CHAPITRE X
PUULLa ET MOUT DES DAKTOMSTES
Opposition Danloniste. — Les rO|alistes rencouragent. — Sages avertissemonts donnés à Caniille par ses amis ; lettre de Fréron ; Brune h (i<'jctinpr chez Camille. iNuméro VII du Vieux Cordelier; violentes attaques quil l'ontient, — Doctrines c ontraires d(! Sainl-Just et de Camille Desniouhns, relalivenifMil à l'idéal révolutionnaire. — Tendances épicuriennes de Camille; ascelisnie de Saint-Just: rigorisme plus mitigé de Robespieire. — Mauvais livres prêtés par Camille à la soeur de la fiancée de Robespierre. — Puritanisme excessif de Robespierre; laisser-aUer cynique de Danlon. — Causes d^éloignement entre eux ; on cherdie i les rapproeher; leur entrevue ditersement racontée. — C^estBiUaud^Virenne qui propose de (aire mourir Danton; fiirenr et cri de RobeSpiefre i cette idée. — i*eKéeution d^Hébert saluée avec joie par les Dantonstis; leur aveuglement sur ce point; mot cruel de Camille. — Le Dantonismc de« Tenu» par la fatalité môme de la situation, Tavanl-pirde du royalisme. — Progrès et danger de ropposttion Dantoniste; le Comité de salut public s'en émeut. — Saint-Just pousse Roliespierre à abandonner Danton. — Griefs contre Danton tirés de ses anciens rapports avec Dumouriez ; ce qu'il V eut de louche dans ces rapports; soupçons admis comme preuves: là fui Tmiquité. — Robespierre consent à abandonner Danton. — Notes fourmes li Saint-Jusl. — indices alarmants. — On avertit Danlon. — Son engourdissement. — 11 se répand en bravades, au lieud'ajzir. — Arrestation de Danton, de (Camille Desmoulins, de Piiihppeaux. — Lettre de ce dernier à sa femme. — Les Dantonisles en prison. — Stupeur dans Paris,
— Protestation de Legendre; réponse de Robespierre; Legendre recule.
— Rapport do Saint4ust contre les Dantonistes; vote de TAssembUe. — Mot de Danlon h Lacroix : « U fout tâcher d^émouvoir le peuple. • — Lettre touchante de Camille Desmoulins à sa femme. — Désespoir de Lttdle; ce <|ue son désespoir lui conseille; noble atlitude de la jeune femme de Danton. — Lettre de Lucile k Robespierre, inachevée et non envoyée. — Admirables adieux. — Langage de Danton dans sa prison ; Fabre d'Églantine ne s'occupe que d'une comédie qull craint que Billaud- Varenne ne lui vole. — Chabot s'empoisonne; on le rappelle à la vie: mot touchant de lui h propos de Bazire. —Les accusés devant le Tribunal révobitionnaire. — Le greffe composé de Dantonisles. — Dispositions de
. FoQquier^Tinviile. — Physipnoçii^ du jlirj,— r ï tmt il li iage des jurés?
— Demande de Fabre iiyuslemenl repoussée; sa défense. — Discours ' Téfaéml^t de Danton ; impression produite. — Intenogaloire de (laniille, de Lacroix, de Philippeaux, de Westermann. — Belle réponse de Philippenux. — J\pim d%»ntpndre comme témoin'? sehn iiwmhvfs rie In Cou- M'iilioii ; juiipiilr (le rr ifftJS. — • Alldioncc i ir;!i;ruî.e liu là geiini iKtl . — lIuniiiML'*' iimhIu |i:ir Ihiiiti'ri ;i riioinnHct i' (rilrrin;inn. — Lotlrc J'iierniaiiii et (II' Fotiijuici' ;ui (!(iiiiiU.' de |nil)lii.'. — Deiioiit'talioa de La-
UotLe.— iaiiiL-Juiït tiompe Li CoiivcuLiuii ibur i'alLitude des accusés devant le Tribunal. — Décret ordonnant la mise bprs des débats des accusés ' qui i^isteronfou insulteront à la justice. '—^ lÀ femme de PhUippeaux ' * dlmiilldé''h'|Hi^ftre M h bèrre. ^ mh|um BiHïnid-Vareniie vent qti^i^e ^jmifse; pourquoi Bokennerre ui poso^ ^JjBff.Jiiréi se' dédaréiit sp^Bsiimi^iii éclairés. — indignation jdes accu^râj oi^^es Jait^^portir. ^ UB dàlèrînîaa les jures. — Mot furieux do Irïnchard. ^ CondaminoH àik DyîMiMlites: Ntite crilîqaé. \ ^ ! ' < ^ ^
Pondant la lulfe eno'açrée contre les n» niveaux Cordcli^S, les Danlonistes avaient poursuivi leur niouvcinenl dlg^f^y^aTèc tme àtitût dé mute h émouvoir k Gomité
d'accusadon, Danton avait doînainh' <|(ic Taccusé et ses compagnons d'inlortuite fusseal enteniius à la barre, de- BiMMb^àkquellc Billaud-Varenne répondit par cette exdMtitteii tei^rible : et Mulhèinr à celui qui a siégé à côté Af'fabre et qui est encore sa dupe ! Il a trotnp)^ fes meillcms patriotes*. » On .sait (|uelle fut la décision de l'Assemblée. Ce vote était resté comme uii liait empoi- 0ltti"difâsl Ic^ toUr aé Bvrt(^,' ét Gamille atail ldissé illiappët'^^c^ 6ëèèi\m «lié {Mtréfè a^^re l U hè&MU
lie Siilnt public nu'l la ('nnv(Miti(ni on conpi' réglée*! >i* " • Calmer ia Révolution était certes une courageuse et ^Miè Dtitl^riàé, itiaisqfii^iigéait beaiicbifp depMldeiïGe IIIÔ^'4ii^lr]^)ongatioli du combat lài^Miit la victdire
in( Cl laine. Wim de mieux que de mettre le gouvernement reYolulioanaire en garde contre ses propres excès;
< Mûniiivr, an II (1794), n* liS.
* Uémoim de Uvaueur, t. lit, chap. t.
328 uisTomB de la RévoLtmoM (1794)«
mais il y allait alors du salut de la Révolution et du salut de la France, qu'on s'abstint de tout ce qui pouvait affaiblir l'unité de Taction révolutionnaire, et désar»
mer ou décrier un pouvuii" aux prises avec l'Europe entière.
Là fut Técueil de l'opposition Dantoniste. On vit Bourdon (de l'Oise) s'acharner à la suppression immédiate du
ministère de lii /T^nerre, au risque de dcsorg«'ïniser le service des armées; on vit Philippeaux, doiil Choudiou avait pulvérisé les dénoncia tiens \ les reproduire avec une obstination lamentable; et, pendant ce temps, Camille Des* moulins reprenait, non pas la plume^à demi repentante d (111 ( tait sorti le numéro V du Vieux Cordelier, mais la piume aussi téméraire qu'éloquente, bêlas 1 qui avait tracé le fatal numéro lil.
Quant à Danton, il semblait vouloir se tenir à l'écart, fréquentait peu la tribune, et se montrait, tantôt latigué de lâ tourmente, tantôt incertain sur la route à suivre, Mais, en appuyant les attaques de Bourdon (de TOise) ; en provoquant l'examen de la conduite des fonctionnaires publics; en appelant les Comités révolutionnaires à rendre compte de leurs opérations, il avait éveillé des alarmes qu'enflaient sa renommée, son importance révolutionnaire et le souvenir de son audace. Autour de lui, d'ailleurs, se groupaient tous ceux qui, sur la Montagne, inquiétaient le Comité de salut public, les Thuriot, les Lacroix, les Merlin (de Thionville). Moins circonspecte, son influence eût été jugée moins dangereuse. Il avait . beau chercher un doux abri dans l'amour que lui înspij ait sa jeune femme, et parler de vie paisiblcj Je repos, d'heures pleines d'oubli parmi les arbres et les fleurs : ce qu'avait de réel et de profond cette lassitude d'une nature
* Rapport de Ghoudien tw la Vendée, présenté leiSpluviôM (d février) 1794.
fougueuse échappait à ses ad?ersaires, combattant» non
encore fatigués; et ses ;imis i(Mi(];iipnt sa sincérité suspecte, en courant au-dcv.iut ti une lutte qui, sans son appui,'eût été- insensée et semblait impossible. La vérité est qu'ils comptaient sur lui : «Danton dort, disait CSamille Desmonlins, c'est le sommeil du lion ; mais il se réveillera pour iioub défeiidre »
£t puis, par une conséquence naturelle de la situation, ce qui était arrivé déjà aux Girondins arrivait aux Dantonisles. Charmés d'avoir de tels hommes à opposer au *rouvernement révululiuiiiiaire, It s l uvalibles se pressaient derrière eux, les encourageaient, les poussaient en avant, le» compromettaient sans retour. Us se répandaient en folk»'déiiionstralîons de joie sur ce que la fin de Tâge de 1er ajipi'nrh.tif ; sur ce que la licvululiuii pcsiil à ses jtromiers, à ses plus impétueux apôtres, à l'énergique Uanton,' part exemple, et à cet ardent Camille, qui avait pris leikmi — ils s*en souvenaient — de Procureur général de la lanterne. Quel triomphe pour env que d'entciidic ce dernier comparer le régime nouveau, que lui-même, pensaient-ils, avait tanf ronlriliiié à établir, au- règne éxéorabter et exécré de Tibère 1 Àussi les sollicitations affluaient,-mêlées à des témoignages de gratitude. Que ne poursuivait-il sa glorieuse enUcpiise? Uuoi ! la suite de €e Credo politique^ promise à la ùn du mens de décembre, on VatlteBdait encore 1 Pourquoi ce long silence,. dont s'affligeaient les honnêtes gend ? Allons, conrage, couragel lil lui, qui, ];;ir'r»' que son Hluaire Desciiiic ne pouvait suffire à la vente de ses numéros, se croyait appuyé de toute la France % lui, troublé^ exalté, fasciné, n'apercevait -btenidistinctement que l'honneur du rAIe' fatidique pro* posé à son enthousiasme î
* Correspondance inédite de Camille Desmoulins, publiée par M. Matton aillé, p. 17 (1836).
* Ibid,, passim.
5d0 HISTOIRE DE LA RÉVOLUTION (1794).
Non que les avertissementis sévères manquassent.
De tous les amis de Camille, pas un qui lui fèt plus
lendremcnt attaché qiu' l iéion, lequel correspondait avec lui et avec sa l)ieu-aimée Lucile, dans les termes d^une intimité charmante. Ds avaient un langage à eux, et des noms inventés par Tamitié. Fréron, qui, à la maison de campagne de madame Duplessis, belle-mère de Camille, prenait ^rand plaisir à jouer avec des lapins, s'appelait JLoptn; Rouleau, c'était Lucile; Melpomène, citait madame Duplessis ; Marins, c'était Dantob^; Bmili* Beula, e'ctail Camille \ Or voici ce que Lapin écrivait, de Toulon^ à Rouleau: « Je m'aperçois qu'on vous chagrine, et que Camille est dénoncé par les mêmes bommes qui m'ont poursuivi aux Jacobins. J'espère qu'ittriniphara de ces attaques. J'ai reconnu sa tou^ohe originale dans quelques passages de son journal; et moi aussi, je suis un des vieux Cordeliers. Adieu, Lucile, méciiante diablesse. Votre serpolet est^-il oueilli? Je ne tarderai pas, malgré toutes vos injures, à implorer la faveur d'en broutémiabs votre main. — Post-scriptvm : Mille choses à ton vieux loup-loup... Dis-lui qu'il tienne un peu en bride son imagination relativement à des comités de clémence; ce ierait un triomphe pour let * ooi^e-^^liUiofi*' naires ' . »
Brime, ami de collège de Camille Desrnoniins, fut du nombre de ceux qui coururent le supplier de mettre plus de modération dans le tableau des malheurs -du temps* Comme fi ne répondait que par des plaisanteries :. ce le ne saurais m'empôcher de t'admirer, lui dit le futur maréchal de l'Empire. Cependant sois certain qu'avec plus de modération tu feras un bien véritable, tandis qu'en continuant tu te livres et ne sauves rien... » Brune avait été
^ Cerrespondimfiê inéMU de CamUe IhmmtUns, publiée pir H. Vatton atné, p. 16 (1856).
« fWct.» p. SOS et StO.
PAOCÈS £T MOAT DES J)Atm>NIST£$
invité à déjeuner. On se init à table. Camille était Irèsaniiiié. 11 comptait sur l^i union putiiique, sui > aniis : <x IN'aveK^vous pàs entendu la voix éloquente de Phtiippeaux? Dànton dort, mais il se réveillera. » £t Lueile de l'embrasser, de l'encourairer par toutes sortes de paroles douces sut lies d'une àiiie iuUépidti ; « Laissez-le faire, Brone, ]aissez-le faire, il doit sauver son pays; laisses-ie rem{»lir sa mission, » Camille, tenant son petit fiorace sliir^sé^'^^oux, disait gàiemeiit : ce Edmnui eê MmmÈ;
crus enim moriermir ^ »
Le sort eu était jeté. Il remit à lihraire le manuscrit du nUtnëro YII du Vieux Cùt'delier. Qml M reffiroi de IMséHilé! la preitilère pàiiiè' de cèt ëeirit; s^ite A la profession de foi de l'auteur, contenait des attaques d'tme viuleuce tîxtième, non plus seulement contre Hébert, — il vivait èneore, — mais c^Aitre Collot-d'llerbois, contre BnrMV èf^ntre lë « pou^oiif ^orbitàtlt W du: Comité de s^ut public, contre les comités révolntionnairé^' : « Tj» liberté, c'est la justice, et jamais Néron ne hi a\ a la jmdeur jusqu'à faire colporter et crier dans les rues 1 arrêt dëliiM dé'Britàtlnicus\ Ltt libérté, c'est rhumaiBité^ et je eilèis'Cfb^«fne nê^ cdÉfdèftnne'1^9 la mère de BaniaTe« après
un voyage de cent lieues fait malgré son <;rai!d âge, à frapper'en vain pendant Imit jours à la porte de la Condij^èHè ]pëùir pàriel^ à sbn fiis^ -^lèieiM)ié que la lilierté riS^ifiiSéfbnd pbiM là^fefiifliié? Mmère^dla ciMipàbteaBec le coupahlc iui-ni(Mii(' ; car iNéron no mettait point Sénèque au secrei> li ne le séparait point de sa chère Pauline*. — Je crois que jamais Gommode, Héliogabale,
* Voyez, pour plus de détails sur coUe scène inléressn nie, la CorreS" pondance inédite de Camille Iksmoulins, publiée par M. Mattoa aîné, p. 16 et 17.
* Suite de mon Credo politique, dnns les Œuvres complètes de Camille Vesmoutins, publitM-s [far M. Matlon, t. Il, p. 162.
* Œuvres co7iipU'Us de Camille Uesmoulins, p. 162.
Caljgula, n avaient imaginé, comme* les comités révolutionnaires, d'exiger des citoyens le loyer de leur prison,
et de leur faire payer, comme h mon beau-père, douze francs par jour les six pieds qu'on leur donnait pour lit ^ — Je crois que Tibère et Charles IX allaient bien voir le corps d'un ennemi mort, mais qu'ils ne faisaiait pas au iiiuiiis troplH'o (le son cadavre, et ne disaient pas, le lendemain, comme Hébert : « Entin, j'ai vu le rasoir national séparer la téle pelée de Giistine de son dos rond *. »
Tout cela était nobienienl senti, écrit en caractères de feu ; et quelle âme bonnéte pourrait ne pas être en tout cela de l'opinion de Camille? Mais, pour être juste et ne pas ibumir aux ennemis de la Révolution des armes empoisonnées, il aurait dû rapprocher du tableau des crimes qu'elle couva celui de ses impérissables bienfaits et des actes héroïques dont elle fut la source. Pour être juste, il aurait dû rappeler quels transports sacrés excitait alors, soit dans la Convention, soit au sein même du Tribunal révolutionnaire % le triomplic de Tinnocence reconnue, et avec quelle spontanéité attendrissante, avec quelle effusion de cœur, TAssemblée venait d'abolir Tesclavage\ Et il aurait dû ajouter que les caprices, gratui* lement féroces de Commode, d'Héliogabalc, de Calig nia, n'eurent d'autres causes qu'un ^oïsme dévorant, lojrgueil en délire, la frénésie du pouvoir absolu, tandis que les excès révolutionnaires naquirent d'une résistance qui, légitime dans son principe, ne devint
« Œumrf, complètes de Camille Deimaulim, p. 164.
* Ibid., p. 165.
* Voyez, plus haut, le chapitre intitulé la Terreur,
* henssem, qui demanda Tabolition de Tesdavage, était le neveu d^un riche coUm, par lequel il mit été dédiérilé, pour avoir en ta préeénoe flétri le trafic des noirs. (Toyeiles Mémmret de LaHUteur, t. III, chap.
furieuse que par Timmensitc de l'attaque et du péril.
D'ailleurs, Cnmille Desmoulins ne poiivail ii^iiorcr la consternation où son éloquence, généreuse mais trop peu mesurée, jetait les patriotes. Lui-même a raconté commenty à la fausse nouvelle qu'il avait été rayé du club des Jacobins, les trois quarts de ses abonnés étaient allés chez Desenne effacer leurs noms, de peur (Vètre suspecU d'avoir lu\ £t c'est lui aussi qui nous apprend que le numéro V, contenant sa justification, ne fut pas lu par cent auxquels il s'adressait, les patriotes pauvres, parce que, impatient de mettre à profil la vogue extraordinaire du journal, Desenne faisait payer chaque numéro vinj^l sous^. £t, dès lors, il ne restait à Tauteur qu*un public royàlbte!
Dans le numéro VII, intitulé le Pour et le Contre, ou Conversation de deux vieux Conlelicrs, Camille Desmoulins rendait à la liberté de la presse un hommage immortel. Mais quel redoublement d'amertume dans ses attaques! Quel mélange d'inspirations magnanimes et de provocations! Quels funèbres défis lancés coup sur coup, et à ce Comité de sûreté générale qui a embastille la tiédeur, » et aux membres qui le composent, « figurants eumânides, x> et aux « frères terribles » du Comité, Vadier, Youland, Amar, Jagot; et à ce Héron, écumeur de pavés, coiiiiiiis officieux dans la Sainte-Hermandad, qui, comme la Dubarry, ne fait pas sauter deux oranges en disant ; Saute^ Chmeul l tmite'y Prja$linl mais prend, en guise d'oranges, des poignées d'assignats et dit : Saute, d^Eglantine ! santé, Camille /» et à ce David an<|uei « une éruption d'orgueil a mis la Joue de travers, grand peintre à l'âme de Louis XI, qui n'a entassé tant de monde dans
< Numéfo vu do Vieux CaNlelier.
* ff Le prix exorbitant da cinquième numéro est ceuse «ju^ancun sâns- «ttlotte n*a pu le lire. » (Numéro VI dn Vieux Cordelier,^, iSS.) Collection des Mémoires relatifs à h RcTolation,
334 uisTOiRB i>e là nÉvoLurion (1794).
les prisons que pour parvenir & asseoir son c. sur un fauteuil de maroquin vert. ^ »
Robespierre, du moins, est-il ménagé? Celui-là, Camille Desmouliiis ne l'appelle, il est vrai, ni nn écumeur de pavés ni un Louis XI; mais il le classe dans la catégorie des gens à propos desquels. Cioéron disait : c< Si tu -ne vois pas ce que les temps exigent ; si tu parles inconsidérément ; si tu te mets en évidence; si tu ne fais aucune attention à ceux qui t'environnent, je te rei'use le nom de sage, ineptm me didtur*, i> Il le compare à Caton,qui, en poussant le Jansénisme de républicain phis loin que les temps ne le permettaient, ne contribua pas peu au renversement de la liberté, il se reproclie de ne lui avoir pas fait tète : « Robespierre fît preuve d'un grand caractère, il y a quelques années, à la tribune des Jacobins, un jour que, dans nn moment de violente défaveur, il se cramponna à la tribune et s'écria qu'il fallait l'y assassiner ou Tentendre i mais toi, tu fus un esclave, le jour où tu souffris qu'il te coupât si brusquement la parole dès ton premier mot : «Brûler n'est pas répondre'.» Robespierre avait mis à Tordre du jour des Jacobins la discussion des vices du gouvernement anglais ; Camille Desmoulins se moque de Tinutilité de pareils débats : ccQu'estroe que tout ce verbiage?... » Et, s'attachant au discours juoiioncé à cette occasion par Robespierre : <( Quoi ! c est Jiobespierre qui, s'est tant moqué de Clootz, voulant municipaliser l'Europe, qui se charge de son apostolat et veut démocratiser le peuple anglais? Car, enfin, tout peuple dans ce cas, et surtout une nation iière
* CEuvrei complètes de CamilU DemauUns, publiées par M. Matton aine, numéro VU. Voyez p. SOG Stl.
^ Épigraphe du liuméio VII du Vieux CordeHer. ^ Vçjei le numéro VII du Vieux Cordelier, tel qu'on le trouve dans les Œuvres eompUUs de CamiUe Desmoulins, publiées par M. KattonaiBé,
comme rAngleteire, quds que soient les vices de sa ConsUtotîon, dit, comme la femme de Sganarelle à Robert :
« Et moi, si je veux qu'il me batte? » Et c'est Robespierre «jui oublie ainsi le discours profondément politique, en- U^^nnnî. irréfutable, qu'il prononça au mois de décembre i19i, loirs<iu'il opinait contre la guerre! C'est Robespierréqui oublie ce mot énergique qu'il disait alors : « Est-ce quand le feu esta noivv iimi^oii qu'il laut l'aller a c^^indre chez les autres ?. . . » i^iit dut bien rire en voyant que cet hcmime, qui rappelait^ lui, Pitt, imbécik et um Utev à Ift séance du 10 pluviôse, aujE Jacobins, estd^i-ti menif*, Roliespierre, qui s'y prend si lueii puur rali'efmir dims.le miiiibièi'e et donner uû pied de nez à Fox, à iShéridan et à Slanhopa M » ^ i , > . ^. . ' r.
n ^i4l[iogiq^ede GamiUe Desmoulins était ici en défaut': il n'y avait nulle contradictions vouloir, en 1791, qu'on lit tout pour éviter la guerre, et à demander, en 1 794,— lâ1fuer^e•une foisengagëe et poussée par Pitt avecfinreur, THqtf OBI fit tout pour accabler Tennemi. Mais Robespieire avait bnmilié son ancien camaradede collège Camille par des formes de piolectinn lro[) hautaines, et Camille ne l^aitt pas joublic : c< Oserais-tu bien laire de semblables fiflMM^ementsy et rendre à K<d)espierre le ndicuie qu'il verse sur toi à pleines mains depuis quelque temps;*?» Luc chose étonne et centriste dans ce numéro VII du Vieux Cordeliei\ oà se font entendre si souvent les baliMnents d'un noble c(Eur: c'est l'éloge de Cuffroy, éditeur AktJilRffirèux. .journal intitulé; le Bmgiff. Est*ce que ce Guffroy, sur l'autorité de (jui Camille Desmoulins marque Héron d'un fer rouge , et qu il a|)pelle « notre cher Rougiffet, cet excellent patriote à chçyeax^blancs'; » est-ce que ce Guffroy n'avait pas écrit, en parlant de
' « IhuL, y. 205 eiwit. .
356 HISTOIRE VK LA nÊVOWfVM (1794). .
Charlotte Gorday : « Les complices de cette guenon n*ont pas tous été rasés comme elle : ils le seront; pas vrai,
Chariot^?» Est-ce que de sa plume ^ trempée dans le sang, n'élaKîiit pas loinbëes des phrases telles que celleci : <c Allons , dame guillotine , rasez de près tous ces ennemis de la patrie. Allons, allons, pas tant de contes ! Téte au sac* I » Qu'avait dit de plus le Père Duckeme?
Si Danton fut consulté sur Técrit dont nous venons de préseiilcr une rapide analyse, rien ne le prouve, bien qu'on lise dans des notes fournies par Robespierre à Saint-Just : a Danton a corrigé les épreuves du Vienx Cordelier; il y a fait des changements de son aveu*. » Ce qui est certain, c'est que Desenne recula devant la publication d'un manifeste qui ressemblait si fort à une déclaration de guerre. Il n'osa imprimer la suite du Credo politiqney et, quant au septième numéro, il en retrancha ou y modifia tout ce qui avait rapport, soit aux Comités, soit à Aobespierre\ C'est peu : ce numéro aurait dû paraître, à en juger par sa date , le 15 pluviôse (3 février), et il ne vit le jour qu'après la mort de Tauteur. Si le secret de ce qu'il contenait fut gardé ou trahi, on l'ignore; et qu'importe? Camille n'avait fait qu'exprimer la pensée d'un parti dont les tendances et les projets ne pouvaient plus être un mystère.
La plupart des historiens ont mentionné la fameuse phrase de Desmouiins sur Saint-Just: c<On voit dans sa démarche et son maintien qu'il regarde sa tête comme la pierre angulaire de la République , et qu'il la porte sur ses épaules avec i^espect comme un saint socf^emeut.»
' Le Rougiff, numéro TII.
* Ibid., nninéroiaV.
* Manutcrit publié par M. Louis Dubois, p. S5. '
* C*est ce que nous apprend Téditeur des Œuvres de CamiUe Desmouiins, M. Matton, dans Touvrage duquel on trouve une version complète du numéro VU du Vieux Cordelier, avec indication des changements que Desenne jugea nécessaires*
Pradhommey 60 citant cette épigramme, ne parle pas du mot prêté à Saint*Just : « Et moi, je lui ferai porter sa tête cmiiiiie un saint Denis*. » Il n'en est pas davantage question dans les notes que Camille Desmoulins rédigea kti-méme au fond de sa prison, bien qu'il y rappelle son propre mot> et qu'il dise: a J'ai mis Saint- Just dans un iiuniéro rieur ; il me met dans un rapport guillotineur \ »
Il serait puéril de nier la part que prirent aux événements de la Révolution les passions humaines déchaînées; mais ne pas iiiclU l' vu relief le lien qui si souvent y fil dépendre le choc des passions de la lutte, bien autrement profende, des idées, serait indigne d'un historien sérieux et philosophe. Entre Camille et Saint- Just, il y avait toute la distance qui, chez les anciens, sépara la doctrine d'Ép icure de Taustère pliilosniiliic que professèrent Zenon, Chrysippe, Athénodore de Tarse, Ëpictète, parmi les Grees^ el, à Bome, Caton, Sénèque, Thraséas, Marc Auvèle. >
« Je crois, écrivait Ca nulle, — et en ceci la grâce charmante de son style n'était que rornemenl de la raison^ -^jà crois que la liberté n'est pas la misère ; qu'elle ne oMaittèfKis à avoir des habits râpés et. percés aux coudes, comme je me rappelle avoir vu Holr.nd et Guadet affecter d'en porter, ni à marcher avec des sabots'.» Il voulait que la République tint à la France cette promesse de la pmh^nt pot pour tout le monde que la monarchie lui avait faite en vain depuis deux cents ans*. Il souhaitait que la Convention pût se rendre ce témoignage : a J'ai
« Prudhommc, Histoire impai Liale des erreurs, des faulea el des cri' tnescommis pendant la Révolution française, t. U p. 146.
