plus adroits à se tirer des pas difiiciles , savent les attirer dans les abîmes qu'eux-mêmes évitent. On fait de nombreux prisonniers.

Mais Bonaparte compte les momens. Aux

!l54 HISTOIRE

179^* dispositioQS que fait Alvinzi, il juge que celui-ci prend ses mesures pour n'être pias coupé. Sans le pont d'Arcole, la victoire est incomplète ou nulle. Trois attaques ont échoué sur ce poiit dont la défense s'est toujours renforcée. Les généraux et les officiers s'y jetaient pour entraîner les soldats que fatiguait la vue de l'horrible marais. En quelques points, le terrain avait pris un peu plus de solidité sous les pieds des hommes et des chevaux : mais à côté étaient des passages dangereux. Accueillis sur le pont par une continuelle mitraille , les généraux , les offi- . ciers ^t les grenadiers n'avaient pu surmonter l'entreprise qu'ils nommaient infernale. Il n'en revenait qu'une partie, et toujours avec des blessures.

Bonaparte veut enfin la tenter par luimême. Ce n'est pas qu'il n'ait un autre moyen de s'emparer d'Arcole; mais il lui importe de saisir le plus prompt pour accabler Alvinzi, et percer le centre d'une armée fort supérieure à la sienne. Tout à Fheure il a fait venir le général Guyeux, et lui a dit : « Descendez l'Adige avec vos deux mille (( hommes , au bac d'Albaredo , et marchez « sur Arcole, parla rive gauche de TAlpon. »

Mais cette entreprise est longue. Le général 179^' en chef ne veut plus être que grenadier. A '

moi y s'écrie-t-il , à moi les braises de Lodi! Les noms de Lodi et d'Aréole sont répétés * dans tous les ^ rangs; .mais le terrain met obstacle à l'ardeur qui les transporte.

Une vaillante tétc de colonne s'est formée.

Bonaparte s'élance; il saisit un drapeau, et le place sur le pont ; mais sa marche est embarrassée par les cadavres des premiers assaillans. Une division ennemie est accourue, et fait un feu de flanc qui rompt l'étroite colonne ; elle hésite, elle chancelle; la queue est dispersée, la tête retourne enHn. Les grenadiers emportent leur général au milieu des morts , des mourans et de la fumée.

Mais on ne repasse le pont que pour trouver un danger plus horrible. La chaussée s'est rompue. Une horrible décharge de balles et de boulets a fait reculer les plus intrépides. Bonaparte ne peut plus commander à son cheval eflrayé; il tombe renversé dans le marais. Déjà des soldats autrichiens, soit qu'ils connussent ou non la prise immense qu ils pouvaient faire , lui criaient de se rendre. Mais le marais qui a causé le danger de Bonaparte va servir à son salùt. Les sol-

!l56 HlftTOIllE

1796. dats autrichiens ne s'y avancent qu'avec hésitation. Deux intrépides amis de Bonaparte s'y précipitent avec ardeur. Lannes , quoique affaibli par une blessure récente , a pu dans son zèle prévenir les Autrichiens; il est accompagné de laide- de-camp Muiron ; tous deux parviennent à le relever , à le couvrir de leur corps. Bientôt ils sont atteints par les Croates. Le généreux Muiron expire sous leurs coups : Lannes reçoit trois nouvelles blessures, et combat encore.

Cependant un cri d'horreur s'est répandu dans Parniée : on a vu le péril du général.

Bientôt un autre cri succède : Sauvons le général I L'intrépide Belliard^ et bientôt après lui, Vigtiolles et Robert se mettent à la tête des grenadiers. Belliard et Vignolies sont blessés ; Robert est tué. Mais on s est approché, on est parvenu à enfoncer la colonne autrichienne, et Bonaparte, délivré dn plus affreux péril, voit le commencement d'une nouvelle victoire.

Pendant que le combat s'est rétabli sur ce point, le général Guyeux, qui a rempli le voeu de Bonaparte* passe l'Adige, et s'avance sur Arcole, dont le pont vient d'être évacué. On s'empare ainsi du champ de bataille.

DU DIRECTQIRE EXÉCUTIF. 267

Mais le destin de Tarmée autrichienne n'e'- 1 796. tait plus renfermé dans ce village. Alyinzi avait évacué Caldiero ^ et il restait libre dans sa retraite, Bonaparte résolut de l'y troubler encore. Trois jours furent employés à pour-* suivre une victoire incomplète. Arcole est encore abandonnée, et reprise deux fois. On ne compte presque plus de généraux qui ne soient tués ou blessés. Mais l'ardeur est la même qu'au commencement de la bataille.

De nombreux prisonniers défilent devant les rangs des Français qui combattent encore. • . L'infatigable Masscna est partout. Dans une mêlée y le drapeau qui guide sa colonne a disparu : il en forme bientôt un autre, en mettant son cbapeau au bout de son épée.

On apprend que Vaubois s'est maintenu avec vigueur aux débouchés, du Ty roi : victoire de tout côté. On porte jusqu'à vingt mille le • nombre des Autrichiens tués , blessés ou faits prisonniers. Alvinzi ne pourra plus , sans de nouveaux renforts, et presque sans une nouvelle armée, tenter encore la fortune des combats.

L'armée française rentra triomphante dans Vérone , par la porte de Venise , trois jours après en être sortie sans bruit par la

aS8 HISTOIRB

17^96* porte de Milan. Sa perte ^ datfis les combats d' Arcole , avait été de sept mille hommes ; el p ccrmme Bonaparte déclare dans sa relation n àtoir agi qu'avec treize mille Combattans, c'était plus de la ihoitié de son artaée^ Un renfort à peu près équivalent compensa cette perte. Ce sont les flegmatiques expressions du vainqueur.

