‹ Histoire de la révolution françaiseChapitre 6 sur 16 · I . , . / d'an Dégocia · texte numérisé non relu

I . , . / d'an Dégocia

que le gouvernement anglais crut devoir jouer teur aoguis à une comédie diplomatique assez contraire à sa dignité. On apprit avec étonnement qu'il

3o4 HISTOIllE

1797* demandait un passe-port pour un négociateur qu'il voulait envoyer à Paris, [^c personnage choisi pour remplir cette. mission n était point d'un ordre vulgaire. C et«tt Je lord Malmes— bury, auparavant employé dans des négociations importantes. 11 se rendit k Paris avec un grand équipage , et l'orgueil «directorial parut un moment satisfait de cette déférence inat—

tendue. Mais on ne vit jamais un envoyé plus taciturne. Il semblait n'avoir oublié , en pariant f que de demander des instructions à son gouvernement. Il les attendait courrier par courrier. Enfin il annonça comme un grand effort de la magnanimité anglaise un plan de ' compensations où son gouvernement sacrifiait ses intérêts et ses conquête. L'Angleterre offrait de rendre à la France l'Ile de la Martinique f sous la condition que celle-ci restituerait à leurs anciens maîtres les Pays-Bas autrichiens , la Hollande , les états allemands de la rive gauche du Rhin et toute l'Italie. L'Angleterre avait oublié de faire entrer dans les compensations lecap de Bonne-Espérance , conquête qu'elle avait faite sur la Hollande. Le Directoire s'indigna de propositions si dérisoires , et lord M almesbury reçut l'ordre de quitter Paris. C'était pour séduire et retenir

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FAntriché que cette comédie avait été jouée. 1797- Mais l'Angleterre avait été un peu trop avare de sacrifices pour éblouir le cabinet de Vienne.

Revenons maintenant à Bonaparte , et Poiitiqaed« voyons par quels nouveaux succès , et à quelles ^**°*p*^®' singulières conditions il saura prescrire cette paix qu'aucun gouvernement ne désire. Elle avait paru être bien loin de ses vœux à luimême , lorsqu'il avait fondé de nouvelles républiques en Italie et dans les propres possessions de l'empereur. Car pouvait-il espérer que l'Autriche renonçât au fertile et magni- , fique Milanais.? Les Directeurs eux-mêmes, quels que fussent alors leurs sentimens secrets, avaient écrit au fondateur guerrier des républiques transpadane et cispadanè : « N'allez « pas trop loin dans vos engagemens envers ,« les peuples de l'Italie , car nous pourrions « être forcés de les abandonner. » Mais chaque jour avait rendu ces républiques plus chères à Bonaparte. Bologne» capitale de la première f et Milan , capitale de la seconde , lui étaient demeurées fidèles dans les momens où sa fortuné paraissait subir quelque échec. L'esprit de ces peuples était aimable et ingénieux, Bologne lui offrait Une réunion d'hommes de lettres, de savans très dévoués à sa I. 20

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7d7- gloire^ et qu'il regardait comme tes mission* naires futurs des principes qu*il lui convieii-* drait de propager. Il aimait k trouver dans

K le peuple de Milaa quelques vieilles traditions ' du parti des Guelfes ^ c'est-à*dire du parti qui , dans les orageux débats des empereurs et dps papes, s'était déclaré avec force contre les premiers. Le refus qu'il avait fait d'arracher le pape du saint-siége, était pouir lui un nou- ^veau titre d'affeciion auprès de cette ville. Ella offrait,' malgré la guerre et ses fléaux, un théâtre de plaisirs et de fêtes. Les victoires de Bonaparte excitaient au spectacle d'assez viv^s acclamations. Comfldè sa famille était ori* ginaire d'Italie, il n'était pas insensible à la gloire d'être regardé eornm^ le restaurateur 4^ cette belle contrée , et déjà son esprit s'exerçait sur les améjioratioas qu'elle pourrait recevoir soias son empke.

Avait-il dès-4ors un pJan arrêté rdativemant à là république de Venise que ses armées traversaient depuis six mois, et qu'il allait parcourir dans toute son étenduie, en se portant contre les provinces au4:richiennes ? est «diâficile d'interprét-er ses pensées : mais sa dureté constsya te ferait croire qu'il avait anédité d'à* vance la perte de cette répttbliqYte. La neutra-

DU DIRECTOIBE EXECUTIF. ^CJ

lîtéqn'elle avait gardée avec une fidélité scru- • 1 797puleuse , ou pour mieux dire, pusillanime, jjoécontentail; plus qujç janiais l'Autriche , qui allait subir i^ne invasion datis ses États héréditaires /et plus que jaihajs aussi elle irritait Bonaparte , qui, pour le succès de çejtte invasion , eût désiré laveuglé çt Servjle concours 4e celte • puissante république. Venise était obligée de sQuffcjr, et souffrait en ^îlenceque les officiers franç^s çomn>uniquassenties principes dé leur pairie à tous les nobles de la Xerre-Ferpae , tombés , depuis plusieurs siècles, %an$ 1^ copdition de sujets^ et pour jalai^is exclus 4u gouvernement. La démocratie sf^vançait av.ec 310$ ar^n^ées à travers les États ,d\m varistQçrûtiç si ^i^ogaUfte <e.t si soupçonpieuse; à Padoue^ à Çrescià , à ^ergan^ie, elle comptait déjà des partisans déclarés auxquels il nç restait plu$ diç ^alut que da^?^ une révolution générale.

BpnjBparte séc^ndaû cette révo^uiion , mais avec quelque ménagement, aviec quelque niystère, 11 savait qu'au moment de son entrée en |l^lie , un parti avait fait de grands efforts d^^ns le sédat pour décider au moins une neutralité armée, à l'aide de laquelle la république eût fait ^respecter son

\ 3o8 HISTOIRE

'797- territoire, soit k FAutriche, soit a la France ; il savait que les jeunes sénateurs, dont Pezzazo était le chef, parlaient asâez ouvertement de joindre aujourd'hui leurs armes à celles de l'Autriche; il savait en même temps qu'un parti opposé voulait' qu'on transigeât avec des circonstances rigoureuses , qu'on laissât fléchir la constitution qn quelques points, qu'on fit des concessions favorables aux nobles de la Terre-Ferme , que l'on se concertât avec le général trançais., pour des changemens qui l'intéresseraient à l'indépendance et à la prospérité de la république. Tel était le sentiment du provéditeur Battaglia.

Les vieux sénateurs flottèrent entre ces deux partis sans avoir àncune marche arrêtée ;^ patience et dissimulation étaient toute leur devise; lors même qu'ils portaient dans leur cœur le dépit le plus profond et les alarmes les plus vives , on les voyait se rendre dans Brescia, Pergame, Padoue, Vérone çt Vîcence au-devant de Bonaparte, de Masséna, d' Augereau, de Joubert. Lorsque les sénateurs se hasardaient à faire quelques plaintes sur l'entrée des Français dans telle ville , ou sur l'insurrection démocratique de telle autre : « Il

a ne fallait pas, disait le général, ouvrir cette

DTJ DIRECTOIRE EXÉCUTIF. 309

w ville aux Autrichiens. Puis-je faire fusiller 1797 « les seuls amis que je. trouve dans votre « république ? Dites-moi où sont vos forces ; t< est-ce avec quinze mille Esclavonsque vous (c prétendez arrêter mon armée victorieuse ?

« vous avez voulu rester çeutres^ subissez la «loi des faibles. })

' Tandis qu'il accueillait avec cette froideur, insultante les envoyés de Venise, il traitait, plus favorablement le roi de Sardaigne. , - Charles-Emmanuel IV venait de succéder k son père Victor- Amédée 111. Bonaparte avait fait jouer les ressorts les plus déliés de la politique pour captiver le nouveau roi ; il lui ofTrak un moyen de se maintenir encore quelque, temps sur un trône fortement ébranlé; il l'appelait a concourir ^vec la Frajace à la * , guerre contre l'Autriche. C'était un jeu assez familier aux ancêtres même les plus glorieux du roi de. Sardaigne que de pa^er £finsi dans une même, guerre de l'alliançé de l'Autriche à celle de la France ; mais alors la guerre ne touchait pas aux principes constitutifs des Etats. Le roi de Sardaigne, dirigé par le marquis de Saint-Marsan, crut que la pire con- . dition pour Ibi était une neutralité qui , im*^

3io iUstoiAe

^797- posée à des conditions fort figoureiises, semblait leiTàcer da nombre des puissances f il se flattait de Recouvrer une sorte de vîe politique en levant des troupes dân.< ses États. Les secours qu'il allait fournir à Bonaparte Contre l'Autriche pouvaient l(ii faire obtenir la restitti— tion de quelques places fortes Ott quelque indemnité. prise sur l'Autriche elle-mêtne; il s'offrait à fournir dix raille hommes et Vingt pièces de danon, il obtenait h cd prit de là ' république une garantie de sa couronne. Le traité fut signé entre Clarleet le marquis de Marsan; niaislë Directoire^ qui regardait déjà le Piémont comme son domaine, refusa de ratifier Cë traité^ qui, au gï*aud dépit de Bonaparte, resta sarii effet.

