LETTRE DE S. M. LOUIS XVIII A M. LE MARÉCHAL WURMSER
«Je vous donne avis, monsieur le maréchal, que je suis arrivé à Varmée des émigrés français , résolu de combattre avec eux , et à leur côté , pour la plus juste des causes , qu'il plaise à Dieu de favoriser. Que votre Excellence ne pense pas que mon intention soit de faire le moindre changement dans le commandement , ni de Tôter au prince de Gondé^ ni au général de La Tour ; ils s^en acquittent tous deux avec trop de courage^ de bravoure et de réputation. Non , je ne veux que partager avec ce brave corps les fatigues de la guerre, sous les ordres de TOtre Excellence , comme ces deux généraux , et sans autre qualité que celle de simple soldat. »
LETTRE DE S. M. LOUIS XVIII A M. LE COMTE DE SAINT PRIEST, son àm-
BASSADBUR A VIENNE.
<c J'ai lu, monsieur, avec la plus sérieuse atien* tîon, la lettre que vous avez écrite le i«' de ce mois au duc de la Vauguyon. V.ous avez senti, conune je m y attendais, que dans la flécessité'où
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je me sois trouvé de quitter iininédiatesnent le territoire de la république de Venise) je u'aTaift cTautie parti à prendre que celui auquel je me suis déterminé. Cette résolution indispensable a été accompagnée de toute la mesure que les circonstances actuelles pouvaient exiger de moi. Je ne me suis annoncé que comme un gentiïhomme français qui venait se réunir au drapeau blanc, et je me suis déterminé, en arrivant au quanier^énéral , non à publier ma proclamation, comme j*en avais d'alîord eu l'idée , mais à faire consigner une disposition de prudence dans Tordre du 29 d'x mois dernier, qui vous a été transmis par M. d'Avaray. C'est ainsi qu'en profitant, pour sortir de ma cruelle inaction, d'une circonstance impérieuse que je n'avais pu ni prévoir ni déterminer, je me suis plu à me conformer aux vues et aux désirs de S. M. I.
« J'ai déjà éprouvé l'effet que ma présence à l'armée produit sur l'intérieur du royaume, et j'ai toutlieu de penser, d'après les rapports qui arrivent journellement au duc de la Vauguyon, de Paris, de Lyon et des départemens frontières, que j'acquerrais promptement une influence qui faciliterait le succès des armes de l'empereur, et procurerait les seuls moyens certains d'accélérer à l'entière satis&ction de S. M. J. une pacification dont il est . impossible de se flatter autrement. C'est dans la vue* de parvenir^ de concert avec l'empereur, à un but si essentiel , que j'attache ta pkis grande impor-
tance i me jaiamteiiir sous la forme mespivie que j'ai adoptée , et dont je ne m'écartctraj pas dans la position où ma placé ^n événement iroprévri. 1^ je renonçais aux avantages qu elle prései^Mte pour le succès de ma cause et Vintérâlt des puissances, eiu m!éloignant yolootaîrement de Tarraée, j'imprimerais sur moi un <;aractère d^inconsëqueoce qui dé<r truirait la considération qu'il m'est si essentiiel de conserver! En vain même /chercherais-je à faire ac* croire que cette cnesure f&t volontaire de ma part : elle est trop contraire aux principes qui doivent me diriger, pour que la France et l'Europe enjtSère n'y voient pas l'effet d'un.e force îrrésiatible ; et la con« viction qui s'établirait à cet égard dans les écrits inspirerait aux Français une défiance des vues ultérieures de S. M. L , qui a.ugmenteraitleurréastance d'une manière incalculable.