Wurmser^ pendant des aictkms fid ihenr^ trières ^ avait fait des sorties de Manlone, aViee l'espoir de donner la main au général Davit dowich y qui s'avançait par le Tyrol pour le dégager; mais l'un et l'autre avaient été contenus ei repoussés i

Bonaparte devait beaucoup à des soldats qui avaient changé pour lui uti péril immineilt en . Une brillante victoire* « L'Aneedote suivante prouve' toute sa vigiidnce pour entretenir l'enthousiasme et l'affection de ses soldats.

Après la conquête d' Arcole, l' infatigable général parcourait le camp dans la nuit^ Il aperçoit une sentinelle endormie ; il lui enlève doucement et sans l'éveiller son fusil , fait la faction à sa place , attend qu'on vienne le relever. Le soldat s'éveille. e^iifin. Quel est son trouble quand il aperçoit son général dans cette altitude! il jette un cri : « Bonaparte I [e

DU DIREOTOIiti; fiXlÉCUTIF. 2^^

u guis fierdn !«— Bassure-toi., tuon emi y lui 1796. «r répond le ^gëoéral; ajifès tant de fatigues ^ t( il est bien pesmis à un bravecomme Um de « s'efidoraiir ; *inais> um aulne feis^ ckoisïs ff mieux ton lerafiSk » I

Au 'nombre des guerriers qui 4ivaient payé de-learvie oe nouveau triomphe, 4ui t $oq aidede^caflif) £Uiot, neveu du ]généralX]llapke , un des coUaborateuris de Carnet pour la con<^Qp*< tion des ^lans «nilttaires de celle 'Gaxnp^gne. Bonaparte*écrtv>itÀce.génét*a3 unekltre assert remarquable y qm &it rendue >publique.

«( \iiol;re neveu Elliol a été tuéaim* le champ f< de balaille d' Aréole. Ce jeune homme s'était ce £amtlîârîsé ayec les armes : il a phïsieurs fois K, marché à. la «ète des colonnes,; il aurait été a im jo«r tin officier di&tiiigué. Il est mort (( avec gloire et en facederenoemi, sans avoir (( souffert un instant. Quel est l'homme rai- « sonnable qui n'envieraîtpas une telle mort? ce quel est celui d'entre ^ous qui n'a pas re- « gretté cent foisde ne pas être ainsi soustrait a aaïc effets de la calomnie^, de l'envie , et de « toutes les pasaions haineuses qui semblent ff pc^sque excltssivement diriger la conduite H des hommes ?»

Etait ce l'impression récente du danger

a6o msToiRi:

1796. qu'il avait couru, qui faisait tenir au jeune vainqueur un langage si mélancolique et si sombre? n'était-ce pas plutôt une manière d'annoncer au public que le Directoire le fatiguait , soit par des soupçons , soit par des ordres inexécutables , soit par un refus de secours? Comblé de gloire et de prospérités, il voulait réchauffer l'intérêt ou amortir l'envie.

Mantoue n'est point encore le gage de la teiTÎble victoire d'Arcole. Wurmser, dans ses sorties 9 n'a pu se procurer des vivres. S'il les rend moins fréquentes , c'est qu'il compte dix mille hommes dans les hôpitaux , et que plus de trois mille ont déjà péri ; c'est la faim qui démonte cette belle cavalerie avec laquelle il est entré dans Mantoue. La chair des chevaux qu'il fait saler est presque le seul aliment qui .reste à tous les siens. -

Bonaparte,^ instruit du déplorable état de cette garnison, comptait sur une prompte reddition de Mantoue. Mais l'indomptable octogénaire qui la défendait parvint encore à différer cette reddition de trois mois. Il comptait sur un nouvel effort d' Alvinzi , dont de nouveaux renforts allaient réparer les pertes. Bonaparte n'hésite point à nommer

tine quatrième armée autrichienne, celle i796« qu'Alvinzi rassembla vers la fin de décembre. Mais il est évident^ d'après ses prcmres rapports , que la troisième avait été seulement affaiblie par la bataille d'Arcole. Vingt mille hommes de renfort la rendaient supérieure à l'armée française, et lui permettaient de tenter un nouvel effort pour débloquer Mantoue. Maigre tant de revers accablans, une vive ardeur . régnait dans cette armée ; les quatre bataillons de Vienne ne cessaient de répéter ces mots :

honneur et patrie. Mais c'était une teorible épreuve pour de nouvelles levées, que d'affron** ter ces vieux soldats de Bonaparte, que vingt victoiresremportées en huitmois proclamaient invincibles. Alvinz^ opposait en outre aux Français des troupes venues du Rhin avec l'orgueil du succès; des bataillons hongrois et croates éprouvés danâ les derniers combats ; des tirailleurs tyroliens d'une adresse renommée, et surtout une belle cavalerie , qu'il avait eu soin de ménager pour l'épreuve la plus décisive.

Bonaparte établit la proportion suivante entre les armées qui allaient se mesurer de nouveau. De son côté, quarante-trois mille hommes, dont trente et un mille seulement for-

!à63 HiaTOiAS

179^. maieat Vannée d'observation. Le reste , sous les ordres de Serrurier, formait le: blocus ck MantOHi^ Du c6të des Autricki^is ^ (fuatreviQgt-sei£e ou cent mille Wmmes , ea y coni'^ prenant viiigt-quatre mille hommes de la gar* 'nison de Mantoiie. Je répète encore vme fois qu'il fant se défier des évaloatioBs de cette sorte.