L'armistice du Rhin perhait au DiréçJtoîre d'envoyer des renforts considérables à l'ariûéé d'Italie ,• Bernadotte ftkt chargé de les cbtt^ duire, él se porta ayeéjôie sUr ce nouvefâtl théàtr^e^ Jamais, dit Èqùapàtte , l'àmiée d'Italie n'ayait été pluS belle lii plus tiortibreuse; elle comptait huit divisions. d'infan-r teriè, six mill^ chevaux et eeùt cinquaùtè pièces de cdnoiii. Ces troupes étaient bien habillées, bien (^haussées, bien A)ûmes, bîêtt *

, DU DIRECTOIRE .EXECUTIF. 3il

payées y composées de vieux soldats ci d'ex- 1797, celleos officîets ; cette armée de soixante mille hommes pouvait tout entreprendre. ^

M^iitoue avait capitulé le i2 février 1797, Bonaparte avait depuis gloHeusement pacifié les troubles de la Rômagne. Il convenait à ses desseins de constater le refus de l'Autriche de traiter avec la République et de la reconnaître. ClarLe fut de nouveau envoyé à Florence. Le grand-duc avait offert sa médiation ; muis le prince apprit à l'envoyé français que l'empereur refusait d'entendre aucutie proposition. Le gpnéf al se mit en marche dès les premiers jours de mars, et né ^rraignit pas de traverser les Alpes Juliennes dans tiue saisônrigoureuse. Son but était d'entrer en Allemagne par la chaussée dé Carinthie; mais il ne pouvait employer tomes ses forées à une expé- " dition dont le but était Vienne. Trois de ses divisions furent mises sous les ordres? de Joabert, pour observer le Tyrol et même s'en rendre maître. Il lui restait près de quarante . mille hommes. L'arehiduc Charlésf, qui allait lui être opposé 9 avait amené avec lui le même

* M. Daru , 3ans sou Histoire de P^enise , porte à cent mille honimeâ rârmée qui allait passer les Alpes pour menacer Vîentie.

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79c* nombre de troupes d'Allemagne^ et les débris de Tarmée d'Alvinzi pouvaient encore en ofirir trente mille. L'hiver n'avait pas permis aux ingénieurs autrichiens d'élever des retranche • mens sur les Alpes Juliennes et Noriques.

Avec une extrême diligence^ on prévenait leurs travaux.

Au moment de passer la Piave, Bonaparte mit à l'ordre du jour la proclamation suiyante : u Habitans de la Carinthie, de la Carniole et (c de rlstrie , l'armée française ne vient pas « dans votre pays pour le conquérir ni pour « porter aucun changement à votre religion , y « à vos mœurs , a vos coutumes ; elle est l'amie « de toutes les nations , et particulièrement c^" des braves Germains. . . . Habitans de la Ca- (( rinthie^ vous détestez, autant que nous, et a les Anglais qui seuls gagnent à la guerre aci< tuelle , et votre ministère qui leur est vendu ; « si nous sommes en guerre depuis six ans, « c'est contre le vœu des braves Hongrois , de$ <( citoyens éclairés de Vienne , et des simples « et bons habitans de la Garinthie, de la Car- « niole et de l'Istrie. Eh bien I malgré l'Angle- « terre et les ministres de la cour de Vienne » « soyons amis. Là République française a sur a vous les droits de conquête ; qu'ils dispa-

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« raissent devant un contrat qui nous lie ré- . i797c< ciproquement» Voiis ne vous mêlerez pas « d'uae guerre qui n'a pas votre aveu ! î ! vous « fournirez aux besoins de mon armée; de « mo^ côté, je prote'gerai vos propriétés : je « ne tirerai de vous aucune contribution. La (( guerre n^est-èlle pas elle-même assez horu rible ? né souilrez-vous pas déjà trop , vous , « innocentes victimes des passions des atitres! * « . Toutes les impositions que vous avez cou- * « tume de payer à l'empereur serviront à cr indemniser des dégâts inséparables de la ce marche d'une armée ^ et à payer ce ^ûe vôujs et m'aurez fourni. »

Le passa&e de la Piave se fit presqil^ sans Combaude obstacle. LarChidulcCbarles^ qxn n'avait. pas Tagiîam«nto.

f. . • Mars 1797.

encore reçu tous ses renlorts • tentait encore une fois d'user l'iinpétuosité française par une retraite lente et méthodique , et ne 'paraissait nullement disposé à accepter la bataille. Bonaparte conçut un moyen de déconcerter des manœuvres patienter qui l'auraient réduit à xie s'avancei^ que par de petites marches et à travers des combats partiels. Ce moyen fîit de lancer k brillante division Masséna sur les derrières de l'armée autrichienne. Ici la gloire '

3l4 HISTOIRE

1797* du général divisionnaire, vient marcher de

front avec celle du général en cbtf« BriUaoïsac- Toujoufs à uiielongue distancedtiqtiii^nierc^s de Ma..é. gg'néral , M asséna , quel que fût le savant détail des instructions qu'il avait reçues^ devenait Fsirbitre de tous ses mouvemens. 8avait-<>a , en effets tous les obstacles qu'il reucontrérait âur des monts couverte de neige , au passage de fleuves impétueux et de tons les totrens qa une telle saisOn fait découler des Alpes ? savait'^on s'il n'aura à cômbatlrer (jué des corps isolés, ou si l'arehiduc n'emploierait pas une grande partie de ses forces à se délivreft* d'un* si fatigant fléau de sa retraite? Masséna puisait les- inspirations de son génie militaire dans l'imminence >du péril et dans toute difficulté qui paraissait insurmontable. Les montagnes étaient son théâtre favori : pas un roc qui ne lui fàt accessible. H pouvait faire passet son armée dans des lieux où les p&tres dû pays osaient à peine s'avancer « Dans l'el^trème péril ses yeux lançaient des éclairs , et son' tnain^ tien était tranquille; il disait: «Emportes CI cette batterie y enfoncez ce carré, chargea (j: cette colonne » ; du nfême ton ddiit il eût dit 2 « Repose2x?ous dans ce village; » Si la diffi-

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calté lui parai&^âit ôssea? sérieuse, il xtiarchâfif le pferàiôt. L ariti^é deBcWtpané ii'àvait point encore livré de combats , que déjà Masséffft avait pa^sé la Piavé et le Taglîarr^étKO en se rapprochant de leurs sources , et Ibttfné î'afmée de Fàfrchidud. Une forlé dî\rîsiow de Tai*-. mée autrichienne Inarchà à èa rencontre; il la battit, lui prit quelques canomâ; et parti)! les prisonnrîer» qu'il fit se trouva? Je général Lurfgnan, értiîgré français; pïiis il se rendit maître de Feltre, de Cadore et de'Bellune»

Cependant rarchiduc s'apprêtait ih défendre le passage du Taglîamentd contre l'armée de Bonaparte , qui s'avançait dans l'ordre le *plu$ formidable. Là canonnade s'engagea idr je$ deux rives ^ et la cavalerie légère fît plusieurs charges sur le gravier dtr torrent. Bonaparte, qui pour rendre l'action décisive et générale voulait inspirer plus de confiance à l'archiduc, fii tout à coup cesser Tactiôn, et l'armée goûta deux heures dé repos; maïs bientôt toutes les divisions et tôttte là cavalerie s^élancôtit dans le torrent. L'ennettii plie sous cet etfort et conduit sa retraite en bon or*drej mais Mas*séna, au bruit du canori., s'était porté avec^ vivacité sur la route de Vietine, et par le village d'OsOpo il fermait cette chaussée k Tar-

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797* niée en retraite; l'archiduc , furieux des obstacles que lui opposait cette fatale division , r^olut de la détruire , vint se mettre kla tête de la division battue , la renforça de quelques bous réginoens qu'il menait avec lui , rencontra Massena à Tarvis, toujours sur cette même route de Vienne; l'attaqua ' avec acharnement^ fît • replier les avant-postes , s'élança plusieurs fois à la tête de ses grienadiers"; et ne put , malgré des prodiges de valeur , ni enfoncer Masséna ^ ni emporter Tarvis, ni même conserver un ~ ordre imposant dans sa retraite. Les généraux Brune et Victor avaient secondé Masséna daqs cette journée.

La gloire nouvelle dont Masséna venait de se .couvrir pesait au cœur du général Bernadôtte^ jaloux de montrer que ses soldats de Saml)re-et-Meu$e pQuvaient rivaliser avec ceux de l'armée d'italie. Sa division j5e trouvait devant l'Isonzo , près de la ville de Gràdisca ^ qui refusa d'ouvrir ses portes. li voulut l'enlever d'assaut , et livra un coxnbat meurtrier ; Bonaparte vint y mettre fin ; il avait passé l'Isonzo sur un autre point avec la division Serrurier. L'arrivée du général en chef changea les dispositions du commandant, qui ouvrit les portes de la ville, et se rendit pri-

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sonnier avec toute sa troiipe. Ce fut*encore 1797. Massëna qui recueillit le plus beau trophée de cette journée : il s'était maintenu à Tarvis 5 une division autrichienne coupée de là grande armée et vivement poursuivie par le général Guy eux, voulut se réfugier à Tarvis, qu'elle croyait n'être plus occupée par les Français ', Masséna fondit sur elle comme du haut des nuages, car le lieu du combat était unesommiléqui domine l'Allemagne et la Dalmatie ; en un instant bagages, drapeau:sc, canons, parc, tout fut pris, et Masséna fît cinq mille prisonniers. L'archiduc , peu de jours après > disputa encore le terrain dans les gorges de Neumark , dernier défilé qui sort dès Alpes , et s'ouvre dans les plaines. Masséna eut encore en tête l'archiduc Charles : c'était l'élite des . deux armées qui combattait a l'avant-garde.

L'action fut vive ; mais ce poste important demeura aux Français ; ils y firent six cents prisonniers. L'archiduc Cependant ne donna nul signe de désordre dans sa retraite.

L'effet de ces combats fut d'ouvrii* à l'armée conqaétede française la Carinthie, la Styrie et le Frîoul. deiastyrieet En entrant à Trieste on ne manqua pas de confisquer les marchandises anglaises. On prit possession des mines de mercure d'Hydria ,

1796. B% Tony trouva ppiir plusieurs paillions de yifn-iargi^Dt. La Save, la Dravç, les Alpes Juliennes avaient passées ; ^'importaiite place de Paloaar^ovA , appartepan^t aui^ Vénitiens, s'étai;; rendue presque sans coup fërir; les babiUns de ces provinces , qui pour la première fois depuis plusieurs siècle^ voyaient la guerje transportée dans leprs foyers, laissaient passer le torrent avec résignation « ^ armée française observait Hoe assez bonne • discipline ; on ne comptait encore que dix-sept jours de campagne ouverte^ et Tarmée n était plus qu a vingt ou trçnte lieues de Vienne.