* Voyes le livre de H. Hatton, p. S55 et
' Nmnéro TI du YieiuB Cordelier, p. ISO et 131. CollecttoD des moires relatib à la Révolution française.
s. Si
338 HISTOIRE DE LA nÊVOLOTIOOT (1794).
trouvé la nation sans culottes, et je la laisse culottée ^ » Déjà, dons sa LarUeme aux Parinem^ il s'était écrié:
«Comment ! plus de Palais-Royal ! plus d'Opéra ! plus de Méul V C'est là rabomi nation de la désolation prédite par le prophète Daniel ; c'est une véritable contre-révolution » Et, comme il aimait h revenir sur ces idées riantes 1 ce A AUiènes, Solon fut proclamé par l'oracle le premier des sept sages, quoiqu'il ne fît aucune dillicuitéde confesser son penchant pour le vin, les femmes et la musique. . . Et ce divin Socrate, un jour rencontrant Alcibiade sombre et rêveur, apparemment parce qu'il était piqué d'une lettre d'Aspasic : c( Ou'avez-vous, lui dit le plus ^rrave des a mentors? Auriez-vous perdu votre bouclier à iu bataille? « Avez-vous été vaincu dans le camp à la course ou à la c( salle d'armes? Quelqu'un a-t*il mieux chanté ou joué « de la lyre que vous à la table du c^énéral? » Cç trait peint les mœurs. Quels républicains aimables^ ! » ^ - ' Loin d'être anti-républicaine en soi, cette douoe phili^ Sophie ne pouvait que gagner à la République beaucoup de SCS adversaires, tous ceux qui donnent pour Iml à la vie la poursuite du bonheur ; mais, aux yeux du sombre SaintrJust) elle avait le tort irrémissible de ne pas tenir assez compte de ce qui , selon lui, constituait la véritable base d'un gouvernement républicain : la vertu. D'autant que Camille n'était pas homme à s'arrêter sur la pente de ses pensées, témoin cette attaque violente dirigée contre Chaumette : le crois que c'est l'adroite politique du parti de l'étranger, qui, se parant d'un beau zèle pbilr la régénération des mœurs, sous Fécharpe d'Anaxiifiroras, fermait les maisons de débauche en même temps que celles de la religion^ non par un esprit de philosophie qui, comme Platon, tolère également le prédicateur et la
* numéro Ifl du Vieux Cordelier, p. 125. » Naméro Vn, p. 150 et 15i«
PROCÈS KT MOIIT DES DAKTO.NISTES. 559
caurtisane, les mystères d'Ëieusis et ceux de la bonne
Déesse, qui reganle également en pitié Madeleine dans ses deux états, ;i sa croisée ou daiLs 1b coil^'e^^io^mal ; mais pour mullipiier les ennemis de la Révolution , remuer la boue de Paris, et soulever contre la République les libertins et les dévots. C'est ainsi qu'une fausse politique ôtaît à la fois au gouvernement deux de ses plus grands ressorts, la religion et le relâchement des mœurs \ »
V U y avait loin d'une doctrine qui faisait du relàchemient de$ mmirn un des plus grands ressorts du gouvernement aux. principes t^ue professait Saint-Just, lorsi^u*il disait :
: La République n'est poiiit un sénat, elle est la vertu\ — Bronzez la liberté*. — Nous tous parlâmes du bonheur : régoïsme abusa de celte idée pour exaspérer les cris et la fureur de l'aristocratie ; on réveilla soudain les désirs de ce bonheur qui consiste dans l'oubli des autres, el dans la jouissance du superflu. I^e bonheur ! le bonheur! s*écria-t-on. Mais ce ne fut point le bonheur de Persépo- Hs que nous vous olTrîmes : c'est celui des corrupteurs de l'humanité; nous vous offrîmes le bonheur de Sparte et -d'Âthèfies danff ses beaux jours, le bonheur de la vertu, de l'aisance et de la médiocrité. Nous vous offrîmes pour bonheur la haine de la tyrannie, la volupté d'une cabane •et d'un champ fertile cultivé par vos mains... Le bonheur que nous vous offrîmes n'est pas celui des peuples corrompus. Ceux-là se sont trompés, qui attendaient de la Révolution le privilège d'être aussi méchants que la noblesse el les riches de la monarchie. Une charrue, un champ, une chaumière à Tabri du fisc, une famille à
* Yojez la suite du Credo politique de Camille Desmoulins» dans ses OEupres complètes, publiées par M. Matton, p. 167 et 168.
* Rapport du 8 ventAie an H (26 février 1794). Hittmre parlementaire, t. XXXf, p. 304.
Fabri de la lubricité d*an brigand, voilà le bonheur\ »
Do son côté, Robespierre avait dit : « Le ressort essentiel du. gouvernement démocratique, c'est la vertu *. » Et toutefois ridcal rigide de Sainl-Just n'était pas tout à fait eelui de Robespierre; car ce dernier ajoutait : « Nous ne prétendons pas jeter la République française dans le moule de Sparte ; nous ne voulons lui donner ni Taustérité ni la corruption des cloîtres*. »
On Toit en quoi ces trois hommes différaient. Difficilement la morale tolérante et facile de Camille Desmoulins se serait-elle conciliée avec 1 à|>re ascétisme de Saint- Just; mais, contenue dans les limites de la décence et soumise à son contrôle, elle eût pu trouver grâce devant Robespierre.
MallieureusoiiKMil , il lautle dire, re.vtrôme légèreté de Camille Desmoulins n'était que trop de nature h laisser voir le côté dangereux de cet épicuréisme qui, dans les pages littéraires de sou Viem Cordelier^ n'apparaissait que vêtu de pourpre et d'or. Un jour que Robespierre était alist [il de la maison de Duplay, Camille y entre. Il avait un livre sous le bras. Âu moment de se retirer, il le remet à la plus jeune des filles du menuisier, en la priant de le serrer et de le lui garder. Lui parti, Élisabeth entr'ouvie curieusement le livre; c'était VArétin^ orné de gravures obscènes. A son retour, Robespierre remarqua que la jeune fille était troublée. U l'interroge, et, apprenant ce qui s^était passé, il pâlit : ce Oublie cela, dit-il d'une voix émue à la tille Je son liôte, à la sœur de sa fiancée. Ce n'est point ce qui entre involontairement par les yeux qui souille la chasteté, mais les mauvaises
« Rapport de Sainl-Jutt sur les factions de i tWanyer, t. XXXI de VHiU&ire parUmmUUre, p. 346 et 347.
* Rapport de HobetpierremrlesprineipetâemoraU poUUque. Haiâ,, p. 371.
» /Wd., p. 373.
PROCÈS ET MORT DES DilNTONISTES. 341
pensées qu'on a dans le cœur. J'averlirai Camille \ i» Or il y ayaii un homme qui, bien plus encore que ce dernier, compromettait la cause de la tolérance : c'était
Danton. Capable des senlimenls non-seulement les plus nobles niais les plus tendres, Danton ne pouvait manquer de passer pour vicieux, par cela seul que, comme Mirabeau, il était un a fanfaron de vices. ^ La licence énorme de ses propos le décriait naturellement aux yeux de quiconque ne vitvail pas que cet étalage de corruption, tout en paroles, n avait rien d'absolument inconciliable avec lin cœur généreux, une intelligence élevée ; et cela, nul n*était moins' en état de le comprendre que Robespierre, esprit Sans souplesse, quoique sagace, et éiroit à force de rectitude. Le passage suivant d'un de ses nianuscrils expliqué de reste Téloignement qu'il dut éprouvèr pour Ddnlon : <c Quand je montrais à Danton, écrit-il, le système de calomnie de Rolaiidet des Brissotins dévelo})pé dans tous les papiers publics, il me répondait: « Que
m'importe ? Topinion publique est une p , la postérité
une'dottise. Lemol de vertu faisait rire Danton. CoiAment un homme à qui îoufe idée de morale était étran^ïère pouvait il è(i'«^ le défenseur de la liberté'? » GeLle conclusion, SI sévère, tirée de quelques boutades auxquelles il eét peu probable que Danton attachât un sens littéral, quoi de plus caracléristiqne? Une assertion de lui qui choqiiail aii^>i l)L"aucuup llobespierre, et dont son <'\lrème puritanisme lui faisait mépriser la valeur pratique, c'était'Celle-ci : « Ce qui rend notre cause faible, c'est que
* Ce fait est rapporte dans V Histoire (ks Montagnards. Nous avons écrit à notre ostîmablp ami, M. Alphonse Esquiros, pour savoir de qui il tenait celte anecdote car;!! tt ri4ique. Il nous a répondu : h De madame Lebas» » c'est-à-dire de la personne même à laquelle la chose était arrivée.
* Manuscrit de Robespierre, publié en 4841 par M. Louis Dubois, |j. 10. — C'est la réunion des fragments qui:ïei \ueiU uu Rapport de Saint-Just eontre nanton.
la sévérité do nos principes effnroufhe beaucoup de monde ^ » 11 est vrai que les i m pu la lions ne se bornent point là, et il en est de réellemeat graves, du moins m apparence, comme quand Robespierre dit, lui qui n'é-' lait certes pas homme à invonLcr un l;iit de eetle nature — : « 11 y a un trait de Danton qui prouve uue àme ingrate et noire... Dans ma dernière visite, il me parla de Desmoulins avec n) épris : il attribua ses écarts à un vice privé et honteux, mais absolument étranger à la Révolution*. » Le trait eût élé en effet d'une àme ingrate et noire, si Danton /eût parlé sérieusement ; mais qui ne sent que Robespierre a pu et dû prendre ici pour une accusa* tion en règle ce qui, de la part de son inlerlocuteup, n^ér> tait, selon toute probabilité, qu'une plaisanterie eviiKjLie?
Quoi qu'il en soit, ces deux hommes étaient trop diversement remarquables pour se pénétrer Tun l'autre et s'en* tendre. Vers la fin de ventôse , leur éloignement était devenu tellement marqué, que leurs amis communs eu prirent alarme. Sur l'inilialive de Daubigny, adjoint au. ministère de la guerre, on songea a les rapprocher ; ei. Humbert, chef du bureau des fonds des relations étran*gères, les invita l'un et l'autre à un dîner où se trouvèrent, indépendamment de bau])!frny, Panis, Legendre, le ministre Delorgues, et Boursier, administrateur des subsistances militaires'.
De ce qui se passa en cette circonstance, il existe deux iculb difféienls : un de Prudhomme, qui ne paraît pas avoir été au nombre des convives, et un autre de Daubigny, qui, défendu dans une circonstance critique par Robespierre, et arrêté, après le 9 thermidor, comme Robespierristc, se déchaîna contre la mémoire de 6oa protec-
* }fau Hiirrit de Bohcipierre, publié en 1841 , par M. Louis Dubois» p. 10.
» Und., p. 7.
* Lettre de V. Daubigny à liilbud-Varennc, dans la Bibliothèque /lù/orique de la Révolution, 947, Brilish Muséum.
leur dès qu'il le vil abatlu, cl se munira Daiiloiiisle exallé âu plus loi t de la réaction Dantonistc ^
t Selon Daubigny, ce fut lui-même qui provoqua une explicatMm entre les deux grands tribuns, en exprimant <^uiubien leur iiu sintellifrence étnnii:iil et désolait les amis <ie la patrie, Sur quoi Danton, pienani la parole, déclara que la haine avait toujours été étrangèitii à son ccéut; qu'il ne pcmvair comprendre l'indifTérence que Robespierre lui témoignait depuis quckpie temps, indifférence provenant ^ans doute de la haine que lui portaient SainUlust et fiiUandi>Varenne : le premier, parct^ qu'il lui ^avait re* prodiéde professer à son âge des principes sanguinaires; le seeofid, parce qu'il l'avait obligé autrefois. Il protesta
( OM(r*» les mcnsrniges répandus roiuer riafit Taccroisse* mej^ ile &a iortune. 11 se })laigQit de la crédulité de Uoliespievrey entouré, dit-il, de sols et de commères qui lui assombrissaient Timagination, à force de l'entretenir de complots, de poison et de [loiiinards. «Je sais, poursuivit-il, quels sont les projets des deux, charlatans dont Je t'âiifttrlé; mais je connais aussi leur làeheté. Ils n os^ HMotf^.. '<!roi8-moi, secoue rintrigue, véunis4oi t aus patriotes, serrons-nous... — Mais, réporulit Robespierre, avec ta moiïde et tes principes, il n'y aurait donc jamais de coupables?»» S'il en faut croire Daubigny, Danlon a»» rail^répliqué vivement : « fin serais4n fiché? » iDaubqiaf ajouile>:r^« fia réconciliation néanmoins parut. complète». On s'eiidu.'issa. DmdIoh y niît de relïiision. Nous étions louSiém U8« > M^bcspiierre seul pesta froid comme le marr bre *, »
Ce récit présente des traces d'inexactitude. D'abord, la
^ Dans le procès de Fouquicr-Tinvillc, qui fut la revanche de celui de Danton, nul ne déploya pins <lo violence contre les R<^spierriste8 quereiftobespierriste Vilain-Daubigny.
* LeUre de V. Daubigny h BiDaud-Varenne. Bibiioihèque kiêlorique ds la Hévolution, 947, 8. Brilisb Muséum.
344 HISTOIRE DE hk RÉVOLUTION (1794).
répuiise allrihnéc à liolx'spierre : // //'// aurait donc jamais (le coupables à punir ? ne se rap])orle guère à ce que Daubigny met dans la bouche de Danion. Ensuite, 8*il est vrai que le premier resta froid comme le marbre, on ne s'explique pas comment la réconciliation put paraître complète.
La version de Prudhomme est celle-ci :
Les amis de Danton voulurent le réconcilier avec Robespierre, et l'ancien locataire de ce dernier fut chargé de donner, au Marais, un dîner de réuiuon. Ce fut Daubigny qui arrangea ce rapprochement. Danton diL : a il faut comprimer les royalistes, mais non confondre l'innocent avec le coupble. » Robespierre, fronçant le sourcil : « El qui vous a dit (ju'on ait envoyé un innocent à la mort? » Robespierre sortit le premier. Danton dit alors : « F....,, il faut nous montrer; il n'y a pas un instant à perdre *. »
Entre des récits aussi contradictoires, la vérité n'est pas facile à saisir ; mais ce qui est hors de doute, c'est que la pensée de frapper Danton ne vint pas de Robespierre, elle vint de Billaud-Varenne, qui s'en est vanté depuis : « Si le supplice de Danton est un crime, je m'en accuse. J'ai été le premier à le dénoncer*. — C'est moi qui, dans le Comité de salut public, ai dénoncé Danton. Voilà ce que je prends pour mon propre compte', n Mais quoi ! porter la main surDanton,sur Camille Desmoulins, la Révolution ie j)ou\.iit-elle sans s'ouvrir la poitrine et s'arracher le ccBur? Rien qu'à l'idée d'un pareil suicide,
* Prudhomme, Histoire générale et impartiale des erreurs, des fautes et des crimes de la Révolution française, t. 1, p. l ^f'î oi 147.
* Séance du 12 IVuctidor. Discours de Billaud, cité d in^ Laurent I.fcointre an peuple français, etc. BiblioLhèque historique de la Hévolu- Uon, iïÙOy 1101. British Musoum.
* J. N. Billaud à ses concitoyens, p. 4. Bibliotiiéque historique dt lu Hévolutionf 1100, 1101. British Muséum.
PROCÈS £T MORT DES DANTONiSTES. 345
qui n'eut frémi? La première fois que Billaud-Varenne émil celle proposilion sanglante, « Robespierre se leva comme un furieux, en s'écriani : ce Vous voulez donc « perdre les meilleurs patriotes ^ ? »
Chose étrange et pourtant bien explicable! la ruine des Danlonistes, ce lui ce qui stinblait assurer leur triomphe, c'est-à-dire rexéçution d'Hébert. Us se méprenaient si complètement sur les conséquences, que, ce jour-là, Camille Desmonlîns, rencontrant Prudhomme sur le pont Neuf, lui tlil ; a Je sur^ de la mairie pour savoif m i on a pris les mesures nécessaires, afin que le supplice des Hébertistes ne manque pas. Ces coquins ont toute la ca* naille pour eux ; mats je leur prépare un vilain tour pour animer le peHjilc contre eux : j'ni doiim'' l'idce de puiler au bout d'une pique les fourneaux du père Ducbesne^ » Cela était cruel et témoignait d'une singulière imprévoyance. Car enfin, Camille applaudissant au supplice de Clootz, c'étnil l;i PxcvuluLiuu naut ;i l'idr-c do ses propres funéiailles. Lcb royalistes le conipiirenl bien ainsi; et, par leur triomphant concours sur la place de mort, leurs acclamations, leur curiosité railleuse et joyeuse, ils firent de rexéculion des Hébertistes une pièce à grand spectacle, une fêle où le peuple seivil à amuser Ir J»eau monde! Et, de leur côté, comment les patriotes ardents n'auraiimtiis pas été saisis d'inquiétude ? Danton ne leur parlait plus que d'indulgence à l'égard d'ennemis qu'ils savaient imjilucables; (iaiiiillr Desnjuuliiiv ne les entretenait plus de la Révolution que sous la forme de i anathème ; ou tuait Ronsin, qui, après tout, avait combattu les Vendéens: avec une bravoure passionnée; on tuait Clootz, dont l'immo* lation faisait tressaillir d'allégresse les prêtres fanatiques : où prétendait-on eu venir ? A la nouvelle quelionsin allait
' Ceci raconté par Billaud-Vaieiuie lui-même, dans la séance du 9 thermidor.
• Prudhomme.
346 msTomB de la révolutiom (1794).
être livn'î nu bouncau, les royalistes lyonnais prircnl une altitude telle, que les amis de Cliaiier crurent la Révolution perdue, et que quelques-uns se montrèrent prêts à se donner, comme Gaillard, d'un couteau dans
le cœur^ De sorte que, par une fatalité lamentable, le Dantonisme semblait être devenu i'avant-garde du royalisme.
Ajoutez à cela que Danton comptait beaucoup de partisans dans TAssemblée ; que Tallten, un des plus dangereux, venait d'être élevé à la prc^sidence de la Convention, et Legendre, un des plus populaires, à la présidence du club des Jacobins'*
Cette situation émut violemment le Comité de salut public. Billaud-Varenne ne doutait pas que Danton, si on n'y avisait, ne devint a le point de ralliement de tous les contre^révolulionnaires'. » Barère avait la colère de la peur; Gollot-d'Herbois, celle de la passion. Saint-Jnst, inexoralile et calme, n'était pas homme à hésiter : abaltre un adversaire qu'on regardait comme un colosse tentait irrésistiblement son orgueil. Restait à entraîner Robespierre, et, par lui, Couthon,
Ah ! quel tronble ne dut pas être le sien, en ces moments funeste?^ ! Qu'il reculai devant Thorreiir du sacrifice proposé, tout le [ l oiive ; l'agitation 'Extraordinaire où le jeta la motion defiillaud; le cri qu'elle lui arracha ; l'empressement avec lequel il avait défendu Daîiton aux Jacobins ; ses elïoi Ls pour empêcher la radiation de Camille ; le rapport dans lequel il s'était» étudjé si évidemment à écarter d'eux autant que possible la responsabilité
* Voyez lô discours de llobespicrre, dans la séance des Jacobins, du i*' gerjiiinal.
^ M^moirr'^ de Levasseur, 1. 111, chap. v, p. ]ô9.
* Discours (!' r.iUaud-Varenne, dans la séapce du 12 fructidor, cit<'; d.iiis Laurent LecoiuLre au peuple français, etc. bibliothèque hisloriqtic de la fidwj/uaon, 1100, 1101. British Muséum.
PAOCÈS ET MORT DBS BA^nTONISTES. S47
des allaques dirigées conlrc le Comité de salut public'; entia l'intérêt manifeste et personnel qu'il avait à ce qu'on ne mit pas les grandes r^nitations révolutionnaires sous
la main du bourreau... Quelle lêlo paraîtrait trop haute pour que la hache ne ratteignîl point, celle de Dautou une fois alNiitue ? Aussi bien, politiquement, qu'avait àleur reprocher Robespierre ? Une exagération dangiareusct de seé propreé' tendances! Élait^'oe un crime digne de' iDdi'f, et rv\ ;iv;ii(-il «Tautre iimyeti fie les? feiitr eii échec que de les tuer ? Leur sang versé étail-il ia seule preuve que te fiomilé de saiiit public pût donner de sa résoldtiofl' dé mponat mollir ? lia Révolutîbn îne ponvait'-ellé^enlëvcfi^' ;i ses eniH juis l'espoir de la voii i cM^uler qu'à la ( ojidition (le rcuver&er les siens cl de leur passer sur le corps? Mais Sâint-Just était 4à,' disant : c< Jl y aquelque^ehase de tet*^ ribleï 4sins rBmoar sacré ^de 'la patrie^ : il^ésit^ tellâtoent exclusif, qu'il immole tout sans pitié, sans frayeur, sans lespccL humain, à riuLéièt [Kibiic. 11 précijHic Màidius, il immole ses affections privons, il entraîne iiégutes k Gartfai^i ]» Nous raToris dit déjà : c'était tiA p^Ai i^'^ doiitâblë<faérânii(ié de SaintJusf; en Paoceptant,R6l)^^ pierre avait revêtu la rolu; do l)('iaîiii'('. Il cijda devanl qui iie céd^ Jamais ; il comentU à abamUmner DatUon'', ^ Ooi|dtttinablei4iiblessey0^i^^rt!|i les iânllint^>âé^ la* Ré*^; volution, sera rétemelle douleur des âmes justes l
11 l'auL bien l'avouer, du reste : la carrièie politique
d'il) i tr»'> iii^} '..u>'i ; -• ; • ••«• . • • . ' ■ > '
< Yo>M|'>k projet de rapport 8Ùr la àéttdh de fabre'dtg&b<iiië. ' ' ' ^ 'VifSd^Ubjt^ proprés eipreMians ddtft'^itftft-liiit, daAé tôt rapport, ^
««iWT^dto^'^prînier «a Ipe^ * '
i'H ©y^ttg !q„g LevîaaiéÉe^'dit de Saihiifagl dattô ses Mémoire$i mécisé-
iilëMri^'t^^ dè Sttmt^àt arvec Robe^pierî^/ f. lU,
* lleà' liibts sont de Billaud- Va renne.' Ils caractérisent le rôle de Rohespivrre dnn? cps déplomhlr*; circonstances. Voyez Laurent Lfcoinlre au prupic français, «Mr. BiblùHhiqiu^ historique dB j» Bévolution^ 1100, i. british iluseum. ' ' ' '' '
de Danton n'était pas sans présenter des eètés obscurs.
On a vu à l'aide de (jiiels pourparlers clandestins et dans quel but de trahison Dumouriez^en 1792, avait tout tait aboutir à une simple évacuation du territoire par les Prussiens, au lieu de profiter de leur détresse et des circonstances pour les enterrer daiis \e> plaines de la Champagne^ Or quels furent les agents de la négociation qui eut pour résultat de ménager au duc de BrunsM^ick une retraite sûre? k leur tête figurent Westemnann d'abord, créature de Daiilon, alors ministre, et qu*il envoya luimême à Dumuuriez ; ensuite, Fabrc d'Églanline, coniident intime de Danton, et également dépéché par lui au général, a$(m prétexte de le réœneilier avec KeUermamyTi> mais dans le fait pour régler la marehe à suivre dans la né*jociation pi ussienne sur la base d'une prompte évacuation du terr^toire^ » Cependant Dumouriez n'aurait jamais osé prendre rengagement de ne pa$ mquiéter la retraUe dei Ptu$$ien9 jSms une secrète autorisation des ministres : qui ia lui lit avoir et la lui ndiessa? Danton. Ainsi que nous l'avons raconté, ranêié du Conseil, tel que Danton l'obtint de ses collègues^ en cette circonstance, était rédigé de manière à écarter tout soupçon ; il portait : « Le Conseil arrête qu*il sera répondu que la République ne peut entendre à aucune proposition avant que les troupes
* Nous recommnndons au lecteur de relire avec attention, dans le septtèm*' volume de cet ouvrage, le chapitre v, qui donne sur tout ceci des détails d'une importance extrême et qu'il ne faut pas perdre de vue.
* C'est ce que dit en propres tenues le priuce de liardeuberg. Mémoires tirés des papiers d'un homme d'État^ t. I, p. 485. Ainsi s'est trouvé coatirmé, par des révélations ultérieures, ce passage <iu niunuscril inédit de Robespierre, publié en 1841 : « Au mois de septembre, Danton envoja Fabre eo amlttasaide auprès de Dumouriez ; il prétendu que V objet de sa mitnon était de réconcilier Dmnwrie'i et Kellemumn. Or Dumouriei et Kenermann n^écrivaient jamais à la GonTenlion sans parler de leur intime
' amitié. Le résultat de celle union fut le salut du roi de Prusse et de son armée. » (P. S et 9.>
prussiennes aient évacué le territoire, Mais, à cette dépêche ofliciellc et ostensible, Danton avait joint une lettre particulière qui, au nom du Conseil, anloi isait Duaiouriez à éloigner Tarmée prussienne sam $'obUmer à prétendre la détruire^, Danton ajoutait que, sur trois commissaires de la Convention qui allaient se mettre en marche pour le «jii;niier iréiu'ral des deux ainu'c-^ i'(''iiiiies, il enélaildeux, SiJlcry et Carra, plm pttri4c<///f'/ e»ie*U munis d'instructions relatives à l'exécution de la convention militaire qu'on jugerait à propos de conclure*. Hais quoi ! Sillèry était l'homme «lu duc d'Orléans, et Caim le journaliste qui avait posé la candidature du duc de Brunswick au trône de France : pourquoi leur accordait-on plus de con^ fiance qu*à Prieur (de la Marne), le seul des trois commissaires dont le républicanisme fût sans nuage ?
Maintenant, que Danton, en secoiidant la politique de ménagement de Dumourie^ à l'égard de la Prusse, n'ait fait qu'obéir à ses propres inspirations, et embrassé la politique, selon lui, la plus conforme aux intérêts de la France, n'ayant ai connu ni pressenti les pidjets ulléiieuis de Duniouriez, on ne saurait, sur de simples prësomp* tioDS^ affirmer le contraire. Il est bien vrai que dans ses Mémoires, après avoir exposé son plan définitif, dont faisait païUe Tidée de « dissoudre la Convention et d'anéanlir le Jacobmismc% » Dumouriez ajoute :«Tel est le projet, qui a été connu seulement de quatre personnes, » et que, s'il faut en croire Miranda, trois de quatre perumnes étaient Danton, Lacroix et Westermann\ Mais ce ne sont point là des preuves, sui Loul quand il s'agit d'une accusation aussi grave. Toutefois il importait de
rappeler ces circonstances, parce qu'elles donnent la clef
^ Mémoires tirés des papiers d'un homme d'État, 1. 1, p. 517.
• im.
> Mémoires de Uumimrie», t. IV, liv. III, chap. i, p. U.
* IHd, Note de la page i4.
350 nisTome oc la révolution (1794).
des soupçons qui purent conduire à une rupture sanglante quelques-uns des adversaires de Dénion.
