FIN DE L*HÉBERTI$ME
chaine délivrance, s'emportaient en menaces contre leurs co-dëtenus d'un parti contraire au leur; ils dressaient des
listes mystérieuses, effrayanlcs, et parlaient en maîtres*. Ronsin et Yincent étant ailés visiter à la maison Lazare leurs amis Pereyra et Desiieux, qui y étdent détenus, il y eut deux fois, à cette occasion, des dîners splendides, à l'issue desquels furent écrits les noms de trente personiKs à qui les visiteurs jurèrent appui et protection ^ Ronsin se rendit aussi à Port-Libre, pour y prendre connaissance de l'état de la maison, du nombre et de la qualité des prisonniers. Il fit cette visite à une heure dti matin, à la lueur d'wn flamlioMii , revêtu de sou unifuruie et une bouppe ]:ouge à son chapeau^. Bientôt des bruits sinistres se répandent: On assure qu'un autre 2 septembre se préparc; qu'il s'agit d'épurer les prisons. A la maison Lazare, l -thu intM (;iit si Vive, que les détenus établirent parmi eux une garde de nuit dans chaque corridor*.
ï^s Uébertistes ne pouvaient l'emporter qu'à la condition de renverser le gouvernement, où ils comptaient de puissants adversaires. Aussi résolurent-ils de l'abattre, et leur guerre aux autorités coUbtiLuees commença. Ronsin ne se cachait pas pour dire qu'il y avait des chefs de lactioD dans l'Assemblée, et que, si l'on ne les chassait, on wi Tendrait raison*. Vincent s'inquiétait si peu de tourner la r.onveiitiou en ridieul»^, (|iriiii juin" il dit à Legendre lui-même : a Je dresserai des mannequins dans les Tuileiie6;.:je leur mettrai le costume de député, et je crierai am peuple : Voilà vos représentant» » .
• Mémoires sur lesprisonSf t. II, p. 14St.
• Ibid,, 1. 1, p. 350.
^» /Wtf., t. II, p. 76.
« IHd., 1. 1, p. 329.
• Déposition de L^ndro dans le proeftsdee Héberlistet. BulleHn du Wbuml révoluliaimmre,
« im.
502 HISTOIRE DE LA ttéVOLUTION (1794).
Qu'une insurrection se tramât parmi les Hcberlistes, ou, du moins, qu'ils s'y tinssent prêts, c'est certain,
mais leur but déliniLif? Des pièces et débats de leur procès, il résulte que l'armée révolu ùonnaire devait être insensiblement concentrée à Paris ; que, dans les prisons^ l'on avait formé des listes d'élus et des listes de proscrits ; qu'on devait, à un moment donné, y introduire de fausses patrouilles, égorger les victimes marquées d'avance, et lancer sur<Paris les conjurés; qu'il devait être établi un chef sous le nom de Grand Juge^ et que ce chef, investi d'une dictature absolue, serait appelé à prononcer le jugement iknucr^. Ronsin eut été, ne fût-ce que pendant un jour, le Gromwell de ce mouvement. Le Grand Juge, qu'on désignait à voix basse, sans que rien prouve qu'il ait été du complot*, c'était Pache.
Deux circonstances servirent les îféhertistes et les animèrent à tout oser : liobcspierre et Coutlion tombèrent malades, et Carrier arriva.
Les fureurs de 4% dernier avaient été dénoncées à Robespierre par Julien", dans des K tires palpitantes d'indignation*, qui firent rappeler le proconsul nantais; et il apportait aux Hébeitistes l'appui d'une énergie farouche qu'enflammait le ressentiment.
Le 24 pluviôse (12 février), Momoro, à propos des difficultés que rencontr.iif 1 admission de Vincent aux Jacobins, se déchaîne, in\ «lub des Cordeliers, contre les «hommes usés en R^ublique, » contre « les jambes cassées en Révolution. » Vincent annonce qu'il démas>
* riètc n° XY, à la suite du Rapport de Saladin, au nom de la CoiumiS' sion des vingt et Un p<mr Vexamen dê la eonduite de Billaud, Collot, Barèreet Vadier. ^ BUdhAipe historique de lalRévoL^ 1097, i<, i). Britîsh Muséum.
* Voyez phis luB.
> Qa*il ne faut pas confondra avec Mien (de Teulome). « Voyez les pièces à la suite du RamKNTt de Courtois sur les p^iers troiH Yés cliei Robespierre.
FIN 0£ L^HbBEUTISME. 303
quera^ des iotrigants a dont on sera étonné. » Hébert,
parlant des « traîtres de toute espèce, » s'éciic : « Le peuple les a toujours reuveises, et nous les renverserons encore..: x> Puis» désignant Robespierre, il s'attaque à <x ceux qoj, avides de pouvoir, mais insatiables, ont inventé et répètent pompeusement dans dé grands discours le mot ultra-rérol il! (i)nnaires, |MH!r (U tj uirc les aiuis du peuple qui surveillent leurs. complots. » 11 ajoute : a Vincent n'est point Jacobin;, mais^on peut être bon patriote sans I cela. » — <x Vincent, reprend un membre, est bon Cordelicr : cela vaut tiutant, sinon mieux'. » r Oi] ciiUail en guéi ie ouverte. Mais, si Kobespiei ro était malade, siCoutbon était malade^ Saint-Just ne Tétait pas, liu;.et sli^ïprésence inopinée à Paris, dès que les Héberlistes l*aqpprir€fit^ les fit tressaillir.
Le 8 vciitosc (26 Icvi ierK la tribune de la ConvtiUiuii ie i^yit9,çpius.£ittri3té, .piuâ iiaulam et plus âpre que ja-
.,T0ut 4>abord, il déflnit la politique dont, ainsi que Robespierre et Couthon, il voulait le trinjnplin : « Je ne connai^t^q^eiia Justice*. » Mais la Ju^^iiep consistaii-elle à * donn^, au, crime. Pencouragem^nidieilmpunité, à dter à la République son bouclier quand ses? eiinj^piis tenaient le glaive levé sur elle, et à invoquer la elcmence en pleine bataille? Etre juste, ruais sévèie, telle était, selon Saint- Jufjty.iaj^idu moment; et la Justice^pC^ <K>qsidérëe sous
b^pppoitide la faiblesse et d!une clémence cruelle, » * pottvail qu'entraîner la ruine de l'État.