La terreur régnait da^s cette ville. L'en^pereur, et/ à so^n exemple , les graiiideç familles, (aidaient des apprêts de départ. Toutefois le . destin de la campagne était-il décidé par ces comhats peu meurtriers du Tagliam^jçito , de Tai*vis»et de Gradisca? Était-ce un avanjtage réel que cette graudç occupation de terrain ? L'année ne s affaiblissait-telle pas par des détachement répandus sur un espace de plus de cinquante lieues ? Si larchiduc Cbarl^js avait paru un peu cCéconcerté pat* les précautions de sa retraite, par Fimpétuosité et les manœuvra de son adv^rsai^^e, il slétait cependant maintenu à l'abri de tout désastre, de

DU DIRECTOIRE EXIÉCUÏIF. SlQ

tout Véritable affront, Bonaparte, depuis ces 1797. dix -sept jours y aTait soutenu sa ^renommée, militaire saqs l'augmenter beancoiip. L'iniagination des Français s'habituait à lui demander des victoires d' Aroole et de Rivoli. Depuis la campagne ouverte, c'était Ma^'oa quiavait porté les grands coups : encore quelques jour-^ nées semblables k celles 4e Tarvis , et il moatait à un premier rôle. Il était fatigant |>our Bonaparte d'av.oir j;oujonrs à louef son lieutenant , quoiqu'il l'eût fait avec âsseê de gràce« L'arcbiduc s'approchait de ses renforts , et Bonapar;té s'éloignait des siens. On sortait de cette Italie qui^ après un long esclavage , s'effrayait peu du mot de révolution , et qui senfibjait ne pouvoir change!* que pour élre mie^i:^ ]L'imi|K>bilit^ du peuple allemand .^a|ait sa patience ; sa loyau^té était invariable ; 01^ n^ pouv.ait ni jiui faire aimer une révolution , pi lui faire CQQipi^^i^dre une république. Il est à pr^uqaer que «Bonaparte avait conçu un effet plus foudroyant de «ses arofies, et qu'il s'i^^ quiétait de, s'avancer sans être protégé par ^9 victoires éclatantes. Pour ibien apprécier rimportante résolu ûon qu'il prit ^près les4i¥' sept jours dont j'ai rendu compte , voyons ce

OaO lïISTOIllE

1797- qui se passait sur le Rhin, dans le Tyrol et dans les Ét^ts vénitiens.

Noaveanpa»- Dans la Campagne d'Italie , Bonaparte avait **ATrîîi797.®"^ se. plaindre du long retard qu'avaient mi§ les années de Jourdan et dé Môreau à passer le Rhio. 'En effet, sa campagne avait commencé deux mois avant celle de ces deux généraux, jLorsqu'apr^s la prise de Mantoue il conçut Je* hardi projet de se porter sur Vienne, il avait* impérieusement demandé au Directoire que Tarmistice sur le Rhin fût rompu; mais il s'agissait de remplacer leé renforts assez considérables que Bernadotte lui avait amenés. Le pasèageM'un fleuve tel que le Rhin demandait de grands préparatifs après la perte du fort de Kehl et de la tête, de pont d'Huningue. Il fallait que leifdeux armées agissent simultanément , sans quoi elles couraient le risque d'être tour à tour écrasées. Celle de Sambre-et-Meuse était fort affaiblie et fort découragée par sa retraite ; il est vrai qu'elle venait de recevoir un général pleiïi de talent , d activité et d'ambition ; c'était Hoche. Le* vœu de Bonaparte ne put être rempli aussitôt qu'il le désirait. Hoche et Moreau ne se mirent en mouvement que le 1 8 avril ,

feu DIRECTOIRE EXÉCUTIF. 32Ï

<:Vst-à-dîre trop tard pour influer sur Fëvéne- « 797 ment de lâ paix. Bonaparte, et c'est lui c|ui nous le cléclare , ne vit dans ce retard qu'un effet de la jalousie du Directoire qui redoutait pour son autorité l'entrée triomphante à Vienne d'un général dont Ja gloire l'inquiétait depuis long-temps. C'est l'unique motif > qu'il donne à sa résolution ; mais les événeniens militaires du Tyrol y eurent sans doute beaucoup plus de part.

Bonaparte > en laissant trois fortes divisions pour observer et soumettre le Tyrol , semblait avoir satisfait à ce qu'exigeaient des postes d'une si haute ii^pôrtance. Joubêrt les commandait , et il avait sous lui trois généraux distingués, Delmas^ Dun>a$ et Baraguayd'HiUiers. IjCs innombrables obstacles que présentent de tels lieux dans une saison encore rigoureuse ne purent arrêter Tardeur de Joubert. Il compta d'abord chaque jour de marche par des succès glorieux. Les Français poursuivaient les Autrichiens vaincus à travers les torrens et jusque sur la neige des montagnes. Après des actions terribles, Joubert s'emparia successivement de Botzen , de Brixen, de Clausen et d'Inspruck , et déjà il s'apprêtait à venir communiquer par la Ca-

1797- rinthie avec la grande artnëe; mais l'archiduc Charles avait jugé que le salut de Vienne était dans le'Tyrol, et il avait donné cette direction à des corps nombreux, et surtout fort exercés, qu'il tirait de son armée du Rhin.

Le général Laudon, lorsqu'on le croyait abattu par quatre défaites, vint tenter le combat à la tète d'une armée en quelque sorte toute nouvelle; aimé dans le Tyrol, il avait réussi a soulever cette province loyale et belliqueuse. Les Français eurent à combattre tout une population de chasseurs intrépides.

Plus de salut pour tout détachement qui marchait isolé. Botzen et Brixen furent bientôt repris , et l'armée française fit sa retraite par la vallée de l'Adige; dès le 6 avril, presque tout le Tyrol était abandonné. Bonaparte ne connaissait encore, aiu 3 1 mars , qu'une partie de cet événement malheureux ; mais de premiers revers éprouvés dans le Tyrol devaient lui causer de vives iaquiétudes sur les communications, sur les mouvemens de l'Italie et sur, sa retraite même, s'il avait à l'opérer. Le

^ danger devenait chaque jour plus pressant. On apprit que le colonel autrichien Casimir était rentré dans Trieste.

Venise donnait encore au général français

BU DIREOTOIttE EXicUTIF. 3a3

dfi plus grands sujets d'alarmes et de colère. t7S% Je dîfiere un momeot d'en parler pour pré- g^^^*""^ ^? senter avec plus d'ensemble et de clarté la^'»'^*^*'**^"*^* suite des événemens qui amenèrent la chute d'une republique aussi ancienne que la monarchie française. Boaaparte avait cônstamnaent inontné tout le génie que peut donner l'audace; il montra cette fois tout le génie qui peut appartenir à la prudence. Voici la lettre de Bonaparte à l'archiduc Charles.

ti Au qnartier^géneral de Klagenfqrth , le « ji germinal an v.

4ç Monsieur le général en ^hef /

<f Les braves militaires font la guerre et a désirent la paix ; eelle-ci ne dure-t-eUe pas 4c diepnîs six ans? avons-^nous assez tué de u monde et &it assez de manx à la triste huit ipanité? elle réclame de tons côtés. L'Eur< Tope qui avait pris les armes eoiitre la Ré- K publique française les a posées ; votre nation c( reste «eule ^ et cependant le sang va coçler <r plus que jamais. Cette sixième campagne « s'annonce par dns présages ainiistre^; quelle - H qu'ejBMcMt l'issue ^ nous tuerons de part et ic d'autre quelques milliers dliommes de plus ; « et il faudra luen qu'on finisse par s'entendre, <c puisque tout a un terme^ méine les passions H haineuses.

3âl6 HISTOIRE

1797- fait ici eyidenimeiit ^a'une déeUratioa im-» parfaite^ et propre à donner le change stir ses motifs principaux; il en était denx bien positifs et bien déterminans , d'était la déplo^ rable situation de son armée dans 1 e Tyrol et le ihouvement de Venise.

L'archiduc Charles reçut pectt-*étfe Avœ

« màgne. Nâpolëon , en retidâdt cdâdpte de» la bataille • ft du Tagliameuto, ann<)iiça qu'il allait sous peu de <f jours passer les Alpes Juliennes , et se trouver dans <c le cœur de rAllemagne } que du i» au lo avril, il tt serait à Klagenfurth , capitale de la Garintlue , « c'est-à-dire à soixante lieues de Vienne , et avant le « 20 avril, sur le somiâet du Siiiiering, k vingt-cinq « Héués de Vienne ; qu'il était âohc insportànt que les « armées du Rhin ge missent en mouvement , et qu'on f( l'instruisît de leui* marche. Le Gouvernement lut « répondit le 23 mars , le complimenta sur la victoire « du Tagliamento, s'excusa sur ce que les armées du. u R&in n^étaientpas encore entfées en campagne , et V l'assura qu'elles allaient se mettre en mouvement « sfiAs retard ; mais , quatre ]otitê Apte^ , le â6 mafé , M il lui écrivit que l'armée de ]^oreau ne pouvait pas « éntret en campagne , qu'elle manquait de bateaux « pour exécuter le pacage du Rhin , et que V^tméé (i d'Italie ne devait pas eomptet sur là cùàpétàiion âes H amiéè»d'Allemëg))é^ maisséuléihetttsurëlle-nu^e. « Cette dépêche, arrivée à Klagettflatth îé 3i inètt, « fit naître biefï des (^odjectufes. Le tHitéeîùire Cf ai-

DU DIRECTOIBE SX^CUTIF. 327

fdaisir, mais ea apparence avec froideur, cette i^^ij. ouverture pacifique. Voici sa réponse ;

a De mon quartier-général, le ja avril 1 797. M Monsieur le général ,

i< Assurément, tout en faisant la guerre, (f et en suivaiyt la vocation de Thonneur et « du devoir, je désire ainsi que vous la (c paix 9 pour le bonheur des peuples et de « l'humanité. Comme - péànmoins , dans le

tt gnait-il que ces trois armées qui formaient toutes les « forces de la République , une fois réunies sous les « ordres d'un même général , ne le rendissent tfop « puissant ?.... Était-ce lesouvefiîr des échecs qu'a-. a vaiéfit éprouvés , l'année précédente , les armées u du Rbin et de Sambre-et-Meu$e ^ qui les rendait tf timides ? Fallait-il attribuer cette étrange pusillani- « mité au peu de vigueur et de résolution des géné- M raux ? c'était impossible ; ou voulait-on sacrifier <( l'armée d'Italie , comme on avait voulu la perdre en « juin 1796, en prescrivant d'en envoyer la moitié u sur Naples ?.... Ne pouvant plus compter sur le « concours de ces deux armées ^ Napoléon ne devait M plus se flatter d'entrer dans Vienne 5 il n'avait pas « assez de cavalerie pour descendre dans la plaine du « Danube ^ mais il pouvait arriver jusque sur le som- « met du Simering sans inconvénient. Il pensa que le « parti le plus avantageux qu'il pouvait tirer de sa « position était de conclure la paix , objet des vœux de « toute la France. » . .