Mais des conjectures, des craintes, des inductions, des
doult's, tout cela suffisait-il dans une question de vie ou de mort ? Non ; là fut l'iniquité, £t, quand l'homme se donne à l'iniquité, bien vainement se flâtieraitHil de pouvoir ne se livrer qu'à demi : elle le réclame tout entier. Que le bras soit pris dans l^!n^l enage meurtrier, le corps suivra. .Le jour où Kobespierre c< consentit à abandonner Danton, » il se trouva contracter avec le démon des dis* cordes civiles, qu il s'en rendît compte ou non, rengagement affreux de prouver aux autres et de se prouver à lui-même (|ue Danton méritait la mort. Car, comment le poursuivre? que dis-je? comment s'absoudre de n'avoir pas persisté à le défendrci si on ne le montrait pas coupable? Laisser faire les fureurs detSaint-Jost, c'était se condamner à riiiniiili.tlion de les servir. De là les noies accusatrices que IiiQl)tispiejrrc dut rédiger pour Tusagede son implacable ami, notes danls lesquelles des faits an;ciens, réputés fort innocente quand ils eurent lieu, pranneiii soudain une importance démesurée, néfaste, et où Ton donne, entre autres preuves de conspiration, les lliës de Bobert auxquels on avait vu autrefois Danton > assister en compagnie de Fabre et de Wimpfen, thés criminels sans contredit, puisque c'était le duc d'Orléans luî-méaie qui faisait le punch M... , • ? —
Cependant les indices alarmants se multipliaient; on désignait à voix basse les victimes. L'hypocrite Vilate vi-
' Voyei le manuscrit puUîé an 1S41 par H. Louis Dubois, sous ce titre : f Projet rédigé ptr Robespierre du rapport fait à la Convention par Saint - Just contre Fabre d^Églantine, Donton» Philippeaux, Lacroii et Camille Desmoulins* »
La pièce ne répond pas tout à fait au titre qui lui a été donné. Elle n'est, \ proprement parler, qu'un recueil de souvenirs personnels qnp .SainMus^ qui s'était chargé du rapport, demanda à Robespierre de lui fouruir. .
VnOCèS ET MORT DES DAKTO^ISTES. SSl
citait Caiiiiil*' d uii air carcj-sanU ce qui ne rempècliail. pas dô dire à Ronsselin : « Il l'an t que, sous huit jouv^, nous ayons les têtes de Danton, de ilamille et de Pt^ilippauxV » Ce dernier venait d'êire impliqnV, par Garnîer (de Saillies), dans une prétendue conjuraliuii, uurdic au Mans, assurait le procoa^ul, et dont il se vau^t^it de tep^ le ûL*. Y:adier, à propps d^, Danton, Ims^aît tomber, içç mot, aussi ignoble que fi^rooe : « Ifout viierom Uemât ce turbot farci, y) De toutes parts les avertissemenis ai rivaiéiii à Danton. Mais il inuntrait de|)iiis quelque temps une faiblesse de caractère, nne incertitude, une. hësiti^ tion, qu'on aurait eu de la peine à lui soupçonner. Menacé, un engourdissement inconcevable sembla le saisir; et, s'il en sf>i laif, ce n'était qiit' pour éclater en piuoles de mépris ou eu bravades. A Thibaudeau, lui au^i^nçai^t que l^bespierre conspirait sa perte,, U .répondit avec certain moqvéisient des lèvres qui, cbez lui, annonçait la colère et le dédain : « Si je troyais qu'il en eût seulement /av^|(^^|^^ç^7^i les mirmll^$^,,)^ li,4isai,i^
en^re,, en se sei:vant d'une, expression que Ja pi^deiir .^|^ Ifluatoire nous force de modifier up peu : « Robespiejrre f je le mettrai au bout de mon pou ce ^ el je le ferai tourner comme une toupie^ » Il ne pouvait croire que Saiut-Just (>'était bien mal le connaUre ! i y,
Dans la, nuit du 9 au 10 ^minal ($0 ai|L^^^;]i^a^)i^ Camille Desmoulins, au moment de se mettre au lit, entend le bruïL d iuK crosse de fusil sur le pavé. (( On vient m'arré(( r , » s'écrie-t-il aussitôt. D se jette dans les bras de sa chère Lucile, court au berceau où dormait son enfant,
* Notes de Camille BesmiKilias sur le rapport de SaioMost^ d^jD$ 1^-» Trage de M. Matton, p. 237.
* LeUre de Garnicr (de Saintes) à ta Convention, 9 germinal (29 luars).
' Mémoires de Thihaudeau, t. II, clmp. v, p. 60.
* Ce mot nous a été rapporté par un de nos amis, homme ^Tave el considérable, qui le tenait de Merlin (de ThiouvUle).
cpiUl embrasse avec tendresse, et va ouvrir lui-même la porte aux envoyés da Comité de salut public ^ On le conduisit à la prison dn Luxembourg. Il venait de recevoir la nouvciie que sa mère élail morte*.
L'arrestation de Danton n'offrit pas plus de diâicultés. Peu de temps auparavant, pressé de fuir par un de ses amis, il avait répondu : aPaime mieux être guillotiné que truilloiinour; » et encore : « Est-ce qu'on emporte sa patrie à la semelle de son soulier*? »
A son tour, Philippeaux fut traîné au Luxembourg, d^oû il écrivit à sa femme la touchante lettre que voici :
« Je te conjure, ma tendre et vertueuse amie, de soutenir le coup qui nous frappe avec autant de calme et de sérénité que j'en éprouve dans ma nouvelle demeure. Je crois y être aussi bien que peut l'être un prisonnier. La cause qui m'a valu cet acte de vengeance doit élever et agrandir les âmes. Sois digne de cette cause et de moi, en repoussant toute atteinte de douleur et de découragement. 11 est beau de souffrir pour la République et le bonh( Lir du peuple. Je le salue et te presse sur mon cœur. a PmuppRAinc.
<x Je viens d'apprendre que Danton , Camille et Lacroix sont également arrêtés ; j'en ignore la cause** »
Une seconde lettre de lui finissait en ces termes : « Tous
* CorretpmUmce inédile de CmnUle DemmHns, publiée par H. Malton ainé ; Essai sur la Vie de Camille JlkmouUm, p. 1 S. — Voyez la noie
placée à la fio de ce chapitre. ' Ibid., p. 212.
' Mémoires de Levasseur.
* Celte lettre se trouve h la suite de la Béponse de Philippeaux à tOUi le'^ défenseurs officieux des hourreav v de vm frères dans la Vendée. — BmioUièque htslonque de la ii^i'oiu^io/t, 1082. British Muséum.
PROCÈS ET MORT DES DANTOiMSTES, 355
les égards de Inhumanité me sant offerts ; et, si tu viens me voir, lu seras contente do mon petit logement »
Le mandai d'arrêt contre Danton, Lacroix, Desmoulins et Philippeaux fut le résultat d'une délibération qui eut lieu au sein des deux Comités réunis*. Ce mandat, tracé négligemment, non sur le papier destiné aux m in nies de ce genri', mais au hnnt d'une icuiUe de papier-enveioppe", reçut dix-iiuit signatures, dont aucune ne fut donnée de confiance \ La première est cellé de Billaud-Yarenne, la seconde celle de Vadier, la troisième celle de Carnot. Saint-Jusl occupe la Imiiiènio place, et iHiLe^jierre T avantdernière*. Hubert Lindet relusa de signer \
Camille avait apporté an Luxembourg des livres sombres, XQhqm\esMéditQtiomd'Hi^iey, lesNuitid'Yomg. «Est-ce que tu veux mourir d'avance?» Ini demanda lléai. « Tiens, voilà uiun livre, à niui : c'est la Pucelie d'Orléans » Quand Lacroix parut, Hérault de iSéchelles, qui jouait à la galoche, quitta sa partie et courut l'embrasser La présence des nouveaux venns réjouit fort les prisuiaiiers royalistes. Un d'eux, en \uyaiil passer Lacroix, se mil à dir e d un air goguenard : « Voilà de quoi faire un beau cocher Tinsolence, chez certains nobles
* Béponse de Philippeaux f etc., -ubi supra,
^ Réponse des trois membres de l'ancien Comité de salut psMieattx
pièces communiquées par la Commission des Vingt et un, p.. 99^
UibUotkèque historique de la Bévolutiou, 1109^ l«Briti.sh Moscum.
' R;i}>port (le Saladin, au nom de la ComniiBsion d- s Vingt et ua. Pièce i SX. Bibliothèque historique de la RévolutioUf 1097, S, 9. British Muséum.
* Hépome des trois membres, de. , ubi supra. ^ l»;i|»i)ort de Saladin; pièce Lxx.
« M. Villi;umié, âsins son Histoire de la licuolulion, t. IV, p. 35, déchu-r tenir ce fuit de h sœur de Marat. ElTeclivemenl, sur le maudat d'arrêt, on ne trouve pas la signature de Robert Lindet.
T Mémoires mr les prisons, t. Il, p. 152. Collection des Mémoires relatifs à la Révolution.
» Ibid,
554 iiisToms db la hévolution (1794).
ayant survécu à ce qui les rendait insolents. Camille et PhiTippeaux gardaient le silencé; mais Danton, le rire
sur les lèvres: «Quand li^s homines font des sollisrs, il faut savoir rire. Je vous plains tous, si la raison ne.revieot pas : vous n'avez encore vu que des roses. » Rencontrant Thomas Payne , ([in l'avait précédé dans le gouffre béant, il lui (lit : « Ce que tu as fait pour le bonheur et In liberté de ton pays, j'ai en vain essayé de le l'aire pour le mien. J'ai été moins heureux, mais non pas plus coupable. On m'envoie à Féchafaud ; eh bien ! mes amis, j'irai gaiement*.»
Giaiule fut la stupeur de Paris à la nouvelle que de tels hommes étaient arrêtés.
Le 11 germinal (31 mars), la Convention était à peine en séance, que Legendrc monte à la tribune, et, d'une voix émue : «Citoyens, dit-il, quatre membres de celle assemblée ont été arrêtés pendant la nuit. Danton en est un. J'ignore les noms des autres ; et qu'importent leurs noms, s'ils sont coupables? Mais ce que je demande, c'est que, traduits à votre barre, ils soient accusés ou absous par vous. » 11 déclare ensuite qu'il croit Danton aussi pur que lui^fnême, et il rappelle les services rendus par l'homme qui, en 1792, avait fait lever la France entière ^
A ce discours, qu'ont interrompu quelques murmures,, succède une ngilation inaccoutumée. Fayau s'oppose à la demande de I^gendre. Robespierre se lève, et, calme, solennel , il dit :
«Au trouble, depuis longtemps inconnu, qui règne dans cette assemblée, il est aisé d'apercevoir qu'il s'agit ici d'un grand intérêt, qu'il s'agit de savoir si quelques hommes aujourd'hui l'emporteront sur la patrie... Le-
* Mémoires sur les prisons, t. II, p. 153.
• Moniteur, an II (1794), n* 192.
PROCÈS £T MORT D£S DÂNTO^^ISTfiS. 355
gendre paraît ignorer les noms de ceux qui sont arrêtés: toute la (junveiiiiuii les sait. Son ami Lacroix est du nembre des détenus: pourquoi |feint-il de Tignorer? Parce <[u'U sait bien qu'on ne peut sans impudeur défendre La- €l*oit. Il a parlé de Danton, parce qu'il croit sans cloute qu à œ nom est atlnclié un privilège; non, nous n*eu vouions point de privilèges; non, nous n'en voulorhs point d'idoles. Nous verrons y dans ce jour, si la Convention saufa' briser* «une prétendue idole, pourrie depuis lon<ïtemps, ou si, dans sa chute, elle écrasera la Conveuîiou et le peuple fran(;ais. .. On craint que les détenus ne soient ie{iijpriméB;- >0R se défie done de la justice nationale et des lunnibes qui ont obtenu lé confiance de la Convention nationale; on se délie de la Convention qiii Icifra donné eutle cnnli;iiice, de ropininn jjuLlicjue qui l'a sanctionnée? Je^jdisque quiconque tremble en ce moment est coupable; ^arîpoàit l'innocence ne redoute la* surveillance publi-
On aj)])l;iudit ^ Il coiiliiiuc :
-ff»i^..vi^t^ moi aussi, on a voulu m'inspirer des termlrs y od a voulii me &ire croire qu'en '■ approchant de Dmton lê danger pourrait arriver jusqu'à moi... Les amis de Danton m'ont lait piii venir des lettres, m'ont uksedé de leurs discours... Je déclare que, s'il était vrai que les dmmcvs de Danton dussent devenir, les miens,, je ne regafdmi»^^int «ette circonstance oomniie ,uiie calamité publique. Qu'importent. le^ dan<jers? Ma vie oM h la patrie; mon cœur est exempt de ciiiiiiLc; et, si je mourais, caserait sans reproche et sans ignominie. »
Les apphiudissements ayant recommencé' : « C'est ici, reprit- il, qu'il nous faut quelque courage et quel(|ue grandcui' d ame. Les ames Yul«jaues ou les liuumio; cou-
* MonUeur, aaU (1794), n"' 1U2.
« Ihid,
' • On applaudit à plusieurs reprises, » porte le Moniteur.
pables craignent toujours de voir tomber leurs semblables,
parce que, n'ayant plus dt \aiit eux une barrière de coupables, ils restent plus exposés au péril ; mais, s'il existe des âmes vulgaires, il en existe aussi d'héroïques dans cette assemblée, puisqu'elle dirige les destinées de la terre * ! »
Ainsi, avec un singulier mélano-e d'iiubilelé et de hauteur, Uobcspierre semblait associer sa destinée à celle de Danton et prendre sa part du péril. Hais il y avait un autre point à toucher, et fort délicat ; il fallait rassurer rAssemblce contre la crainte, l)ien naturelle, de voir la hache levée sur de telles vicimies s'arrêter^ une fois rouge • de leur sang, sur la tôte de chacun. Robespierre alla audevant de cette crainte en lui opposant la distinction que la (lonvention nationale et les patriotes savaient établir entre Terreur et le crime, entre la faiblesse et les conspirations. C'était un mot de circonstance et très-frappant que celui-ci: ce II n'est pas si grand le nombre des coupables-! »
L eflct de ce discours fut considérable. Pas un des Dantonistos présents n'osa descendre dans l'arène. liCgendre, terriiié, balbutia de lâches excuses*. Saint-Just entra. C'était la mort.
Au milieu d'un silence de plomb, et de celte voix qui étonnait, qui glaçait, qui navrait lésâmes, il commença par déclarer qu'après avoir abattu la faction des faux patriotes, on avait à abattre celle des modérés, « factions, dit-il, nées avec la Révolution et qui ravaicul suivie dans son cours comme les reptiles suivent le cours des tor-
* Moniteur, an II (1794), 192.
« Ibid.
' « Si j'ai fait la proposition que le préopinant a combattue, c'est qu'il ne m'est pas démontré encore que les détenns soient eon^faliles.... Je nW tends défendre ici aucun individu, » etc. Toyes le Monitetir, tn U (1794), n* 192.
PROCÈS £T MORT JDBS DANIOmST£S. 357
rents*. » Sans que la parole trcmblàL sur ses lèvres, il dit ces mots monstrueux : a Je viens dénoncer les derniers
partisans du royalisme. » Il paria du duc d'Oriéans^ de Mirabeau, des Lameth, de Dumouriez, de Brissot, d*Hé*
bert, de Chabot, de Fabre d'Églanline, ne voyant partout que fiuirs aHupluls, Uaiacs infernales, intervenlioa souterraine de l'étranger. 11 raconta i'bistoiredu plus grand xniouvement qui se soit jamais accompli au sein des société humaines, comme s'il n*eût été qu'un prodi«rieux enchaîneuiciil de trahisons. I! donna des opinions qui avaient le malheur de n'être pas les siennes pour des attentats^ stupéfait qu'on eût osé attaquer Fimmortaiité de l'àme, qui consolait Socrate mourant, et pénétré d' horreur à l'idée qu'on n'avait voulu b niiiii hicu de ia terre que pour y laisser ia néant, la tyrannie cL le crime. xVvec un génie à la fois subtil et altier, avec une éloquence à feire frémir, avec une conviction brutale, farouche, dédaigneuse des preuves et prom|)te à se payer de celte fi^iisse vraibciiihlaiice f]ui naîL de Tai t de grou[H'r 11^ ùiii>, il présenta un réquisitoire où le vague des attaques n'était relevé que par l'énergique concision du mot et l'audace sans bornes dePafGrmation. De Fabre d'Églantine, il dit^ que c'était un Fiouvi^au cardinal (h Retz, un de ces houimes qui conduisent une révolution i la inaiiière d'une in» trigua de théâtre. De Camille et de Phiiippeaux, qu'il n'i^quait qu'en passant, il fit des înstraments de Fabre, de pauvres dupes amenées à devenir des complices. Puis, aTtrâvant. à Canton, il le pt imiit... Mais quelle analyse pourrait id suppléer au texte? 11 faut citer :
«Danton, tu as servi la tyrannie... Les amis de Mirabeau se vantaient hautement qu'il t'avait fermé la bouche. Aussi, tant qu'a vécu ce personnage affreux, tu es resté muet;.* Dans 1^ prf^miers éclaii:s de la Révolution, tu.
* Moniteur, an II (1794), n» 192.
Mioiilras à la (lour un Iront menaçant; tu parlais contre elle au c véhémence. Mirabeau, qui méditait un change* ment de dynastie, sentit le prix de ton audace. Il te saisit ; tu tVeartas alors des principes sévères, et l'on > n'entendît phis pai lei de loi jusqu'au massacre du Champ de Mars. Alors tu appuyas aux Jacobins la motion de Laclos, qui lut un prétexte funeste, et payé par la Cour, pour déployer le drapeau rouge et essayer la tyrannie. Les patriotes qui n'étaient pas initiés dans ce complot avaient inutilement com^' batlu Ion opinion snnmjiiiauc Tu contribuas à rédiorer, avec Brissot, la pétition du Champ de Mars, et vous échappâtes à la fureur de la Fayette, qui fit massacrer deux mille patriotes. Brissot erra depuis paisiblement dans Paris, et loi lu allas couK r (riicureux jours à Arcis-sur-Aube, si toutefois celui qui conspirait contre sa patrie pouvait élre heureux... Quand tu vis i'oragedu 10 août se préparer,' tu te retiras encore à Arcis-sur-Aube; déserteur des périls qui entouraient la lii>erté, les patriotes n'espéraient plus le revoir ; cependant, pressé par la honte, par les reproches, et quand tu sus que la chute de la tyrannie^ était bien préparée, inévitable, tu revins à Paris le 9 août ; tu voulus te coucher dans cette nuit sinistre ; tu fus traîné par quelques amis ardenis de la liberté dans la seclion où les Marseillais étaient assemblés; tu y parlas, mais tout' était fini, et rinsurrection était déjà enmouvement. Dana' ce moment, que faisait Fabre, ton complice et Ion ami?* Tu Tas dil toi-mômo : il parlementait avec la Cour pour la tromper. Mais la Cour pouvait-elle se fier h Fabre sans un gage certain de son dévouement?... Quiconque est; Fami d'un homme qui a parlementé avec la Cour est cou* pable de lâcheté. L'esprit a des erreurs ; les erreurs de la conscience sont des crimes... Tu eus, après le 10 août, une conférence avec Dumouriez, où vous vous jurâtes une^ amitié à toute épreuve, et où vous unîtes votre fortune. Tu as juslilic depuis cet affreux concordat, et lu es encore
son ami au moment oà je parle... Tu f es efforcé de corrompre la morale publique en te rendant , on plusieurs occasions, rapoiogisle des hommes corrompus, tes complioesv. . Tu oonsenlisrà ce qu'on ne fît point partàia Goii* ▼ention de la trahison de Dumourtess.* Tu te tPouTais dMis les conciliabules avec \Miiipfen et Orléans. Dans le même temps, tu te déclarais pour des pnncjj>i^ nuKlérés, et tes formes robustes semblaieiit déguiser la faiblesse de Ms. «onseils^v. Coneiliateur banal, tous tes exordes à la tpibbné commençaient comme le tonnerre, et tu finissais par faire transiger la vérité et le mensonge. .. Tu t'accomnioJiUs à tout. Brissot et ses compiicesi sortaient toujours contents d'aToe toi. À la tribune, quand ton silence était accilsé, tu leur donnais des avis salutaires pour *qiiHls'éîssî*fittMs8ent davantage... La haine, tlisais-tu, est iu-^uppui Inlile à mon cœur, et tu nous avais dit : <c Je n'aime point Migrai. » I^is n'es-tu pas mminel de n'aivoir pointhal le^ënnentis ée la flatrie ? Est-ce par ses pienchant» pri^ xfvfiutè homme puhlic d<'t("[ !iiine son iinliUiTence on sa liaiiie, ou pai Tamour de la patrie, que n a jamais senti ton CjiBur ^ Tu lis ktconeiliftteur, comme Sixt^^iot» fit le simple pour-anail but où il tendait. Éclate î maintenant devant ia justice du peupk, toi qui n'éclatas jamais lors(pron alta^ quait la pairie l.i. Mauvais citoyen, lu as luiispiré ; faux ami, tu disais, il y a deux jours, du mal de Desmoulins; instrument que tu as perdu, tu» hii prêtais des 'vices honteux , méclianl liomme, lu com]>î^ré-'ropimon publique à iiiic femme de mauvaise vie; lu tliL tiue rhomieur' était ridicule, que la gloire let k postérité ^eÀtune sottise J maximes devant (t« «btieiitier Hih ristocratie, elles étaient celles de Gatilîna. Si Fabre est innocent, bi d'Oiléaiis et Duniuunez fuient innocents, tu Tet sans^ doute w J'en ai trop dit : tu répondras à la
, . * , >'c-.'.î '^.rTr.fî^i y: --fl »fjl.f
Ces traits sont earacténsttquea : ils, auffisenlv batfifi était
d'une grandeur sinistre : « Les jours du crînie sont passés; malheur h ceux qui soiitiendraierit sa cause: ! La politique est démasquée : que luulce qui fut criminel périsse! On ne fait point des républiques avec des ménagements, mais avee la rigueur farouche, inflexible, envers tous ceux qui ont trahi. Que les complices se dénoncent, en se rangeant du parti des forfaits ; ce que nous avons dil ne sera
. pas perdu sur la terre. On peut arracher la vie à des hommes qui, comme nous, ont tout osé pour la vérité; on ne peut point leur arracher les cœurs, ni le tombeau hospitalier sous lequel ils se dérobiiit à l'esclavage et à la honte de voir laisser triompher les méchants » L'Assemblée donna les tètes qu'on lui demandait^ c< Quand les détenus reçurent leur acte d^aceusation, Camille remonta en écuniant de rage, et se promena à grands pas dans sa chambre ; Philippeaux, ému, joignait les mains, r^ardait le ciel ; Danton revint en riant, et plaisanta beaucoup Camille Desmoulins. Rentré dans sa chambre : « Eh bien , Lacroix , qu'en dis-tu? — Que je vais me couper les cheveux, pour que Samson n'y louche pas. — Ce sera bien une autre cérémonie quand Samson nous démantibulera les vertèbres du cou. — Je pense
. qu'il ne faut rien répondre qu'en présence des deux - Comités. — Tu as raison, il faut tâcher d'émouvoir le peuple*. »
Camille écrivit à sa femme :
« Ma Lucile, ma Vesta, mon ange, la destinée ramène
dans ma pi ison mes yeux sur ce jai din où je passai luiit années à te suivre. Un coin de vue sur le Luxembourg me rappelle une foule de souvenirs de nos amours. Je suis
■ » Moniteur, an 11 (1794), n» 192.
* « Le dei^i ti, (iit le Moniteur, fut adopté à runanimité et au milieu des plus vifs applaudissements ! »
* Mémoires mr les prUons, t. II, p. i54 CoNection d«B Mémoires reUktifs à la Wvolulio» fnmçaiise.
tfu secret; mais jamais je n'ai été, par la pensée, par Pimagination, presque par le toucher, plus près de loi, de ta mère, de mon petit Horace... Je vais passer tout le temps de ma prison à l'écrire; car je n'ai pas besoin de prendre la plume pour autre chose et pour ma défense. Ma justification est tout entière dans mes huit volnmes n'|)"il'licains. C'est un 1m ut ori iller sur lequel ma conscience s'endort, dans Tattentcdu tribunal et de la postérité... Ne l'affecte pas trop de mes idées, lîia chère amie; je ne désespère pas encore des hommes et dé mon élargissement ; oui, ma bicn-aimée, nous pourrons nous icvuir encore daus le jardin du Luxembourg... Âdieu, Luciiei adieu, Daronne^' adieu, Horace 1 Je ne puis pas vous embrasser; mais, aux larmes que je verse, il me semble que je vous liens encore contre mon seill^ »
Il envoya cette lettre, trempée de ses pleurs, à Lucile^ qui, après Tavoir lue, s*écria en sanglotant : <x Je pleure comme une femme, parce qu'il souffre, parce qu'il ne nous voit pas... Mais j'aurai le courage d'un hoiniiie, je le sauveraj... Que faut-il faire? Lequel des juges laut-il que je supplie? Lequel fout-il que j'attaque ouvertement?» EUe parla d'aller trouver Philippeaux; mais il était arrêté. Danton, arrêté aussi ! Irait-elle aux Jacobins ? Dans son trouble, elle court cbez madame Danton, pleure avec elle, veut l'entraîner chez Robespierre. Mais celle-ci refuse, disant qu'elle ne veut rien devoir à Pennemi de son niari\ Une lettre à Robespierre, pleine de touebants re-
* Nom familier ilouué par Camille à s;i belle-mère, madnme Duplcssis.
- Correspondance inédite de Camille DesnioulinSf publiée par M. Mat- Ion aîné, p. (laSG).
3 Nous lisons dans le t. IV de V Histoire de la BéwlutioHf par K. Yilliaumé, p. 55 : « Je liens cette particularité de madame Danton eUe^néme, alors eoceinte. Bille accoucha qninie jours après la mort de Danton; maïs son enfant ne lécnt pas. »
562 iiisToini: de la révolution (1794).
proches et suppliante, fut commeoeée par Locile % resta inachevée et ne fut pas envoyée*.
