‹ Histoire de la révolution française (volume 2)Chapitre 10 sur 23 · LE PRÉTOIR£ DES JACOBINS · texte numérisé non relu

LE PRÉTOIR£ DES JACOBINS

pouvoir du Comité de salut pnblic ; el derrière Bourdon

(de rOise), l'excitant, le dirigeaat, avec une ardeur voilée, se tenajt Fabre d'Églantiue^

Le 18 nivôse (7 janvier), jour fixé par les Jacobins poor les explications de Philippeaux, celui-ci, courant d'une âme éperdue au-devant des chocs que Robespierre et Danton voulaient éviter, lança du haut de la tribune de la Convention, contre Ronsin, Rossignol et a les autres agents du miaistère, i» une des dénonciations les plus aventurées et les plus violentes dont elle eût jamais retenti *. Son acte d'accusation fourmillait d'erreurs , émises de très-bonne foi sans doute , mais d'auUnl plus déplorables, que, dans ce momont, ia gràÉde armée vendéenne qui avait passé la ]x>ire se trouvant entièrement détruite, et les prétendues trahisons affirmées par Philippeaux ayant abouti, après lout, à^|tt|l^;;triomphe, la nécessité de l'attaque n'était pas là ^fi^Év couvrir la légèreté ou en justifier racharnement. OUpdieu, qui avait vu de ses propres yeux beaucoup de dîoses dont Philippeaux ne pouvait parler que sur ouïdire% Choudieu éclata. Lié à ce parti de Saumur (jue Philippeaux avait tant foulé aux pieds, il s'était longteBf» résigné an sileneii, soit crainte de diviser les paMotes, soit dédain; mais, las enfin de ce redoublement d'attaques dont, mieux que personne, il connaissait le côté faible : a Si Philippeaux n'est pas fou, s'écriatf>i^ il est le plus grand des imposteurs... Il ment à sa OMBeiénee en accusant Rossignol de lâcheté. Ce qui l'a engagé à cette démarche, c'est la crainte d'èlre accusé lui-même, pour avoir provoqué la mesure désastreuse

* Vojei le projet de Rapport de Robespierre nr la (action de Palire d'Églantioe, dans les pièces pabUées par Courtois.

* Voyei, sur rinjustioe de ces accusaiions de Philippeaux, le neuvi&me volume de cet ouvrage, diap. x, p. 3SS.

* L'aUîiire de Coron, par exemple.

du 2 septembre ^ » Et, saDS plus de délai, Choudieu mit

la mnin à T écrasante réponse qui devait ôlre si fatale à Philippeaux.

De son côté et dans la même séance, Bourdon (de l'Oise) avait sonné la charge contre le gouYemement, et conclu à ce qu'on en finit avec un ministère monarchique ; à ce que le pouvoir frtt réorj^anisé; et, provisoiremenL à ce que les ministres ne pussent tirer aucun fonds du trésor public sans un décret préalable

C'était paralyser tout, au moment où, sans une action prompte, la République périssait.

Danton, chose étrange, appuya Bourdon (de TOisc), demandant qu'on « décrétât le principe ; » mais non sans renvoyer les détails à Texamen du Comité de salut public, « afin, dit-iK de ne pas ralentir le cours de vos succès » La Convention vota dans ce sens.

Mais ramendemcnt proposé par Danton ne faisait que masquer la portée de l'attaque. En réalité, un vote pareil, dans les circonstances extraordinaires où l'on se trouvait, n'allait pas à moins qu'à désorganiser le gouvernement. Et les résultats se produisirent dès le lendemain : la machine administrative s'arrêta tout d'un coup; les réclamations retentirent; les dangers s'accrurent, et le service des armées allait manquer absolument, si le Comité de salut f)ublic n'avait pris le parti de violer le décret, pour conserver la République *.

La séance de la Convention du 18 pluviôse (7 janvier) était un triste prélude à celle qui, le soir, devait avoir lieu aux Jacobins. Les passions venaient d'être de nou*

< Moniteur, an U (1794), n* 110.

* Séance de la Convention du IS nifôse (7 janvier). IMd.

s Ibid.