Après tout, cette ri;^iieia du guuveriiciiienl révolutionnaire, donté»n faisait, tant de bruit, qu'étaitrce auprès des baiîljiams ^commises par les: autres gouvernements et sur
^^^çe dujd^b âe9|Cordeliers^ du, 24 pluviôse (13 février). McnUeur^ anU (1794)/ii^'l4sl '
* Séance de la Convention, da 8 ventôse (26 février). Mmiieur, an H (1794), n» «59,
304 iiiblOlUE DE LA RÉVOLUTION (1794).
lesquelles on se taisait? « La Cour pendait dans les
prisons; les noyés que Ton ramassait dans la Seine étaient ses victimes ; il y avait qiinlrc cent mille prisuiuiiers ; on pendait par an quinze mille contrebandiers; on rouait trois mille hommes ; il y avait dans Paris plus de prison* niers qu'aujourd'hui. Dans les temps de disette, les régiments marchaient contre le peuple. Parcourez i'Euiope : il y a en Europe quatre millions de prisonniers dont vous n'entendez pas les cris, tandis que votre modération parricide laisse triompher tous les ennemis de votre gouvernement. Insensés que nous sommes! Nous mettons un luxe métaphysique dans l'étalage de* nos principes : les rois» mille l'ois plus cruels que nous, dorment dans k crime. Citoyens, par quelle illusion vous persuaderait-on que vous êtes inhumains? Yotre Tribunal révolutionnaire a fait périr trois cents scélérats depuis un an ; et Flnquisition d'Espagne n'en a-t-elle pas fait plus? Etpoui* quelle cause, grand Dieu I Et les tribunaux d'Angleterre n'ontrils égorgé personne, cette année? Et Bender, qiii faisait fètir les entants des Belges! Et les cachots de PAIIemaorne, où le peuple est enterré, on ne vous en parle ponit ! Parle-t-on de clémen^Hi chez les rois de PËurope? Non. Ne volM^^iiifsez point amollir V » I :q jfl
Après avoir ainsi répondu, dans l'élan d'une indignation sauvage, au n"* lii du Vieux Cordelier^ Saint-Jiisl montrait, en quelques rudes et brèves sentences, que ceux-là ne laisseraient point reculer la Révolution, que les meneurs des Cordeliers appelaient des « Jambes cossées. » — « Les propriétés des patriotes sont sacrées, mais les biens des conspirateurs sont là poux* les mal* heureux. — Celui qui s'est montré Tennemi de son pays n'y peut être propriétaire. — Celui-là seul a des droits dans notre patrie, qui a coopéré à l'affranchir. — Ceux
* MonUeur, anU (1794), 159.
FIN DE l'hébbrtisme. 305
qui font les révolutions à moitié n'ont, fait que se creuser un tombeau ^ » *
Sombres paroles I Mais, au souvenir des amis de la liberté sacriflés, au souvenir de Margarot condamné à la
<Iéporlalion par l.i h iiite Cour de justice «I l rosse, l'austùre. tendresse que cet liuuuue étrange comprimait dans un repli de son âme, s'échappa dans ce cri : a Que Mar* garot revienne de Botany-Bay! Qu'il ne périsse point ! Que sa destinée soit plus forte que le unnvcrncment qui l'opjHiuic! Les révolutiojis couimenceul par d'illusti es malheureux vengés par la fortune. Que la Providence accompagne Hargarot à Bolany-Bay! Qu'un décret du peuple aifrancfai le rajipcllc du fond des déserts, ou venge sa mémoire'! »
L'Assemblée écoutait en silence ce discoijis, dont la ' morne éloqfuence semblait exclusivement dirigée contre le parti des indulgents, lorsque soudain, changeant d'adversaires, et, par une transitiou Lrui^que, i .iltacliant sa j)tii'oi'aisou à son exorde, Saint-Jusl s'écrie : i< <Jiie de trai- . très ont échappé à la Terreur^ qui parle, et n'échapperaient pas à ia Justice, qui |)èse les crimes dans sà main! La Justice condamne les ennemis du peuple et les partisans de la tyrannie païuii nous ;i un esclavage éternel; la Terreur leur en laisse espérer la lin : mr toutes les tempâte» ifinissent, et vous Tavez vu. La Justice condamne les foadiomiaires à la probité, elle rend le peuple heureux, et consulide le nouvel ordre de choses ; la Terreur e&l u^armc à deux ti'auchanls, dont les uns se sont ser- Tis'k*f«iiger4e peuple, et d'autres à servir la tyrannie; la Tecreiff^a .reropli les maisons d'arrêt, maïs on ne punit pas les coupitlilos ; In Terreur a passé « nimtit' nii (u a^e. N aLteiidez de sévérité durable dans le caractère public que de la force des institutions. Un calme affreux suit lou*
* Mv/iueur, an II (1794), 50,
• Ibid.
506 UISTOIUE DE LA RÉVOLUTIÛK (1794).
jours DOS tempêtes, et nous sotnmes aussi toujours plus
îndiil^j^enls après qu^isanl la Terreur*. »
Au nom des deux Comités, Saiut-Just proposa le décret suivant^ qui fut adopté sans discussion et à l'unammité : ne le Comité de sûreté générale est investi du pouvoir de mettre en liberté les patriotes détenus. — Les propriétés des patriotes sont inviolables et sacrées. — Les biens des personnes inconnues ennemies de Ja Révolution seront séquestrés au profit de la République ; ces personnes seront détenues jusqu'à la paix, et bannies eœuite a perpétuité*. »
Les Uébertistes ne se trompèrent pas sur le véritable sens de ces mesures, non plus que sur le tour donné par Saint-Just à ses attaques. Ils comprirent que, dans (ont le
' cuiu's de sa haraii^Mie, il ne s'était étudié à l'énergie que pour pouvoir condamaer le système de la Terreur, sans encourir l'accusation, mortelle alors, de tergiversation et de faiblesse. Ils se demandèrent avec stupeur si ce n'était pas eux qu'il avait entendu désigner eu disant : « La Terreur est une arme à deux tranchants que les uns ont sai-
, sie pour venger le peuple, d'autres pour servir la tyran^ me^ » et encore : c< La Terreur a rempli les maisons d'arrêt, mah on ne punit pa$ te* coupables. » L'obscurité de pareilles phrases, dans les cIk onslances, était celle de la nuit que des éclairs traversenl. Et Saint-Just, on le savait de reste, n'était pas homme à dqienser sa colère en paroles. Vainement Collot-d'Herbois, que l'absence de Robespierre grandissait, aux Jacobins, essava-t-il d'y faire prendre le change aux esprits, en signalant le Rapport de Saint«Just lui-même comme une preuve qu'on ce allait se replonger dans la Révolution'; » vainement
« Moniteur, au il (1794), 159, « Ibid.
' Séance des Jacobins, du S Teiil<lfe (96 féfrier). Momteur,m II (1794),
FUi D£ |<'ll£BERTlSM£. 507
chercha-t-il, par rimage de la force qui résulte de l'union, à enlrainer les Jacohiiis dans uae alliance avecJes' Cordeliers^; les deux clubs représentaient deux pensées dont le choc était devenu inévitable. Peu de jours aupar;i\aiif, on avait entendn I lir-lintiste Ciniicr louer l)ien li4Ut le Dantonistc Weslcr.naanii aujourd iiui, les Ckirdel^ers tendaient la main au]i^. Jacobins. 2 pure tactique de parti, qui ne changeait rien à la situation. 1 D'ailleurs, la résolution des Hébert istes était prise, et ils sentaient qu'ils n'avaienl pas un moment à perdre. Laisseraient-ils à Robespierre le temps de se rétablir, de yeniB' jeter dans- la balance le poids de son énorme popularité? ï/affluence des citoyens qui, d'un cœur ému, couraieiU b entjuei ir de la ^aiité du malade, et le nt»mbie 4e».'députations qui allaient lui porter les vœuK des fatrioites'^ avaient une signification assez claire : il faillie 9<»f hâter.