Le 12 o^erminal (1" avril), (.auiilU tciivait, à une heure du malin, sa Iroisième el dernière lettre à Lucile. Non, jamais cris plus déchirants ne s'échappèrent des profondeurs d'une âme que la mort dispute è l'amoar.
f( Le sommeil bienfaisant a Mispendn mes maux. On est libre quand on dort... Le ciel a eu pitje de moi. il n'y a qu un moment, je te voyais en songe; je vous embrassai» tour à tonr^ toi, Horace et Daronne, qui était à la maison; mais notre petit avait perdu un œil jiar une huTiieur qui venait de se jeter dessus, et la douleur de cet accident m'a réveillé. Je me suis retrouvé dans mon cachoU 11 faisait un peu jour. . . Je me suis levé pour te ptrler et t'écrire» Mais, ouvrant mes fenêtres, la solitude, les affreux barreaux, les verrous (jui me sq)arent de toi, ont vaincu toute ma fermeté... Je me suis mis a sangloter en criant dans mon tombeau : Lucile l Lucile i ô ma chère Lucile l oà es-tu?... [Id la trace une larme.) J'ai découvert- une fente dans mon appai lemeiit : j'ai appliquai mon oreille, j'ai entendu la voix d'un malade qui souffrait. U m'a demandé mon nom, je le lui ai dit. et 0 mon Dieu! n s'eaft-il écrié à ce nom» en retombant sur son lit, d'où il s'était levé, et j'ai reconnu distinctement la voix de Fabre d'Eglantine. « Oui, je suis Fabre, m'a-t-il dit. Mais, toi ici 1 La contre-révolution est donc faite?..*» 0 ma chère Lu^ cite! j'étais né pour faire des vers, pour défi^ndse IcB malheureux, pour te rendre heureuse... J'avais rêvé une République que tout le inonde eût adorée. Je n'ai pu croire les hommes si féroces et si injustes. Comment penser que quelques plaisanteries dans mes écrits contre des coUè- * gues qui m'avaient provoqué, effaceraient le souvenir de
^ Voyex cette letive dus roumge de M* Natton, * iWd., p. 2t7.
raOCKS ET MORT DES DANTOMSTES. 365
mes services? Je ne me dissimiile point que je itieurs ▼idime de ces plaisanteries et de mon amilié poui Danton... Ma F iiriie, mon Loa Luulou, ma poule à Gacliaufc^ je t'en conjure, ne reste point sur la branolie^ fié c^aip-i pdle point partes cris; ih lAe déchireraient au folid ^11 tèmb^u. Va gratter pour ton petit, tîs pour Horace, parle-lui de moi. Tu lui diras, ce qa il ae peut pas enLcii- ^ di^,.que je Taurais hiûu ainiél Malgré mon supplice, je erais^'il y a un Dieu: Mon sang effaeera me$ feuti», lésiftiklesses del'huiodanitié'i et ce qnej*ai m de bon, meâ vertus, mon amour de la liberté, Dieu le récompensera. Je le reverrai un joui', ô Lucilel ù Annetle 1 Sensible eomme je l'étais^ ia mort^^ qui me ^éii^e de^k- tuê de lant de crimes, est-ëlie tm si gi^amd énalheAf Adieu, Lucile, ma Lucile, ma chère Lucile! Adieu, Ho^* laee, Annetle, Adèle ! Adieu, mon père i Je sens fuir devant moi le rivage de la vie. Je vois enoore Lucile t le la^is; ma bien-aimë€il'()lè8'maiiis'lifées f embrasdeht^j el^ M téte séparée repose encore sm^ loi ses yeux mou-
i\ Ji oile de douleur, la malheureuse jeunefemtne songea, dil^ny à soulever le peuple'; et mêmjs'elle «nrait adtiB^ nitfiflet àXegendre, le suppliiitot d'dliar'poi^^narder'Roî"
0aus la nuit du i2au 15gernimal (1-2 avril), Danton, Lacroix, Camille Desmonlins et Fabre d'Églantine furent transférés du Luxembourg à la Conciergerie.
* En allnnt voir miidamo Diipîessis au village de Cachant, où elle avait une innisun <ie campaijiie, Camille et Lucile avaient souvent rcinanjué une poult. qus, inconsolal)le d'avoir perdu <;on coq, reslail jour et iiuitsiirla même brandie et poussait des cris décliiranls. (Note de M. Mattou.)
* Correspondance inédite de Camille DemouUm, publiée par M. Matton ainé, p. 220-227.
5 Lacrelelle, cité dans les Aperçus hiêloriques et littéraires sur mille Damoulint.
* Dsinican, les Brigand» démasqués.
« Danton, raconte RioufTe*, placé dans un cachot à côté de Westermann, ne cessait de parler, moins pour être entendu de Westennann que de nous... Il disait, en regardant à travers ses barreaux, beaucoup de choses que peut-être il ne |)eiisait pas ; luules ses phrases étaient entremêlées de jureiQeuts et d'expressions ordunères. £n voici quelques-unes que j'ai retenues : « C'est à pareil « jour que j'ai fait instituer le Tribunal révolutionnaire; « ruais j'en deiiiande pardon à Dieu et aux hommes : a ce n'était pas pour qu'il fût le fléau de Thumanité; « c'étail pour prévenir le renouvellement des massacres ce de septembre. — Je laisse tout dans un gâchis épon* « vantable ; il n'y en a pas un qui s'entende en i*i)iiver- « nement. Au milieu de timt de fureui's, je ne suis pas <K fâché d'avoir attaché mon nom à quelques décrets qui a feront voir que je ne les partageais pas. — Si je laissais ce mes jambes à Gouthon , on pourrait encore allq^ q^i^Ique « temps au Comité de saint public. — Ce sont iom des ce frères Gain. Brissot m'aurait fait guillotiner comme « Robespierre. — J'avais un espion qui ne me quittait c( pas. — Je savais que je devais être arrêté. — Ce qui « prouve t|ue ilobespierre est un iNéron, c'est qu'il n'avait a jamais parlé à Camille Desmoulins avec tant d amitié « que la veille de son arrestation. — Dans les révolu* ce tiens, l'autorité reste aux plus scélérats. — H vaut « mieux être un pauvre pêcheur que de gouverner les
ce hommes. — Les f bêtes, ils crieront : vive la Uépu-
« bliquel en me voyant passer. » Il parlait sans cesse des arbres, de la campagne et de la nature*. r :i '
Lacroix paraissait fort embarrassé de son maintien'.
Fabre d'Églantine, malade, n'était occupé que d'une
* Mémoires de Hiouffe, p. 66. Collection des Mémoires relaiifs à la
Révolution française, » IHd., p. 66-68.
* Ibid., p. 68.
conicdieen cinq actes. Il Pavait laissée entre les mains du Comité de salut public, et semblait poursuivi de Ja crainte que Biliaud-Varenne ne la lui volât*.
Chabot avait été transféré depuis quelques jours à Pinfirmerie de la Conciergerie. Au Luxembourg, il avaR avalé du poison, et lui un jnur trouvé dans son cachot so roulant par 1* I i ' el poussant des cris affreux que lui arrachait la douleur. On parvint à le rappeler à la viey c'est-àdire k le garder pour t*échafaud. Plus lâche que méchant, ce nialbeiireux succombait aux remords. An milieu de ses lOi Uiics, il ne parlait que de son ami Bazire : « Pauvre Bazire, qu'as-lu fait*?»
' Chabot, fiazire, Fabre, Delaunay, Julien (de Toulouse) , étaient, on Pa vu, poursuivis comme coupables de faux public. Il y avait conséquemnieiit quelque cbose de monstrueux à faire comparaître, confondi^s avec eux sur les inémes bancs, des hommes auxquels on n'imputait, ainsi qu'à Danton, Lacroix, Camille, Philippeaux, Hérault de Sécliellos et WeslernKitiri, que des criiiu s d'un caractère exclusivcmeûL politique. C'est cepeudaiii à quoi les ennemis de ces derniers ne rougirent pas de descendra, comme si la honte de cet inique amalgame pouvait retomber sur d'autres tèles que celles de ses auteurs!
Le piocès coiuuieiit^a le 15 germinal (2 avril). Fabre d'Ëglantine, dont la pâleur disait assez les souffrances physiques, occupait la place distinguée, le fauteuil'. Hérault de Séchelles était plein de sérénité ; il avait quitté sa prison, de l'air d'un homme qui va à une partie de plaisir, cousolant ses amis, et invitant son domestiqué, qui fondait en larmes, à avoir bon courage*. Interrogé sur son nom et son état avant la Révolution, il répondit :
* Mémoires de Riouffe, p. 09.
• Voyez les Mémoires sur les prisons, t. II, p. 155. 5 Moniteur, an II (1794), n" 195.
♦ Mémoires sur lesprisons, t. II, p. 155.
566 IlISTOIRB DE LA RÉVOLUTIOM (1794).
« Je m'appelle Marie^Jean, noms peu saillants, même parmi les saints. Je siégeais dans cette salle, où j^étais
déteslé des parlementaires ^ » Oii ileiuainla son âge à Camille. Lui. ce J'ai Tago du sans-culotte Jésus quand il ^ mourut, trente*troi$ ans*, o La réponse de Danton, relativement à son nom et à sa demeure, fut : « Ma demeure sera bientôt le néniU ; el, <{iiaiil à mon nom, vous le trouverez dans le Panthéon de riiistoire\ » Comme on lisait l'acte d'accusation, Lacroix, Camille Desmoulins et quelques autres de leurs co-accusés politiques, se récriée rent sur ce qu'on les accolait à des fripons*. On regardait curieusement Chabot, revenu, \Hn\v y rentrer, du royaume des ombres. Le poison libérateur n'avait été que trop bien combattu : on^remarqua que la voix de Taccusé n'était nullement altérée*.
Quelle serait l'issue? D'un côté, Billaud-Varenne, Forganisatcur, si convaincu et si redouté, du gouvernement révolutionnaire; Saint-Just, ivre de fanatisme, et, d'une main furieuse, * traînant avec lui la plus grande antorité du temps, Iluijespierre ; puis ce Coutlion, duiil l iinnllc lui-même, tout en l'attaquant, avait salué avec respect rhonuéte figure'; puis, les deux Comités, engagés dans une lutte à mort, et engagés désormais sans retour; la Convention, enfin, asservie à son effroi et à son vote. D'un autre côté, Danton, Titan non encore foudroyé; Camille Desmoulins, le doyen, à trente-trois ans, des vieux Corde* liers, le Voltaire rajeuni de la Révolution; Westermann, le héros du 10 août^ l'ange exterminateur de la Vendée royaliste — sans compter Philippeaux, Bazire, et le rap-
* Moniteur, m II (1794), d*)05.
*Ilnd.
* IHd.
* Voyez le numéro VU da Vieux Corddier.
porteur fameux de la Gonstilulion de 1793, celui en qui s'était personnifiée la République dans la plus auguite de
ses i^olciuiilch, lioiaulL do Sôclielles. La foule, agitée «le sentiments divers, clomiée, curieuse, irmiiense, eneombraittiie> Palais de Justice^ d'où elle débordait au loin, inondant de' ses ^flots pressés les rues voismes/le quai des Luiu tles, le pont au Change, la place du Châlelcl et le quai de la Ferraille. - m
'4e tribunal, d'ailleurs, était 'k)in d appartenir tout entièr, comme on l'a prétendu, aux adversaires des accusés. Le j^reffe, par exemple, — le proeès de Fouquien-Tinvilltî i aUeôleia plus l.ird, — iK >t < imposait que de Dantoniste». Les deux commis-^yrelTiers, Wolf et Tavernier, •étamt entîèreiiïent dévoués à iHanton^ Pâris; le greffier^ sunMtané Fabricius, était son {Admirateur pas^otmé, son ami iiidnii et, selon Texjjression de DuliLin, son chiefi ■cûi^chcud'. 11 fut mis en prison, après le procès, pour, avoir rdfusé de signer le jugement *; et c'est son témoignage, Irèé-susiiect, évidemment contraire à la vérité sur ciîrtains points, (jui a servi de base à maint récit, dont le biii semble avoir éié beaucoup moins de raconter la mort de-ûantiiit ([ue delà venger*. Fouquicr-Tinville, ennemi seorofide 4iabespierre% déclara, depuis, avoir tout fart pour sauver les prévenus On se défiait à tel point de ses dî&yohiUi)kis qu'où li^i adjoignit i ieuriol-Lescot. Il avait
* Voyez ne que déclara, à cel ôgard, Fouquipr-Tinvillc dan<î son procès. Histoire parlementaire, t. XXXIV, p. 45t>. Voyez aussi la déposition de l)aul>igny. Ibid.. p. 403.
* Séuiice du 15 fmclidor, citée pai LaiireiU Lecointre, dans son Appel au peuple français, p 117-120. Bil/liollu que kislorique de la Ilévolu- Uon, 1007, 8, 9, British Muiaim.
> Yoyei le procès de Fouquier^TinTille. BisMre partement.^ t. XXXIV» p. 464.
* Voy«E la note placée à la raîte de ce chapitre.
* Voyei pins h&nt le chapitre intitulé la Terreur.
* Cesl à cette déclaration que Dauhigny fait allusion dans le procès de fouquier. HisUnre parlementaire, t. XXXIV, p. 406. •
même cté question de l'arrêter, ainsi que Hennann, président du Tribunal révolutionnaire; et Tordre, qu'on crut devoir révoquer ensuite, en fut formellemeai donné à Hon^iot^
Quant aux jurés, esl-ii vrai que le président Uermann et Fouquier-Tinville, au lieu de les tirer au sort, suivant les prescriptions de la loi, les choisirent, en ayant soin de prendre ceux qu*on nommait les solides? C'est ce qu'à l'époque de la réaction Dantonisle, Fabricius Paris déclara dans une pièce anonyme, qui fut rejetée par la Convention, el qu'il ne signa qu'après coup*. De plus, ce fait, trop légèrement «id mis par la plupart des historiens de la Révolution, recrut, lorsqu'on le niit au jour, des démentis formels, qu'il eût été juste de ne point passer sous silence, et qui, tout au moins, permettent le doute'.
Des jures qui siégèrent dans le procès de Danton, il existe deux listes, fournies Tune el l'autre par Fabricius Péris, et qui diffèrent. Voici la première : ce Trinchard, Renaudin, Brochet, Leroy surnommé Dix-Août, Prieur, Aubry, Chàtelet, Didier, Vilate, Laporle, Gauthier, I)uplay. Lumière, Desboisseaux et Bénard*. » Voici la seconde : «Renaudin, Trinchard, Dix-Août, Ganney, Topino- Lebrun*, etc. » On le voit : bien que la première énuméraliou semble donnée comme complète, elle ne contient
* Ceci résulte d'une noie de la main do Collot-irHerlmis, trouvée à l an^ cienne secrélairerie d'Etat, cl que M. Viliiauuiéa eue sous les veux. (Vovez son livre, t. IV, p. 57.) Quant aux molifs que M. Villinumé suppose avoir déterminé la réTOcatioa de Tordre, voyez la noie placée à la suite de ce chppitre.
* Réponse desmemhres de tanden CamiU de Sdut pubUc déwmeéi mtx pièces cmmuniquées par la Commission de$ Vingt et vn. — BikUih ihéque historique de la RévoluHûn, liOO, i. Brilish MiueiiiD.
^ Voyez la note placée à la suite de ce chapitre.
* Déposition de Fabricius Pârïs, dans le procès de Fouqiner-TiiiTille. Voyez \ Histoire parlementaire, t. XXXIV, p. 467.
^ Autre déposition du même. Ibiii,, t. XXXY, p. 151 . 1
PROCÈS BT MORT DES BAMTONISTES. 360
pas les noms de Ganney et de Topino-Lebrun, qui figurent dans la seconde. En outre, Pâris oublie de mentionner Souherbielle, qui futcependant un des jurés'; €c qui porte, ^ tout cas, à dk-hnit le nombre des jurës qui siégèrent en c.tb liiiuieô icdouUiblcs. Or, qu'il n'y eût pnrnii eux que des houimes vendus, (:or]>$ et àme, à l'iniquité, c est ce que contredisent des témoignages peu suspects de partialité. Quand, plus tard, on interrogea Montané siir le cuiiijjLe de <l;iii iiev, do liiddu-i ci de Leroy, il répendit qu'il les avait connus iionneles geûs% et qu ii ignorait s'ils avaient çbangé. Il est trè»-vrai que Leroy avait IV reille dure, mais pas au point de ne pouvoir suivre les débats : pour înicux les entendre, il avait soin de se filacei au premier rang des jurés^. Souberbjelli était aiumé d'un fanatisme, aveugle si Ton veut, mais dont les glaces même de la vieillesse ne purent calmer Fardeur, inapaisable et sincère. Châtelet était un homme bon, nn vrai patriote, U)ujout ?s \*rr\ h «^^rrifier pour les si< us, et aiui desffialbeureux\ Duplay avait des vertus auxquelles les plus violents ennemis de Uobespierre furent obligés de rendre hommage : une extrême droiture, iin caractère doux et ijuliilîient, une piiihilV' iiK apable de se pl(>\eraux vues de rambitiun Ml y a loin de là à ce jui y tju'un illui»tre biatorîen de nos jours décrit comme s'il n'eûx été composé fpuerde cinq individus, natures ambitieuses au serviles, ^Àu^ un idiot qui tuait au hasard, faute de comprendre ; et un sourd, qui tuait au hasard, iautc d'entendre\ Au
: Ifons Vvfons connu personnellement, et nous tenons le ùÂi de luiméine. .
- Dépo<;ition (le MoiUané, dans le procès de Poaq1lie^'TinTille, t. XXXIV
de VHistoire parlementaire, p. 445.
5 Déclaration de Leroy, t. XXXIV de VHistoire parlementaire, p. 479. * Di posilion de Daubigny» Dantoniste eislté. Ibid,, p. 4i2 et 414.
' ](nd.
^ Voyez i tiiitoire de la RéiioluUûn, par M. Michelet» liv. XVII, cbap. ^p. 199.
370 lUSTOlRE DE LA RÉVOLUTION (1794).
reste, la siiilc de ce réeit dira par queL» riiotiis la conduite du jury fut déterminéi'.
I/examen porta d'abord sur les manœuvres eomip* triées relatives à la Compagnie des Indes. A Ti^ard du
(niii nisseui d £^|)a^uac, Cambon lit une dépobilion aeca- Uiaiile*.
Fabre d'£glantine, avant de se défendre du crime de faux qui lui était imputé, demanda communication de^
pièces oi ii^inales : deiiiaiide «pron ne |)ouvail repousser bans une enanle injustice, et que le président ne rougit point d'éluder^ en faisant observer' au prévenu qu'il lui suffisait de reconnaître ou de désavouer les changements et altérations mis sous ses yeux. Quoique privé de la sorte <1 Mil puissant uioven de (livreuse, Fabi'e se défendit (rèsbieii \ Malheureusement, Cambon, qu'il semblait aceuseï^ de n'avoir pas été assez hostile à la Compagnie des Indes, se tourna contre lui, et affirma qu'il n'était pas possible que Fabre n'eût eru signer qu'un projet de décret^ les projets n'étant signés que très-rarement \ »
E&i'ïï vrai qu'en ce moment Cambon, interpellé par Danton et Camille de déclarer s'il lès regardait comme des conspirateurs, des contre-révolutionnaires, répondit c< qu'il les regardait, au contraire, comme d'excellents patriotes, qui n'avaient cessé l'un et Tautre de rendre les plus grands services à la Révolution 7 » Ce £siit, sur leqoel le compte rendu du tribunal se tait, est un de ceux dont
< Vû|ei k lifooàs de Danton, dans VBUMrê parlementairê, t. JXHU^ p. 119 et ISO.
* « Avec fondement, » ajoute le compte rendu ! Ibid,, p. 130. ^ Histoire parlementaire, t. XXXll, p. 120-127.
L'explication qu'il donna de sa cotiduite au tribunal est identique h celte qui se trouve dans le Mémoire de lui que nous avons d^ fait «oonaitre au
lecteur.
* Uistûfrt' purienieiuaire, t. XXXII, p. 123 et 124.
Sur les ialsilications qu'à ce mjeX M. Michelet attribue au compte rendi^ ofticiel^ voyez lu note placée à ia suite de ce chapitre.
PROCÈS ET MORT DES DANTOKfSTCS. 571
Daubigny déposa dans le procès de Foiiqiiier-Tinville K Hais ce qui rend Texactitude de l'asserlion au moins douteuse, c'est qu'elle fut indirectement contredite^ depuis, par CamboD lui-même, dëclarant en pleine assemblée
que Danton était un conspirateur, et qu*il avait fait partie, avec PachCy avec Kobespierre, du Comité secret de Charenton\
' knx preuves qui s'élevaient contre lui, Chabot opposa
sa qualité de rcvclalcur. Dolauriay nia tout. Bazirc s'écria, avec l'accent d'une âme lionnête : «Si les apparences m'accusent, la vérité doit m'absoudre'. »
Vint le tour de Danton. Sa voix tonnante pouvait être entendue au dehors et au loin, les fenêtres du tribunal étant ouvertes. Il connaisbaii la j)iiissance de sa parole, et s'en servit en homme qui brave ses juges , dédaigne ses ennemis, et n'entend s'adresser qu'au peuple, bien décidé à l'entraîner en Témonvant. <n Ma voir, qui tant de fois s'est fait entendre pour la cause du jieuple, n'aura pas de peine à repousser la calomnie. Les lâches qui me calomnient oseraient-ils m'attaquer en face? Qu'ils se montrent, et je les couvi*irai d'opprobre !... Ma tête est là, elle répond de tout... La vie m est à charge ; il nie larde d'en être délivré!... » Le président i interrompit : a Danton, l'audace est le propre du crime ; le calme est le propre de l'innocence... d Mais lui : oc L'audace individuelle est sans doute réprimable, et elle ne put jamais m'ôlre reprochée; l'audace naLiouale, dont j'ai Laiit de fois servi la chose publique, est nécessaire en révolution ; elle m'est
* Voyez VHistoirc parlementaire f t. XXXIV, p. -405.
' Moniteur^ an Ul (1794), n'IA. — Cn i a échappé à M. Michelet, qiij
a basé exclusivement son rtkil de la mort do Danton sur des témoignages Dantonistps, romnie ceux de Fabricius Paris, dp Daubigny, sans en discu* ter la valeur, et sans prendr<> gàrdc aux circoaslances sous Tempire des-" quelles cp«î témoignages se produisirent. ' limoire parlementaire t t. XXXU, p. 128.
permise, et c'est de celle-là que je m'honore. . . Est-ce d'un révolutionnaire tel que moi qu'il faut attendre une détense froide? Les hommes de ma trempe sont impayables : sur leur front est imprimé en caraelèrcs ineffaçables le sceau delà Liberté, le génie républicain... Saint-Jusl, tu répondras à ia postérité de la diffamation lancée contie le meilleur ami du peuple!,.. En parcourant cette liste d'horreur, je sens toute mon existenee frémir*.. » il allait continuer. Hermann, avec dignité : « Maral fut accusé comme vous. 11 sentit la nécessité de se jusliiier, remplit ce devoir en bon citoyen, établit son innocence en termes respectueux, et n'en fut que plus aimé du peuple... Je ne puis vous i)roposi r de meilleur modèle...» Danton reprit, sans pouvoir commander à s(»n indignation : ce Je vais donc descendre à ma justification !... Moi, vendu à Mirabeau, à d'Orléans, à Dumouriezl Moi, le partisan des royalistes 1 » A peine avait-il abordé cette accusation, que, ressaisissant le rôle de l'attaque, le seul qui convînt à son génie, il éclata en menaces : a Que mes accusateurs se montrent, et je les replonge dans le néant... Vils imposteurs, paraissez ! » Pour la troisième fois, le président rarrétant et lui faisant observer que ce n'était point par de telles sorties qu'il convaincrait le jury de son innocence : « Un accusé comme moi , répliqua-t-il fièrement, connaît les mots et les choses ; il répond devant un jury, mais ne lui parle pas. » 11 continua sur cé ton, tour à loar émporté, méprisant, ironique; tantôt annonçant qu'il avait des choses curieuses à révéler sur les « trois plats coquins qui avaient perdu Robespierre, » tantôt se répandant en railleries sur ce que la Convention avait appris si tard à le connaître, lui Danton; et, à mesure que, d*une voix calme et grave, le président le rappelait à la modération, lui, redoublait de véhémence. Il affirina que jamais l'ambition et la cupidité n'avaienl dirigé ses actions, que jamais il ne leur avait sacrifié la chose pu
PROCÈS £T MOBT DES DAI4T0NIST£S. 573
blique ^ Il rappela sa résistance à Pastoral, à la Fayette, à Baiily, à Mirabeau, et comment il avait combattu la royauté, et que, lors du voyage de Saint-Cloud, loin de protéger la fuite de Louis XYI, il avait fait hérisser son passage de piques on de baïonnettes et saisir la bride des clievaux. Stu" ce ((Il uii lui liujuilait d t^fre alli' eu Angleterre le 17 juillet 1789, inculpation ridicule queTemploi du niot émigré par Herniiann rendait odieuse, il expliqua que; ses beaux-frères ayant passé le détroit pour aflaire de commerce, il avait prolilé de Toecasion ; et, ( ( iiimic fTf'rmann, ti:jès-m,al à propo^î, lui opposait 1 exemple de Narat : «Ët moi, répliqua- t-il, je soutiens que Harat est passé deux fois en Angleterre, d II se défendit d'avoir cherché à sauver Duport. Il avoua (]ui\ minlsfre, on lui avait coiilie des tonds'; mais il oUrit d eu rendre un compte fidèle, ajoutant qu'ils avaient pour objet d'accélérer le mouvement de la Révolution. Lui, d'intelligence avec la Gironde? L'animosilé que lui portaient Guadet, Biis^ul, D.a knoux, attestait assez le contraire. Il fit justice des inductions venimeuses tirées contre lui de TéleciioB du duc d'Orléans, parce qu^il l'avait appuyée. Il donna de ses rapports avec Dumourîez une explication naturelle, sinon décisive, A ralléff'ition alisui de de Saint- <tust, que la fameuse pétition du Champ de Mai^ n'avait élé^'un prétexte, payé par la conr^ pour déployer le drapeau rouge et essayer la tyrannie, il répondît par l'évidente pureté des motifs dont cette pétition portait l'empreinlu ; maiî», reiativemeni à sa piéseiice à Ârcisrsur-Aube pendant le massacre qui suivit, la justification était impossible*, et il ne put qu'éluder l'accusation. II ne fit pas face
* Voyez la note placée à la fimUt de ce cliapilre.
- I.r rmripto rorifiti portr* rînqnnntf» rnillion^^ : înai« roH dnif rlvo mh» biieui (ie cliiHi i-. i inquante luiiiions u'csL pas une i>ommc qu on ait pu confier b un .-cul iiiiiii>ti'«^,
• VnvP7. il;nf< nii lirs jn, n iionls volumes de, cet ouvrage, le chapitre relaUi au uiassaci e du Champ de Mars.
574 mSTOIUE Diù LA RÉV0LUTI02( (1794).
non plus au reproclie que Saint-Just lui avait adressé de
sVHrc relire à Arcis-sur-Auhe au iiiuiiient on l'orage du 10 août se préparait, et de n èlrc revenu à Paris, pressé qu'il était par les reproches dés patriotes, que la veille de cette journée terrible. Il assura qu'à cette époque il avait dit:«Ije juMiple français sera victorieux, ou je serai moi t ; il ino Ihut des lauriers <»u l<i inui L »Ce nVlail point précisément là le point en question. Quant à sa part dans ' le mouvement, il dit qu'informé par Pétion que l'attaque des royalistes était concertée pour la nuit, mais que tout était arran^('^ de manière à renvoyer le tunil>a( au lendemain, il s'était rendu à la section, y était resté douze heures de suite, ne l'avait quittée qu'en recommandant à ses amis de l'avertir si quelque chose de nouveau arrivait, et y élait rrloiirné à neuf heures le lendemain *.