L'biTér n'appcMrtera . point de trcve a \% fureur de ces batailles qvi se suceèdent avec une rapidité effrayante , s'étendent suf un espace de vingt ou vingt-diiq lieues, durent «quelquefois trois ou quatre jours , et V€mt en durer b^t. Les soldats de Bonaparte ne cdif^ naissent phis d'autre plaisir que la victoire. Si leur ennemi cessait un momeiit de les inquiéter, ils traverseraient^ dans la saison des frimas, les Alpes Noriquee pour se précipiter sur la route de Vienne.

Les Autrichiens, de leur côté, ne connais^ sent pas plus le repos que le découragement.

Wurmser, réfugié dans filantoue, est toujours préseijit à leurs esprits. Heureux celui de leurs généraux qui (^>tiendra l'honneur de le délivrer, et d'entrer dans cette Maûloue dont il s'est ouvert deux fois le passage ! Protera, qui n'est pas éloigné de l'âge de Wurmser ,

DU DIREGTf^lHE EXJÉCUTIF. $^63

qjyi'jenflamixie mo^ même ar^^ur^ et qu^ de-r 1796. CQfe presque un^ iqêrpe gio^re, car 01) s^ sOMVÎi^nt d^ SA défippse (iaâs y^i château T\nmi Provçra ^t prQf<M*é pouf ^ne t^Ue entreprise, U»e partie dç )'éij|;^ de Y^rv^ée autrichienne niarcbe WU^ §es }pi§ ; les quatre bataillons de Vienne brûlent 4e pa^ntrer à Wqrmser les drapeaux que l'impei^alvûl^ A brode$ d? ses Aiaîns.

La dipJipa).9Me autrichienne a cherqbo tOu$ Iqs moyens d«^ préparer Je spccès de c^ noivr vel eSbrt. Le baron Tbngiit fait parler aiix Vénitien^ u» langage sévère pour les décider à tenter la se»le voie de salai qui legr i^este» la voie des araies/

Mais Bonaparte 9 déj^ oiaitre d'une partie Dispositions

, • rn Ti de Venise et

de la lerre-rFewie, oppose aux menaces de Rome. lointainfss de Thqgut des menaces qu'il peut feire suivre d'un effet foudroyant* Tout lui fournit un prétexte pour accuser le sénat de Venise. En lirain les trenaMaus provéditeurs cbercbent4is 9. le séduire par le charoie des fétes^t . par un feint enthousiasrne pour ses victoires , Bonaparte sourit avec dédain fi ces hommages de la crainte ; il presse sans pitié les réquisir (ions doat la rigueur va jLomjours s'accroissant . Des sénateurs essaient-iUdevaut lui quelquc^s

264 HISTOIBE

'796. timides remontrances : « Groyez-vons, lenr « dit-il, que celui qui abat l'aigle d'Au- « triche ne puisse terrasser le lion de Saint- (c Marc ? w Déjà* les principes révolutionnaires sont proclamés dans toutes les villes vénitiennes occupées par les Français. Venise, entourée des feux d'une insurrection qui peut gagner jusqu'aux lagunes et pénétrer dans son enceinte, n'a qu'une prétention, qu'un espoir, c'est de se défendre contre des sujets révoltés , et de faire encore reconnaître ses droits dans des villes qui ont passé sous un autre pouvoir; Elle voudrait croire que les Français ne sont ni les auxiliaires ni les instigateurs des rebelles, et se décide enfin à faire venir quinze ou vingt milles Ësclavons au secours de son antorité avilie. Bonaparte fulmine, et l'Autriche mécontente jette sur Veilise un regard de colère et de mépris, et peut-être de cupidité.

, L'Autriche a voulu également tout rémuer dans ses anciennes possessions italiques. Une révolte terrible , et signalée par tous les excès de la fureur populaire, a éclaté dans les fiefe ' impériaux; des soldats, des officiers français ont été livrés à d'horribles supplices. Lannes, qui a déjà châtié par l'incendie la révolte de

DU DIRECTOIRE EXÉCtlTIF. ^65

Biijasco, s'est porté dans les fiefs impemnx \^> . avec douze cents hommes qui chassent au loin utie troupe homicide, et lui montrent partout des villages en flammes. Ce fait s'est passé avant ht bataillé d'Arcoie.

Les négociations de l'Atitricbe avec la cour de Borne ont eu plus de succès. Pie VI, malgré un armistice convenu et des préliminaires de paix signés avec Bonaparte^ a pu se convaincre que le Directoire* lui garde une haine implacable. Tout son peuple semble animé d'un enthousiasme patriotique , et même d'un transport guerrier. On conjure le saint pon^tife de reprendre les armes; il fait de nou-^ velles levées; à défaut d'une armée qui se soit signalée , il a du moins uti général de quelque renom; c'est ce<.€olli qui s'est mesuré avec Bonaparte dans les plaines du:

Piémont, et qui, sans être heureux, s'est montré un tacticien habile. L'ardeur des sujets du pape se manifeste par des excès , et déjà plusieurs Français ont été massacrés à Lugo.

Bonaparte parait se disposer aÊsiire éclater sa vengeance sur Bonm; mais c'est de Mantoue seule que son génie militaire est occupé.

Telle était la situation des puissances beUî<- Bataille de

RiyoU.

gérantes avant cette bataille de Bivoli qui dura jj,„yiêr 1797.

a66 uif^foifiE

179?* hmt jows.. L'bislorâea fi'epui^râU e^ ^flEbrts Upfractoejax el fatiga^s pour les leeieurs , s'il voulait en faire coonoitra tous les détails at toutes les manœuvres. Je ipe bornerai h ea indiquer rapidement les principaux résultai.