SaS iTisTOfin-

797* (c poste qui m'est confié^ il ne m appartient « pas de scruter ni de déterminer la querelle (T des nations belligérantes ^ et que je ne suis (f muni de la part de sa majesté l'etupereur « d'aucun plein-pouvoir pour traiter , vous « trouverez naturel, monsieur le général 9 que « je n'entre là-dessus avec vous en aucune né- « gociation , et que j'attende des ordres supé- (f rieurs sur un objet d'aussi haute impor- « tance, et qui n'est pas foncièrement de (c mon ressort. Quelles que soient , au reste , (c les chances futures de la guerre ou les espèce rances de la paix , je vous prie de vous perc< suader, monsieur le général, de mon estime « et d'une considération distinguée.

w Signé Charles , F. M. >»

On croit que Tarchiduc Charles , à la date de cette lettre, ne connaissait point encore les premiers revers des armées françaises dans le Tyrol *. Le courrier qui les lui annonçait avait été intercepté et conduit à Bonaparte.

* Bonaparte, dans les Mémoires de Sainte-^Hélène , essaie de nier les revers des Frafiçais dans le Tyrol ; il prétend que ce fut par un mouvement combiné qu'on abandonna les positions • et que Joubert se rendit, avec toute son armée, à Villach , dans la Carinthie. Peut-on concevoir un mouvement combiné

Il écrivit à Vienne : cette cour, qui était encore 1 797' préoccupée d'un danger imminent, tira un bon augure d'une démarche qui prévenait ses vœux , elle envoya les généraux de Bellegarde et Merfeld au camp de Bonaparte , avec pouvoir de traiter d'un armistice ; les conditions en furent réglées le 7 avril ; chacun resta dans ses positions; l'armistice fut également conclu pour le Rhin. Hoche , après avoir passé ce fleuve , avait remporté à Neuvried une assez brillante mais inutile victoire» Moreau, de son côté, avait réussi à passer le Rhin à Strasbourg en plein jour, avec vingt-six bateaux; l'action avait été vive, les généraux Duhesme et Dessaigne avaient été blessés.

L'Autriche, par l'armistice conclu avec Bonaparte , signait la perte de Venise , engagée par une fatalité déplorable dans un mouvement dé^rdonné contre l'armée française^

Cette république avait reçu de sinistres Mouvemevs avis , soit du quartier-général de Bonaparte , soit du cabinet du Luxembourg , soit du ca<

tardifs de Ve-

nise.

Mars et avrîl

qui^ daiiÀ une telle position, aurait fait abandonner le Tyrol , et anéanti l'effet de plosieurs victoires nieur-> triëres. Les rapports du général Laudon , que j'ai sous les yeux , et l'armistice conclu particulicrcment pour U Tyrol , ne laissent aucun doute snr ces revers.

3}d ms'TotiiB

1797» bÎMt de Vienne* Bontparte affrétait de fie plaindre toujours de Venise , ^ôîqutl ne pût aUéguer auoun grief sérienk contre les dispo^ sitions trop |[>aGifiques du sénats L'âtnbassa^ deur Querini subissait les hauteurs et les menaces du Directoire : ce Vous técturneB « nôtre amitié > lui disait>>oti , méritea^la par Cl des secours actifs. Changen les formes do (c votre gouTernemcQt poUr le rappfocher du <( nôtre ^ et que la Déclaration des Droits dtf (( l'homme devienne notre commun éten^ fc dard. »

De son cèté, le baron Thugnt tenait un langage irrité : k Pourquoi Venise ^ disait-il ^ u ne s'eist-'elle pas jointe à la càtise commune (V de l'Italie» à celle de l'Europe? pourquoi a ces fâtes , ces flatteries y . et tout cet or pro^ « digue aux Français? Vous aveï des torts « a réparer ; c'est le moment de faire édater « toute votre haine , d'enflammer ceux de vos c< sujets que vous trouvez encore fidèlesi de les « armer non seulement cotitre les révolution^ « naires sortis de votre sein , mais contre les « Français qui leur mettent à la main lés « torches de la rébellion. »

Chacun y à Venise, se repentait d'avoir suivi des conseils timides; mais petsontie

DU DIRECTOIRE BXÉOUTIF. 33 1

n'osait^ en présence d'une armée qui hàatàt i797< trembler Vienne elle-même , proposer de»

avis généreux^ On avait agile tm moment dans le sénat une proposition laite par l'am** bassadeur de Prusse^ Sandos^'BoUin^ pour faire respecter la neutralité de la réiMibIk|iie , en la mettant sous la protection de cette pnia* sance^ Mais qu'espérer d'un secours si éloigné^ si peu sur? Un tel parti devait irriter h la fois et la France et l'Autricheé

Déjà la révolution de la Tcrre-^Ferme de Venise avait été préparée par les agens du Directoire comme par Ceux de Bonaparte.

C'étaient des nobles lassés d'un joug antique; c'étaient les Fenaroli, les Martinengo^ }es Seccbi p les Alessandri ^ qui tâcbaient de re*couvrer, sous les formes de la démocratie et par les moyens de la rébellion ^ un pouvoir sorti depuis long'^temps de leurs familles. Mais les villes étaient loin de s'accorder daris le Vœu d'une révolution. Vérone^ capitale de la Terre^'Ferme; Ée plaignait peu de son sort^ et détestait assez hautement un secours dont les Français lui faisaient chaque jour se:3tir toute la dureté. Le peuple des campagnes, sous les maîtres nouveaux que lui donnait la victoire, apprenait à chérir mieux une ans*

33a HISTOIRE

^'7^^' tdcratie trop altière sans doute, mais souvent paternelle dans ses soirs.

C'était à Bergarae que se réunissaient , sous la protection des troupes françaises , les conjurés révolutionnaires I par^ni lesquels on remarquait des Lombards , des Polonais et ^ même des Suisses. Le 12 mars, l'insurrection se déclare, l'étendard vénitien est partout abattu. Le provéditeur Ottolini est arrêté , et mille outrages le punissent de sa fidélité patriotiquei Un manifeste est rédigé contre le sénat de Venise , et ce sont des officiers français qui recueillent les signatures. Ce mouvement gagne la ville et la citadelle de Brescîa, et bientôt celles de Crema et de Vîcence ; partout même secours donné par les Français aux insurgés.

Le sénat voudrait encore ne voir dans ces mouvemens que le délit de ses propres sujets, et n'avoir qu'eux à punir, à combattre. Il arme cependant ; il appelle à son secours les fidèles Esclavons : il échauffe par ses émissaires les dispositions vindicatives du peuple des campagnes. Mais en même temps il prend soin de protester qu'il n'agit que pour sa défense. 11 envoie vers Bonaparte des patriciens chargés de dénoncer au général les torts ma-»

mifestcs de quelques uns de ses 9gens , de ses ^797officiers, de ses généraux. C'était lui reprocher ses propres torts. Pczzaro, chef de cette inutile ambassade, ne reçût que des mots foudroyans. Par un même principe de timidité, le sénat remplaçait un jîirovéditeur Gdèle et courageux tel qu'Ottoli^i par Battaglia, celui de tous les sénateurs qui avait montré rattachement le moins voilé pour la cause française.

Bientôt des conflits s'engagent sur presque tous les points de la Terre-Ferme entre les Vénitiens fidèles et les Vénitiens révolutionnaires. La fureur du peuple ne se prête point à ces ménagemens que veut encore garder une aristocratie épouvantée. Plusieurs Français ont été massacrés dans les campagnes; ils s'inquiètent, jusque dans Vérone, jusque dans les forts ^ d'où ils dominent le pays. On a entendu dans Vérone des cris de : Mort aux Français! Les convois sont intercepté^.

Voilà les nouvelles qui parviennent à Bo- Message ennaparte ; et cependant il a déjà parlé de paix naparte à ve^ avec l'archiduc : déjà il a reçu dans son camp les quatre envoyés de l'empereur d'Autriche.

Déjà sans doute on a mis en avant des moyens de compensation, de dédommagement pour

Qise.

1 797 * r Aatric^ • Que dirai^je enfin ? IMjà Bonaparte a résolu dans son cœur l'abandon de Venise ^^ el l'a proposé aux envoyée autridiiens, qu^nne «i magnifique offrande a comblés de joie , lorsque le sort vient lui fournir ces griefs contre la république dont il a promis les dépouilles. Une suspension d armes a été signée le 7 avril j et c'est deux jours après que Bonaparte charge Junot de porter ait sénat de Venise imi message tout chargé de la colère qu'il lui convient d'affecter; yoici celte lettre : « Toute la Terreferme de la sérénissime république de Venise est en armes ; des bi^gands crient : Mort aux Français ! Déjà plusieurs centaines de soldats de l'armée d'Italie sont tombés sous leurs coups. Vainement vous désavouez les rassemblemens ordonnés par vous-mêmes. Oroyezvous, parce que je me trouve au cœur de rAUetnagne 9 que je ne puisse pas faire respecter le premier peuple du monde ? Croyezvous que mes légions souffriront plus longtemps vos massacres ? Le sang de mes frères d'afnies sera vengé. Il n'est pas un bataillon , pas un soldat français qui , chargé de cette noble mission , n^ sente doubler son courage et ses forces. Le sénat de Venise a répondu par la plus noire perfidie à nos généreux pro-

DCJ DIRECTOIRE EXÉCUTIF. ^35

eédës. Mc»i aide-^de-camp vous porte eatte ^^^' lettre; elle tous déclare la guerre ou la paix. Si vi^m »e ¥eus empressez de dissoudre 1^ tÛroopeiB«ns> si ¥Ous ne faites arrêter et ccm^igner^^n mes pnains les auteurs des assasfiiiiats, la g^uerse est déclarée. Le Turc n'est pas sur vx^tce fr^^tière, aucun eiinenii ne vous menace $ cependant de dessein pp^me*^ ditC| vous avez fait nait|*e des prétextes pour former un attroupéniient dirigé contre Tarfmée. Il Mra dissipé dans vingt^quaire heures. Nous nesommes plus au temps dp CharlesVIII.