En parcourant ainsi la série des accusations qui lui étaient personnelles, Danton avait peine à contenir des mouvements de fureur. De sa voix, puissante quoique altérée, il écrasait la sonnette du président. « Est-ce que vous ne m'entendez pas? » lui crie Hermann. Danton : « La voix d'un homme qui défend sa vie et son honn^eur doit vaincre le bruit de ta sonnette*. » Le public murmu* rail pendant les débats : lui, éclata par celte apostrophe : « Peuple, vous me jugerez quand pnirai tout dit. Ma voix ne doit pas être entendue de vous seulement, mais de toute la France'. » Et il parlait, en effet, comme s'il eût voulu que la France entière l'entendît, poussant parfois des rugissements tels, qu'ils parvenaient au delà de la Semé, jusque sur le quai de la Ferraille, où chacun
• Voyez, pour lu deiense de Danton, le Compte rendu du Tribunal ré-volutionnaire, Hisloire parlementaire, t. XXXII, p. 152-141 :el, on ce qui touche ce compte reiidu, la uuLe a Ui^uc placée à la suite Je ce cliapkr«.
• Fait raconté àam les prisoBs par un eiioyen. téioom des débats. VojfiS Ménunres sur le» prismu, t. H, p. 85»
PROCÈS ET MORT DKS OA.NTOMSTES. 575
dé ses mots saillants, transrais de bouche en bouche, semaient Tagitalion. Le voyant fetigué, les juges Tinvitèrent à suspendre sa défense, pour la réprendre ensuite avec plus de calme ^ Use lut.
. . On interrogea Hérault de Séclielles^. accuse <l' avoir eu deiïMrdaliens inlimes avec Proly et Dubuisson ; d'avoir
cherché à facililtu' à une léninie, soujiçofini'e «Témi^ ration, la preuve de sa résidence en Fr<Mice ; d'avoir écrit -èpirffétre de prendre pati^ce, et que l'ordre ne lardenil pas è6e<réîablirw II faHait les yeux de la iiaine |>our di^convrir là (ont autan I de criinos. Vn seul lait eut été accabl;int s'il eût été j)rouvé. line lettre lut produite (jui DiMsait de Hérault de ^belles ageni secret de l'en- ■Mnit y mais b teneur même de cettevlettiria et< le' s^le mal^ adMleiiienl perfide du rédacteur «indiquaient de reste une de ces falu'ications nujindentes aii\(juelles l'étranger, à is6klù époque, avait si souvent i ecourspour perdre les uns fMritt'autres les patriotes. Ët c'est ce que l'accusé exposa dMfciilm'feliDe et digne • ; m ' ^ :
* Snr les commentaires auxquels cette invitation a donné Ùeu, voyez la lîàlftérili^ placée à la suite de ce chapitra. ' V
tfiMB'lfirvMffdi^: il âdte les Uimùitu 4tt pince ée HMeiberg lin passage qui fait comprendre que Hérault de Séchelles ait été[8qi^p0ii|M|é* Après avpir raconté (t. II, p. 399,) que, h la nouvelle de la translation de )larie- Antoinette à la Conciergerie, le comte de Nercy, alors à Bruxelles, dépêcha un émissaire à Danlon pour l'engager à épargner la rein(>; qu^n lui offrit pour co service une somme d'argent considérable, et qu'il la pejt>l;i, (lisait qu il conscnlnit îi iiroléj^er la reine sans aucune vue d'intérél |)er>oiin(>l, le prince de llaideiilier^ ajoute: « Plein de confiance dans la protection de Danton, le eonile de Mercy ei tit d'autant mieux (ju'i lle sullirait à la sûreté de la reine, que, pendanl plus d ini mois, l illustre captiNC parut oubliée à la Conciergerie Mais on \it hienlôl tout le vide et I inefli- ^eacité de cette négociation clandestine. 11 parait certain que Danton et ses .^\ipil:6fa^b^ent à en tirer pai^li dans des vues de domination parUcuiière. 9kÊm$*Umi cooeerléf ^mniilliinult de Séchelles, ce dernier se renc^it ^sUriaMeiqiplyigliii^ >9er9en^t, pquromEeMiops^r^elM^ d0 mi intimité avee meademoiseltea ^^éflf^jf^ J^mf^^t^tmmm^' (hélemy, ambassadeuMM Suisse, ifc» cnpjjwppi jjnn^ljjftj^^ pàikrk tpà elles fiirait léfélées, regarda amune mif&Am1^^^!l9m^i «
576 niSTOIRE DE LA RÉVOLUTION (1794).
Camille avait récusé un des jurés, ReDaudin : le tri* bunal rejeta celte récusation, comme contraire à la loi,
attendu qu'elle ivavail point été formulée par écrit el dans les vingt-quatie heures avant l'ouverture des débats ^ Quant aux griefs dont on s'armait contre lui, r accusé protesta de son dévouement à la Révolution ; il rapptîla comment il avait dénoncé Dumouriez et les traîtres ; il demanda qu'on uc jugeai point le Vieux Cordelttr sur des phrases détachées; il déclara n'avoir fait que suivre Fexemple des meilleurs patriotes en proposant un Comité de clémence ; à l'égard de Dillon, dont on lui reprochai ( d'avoir élé le défenseur, il assura n'avoir réclamé autre chose pour lui qu'un jugemenl prompt qui le punît, s'il avait été coupable, ou mit au jour son innocence. Hermann lui ayant posé cette question : « IS'est-il j)as vrai que vous vous èles opposé de toutes VOS forces à la saisie des biens des Anglais? Uue vous avez traité les commissaires de proconsuls et combattu let]i*s rapports d'une manière indécente, » il répondit : « Je nie le fait, et j'en demande la preuve à mes accusateurs*. »
Parmi les prévenus, il en était un que poursuivaient depuis longtemps des soupçons cruels, dont l'injure avait rejailli jusque sur Danton. A la veille de mourir de la main du l)ourreau, le général Miac/inski avait fait, concernant la conduite de Lacroix en Belgique, des déclaratiens dont le procès-verbal portail : c< Lacroix dit au général Miaczinski : Écoutez y vom ite$ àranyer ; pillez^
que Danton rêvait à faire la paix et qu'il a${)iniit à èire régeDt. Pau de mois après, lui et ses amis mootàrent sur Téchafrud. » [Mémoires tirés des papiers d^un homme d^État, t. II, p. 400 et 401.)
' Tojei, sur le témoignage de Pàris relativement à ce fait, la noté critique placée k la suite de ce chapitre.
* Voyei le procès de Danton, t. XXXII de YHistoire parlemeniaire, p. 147 el 14«.
PROCÈS ET MORT DES DANTOmSTBS. 577
nous pariagerom K » Or, bien que ces déclarations n'eussent été consacrées par aucun vote de I^Assemblée, et
que Drouot, l'un des deux commissaires chargés de les recevoir, les eûl allribuées à un lâche espoir de conserver la vie, -^ supposition démentie, au surplus, -par la mort intrépide de Hiaczinski*, — Tintégrilé de Lacroix élnil restée prohicmalique. On se rappelait l)ien que, conlroiité avec Miaczmski, il avait déployé, scion liroueL*, l'assurance d'une conscience tranquille ; mais on se ni[)[)el<ut aussi que son accusateur n'avait rien rétracté^, et que lui-même avait avoué avoir dit au général, en présence de Uaiiton : c< Vous avez [)erdu vus elieis? Eh bien, vous éles en pays ennemi : bouzardez, et dédommagez-vous de votre perte *. x> Le passage suivant du manuscrit de Robespierre, publié en 184i , pont donner une idée des rumeurs qui couraient sur le compl<' de Lacroix : « Dans le pays d^j^Lacroix, on ne p;ii h que des serviettes de l'arcbiducliesse, rapportées de Belgique et démart{uées dans le pays*. » '
< Proctis->Terlmt des déclarations du général Niactînskî. Toyei V Histoire
parlementaire, t. XXVll, p. Wî.
- Le compte rendu du Tribunal criminel constate qu'il mourut avec le plus grand courage. [Ibid., p. 119.) Au reste, il résulte du rapport de Drout^l lui-même que la lettre par laquelle Miaczinski offrait do faire des révr-latioiis, si on lui accordait un sursis, nY>t:iit pas de lui. {lbid,t p. 165.)
^ Histoire parlementaire, t. XXVU. p. 106.
* Rapport de Drouel, diins Vfîistuirc pnrlrnirnlairc, 1. XXVII, p. 166: • Lacroix demanda à Miaczinski ; » Vous ai-je «'Ifpctivoinenl conseillé de « piller, en ajoutant que je p;ii'lagerais avec votis h produit de ce briganfl dage ? » Miaczinski : « Je rai dit, el je le répèle. » — Ra(f^ort de Rouzet, rautre eotnroissaire, ibid.^ p. 165 : « ^'ous avons interpellé Niactinski sur ce mot : « PiUen, nom partagerotti, » Il répéta ce root »
* Rapport de Bouxet» ibid»
* Saint-Just ne crut pas deroir faire usage, pour son rapport, de ce passage, qoi se trovTe biffé par lui dans le manuscrit de Robespierre, soit que de telles rumeurs lui aient paru sans fondement, soit qu^il n*ût pas voulu mt îiii tiner un détail aussi bas, li cause de Fimpreision que cela pourrait produire à rétranger. On a va, par la censure que Bilbud*Varenne et
378 lllSTOIBiS DB LA RÊVOtUtlON (1794).
Quoi qu^ilensoil, Uemiann glissa (lès-légèremenlsui des faits que, pour l'honneur de la Kcvoluiion au dehors, il importait, en tout cas, de couvrir d'un voile. Il rappela les déclarations de Miaczinski, mais dans des formes adoucies, et manifestement adoucies avec intention : « Miaczinski vous accuse de lui avoiïr dit : <c Vous êtes c< en pays élrangei', la Convention ne vous doit aucune ' « fourniture ; c'est au pays i li aiiger à vous ravilailier. » — Pouvez- vous donner au tribunal quelques détails sur votre mission en Belgique? — Lacroix a4-il jeu connaissance d'une voilure qui contenait quatre cent mille livres d'effets précieux * ? » La défense de Taccusé consisla à dire que les déclarations de Miaczinski étaient mensongères ; que, logé en Belgique, lui, Lacroix, chez un général assez mal meublé, il avait acheté du linge pour l'usage des représentants du peuple, et l'avait déposé dans une voiture, qu'on avail arrêtée à Béthune; qu'une autre voiture, contenant de^^Targenlerie, avait été pillée dans un village, et qu'il en avait été dressé procès-verbal*. Ce fut tout. Le président se hâta de passer à la partie politique de l'accusation. Mais ici Lacroix avait à invoquer le témoignage de quelques-uns de ses collègues de la Convention, et il l'invoqua.
On a vu que le plan de défense de Danton et de Laeruix consistait à émouvoir le peuple ^ à donner au procès les proportions d'une grande bataille politique. En conséquence, les accusés déclarèrent qu'ils avaient à dénoncer la dictature du Comité de salut public, et ils demandé- Robespierre firent du rapport d'Amar dans raiSaire Chabot, combien le {kwilé de Salqt public craignait cette impression,
* Voyei te procès, tome X3LXII de VHUUnre parlmmUaife, pages 1^ et 150. >
* Ibid., p. 150.
' Uémoire$ sur les prisons, i. 11, p. i54.
PUUCÈS ET MOUT DES DA?»TOiNISTES. 579
reni au trilmnal d'écrire à t' Assemblée pour qu'elle reçût
leur dénonciation ^ Accéder à une pareille demande, c'eut clé liicLlre les atx;U6C.^ buv it sié^e des juges et les jiiges sur le banc des accusés : le tribunal n'y pouvait consentir sans changer la nature de ses attributions, il refusa ; et Ton a de la peine à concevoir que cela lui ait été iuiputé à crime, môme par les historiens qui a ont Jait que servir d'éclio à l^abricius Pâi is ^ ^ Où il y eut iniquité flagrante, ce fut dans le refus d'appdèr' eti ténioi*^na<>e seize membres de la Convention^
dont Jes ;ic('uscs avaiciiL lourni l;i liste.
Le Comité avait hieii prévu *priL^ ciiUeraieiit dans eette'Voie, et, la veille du jour où ils lurent mis en juge* ment, il avait été enjoint à Fouquier-Tinville de résister \ 11 est certain qu'en admettant la requête présentée on ouvtail une arène à la guei ie civile. Mais à qui ia iaute? L'admission des témoins indiqués étnit de droit rigoureux et: qui superpose la raison d'État à la justice est «m* la pente de tous les crimes. Celte pente, Fouquier^ Tijivillft la descentlil effrontément, lorsque, organe serviie td'une^ pensée qu'il prélcndii [)lus lard n'avoir <paSi étéida' sienne il Of^sa aux Féclamaiions, passionnées maih légitimes , des. accusés^, cette fin' de non^reeevoûl^ pitoyable : *< L accusation portée contre vous émanant de la Conventiuii en masse, aucun de ses membres ne peut vous servir de témoin justificatif \ »
Toutefois, comme Lacroix insistait et protestait : > Eh
* CVst du moins ce que Paris affirma nu proi ès de Fouquier-TinvUle* ■Vojez V Histoire parlementaire, t. XXXIV, p. 470. .
* Voyez» ubi supra, sa déposition. Il assure que le Trilnmil n^avaift OttOine mùOH valable à opposer à k requête des accusés, lui greffier» et qui devait savoir ce que c*est qu*un tribunal.
^ Bépom d^Ant^ine-Qimtm Fouquiar oux diff&renU chefs d^aùasaUmt etc.
« mu.
^ Vojex le procès. HitUHre parlmentaire, t. nXU, p. 15S.
bien, dit Taccusateur public, je vais écrire à la Gonvenlion; et son vœu sera exactement suivit x>
Yinf ensuile rinterrogaluii e de Philippcanx et celui de Weslermann, qui ne présentent de rcuiarquable que cette belle réponse de Philippeaax à Fouquier-Tinville, lui criant : « Il ne manque à ce que vous dites que les actions » : // rom est permn de me faire périr ; maisy m! outrager y je mm le défendsi ^
Ceci se passait le 14 germinal. Dans la soirée. Fouquier court aii Comité. Il' aurait voulu, quant à lui, qu'on fît droit à une requête qu'on ne pouvait repousser que par une violation manifeste de tous les principes. Billaud'Yarenne et Saint-Just montrèrent un front menaçant. Il se relira \
Le lendemain, avant Taudience, Hermann et Fouquier, entrant dans la chambre des jurés, leur font part de la réponse du Comité \ L'audience s'ouvre. Danton, soutenu par ses coaccusés, renouvelle avec force sa demande de la veille. Il était très-animé; et ses formes robustes, sa puissante laideur, le désordre même de son éloquence emportée, ajoutaient à l'effet de ses protestations. Il se déchaîna contre Robespierre et Couthon, contre Saint- Just et Billaud, contre Amar et Vouland, contre Vadier surtout*. Du refus d'entendre les témoins, il menai^it
* Voyez le procès, Histoire parUmeniaire, t. XXXU, p. 152.
« Ihid., p. 155.
Déiiositioii ik' Daubigny dans le procès de Fou<|uier-imviile. Hisloire puriementaire, t. \XX1V, p. 405.
Dans son Précis jasUficaLif et hiUoriquc, Daubigny donne le même détail, comme le tenant de Fouquier lui-même, lorsqu'ils étaient ensemble k Sainte-Pélagie. Bibliothèque hi$Umque delà BévohUim, 047, 8. Màiàt Muséum.
^ Dédaration d'Hermami et de Fouquier, dans le Procès de ce dernier. Histoire parlemenlairet t. XXXIV, p. 477.
» Fréeis jusUficatif et historique, par Vilain Daubigny. BiJbUùlhèqué hùtorique de la Bévolution, 947, 8. British Muséum»
d'appeler au peuple entier, que sa forte voix faisait tressaillir. L entassement de la tbule étant te! que beaucoup ne pouvaient rien voir, Tiiirion était monté sur une chàiae; Danton Taperçoit et lui crie avec passion : k Ailes à l'Assemblée; allez demander que nos témoins àuiciil enloncliîs' > Il n'est pas vrai que les accusés, ce jour-là, jnsiiilèieiit le tribunal, m qn ils laucèiiiiii aux juges des boulettes de pain% et même, Danton dit à Hermann . a Président, je fe respecte ; tu as l'âme bonnéte'. » Ce est vrai, c'est q|oîii l'émolion dos acc'^^'^s s'était comiiiuniqutiti au peuple; c'est qu'il frémi^^ait connue les feuilles d'une forêt au souffîe d'un vent d'orage; c'est bue les juges étaient troublés, et que, selon l'expression d1lt riii;niii, il y avait dans la salle de grands mouvements *. »
Lès murmures du peuple inquiétant le tribunal^ Fouquiér-Tinville écrivit sur-le-ebamp aux Comités la lettre suivante, dont il donna lecture aux accusés à l'audience : *
« Citoyens représentants, un orage borrible gronde * depuis que la séance est commencée; les accusés, en forcenés, réclament l'audition des témoins à décharge, des
citoyens députés Simond, Courtois, Laignelot, Fréron, Panis, Lindet) Galon, Merlin (de Douai), Gossuin, Le-
* Dédantion de Thirion, dans la séance du 15 fructidor, citée par Lecointre» dàossa broctiure Appel au peuple français, — Bibliothèque hû" torique delà Révolution, 1097, 8, 9. Bnlish Muséum.
* Voyez la déclaration d'Hennann. dans le procès de Fouquier-Tinville, t. XXXIV de Vtiittoire parlementaire, p. 462.
- Ibid.
* Histoire parlementaire, t. XXXIV, p. 462. Voyez Précis juslificatif et historique, par Daubigny, et la déposition de Pâris dans le procès de Fouquier.
* Cette dernière circonstance, très«digne d'être remarquée, est afllnuée par Daubigny dans son Précis justificatif et historique. Voyez la Bibliothèque hUtwrique de la BétfOluUon, 947, 8. British Maseuin. •
382 IliSTOmE DE LA RÉVOLUTION (1794).
gendre, Robert Lindet, Robin, Goupilleau (deMontaigii),
Lecoinlre (de Versailles], Brival et Merlin (de Thionville). Ils en appellent an peuple entier du refus qu'ib prétendent éprouver ; malgré la fermeté du président et du tribunal, leurs réclamations multipliées troublent la séance, et ils annoncent hautement qu'ils ne se tairont pas que leui*s témoins ne soient entendus, sans uu décret. Nous vous invitons à nous tracer déflnitlTement notre règle de conduife, Tordre judiciaire ne nous fournissant aucun inoyen de motiver ce refusé »
Celte lettre, qu'Ilcrmann et Fouquier-Tinville signèrent*, constatait un fait vrai, savoir, les réclamations véhémentes des accusés; elle ne parlait ni d'insultes adressées aux magistrats ni de révolte; loin de tendre dépouiller les prévenus de leurs moyens de défende, elle semblait viser au but contraire, en informant la Convention des dangers d'un refus qu'elle signalait la ditticuUé de nu^iver judiciairement^. Aussi ne provoqua-t^elle aucun murmure de la pari de ceux qu'elle concernai», quand elle leur fut communiquée \ Restait à savoir quel usage en ferait le Comité de salut public.
Or, pendant ce tem[)s, une agitation inaccoutumée réirnait dans les prisons. A Saint-Lazare, où Ton avait coniondu pêle-mêle Millin-Graudmaison, Gilibcrt, I^apalue^ Grammont père et lils, d'Ëstain^, des hommes de tous les partis^ le bruit s'était répandu, dès le 14 germi-^
I Voyez le procès de Fouquîer, t. XXXIV de VHitUnre parlementaire,
* Fouquier en avait écnl une autre dont Henoann trouva le style trop violent et qui fut remplacée par celle-ci. Voyez la déclaration d'Hormann dans le procès de Fouquier. Histoire parlemenLairet t. XXXIV, p. 4(32.
* C'est ce que Fouquier-TinYiUe fait ressortir Ticlorieusement dans sa Répome am difp^rmts chefs d^accusatUm, To^ez la BMiathèque historié de la HévduUûHt 947» S. British Niueain.
* n n'en est nullement question «Isne le récit de Deubignv. Préeitju»^ Hfieaiif et hiu&riq^, vin. supra.
PROCÈS £T MORT DES DÂKTOiSlST£b. 585
liai, que la Convention était divisée; que le Tribunal révolulionnaire avait été forcé de suspendre les débals; qu'une insurrection populaire se préparait; qu'elle devait édater cette uuit-là même; que les détenus pouratent s'attendre à être délivrés. El ce brwtl s'accrédita tellement dans le corridoi' numéro 5 de la maison, que plus de trente détenus y restèrent toute la nuit sur pied, prêts à profiter de l'oecasion^. Lebois, un d'eux, disait que les femmes; dans Paris, empêcheraient bien les necnsés d'être guillotinés'.
^ Au Luxembourg, où Ton formait des vœux ardents pour Camille Desmoulins*, on apprit ee qui se passait pAr Dillon^ ami de Camille, et qui recevait deux fois^mr jddr des nouvelles <ln tribunal*. Jusque-là, rien de mieux; mais, malheureusement, la prudence, chez Dillon, n'était pas la qiiaitté dominante, et il commit une imprudence fâtaie^Sans la prison se trouvai tun certain Laflotte, abtfien ministre de la République à Florënèe, homme d'un caractère |h*u sûr, — la suite ne le prouvera que trop ! — Le soir du 14, Dillon se rend auprès de lui, et, après lui avoir parlé de l'impression produite sur le peuple par l'attitude des accusés, il lui dit que les prisonniers sont menacés d'un égorgement ; qu'il faut résister à l'oppression, se réunir ; qu'il a formé un projet, lui Dillon, pour l'exécution duquel il s entend avec Simond, homme à la tète froide et au coeur chaud ; 'qu'il le lui amèi^èrifl, maA que Thouret, autre détenu, et qu'ils lui confieront leurs vues. Puis, en présence de Laflotte, qui a feint l'assentiment, Dillon donne à un porte^lefs nommé Lambert une lettre dont il coupe la signature, 'sans cacher que cette
• Bcnsoignpinenfs donn«'s par Léouaixl Ik^urdoii. — Rapport dcSaladio, nuinér i xxu des pièces à i'appui.
s ibid.
Mémoires sur les prisons, i. U, p. 155.
* Ibid.
384 UISTOIRE DË LA RÉVOLUTIOiN (1794).
lettre était à l'adresse de madame Desmoulins, et metlail
à sa disposition mille écus, « [hjuv envoyer du monde autour du Tribunal révolutionnaire. » A huit hautes et demie, Dillon, accompagné de Simond, reparaît chez Laflotte, qui ouvre l'oreille à des confidences qu ' il se réservait bassement de trahir. Et en effet, le lendemain, 15 germinal, Tadminislraleur de jjoliee Wichlerich, sur une lettre du concierge du Luxembourg, allait recevoir, de la bouche de Laflotte, la déclaration des faits qui précèdent ^
Aussitôt Saint-.liist et Billaud-Varennc courent h la Convention. Elle venait de ciiasser iguoininieusemenl de la barre deux pétitionnaires qui avaiait osé lui proposer de mettre la mort à P ordre du jour. SaintJust parait et s^^prime ainsi : a L'accusateur public du Tribunid révolutionnaire a mandé que la récolle des coupables avait lait suspendre les débats de ia justice... » Mensonge indigne 1 Bans la lettre d'Hermann et de Fouquier, il n'était nullement question de révolte. Cette lettre, pourquoi ne pas la lire? Au moins aurait-il fallu faire sa vuu à la Convention ce que les accusés réclamaient! Mais non : de l'objet de leurs réclamations et de la liste des députés qu'ils voulaient qu'on entendit comme témoins, pas un mot. Jamais omission ne fut plus crimiiielle ; jamais réticence ne res- * sembla davantage à un assassinat. Il y a là une souillure qui, éternellement, suivra le nom de Saint-Just. c< Vous avez échappé, continua-t-il, au dan^^er le plus grand qui jamais ait menacé la liberté... La révolte des criminels, aux pieds de la justice même, explique le secret de leur conscience... Quel innocent s'est jamais révolté contre la loi»?... »
* Voyez le rapport de Wichlerich, l. LVXU de V Histoire parlemenlau e, p. 187-190.
Voyei U note critique placée k la suite de oo chapitre.
• HUloire parlementairt, t. XXXIt, p. 185-187.
PROCÈS ET mia i)ES DAKTONlSTliiS. 585
Et au nom des deux Comités, il |h uj osa le décret suivant:
« La Convention décrète que le Tribunal révolulionnaire continuera l'instruction relative à la conjura lion de Lacroix, Danton, Chabot et autres; que le président emploiera tous les moyens que la loi (m donne pour faire respecter son autorité et celle du Tribunal révolutionnaire, el pour réprimer toute tentative de la part des accusés })our troubler la tranquillité publique et entraver la marche de la justice.
« Décrète que iuuL |)r évenu de conspiration qui résistera ou insultera à la justice nationale sera mis hors des débat» sur-le-çhamp S )> -
On a dit et répété que Saint^ust fit rendre par la Convention un décret qui mettait Danton et ses amis hors des débats : c'est une erreur mamiesle. Le décret du la germinal enjoint, au contraire, de canMnuer limtrudiont c'est-à-dire Taudition des téipoins et tout ce qui appartient à la procédure. La mise hors des débats n'est décrétée que pour le cas où la rébellion des accusés ^lécessilerail le recours à cette mesure extrême ^ Hais Todieux était dans la constatation fausse qui provoqua le décret du 15 germinal, et dans le silence artificieux garde sur une demande (|ue la Convention eût admise peut-être, si on la lui avait loyalement exposée.
Pour mieux entraîner l'Assemblée, Billaud-Varenne ne manqua pas de lui lire le rapport de Wichterich; rapport prouvant, dit-il, «quelle iiiLiinitc règne cuire les conspirateurs traduits au tribunal, et ceux des prisons \ » Ainsi fut emporté le vote.
.* Histoire par temen taire, t. XXXll, p. 187.
' C'est ce que Billaud-Varenne, CoUot d'Uerbois elBarère ûrenl obser ver avec raison dans leur Bépome aux pièces communiquées par kt Cm' missim 4es Vingt ^ tm. — BibUoihéque historique de la dévolution, llOa, 1. BrUûh Miueum.
« Histoire parlementaire, t ÎXXII, p. 187.
586 IIISTOïnE DE LA RÉVOLUTION (1794).
En co moment, la femme de Philippeaux sollicitail la
permission do se présenter à la barre. Billaud fut d'airis qu un l'admiL ï>in-lo-chanip et que, pour toute réponse, on lui iùl la lettre de Garnier (de Garnies), aiin>qu'elie apprît qu'elle sollicitait en faveur d'un oonspirateur, « Heureusement, écrit Daubigny, — tout emieini de Roliespierre qu'il se montrait quand il traça ces lif^nes, — henreusement, RobespieiTe, plus humain cette iuis que Billaud - Varenne , s'y opposa ; et vous n'eûtes point à rougir de voir sous vos yeux insulter à la douleur d'une Feniuîe qui venait vous implorer^ y>
Amar était au Comité des procès- verbaux (puuui ou vint y expédier le décret : il se charge de le porter au* tri* bunaiV De son côté, Vouland'pfortait la.dëcllinatioii de Lallolte. Fahricius PArrs , ennemi mortel deiPouquien- Tinville% et dont il est juste par conséquent de n'admettre le témoignage qu'avec réserAc , raconte qu'il vit arriver les deux^ messagers le visage pâle, €A pleins de la crainte sinistre quc'Ies victimes' n^éotiappaasent au bourreau 4 II peint Vuuland remettant à Fouquier lè papier fatal, avec ces mois : «Nous les tenons enfm, les.soélérats; ils con* spiraient au Luicembourg... Voilà de quoi voub mettre à volre aise; » et Fouquier répondant, le-sourimsur Tes lèvres : « Ma foi, nous en avions besoin*. »
Cependant lecture est donnée du décret de la Conven* tien et' de la dénonciation, de: Laflottc* Ew entendant
• Précis justificntif e! ^ffs/or/ y / . par Vîlàin-Dauhigny. — Bibliothèque historique de la Hévolnlion, 8. iintish Museunii^V^ysa 'là note critique placée à la suile de ce chapîire.