Nous avons Jil eonil>i<'n fut cruel l'hiver de I 79i, et ce que le ^uple eut à souffrir : tout à coup sont répandus ' ftw* marchés et dans les halles des pamphlets qui fontiremonter à la Convention la cause de tant de maux; des émissaires courent de «rroupp en gi uupe, semant les alarmes, échauifa ni les esprit^^ ^nr le mi^nquejde subsisfaUlDes^ .pariant de repréentanls factieux à proscrire, ^fiim iiouYeau parti brissotin qui se forme, t9fia|it enfin un langage propre à remplir d'effroi cc;\i^ qui qp^rlaient de6»dem^ées% ' 1 =
■"^■'^ Sbiiœ £s Jattobinï» duSTentdsè (ié îéftkt). Mmileur, an D (1794),
. ' Séance d^s Jacobins da 3 Tcotôsc (21 février) . Moniteur an II (1 794),
5 En voir la preuve dans les pièces données par Gourtois, à la suite de son Rapport sur prtpirr« trouvés chez Robespierre, coinme émanant de la Section de rUnilé, di- l.i Soctinn les Piques, delà Société po[>ulatre du Temple, de la Section delà 1 i itn nilT .
* Voyez ce que dit à ce sujet iiarcrc dans son rapport du lii veutoic (0 Qoars). .
Le 9 vcnlôse (27 février), le club des Cordeliers avait déclaré Fabre, Bourdon (de l'Oise) , Phiiippeaux et Camille, indignes de siéger à la Monlagne, a roche tarpéienne, dn haut de laquelle ils devaient être un jour précipités : » le 14, le club se rassemble dans un état d'agitation inaccoutumé. Lecture iailc du prospectus d'un nouv( nu journal de VAmidu peuphy placé sous rinvocation de Marat, et destiné à poursuivre les mandataires infidèles du peuple, on apporte un voile noir, on en couvre le Tableau des Droits de l'homme, et Ton décide qu'il restera voilé jusqu'à ce que le peuple ait recouvré ses droits, par Tanéantissement de la faction. Vincent insiste pour qu^on déploie toute la terreur que la guillotine inspire. Cai i i( r se lève alors, et de cette voix qui avait ordonné les noyades de Nantes :c< J'ai été effrayé des nouveaux visages qne j'ai vus à la Montagne, des propos qui se tenaient h loreille... les monstres! Ils voudraient bri* ser les échafauds! Ceux-là ne veuleiU point de guillotine, qui en sont dignes. Une insurrection, une sainte insurrection, voilà ce qu'il faut opposer aux scélérats. » Il était lâché, le mot funeste, et Carrier est couvert d'applaudissements. A son tour, prenant la parole, Hél>ert tonne contre Amar, qui veut, dit-il, soustraire au glaive vengeur soixante et un royalistes, non moins coupables que Brissot. Et pourquoi? Parce que Àmar est noble^ parce qu'il était trésorier du roi de France et de Navarre : « Oh! pour celui-là, il est bien noble; car il avait acheté sa noblesse deux cent mille livres en écus. » Hébert s'élève ensuite contre les voleurs. Mais aussitôt : c< Les hommes le plus à craindre ne sont pas les voleurs ; ce sont les ambitieux, les ambitieux! ces honunes qui mettent les autres en avant, qui se tiennent derrière la toile, qui veulent régner. Hais les Cordeliers ne le souffriront pas.» ~« Non, non. » — Hébert, encouragé, reprend avec une animation croissante : t<: Ces hommes qui ont Icrmé la
FIN DE L'uÉBERTKSMt. 509
bouche aux patriotes dans les sociétés populaires, je tous les nommerai. ne nomma personne. Entre ]a fureur
et la peur, il hésitait. Il dit, cumioe inquiet des suites : «.Depuis doux mois je me retiens; mais mon cœur n'y peut plus tenir. Je sais ce qu'ils ont tramé ; mais Je trou- Terai des défenseurs. » — Toutes les voix : c< Oui, oui. » BniiUmijcr lui crin : « Père Duchène, ne ciiiiiis rien, paiic net. iNuus serons, nous, les Père Duchène qui frapperont. » Et Momoro d'ajouter : « Parle, nous te soutiendrons. » Scène vraiment tragique! Quel était donc ce nom que chacun attendait , et que nul n'osait prononcer Y Quelle secrète puissance taisait trembler sur ces lèvres convulsives Taccusation préparée contre un absent, contre un malade?. Ni les excitations hardies, ni Boulan-' ger, ni rniipui promis par Momoro, ni les applaudissemeiUs du club, ne purenl aiaciiei Hébert à articuler ce mot : « Robespierre..» Tout ce qu'il se sentit la force de dire Ait qu'un « homme, égaré %am doute,,.* j> Il s'ar^ réta ici, évidemment troublé. Eh bien, quel crime avaitil commis, cet honmio éiraré? — Hébert rappela que cet . homme avait détendu lîamille Desmoulins i A l'égard d'autfes noms , il fut moins hésitant. 11 dénonça les ministfes. Paré et Defoi <(ues; il appela Westermann ce un monstre couvert d ni)|iiohre, » et il termina par ce cri, qui allait être son arrêt de moi l : « L insurrection 1 Um, l^mauireclion I » De vifs applaudissements accompagnèi)Sttt ces paroles. Ëtait-ce Teffort du voyageur effrayé quj, traversant un bois pendant la nuit, chante pour se donner du cœur. Ce qui cat certain , c'est que , pendant et après le discottrs.d'Uébert, on apenjut des a visages allongés. » Vimoent ne put s'empêcher d'en Êiire la remarque; et, « afin de démasquer les înlrigants , » dit-il , il fit une ruudr, accom|i;iijii<' des (•uiiniiibsaii'c^ ('puialeurs , apiès ayoii* demandé que chacun mît sa carte à sa boutonnière ^
' Voyez, pour ceUe iiapui Urnle séance, le MoniUm\ an U (1794), n° 167.
jIO niSlOlUE DE LA UÉVOLUTiUiS (l7Ui).
L'espoir des Hébertîstes fut amèremenldéçu. Paris ne
bougea pas. Désespérés, ils essayent d'etilraîner la Oom* mune; et, conimo députés de la Section île Ma rat, ils courent déclarer à l'Hôtel de Ville qu^ils resteront deboul et tiendront ]a Déclaration des droits voilée, jusqu'à ce que les ennemis du peuple soient exterminés. On les écoute d un air glacé. Ghaumette piuiiunce quelques paroles évasives ; louche est absent *.