« Je verrais avec la plus vive douleur se dissiper ainsi l'espérance si bien fondée de hdter le moment iOkù la paix, en conciliant les intérêts de toutes les puissanoes , pourra s'établir sur les bases de l'ordre public et de l'équité. Le seul moyen de prévenir des résultats aussi nuisibles à l'intérêt général .et à celui de S* M. I. en particulier, est certainement la promesse positive de me procurer la facilité de rentrer en France avec le corps de M. le prince de Gondé , soit qu'il soit destiné avec l'appui des forces de S. M. L h passer le Haut-Rhin, soit qu'il continue à êti:e réuni à l'armée de M. le maréchal de
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jugement que l'Europe entîèfe à porté sar tos tie-* toires et vos Tertus. Les capitaines les phrs célébrai ne durent, pour la plupart , leur stuîeès qu a une longue expérience de leur art; et votes at^ ëfé, dès le preniiief jour, ce que yous na^Êt cessé d'être pendant tofft le cours de vos campagnes. Vous avez su allier la bravoure du maréchal de Saxe au désintéressement de M. de Turenne, et à la modestie de M. de Catînat : aussi puis-^je Totis dire que tous n'avez point été séparé, dans mon esprit, de ces noms si glorieux dans nos festes. Votre gloire efi&cera la leur, tant j'ai la confiance que vous remplirez les hautes destinées qui vous attendent. M« le prince de Condé vous a marqué à quel point j'avais été satisfait des preuves de dévoùment que vous m'avez données, et combien j'ai été touché delà fidélité avec laquelle vous servez ma cause, Maî^ce qu'on n'a pu vous exprimer ccimme je le sens, c'est le désir, c'est l'impatience que j'éprouve de publier vos services, et de vous donner des marques éria-* tantes de ma confiance.
« Je confirme, monsieur, les pieins-povtoirs qui vous ont été transmis par M» le prince dô Condé; je n'y mets auome borne , aucune restriction, et vous laisse entièrement le maître de faire et â'ar^ peter tout ce que vous jugerez néeessaire à mon sevrice , compatible avec la dignité de ma cd>itn>i>ne, et convenable aux intérêts de TÉtat. J'approuve^ je ratifie les avantages qui vous ont été assurés le
i6 août dernier, en mon noiii« Je tous donne ma parole royale que toutes les promesses qni y sont énoneées seront religieusement tenues. »
LÇTTRE DE S. M, LOUIS XVIll 4 LAtlCIJIDUC CH4RLES.
«Mon ghsr Cousin,
« La franchise et la loyauté avec lesquelles vous vous êtes expliqué sur nos communs intérêts^ m'autorisent à en user de même à votre égard , dans un moment^où la juste confiance de votre auguste frère en vous peut et doitsauver non seulement la France, mais aussi toute l'Europe, dont le sort dépend des événemens qui vont se passer sur le bord du Rhin. Je charge M. de Montgaiilard de vous remettre cette lettre, et de vous donner de vive voix tous les détails qu^elfe ne peut renfermer.
«Vous savez les raisons qui m'ont contraint à quitter l'asile où je suis resté si long-temps malgré moi, et à remplir le vœu que je ne cessais de former^ et que vous auriez formé à ma place. J'en ai fait part à S. M. L ; et M. le comte de Seint-Priest, qui est chargé en ce montent de mes affaires auprès d'ette^ m'a transmis le désir qu'elle avait que je m'éloignasse de l'armée. J'ai répondu par la lettre dont je remets la copie à M. de Montgailiard , aâjn de rendre celle-ci moins longiie. La 'même insinuation m'a été; peu de jours après^ transmise par
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le baron de Summerhaw et par le maréchal de Wurmser, auxquels jai répondu, qu'ayant éerh sur ce sujet à Vienne , j*en attendais avant tout la réponse. J'ai reçu, avant-hier au soir, une lettre de M. de Saint-Priest, du 23 de ce mois, où il me mande que les dispositions sont toujours les mêmes, et qu'on lui a même ajouté que, si je persistais à demeurer à l'armée, on en viendrait, quoique à regret, à employer les voies de la contrainte. Je ne rapporte ce dernier article que pour mieux vous témoigner mon entière confiance; car vous sentez bien que je connais trop le caractère de l'empereur pour supposer même un instant qu'il voulût user de pareils moyens.