* Déclaration d'Amar dans la sciiiici' du 15 fructidor. Il avait commencé par nier le fait ; uiui^, devant le ténioigoage.de TtilHei^ il iUr obligé de se rétracter.
« a 11 i^oait'd» l^MiiiOMilé entre Miis et^Anquicn DépoMliM derlà femmft dii ImiMiM' du VtillmÊmL{fHutife fmHmmaaSw^ XyifSiVy p. 20.)
4 Déposition de Pftris, dwas le procès de Foii^(iiin«-fiitvfUè. {HiMn parlementaire, t. XXXIV, p; 491. eli4ffB^)
fftOCÈS £T UOaT DES l)A«TO£fLST£S, 387 '
prononcer le nom de sa femme, Camille pousse un cri dëciiirant : a Les scuiérats 1 non contents de m'assassiner, ils yeufeat assassiner ma femme ^ ! y>
Daiiton se lèT^, transporté it. colère. Il somme les juges, les jurés, le peuple, de déclarer si le fait de révolte, motif du décret, est vrai". Apercevant derrière les grndins et Fouquier ceirtâins membres.. du Gomilé cLe sAreté géttérale^accdnnMi à ee triste speetaele; «Voyez, 9^éme-t*il^ ees ]âche& assassins, ils ifous suivront jusqu'à la mort*.» Le pinph est ému, il sagite. Uciuiann, étira yé, love Ift séance *.
Is i6 fienniafti était le quatrième jioui: ân procès ; et ]m foi présentait m président, lorsqu'une af&ire avait (liii'é plus de trois jours, de poser aux jjik^ cette question : aKUîs-voussuliisammenl éclairés ? > (ionimenl, dans cette circonstance» auniientriis pu L'étire? Diiatoit avait yaeli longnement, it est vrai, et la parafe, bu avait été plasieurs fois accordée Mais Tinterrogirtoire de Hérault de Séclielies, celui de Caujille, celui de Piiilippeaux, celui det W^Btarmaiiii, celui de Chabot^, quellesr Jyinières si f ca]ideB>aiaieiit*ilft danc fournifs, qu!im plus ample exadèvîni. Aifierfii»? 'Ilif les pièees, qu'on n'avait pas piodu!(('^î et les témoins, qu'on n a\;iil pas appelés ! el les a.«e«al&y^pLioa ^'^it pas entendu^! .^tU^ ce ne liul qu'un cri p0mi les accusés , cri d'^MKment , de douleur et de fureur. Vadier était assis, en ce moment, auprès dune (letite table, d;nis l'itriprimerie de Meolas, dont la, Xêualre donnait du^ectemcnt sur la première de celles
* Déposition de Paris, dans le ^rochs de Fou^miar-ïiavillc. Hislûir^ parlemeji taire, t. XXXIV, p. -47! H 47*2.
* Déposition de Daubigny, tiJ>i supra, p. 405. s DépogiLion de Pâris, ubi supra.
* Déposition de Daubigny.
» Henaann : « Je puis affirmer que Danton a eu plusieurs fois la parole. » Voyez le procès de Fouquier. HùtOire parUmentaire, L XXXV^ p. 129,
588 UISTOIUË D£ LA RÉVOLUTION (1794).
de la salle d'audience et il jnit v(3ir en effet ce que, ce jour-là même, il alla raconter à la Convention, savoir, que les accuses aTaient jeté aux juges des boulettes de pain*. La vérité est que c*est alors qu'eurent lieu, de la part des accusés, furieux, les démonstrations insultantes dont un a faussement re|K}rlé la date à l'audience précédente, pour faire croire qu'elles avaient motivé le décret du 15. Camille Desmoulins était tellement hors de lui, que, déchirant son pi ojet de défense, il en lança les morceaux à la tête de Fouquier-Tinville*. Il appelait les juges des bourreaux ; et, de leur côté, Danton et Lacroix exhalaient leur indignation en paroles brûlantes : a Jugés sans être entendus!... Point de délibération!... Nous avons assez vécu pour nous endormir dans le sein de la gloire*... » On fil sortir les accusés, et les jurés entrèrent dans leur chambre pour délibérer.
Quelques écrivains, sur la foi de Fabricius Pâris et sans discuter son témoignage, ont aClirmé que Hermann et Fouquier-Tinville se rendirent au {ires des jurés, et, pour mieux les influencer, leur montrèrent une lettre venue de l'étranger, disaient-ils, et adressée à Danton*. Il eût été juste de ne point (aire que ce fait, comme plusicui s autres venant de la même source, fut d'une manière formelle démenti par Uermaon, et verbalement, et dans une
* Précis jufH^califet hUtm^ue, par Vllain-Daubigny, dans la Bibliothèque historique de la Révolution^ 947, 8. British iliueum.
* Ce fait, affirmé par Yadier à la tribuae de k Gon?eiitioB, dans la séance du i6 germinal, se trouve confirmé dans VEuai SUr la Vie 'fe Camille Desmoulins, servantd'iDiroduction àsa Correspondance, pul>liée parMatton ;iiné. Voyez p. 25.
* Ihid. — C'est ce cliiffon qui, rnmnssf^ apr^«: Taudicnce, arriva aux mains di> Lucile, et put être ainsi rangé au nombre des documents publiés par M. Alatlon.
* t^oujpte rendu ihi procès. Histoire parlementaire, t. XXXII, p. KrJ, Voyez In ('éposiiioii de F*àris, dans le procès de Fou^uier. HiiLoire
parlementaire t i. XXXIV, p. 475.
protestation écrite^ ; que, de plus, Pârîs, témoin suspect,
parlait ici par ouï-dire, prétendant tenir la chose de Topinu-licbrun, un des jures, absertion dont on ne put vérifier l'exactitude, parce qu'alors TopinorLebrun était en fuite*. Ce qui est mieux établi et ressort d'ailleurs de la situation même, c'est que les jurés, sauf quclcpics fanatiques, se déleiiiiiuèrent par des eujjsidérations pureuient politiques et sacrifièii nf la justice au cuite de cette affreuse déesse : la raison d'Étai I Us voyaient une guerre à mort engagée. Nul espoir de réconciliation désormais. Ils eurent la vision de Hobespierre éfeîidn iimi l aux \>icd:, de Danton rvMé debout, lisse crurent condamnés à choisir'^ I.,.. , Quand ils reparurent, le trouble de leur cœur dot se lire sur leur visage. Fabricios Paris trouva à plusieurs d'entre eux «l'air d(; t'orcenés *. A h^ur téte s'a\ aurait iruiLiàard, qui, en passant devant Paiiï,, lui dit, avec un geste furitîux : <c Les scélérats vont périrM » L'arrêt fatal était porté. Un seul^ parmi les prévenus, avait été juge digne de vivre; c'était Luillier; et celui-là, dans la prison
* Bans le procès de Fouquier, il déclara nVoir eu aucune connaissance de la léUre en question,, et n^étre entré dans la chambre des jurés que le i5, à neuf heures du matin, avant Tandience» pour leur apprendre que le Comité de Salut public s^opposait à raudition des témoins réclamés par les accusés. Voyez V Histoire parlementaire, t. XXXIV, p. 477. — He plus, la déclaration de Pàris, en ce qui touche llcrmann, se trouve formellement contredite par ce dernier, dans une lettre qu'il adressa à la Commission des Vingt et un, et qu'on trouve mentionnée dans la Réponse des membres de Cnncicn ComiU' de Salut public dénoncés, aux pièces communiquées par la Comuu^sio/i r ^ Vingt et un. — Bibliothèque historique de la Révolu*
lion, 1100-1. iiihish Miisemn.
*. Voyez le procès de Fouqmer. Histoire parlemmtaire, t. XXXIV, p. 475 et 477.
* C'est ce qui nous a été expliqué par Souberbielle, un des jurés, nullement intéressé alors à donner cette couleur à sa conduite. Dans le procès de Fouquier, Uermann dit : « Cette affaire était un procès extraordinaire et politique. {Histoire paHementaire, t. XXXV, p. 130.) Plus loin, on trouvera la confirmation de ceci,
* Dépositbn de Pàris, ubi supra. — Histoire pari., t. XXXIV. p. 473.
* Ibid,
OU il fut ensuite transféré, s'ouvrit les quatre veines*.
{/à lui voulait 4U1' lo jiicrcmenl lïit proïK/jKJi; en ])r('sence des accusés; mais, comme on craignait les mouvements qui avaient déjà éclaté dans Taudience, la loi à cet égard fut violée*. Ils avaient été reconduits à ia Coaciergoric : c'est là qu'on envoya le «^lellici" leur lire le ju^irnient. A l'endroit où était cité rarticle de la loi qu'on leur appli* quait, ils ialerrompirent la lecture, ne voulant point en entendre davantage, et s^ëeriant qu'il leur importait peu livci ijucllr aniie on les assassinait
Camille l^esinoulius ne put retenir ses laimes, a Ma femme ! mon enfant ! » répétait-il sans cesse \
Les condamnés furent exécutés le 1 6 germinal (5 avril) . Ils affrontèrent la mort : Hérault de Sédbelles, avec le san^r-froid d'un philosophe; We^stermann, avec rintr<''piditc d'un soldat ; Philippeaux et Bazire, avec le calme d'une conscience droite.
Sénar rapporte, et quelques historiens ont répété d'après lui, que, quelques instants avant de partir pour l'échafaudy Danton s'écria ; a jUu importe si je meurs ? J'ai bien joui dans la Révolution ; j'ai bien dépensé, bien riboté, bien caressé tes filles : allons dormir*. 1» Hais, outre que Sénar ne mérite en o^énéra! aucune créance, et ne donne ici aucune indication de nature à confirmer son témoignage, les ignobles paroles qu'il prétend citer sont en complet désaccord avec l'élévation imposante, quoique un peu théâtrale, que, selon tous les récits, Danton
* Idémoircs si/r les prisons, t. Il, p. 93.
^ Hcrniatiti en convint dans 1c procès de Fouquier-Tinvifle. [Histoire
parlnn en taire, t. XXXY, p. 151.)
5 I)ép()siti(»n (le VVolf, couuiiis greffier tîn Tri]>unal révolutionnuue, ciaiis Je procès de Fuuquier-Tinvillc. {llistovr jun iementaire, i. XXXIV, p. ibi.)
* Essai sur la Vie de Camille Desinonlms, servant d'introduction à sa Correspondance inédite, \ni\iV\(-c par M. Matton, p. 26.
* Révélations tirées des carions des Comités de SaliU public et de Sûreté générale, par S: nar, p. 90.
déploya dans ses derniers momenls. On ne saurait non plus regarder que eomme une boutade calomnieuse de la
livimc ces mois de Mercier : « Lii sauvage Danloii. «loiit luus les JécrctN ^elllaieni le vin, muuiut ivre'. » lianloii était «eynique, sans doute; niais il avait 1! instinct de la grandeur |> et cet instinct, chez^des hommes de sa trempe, ne «e développe jamais iriieiix q«*en présence de la mort.
Quant à Camille Desiiiualnii,, l'exeès rie T indignation lui^avdit Ole rempire de Ini-iHéme.Durant ie trajet de la prisba à la guillotine, il mità ce.point ses habits en lambeaux, qu'il arriva presque nu devant Pexécuteur^ A cette abjecte portion (h* la foule quj a des acclajn.tlions , pour tous les Lriomphes et des. liuées; pou r toutes les chutes, îKeriaii :'€(tPeuple^ on^ te trompa lion te trompel on im-^ mole 1 t«s meilleurs défenseurs^ » 'Mais «Danton - : c< iReste donc ti;nn|iiille, et laisse là cette vile cîvi i,i 1 1 le '\ » ,
îiO fujiebvcjcoi lege avait à passer ruc^auit-llojioi é, de-, vant la «Mison de Dupky. Robespierre layanl lait fenner la potleccochère, les^fenétres et les volets, cette maison ressemblait à un tombeau. Un gémissement s*en échappa, au jnoment où passait Caiiiille* !...
Qui ne enimnif le l'esteVQni ne sait qu'au niomeutde Texécution, Hérault de Séchelles s'approchant de Danton pour l'embrasser, et un des exécuteurs paraissant vouloir s'y i , iJantuiilui dit : a i'^st-ce qu'on t'a ordonné
d'être plus cruel que la mort? Va, tu.u'einjK ( Ik ras pas nos (êtes de s'embrasser au fond du panier '^ i^ » Au souvenir \ de sa jeune femme, alors enceinte^ il s'attendrit : « 0 itm bieu-aiiiiee, je ne te verrai donc plus ! « Mais^
> Nomvem TuUeëu iePmst* EMiàiÊrdaYi» GaimiUe Mmott(m5, semit «dlMrbduction^ «a Corretpondauce itiédite, publiée par M. Matton aSné, p. 26. ' Ibid.
* Ibid.
5 Précis justificatif et hi$tmqve, par Vilain-Daubigny, dans la SibliCr ikéqtte biUmquâ' de la Révolutionf 947» S. JlriliBh-lliMenni.
ràppelant aussitôt sa fermelé et se tournant vers Je bourreau : c< Tu montreras ma tête au peuple : elle en vaut la
peine '. » (wtniille mourut tenant dans sa main des cheveux de Lucilc \
Le soir, comme Fleuriot Lescot» accompagné de Lumière, un des jures, longeait le port Saînt*Nicolas, plusieurs palrioles connus de la section du Muséum conrurcnt à lui, se répandant en exclamations de surprise et de douleur. Fleuriot Lescot leur dit : « Vos réflexions seraient justes, appliquées à tout autre tribunal que le Tribunal révolutionnaire, qui est moins un tribunal de justice que (le poliUquv,.. » Il allait coiilinuer, les autres l'arrêtèrent : «N'en dites pas davantage... nous comprenons... Adieu' L.. » Hais entre la justice et la politique, quand celle-ci diffère de la justice, il y a cette différence que la première est un bouclier à Tusa^^e de tous, et la seconde une épée dont nul n'est sûr de pouvoir toujours à son gré diriger la pointe. Ah I elle est d'une beauté poignante, — et combien vraie ! — cette ex pression de M. Mîchelet, parlant du cimetière de Monceaux : « Danton en ouvrit les fosses, et y attendit Robespierre* ! »
Diiiis If» récit qui précède, nous croyons n'avoir m rien dit qui ne fût prolituble à la vérité, ni rien omis de ce que la justice défendait de taire. Nous avons apporté d'autant plus de scrupule à produire et b. peser les témoignages divers ou contradictoires, que nous avons cru remarquer, de la part de nos prédécesseurs, une tendance à reléguer dans Tombre cortaios documents de nature soit à combattre, soit à affaiblir Tautorité de ceux qui servaient le mieux leurs prédiléctions respectives.
Et d'^abord, comment les choses sont^elles présentées dans VHisUnre 'parlementaire ? Les auteurs, Robespierristes quand même, ne font pas de doute (t. XXXil, p. 105 et suiv.) que le rapport de Saint-iust ne fût
< Ueaulieu, Biographie de Danton.
- Essaf sur la Vie de Camille Desmoulirr^, pnv M. Matlon, p. 27.
.Pn'Ciî» justificalif et historique, par \ilain-t)aubi^ny, p. 04. * IlisLoirc de la Hévolulion jrançaue, t. IX, liv. X Vn, cbap. m, p. 184.
l'UOCÈS ET MORT DES DANTOMSTES
« rigoureusanmrt vni au fond, » quoique « base sur des convictions morales plut6t que sur des preuves matérielles, » Et ils concluent de « certaines
révélations venues depuis, * que le Comité de Salut public, « borné, sur bien des points, à des soupçons, à des conjectures, à des probabilités, h des ;i[)|);iron( ('s, » n'en eut pas uioiiis raison de tuer les Dantfuiist' ^ Vntl;i. il faut ru conv<>»H--, un étrange svslèinc de justice! Et à quoi se ritjtjujrlcjil les révélation- Mlt irieurcs dont il s agit? A la vénalité de Danton? Mais, si hantoii eut l.i ùaiilesse de louiher l'argent de la Cour*, ce fut à Torigine des ('vénenients révolnlioruiaircs, cl il iaïuUait prouver uu aïoiiis que, comme conséquence, il combattit la Uévolutiou, au lieu du ht MTvirt 'Les auteurs de l'Histoire parlementaire donnent wamit mnB'frm^a t<iilliiie de trabison tes intelligences de Danton avec Dain««Rei;ttni|iVtt ces «étiél» ligenoes furent, en effets de nature à éTeiller des simpcons; il n'est nullement démontré qu^eltes aient été criminelles ; et il faut remarquer que, jusqu'au moment où la défection de Dumouriez fut connue, on était si peu disposé à voir un traître dans le héros de TArgoraie, dans le vain(|ueur de Yalmyetde Jemniapes, que Billaud-Varenne Ini-inènie y fut tromjjé. (^uant aux liaisons de Danton avec les (iirondins, telles qu'elles rejssortent des Mèmi^ires, de Garni, invoqués jtar les auteurs i]f V Histoire par Icmoifairr, d est singulier (pï'ils s'arment eoiitrc Danton du livre le jdus propre à le faire aimer! Kn ce qui touche le procès, ih '--f* hornent à copier le Wvlktiii du Tribunal réV''' nunnaire, en faisant m cette reproducUuu de quelques remarquer très-part i:»les, où iU -ii|iiM enl arbitrairement <pH' Danton « eomptait sur une conspiration tramée au Luxembourg, » et oii ils opposent ce qu'ils nomment ses « grossièretés » à la dignité déployée par le président du tribunal, ainsi qu'à la justesse et il la convenance de ses în^pellations. Mais le monstrueux amalgame des causes; Tinjuste refus fait par Hermann ï Fabre d'Églantine de lui communiquer les originaux nécessaires à sa défense ; le refUs non moins injuste fait aux accuaés d'ap> peler ceirtains de leurs collègues en témoignage; le mensonge par omission et pat afTirination au moyen duquel Saint- Just obtint de la Convention le décret du 15 germinal; la violation de la loi résultant de P absence des accosés lors du prononcé de l'arrêt, violation avouée par llermann luimême... rien de tout cela ne trouve place dans les eoniinentaires des auteurs de VHisloire parlementaire, qui, pour eoînMe, représentent le {►euplc comme absolument hostile aux accusés, sans tenir compte des témoignages eA?iti;(ires, et même sans les mentionner.
Non moins U.qipantes les ♦•iTPurs en sens inverse.
Il fallait assurément le fan.iUMiie farouche de Sainl-Just et de BiUaud- Varennc, pour classer, sur de simples conjectures, un Danton, un GamiUe De^moulins, dans la catégorie des royalistes et des traîtres. Mais prétendre que Danton et Camille ne furent frappés qu - [>.irce qu'ils a*étaient faits les apôtres de rhamanité, c*e8t vraiment trop se hftler de mettre la Révolution
« Voir à In fin de la présente note les preuves de l'innocence de Daoton^'Ci*
394 lIISTOinB DE LA nÉVOLUTION (1794).
au ban de riiumnniti' et donner trop he;m jeu aux contrr révolutionnaires. La vérité est que le iiioiivi inent Daiitunisle, tel ijii il se révèle dans les derniers écrits de Canulle liesinuiilin^, revus et cou igés p;ir Danton ivnvpz le iiiitiiuscrit de Hobespierre, pulilii' i>ar M. î.onis Dnlmis. p. ^2;>), lom inssail aux ritvali&tei» des armes lerriblti; cL leurs uuuiiteilaUauis à l apparilioii de ces écrits ne rattestèrenl que trop. Recommander la démence^ qnanJ la victoire «al remportée, rien de mieui; mais, tant que la bataille dure, quel systtoie est préférable à celui de la justice ? La Révolution, attaquée avec une multiplicité de ressources et une rage qui n'eurent jamais d'eiempte, n^avait-elle donc rien de mieux à faire qu*â se désanner en présence de ses innombrables ennemis? El dans quel espoir? Qu'on lui ferait <,'ràce au premier changement de roue ? Ah ! il fut inauguré, le lendemain du 9 thermidor, ce système de la clémence au profit des contre-révolutiouiiuires, et le résultat fut la Terreur blanche ! Modération et vigilance, équité et fermeté, voilà ce que les di constances exifieaient, rien de moins, maisrieu de plus. Or, si Ton juge le yievx Cordeficr, non point pnr telle ou telle phrase, mais par l'impression ^éiiLi ale qui résulle de 1 cuseinble. ot eu avant soin do se reporter aux circoustances, couimeul nier la portée luiieste du pa;jos où le l éyiiiic i evululioiuiaire éliiit comparé aux règnes des plus eiécrablcs tvraiis ? Car, il est juste de ne pas l'oublier, le Vwux Cordeiicr, à partir du numéro 5, fut plus qu'mi appel à la douceur, ce fiit une satire sanglante de la Révolution, et b plus sanglante des satires»!! était donc par« failenient légitime et même nécessaire de combattre le mouvement Dantonîste; Thorreur fiit de le combattre au moyen de la violence, d'accus»* lions dénuées de preuves ou évidemment fausses, et du bourreau 1
Maintenant, quel fut, dans ce drame lamentable, le vrai r41e de Robespierre? Nous croyons ravoir décrit avec une rigoureùse vérité,
Robespierre commence à s'unir a Danton et a CamiUo pour ampécher la Révolution de mourir de ses propres excès, et les deux premiers numéros du Vieux. Cordelicr lui sont montrés, ilais bientôt il s'aperçoit que Tidée qu'il se proposait de poursiilvro en commun avec llanlun et Camille n'est pas la sienne. 11 ne voulait que luir un extrême, et eux courent évidemment vers rextrème opposé. Il sent (jue la modération va se perdre dans la faiblesse. Le troisième numéro tiu Vieux Cordelier venant à paraiUe, il mesure d'un œil inquiet I nUervulle qui sépare ce numéro dtis deux premiers; il entend les cris de triomphe des royalistes; et le soupçon commence à hanter son esprit défiant. Ce n^est pas toutefois Camille qni fixe ses appréhensions. 11 le sait impressîoniiabU, léger, prorapt à subir L'influence d*ttne nature plus forte. Il le défend donc aui Jacébms, oomme il a déCendu Danton, et cela de la manière la plus propre à le sauver, c'est-à-dire en le présentant tel qu'il est, avec.ses qualités et ses. défauts.: qualités de républicain sincère, d'homme.de ccutr^ d'homme de talent; débuts d'homme faible* £t pour mieux ôtcr tout prétexte d'accusation, il demande qu'on brûle les numéros qui ont irrité et déconcerté les patriotes, ne faisant en cela, du reste, que propeser ce que Camille lui-même avait offert. (Voyez le numéro 5 du Vieux Cordelier, p. UO : <( Je suis prêt k bràler
ïiion numéro 5. ») Mais, en échange d'un appui dont les formes Tout offensé, Camille lance à son protecteur Tun des traits les plus aigus de son carquois. >i'imporle î quelques jours se sont à peine écoulés, que Robespierre vient encore au secours de Camille, et obtient que l arrèlc qui prononçait son eicliision du club des Jacobins soit rapporté. Que fait Danton pendant ce temps ? Sa conduite a toutes les apparences du mystère. Personnellement, il semble tenir à s'écarter de la scène politique, mais ses amis la remjilissent et s'y agitent en son nom. Rien de plus incertain que le jour qui éclaire sa marche. Tantôt il se présente hund)lement comme le second de Robespierre ; tantôt il prèle à l'opposition systématique de Bourdon (de l'Oise) un concours dont les formes réservées ne servent qu'à rendre le résultat plus efficace. Tandis que Camille Desmouliiis, dans le Vieux Cordelier, fait une guerre à mort aux lléberlistes, lui, leur ennemi bien connu, il leur tend un beau jour la main du haut de la tribune; et si Ronsin, si Vincent sont mis en liberté, c'est à Danton, chose étrange, (ju'ils le doivent ! Tout cela, Robespierre l'observe, et il en prend alarme. Alors, — le manuscrit cité ])lus haut nous permet de suivre la trace de ses pensées, — il se rappelle la sympathie prolongée de Danton pour Mirabeau, ses relations avec le duc d'Orléans, les liens équivoques fpii l'unirent à Dumouriez, le |)enchant à peine voilé qui rentraînait vers les Girondins ; il remarque que Tentourajie de Danton est un eotoui aije singulièrement mêlé, où figurent des honmies <pi'il répute très-dangereux, comme Fabre d'Églantine, et d'autres qu'il méprise, comme Lacroix, les croyant souillés de rapines; il repasse dans sa mémoire lés traits i)ar où s'est révélée, en sa présence même, de la part de Danton, une cerbinc manière cynique d'apprécier et d'exprimer les choses que lui, Robespierre, ne peut comprendre et réprouve; enfin, il regarde autour de lui, et il voit Danton devenu l'idole de tous les ennemis du Comité de Salut public et le véritjible centre d'une opposition qui tend à diviser, à énerver l'action révolutionnaire, dans un moment où il faut à la Révolution toute son énergie et toute l'unité de ses forces pour se défendre.