Pendant ce temps, le Comité de salut public, le bras prêt à frapper, lançait Barère à la tribune de la Conven* tion, pour demander qu'on recheri les conspiiaLeurs ; et cette nioLiun, appuyée parTallion, était adoptée
Parmi les membres du Comité de salut public, un seul tenait aux Hébertîstes : Collot^*Herbois. Mais leur isole* jiK nt roffraya; il se sentit perdu s'il embrassait leur que* relie. Tout ce qu'il osa fui d'aller entretenir les Jacobins d'une prétendue a^qtation populaire qu'on savûit bien ne pas exister. Le but de GoUot, dans cette extrémité, était d^amener entre les deux clubs une réconciliation qui détournât le péril. Carrier facilita la solution, en assurant que la séance des Cordeliers avait été mal rendue • par les journaux, qu'il ne s'était agi que d'une insurrec* lion œnditionnelk; et là-dessus les Jacobins nommèrent une députation que Collot-d'Herbois se cliai *>ea de conduire*.
Elle fut accueillie par les Cordeliers avec de grands applaudissements. GoUot-d'Herbois monte à la tribune :
les applaudissements continuent. Lui, prêche l'union entre les deux sociétés, flétrit les scélérats qui veulent les diviser : « On parle de s'insurgeri dans quel moment ! Quand Pitt , embouchant la trompette de Daniel , prophé-
' ConseU général de la Gonumuie, séance du id ventéee (6 mars). * Séance du 16 ventôse (S mm), Mcnileur, an 11 (1794), n" 167. ' Séance des Jacobins, du 16 ventôse (6 mars). Moniteur, an H i\lU),
FIN DE l'hÉBEIITISML. 511
lise une insurrection en France ! On a voilé les Droits de
Vhomme, parce que deux întKvidus ont sonfîert ânm la
Hévohiliui). \.hl queh sont les p^itrintcs <|iii nnnl nm souffert? » Puis, avec cette éloquente uiélodrainatique qui lui était propre : « Droits sacrés de l'homme, s'écriet-il , vous avez été voilés... Ah ! si j'étais plongé au fond d*iin cachot, mon àiiie se consolerait, en vovanl ces Droits ininiorlels : voudrais-jr It s miiLniijjler, couverts d'un voile funèbre? » De bruyantes acclamations lui répondent. Hébert explique que, par insurrection, il a voulu dire union plus inlirne avec les Monta<iiiards , les Jacobins et tous les bons patriules, pour obtenir pislice eonire les traîtres et les persécuteurs impunis. L'accolade est donnée à la députation, au milieu des cris de Vite la BépubUilmf Ôn déchire le voile qui couvrait les Droits de rhoiiiiii(\ e( , en siiitic (le l'ijitri jHtt', on le remet afolif»!d'Ilerbois, qui l'emporte, comme un ti'opbée à ^uonLrer aux Jadobins \
^ La 'défaite des Hébertistes était complète, irrévocable,
et rendue plus triste encore par la Ih iiIc (Tune espèce de rétractalion publitpie. Collot-d'llerbois , qui v ivait le (^osuilé tle salut public décidé à sévir contre les chefs, les aiifthdoiiiia. Dans le cômpte rendu qu'il fit aux Jacobins de iMi visite, il condamna en ces termes ses alliés de la veille : « Poui quui h'e5,i-on servi de cette couleur iiuii e? C'est la couleur de l'iiypocrisie et du mensonge. Tous les ecëtirs la condamnaient »
le 23 ventôse (13 mars), Saint-Just parla; et, pendant la nuit , les chefs du p.ii li liéhertiste , Ronsin , \ aicent , Hébert, Momoro, Ducroquet et Lauuiur, fureui arrêtés».
f SéftBce des Jacobios, du 17 ventôse (7 mart). MonUeur, an H (1794), !!• 171.
* Ibid., du IS ventôse (8 mars). Moniteur, an H (1794), n* 172. s MonUiur, mil (1794), n* 17e.
313 HISTOIRE DE LA IIEVOLUTION (i794j.
11 était empreint d'une grandeur funèbre, ce discours deSainl-Jusi. ^uilé autre harangue de lui n'avait montré un plus extraordinaire mélange de probité inexorable, d*exaltation contenue, de fanatisme et de tristesse : « ... Quels amis avez-vous sur la terre, si ce n*cst le peuple, tant qu'il sera libre, et la ciguë, dès qu'il aura cessé de l'êti^e? — La probité est un pouvoir qui défie tous les attentats. — Nous vous rendrons un compte honorable des périls dont nos devoirs nous auront environnés. Les conjurés bravent la vertu; nous les bravons eux-mêmes. — Agrandissons nos âmes pour embrasser toute l'étendue du bonheur que nous devons au peuple français : tout ce qui porte un cœur sensible respectera . notre courage. On a le droit d'être audacieux, inébranlable y inilexible, lorsqu'on veut le bien. — Les temps difficiles passeront; l'Europe sera libre à son toiic; elle sentira le ridicule de ses rois; elle honorera nos martffg. — Oue voulez-vous, vous qui ne voulez point de vertu pour èlre iieureux? Et vous, qui ne voulez point de terreur contre les méchants ? Et vous qui , sans vertu, tournez la terreur contre la liberté? Et cependant vous ét^s ligués; cartons les crimes se tiennent, et forment en ce moment une zone iorride autour de la République. Que voulez-vous, vous qui courez les places publiques^ur vous faire voir, et pour qu'on dise de vous : Foii4u4ifi(|^ qui parle? Voilà un tel qui passe I Vous voulez quitt6r' le métier de votre père, qui fut peut-être un honnête artisan, dont la médiocrité vous lit patriote, pour devenir un homme infllient et insolent dans l'État. Vou^ pl||îip||: vous qui courez à la fortune et qui chercher an boiatoi à part de celui du peuple ^ ! »
Les conclusions de Saint -Just ne concernaient que les Hébertistes; mais, à l'égard des indulgents et des
» Moniteur, an U (1794), n» 174.
FIN DB l'oÉBERTISXE.
corrompu$^ la menace grondait d'un bout à l'autre du discours, sous chaque parole. Un mol terrible, surtout dans une telle bouche, était celni-ci : ot Des mesures
sont déjà prises pour s'assurer des coupables; ils sont cernes ^ »
Il proposa, et la Conyeotion adopta unanimement, une série de dispositions dont l'extrême rigueur pouvait
s'expliquer par les circonstances, si ce n'est celle-ci, que PHisloire se doit de flétrir : « Ouicoiique recèlera chez lui ou ailleurs les individus mis hot^ la loi, sera puni comme leur eompliceS x>lfalheur à qui ne serait pas assez honnête homme et assez homme de courage , pour être capable du crime d'hospitalité envers un pi oscrit ! Il y a quelque chose qui est au-dessus, même du salut public, c'est la consdence humaine.
.Billaud-Yarenne, absent depuis quelques jours , était de retour. Ainsi que les Héberlistes, il voulait la Terreur, mais comme moyen de gouvernement, non comme inslrument d'anarchie. Leurs tentatives de soulèvement l'irritèrent, et ce fut lui qui se chargea d'aller expliquer aux Jacobins les motifs du coup que le Comité de salut public venait de frapper. Il annonça que le but des conjurés était d'égorger une partie des prisonniers ^ qu'une liste particulière avait été dressée de ceux qui devaient verser le sang du peuple ; que des denrées avaient été enfouies dans le sacrilège espoir de mettre les Parisiens aux abois; que des hommes de l'armée révolutionnaire avaient été déjà consignés ; qu*une fausse patrouille avait été chargée de massacrer le poste placé à la prison de l'Abbaye ; qu'il entrait dans le plan des conspirateurs de se porter à la Monnaie, au Trésor public, et de distribuer aux rebelles les deniers de la République; que la conspiration avait
« Moniteur, an II (1704)» 174.