Bonaparte commença» sui¥aiit sa <Boutume , par c^d^r du terrain avant la bataille. Le lilAteau de SUvoii devint le contre de sa ppsittiH). Lç génmd Alvinsi ne dirigeait sur ce plateau av«c cmq colonnes ; une ajutre division autricbienue 9 celle de Provera, dont j'ai déjà marqué le biit , .desc^endaît le BasrAdige, vers le PadouaUf La division Augerean fut chargée de la contenir. A la faveur df ces deux attaques , et surtout de la principale , Alvinzi se flatCaîl que Provera pourrait filer sur Mantdue, percer les ligues du blpcus et se joindre à Wurmser qui, par une sortie vi-r goureuse^ promettait de ^ecx^der ce mouvepaent.

C'était arec les divisions de Masséna. de Jonbert et de Rej que Bonaparte gardait 1^ plateau de Rivoli.

Dans la nuit dm 1 3 jmivier se pnépsura un choc, terrible. La pluie venait de tomber par lorrens; mais à deux heures du matin le temps ^'éclaircLt. Le clair de lune et les feux

DU DlKEOfOlV» IXicUTlF. ^J

des bivQuaca permettaient asa fimmçsm d^ob- ^797* server àioq campa d'Autriclûeias qui, an point du jour^ allaient se précipiter sur wx^ Le plateau de RiyoU, adxuiraUe poaitkm mSi^ taire | la présence de Masséaa^.de Joobert, d^ ^Lannes ^ de Bf urat ,, et suv tout eelte de Bonaparte ; Vliahititde du larioniqDiiie et Veapé^ ranee de tcôt tant de travaux^ eoAtronnéa par la prise de Mantûue , ,répan^ient l'aUégre^ae dans le camp françaia, et des ehanta se fai-r saient entendre sur ce plateau qwi allait être silhmné par tabl d obus et de bckuleta.

Joubert eut d'ab^ird à soutenir IVttaqiie.

Une chapelle de iSai^t^JIMIare qui ptMvait faTO^ xisar lea assaillans avait éké abaQdonnée la veille par les Frat^ia : il s'agissait de la re^ prendre. Le eaimbat-fat si vif > et long-temps ai incertain , que Bo«eapai^ \^nt chercher la divisicui Masséna pour la mener lui-rmème à rennemn» L'efort fqt décisif , la cl^apeUe fut emportée. Joubert poyrsuivii les Autrichieius. .

Mais pendant ce temps > une autre de leurs oolomies gi*aviasai| péniblemeiM; une roche escarpée pour emporter d§ no&iveau la cha.r pelle. Une charge impétueuse de cavalerie, dirigée par Leclero et Las^lle^ culbuta la colonne dans un ravin, et la fit prisonnière.

* 797- C'était un favorable augure de succès plus

importans. Les soldats français étaient animés d'une telle confiance , qu'en voyant une autre colonne autrichienne se former sur une hauteur voisine, ils s'écrièrent pleins de joie : Voilà qui est encore pour nous! La premrère journée donna sept mille prisonniers. L'occupation ne paraissait plus être pour le lendemain que de poursuivre l'armée d'Alvinzi dans toutes les directions.

Mais y dans le même jour, Provera, tout occupé de son dessein hardi , avait jeté un pont sur l'Adige^ près de Legnago, et avait passé cette rivière; il avait gagné une marche sur A ugereau,. chargé de l'observer. Bonaparte avait prévuce mouvement ; il laisse à Masséna, Joubert et Murât le soin de poursuivre Alvinzi, et marche , à la tête de quatre régimens y sur Provera , et fait treize lieues en un jour. Provera, déjà maitre du poste important de la Molinella, se voyait près du terme de ses vœux. Une circonstance lui donnait l'espoir de s'emparer du faubourg Saint^Greorge , occupé par les troupes du blocus. Il avait pris avec lui un régiment de hussards, dont les manteaux blancs ressemblaient à ceux des hussards français de Berchini employés au blocus»

Tout allait bien pour Provera , lorsqu'un vieux 1 797* sergent remarqua que les manteaux étaient bien neufs ; pour être de Berchini. Le général MioUis averti'Sut se défendre pendant tout un jour contre la colonne qui voulait emporter le faubourg Saint-George.

Bonaparte arriva le lendemain avec ses quatre régimens. Le général Victor dirigea la plus terrible . attaque sur Provera^ placé entre deiix feux^ et que Wurmser ne put appuyer : car Serrurier avait réussi à empêcher la jonction de ce général avec ses libérateurs qu'il espérait. Provëra fut obligé dé metMf bas les armes avec ses grenadiers , et retrouva , près de Mantoue , le sort contraire qui lui avait £ait manquer, à Millesimo y le prix du plus rare courage. Cette action reçut son nom de La Favorite, lieu de plaisance des ducs de Mantoue.