Si, contre les intentions notoires du gouvennament français, vous me rédufisez à iaire la guerre , xmcmy&L pas qu'à Foxempje des assassins que vous av^ armés, ks soldats français dévastent les canofiagnds des innocens €|t malheureuse peuples de la Ten^e^F^pme. Je les protégerai, et ils béniront un jour jus^ qu'aux crimes qui auront contratnt l'armée française à les soustraire a«i joug de votre tyrannique gouvernement. )i Junot se fait ^onduir€ devat^t le conseil assemblé; la mar jesté d'un sénat grapd au «i^ins par ses eou^ venirs :semble d'abord déconcerter Taide^-de*camp; mais il <nriomphe de sa timidité par l'insdience^ et le ton de sa «vcîix semble ag«-

336 ItlSTOUlE

}797- graver encore ua message fulminant ; on l'écoute avec le saisissement de la crainte , et des hommes si habiles à dissimuler ne peuvent plus cacher une impression qui les perd. Le doge M anini , vieillard à qui un patriotisme sincère né peut inspirer ni la dignité ni la force I répond d une voix altérée que le sénat délibérera sur cette lettre, et. ne s'écartera ni de la loyauté qu'il a promise à la nation française, ni de Tamitié quil lui porte. Dès ce moment y on put dire :, Venise n'existe plus.

Massacres Pendant que l'aristocratie chancelle, le

de Vérone. ■ * ,

peuple de la Terre-Ferme s'arme avec fureur pour la défende de ses maîtres, le bruit des revers éprouvés par les Français dans le Tyrol échauffe leS' plus timides ; on a lu des proclamations^ du général autrichien Laudon qui s'annonce <et s'avance en vainqueur; à l'en croire , . plus de salut pour l'armée de Bonaparte elle-même ; elle est taillée , coupée ; l'Italie Va être encore une fois le tombeau des Français ; mais il faut que tout Italien , que tout Vénitien surtout leur porte un coup fatal et se venge de la plus c.raelle oppression. Le comte Ëmili / provéditeur, hommje ardent, et qui dévoue son immense fortune au salut de la pétrie, est venu se concerter avec

ïe général autrichien Laudon ; l'un et Vautre 1797. ignorent que le sort de Venise est déjà décidé dans les préliminaires de Léoben , signés le 1 8 avril , que des, articles secrets renferment déjà un pacte de partage y et qu'il ne £siut plus que des prétextes au général français pour déclarer et pour colorer,' s'il se peut, un acte de violence et de perfidie politique. iPar la plus horrible fatalité, tout ce que le peuple vénitien va tenter pour secourir F Autriche ne servira plus qu'à le faire tomber dans les fers de cette puissance qu'il a contenue ou bravée pendant huit siècles. Le mouvement est donné , ou plutôt le peuple se Test donné à lui-même; on ne veut plus suivre les con*seils de la politique, on s'abandonne à la rage; trente ou qiiarante mille paysans cernent Vérone et trouvent des alliés furieux dans lés babitans de cette ville. Les Français se sont retirés dans les châteaux, mais tous n'ont pu gagner cet asile* . . /

Le général Balland, pour effrayer les rebelles, fait plusieurs déchargés d'ardllerie; ' elles produisent un effet funeste, et qui va redoubler la rage des assaillàns; on a vu tomber le feiîte d'^un palais renotpmé; on craint Tinéendie de la ville; on traîne les L a2

338 IIISTOIKE

1797* restes mutiles de femmes et d'eâfans déchira par là mitraille; cependant le tocsin s^tme de tous côtes } mort aux Français ! répètet*on; Oq livre ht d'épouv^atables supplices ceux qui oat tenté rainement de pénétrer dans la citadelle et ceux' qui se tiennent ca« ckés dans les maisons. Je croyais être arrivé au comltle des ^orreurs historiques en rap^ portant lee massacres commis dans les prisons; mais voici un crime plus odieux, c'est un massacre dans les hôpitaux; ciaxi à six cents soldats français malades et blessés, que les souvenirs de Lodi, d'Arcole et de Rivoli devraient protéger contre des homicides, sont assaillis dans le sanctuaire de la souffrance et de la charité. On frappe à conps de pique, de hache, de stylet, de marteau, des hommes désarmés , exténués , qui ne peuvent opposer aux coups qu'un sein tout couvert de glo-»

rieuses cicatrices ; pendant que le peuple s'abandonne à ces meurtres si dignes de son terrible et sanguinaire instinct, on combat autour des châteaux; le général Batland fait pleuvoir la mitraille et les boulets rouges sur cette population furieuse et sur les ma*gnifiques monumens qui montrent la nouvelle et l'ancienne splendeur de Vérone; le

DU DIigECTOIRE lîXicUTIF. 339

san^ couje de tous côtes, partout des mai- i«g« son^, des temples et des palais ^'écroulent.

En vain parle-t-on de capitulation au général Balknd : m Je ne livrerai point, répond-il, If mes braves soldats à des tigres, w Le comte Emili amène un renfort aux révoltés, et leur promet, dans son aveugle confiance, un puissant renfort d* Autrichiens. Lé massacre de Vérone avait eu Heu le ty avril, jour delà seconde fête de Pâques, et s'était entremêlé à des exercices de dévotion ; les Français depuis Font nommé les vêpres de Pâques, par allusion aux vêpres siciliennes. Un ca-^ pucin passait les joursf et les nuits 'sur la place publique. LTîîstorien Botta a conservé un discours prononcé par ce religieux, et dont il parle comme d'une pièce authentique ; c'est un monument d'une îiaut« éloquence, que depuis on a attribué à l'évêqué de Parme. Mais tandis que le peuple attend pour libérateurs des Autrichiens , ce sont dés Français indignés qui se présentent aux portes de la ville , sous la conduite des généraux Chabran , Lahoz et Chevalier ; le nombre n'a rien qui les arrête , il s'agit d'arracher leurs compagtions à Ufurew d'un peuple barbare. Après pludeurs coràbats y les portes sont enfoncées , et la VïHe

34o HI^TOIEE

1797. ^^^^t^d ^^'^^ ^^^ ni or ae consternation la vengeance des Français. Tout se contint; les Français semblaient craindre Texcès de leur fureur; on laissa s'écouler le peuple des campagnes ; on déclara que la vengeance ne tomberait que sur les chefs du mouvement; parmi ceux qui furent pris les armes à la main étaient le comte Emili, les patriciens Verita, Malenza et le capucin dont Féloquence avait enflammé les esprits d'une manière si funeste; une commission militaire le^ condamna à être fusillés. Si les soldats français s'honorèrent ici par leur discipline et leur modération , on ne peut comprendre dans les mêmes éloges quelques uns des chefs, et. surtout ces terribles commissaires du Directoire qui procédaient avec méthode au pillage de l'Italie; ils mirent la main sur le mout-de-piété de Vérone, et l'on prétend qu'il renfermait cinquante millions en argent et en eflFets *. Ainsi la révolution , si formidable partout aux riches, se mettait de plus dans l'Italie en guerre avecles pauvres.

Taibtês dé^ La présence de Baraguay-d'Hiliiers , génél'éM?*aîr Vt- ï^^ qui joignait a. des talens militaires des

^ Bonaparte, dans ses ^Mémaires , n'évalue le montnde-'I^îété qu'à 7 ou 8 millions.

DU DIRECTOIRE ExiCTJTIF. 34'

vertus civiltBS et un sincère amour de Th'tinia- i797 nité^ avait empêché l'effusion du sang dans ' toute la Terre-Ferme , mais elle redoubla les alarmes de Venise ;1a terreur fiitau comble dans cette ville quand on y reçut presqu'à la fois la nouvelle des massacres deVérone, de la rentrée des Français dans cette ville et de la signature des préliminaires de paix à Léoben ; aijnsi donc, plus de secours à espérer de cette Autriche dont on vient de seconder les armes par des mouvemens si tardifs, si désordonnés et si révoltans dans leurs résultats. Que contiennent ces préliminaires dont on affecte de tenir les articles secrets? N'y a-t-il point été question de la république de Venise ? n'a-t-on pas -voulu la punir d'une^ longue neutralité dont les puissanlres belligérantes se sont offensées à la fois? sans respect ^pour des souvenirs de gloire y n'a«t-on pas voulu profiter de sa faiblesse actuelle? jusqu'où Bonaparte n'a^t-il pas pu se porter dans sa colère? On se rassure un peu en .pensant que les massacres de Vé> y rone ont été commis le 17, et que le général français , à soixante lieues de là , n'a pu en avoir connaissance le 18, jour où les préliminaires ont été signés; mais une dépêche de Grimani, ambassadeur de Venise h Vienne,

34^ HISTOIBB

1797. vient coofirqi^r les plus sinistres {Hressenti^ métis, a Craignes tout de.la paix, a-^t^il écrit >' il ses compatriotes, elle ne sera faite qu aux « dépens de Venise. Xai lu dans les pensées ce du baron Thugiit;il veut les possessions Ci vénitiennes en indemnité du Milanais. »

Gepwdant la révolution française» après avoir parcouru aveciapidité la Terre-Ferme, a déjà traversé les lagunes et se m<mtre dans