* Ibid.
314 lIlSTOiRE DE LA. nÉVOLCTlON (1794).
été prédite tout récemment , à l'étranger, et qu'elle étendait ses ramificalions dtms rarint'o*.
Les Cordeliers étaient rassemblés , lorsqu'on leur apporta ces nouvelles; et quelques-uns d'entre eux, Chenaux, Aneart, avaient déployé beaucoup de courage en parlant de leurs amis a r)|)primés. » Le rapport des dél.ni> donnés ailleurs par Biiiuud-Yarenne pioduisit sur le club une impression d'étonnement, suivie de marques nombreuses d'incrédulité. Hais comment faire triompher rinnocence, avant que raccusaleur jiihfic eût parlé? La question était qu'il fût invité à s'expliquer sans retard. Les Cordeliers avaient déjà pris un arrêté dans ce sens : ils y persistèrent *.
Le même jour, Robespierre avait reparu aux Jacobins. Sa grande o\{.érience de la marche et du jeu des partis lui faisait prévoir que la contre-révolution, masquée sous d'hypocrites dehors , chercherait à envelopper dans le désastre des Hébertistes nombre de patriotes trop ardents mais sincères. Aussi n'hésila-l-il pas à intervt nir en faveur de Boulanger, celui qui avait encouragé Hébert à s'exprimer sans crainte sur le compte des puissants du jour. c< Quand un homme, dit-il , a toujours agi avec courage et désintéressement, j'exige des preuves convaincantes pour croire qu'il est un traître... Le plus grand de tous les dangers serait de rapprocher les patriotes de la cause des conspirateurs'. » Cda était aussi habile que généreux. 11 ne put en dire davanta<^e, ses forces trahissant sa volonté*.
Sur ces entrefaites, une nouvelle étrange se répandit.
* Séance des Jacobins, du 24 venlôse (14 mars). Moniteur, anJi (1794), n» 178.
* Moniteur, au li (1794), n» iTO.
^ Séance des Jacobias, du 24 venlôse (14 mars). Moniteur , an II (1794), n» 178.
* Ibid,
FL\ DE L UÉBËRTISMË. 515
Le 35 ventôse (15 mars) , le Comité révolutionnaire de la
section Lepelletier dçcouvrnit un nommé Catus, ex-commissaire des guerres, desliiué, provenu d'émigration, et à la recherche doquei on 'étail de[mi8!qiielqiie temps. II avaii trouvé asile. . / où? dan» rap)>artoaié»t de Hévanlt' dei Séclielles. L'homme est an ùLc aussitôt, conduit eorps de g:ir<lf' voisin; et là ne tarde pas à se présenter, suivi dti^éputé ^inioxid , de Catits : Hérault de Séchelies hti^liaêm^é*. Ils demandent à commimiffaer aveo leprisen-» nier, et, pour obtenir d'être admis auprès de lui, ils exhibent leur tiUe de représeïilants du peuple ^ lout cela parut inexplicable aux a rdenlsret^soujpQOiineiUL' «évoluationtolim delaî Sèétion. Us informent à' la hàteiidefce qui> vîéStd^avoir lieu le Comité de salut public, dont Hérault do Sirhelles avait cessé depuis peu de laire partie; et, sââs^ {>lus larder, s Wmant du droit à&ai rinveslissail» nà'déânstr dtt SIS brumaire 1795 (lâ novept>i^)>^ le €o* i»âtëltààee< lin mandat d'arrêt contre les detii #eprésen-'
A Taspect de sendjlables chutes, qui ii>'eùt'JÊri880nné?^ . Car (Kifin, ee Hérault -de Séchelles qu'ont envoyait rejoins dns^lMiéefhlisties entassés aii Lupiembourg, c^ît hii qui avait rédigé la Constilulion de 1793; lui (pii av;iit préside ia (Convention au dernier anniversaire du 10 août. 11 amt eu sa partdek tâiite^iasanee^reliil ^iimvMt usé pour foire désarmer les suspects et annuler leurs passe* p^s'.- Quatre mois s'étaicuL ecouléb à peine, depuis (pie, proLonsul dans le Haut-Rhin, il se vantait d*y ayoir,relevé ie sans^ulottisme^ préparé la f été de ia RaisoÉ, organisé
* Procès- verbal du V.om'aé révolutionnaire de la Section Lept'llelier.
Lxvi des pièces a la i?mte du Rapport de Saladin, au nom de la Commission des vingt et mu — Bibliothèque historique de la li^vol,, 1097, S, 9. firiiish Muséum.
* If* LXtt des pièces à la suite du Rapport de Saladio, etc. làid. » Momteur, «a U (1 793), n« 1 7.
316 HISTOIRE DE LA nÉVOLUTIOlf (1794).
la Terreur \ Dénoncé, pendant son absence, par Bourdon (deFOisc), comme ami de l^ereyra, de Duboisson et de Proly, — a<2^eiils de roli'an<^^er, disait-oii, — il avait eu dans Coullioa un défenseur animé*; lui-même, à son retour, s'était justifié d'une manière pathétique'. Hais , à partir de ce moment, il semble qu'une ombre se soit répandue autour de lui. Au Comité de salut public, ou le vit réclamer avec larmes la liberté de Proly*, (ju'on venait d'arrêter dans un cabaret, sous le déguisement d'un cuisinier Certains secrets du Comité de salut public furent divulgués; les papiers diplomatiques du gouvernement reçurent une publicité qui était un malheur et provenait d'une trahison : où trouver le coupable? Les soupçons des collègues de Hérault de Séchelles le désignent; Billaud-Varenne laecuse formellement de ce manque de foi et, juste ou non , la défiance du Comité à son éi^ard devient telle, qu'on ne veut plus délibérer en sa présence ' : ' ce qui rendait sa démission nécessaire et l'amena. L'abîme une fois ouTert aussi près de lui , pour Py précipiter, que fallait-il? Un seul faux pas. 11 le fit; et Saint-Just courut en instruire la Convention, imjiaLient de montrer qu'aucune téte, si haute qu'elle fût, n'était à la hauteur de la loi , et que les actes du Comité de salut public sui-
* Voyez sa lettre du 1 frimaire à la GonTenlion. Moniteur, iali (1793)^
- Séance tlu '26 frimaire (10 décembre). Moniteur, an II (1793), n' 88. 5 Séance du 9 nivôse (50 dikenibre), Moniteur , an il (171^3), n° 100. • * Ra]iport de Saint-Ju>*l, Mu?iiienr, an II (1794), n» 179.
* Séatice des Jacobins, du venLùse (19 févriei). Moniteur, an II (1794), n* 156.