Joubert, Masséna, Rey, Augereau, Murât et Baraguay-d'HillierSy suivaient .ardemment les résultats de la bataille de Rivoli. Le premier de ces généraux s'empara du Tyrol italien abandonné depuis plusieurs jours. Par je ne sais quelle loi qui faisait que les succès gigantesques de Bonaparte allaient toujours en grandissant , la bataille de Rivoli surpassa

toue.

a^O fllSTOIBX

1797* tontes èès antres par sc!!s troptiMs. 'fiona{ia(rte porte 4 treirie^nq mille hoiniiMs ia perte des Avtriciiiensy 4oM vingt^cinlf nville prbonnm^. Ajouter vingtH^tratlne drapeatx et -sotxaafec canons enèevës,

PriMdeMan- Mais le résultat le ptusimpottant, œfut la prise de cette terrible Mantoue^ <^^^f^ de bataîHes si aclianiiées^ et pour le saint <Ie la**queiie TAutridie avait perdu cMt ^ncpante Initie hommes. Wurmser tint pourtant 'encore dans -cette place pnës de trois, senaavms ^ mais sa délivrance était devenue un €Véne«* • . meut impossible. Tous les chevaux étaient macigés , et il ne lui restait plus <qii^|MMir tfXMS jouvs^de vivres à la di^tni^ratron , lorsqu'il demanda i^ 'capituler, fionsparta Vouhit être présent , mais sans se faire conmaltre , à la coi»véwition^ui devait avoir lien entre Setrurier et Klenau envoyé par Wumiser. D^abord il parât un témoin assefc impasstble de la discussion qui 6'élevâit^ K.lenaa, pecnr obtenir desconditions pinsfavorables, ne voulait point convenir <le la rig^ueur extrèpie de k position de "Wnt^set, et prétendait qu'il avait encore po'Jir trois mois de vivres, « S'il en est ainsi, ^ s'écria le mystérieux témoin du débat » « Wiirmscr mériterait d'être fusiUé par ordre

DU BIBEGTOIBE EXÉCUTIF. 27 1

cf de son gooiremeni^ht^ puisqu'il parle de 1799. a capituler avec trois mois de vivres. Mais, ri ajouta- t-il , cessant de dissimuler ^ je respecte! a l'âge 'y la bravoure et tes tnalheurs du niaré* H cbah Voici mes conditious i elles sout asise% H honorables pour être un témoignai^ de la (V profonde vénératîofi ^e je lui porte. 6'îl f^les juge telles^ qii'it m'ouvre demain tes a portes de Mantoue; et ^ ^11 lui pklt de dif- K férer ehcbf'e d'nn tffois ou deuiE> il le peut -, « et ne subira point de condition plua rîgou- (f reuse. » Ges |iarolès rapportée^ au tnaréehal firent ^ur lui une vive impression y et les conditions flii*0nt de suite acceptées i

Wurtnser ignorait encore une obligation personnelle qu'il avait au général français. Le . Directoire , daus sa correspondance , idsistait pour que, à la reddition de k placé, on fu^ sillât "Wurniset comme émigré. C'est par un tel exemple qn'il voulait manifester sa réso* luti^m înyariable de ne point laisser fléchir lé code atroce des émigrés, et même d'en étendre encore les dispositions sanguinaires. Tout cœur ^ soldat devait être révolté de qet ordre barbare. Mais combien n'était4i point offensant pour im général auquel on demandait par là le sacrifice de sa gtohre tout

272 UISTOIUE

1797. entière > et qui aurait déposé^ en v}l esclave, la palme du vainqueur, pour prendre une kaclic de bourreau. Bonaparte eut entendu le cri de l'Europe et même de son armée s élever contre lui. Tout aurait pris une voix pour la vengeance du, guerrier martyr, de ce héros octogénaire. Le dévoùment de ce vieux Régulas eût été préféré au triomphe du vainqueur, et il eut valu à l'Autriche autant de soldats que trente défaites lui en avaient fait perdre. Bonaparte n'eut pas un moment d'hésitation ; il tint l'ordre du Directoire pour non avenu ; il honora hautement le vieillard qu'on lui prescrivait d'égorger, le laissa libre avec sept cents hommes de son choix, et lui fit sentir le plus doucement possible le poids de sa victoire. Ce fut par un ménagement délicat qu'il ne voulut point se trouver au moment où le maréchal , défilant avec les vingt mille hommes de la garnison , allait remettre sa glorieuse épée. Wurmser fut si reconnaissant des procédés du général, qu'il lui fit donner avis, par un de ses aides-de-camp, d'un complot d'empoisonnement qui avait été tramé contre lui dans la Romagne. Ne croit-oa pas lire ici une des belles pages de l'histoire ancienne ?

DU DIRECTOIIIJE EXÉCUTIF. ayS

jLa retraitée de l'arme^ autrichienne au-de)à ' 797de P^daue et de Vicence avait liyré le pape , ic pHp'l, '^^ son tioiide ^uxiliaifie, à toute la colère du v^ifiqijieiji^. IjSl ville de I^u^ en fut la premik*e yiçUmiç ; elle expia par les flammes le m^jssacre de plusieurs français. Bonaparte uffeçU de ne diriger (ju'une partie de ses forcer copin un eni^emi jpeu redouté. Le général Victor j, qui venait de se couvrir de gloire k la bataille de 1^ Favorite j et le gen^éral Lannes^ dans lequel l'Italie voyait un foudre de guerre, furent chargés d'entrer sur le territoire romain. Colli, qui coo^maadait les troupes pontiftcales, gardait le passage du Senio. Victor attaqua la téite du pont avec ria>pétuosit^ ordinaire ; la défense ne ressembla pas à ceUe du pont d'Aroole. Les troupesdu pape ne soutinrent qu'un/e première charge : à la seconde, tout fut culbuté; quatorze pièces de canon tombèrent au pouvoir du vainqueur : malgré la rapidité de la fuite , on fît tin a^sejs grand nombre de prisonniers.