, cette Venise où depuis plusieurs siècles tout

citoyen p tout patricien , tout étranger sou[h çonné de l'esprit de révolte, ou noiéme de l'esfNrit d'opposition contrôle sénat, a disparu sous les plombs de la prison detat, ou dans les ftots de T Adriatique. On invoque bautetemeat le gouvernement populaire, la Décla<ration des Droits de l'homme, la destruction de la noblesse , l'abolition du livre d'or ; jamais des blasphèmes de ce genre n'avaientétéentendusdans cesmurs, voués au plus sombresilence quand ils ne retentissaient pas des éclats du plaisir; c «st chez Villetard , commissaire du gou* verncment français auprès de la république > ' que les séditieux vont prendre leurs instroc* tions. LaTerre-Fermeetlespeasessîonslesplus loiût^ines die Venise, Ff strie , la Dalmatiese couvrent soit de troupes françaises, sôit de

DU DIR£C70i&S SXlScUTIF. 34^

troujpee ,dUemMidQ$ qui paraissent agir de ^797< concert ppuY la destructiou d'un état dont trois siècles Qut prouvé l'esprit piicifîque. On croit que le roi de Sa^daigne , et même celui à» Pifapks^ sollicitent chacun de leur côté quelques ag^andissemens^ quelque indemnités aux dépens de Venise. Déjà depuis plusieurs jours des vaisseaux de guerre français, sous prétexte de v^^nget un outrage fiiit a un bâtiment de leur nation » dominent sur l'Adriatiqyie que l'Angleterre cUe^-méme ne leur dispute pas; ils menacent des remparts qu'on trouve trop faites maintenant , après les avoir déclarés trop long-temps inexpu** gnabLes. Venise reconnaît enfin qu'elle ne possède plus que le vain simulacre d'une marine^ et qu<; ses vaisseaux de ligne ne peuvent soutenir un combat | le sénat juge mal les ressources qui lui restent ; quinze mille EscWvonSy soldats peu disciplinés, mais valeureux i^t fidèles 9 pourraient prolonger sa défense^ et peut-être opm^r son salut. On s'est étoitné d'entendre des cris de sédition dans Venise, et cependant la fidélité du peuple est calom^ niée par les craintes où le sandt a£ livre; l'audace des séditieux, vile andaoe qui ne s'appuie x^ue sur un secours étranger^ ne peut

1797- dissimuler long-teaips leur petit nombre. Ils ontlaiicë leur manifeste, et c'est la*constitu-^ tion française servilement et absurdement

copiée qu'ils proposent comme le seul moyen de calmer la colère des vainqueurs. Une transaction si déshonorante et si désastreuse est d'abord rejetée dans le conseil avec an assentiment presque unanime; mais les préparatife de Baraguay-d'Hilliers pour le siège de . Venise ébranlent de nouveau Timagination de sénateurs qui ont vieilli dans les délices de la paix, (c Si nous soutenons un siège, se (r disent-ils, qui nous secondera? Est-ce l'Au- (( triche qui a déjà conjuré notre ruine avec « ses. plus cruels ennemis, qui déjà même a fi réglé^le partage de nos dépouilles, et veut

« dévorer Venise tout entière? Tâchons de

w conserver au moins le centre 'et le berceau « de notre République ; fléchissons sous une (( dure nécessité ; réservons pour des temps ^ « mcTlleurs ce qui peut nous rester de force,* « de puissance et même de patriotisme;; l'Eu* « rOpe dira au moins que nous périssons vie- « times de notre modération; notre sort sera « celui de la Pologne ; ràais on ne nous re- K prûchera pas de l'avoir mérité , comme ce 1( n^alheureux pays , pcr une anarchie invé^

.VH,

« térée; un temps viendra où Ton jugera 1797* cv sévèrement ceux qui trafiquent aujourd'hui, 14 et sans nous avoir com))attus, de ces posses- « sions qui rappellent l'héroïsme et la sagesse « de nos pères. On reconnaîtra bientôt de ce quel poids était une république sage , forte « et paciiSque dans la balance de l'Europe ; a faisons à la patrie le sacrifice^e nos digni- (r tés y de notre pouvoir , de nos biens , et , s'il - (< le faut /de notre vie même. La France sera « du moins obligée de respecter dans Venise «les lois qu'elle-même lui aura imposées; c< osera -t- elle consommer l'anéantissement u d'une république qui vient de lui donner le a plus douloureux et le plus déplorable gage u de sa soumission. »

Telles étaient les dispositions des sénateurs, Le sénat se des sages et du doge lui-même en se rendant le i^^ mai au grand conseil. C'était par lés séditieux qu'ils étaient convoqués; lliôtel-deville était environné de soldats , canons braqués, mèche allumée ; les cloches semblaient sonner le moment funèbre de la république ; le peuple était silencieux, et l'on eût dit, à sa profonde douleur, que c'était lui qu'on forçait d'abdiquer; le doge Manini, d'une voix lamentable et dans un discours où il craignait

disfont.'

346 filSTUlUE

^797' encore d^irriter le vainqueur par un reste de fierté 9 propose de faire de.^ cluiDgemens à la coaaûtution aristocratique, selon le vœu des Français ; l'avis du doge fîit mis aux voix et adopté par uiae majorité de cinq «ent quatre* vingt-dix^huit contre vingt et- une* Douse jours après le grand conseil s'asaensdile de nouveau , et ^st pour d^larer une abdication définitive et absolue ; ce jour même il avait donné l'ordre aux quinze mille Esdavons qui défendaient la flotte de s'embarquer ; le peuple se voit privé de tout appui et ne peut contenir m sa douleur ni sa rage , il reproche aux pa-^ triciens leur pusillanimité , se charge à lui seul de sauter la république ; il va chercher sur le port les Esclavons qui s'embarquent, en ramène un grand nombre , et les met à sa tête; parcourt toute la ville , insuite les démocrates alliés des Français , pille leurs maisons , faiit flotter l'étendard de Saint-Marc , et menaoe de mort tous ceux des patriciens qui ont montré de la faiblesse , ou qu'on accuse de trahison : l'anarchie et la désolation étaient au comble, lorsque le général Baraguay-d'Hil^ liers entre dans la ville avec une partie de Far^noiée. Au plus affreux tumulte succède un plus affineux silence ; les déniocrateB seuls affectent

DU BIRECTOIRX KJLJÉCUTIf. 347

de U confiance et de la joie , ils ont organiftë 1 797 une municipalité ^ un nonyeau grand conseil ; ils se flattent maintenant de pôu*?oir traiter avec la République française, d'en obtenir tous les égards , tons les sdins de la fraternité ; de conserrer tout le territoire de Venise ^ ou d'être dédommagée de quelques cessions forcées par des possessions d'nne même étendne et d'une même importance : mais que deviennent-ils lorsqu'ils voient mettre k exécution les ordres spoliateurs de Bonaparte ?Oes vaisseaux de guerre 9 ces galères qui font encore l'orgueil de Venise, et qui n'ont rien pu pour sa défense^ sont confisqués par les Français et conduits à Toulon ; les commissaires ftançais procèdent à l'enlèvement et du lion de Saînt-Marc conquis autrefois par Morosini dans le Pyrée y et de ces chevaux de bronze du corinthien Lysippe y destinés à voyager avec la victoire de b Grèce en Asie , de l'Asie h Rome y de Rome à Constantinople , de Constantinople à Venise, et de Venise à Paris, pour en être' enlevés encore. Bonaparte accorde enfin la paix a cette république mutilée et avilie ; maïs cette paix qni lui conserve sa capitale et une grande^ partie de sa domination, il refuse bien* tôt de la ratifier, il lui vient pour la première

Articles se>

348 HISTOIRll

fais des scrupules sur l'étendue des pouvoirs qu'il exerce , il montre une déférence tardive pour le Directoire.^ L'ambassadeur Querini est enfin parvenu soit à toucher, soit à gagner les magistrats de la Républiqtrte -française ; le Directoire voudrait sauver ce qui reste de Venise asservie au gouvernement démocratique ; Bonaparte a d'autres desseins.

Il est temps maintenant d'expliquer les ar*dtUohllT ticles secrets du traité de Léoben, et de pénétrer Vesprit de la paix de Campo-Formio qui en changea beaucoup les bases; les articles ostensibles des préliminaires contenaient la renonciation de l'empereur aux provinces belgiques et à la rive gauche du Rhin; le sort de r Italie était décidé dans les articles secrets: l'empereur renonçait à la Lombardle, et recevait en indemnité la plus grande partie de la Terre-Ferme, 1 Istrie et la Dalmatie vénitiennes. Venise recevait en échange les trois légations de la Romagne, de Bologne et de Ferrare; la France prenait une autre partie du territoire Vénitien comprise entre TAdda, " le Pô, la Valteline et le Tyrol. Les forteresses de Palma-Nova , Peschiera , Porto-Le* gnago , les châteaux de Vérone , d'Osopo et de Brescia devaient être rendus à l'empereur

aussitôt après le traité de paix définitif; la '797 place de Mantoue elle-même , boulevart de l'Italie ^ ce théâtre de tant de sanglantes batailles, devait être restituée à l'empereur avec cent vingt pièces d'artillerie de siège.

Quoi! Mantoue cédée , cédée: avec la plus vaste portion du territoire, de Venise ! qu'allait donc devenir la république milanaise qui paraissait l'objet .des prédilections paternelles de Bonaparte ? pe sçinblait-elle pas vouée à l'anéantissement , comme la nouvelle repu- ^ blique de Bologne que déjà ces préliminaires avaient fait disparaître ? On agrandissait le Milanais de quelques parties du territoire venitijBn ; mais l'aigle autrichienne pouvait tonjours de Mantoue s'élancer sur une proie trop belle pour p'être pas regrettée. Il est vrai que les Français , maîtres de plusieurs forteresses du Piém^qnt , pouvaient encore marcher au secours de Ad[ilan. Mais quelle plus terrible perspective que d'avoir k recommencer les combats de Mantoue ! où trouverait-on désor-* mais des alliés dans l'Italie ? Bologne s'était " signalée par son dévoûment à la République, et Bologne était sacrifiée. En quoi le sort de ritalie s'amélior^it-il ? En vain avait-elle payç de deux cents millions sa régénéra liop^pro-

35!îe UISTOIRE

17917. ^ lairePàquois'est-elle refusée dans sessoumis-* i< sîoQS ?DenQuiin 9 ne pourrait-on pas égaleoièat « disposer de la Suisse , si elle se montrait aussi {( faible el aussi imprévoyante que Venise ?