* Les aiateurs àdVSittùirepmimeniairêt t. XXXI, p. 34, citent une noie qu'ils disent provenir de la diplomatie étraDgère, et dans laquelle on prétend que c^était BiUaud-Varenneqiii trabisrait, et que son but, en accusant Hérault de Séchelles,- fut précbément de détourner de lui-même .les soupçons. Pour établir un fait aussi invraisemblable, quand il s*agitd*uii homme tel que Biliaud- Va renne, que vaut une note anonyme?
f Rapport de Saint-Just. Moniteur, an U (1794), n* 179.
FIN DE L'HÉBEnnSME. 317
vraient ses paroles aussi fatalement que la foudre suit l'éclair'.
Les détenus du Luxembourg? accueillirent bien Hérault de iSëcbelles, mais non pas Siinond , prélre constitutionnel, auquel ils reprochaient d'avoir dit, en pleine Assemblée, qu'il fallait que les dàenm dllassent grossir te limon de la Loire, mot féroce qui Jui valut parmi eux le surnom de Simond- Limon \
Cependant les diverses sections de Paris venaient, coup sur coup, féliciter la Conyention d'avoir échappé au péril d'une insurrection criminelle. Un des orateurs s'étant avisé d^exhaler sa joie en couplets patriotiques» Danton
* Nfuis avons dit avec quel acharnement les écrivains royalistes font partir de la main do Robespif^rre tous les coups frappés pendant la Révolution . î.a biographie de Hérault de LSechelles {Biographie universelle)^ par M. Beugnot, fournit un curieux et tristp pxomple de ce système. L'auteur, qui \eut absoluuieiil que Robespierre soit {»uui t^nelque chose dans le malheur de Hérault de Séchelles, nous dit que, pt^iulaiit que ce dernier se défendait à la Convention, a Robespierre lui lançait des regards farouches.» n est dommage que rautair, qui n'était pas là, ne nous apprenne point du même coup de qui il tient ce détail. — Ibie enfin, puisque Robespiene éUitdécidé à perdre Hérault de SécheUes, comment expliquer que son défenseur ait étéCouthon? — Cette objection, qn*îl prévoit, parait endiarrasser ^ un peu Fauteur de lalnographie, et voici comment il se tire d^embarras. « RobeaiûeTre, dit-il, permit que Hérault fût défendu par Goulbon. Le moment de le perdre n'était pas encore arrivé. » Inutile d'ofas^er qu*il n'y a ps de tout cela la moindre preuve !
* Pour se justifier, il écrivit h la Convention une lettre de laquelle il résulte que Catus avait été commissaire des guerres h Tarméc des Alpes, et envoyc d'^puis par les représentants ou le général d armée devant Lyon au Comid (!«' salut public, lequel Tautorisa dans une mission à lui confiée par lemirnslere des affaires étrangères près la république de Mulhausen. Simond ajoute, dans celte lettre, qu'il ne s'est introduit auprès du détenu qu'après avoir obtenu du corps de garde Tassurancc qu aucun ordre ne s'y opposait, (Voyez le numéro 68 des pièces k la suite du Rapport de Saladin.) Voilà ce qui fait dire h H. Tilliaàmé, dans son HitUnre de la BévobUim, t. IV, p. 25, que rhomme dont il a^agissatt n'était pas un prévenu d^émigration, et que la Convention vota, sur la simple allé^ion de 3ain(4ust, «qui était mensongère. » N. Tilliaumé se trompe* Gatiis.avait été detUtutéi et il était recherché comme pfétsenu d^émi^nUiaà^ Le procès-verbal du Comité révolulioonaire de la section Lepelletier est formel sur ces deux pointa.
s'écrie^ indigné^ qu'on ne doit pasi changer en tréteaux la salle et la barre de la Convention. Un décret fut rendu
sur-le-cliainp pour prévenir le renouvellement de paieilles indécences
Les Hébcr listes étaient vaincus : de toutes parts on les , renia;'La portion de Tarmée révolutionnaire restéeà Paris affecta de se réjouir bien haut du malheur de Ronsin, son chef Une députation des Cordeliers fut ret^ue aux Jacobins avec une hauteur méprisante^ et ne recueillit de sa démarche que l'humiliation d'entendre dire à Du* fourny : « Deux baisers ont été donnés entre les Cordeliers et les Jucubiiis, an troisième, nous ^lovions élre poignardés^. » Avoir marché dans les voies d'Hébert, même avant sa levée de boucliers, même de loin, on sous Tempire d'autres pensées, était devenu un crime. Cbaumettie, quoiqu'il eut refusé de suivre jusqu'au bout son substitut, fut arrêté. Mazuel, commandant de la cavalerie révolutionnaire, mis une première fois en liberté ^ , se vit replongé dans les cachots. Clootz, exécrable iniquité ! le pauvre Clootz se trouva, lui aussi, être un conspirateur, parce qu'il avait fait quelques démarches pour savoir si une dame, que Tespoir d'une alliance avantageuse avait attirée en Angleterre, était, oui ou non, sur la liste des émigrés*! En quoi donè la mgneuT du Comité de salut public différait-elle ici de la tyrannie?
Mais, comme c'était conti*e les ultra-révolutionnaires qu'elle s'exerçait, loin de s'en plaindre, le parti opposé poussait à la roue de toutes ses forcés. Danton, il est vrai,
* Séance de la Convention, du 26 venlose (16 raars). t
* Séance des Jacobins, du 29 ventôse (19 mars). Moniteur, an II (1794), BC 184.
* Séance des laôolNnst du S8 tenldie (18 mars). ■ ■
* Moniteur, wnU {im), n* HL .
« Voyez le procès deallél)erti8te8y t. XXXI de VHi$toir$ parUmenlaire, , 579-380.
FIN DE l'hÉRERTISME. 319
$'éiudiaU à Dp |ifi& laisser : voir sa maio dutis.ciatttioiiwer meni ] et pept-ètre sa réserve, née d'uB rgrttiHl.fonâs de
lassitude, était-elle plus sincère qu'on ne croyait; mais ,tel ayajt été > loug^ç^ips 1 cciat.dç rôle, qu'aa attrir J)uai|t ^;parti pri&4e s'eKaç(9i: /lax calculs d'iim politique profonde. Il paraissais si singulier que Sanlooimamquât (l'audace! Qu'importait, d'aillcins, (jii'il se tînt sur i'arrièrc-plan quand les sieus souuaienl la charge / ùiUKci. «"ons prét^x^,d'extir|]^ Jusqu'aux 'd9rmères;rai^^ de ,J\'4iét)0rLjsme, ne vigaient pas à gioii» qti/à ■émt%&t dé leur route quîpon que leur faisait obstacle et à faire tourner au profîf, soît de leur prupre politique, soit de leur propre donHuation, la victoire que |^ Comitéiide^isalut publie Tenait 4e remporter. BpudMte J^ gôqâit^iiii immtâr«id(e la guerre : B»»Sial, Lacroix, Tallien, mullipljère»tî'W)iitre lui les all.upu^s La G*>iiim!me les in(|iin''fait : Hoiii-don (de 1 Oisej lui fit un crime de^ou peu d empressement à féliciter l'Assemblée, et emporta un décret qui ordoiHiiât ihix 40M:s C)omités de jsalut public et de sûreté générale du procéder, sans retard, à 1 cpuiaUou dos autorités cou- ^^it^^!^ de Paris ^ , - i * », r f
; Paf 1,63 Dantonist^^, un seiil parut tenir une mtf}i|î|e opposée jk celle des «autres : ce fut ItantoRk ïïimff "prouvait-il une fougue si propre à tout compromettre!? Songea-t-il à se mettre à Tabii d'un résultat luiieide, in- ' diqué par sa clairvoyance? Ou, J^ien^ :en était-i] .yann* à -|Kf^4^r quViiix impfie8sions>4u.9nainiea^9 0t;à WRlieyliians dessein arrêté^ les inspirations tour à tour violeiftes et géih'rcd.sos dt' son Ame? (le qui est ctiiUia, r'esf (|ii'il se pprla pûA;^' défenseur d^ii^t(,«(^ que> $oi^ parti liais<i994i.l#;|M^^ semontrantifiDsi |»lu8prQinpt À;|^roté^er eoi»emis qu'il ne Payait été là protéger ses pro- -
^ Séaace de la GonveiitioD, du 30 ventôse (SO mm)* * Séance du 39 ventôee (19 mars).