Borne, en apfnrenant cette prompte défaite, qui ne laissait plus l'espoir de tenter de nouveaux combats , craignit nn nouveau sac , un nouvel incendie , et se crut ramenée au temps des haiiiares. Le Directoire, qui convoitait a

797. la fois les trésors de Rome et ceux de Notre- Dame de Lorette, se promettait^ pour couvrir sou avarice, de célébrer bientôt une résurrection de la liberté romaine. La Réveillère^Lépeaux se réjouissait de faire passer sous le joug et le pape, et les cardinaux, et les évéques, et les images dés saints. Déjà il composait riiymne qui dans les temples des théopbilaathropes serait entonné pour célébrer la ruiae du chef-lieu de la superstition , et pour la renaissance de la patrie des Bru tus et des Camille. Les instructions que recevait Bonaparte du palais du Luxembourg, ressem-^ .^ blaient assez à celles qu'en d'autres temps les généraux eussent pu recevoir du comité / de salut public. Bonaparte vit qu'il avait à choisir entre une ignominie qui allait associer à des noms infâmes son nom si glorieux , et un acte de mQ4ération magnanime qui f en offensant les chefs de la République , lui concilierait la reconnaissance de l'Europe , l'affection du peuple français , ^et préparerait de loin son avènement au trône.

Ses troupes entrèrent dans Lorette après que Pie VI en eut fait transporter le trésor à Rome. Il £3illut bien livrer la célèbre Madone à la cupide vanité des chefs de la République. Mais

tout autre pillage fut sévèrement défendu. '797'

Pie VI avait demandé une trêve nouvelle.

Ses «quatre légats^ le cardinal Matteî , Vévêque Galeppi , le duc Louis de Braschi et le marquis Camille Massimi^ furent agréablement surpris de l'accueil qu'ils reçurent de Bonaparte. Ce n'était pas seulement de la bienveillance exprimée envers eux; c'était de la déférence pour le souverain pontife. La lettre de Pie VI était calme et résignée , mais ne renfermait aucune de ces adulations si suspectes pu si avilissantes dans la bouche des vaincus. Bonaparte témoigna qu'il en était charmé^ et voici des fragmens de sa réponse : « Très Saint Pèi*, u Je dois remercier votre Sainteté des choses « obligeantes contenues dans la lettre qu'elle a s'est donné la peine de m'écrire. La paix enii tre la République française et votre Sainteté , c< vient d'être signée. Je me félicite d'avoir pu « contribuer à son repos particulier.... Toute « l'Europe connaît les intentions pacifiques et i< le& vertus conciliatrices de votre Sainteté* « La République française sera , fespère^ une « des amies les plus vraies de Rome. J'envoie t< mon aide<^e-camp , chef de brigade^ pour <i exprimer à votre Sainteté l'estime et la vé-

1797- (f nération parfaite quêtai pour sa personne; (( et je la prie de croire au désir que j'ai de u lui donner , dans toutes les occasions , les (c preuves de vénération et de respect, avec « lesquels j^ai l'honneur d'être son très obéis- (c sant serviteur. Signe BoBrAPiATE. »

Ces expressions : La RépuMique française ^ sera, f espère y une des amies les plus vraies de Rome f étaient si peu dans le génie du moment, qu'il n'y a nulle témérité à supposer que Bonaparte méditait dès lors le projet de (aire cesser le schisme de l'Église , opéré par la constitution civile du clergé* Déjà il avait traité avec une insigne douceur, et presque avec respect , tous ceittt des prêtres déportés qu'il avait rencontrés en Italie. Il les avait mis, par un. ordre du jour très courageux, à l'abri de tout outrage et de toute persécu** tion. Il savait sans doute que la reconnus-sance de ces prêtres s'exprimerait viveaient, et lui concilierait d'importans suffrages dans le parti royaliste.

^ Il n'est point dan^ mon habitude ^ il nest point dans mon àme, de dimtncier le prix d'un acte magnanime par des considératiïeixis tirées de l'ambition ou dé l'intérêt |>ersonnel de cejlui qui a pu l'accomplir; et toutefois je n'ai

DU DïRECTOimï; EXÉCUTIF. I77

pu me défendre p en lisant la lettre de Bona-^ i797parte au saint-père, de penser qu'il avait préyti dès ce moment que le chef suprême de rÉglîse pouflratt être enf rainé par la recon^ naissance et par le salut de la religion , à consacrer un jour en lui le ^opréme pouvoir.

Après une telle condiiite et une telle lettre, Bonaparte était forcé de vaincre toujours.

Qu'il eût élé vaincu > le Directoire les lui eût reprocbéies coihme dn crinie capital .

L^ nouvelle paix oondue n'était , dans presque toutes, ses basti&> qu'une râtificatidn de celle qui avait été sigçvét pFéçédtfmmeiâft. La pkiS riff^ixwems dn condition» que Ve vainqueur y ajouitaii était l'oeGcpatioil de lu viik et du port d' Ancàne*

Maintenant il faut suivre, en France, Tef*- couBidëra- (et desf victoires de Bonaparte sur Fopinion desseii» de publique. Des deux partis qui allaient seE?°e"^Je^s~ livrer de nouveaux combats daié l'intérieur , ^***°''"*^sl'un affinriait de ne voir dan» les conquêtes de Bonaparte que les conquêtes illimitées de la liberté française; raiitre tâchait à^y saisir queues lueurs d'espoiir pour lé rétablisse^ ment de la Doronarcfaie. Les républicains n'hésitaient pas à le proclamer k plus grand des hommes qui eût jamais existé; ']e copie leurs