♦ Projet de Rapport i\e Robespierre «ur la faction de Ynhre d'Kglnnline. — Bobospierrc y affirme que le discours de Bourdon (de rOiae) était Ton* vragc de Fiibre.

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veau déchaînées. A peine les Jacobins sonl-ils réunis» que Bourdon (de TOise), Fabre d'Églantine, Camille Uesmoulins et Pbilippeaux sont appelés. Point de réponse.

Trois fois la sommation se fait entendre; trois fois elle reste sans effets. Les aecusés sont absents. «Puisque ceux qui ont provoqué celte lutte, dit Robespierre, fuient le combat, que la Société les cite au tribunal de l'opinion publique, qui les juj^era. » Puis, comme pour détourner la bociélé do tous œ.-^ publiais uù .sci ail lY'cucii (lésa dignité, et peut-être de son importance, il lui propose de mettre à son ordre du jour une question de politique étran- >gèfe : «les crimes du gouvernement anglais, et les vices de la r(i!i>littition lu il;in!ii(][ie )>

Mais les pensées élaient ailleurs. Le» passions qui bouillonnaient au fond des âmes entendaient si peu> qu'on leur donnât le change, qu'un mot, un seul mot, produisil une tempête. Un membre, en parlant de la Goiiveiiliuii, a^aiiL lai.si>c échapper répillièle dit (oupahle^ appliqué à la décision qui avnîr (mvoyé Gouj)illeau (de Fontenay) en Vendée, voilà le désordre au comble. Plu- «eiirs voix crient r{ue la Convention est avilie, le bruit devient manense ; le président est olili^^é de se couvrir ^. a Lue insulte à la Consenùonl » crie Benlaboile, prolitaBt d'un moment de silence. « Non, non, » lui est-il répondu de toutes parts. ÂflQigé et irrité, Robespierre se plaint de cet empressement de certains membres à prolilei de la inoindii! circonstance pour eni[)écher la Société de jouir du calme dont elle a tant besoin. « La> donvention, apute-t-il avec hauteur, n'est pas aussi aisée à dégrader qu'on semble le craindre... Celui qui manifeste à cbaque in^hml celle craiiid- n a nul respect de . lui-même, de la Convention et du peuple. Conveutioih

* Moniteur, an 11 (1794), n" Ht.

* Ibid,

ne tient que d'elle l'honneur dont elle est couverte; elle n'a au-dessus d'elle que le peuple français; et, quant à ceux qui désireraient peut-être que la Convention fût dégradée, qu'ils voient ici le présage de leur ruine; qu'ils entendent loracle de leur mort certaine, ils seront exterminés. ]»

A ces mots, TAssemblée se lève tout entière, et, violemment ëmue, proclame à grands cris la ruine des traîtres

et le triomphe du peuple français ^

Cependant un pâle jeune homme vient de monter à la tribune. Juste ciel, quel trouble est le sien 1 et comme la parole tremble sur ses lèvres i Est-ce bien là le Ju vénal du Viem Cordelier? a Tenez, s'écrie-t-il, je vous avoue que je ne sais plus où j'en suis : de toutes parts on m'accuse, on me calomnie. îSur le fait de Philippeaux, je vous confesse franchement que j'ai cru de bonne foi ce qu'il a consigné dans son mémoire... Je vous avoue qnt je ne sais plus où j'en suis. Qui croire? Quel parti prendre? J'y perds la tete^.. »

Robespierre vint en aide à son ancien camarade de collège. Après l'avoir raillé lourdement, mais sans âprelé, de son admiration excessive pour Philippeaux, il l'absout sur ce qu'il a quelque chose de la naïveté de la Fonlaine. Ses écrits sont condamnables, mais on ne doit pas confondre sa personne avec ses écrits. Camille est un enfant gâté, qui avait d'heureuses dispositions, et qu'ont ^aré les mauvaises compagnies. «Il faut, ajoute Robespierre, sévir contre ses numéros, que Brissot lui-même n'eût pas osé avouer, et le conserver au milieu de nous. Je demande, pour l'exemple, que les numéros de Camille soient brûlés dans la Société*. »

Il y avait quelque chose de dédaigneux mais do fort

* Moniteur, au 11 (1794), nMli.

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