320 uisToiRË DE Là révolution (1794) .
près amis, Phîlippeaux et Camille. Ce fut une scène
touchante. I.n (lomniunej I^'^che en léte, élnnt venue présenter ses congratulations à l'Assemblée, et Ruhl, qui, en ce moment^ la présidait, ayant exprimé quelque surprise du caractère tardif de cette dëjmarche, Danton releva ce que la réponse avait de sévère, disant qu'elle risquait d'être mal jnterprëlée^ et qu'il fallait épargner à la Commune la douleur de se croire censurée avec aigreur, a Je vais m*expliquer àla tribune, s*écrie Ruhl. Viens, Danton, viens, mon cher collègue, occuper le fauteuil à ma place. — i\ou, vénérable vieillard, répond Danlon, tu l'occupes trop bien. J'ai parlé, non contre loi, mais sur l'effet possible de ton discours mal compris. Pardonne-moi, je le pardonnerais moi-même une pareille erreur. Vois en moi un frère qui a exprimé librement son opinion. » Ruhl, tout ému, courut se jeter dans les bras de Danton, et ils s'embrassèrent au milieu d*un attendrissement gé^ néral ^
C'était là une haute leçon de tolérance, de sagesse du moins. Malheureusement, ceux à qui elle semblait s'adresser n'étaient pas en état de la comprendre. Les Dantonistes reprirent leur mouvement offensif ; et, le lendemain , en l'absence des membres du Comité de salut public, l'infatigable Bourdon (de l'Oise) surprit à l'Assemblée Tordre d'arrêter Héron , l'agent le plus actif du Comité de sûreté générale
Héron n'était pas connu de Couthon, qui ne l'avait jamais vu ; il ne l'était pas davantage de Robespierre ; et . cependant, prévenus de ce qui se passait par le Comité de sûreté générale, qui tremblait, s'il se laissait couper le bras, qu'on ne le frappât bientôt à la tête, Robespierre et Couthon se rendirent en hatc à rÂssomblée, où, sans
* Séance de la ConveDUon, du 29 ventôse (19 mars).
• Ihid. , du 30 ventdse (SO mars)
FliS DE L ilÉfiERTlSME. 321
se porter personnellement garants de Héron, ils obtinrent 1 annulation du décret lancé contre lui ^
Héron iigurait parmi ces tyrans subalternes dont le ministère s'exerçait dans les bas-fonds de la police révolutionnaire, loin des regards du Comité de salut [)ublîc.
Le pouvoir qu il ^( r\;ul directeuienl étnitci lui du Cuinilé (id sûreté générale, (] n'animait contre Jîulxjspierre une sourde inimitié % et celui-ci ne pouvait s'y tromper. Son intervention, en cette circonstance, n'eut donc rien qui se rapportât à Héron lui-même, ce qu'il prouva du reste par la naluie dtb euusîdéiatioits, puieiuent générales, qu'il développa. Sa crainte était de voir les Bourdon (de l'Oise)-, les iacroix, les Tailien, protiterde Foccasion pour envelopper tous les patriotes énergi(]ues dans la mine de 1 1 Icbertisrae. et faire ainsi de l'extinetiuii de ce parti la point de dépai't d'une leaciion qu'il pressentait ne devoir être que le règne de la Terreur en sens inverse. Parlant des conspirateurs qui venaient d'être désarmés : c< Comme ils se cachaient sous le masque du patriotisme, dit-ii, un croyait lacile de ranger dans la cla^ae des laux patriotes, et, par là, de perdre les sincères amis de la lîl^rté. Hier encore, un membre fit irruption au Comité de salut public, ei, avec une fureur imposable à rendre, demanda trois tôles Ww (|tii av.iiriit-Hles été (l(Mnandées, ces trois têtes? liobespierre ne nomma personne; mais il désigna le membre qu'il s'abstenait dénommer, comme appartenant à une faction im[)atiente de fonder sa duniiiialion sur les débris de la faction akilhie, et cela aux dépens de la République \ « iNous sommes pie&sés entre deux crimes! » s'éeria-t-il ; et delà Convention il se rendit aux Jacobins, où il ne fit qu'<'j>ancher, sous
* Séance de la GoiiTeiitioD, du 50 ventôse (20 mars). '
* Voyeiy plus haut, le cbapitre intitulé la Terreur, .
* Séance de la Gonveiitioii, du 30 vontôse (SO mars).
* Mi.
s. SI
7)22 HISTOIRE DE LA IlÉVOLUTION (1794)
une forme plus sombre encore^ l'inquiétude qui l'obsédait
Ce jour-là commença le procès des Uéberlislca. A Ronsin, Vincent, Hébert, Momoro, Bourgeois, Ducroquet, Mazuel, Ancar, Laumur, on avait joint le banquier Kock, l'amphitryon ordinaire d'Hébert*; Ijoclerc, du parti, mort niaînlenanl, des enrarjh; Desfieux, accusé d'avoir reçu de Fargcnt de Tex-minislre I^brun pour inlercepler les dépêches des Jacobins'; la femme du général Quétineau, Proly, Péreyra, Dubuisson, et enfin, ô deuil 1 le plus dévoué des enfants adoptifs de la l raiice, le pauvre Aiiacliarsis Cloolz. Des indices, d'ailleurs très-frivoles % semblaient suffisants à Fouquier-Tinville pour indpliquer Pache dans cette affaire ; mais le Corail» de salut public en jugea aulremenl\ Pourquoi Carrier, qui avait le premier parle d'insurrection, ne fut-il pas traduit devant le Tribunal révolutionnaire, en compagnie d'Hébert? Dans le Comité de salut public, Carrier avait contre lui Robespierre, et pour lui Collol-dHerboîs, une affreuse solidarité liant les mitraillades de Lvuii aux novades de liantes. Ce qui sauva sans doute alors le tyran de la Loire, ce fut la nécessité des concessions mutuelles au sein d'un pouvoir qui, dÎTisé, périssait.