(( Nous ne disons plus, comme les Gaulois nos « pères y malheur aux vaincus ; mais nous it disons f malheur aux états pacifiques ! mal* « heur à nos amis ! N'est-ce pas enseigner aux « nations que le plus affreux danger pour « elles est de garder la neutralité dans tout « débat où laRépttblique française estengagée? H n'est-ce pas grossir le nombre de ses enne- « mis ? n'est-ce pas rendre le fléau de la guerre « universel ? » "

Bonaparte apprit en frémissant les reproches qu'on lui faisait à Paris. Comme sa conscience sans doute en aggravait le poids, il n'y eut plus de bornes à sa fureur ; çUe éclata par des proclamations, des ordres du jour tout à la fois injurieux et nieuaçans pour la majorité des deux Conseils/ Les plans de son ambition se trouvèrent sdnsi détournés de leur premier but. Bonaparte, ennemi se-^ cret du Directoire , le servit plus qu'il ne k voulait lui-même; en se laisant ^ partie, il cessait d'être arbitre. Les républicains, peu arrêtés par des scrupules d'équité publique ,

DtJ DIRECTOIRE EXECUTIF. 353

sourirent à la chute de Venise , puisqu'elle « 797* leur procurait Tappui de. Bonaparte. Le Directpîré devint si fort par des proscriptions nouvelles , que Bonaparte lui-même le craignit à son retour d'Italie, et qu'il fut réduit à se réfugier ( suivant, l'expression hardie de madame de Staël) dans la conquête de l'Egypte. Mais ces événemens tiennent à l'intérieur, et j'en détourne pour le moment mes regards.

Cinq mois se passèrent entre la signature des préliminaires de paix de Léobén et la paix définitive de Campp-Formîo. Pendant ce temps Bonaparte gouverna l'Italie suivant ses caprices.

Il lui plut de soumettre la république de R^oiutîon Oênes, sinon au même démembrement, du moins aux mêmes humiliations que Venise , autn^fois sa superbe i^vale. J'ai dit quelle était la timâde politique du sénat de Gênes.

Déjà Bonap^âte avait fait éloigner de leurs emplois ou exiler de leur pays ceux des sénateurs qu'on soupçonnait d être attachés à l'Autriche et d'avoir favorisé ïa révolte, des fiefs impériaux. Depuis ce moment, le commissaire Faipoult régnait en souverain dans Gênes, et un parti démocratique se formait

35/f llIS'TOÏRK

1 707- sous sa direetioii et dans son palais. Le ist^nat ^ chaque jour insulté par des révolutionnaires fidèles à copier les Jacobins de France, se décida enfin à sévir contre deux d'entre eux. En essayant cette démarche, il avait hum-^ bleinent demandé l'aveu du commissaire français , et Favait obtenu dans des termes plus ou moins positifs. A peine est-oii informié de l'arrestation de deux turbulens personnages, que tout leur parti éclate , réclame et obtient d'un gouvernement intimidé la liberté des détenus^ et tyranaise la ville au notn de la liberté. Bientôt lenceinte où le sénat délibère csi îirivestie par des furieux. L'arsenal et lesi postes les plus importans sont tombés eu leur pouvoir. Cependant quelques jeunes patriciens - conspirent encore pour le salut de leur patrie ; c'est au peuple lui-même qu'ils ont recours pour se sauver de^ fcreurs populaires. Ils trouvisnt des appuis fidèles et des partisans courageux dans les tharbonniéf^s et les ouvriers du port ; ceux-ci se forment on troupe ; les prêtres , que dans tout le cout*s des gùef^s de la révolution française On troûtre partout enflammés d'horreûlr contre elle , soutiennent par de vives éxhbt*tations ces -notivfeaux défenseurs du séniat } pal'tout ils se ren-

dent àssaillans, partout ils sont vainqueurs. 1797. Un certain Philippe Doria entréprend de ramener au combat la troupe révolutionnaire , il est tué dans l'action ; un assez grand nombre de séditieux et sept ou huit Français éprouvent leméme sort ; mais déjà le sénat est effraye des suites de sa victoire , il s'occupe de calmer le commissaire français; mais calmera-t-il Bo^ naparte qui ^ depuis son attaque sur Venise , atTécte de frémir toujours au nom dé l'aristocratie? Bientôt six mille 'soldats français pénètrent dans les deux rivières sous la conduite du général Duphot , et soulèvent tout le pays. Le sénat abdique. Gènes reçoit l'anarchie d'abord, et l'esclavage ensuite avec la Déclaration des Droits de l'homme ; les inquisiteurs d'état et la plupart des nobles gé- missent dans les fers; il ne restera bientôt plus k Gènes qu'un seul sacrifice à faire y celui de son indépendance nationale ; le temps arrivera où elle sera comme Venise adjugée à une autre puissance. Un niveau de misère s'établira entre les deux républiques qui fir^ent si Iong«temps la gloire de l'Italie , et qui, mieux unies^ en auraient pu faire le salut. •

Destructeur de deux anciennes et floris- situation

de Milan.

356 ElSTOIRfi

1797* santés républiques, Bonaparte semblait don* ner tous ses soins à la republique cisalpine ou milanaise, subitement ëclose du sein de ses conquêtes. Il lui prometlait Mantoue pour calmer ses alarmes, et l'agrandissait en dépit même des préliminaires de Léoben par des insurrections auxquelles il souriait complaisamment. Ainsi Bologne et Ferrare , aiasi la plupart des villes de la Terre-Ferme échappaient au joug d'une métropole impuissante et avilie pour faire partie de la seule république à laquelle le bon plaisir du vainqueur parût donner quelqife consistance. Les peuples de la Valteline, formant une population de près de deux cent mille àmes^ sujets depuis long-temps de la république des Grisons, - voulurent changer de joug , ou plutôt se flattèrent de n'avoir plus de maîtres en demandant leur réunion à la république cisalpine. Bonaparte, qu'on peut bien soupçonner d'avoir été l'instigateur de ce mouvement, fut choisi pour médiateur par les Grisons et leurs sujets révoltés ; il prononça contre les premiers , sans ménagement pour la ligue des Suisses dont celle des Grisons faisait partie, et la Valteline fut déclarée appartenir à la république nouvelle.

DU DIRECTOIRE EXECUTIF. 35j

C.bacune de ces faciles conquêtes était célébrée à Milan , comme si elle avait été une vie- , toiredu peuple cisalpin; Milan s'épuisa*it en fêtes magnifiques, et montrait toujours un enthousiasme de commande. La république cisalpine, , fille chérie de Bonaparte^ ne voulait voir dans son fondateur, dans ce conquérant d'origine italienne , que son premier citoyen ; en attendant il nommait a tous les emplois civils et militaires, et les Pentarques cisalpins recevaient avec une soumission parfaite non seulement les ordres du général, mais ceux de tous ses aides -de- camp. Du château de Montebello où le général faisait sa résidence accoutumée , il surveillait l'adminisitration avec'cette vivacité de vue , avec cet esprit de détail qui , dans le cabinet, le rendait presque aussi extraordinaire qu'à la tête d'une armée. C'était à Milan que se versait tout l'or enlevé dans les autres parties de l'Italie par les généraux, par les oftlciers, par les commissaires * des guerres et par les fournisseurs. L'élcgancô française ajoutait un nouveau charme aux délices et.aux arts de l'Italie. Madame Bonaparte et les trois sœurs du général préludaient à Milan à ces rôles de souveraines et de princesses qu'elles devaient remplir nn jour. La

358 JIISTOIKF

1 79r* cour de la première retraçait tantôt les formes de ce qui s'était appelé autrefois en France bonne compagnie^ tantôt les formes moins délicates de la cour de Barras. Deux des sœurs du général joignaient le don dd la beauté à tout le prestige que répandait sur elles la gloire de leur frère; Tune d'elles surtout montrait une facilité de moeurs qui paraissait choquante même en Italie. Cependant le théâtre reten«« tissait d'acclamations chaque fois qu^elles venaient Forner de leur présence; dans les pièces de vers où elles étaient chantées ^ toutes les déesses du vieux Olympe s'inclinaient devant elles y cpmme tous les dieux devant leur frère. Tandis que Bonaparte goûtait par anticipa- ^ tiôn les plaisirs de la royauté ^ il s'emportait contre les royalistes ; mais c'était à regret qu'il s'éloignait; d'un parti dont il avait espéré et voulait toujours < subordonijLer les principes monarchiques aux vœux de son ambition.

Tout émigré avait à se louer de lui^ et les prêtres déportésf en recevaient souvent des secours mystérieux.

Arrestation da Lc sort vcnait dc faire tomber entre ses

comte d An- • i /• r • «.i •• /•.^

tragues. mams un desemigres qui avaient le plus mente les malédictions des révolutionnaires ; c'était le comte d'An tragues, qu'on avait vu en 1788,,

DU DIBECTOIRE EXÉCUTIF. SSq

et ipême dans une partie de l'aimée 1789, ' 1797. défenseur ardqnt du parti populaire. Dans l'un. de ses écrits voués à cette cause, il avait l$ncé $ur toute la noblesse un anathèrae égal en violence à ceux des démagogues les plus emportés ; mais les premiers crimes de la révolu tion lui firent abjurer et même avec horreur des principes peu faits pour son âme;, c'était un vétéran de l'émigration; il avait eu la confiance dp roi a, Véi'one ; en restant à Venise après le départ de Louis XVIII, il avait espéré entraîner cette république à des mesures vigoureuses ; l'invasion des .Français l'avait surpris dans cette ville , on lui procura les moyens de s'échapper; mais il fut arrêté dans la Terre-Ferme par les soldats de Bernadotte , et conduit à Milan au quartier-géiïéral. Bonaparte voulut le voir et l'interroger; on avait saisi sur lui des papiers où l'on espé^rait trouver le secret des intelligences, des -princes et des émigrés avec les royalistes de l'intérieur. Le comte d'Antragues était un homme précieux aux yeux de Bonaparte ; ileût voulu peut-être en £aire un instrument secret de sa grandeur prochaine. Soit par ce motif^ soit par juu motif plus généreux, Bonaparte traita sans rigueur un cl?ief d'émigrés dont on

36o HISTOIRE

1797. attendait la tête à Paris; il lui donna pour prison la ville de Milan , et bientôt favorisa son évasion.