« Vous jugerez, mon cher cousin, que si j'avais cent bonnes raisons le 12 mai pour rester à l'armée, à présent j en ai mille. La cessation de l'armistice suffirait seule; mais, indépendamment de ce motif que votre âme appréciera bien , il y en a de politiques, et qui sont du plus grand poids. Vous avez vu toute la correspondance du général Pichegru; vous savez combien il a désiré que je me rappro-. chasse , à quel point il n'a oessé depuis quatre mois d'insister à cet égard, combien il a été satis£aiit de mon arrivée, l'effet qu'il dit que ma présence a produit, et surtout combien il regarde oomme essentiel que je demeure. Vous connaissez la vivacité avec laquelle ce même désir a été exprimé par différentes personnes qui servent à Paris les intérêts de la cause
commune. Vous avez lu ce que le général Pichegru ma transmise ce sujet, des nombreuses intelligences qu'il a. dans cette ville et parmi les premières auto» rites. Qui mieus^ que vous peut £siire sentir à l'empereur la nécessité de ma présevice à l'armée ! J'aurais bien voulu traiter cette afSnire ^ppctement avec lui ; mais des raisons que vous savez sans doute lui ont fait désirer que je ne lui écrivisse pas moi-même. Heureusement c'est à un autre lui-même que je p^is m'adresser; et, pour vous- mettre à votre- aise, je retranche tout cérémonial, et je vous prie d'en user do même en me répondant Je vous dirai même que je regrette de ne m'être pas mis plus têt au-dessus de cette bêtise; car c'est elle qui m'a empêché de. vous écrire en arrivant ici. Je vous prie donc, avec toute la confiance que me donne l'amitié que vous m'avez inspirée dans le peu que je vous ai vu, les liens du sang qui nous unissent, et la conviction où nous sommes tous les deux de l'importance dont il est pour le présent et le futur, que Tunipn de l'Autriche et de la France soit plus étroite que jamais, de faire sentir à l'enopereur tous lesavanfagcjs de ma présence a l'armée, et les maux incalculables qui résulteraient de nat>n éloignement. Vous êtes mon proche parent, vous m'avez témoigné de i'amjtié : <^t éloignement reculerait la fin de mes majtheurs; vous aimez la gloire, il nuirait à la mienne; vous êtes frère de l'empereur, ses intérêts en scBuffriraient; vous, avez l'âme sensible , de nouveaux
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torrens de sang en seraient le fruit. Il est impos» sible que ces considérations, présentées par vous arec cette énergie qui vous est propre, ne fassent sur l'âme élevée de S. M. I. Yetf$t que j*en attends. K vous pensiez qu'il fftl utile de mettre ma lettre même sons siHyeux-, vous en êtes absolument te maître. Si même, par la suite, l'empereur v^oulait adopter cette forme qui évite tout embarras, nous pourrions communiquer directement ensemble, et cela ne pourrait avoir que de grands avantages.
*« Vous vojes , mon cher cousin , avec quelle confiaiioe je vous parle; je vous prie i!j répondre par une pareille. Adieu ; je vous embrasse a veo toute l'amitié que vous me connaissez pour vous. »
LETTRE DE MONSIEUR ,'rÉGEKT DE FRANCE, A CHARETTE.
Cette lettre est antérieure de plus d'une année à celles que nous venons de transcrire; le Roi Louis XYII n'avait point encore succombé aux horreurs de sa prison.
« Enfin, monsieur, j'ai trouvé le moyen que je désirais tant. Je puis communiquer directement avec vous. Je puis vous parler de mon admiration , de ma reconnaissance, du désir ardent que f ai de vous joindre , de ]^artager vos périls et votre gloire. Je le remplirai, dùt-il m'en -coûter tout mon sang. Mais en attendant ce moment heureux, le concert
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avec celui que se» espleitd rendeiri le second feu- <lat8ur de is monarehie, et celui que sa naissaiiee appelle à la gouverner , sera èe la plus grande nn« portance. Personne mieux que vous ne oonnait Futilité.des dëniarchetf que je puis faire relative* ment à Vintérienr. Vous penserez sans doufe qu'il est bon que ma voix se fasse entendre partout m on cet armé pour Dieu et le Roi. G^esFt k vous âe n'éclairer «ur les moyens d'y parvenir. Je confie cependant à votre prudence Timpresslon d'im sen« tknent que je ne puis plus retenir. A présent que je ne puis parler moi-même k vo& braves compagnons * d'armes ^n cette lettre est assez heureuse pour vcms parvenir à la veille d'une affaire, donnes pour mot d'or4re SainPLouis; ralliement, le Roi ei ta ï'égence. Je commencerai à être parmi r$m^ le jour où mon nom sera s^ocié à un de vos trioitiphes.
« Louis-Staitisuis-Xavibe. »
Yërooe ,^e i*' février 1795.