2'jS HISTOIRE

■ 797- expressions; les autres se disaient : Il ny a rien de républicain dans un tel honnne. Ils ajoutaient : Il nous appartiendra un jour; malheureusement ils auraient dû dire : Nous lui appartiendrons. Les jours où ses aidesnlecamp et quelquefois même ses plus brillans généraux entraient à Paris^ étaient des jours de fête dont le gouvernement ne pouvait égaler l'éclat dans ses solennités les plus dispendieuses. C'était à qiri obtiendrait des détails de la bouche de Marmont^ ou de Duroc, ou de BessièreSy auxquels il confiait ces missions glorieieés pour prix de leur bravoure et de leurs talens militaires. Surtout après les jour- ' nées de Castiglione, d'Arcole et de Rivoli^ on n'avait plus assez de lauriers pour couronner ces envoyés de la victoire. On -ne cessait de courii: à l'Hôtel des Invalides pour voir les voûtes du magnifique > dôme tapissées [»r d'innombrables drapeaux. Tous les royalistes exaltaient sa conduite envers le pape , et le louaient d'une magnanime désobéissance aux ordres violens du Directoire. Aussi même de ce côté , lui prodiguait^on les hyperboles "de la Icmange. En France , l'enthousiasme va «toujours plus loin que laflatterie.

Tous les autres généraux disaient Varmée

DU DIRECTOIRE £X]£gI}TIF. 27g

de la République ; Bonaparte seul disait mon 1797. armée. Il n'offensait point le Directoire dans ses missives, maisil conservait envers lui le ton de l'indépendance et même de la supériorité. Bonaparte ne craignait pas d'admettre dans ses rangs des émigrés qu'fil rencontrait en Italie y . et quelques émigrés qui venaient l'y chercher. Il laissait à son armée toute franchise d'opinion. Les délateurs y étaient poursuivis d'un commun accord^ et voués à de légitimes outrages. La discipline v n'était sévère .que dans le$ jours de bataille. Les sol4ât^ donnaient à Bonaparte le sobriquet de peut caporal^ et semblaient indiquer gaicnent le point d'où l'on part pour arri:;;er à une grande fortune. Sa sobriété égalait sa ^ vigilance infatigable , et en était la garantie. Le climat de la voluptueuse Italie n'agissait ni sur ses sens ni s\»r son imagination» Il ne laiçsa point alors soupçonner la rigidité de ses D.œurs ; il écrivait à sa femme des lettres où paraissait régner tout le désordre d'une passion ardente et romanesque. Ces lettres circulaient dans le public, et les femmes vantaient yn jeune vainqueur qui. semblait rappeler l'empire de Tamour exalté.

Le Directoire avait tenté , peu de* temps

2So lilSTOÎRE

'7S(7- après là victoire de Lodî, de lui ùpposët lé général Kéllerinanh, et de dîVîsér entre etti le conlniandenieiit pour diviser là gloirie et la reconnaissance. Bonaparte^, ^r oéiïé annonce^ n'besitâ poiht k dônnet^sa ddmissioh, ei dit cttie là République serait encore itioinâ itial servie par un mauvais général que par deUit botik généraux chargés dé la mènié entreprise.

Il fi*appait à toutes les portes de la ^enbtnraée, afin de se faire ouvrir toutes celles qui conduisent à la puissance Suprême. A peine avait-il essuyé la poussière du clianip dé bataillé , qu'il venait s'entretenir de |)t>éèie avec Af6hti . de sdencë avec Foritana, et des anti** qui tés roiïi aines âvfec Viscontî. Sous prétexte de diriger TenVoi des hiônumens pf'écîetix de ritaiie en t^rancé, il avait fait venir auprès de lui dés savans tels qde Mohgé et Bertbbfet. Comme les sonilets italiens yduéâ à ssi louante l'engourdissaient uii peu , il avait mandé quelques poètes français jidur le réveiller pàt^ >£è& louanges moin^ monotones. Milan était âà capitale pour les scènes de fliàgnificence f Bologne «tait sa ville favo'rite pour les plaisirs de l'instruction.

Peu de temps après la prise de Màiitoue^

DU DIRECTOIRE EXIÈCUTIFj rkèt

il TÎtft avec tin respect tdigîë^x vi^tér les 1^97cbàâîps ^ti'Angtisie àVaît i^ndtis an père dé Virgile , et ^é^tit : Il fetrt biett respecter une ville qiii ^'bôtlôi'é d'iiftoir produit cet aditii^ rslble poiète. C'était tin peu cdpii^r Alexatidré ^ mais polit le^ul'pàssér; car Akdi^aridre, en l'è^péciatit là IMiàioifi dé Pmdiii^ , àtaît >au la bàfbâfie dé détruire là paftte de ce pôètUi Bonapât*te tie niaitqfua point d'enti^ràél^t* au r^ît êé ses vîctoirtt ce p^èrinàgé poétique si biert fôit poiît'enflaihVheTrrclspl'Itéei jeunes Httéfateiirs.

Afin de donner quelque satisfialètilon Skxi% f^pUHlicÂinë dllnS le ikioraei^t' tbéÀië àù il se proposait j>eW:^¥ë de d^ruîl^e les Viëflleè i-éjSrabKques dfe lltïHè, il cèuvrit de^s jAns gî'iiilds éloges ëéllë deSàint^Mbrîn; il voulut itiérnèi datas Sôiv ëii^tbûusiâsiilé 6u k«éêl .ou 5hkiitilé> ÂgMMdfi* de b^àticloup le tërrHbirto dtrplusj^ëtât état dû tHbhf^. Cette sage ré^ pùbli^tië se tëPù^ ^^thiéfiiëiit àtix làrgè&ses du Vàinqiieuir. Céit lé seilté ré{ifabKquè 4}ui existe entière attJbUtd'btii téh ttdlie. En ne gagnant point dé lerritoite, elle à Ëcn!iset*vé tontes ses lois.