Cependant, et quebjue soupçonneuse que soit sa nature, Robespierre est si peu préparé à l'idée de frapper Danton, que cette idée, lorsque Billaud l'émet pour la première fois, le fait tressaillir, que dis-je?le jette en fureur. (Voy. la déclaration de Billaud-Vareime, dans la séance du 9 thermidor.) Car enfin, la ruine de Danton, c'est celle de Camille! Mais Saint- Just, l'implacable Saint-Just, est là, disant que «t l'amour de la patrie a quelque chose de terrible ; qu'il iimnole tout sans pitié, » etc.... Quel parti prendra Robespierre, pressé, aiguillonné, fasciné par cet honune d'acier qui, selon le mot de Levasseur « ne céda jamais ? » S'exposer h perdre dans Saint-Just, dont, aussi bien, le dévouement révolutionnaire lui est connu, un admirateur passionné, un allié fanatique, un ami sur. ou bien abandoimer Danton, qu'il n'estime pas, qu'il redoute, et dont la foi révôlutionnaire lui est devenue tout au moins suspecte, telle est désormais pour Robespierre l'alternative. Puis, ô comble de fatalité! voilà que certains amis de Danton, avertis du sort qui le menace, s'étudient à écarter le péril i»ar des moyens qui ne peuvent que l'aggraver ; ils adjurent Robespierre de prendre gai-de
([ue le$ dangers de Danton sont les siens; (fue Danton lui est un rempart; que, ce rempart une l'ois renvers<^, mil dans la Uévolution ne restera protégé contre le? Irnifs de IVnneuii. Kl eux-mêmes, en len;mt ce langage, ils ne songent jms iju'ils founiisseiil à Iiobespierre le sopliisiiic donl il a besoin p<iur se troiiipei , le sopliisme qui, à se^ veux, couvi n .i d'un faux vernis de p;»tri<itisnie et de courage ce qui ne saurait tire qu'un acte injuste et barbare. Il fallait bien peu savoir ce qu il v avait d'orgueil mêlé à la vertu de Robespierre, et bien peu comMitre la nature bomaine, pour ne pas comprendre que ses scrupules s*éTanouiraîeot, le jour où on Faurait mis en état de dire aux autres, et surtout de se dire à lni>mème : c On me prévient qu*en d^endant b vie de Danton je défends ma propre vie. Eli bien, je montrerai qu^un pareil motif n^est pas de ceux qui parlent à mon Ime. Je montrerai que mon cœur est exempt de crainte. Ma vie ! elle appartient à mon pays.» (Voyei son discours dans la séance du il germinal.) Et, suiTant Texpression significative de Billaud-Yarenne, il conmiUl à abandonner Danton. Inutile, :i]>rès coin, de demander pourquoi il livra à Sainl-.Iust les notes dont celui-ci til usage dans son rapport, en leur donnant l acHent de ses propres fureurs : abandonner Danton, c'était se condamner soi-même, s'il n'était pa^ Uouvé coupable. L'iniquité a sa logique: malheur à qui Taffronte 1 Telle est la part que, dans la mort de Danton, les faits assignent à Robespierre, et ces faits, nous devons le recoimailre, ne permettent d'accepter que sous tontes réserves ce curieux passage des Mémoires de Gharlôite Robespierre :
« Un des plus forts griefs que Ton met en avant contre mon fràre fat d Voir sacriBé Danton., Je ne sais pas si cette accusation est fondée ; mais tout ce que je sais, c'est que mon frère aimait beaucoup Camille Desmou» lins, avec qui il avait fait ses études, et que lorsqu'il apprit son arrestation et son incarcération au Luxembourg, il se rendit dans cette prison avec riniention de supplier Camille de revenir aux véritables principes révolutionnaires qu'il avait abandonnés pour faire alliance avec les aristocrates. Camille ne voulut point le voir, et mon frère, qui probablement aurait pris sa défense et l'aurait peut-être sauvé, s'il avait pu le déterminer à abjure!' se>^ hérésies politiques, l'abandonna à la terrible justice du Tribunal révoliaitimiaii e. Or Danton et Camille étaient trop inliniemrnt liés pour qu'il eu s;iuvàl un sans sauver l'antre; si donc Camille ne Tavail [tninl repoussé au iMouicnl où il lui leiuiait les bras, Caunlle et d'autres n'eussent point péri. » {Mémoires de Charlotte Hobespierre sur &es deux frères.)
Mais voyons maintenant comment son rèle a été décrit par les bisloriens Dantonistes quand mâme.
Elotts avons eu déjà occasion de signaler le système qui consbte> rendre Rdiespierre responsable des actes d'autrui» par voie de supposition, et sans ombre de preuve à Tappui. Ce système, on le rencontre ici à chaque pas. S'agit-il, par exemple, de la dénonciation lancée contre Camille DesmouÛns, par Nicolas, dans la séance du 1'' nivôse (31 décembre 1793) ? H. Michalet (livre XV, cbap. ii, au sommaire) écrit : « Robespierre fait attaquer DesmouUns et Phiiippeaux. • Or, en premier lieu, la sortie de Nicolas ne con-
rnocÈs ET MOUT des dantomistes.
cernait en rien Philippeaux, qui, dans la séance en question, fut dénoncé, non par Nicolas, mais par Hébert, ennemi de Robespierre. (Voir le compte rendu de la séance des Jacobins, du 1" nivôse, Hisloire parlementaire, t. XX\, p. 438 et 439.) Et, d'un autre côté, où est la preuve que ce fut Robespierre qui fit attaquer Camille par Nicolas? L'unique raison qui porte M. Michelet à Taftirmer, c'est que ce Nicolas était un grand admirateur du patriotisme de Robespierre, jusque-là, qu'on le citait pour avoir accompagné souvent ce dernier, de peur qu'on n'attentât à sa vie'! Mais quoi! \d.suppO' ùtion de M. Micbelet avait été réfutée d'avance d'une manière décisive... par qui ? Par Camille Desmoulins lui-même qui, dans le n" V du Vieux Cordelier, oppose en ces termes Robespierre 'a Nicolas : « Vous, Nicolas, qui avez aux Jacobins l'influence d'un compagnon, d'un ami de Robespierre,... comment avez-vous cru les propos qu'on tient en certains bureaux, plutôt que les discours de Rol)espierre, qui m'a suivi depuis Tenfance, et qui, quelques jours auparavant, m'avait rendu ce témoignage que j'oppose à la calomnie : Qu'il ne connaissait pas un meilleur républicain que moi, que je rétais par instinct, par sentiment plutôt que par choix, et qu'il m'était même impossible (Vêtre autre chose. Citez -moi quelqu'un dont on ait fait un plus bel éloge? » Cet éloge, Robespierre l'avait prononcé le 23 frimaire (15 décembre), huit jours seulement avant l'attaque de Nicolas, et, le 18 nivôse (7 janvier), quinze jours après, il prenait de nouveau la défense de Camillef aux Jacobins, et demandait, à propos du numéro 111 du Vieux Cordelier qui avait si fort indigné les patriotes, qu'on « distinguât la personne de Camille de ses écrits. » En présence de ces faits, que devient la supposition hasardée par M. Michelit?
Autre exemple : M. Michelet, après avoir attribué à ce qu'il appelle la peur du rire l'aversion de Robespierre pour le grand comique, Fabre d'Êglantine, dit expressément que le faux imputé à ce dernier ne fut qu'un prétexte mis en avant pour l'arrêter, et il insinue que la vraie cause fut la crainte que Robespierre avait d'une comédie en cinq actes, dont M. .Michelet paraît croire que Robespierre était le héros. Or, sur ((uoi tout ceci est-il basé? Je cite les propres paroles de M. Michelet (liv. XV, chap. m, p. 54): « On nous apprend que Fabre en prison, malade, et tout prêt d'aller à la mort, n'était occupé, ne parlait que d'une grande comédie en cinq actes, qu'on lui avait prise en l'arrêtant. » {Mémoires sur les prisons, t, I, p. 09). Il est regrettable que M. Michelet n'ait pas cru devoir reproduire textuellement le passage aucpiel il renvoie. Le voici : « Fabre d'Eglantine, malade et faible, n'était occupé que d'une comédie en cinq actes, qu'il disait avoir laissée entre les mains du Comité de salut public, et de la crainte que Billaud-Varenne ne la lui volât. » Donc, selon Fabre d'Églanline luimême, la personne qui pouvait être intéressée en cette affaire de la comédie était... non pas Robespierre, mais Billaud-Varenne. Et tout ce que prouve le passage auquel M. Micheiet se réfère sans le citer complètement, c'est que Fabre, en véritable auteur qu'il était, tremblait que sa comédie ne lui fut volée par Billaud-Varenne, qui hii aussi s'était occupé de théâtre. Ici, encore, en présence du fait, que devient la supposition ? *
398 mSTOIRE DE Lk RÉVOLUTION (1794).
Pour prouver sans (luulc la dureté de Robespierre, M. Michelet raconte (liv. XVII, chap. vu, j). 21 7), que w !a femme de Philippeaux étant à la barre en l;iniies, Uol)e>>pi»'rro liit ; < Point de privilège 1 » et la fit repnn«;s'^r nu iioiii de l'c^^diltf. » Mais il oublie de mentionner In proposition que Robespierre en cela eut pour but de taire tomber, proposition cruelle, lancée par BillBud-Varenne et conçue en ces termes : «Tour achever de démasquer les uuteurs de celte nouvelle intrigue, je demande que la femuie de Pliiiippeaux soit adniÎM. k h birra ; vous acquerrai une niNifeUe preuve eombieiL cet faoïnine est coupable. » Sur quoi, Robespierre m hâta de dire : « le m*oppoM à cette proposition ; on vCa pas besdn de confondre lafenime dePidlippettux avec l/ui-mime: il esl devant b jnatice» attendons aon jugement. 7'obflenre que la Cenvention ne doit pas s'écarter des rài^derégalilé, • etc..** (Voyes la séance du 15 germinal.) D'apràs Daubigny^ Billaud*- Yarcnne, en cette occasion, alla jusqu'à demander « qu'on lût à madame Philippeaux^, en pleine séance, la dénonciation de Gamier ((de Saintes), pour lui apprendre fjirelle sollicitai l en faveur d'un conspirateur. » Et c'est cet acte inhumain que Uolx spierre voulut prévenir. Aussi Daubigny, quoique ennemi de Robespierre alor«, m- [>eul-il s'empêcher d'ajouter: i Heureusement, Robespierre, plus humaui cette fois que iiillaud-Varenue, s'opposa à 1.1 jiroposilion de ce dernier, et vous n'eûtes point a rouf^ir de voir sous vos jeux insulter à la douleur d'une femme qui venait vous im[dorer. >» {précis hi&Loriqiie par VUain'Daubigny ) Et voilà comment par le laii d*une simple, omission, un acte d*humanité peut se teouver métamorphosé en un acte de dureté*
IX: même, en parlant (Kv. XV1I> |. 21(>) de la lettre de toctle i Rojbespierre, M. Kcbelet écrit : c Nulle réponse. » Mais ce qu^il oublie, c'est que la lettre ne fui pasenvoifée (Matton, Essai n(r Us Vie de ùmùlle Desmms' lisUi p. 94). Bobespieire est bien eicusable de nVoic pas répondu i une letlfie qu'il ne connut pas !
M. Michelet (liv. XVll^ chap. m, p. 178) écrit en rappelant la proposition faite par Billaud Varenne au Comité de Salut public de tuer Danton, et le cri que cette proposition arracha à Robespierre : • il fut, je n'en fais nul doute, effrayé, navré, mut. » Mais est-c»» bien là la couleur donnée à ce fnit important par Biilaud- V;ir( nue lui-même ? Les proj)rcs paroles de BUlaud sont : « La première fois que je dénonçai Danton Comité, Robespierre e leva cum ttiti un furieux, en disant qu'il voyait mes inteniioos, et que je voulais perdre les meilleurs pulriotes. »
Ces! en mettant de la sorte, et invariablement^ la supposition, en Tiniorfriittliîon I la> pbst du [aU, qu'on est parvenu à faire de Bobeapicm le beuc éammire de laBévobilioiu Écontei H. Ibtton«,m«onlaaft (p. Si) tar* reslaâon de Caraîlie Ossmaulins: :. a Camille va.euvsir luÎHmdme la porte inn mteilUio de Mesjfimie* » Et pourqaoi de Robespierre, plutôt que de Billaud''¥âiMmie mde Saini-Jusly plul^ftt qpne du Comilé de Salut puÛic tout entier? Pourquoi ce pacti pris de tout rapporter à un seul hsoune, même là où il est certain que son rôle a été tout au plu» secondaire et passif? On ne peut vraiment s'empAcber de somwe,. pour peu qu'on ait
phocès et iroîttT bes dantootstes. *
étudié l'histoire de la Révolution, en entendant certaines gens parier de la rryjauii' do Roliespicrre. ^oii liViiie lut rrclialaud. Sans doule son autorité tin ralc était grande auprès du peuple; mais à cpioi rrhii^rot dans lo Comité son influeucoaclivo? Non-<ieuIemont il y avait ià cuiitre lui inif mrîjnnté considérable, mais les niejubres de cette majorité — ils s'en sont vanit s — n'avaient «ju'à se but er un coup d'œil pour iléjouer ses plans. (Voy. Laurent isecointre au peuple français, p> 127, 172, 205.) Il est vrai (pie lorsque, aprèff^TDÎr eontiibué à*l6 remren0r, BtHaad^Vbrenne^ CoUot d'Uerbois et Biiir«fureiit'a|}polê$ tt'reiidre leurs: comptes devant cette iMlon^qn^ns n'^nmieirtr que trop bitei' servie au 9 thermidor, leiw iiiii4|ue ropiefcot liMursedéfendre, fut de irnvoycr k RobespieiTe^ muèt dauB^son teadiew} la responsabilité de toutes les violencesoonumèes. Ajoutez à cela Timniffliie intérêt que k^s poyuiisles, que les prêtres, avaient à dénigrer la Révolutien dans riiomme qui avait déployé à son service le plus de probili i t du tuFoMi
Uelativemenl au procès des flantonistes. il existe deux sources prind-kpales d'information, très-différentes, conlradictoire*(, et Tune ft Tînitrc évidciuinenl suspectes de partialité. La première * ^l le compte if udu tin Tribunal, Uullclin du Tribinial révolnlionnairc. La secointn es» le [n ot^ès de Foutinier-Tinville, qui nu fut autre cliose que la revanthc tit: ctiiui de DautOQ, et comme le champ de bataille où tous les Danloiiisles accoururent -poàr tien^ea mort. Rien i de plus vr.u>qite ces paroles. de Fonqoier, qu'il Re'oecM dé^répéter'daos tout le èMir8> de somprocès^sdus divenea forme». «iLe témomiMr»>et!d!autres'ontîforjné une coalition paun me perd»'; ils ont! «nplo^ pour celaUout oe que-la haâne et la passion, ost^pui leur angs^ gémir;i i]s^eii(trouTent la cause dans le ressentiment qu*ils ont de là>nMiirt de Danton, leur intime ami. que je n'ai^mis en jugement que d'après un dé- QWidfrki Convention.» (Voy. VHisloirc parlent Cfilaire, t. XXXIV, p. 4§9,)
Que résulte-t-il de là ? U'aborà que la vérité sur le pnefek de iiittitoaest Irès-diflicile à déeouvnr; ensuite que, jtour In découvrir» la première condition est de comparer les témoignages contradictoires, de les peser, de les discuter. €'o«f f|M" pour notre compte, nous non*; snnitnp^ étudié ù l'aire; et ce qui, nous i*-tt lions d avoir à lu dire, no nous semble pair^avoir été fait avec assez d'alU iiUon avant nous. .
Les uns, comme les auteurs de VHistoire parlementaire, n nui i» im aucun compte, dans luui's appréciations, des lumières que pouvaient fournir témoinu entbndw dan» le'pmtted» lbuquief><-''BniTiDei' • . ' ' 'd - > :1 ' lî«a*a0tinsF» conmie MM. Tittiaumé^rKicbêld» poui»*ne>«itirqurlte>iplM TiéaMilk>-oiit^ exdiitîvenient basé -leuF'iéoit sn^dea tiêmoignagas âflvfiîifon dë-celtti d« graffiepl^ftbrieius<Pàris> l*ami lirfjtiiB et passionné' à» DiiitMii Ittenoiiti déÀié et^bien- eonnu'de eenx qui' le pdumii^ei|t» et' fui» eraprir ADlHitS'poiR^ifoic^rBAisé' d»^ signer son jugementi, avait fc^mginç.Mi'BilDM I^ROp» qii& s<m Bet^proprestinjtnes . (Voy. les déclarations dt Fouquior* Tinvillc, Histoire partêmentainOt t. ^SftXlV, p* 4I»9^ 4tft|^ 43i;-4a> séance du 15 li'uclidor, déclaration de Diiliein; et, sur'î*amnî6.sîlt^ pemnnelle qui existait entre Fouquîer-Tînville et Pâi is, la déposition de la fanme^'ba- «iAierdttïhbunal^rw«ittlitt "
Oiie les affii mations de- ce; Paris aient été k ^^iirdécs comme nutaiit d articles de foi par des écrivains de nos jours, c't st ce t^ui étonne, quand on a sous les yeux le passage $ui\ant âe la Réponse des membres de l'ancien ComUé de SaluL public dénoncés, aux pièces communiqttées par la Commision des Vingt et un»* D^une dédaration de Pâris» il résulte que, lors de rafi&âre de Danton, il y eut un tirage de jurés pour composer la section ipù devait la juger, fait par Fleuriot et Fouquier ; qu*Amar et Touland apportèrent le décret qui ordonnait que les accusés fussent mis hors des débats» en disant il Fouquier : « Voilà de quoi vous mettre à votre aise ; »> que, les jurés n'étant point d'accord, Amar, Vouland, Yadier, Noysc Bayle et David, accompagnés du président Hermann, se remliK iif à la buvette; que Hermann entra dans la chambre des jurés et leur parla cunli c les accusés. Mais il est à remarquer que cetlt' pièce fut rojctéc par la Convention nationale, à qui elle avait été d'abonl présentée comme ammyme, et <|iie, souscrite ensuite par Paris, elle ne doil [laraitrc que plus digne de réprobation, loin d'acquérir aucune valeur j)ar une si-,'iiature donnée après coup. » {Voy. Bi'pome des viembres
de L\incit'n Comiic, cU- p. 54, dans la Bibliothèque historique de Ui
RévoluLwu, UUO, 1. Brilish Muséum.)
Au reste» les erreurs de Pâris, pour ne rien dire de plus gi avc, sont bien faciles à retever.
Dans sa déposition, lors du procès de Fouquier, il dit (Yojes histoire ptarlementairet t. XXKIY, p» 466-476) : c On surprit la religion de la Convention nationale, en lui arrachant un décret q^- mettait lee accusé
hors des débats. » Or cela n'est ])as vrai. Loin de mettre les accusés hors des débats, le décret du 15 germinal porte qiie « le Tribunal révolulioonaire continuera V instruction relative à la conjuration de Lacroix, Danton. Chabot et autres. » Aussi Tinstruclion fut- elle effectivement continuée danj: la journée du 15 germinal : et si, le lendemain, les débats furent clos, ce fut, non point en vertu du décret du 15, mais parce que les jurés, interrogés connue la loi voulait quili» le fîisscnl, j[ir(S trois jours de débats, sur la question de savoir s'ils étaient sudi.saïaiiifiil éclairés, répondirent ailirmativeraent. Q.\ù&c odieuse sans doute, mais tpii regarde les jurés, et n'a rien de commun avec le décret du 15 germinal, tel que Tavait propose Saint-Just, et tel que Tadopta la Convention*
Pdris prétend que, Camille ayant récusé Renaudin, on se garda bien de faire droit à cette demande, parce qu'on avait besoin d*un juré comme Renaudin, et qiiCon ne délibéra même pas. Or ceci se trouve formellement contredit par Ut déposition du commis-greffier Robert Wolf« autre ami de Danton, autre ennemi de Fouquier, lequel dit cependant (Voyes VHistoire parlementaire, t XXIIV, p. 452) : c Camille récusa Renaudin, motivant sa récusation ; mais, sur délibération, il fut arrêté que Renaudin resterait juré. 1» Le fait est que la demande de Camille fut repoussée comme n'étant pas conforme à la loi, n'ayant pa^ été formulée par écrit et danS les vingtquatre-heures avant l'ouverture des débats.
On lit encore dans la déposition de Pàris : « Naulin, Subleyras et Coftiuhal, juges, recueillaieiit les notes des débats ; tous les soirs ils se ra$sem-
hiaient ]iour réunir ces notes et en faire un travail destiné à Timpression. // parait que ce travail a été tellement dénaturé qu'on a supprimé les preuves qui pouvaient exister contre Padie et Henriot, dans le procès d'Uébert, et qu'on a mis sur le compte de Danton ce qui était sur celui de Pache. » Or le compte rendu imprimé du procès d'Hébert existe ; on peut le lire reproduit in extenso dans YBistoire parlementaire, U XXXI, p. 560- 599; il est là sous nosyeux, et nous n'y trouvons pas une seule fois le nom de Danton mis à la place de celui de Pache. Il est clair que si M. .Michelet s'était un peu plus défié des assertions de Paris et les eût vérifiées, il n'aurait paséôrit (liv. XVII, chap. ii, p. 169] : « Dam le procès d'Hébert, partout où Ton mentionnait le dictateur et le grand juge, à la place du nom de l'aclie on mit hardiment le nom de Danton. » Kneore est-il h noter que ce qui. dans la déposition de Paris, n'est après tout préseiitt'; que sous une forme dubitative: // parait, devient, dans le sommaire du chap. ii, du liv. XVlf de M. Michelet, une aliirmation pércmptoire : « Faux matériel pour perdre Danton. » Ce n'est pas tout. L'assertion de Paris, au moment qik elle se produisit, demeura-t'OUe sans réplique ? Non. Naulin déclara n'avoir recueilli des notes dans le procès d'Hébert que pour son propre compte, et sans y rien altérer. (Voy. V Histoire partementaire, t.XXKIV, p. 479.) Et Ifaulin était un homme honnête, incapable d'une action basse, reconnu tel enfin par les hommes mêmes qui, au procès de Fouquier, figurèrent en qualité de tànoins à charge. (Yoy. la déposition deTavernier, commisgreffier du tribunal. IHd,, t. XXXV, p. 5.) Quand k Ckiffinhal, un des vaincus de thermidor, ses ennemis avaient maintenant beau jeu pourTattaquer; il était mort.
Otioî qu'il en soit, c'est évidemment de la déposition qui vient d'être ex;nninp(> qn*» M. Michelet a pris ce qu'il dit (liv. XVII, chap. vt, p. 210) des mutilations que le « faussaire» Coffinhal aurait fait subir au compte rendu du procès de Danton, et l'on peut voir juscju à quel point la preuve est suffisante ! U est vrai que M. Michelet ajoute (voy. la note au bas de l;i page 210) ; Personne n'y mit jamais moins de façon que cet Auvergnat. Dansle&meux malentendu qui permit au père LoizwoUes de mourir it la place de son fils, Coffinhal, vojant arriver un vieillard au lieu dVn jeune homme, n*a pas pris la peine d^édaircir la chose, lia tranquillement &1&ifié Tacte, changé les prénoms» surchargé les chiffres d*années, etc. jiC^est en effet de la sorte que la chose fut présentée par le substitut Ardenne dans le procès de Fouquier-TinvUle. Hais» sans examiner à fond» pour le moment, un point historique sur lequel nous aurons à revenir, nous nous bornerons à citer le passage suivant de la Réponse d' Antoine-Quentin Fouquier-Tinville aux accusations, etc.... • « C'était LoizeroUcs père qui avait été dénoîicé; c'est lui qui a été écroué, le 7 thermidor, h la Conciergerie, lui qui a été jiiiré e[ '•ondamné. Son identité fut reconnue et constatée à Vinidience. Seulement, 1 huissier qui était allé k Lazare prendre prénoms, âge et qualités du père, n'avant pas demandé s'il y avait plusieurs LoizeroUcs, avait pris les prénouis, ù^je cl qualités du fils. Cela tut ri clilié à l'audience. La minute du jugement porte que c'est le père qui fut condamné. X. S6
402 JilSTOlIlE DE LA RÉVOLUTION (1794),
UizeroUesfils n^avait jamais été déooiicé. » (Page 20, dais la BibliûihéqMe hUiorique de la Rénolution^ 047, 8. British Musaini.) D*où il résukaque
Loizerolies père ne fut pas mis à mort, comme on Ta tant dit et répété, h». la place de son fiLs, et que ce qui est reproché à Coflinhal comiae an fawD^ par M. Michelct, fîit tout simpleineiit une reclificatien, devemte néce^
saire.
C'est h peine s'il est besoin de faire reraarqunr rombieiî n d'imiM)rlancft celle cpilliètc de « fruissairc n ](^t<V à Coffinlial mit la loi tle l' u is. ijui, dans le p;is»;;Ji!<' inèmc de d/'int^-itiori lel.ilii à Coflinhal, est prib en Ihigiiinl délit (l'ci i eur. Car, il v>i vrai que Coffinhal :iit mlijré le compt<^ rendu «iflicicl du procès, et si, d'autre part, h hoiiiir »ui du rédacteur «si mise »'U doute, voilà d'un coup ce compte rendu rayé de la catégorie des documents ù consulter, et alors U ne reste plus, pour apprécier hiatoriquement le procès de Danton, que les témoignages des ennemis mortids de ceui qui lu jugèrent. Aussi esl-ce exclusivement sur ces témoignages, non contrèiés, non discutés, acceptés comme paroles d^Évangile, que N. Nicfaelet base son récit, et tout ce qui, dans le Bulletin du Tribunal rémlutiaiH naire, n^est pas ou favorable à Danton, ou délavorable à ses eraicinis., il le suppose mensonger. Par exemple, le compte rendu porte, à la suite du discours de Danton, que, « sa voix allért r- iudiqnant asseï qn^il avait besoin de repos, cette position pénible fut sentie de tous les juges, qui l'invilèrenl l\ susjwndre srs moyens de justification pour les reprendre avec plus do calme et de tranquillité. « Crrh ^, v'm-u de plus conre^nble, si Ton songe que Danton parla tn s-lon^teujps, qu li parlait avec une véhément e citraordinaire, et qu il poussait de tel éclats de voix qu'ils parvenaient jiisqn';ui quai tic la Ferraille. M. Michelel iui-aicuic dit {liv. XVII, cliap. vi, p. 21 M) que « Danton parla presque tout le jour du 5. » S'il parla presque tout le jour du 5, et avec la plus grande animation, qu'y a-t>il donc de si impossible k comprendre <jbns le fait du tribunal l'invitant k prendre dn repos et céder la parole à un autre? Hais non : Ains ce fait â naturel, M. Michelet ne voit (p. 211) que c Yhypoeriiie du rédadenr des notes envoyées aux journaux. » à la vérité. Pins présente la clMse en ces termes (vojfex sa déposition dans le procès deFouquier, HùUnrê parlement. f t. XKXIV, p. 470) : « Le président ki retira la parole sou$ prétexte qu'il était fatigué et qu'il fallait que chaque accusé parlât à son tour, s Kms ceci est l'interprétation donnée à une circonstance tmile simple par un ennemi ( hcrchani à perdre son ennemi, et la question se réduit i savoir s'il est besoin de recourir à 1 hypothèse d'hypocrisie pour s'expliquer qu'un homme paraisse fatigué après avoir parlé une journée entière.
Autre grief contre la rédaction dn Bulletin du Tribunal révolutionnaire : il ne consacre au discours de Danton que six petites pages (vovez M. Michelct, t. Vif, p. 'JIO). Une reproduction plus développée eût été sans iloute très-désirable, bien qu'il ne lût point conforme aux habitudes du tribunal de publier tons les discours dee accusés tn extenso; mais enfin six pages sont toujours plus que deux lignes. Or, dans le' oompte rendu dan^ toniste du procès de Foaquier*Tinville, arsenal onvert I tons lesaccuaaleun
ruuCÈS ET MOUT D£b iUJSTOA'ISTES.
ddê juges de Danton, dans ce compte rendu oà iureut entendus contre les accuses quatre cent dix-neuf témoins, et qui, reproduit par YUistoire
parlementaire, n'occupe pas moins de trois cent quatre-vingts pages;, on lit, après onze pap-es consiu rées à la déposition d'un seul témoin à charge, Thierriet-Grandpre, cnncuu personnel d'Uermann et de Lanne ; « Hermnnn et Lanne ont expliqué ou nié les faits qui leur sont reprochés. » (Voyez le procès de Fouquier-Tinvillo, t. XXW de V Histoire parlementaire, p 57.) l^t, quant à la défense générale d'Uermann, voici en quoi elle corniste dani* le même compte rendu : « Hermann a été entendu!,.., » (Voyez, /^(id., p. 144.)