Le procès des Hébertistes dura Irois jours, et ne présenta, comme presque tous les procès politiques, qu^une parodie de la justice. Les charges produit^ contre les accusés, sérieuses à l'yard des uns, furent, à l'égard des autres, d^une futilité scandaleuse. Cloolz, par exemple,
• Séance des Jacobins, du 1*' geniiiiial (21 mars).
' Yovcz le procès des Hébertistes, re[)roduit du BulLetin rèvoluLionnaire, dans Y Histoire parlementaire^ t. XXXI, p. 396. > Ibid„j^, 391.
* Voyez le nun^ro XVI des pièces à Tappui du Rapport de SeUdia. BO^théguehUUfrique de la Hévolution, 1097, 9* 0. BritishMiiseiim.
. > Voyei, h ce sujet, le mémoire imprimé de FoiHjnier, cité dans le Rapport de Saladin.
FL\ DE l'hÉBERTISME. 52 O
se vit imputer à crime d'avoir voulu savoir si une femme, à laquelle il s'intéressait, fi/^^urait sur la liste des émigrés ' . Pour établir l'existence de ce qu'on nommait la « conspiration de l'étranger,» on transforma en preuves de vains propos, des démarches imprudentes, d'anciennes relations avec des hommes déclarés traîtres depuis, et ces repas du banquier Kock où Camille Desmouli'ns avait montré «Hébert et sa Jacqueline buvant le vin de Pitt*. » Même contre ceux des prévenus que la vérité condamnait, Fouquier-Tinville s'était armé de la calomnie, leur supposant le dessein de substituer à la Réj)ublique un pouvoir monarchique^ Mais ce qui fit l'horreur de œ procès, ce fut d'y voir des hommes de bien confondus avec des voleurs, et Cloolz assis à coté d'un Ducroquel, auquel un membre du club des Jacobins reprocha le pillage d'une voiture chargée de comestibles*; sans parler d'Hébert, qui fut couvert d'ignominie, une femme élant venue raconter comme quoi, recueilli, en ses heures de détresse, chez une personne généreuse, il avait tout à coup disparu, emportant des cols, des chemises, et jusqu'à des matelas'. Le malheureux! c'était lui qui avait fait décider qu'après trois jours de débats les jurés .pourraient se dire éclairés suffisamment : il ne prévoyait guère alors que cette dure loi lui serait appliquée ! Marie- .Anne Latreille, femme de Quétineau, se déclara en- .ceinte et obtint un sursis*. Laboureau, un des accusés, espion du Comité de salut public au Luxembourg, dut son'
• Procès des Hébertistes, ubi supra, p. 580.
« Numéro V du Vieux Cordelier, p. 97. Collection des mémoires re- Jatifs a la Révolution.
é vy\7'' de Fouquier-Tinville. Histoire parlementaire,
l. A A Al, p. oOo.
* Déposition de Brochet.
l S^r'^/r.?v ^'^^«'^«^î^i^gr^' fen^me de Dubois, imprimeur. . Dufey (de 1 Yonne). Dictionnaire de la conversation, art. CLOon.
acquittement à sa bassesse ^ Pour tous les autres, le châtiment futlamort.
Cloolz marcha au-devant de son destin, le sourire sur les lèvres, en vrai philosophe, aussi plein de foi que lorsqu'il s'écriait à la tribune des Jacobins : «L'univers sera un temple qui aura pour voiile le firmament* ; » et aussi doucement moqueur que lorsqu'il répondait à ceux qui, de son culte enthousiaste pour Phumanité, concluaientà son peu d'attachement pour la France : «Beaucoup de têtes étroites ressemblent au locataire d'un appartement qui dirait à son propriétaire : Tu n'aimr^ pas ma chambre, car tu n'aimes que ta maison». » t.nlendant ses compagnons d'infortune qui se reprochaient l'un à lautre leur malheur, il leur cita gaiemenl les vers si connus :
Je rêvais celle nuit que, de mal consumé, ^ Côte à cote d'un unmx Ton m'avait inliumé; Et que, Wessé pour moi d'un pareil voisinage, Kn mort de qualité, je lui lins ce lau-a^e
Cloolz avait le courage du philosophe : Ronsin déploya celui du soldat. A Momoro, il : « Qu^est^îe que tu ' écris là? c'est inutile. Ceci est un procès politique. Vous avez parlé, quand il fallait agir... Mais le temps nous vengera ; le peuple vîctimcra ses juges. J'ai un enfant que j'ai adopté... quand il sera grand, il poignardera ceux qui nous auront fait mourir ; il ne faut pour cela qu'un couteau de deux sous.» A Hébert, qui se lamentait sur ce
1 Un rapport de lui sur ce qu'il avait vu et entendu pendant sa détention fui trouvé parmi les papiers de Robespierre. . « Moniteur,, n H (1795), n-» 57.
' Appel au genre humain, par Anacharsis Clooiz, 770,0, I. mtfwtthèque hisloriaue de la Révolution. BnU^li Museuin. ^
Mémoires de moufle, p. 69. CoHcclion d« mémoirts pdftUfo * la Révolulion,
¥1^ DE l'hëbertisuë. 525
que la liberté était perdue : «Tu ne sais ee que tu dis ; la
liberté ne peut périr ^ »
L'exécution des Hébertistes eut lieu, le 4 germinal (â4 mars), sur la place de la Révolution. Un concours procîi*;ieux de citoyens remplissait les rues par où le cortège devait passer. Quand il parut, des applaudissements retenlireut mêlés au cri de Vive la République* ! Livide et se soutenant à peine, Hébert s'avança vers la guilloline^ au milieu des huées. On lui criait, par allusion à Testampille de son jouniiil : « Eli bien, père Duchesni , où sont tes iounieaux'?» Rousin avait |iroiius de ne [ra^ hrainhct'; il tint parole. Clootz fut admirable de sang-froid. 11 voulu? être exécuté le dernier, afin, disajt-il, d'avoir le temps de constater certains princif)es, pendant qu'on ferait tomber les téli's dt's autres coiidiimnés .
Des changements rapides suivirent celle exécution. L'année révolutionnaire fut licenciée\ A la Commune, reconstîtuéfe presque entièrement, Fleuriot Lescot remplaça Pachc, (.111(1 is (ju'à Tayan, sous le rKim (Vayent national^ étaient conliées les fonctions qu'avait exercées Gliaumette Uuant aux Cordeliers, ils cherchèrent à se mainleâif , en recourant à l'épréuvé de l'épuration. Hais leur rôle poli Uquc était lin i : ils disparureul de la scène.
* Ces détails touchant Ronsin sont tirés du Rapport de LabourcaUy cité dans les Mémoires sur les prisons^ t. 11, p. 72-îa.
- Moniteur, an II (1794). 5 germinal.
^ .Mercier. Le Nouveau PariSf t. V, chap. ccxi.
* Dufey (de rVonnc). Bioijrnphie de Clootz.
* Décret du 7 gernimal (27 mars).
' • 9 germinal (29 mars).