Au milieu de tant de travaux et de coitibats auxquels rhiVèr n'apportait poibi de trève ,

179?' Parmi ce» derniers ^ je remarque Beribier , Lânnes, Murât > MktwôiÉt, Durbc et Be»* bières.

Le premier s^^lait annoncé , dès là guerre d'Amérique f comme un militaire profonde^ ment versé dan^ sa professibo. C'était un de ces talens exacts^ lumineux ^ ydués surioutâux détails , et qui ùe trouvent touf lear développement que sitins la direction d'oa taleot sqhpérieur. Saitô avoir deBOpinioiis répnblioames^ il avait combattu poiKr lik^Sé^kAîque^et cbntre la Vendée^ et sotii9 des tfyek i^h qnid Rossighol , Sahterre et BodsIà | H' àé^ s'était sat»vé de réchafaud qu'à force de- blessures;; potxr . tout de qui étdt ét^Mgei^ aux connaissiiisces militaires j son esprit étavt nlédiocre, et son caractère fâîbie.

Lannes ne voulait poiàt.écre le courtisan respectueux de Bodaparie, maïs S0a ami; pour prix d'urî dévouaient sâ^tfs bornes :, il soumettait son chef impériewx; à l'éjgalité d'un frère dWmes. Seul iliui parlait atîec e£fiision ^ qnel<quefois même avec rudesse. L'habitude qu'il avait prise auprès dn générai^ il sutia conserver auprès de l'empereur* ficMiaparte * était sik* de calm^ ses emportemens, en lui offrant un péril à courir.

' DU DIRECTOIRE EXECUTIF. a85

Murât lui disputait le prix du courage. 1797. L'armée n'avait pas d'homme plus éUouisaaat dans une charge de cavalerie , mais il poussait sa valeur jusqu'au &$te; et si Lannes s'élançait le premier ^ ce n'était jamais pour être re^ marqué.

^ un grand feu dans l'action^ Marmont joignaû une prompte et sûre application de ces science!^ militaires dont les mathématiques sont la base.

Ses manières, ainsi que celles de Duroc et de Bessières , également chéris de Bonaparte^ se ressentaient de l'époque qui avait précédé la révolution. Tous trois faisaient assez hautement profession de mépriser les principes et les formes révotudonnaires.

L'amitié la plus séduisante est celle d'un iiomme qui semble af^^é par sa fortune et son génie au pouvQ&r suprême. L'énergie de son ambition permet à la vôtre quelque repos et quelques distractions* C'est lui qui se charge de penser y de vouloir; vous n'avez qu'à le suivre. Bonaparte était loin d'avoir, comme Henri IV, un coeur ouvert à r;anHtié, et fait pour coùnattre ses plus intimes délices., On n'a jamais cité de lui un seul mot qui parût émané de ce sentiment. Mais il se piquait de

l86 HISTOIBE

1797* mettre dans son patronage de la vivacité , de la constance , et quelquefois même de la dou- ^ ceur. Avant d'avoir à lui les trésors d'un empire et tous les honneurs que dispense la faveur d'un souverain , il avait pour tous les chefs de son armée un pouvoir illimité de récompenses. Il permettait à l'un de grossir son fourgon 9 de satisfaire une passion subite pour les chefs-d'œuvre de la peinture : il en choisissait un autre pour apporter des drapeaux à Paris. Il faisait suivre à ses brillans favoris une échelle de grades presque aussi rapide que sa propre fortune. Il créait par des mots flatteurs des titres de noblesse pour plusieurs de ses régimens^ alors nommés demi-brjgades. G>mme son armée était composée en grande partis de jeunes gens du midi y on juge combien de saillies gasconnes se mêlaient à la vivacité des courses , à l'abondance qu'on avait obtenue, à l'aspect 'd'un beau ciel et des lieux les plus renommés , à l'ivresse du combat et de la victoire.

Jusque-là , dans la rigidité des maximes républicaines , on s'était contenté , pour toute récompense nationale , de répéter «1 satiété et presque à chaque bulletin , cette formule : V armée iïItaUe a bien mérité de la patrie.

DU DIRECTOIRE EXÉCOTIF. ^87

Après la bataille d'Arcoîe, il fut question, i797' dans les deux Conseils, d'une récompense personnelle pour le général. On rendît ce décret:

« Les drapeaux tricolores portés a la ba- « taille d'Arcole contre les bataillons enne- « mis , par les généraux Bonaparte et Augece reau, leur sont donnés à titre de récom* c< pense par la nation. »

Si Augereau obtint ce titre d'honneur préférablement à d'autres généraux, et surtout à ce Masséna qui l'égalait en bravoure et le surpassait de beaucoup en talens , c'est que . ses principes politiques plaisaient beaucoup au Directoire. Il eut l'occasion de les manifester dans une journée funeste.

Bonaparte avait espéré une récompense assez semblable à celle que Marlborough, vainqueur à Blenbeim , obtint du parlj^ment anglais. Ces drapeaux lui parurent un prix assez mesquin , surtout quand il fallait le partager avec un de ses lieutenans. On avait commencé faiblement : le moment devait venir où l'offrande serait un trône.

Nous allons voir, dans le Livre suivant, par*quelles fausses combinaisons Bonaparte

797* recula de deux années le mopaent d'arriver à la dictature, et comment il perdit, en s'emparant de Venise et en la vendant , tout ce qu'il avait gagné en s'ëloignant de Roiiie.

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