Il n'est point exact d'aîUeon, ainsi que M. Michelet le dit (t. VU, p. 311), que le rédacteur du BuUetin du Tnbuml révoUttionmire, dans le ptoeès de Dtntoa, fosse de lui € un burle8<ine et un grotesque. > Et ici
X. Hidtôlet ajoute : « conformément au mot d'ordre donné le '2 par Robespierre cl^idde, ridole pourrie; » supposant ainsi de la façon la plus arbitraire qu^une parole dans la bouche de Robespierre était un n'iOt (Tordre pour le tribunal. Le discours de Danton, tel que le rapporte le Bulletin dit Tribunal révolutionnaire, n'a rien, du moins selon nous, de burlesque et de grotesque : il a tout rtMiiportement de l'indignation, tout le désordre d'une improvisulion passionnée; il a moins le caractère d'une dL-lense d'.ivocat que celui d'une harangue dc^linée à « émouvoir le peuple ; » il est plein de bravades orgueilleuses. Mai& tuul cela, c est Dautua même.
Le récit de M. Michelet, et j'en dirai autant de celui de M. Villiaumé, est oobré, d*un bout k Vautre, par un sentiment profond de sympathie pour les hommes illustres qui périrent dans cette journée à jamais néfoste du 16 germinal. Et ce sentiment, qui a sa source si haut, j'aurais honte de ne le pomt partager. Hais combien il est aisé k des èmes généreuses de se laisser aller trop loin, en prenant le parti des victimes ! Ce qui exige un douloureux effert, c'est d^étre juste, même k Tégard de ceux qui le» frappèrent! ♦
Un point nous reste k édaircir : Danton, en iiyi, reçut-il de l'argent de
la Cour?
Nous nous sommes, dans le cours de cet ouvrage, prononcé pour Talfirmative; et notre opinion, k cet égard, a donné lieu, de la part de M. Despois, critique très-distingué et ti'ès au courant des choses de la Révolution, à une fort belle dissertation (jue la Revue de Paris du 1" juillet 1857 a publiée. Euuinérons d'abord les téiuoi^iiages, sauf à Ici» analyser ensuite :
BEaiKAHD DE MoLLEviLLE : « Après la retraite de M. de Monlmorin, M. de Lessart, qui continua d'employer le sieur Dumnd pour les services du .genre de ceux dont il était chargé par son prédécesseur, étant avec nous ofaes le garde des sceaux, rompit brusquement le Comité, pour aller traiter une affaire qu'il disait très-importante, avec une personne k laquelle il avait donné rendei-vous. ie le ramenai cbeslui, parce qu'il y avait (pjelque chose de dérangé à sa voiture. Il me confia que l'afiEure si pressée cpii le rappelait ches lui était de donner 34,000 livres k une personne qui devait
les r^-motire à Danton, pour une motion à faire passer le lendemain aux Jacolnus. i. {Mémoires de Ikrtrandde MoUeifiUe, 1. 1, p. 554 et 555.)
Le MèME : « Quand le procès du roi fot mis en délibération, Danton, rinfàme Danton, dont la Hste civile atait acheté si chèrement les service*» fut un de ceux qui montrèrent le plus de violence. Je ne fis aucini s< rupule d'employer le mensonge pour calmer la furie d'un monstre, et je lui écrivis, le i\ décembre, ainsi qu'il suit : (suit copie d'une lettre dans laquelle Danton est menacé, s'il ne soi i pas le roi, de voir publier « la preuve des sommes par lui reçu.-? sur l.-s (Impenses secrètes des affaires étrangères ; >. ) après quoi, Bertrand de MoUi-ville continno : « 1;^ vrnt.' .>t que M. de Montmorin m'avait effeclivemont communique toute cette atïaire et les pièces; mais jamais il ne me 1.- avait remises. Danton, cependant, qui savait mon intimit'' avec le comte de Muntiiioi ui, ne pouvait douter, sur nia lettre, tpie je n'en Iusm' déi-ositaire. Il ne me répondit pas; mais je vis que, deux jours iq.rès celui nù d avait dû recevoir malettre, il » fit donner une mission pour les dépaiiemenls du Nord; il ne revint à Paris que k V, ille du jour où I on condamnait le roi. Il voto pour la mort; mais, contre son usage, son opinion ne fut soutenue d'aucua discours. » {HUUfire far- /ementotr^, t. XXMl, p. 105.) , . . ^
La Fateitb : • Danton s'éUit vendu à condition qu on lui achèterait 100,000 livres sa charge d'avocat au conseil, dont le remboursement, d'après la suppression, n'étoit que de 10,000 livres; le présent du roi fut donc de 90,000 livres. La Fayette avait rencontré Danton chez M. de Montmorin, le soir même où ce marché so concluait.... Plus tard, il reçut beaucoup dVg'enl; le vendredi, avant le 10 août, on lui d.mna 50,000 écus. Li Cour, se croyant sure de lui, voyait approdier avec balusiaclion le moment prévu de cette journée, et Madame ÉUsabeth disait: « Nous sommes tranquilles : nous pouvons compt er sur Danton. » La Fayette eut connaissance du prcnuev pavement, et non des autres. Danton lui-même \m m parla à I Hotel de Ville, et, cherclianl à se justifier, lui dit : f Général, jesuis plu.s n)onarchique que vous. » {JSote trouvée dam Us papiers du général La
FtUieUt'.] JAA AAft
DiussoT : « Danton recevait de toutes mains. J'ai vu le reçu de 100,0W) écns qui lui furent comptés par Montmorin. » (Mémoires de Bristot, t. IV,
p. 195 et 194.) , „ .
BiBDBBBR. Le troisième volume des œuvres inédites de P.-L. Rœderer, publiées par son fils, contient un portrait de Danton où est cette phrase : « d'abord sans autre but que de se faire, acheter par la Cour, ensuite de gouverner la République. »
Robespierre : « Danton eut à Mirabeau une obligation bien remarquable : celui-ci lui fit rembourser sa ch^r^n d'avocat au conseil ; on assure menu, que le r-rix lui en a clé payé deux iois. Le lait du remboursement est facUe à prouver. » (Manuscrit publié en iSil, p. b.)
(;a«at : « Quand une fois Mn al.eau lut corrompu, les plus grands moyens de corruption de la Cour se tournèrent vers Danton : lleat possible qu'il en ait reyu quelque chose; il est certain que, s'il eut un marché, rien ne
PttOCÈS ET MORT DES DAltTOMSTES.
fut délivré de sa part» et qu'il resta fidèle à ses complicos les répuLliciûns.» {Mémoires de Garât, t..XVlII de { Histoire parlementaire, p. 447.)
UiRABEAU : « Beaiiraetz, Chapelier, etc ont reçu les confidences de
DiUiton ; quant a hn-ri. il ;i reçu hier trenle mille livres, et j'ai la [n euve qu*' c"<'st Ihuilon qui a lait faire le dernier riumoro de Cainillo Desiiioulin.s. ,. Flnfiii, c'est un lioisl » (Lettre du 10 uiars 1791, adressée par Mirabeau au comte de la Martk, dans leur Correspm^'^'ince, t. 111, p.
Parmi ces divers témoignages, il en <u. t un, celui de Berlr;»ndde Molleville, que M. Despois récuse, et en cela il .iuiail tuul u lail luison, si ce témoi^joage était isolé. Nous avons eu déjà uous-mème, occasion de faire ranarquer combien les affirmations de Bertrand de MoUeviUe méritaieut peu de créance, et nous nous ran<^eûns deTaTiB du satant critique quand il dit On conçoit quel intérêt Bertrand avait à noircir tous les lépu-
blîcains. Indépendamment de ses haines personnelles, il est d'une crédulité rare pour ks questions de vénalité : c^est ainsi que, selon lui, pour eombattre Tesclavage, Brissot a reçu 500,000 livres ; Condorcet, 450,000 livres; l'abbé Gr^ûire, 80,000 livres; Pétion, 60,000 livres. Et qui avait doimé c " ^f^mmes? >ion pas précisément les nègres, mais les mulâtres. Bertrand veut bien c(»n venir (pi'iis en avaient ofl'ert autant à Robespierre, mais qu'il n'îfvait voulu rien accepter, quoique les servant avec zèle. » Relativement à l eifet des prétendues nienac(!s de Bertrand de Molleville, M. Despois observe avec raison que les mots violen(« |> ir lestpiels Dantoii motiva son vote contre Louis XVI n'annoncent pas un homme intinudé. Et puis, quelle foi ajouter à ce BertrauJ de WoUeville qui, de son (tropro aveu, ne se fait pas scrupule, en certains Càs>, « d'employer le njeusonge? » Mais, je le répète, il ne s'agit pas ici d'un témoignante isolé, et cela change un peu la question.
Une ^flfirmation beaucoup plus grave, c^est celle de La Fayette. M. Uespois trouve peu vraisemblable que Banton ait parlé à La Fayette, sinon du remboursement de sa charge, au moins du prix honteux qu*il en aurait tojoclié, à supposer que ce prix fût au-dessus de ce que la charge valût en effet. Mais M. Despois a oublié de reproduire dans sa critique ces mots que La Fayette met dans la boucbt; de Danton : « Je suis plu!> monarchiste que vovf^, I» mots qui indiquent comment Danton put être amené à lidre la cijjili' Irnre que La Fn\«"'tfe tttinitinînie.
Lt puis, il n'y ;i pas du milieu ; on il faut admettre l'exactitude du fait, ou bien il faut condamner dans !< i lté le plus lâche et le plus imjuident des menteurs; c;ir sa dtddiiiUuti «-st nette, pérernptoire ; rion n\ manque : ni l'endroit où il reçut la confidence, ni les paroles c.a ui Uristiques,, si frappantes, qnj l'accompagnèrent, ni le chiffre précis de la somme indiquée» Or, La Fayette était un beimète homme, et absoliummt incapable d*mi «aanmat moral au moyen d*nna imposture. D*on autre oèlé, M. Despois nous apprend-qne, d^une notice manuscrite k ini communiquée^ un compahriotft de Banton, son. .camarade de collège, il réanUe ^vCea I79i Ihalm acheta quelque» biens à Arcia^r-Anbe a.vealeajquiln»*viDgtiBiiUe fwiGs qvl'jl, venait à» neevoir poiir le rerabsnnemeiit de.tt ichvged^avoeaC
400 HISTCMiit DE LA RÉVOLUTIOX (1794).
au conseil. Cestlà une drcomtance qui, loin de contredire le récit de L» Fayette, tend li le confirmer, puisqu'elle prouve que Danton reçut, comme prix de sa charge, bien au delà de sa valeur, telle que La Fnyctle la détermine, c'est-â-dirc dix mille livres. Mais était-ce bien là la v;ilcur réelle df» la charge? Cela revient à demander si La Fayette savait ce qu il disait ; et M. Despois. qui îivoiie que « nous somnies réduits sur ce point à l iguorance la pln.s roinplète. » admet, qnel(|ues hgnes plus bas, en rappelant le discours d'installation de Danton à la Commune, discours où il fut question^ et qui resta sans réplique, du remboursement dout il s agit, quVlu tsmil pourtant alors ce que valait une charge d'aiocit. • Sh wà, sans doute; et c'est pourquoi il est permis de croire Ls Fayette Inea informé lonqu^U ét avec tant d'assurance que cette charge d'avocat, pour laquelle îimUm kn avoua avoir touché cent iiiille livres, n^en valait que dis nulle. Quant aux doutes que M. Bespois parait timidement élever sur l'authenticité de la ncto d'où ces déUilssont tirés, parce que, dit-il, les éditeurs mettent NoUéu général La FayeUe^ipinÀ une note est de La Fayette lui-même^ la questiou est tranchée par ce passage àt% Mémoires de LaFayeiU, qui est bien évidemment et bien incontestablement de lui, pour le coup : « Danton, dont la quittance de cent mille livres était dans les mains du ministre Montmorin demanda la tête de La Fayette : célM roînpter beaucoup surladiscréfiH!! de La Fayette à garder un secret que iJantoa savait ne lui être pas inconnu. « [Méwoire^de La Fayette, t. 111, p. 85.)— « Mais pourquoi cette discrétion? » s'écrie M. ik'spois. — La Fayette avait répondu d'avance: « Parce que c'eût étt' livrer à la mort le ministre Montmorin. » Et cette réponse, qui ne parait pas satisfaire entièrement M. Despois, nouahi'traavons, nous, décisive, en nous rappelant combien d*bommea pârirèiM» ètÉk ces jours terribles, auxquels on avait bien moins que cela k teptoé^. ^' • EstAl besoin d'insister sur rextrèmc gravité de la dédaratlMiMlSliaibC, affirmant « qu'il a vu te reçu de cent mille écus qui furent comptés h IMMon par M. de Mentmorin? » M. Despois demande oA et comment Brissot a vu ce reçu, lui qui n était pas ami du ministre. Mais M. Bespois ouMie qu'en mars 170^ Brissot était l'âme du Comité diplomatique; qne le ministère des affaires étrangères était précisément de son domaine; qu'il eut charge expresse d'en fouiller les secrets ; que ce fut de la connaissance des pièces qui y étaient contenues ipi'il lira son accusation contre le ministre de Lessart ; que la eorrpspondance et b(';«ncoup des pa])!ers dfî Montmorin lui passèrent sous les \eux, et que, I i - juf , dans la st.iiice du 25 mai 4792, il demanda un décret d'accu^aliuu contre Montmorin, il basa sa demande sur « les pièces qui étaient soit au Comité de surveillance, soit auGenîié diplomatique, cl sur celles qui lui avaient été direetement ceoiées à Mmême. • (Voyez apMm de Brittot mrr€xi$me$ d*im eomUé mUri^ m ékien,) Quant à dire que le chiffre douné par Briasot, cent mileécns, nVA pas identique àcelui donné par LaFajetle, cent mile livres, il fondrait, pouv^ que cet argument eût qudque vdenr, qne Brisaot eût entendu parler dn n^me payement qne La Fayette., ce que rien ne prouve ou même n'indique, n ne reste donc plus qu*un moren de repousser en témoignage, ^ est de
mettre «^n doute, ou rinteliigencc de Brîssol. ou sa bonne loi; cl c'est ce que M. Despois essaye de faire en disuul de Brissot qu'il était « tout à In fois très-crédule el assez menteur. » Mais admettre en ceci Papprcciaiion (lu sivanl critique nous est iinpossiLlc. L.t a u t Juillé )► Ri issot eùl été lie l'idiotisme, si elle eùl pu Tameuer à se tromper sur un fait auî>si simple que celui doui il parle, un bit pureiDeiit vstériel. Or Brissot aYik nonimàemmi beaoconp d'mtettigence, mais vm iBtetlig«nce trèsnléliée. El, pottr ce qui «at àè TépithètA « ttMf menteur > que M. De^is hii applique* nous Iro^ons, s'il faut Tmiier» rarrét bien leste. QneUes qn*nent pn être aeB> lÎMilei polUiquesy et certes nene ne les evons pes eaehéest Brisaet arait aa gimà foods d*hemièteté, auquel ont rendu bonimage tons ceux qui le connurent. Le ^upposer capable d*avoir de sang- froid et à ce poiqt calomnié un innocent, en affirmant qo'il avait tu ce qu'il n'aurait jamais m en effet» c'est arbitrairement ebarger sa mémoire d'un crime.
Nous ne nous arrêterons pas aux témoignages de Rœderer cl de Robespiprrp. f]Mf* nw!« n'avnn^ nippelés f|fie romnif rnn-fntnn* imp npinim. H (\Uii nous sommes Imn il».: \ mil. nr donner comjin' li- - /i/ r'/r^N : [n;us 1 appréciation de (irirat est tn^- iigae d'être pesée. <|uei(|ue boiii qu'il prcnni' d\;uiplu^«ji la forme duLilalive, car il ne faut pas perdre de vue que Garai avait à Danton une obligation essentielle, qu'il lui était personnellement attaché, et qae fes lignes reproduites plus haut sont e&trdiles d'un passade ofr Fantenr parle de Danton àreo alfection, et Ton pourrait dire- avec attendriasement.
Nais ce qui lève, liélaa! tens les doutes, — nous reprenons ee mot, c^est la lettre adressée, le 10 mars 1791, par Mirabean au comte ëo h Mardi. Conment H. Despois a-t-il pn s^areugler généwiisomcnt'^an point
de supposer qu'en constatant, dans une lettre tonte confidenHelle k Vhomvie de la Cour, M. de la Marck, d'une part, le fait darargent reçu par Danton, et, d'autre part, le fait de ses engagements non remplis, Minbeau avait tout simplement entendu jeter ù Danton Vinjure la plus sangiarilc que put rencontrer sa jdusne, fVst-h-dirr lo noin ih' Tendu. *'t cela pour se v^m^f^r d'un :iriicle de Camille De^iiiouims dirige contre lui, àLura^ beau, et UuuL il ciu^.ut Danton rinspiratcur? ' ' Ouoil Mirabeau, voulant se venger de Danton, n auiuit Uuuvé rien do mieux que de Tinsuller eu s'écnuiil, lui qui s'éUiit vendu ; « Il s*eit vwndn! a El doTant qui anraitHl prétendn iosihw de 11 séria Banian? JSm pas' devant le pnUie, mais devant Tageot des Tentes de ce genre, iL éa Ja Marck? El il ne Ini serait pas Tenu un moment .à Tidée qn'il ne «pomaibkafonm aiipi Danton, sans se hafouer Ininnèmo, el aans ofioser par Annwnr btmrrfié llidame auquel il s'^adres^sait? En vérité, tontnala nst lhsal<mnilt inadmissible; et je m'étomie que M. Despois nit|i« Sfiair recours à me eipàioiLiou amgi extraordinaire, quand l'explication vraie est si claire et se présente si naturellement. De quoi s'agit-il? Danton a fait faire h CaTuille, — du inoins Mirabeau croit le savoir, — un nrlirle «ù sont vivinicnl attaqués i'hnpelipr et Heaumetf, avec !• sijin l.s liuilon est 1 ei^dyr«« et Mir^iieaM iui-oiéQi&. Là-d£ssu&» Mirai)eau, qui aat au
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courant des engagements de Ihinton avec la Cour, s'indigne de Ipç voir vi(»!(''s de: la sorte ; il entre en fureur, et contre la duplicité de I)anton, et contre la bêtise de h i'.ouv, qui ciiiploie si mal son argent, et il érrit ab irato au comte de la Marck ; « I>auton a reçu hier trente mille livres, et j'ai la preuve que c'est lui qui a fait faire le dernier numéro de (^nruille Desmoulins... c^est un boit. » En d'autres termes : • Est-ce pour qu on vou;; attaque et qu'on m'attaque que vous payez les gens? Geux qui prennent votre argent vous trompent, ils vous volent. » Ost si évidemment )è le sens de la lettre de Mirabeau, quun peu plus bas il ajoute, à propos de six mille livres qu'il doit dépenser dans Tintérèt de la Cour : t Ô est possible que je les hasarde. Mais au moins elles sont plus innocemment semées que les trente mille livres de Danton. »
Est-ce assez clair ? Le reproche que Mirabeau fait à Danton ne porte aucunement sur e<» qu'il a pris des engagements avec la Cour, — reproche qui, dans la bouche de Miraiicau, serait le comble de rimbéeillité. lui-même se trouviuit dans ce cas : — le reproche |)or(e sur ce (|ue Ilanton, qui a pris (k's ei)i;ayenu'nts avec la Cour et touclié pour cela trente niillr livres, ^uj^ue si peu son argent, que c'est lui qui inspire les numéros agressifs de Camille. Après cela, que Mirabeau ne « nous apprenne pas » dans sa lettre tout ce que M. Despois désirerait savoir sur les drconataiices du marché en question, rien de plus simple. Ce n*est pas k « nous » que h lettre de Mirabeau est adressée, ^ ce document était destiné à ne pas voir le jour, — ce n'est pas au public, c'est k M. de la Marck, homme auquel Mirabeau n^a rien k apprendre sur ce point. Aussi lui parle-t-il des trente mille livres reçues par Danton comme d'une cbose qu'ils connaissent parfaitement Tun et Tautre, qui n'est h prouver ni pour celui qui écrit la lettre ni pour celui qui la reçoit, comme d'une chose certaine enâi, et si certaine, que de là vient sa colère contre la duperie de la Cour, qui paye et qu'on n en attaque pas moins.
Ici se place le mot de Garât : « Il est certain que, si Ihmton eut un marché, rien ne fut délivré de sa part, et qu il resta fidèle à ses complices les républicains. » Sauf la forinr adoucie et dubitative que Tamitie de Garât pour Danton lui commandait, nous estimons que la vérité est là.
Kt c'est précisément ce qui explique comment, plus tard, le comte de laMarck, écrivant kM. de Hercy-Argenleau, rangeait Danton au nombre des réptibUcains qu^on s'attendait h voir entrer dans la législature.
Au reste» et puisque le nom de M. de Mercy-Argenteau se trouve sous notre plume,' rappelons unfait> doublement curieux ea ce qu il moiiir«: d'abord que ce même M. Mercy-Argenteau, correspondant du comte de la Harck, croyait, en 1793, à la possibilité de s^entendre avec Danton, et ensuite que Danton, quelles qu'aient pu être ses faiblesses en certaines oocanous, était capable, en d'autres circonstances, du plus entier désintéressement. On lit dans les Mémoires du prince de Hardenberg : A la nouvdie delà translation de la reine à la Conciergerie, le ministre d'Autriche, comté de Mercy, alors à Bruxelles, dépècba un émissaire à Danton pour l'engager à épargner l'auguste victime, s'imaginant que ce chef de parti avait toujours
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une grande influence. Il s'abusait... Toulciois un ;i-mii*> qu'il promit son appui, et quo même il rejeta lOitre cl une somme cousldi-rable pour prix d'un tel sefvice, ajoutant que la mort de la reine n'était jamais entrée dans ses CilciLs, et qu'il consentait k la protéger sons aucune ^e d'intérêt personnel. » {Mirmres tirés des papiers (tun homme ^Ètat.) . Une dissertation plus approfondie nous conduirait trop loin : il Tant nous arrêta-. M. Despois, — et nous Ten remercions du fond du cœur, — nous met hors de la .classe de ceux qu^une turpitude de plus, découverte dans la uature humaine, inonde de joie. C^est un éloge que nous acceptons sans détour, sûr qu*il est mérité, et nous eussions été heureux de pouvoir par» tager ce que le critique distingué auquel nous venons de répondre présente modestement comme ses doutes. Mais, s'il est un di si olisirie contre lequel il nous soit interdit de nous mettre eu rérolte, c'est celui delà vérité, telle qnV1!(" apparaît à rintrî^ conscience.
Au t i'>li . lorsque, :ivec une tristesse si éloquente, M. De«:poi^ rf^pr* «îonle Danton calouranl sa inére dos plus tcndrp« «a!t»«, s'occupaol \\\\ I î* li e de sa nourrice, adoiani. s;* pr»'mière femme .ju point de faire < xliuuiei bun cadavre après sa mort pour i tmbrasser une dernière lois, épousant ensuite, — tant la vie de fauùlle lui était nécessaire! — une jeune fille sans for- ^ttiie, celle dont rimage fut au moment de le troubler sur récba&ud...» qui ne se sentirait ému ? Le fait est que la nature de Danton était composée de contrastes, et qu'il ) eut dans sa vie beaucoup d^ombre avec beaucoup
de lumière. Sa mort ab l que n*est-il possible d*écarter le souvenir
affreux de sa mort, de celle de ses amis, de celle du pauvre et cbarmaot Camille, surtout? Ce que nous avons dit des Girondins, comment ne pas le dire des Dantonistes : f La Révolution, quileis tua, portera leur deuil îi jamais.*
Depuis 1 époque où je repondais, comme on vient de le voir, h la généreuse et savante criticjue de M. Ëugène Despois, trois pièces importantes
ont été publiées, savoir :
Le traité d'offlee d'avocat aux conseils entre M. Huet de Paisy et Danton ;
La quittance de Danton à l'État pour le remtiour sèment de sa charge d'avocat aui conseils ;
La liquidation de la cliarge d'avocat aux conseils du roi, possédée par Dantxm.
Le premier de cea documents, portant la date du S9 mars 1787, étaUil que Danton acheta de M. Huet de Paisy sa charge d*avocat aux conseils du roi, moyennant la somme de 78,000 Vivres, dont 10,000 pour le corps dttdit office, et 68,000 pour le prix de la pratique âioncée dans Tacte de
vente.
Les deux derniers constatent que le prix du remboursement delà charge
fut de 69,031 livres, i sols. ' Ces pièces; réfutent victorieusement l'accusation portée contre Danton
par La Fayette.
Que dit en effet La Fayette? Que t Danton s'était vendu à coodition qu'on
HisTonic vm Là ii£?oi.midii (1794).
lui ;k hélerait 100,000 livres sa charge d'avnrrît nnx conseils, âayif le fOIH bourseuien! , (rapW's la suppression, n'était que île 10,000 livi« >. »
Or, lei coaJiiions liu remboursement des charges d'avocat aux t oîiM il> du roi, avaieut été détermiaées en ces tonnes, par la loi du là mui lïUl (dÀïret du 7 mû).
• Les «vocaU «tti GODMÎIf serani remboonét i«r lepîed dn dénier oonmt d'acquieition de cbaqae tiluliire, el nëtamons cens ^donl les priidV chtiioat ûifériews iSO,000 liTres, recovront cette dernière semme en iMabonrseniMit.
« Ceux dont les prix de contrat eiofedeal 20,000 linve, smmt asnjfltia k la déduotÏM d*na hiâtième sur le inoiHant de leur remboursement, pour raison des recouvremeolf présumes compris daas les ventes qui leur ont été faites. » {Collection complète des lois promulguées star les décrets de l Assemblée nationalf, t. IX. p IS7,)
11 es( clair que. aux termes de celle loi, Danton :nirail dû recevoir, au niiniuium, 20,i)0U livre-, rl non pas 10,000, comiin' le dit Latayeltf .
D'un autre côté, les documents dont il s'atrit ( oustalent que le remboursement fut effectué par la caisse de rextraonijnaire, ce qui écarte toute idtîti d'un traité particulier fait arec le ministre ou avec la Cour.
Bn réalité, coimnenl le remboursement a-t»il eu Ken? i«i tenues de la loi du 15 mai i79i, Danton ayant acheté sa charge pins de M,000 livras, divait subir nno réduction d*un hwtième sur le prix d^adial. Nena avons dit qa*il avait payé sa charge 78,000 liv.
Si nous en déduisons un huitième» soil 0>7S0 id.
a reste.. 68,250 liv.
Auxquelles doivent s'ajouter :
Pour remboursement du droit de mutation. . • 240 liv.
Pour remboursement du marc d'or . . . . • • 416 id. 4 scb-
Ponr remboursement dnscoan de provision. . . 125 id.
Ce qui donne 69,051 liv. 4 sols.
c*e$t I dire le chiffre lU) ini porte sur la quittance et la reconuaissauce définitive de la liquidation des S etH octobre 1791.
L'asserliou de Lafayette u'est donc pas soutenable.
Dans un travail dont je me propose de faire suivre la prochaine é(fition do ce livre, je reviendrai sur tons les p^nls esatroversés de cette grande et diflhâle histoire de b Révolution. Mais vm devoir m^éUil MSpesé à l'égard de b mémoire de Danton, et j*ai Took le remplir sans perdre un mènent.