PaîzdêCam- La déplorable journée dont je viens 4e octob. 179}. parler , et dont les résultatset les causes occuperont le Livre suivant de cette Histoire, étourdit l'Autriche et les négociateurs qu*elle av^it envoyés à Campo-Fcrmio. Ils consentaient enfin à faire l'échange de Mantoae rendue à la république cisalpine/ contre Venise que Bonaparte ne cessait d'offrir à F Autriche ; ce fut là la base principale de la paix de Campo-Formib) signée le 17 octobre 1797.

J'aurai plus tard à en faire connaître d'autres dispositions.

Même après la journée du %8 fructidor qui semblait devoir ôter au Directoire tout reste de scrupule et de pudeur , il répugnait encore à cette autorité de sacrifier à la colère d'un gcTuvernement absolu les démocrates vénitiens si dociles, à sa voix; le Directoire avait écrit à Bonaparte une lettre presque suppliante pour le détourner d'une perfidie diplornatique dont le reproche serait un jour la plus cruelle injure contre la République française. Villetard, ce commissaire français qui venait de présider à la révolution démocratique de

DU DIRECTOIRE EXjâCtJTIF. . 36 1

Venise, s'efiraya dece qu'il avait fait, en devi- x797' xiant ce que le général voulait faire; il lui écrivit de sonrcôté une lettre ferme et pathétique en faveur des Vénitiens qu'on allait vendre, Bonaparte répondit par une lettre brutale et ijocorrecte, différente de son style ordinaire ; en voici les termes :

« J'ai reçu , citoyen , votre lettre du 3 bruii maire. Je n'ai rien compris à son contenu. « Il faut que j6 ne me sois pas bien expliqué c< avec vous. •

« La République française n'est liée avec la r< municipalité de Venise par aucun traité qui f< noms oblige à sacrifier nos intérêts et nos c< avantages à celui du comité de salut public, i€ ou de tout autre individu de Venise.

cr Jamais la République française n'a adopté « pour principe de faire la guçrre pour les a autres peuples^ Je voudrais connaître le \i principe de philosophie ou de morale qui i< ordonnerait de sacrifier quarante mille Frana çais contre le vœu bien prononcé de la nac< tion, ettllntérét bien entendu de la Répuf< blique.

M Je sens qu'il n'en coûte rien à une poignée r< de bavards, que je caractériserais bien en les « appelant fpus, de vouloir la république uni-

^ 36a msToiRii

1 797. « verselle. Je voudrai» que ces messieurs yinsi< sent faire une can^ pagne d'hiverV

(iP ailleurs y la nation vénitienne n'existe M pas. Divisés en autant d'intérêts qu'il y a de « villes, efféminés et corrompus , aussUàches « qu'hypocrites , les peuples de l'Italie, et spé- « cialement le peuple vénitien est peu £ait (f pour la liberté. S'il était dans le cas de l'ap-^ « précier, eh bien ! la circonstance actuelle lui (( est très avantageuse pour le prouver. Qu'il u la défende ! Il n'a pas eu le courage de la « conquérir, même contre quelques misera- (c blés oligarques; il na pu même la défendra « quelque temps dans la ville de Zara; et peut- « être si l'armée française fût entrée en Al^ « lemagne,. nous auripns vu se renouveler^ « sinon les scènes de Vérone, du moins des « assassinats multipliés , qui produisent le « même effet sinistre pour l'armée.

« Au reste , la République ne peut pas don- . « ner, comme on parait le croire, les états . « vénitiens.

(( Ce n'est pas que ^ dans la réalite , ces états « n'appartiennent à la République française {( par droit de concj^uéte ,. mais parce qu'il n est « pas dans les principes du gouvernement de « donner aucun peuple.

DU iDlRECTOIRE EXÉCUTIF. 363

(K Lors donc que rarniée française ëvacaera cr ce pays- ci, les dîfféretis gouverneniens sont ce maîtres de prendre toutes les nnesures qu'ils « pourraient juger avantageuses à leur pays.

«Je vous ai chargé de conférer avec le co- « mité de salut public s^rr Tëvacuation qu'il est « possible que larnice française exécute, pour « mettre à même de prendre toutes les meu sures , soit pour leur payô , soit pour les iu- « dividus qui voudraient se retirer dans les « pays réunis à la république cisalpine, et roa connus et garantis par la République fran** (c caise.

u Vous avez du également faire conilaitre a au comité de salut public que les individus « qui voudraient suivre l'armée française au- « raient tout le temps néces$aii\e pour vendre i< leurs biens, quelque soit le sort de leur pays, (t et que même je savais qu'il était dans l'in- « tention de la République cisalpine de leur « accorder le titrede citoyen.

« Votre mission doit se borner là. Quant a au reste ils feront ce qu'ils voudront. Vous a leur en avez dit assez pour leur faire sentir « que tout n'était pas perdu; que tout ce qui u arrivait était la suite d'un grand plan, si les « armées, françaises continuaient à être heu-

nise.

1797- ^^ reuses contre une puissance qui a été le nerf « et le coffre de toute la coalition, peut-être ec Venise aurait pu par la suite setrouver réu- « nie avec la Cisalpine. Mais je vois que ce « sont des lâches , et qu'ils ne savent que fuir. « £h bien I qu'ils fuient, je ti'ai pas besoin (( d'eux ! »

Dcmiersmo- Eq attendant, on achevait le pillage dq la riche et magnifique cité ; le duc de Modène , qui avait choisi ce refuge si peu sur , y avait laissé en partant presque tout ce qui lui restait de son trésor; on ne manqua pas de s'emparer de cette proie : les galeries, les églises, les chapelles, les palais des patriciens émigrés étaient au nom des beaux-arts soumis à de continuelles rapines. Un savoir cruel enlevait dans les bibliothèques des manuscrits qui remontaient jusqu'au treizième siècle, et des ouvrages arabes achetés par le sénat avec une magnificence digne des Médicis. Les sept iles dont Venise avait fait la conquête, et qui formaient le dernier débris de son empire momentané sur la Gréée , allaient être cédées définitivement à la France , et déjà nos armes y régnaient. C'était un éclat de plus jeté sur les conquêtes de Bonaparte. L'enthousiasme s'était éveillé promptement parmi nous aux

noms historiques ou poétiques de Corcyre, 1797. d'Ithaque et de Cy thère* Déjà l'oa voulait voir dans Bonaparte le régénérateur de la Grèce; mais le marché de Venise détruisit bientôt la magie de ces espérances. Pour premier signe d'affranchissement, on dépouilla les sept iles grecques de ce qu'elles pouvaient encore offrir de précieux pour les* lettres et les beaux-arts; l'ignorance et Tindigence de ces peuples rendirent cette moisson peu abondante. Leur pauvreté les exposa au mépris des commissaires français^ qui en firent uni portrait, défavorable. Cependant l'évêque grec de Corfou fît entendre à un général français des paroles où l'on croit .trouver une première étincelle du fieu sacré qui s'est rallumé parmi les Grecs : u Français , vous trouvez en cette île un peuple ce étranger aux sciences et aux arts dont s'ho-* a norent les nations : ne le méprisez pas cepen- « dant; il peut redevenir ce qu'il fut autrefois; « apj^enez par ce livre ( ici l'évêque montra « rOdyssëe ) , apprenez le casaque vous devez (c faire de nous. »

Un cri d'horreur se répandit dans Vçnise quand ou y connut le traité de Campo-Formio. C'étaient surtout les démocrates qui le proféraient; ils s'attendaient à voir les pa-

<797- triciens appeler sur. leur léte le courroux de l'Autriche; Texil pouvait les sauver de la mort, mais noa de l'opprobre et de la misère. Chez quel peuple aborder qui ne leur fil un crime d'avoir renversé le plus ancien igouvernement de l'Europe? Pour avoir voulu le titre de patriotes, ils restaient sans patrie; ils semblaient avoir tout vendu dans la demeure de leurs pères , et une ruine complète était leur récompense. Auprès de qui pônrroieotils encore. mendier le pain de la pitié? auprès des Français seuls, de ces mêmes Français auxquels ils s'étaient aveuglément fiés, et dont ils avaient éprouvé les trahisons successives; le nom de Bonaparte leur était justement odieux, et c'était pourtant Bonaparte seul qui pouvait encore par des secours sou^ . tenir les restes de leur misérable vie. Tantôt muets, tantôt me pouvant plus contenir ni leurs sanglots ni leurs plaintes , ils erraient sur la place de Saint-Marc, et rencontraient sur tous les monumens les ruines de leur patrie; ils voyaient cet arbre de la Uberté qu'ils avaient planté dans une folle allégresse, et qui portait pour eux dés Iruits si amers ; ils avaient été des rebelles , c^était là leur crime , . et le monde entier les flétrirait d'ua nom plus

^ DU DIRECTOIRE EXÉCIÎTIF. . 367

odieux ; on les appellerait traîtres , quand ils 1 797. étaient trahis. Je n'ajouterai plus qu'un mot au récit des obsèques de cette république fondée contre Attila, et détruite par un conquérant qui s'appelait libérateur de l'Italie. Parmi les commissaires autrichiens qui vinrent prendre possession de Venise se trouvaient quelques uns des principaux dignitaires du* sénat, entre autres ce même Pezzaro qui avait donné à sa patrie des conseils énergiques. et mal écoutés; ce qui restait de Vénitiens reconnaissaient encore avec un saisissement inexprimable parmi ces commissaires autrichiens l'ex-doge Maniiii ; mais l'horreur que ce malheureux et faible vieillard éprouvait surpassait encore celle de ses concitoyens ; quand il fallu t prononcer le serment d'obéissance à l'Autriche , il tomba sans connaissance, et fut rapporté mourant dans son palais.

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