‹ Histoire de la révolution française (volume 2)Chapitre 3 sur 23 · A60NIB ET MORT DE L* ARMÉE CATHOUQUE · texte numérisé non relu

A60NIB ET MORT DE L* ARMÉE CATHOUQUE

que se retrancher en avant de Trans était tout ce qa'exi^ geait la prudence ^

Les soldats vendéens rentrèrent à Dol en triomphe.

La joie était au comble. On se félicitait et ou s'embrassait mutuellement. On remerciait les femmes de leur intervention courageuse. Le curé de Sainte-Marie reparut, toujours le crucifix à la main. 11 chantait le VexQla régis, et chacun de tomber à genoux sur son passage \

Faut-il le dire? Oui, puisque la vérité l'exige : des soldats appartenant à la colonne républicaine envoyée à Fougères y avaient commis des crimes qui égalèrent en atrocité ceux dont les Vendéens s'étaient souillés en cet endroit même. Là, des blessés tuient égorgés dans leurs lits; là, d^ Vendéennes reçurent la mort, après des outrages pires que la mort. C'est ce que constate une lettre écrite à an chirurgien pour qu'il la mît sous les yeux de Robespierre. Mais n'oublions rien. Le signataire njuute : « Parmi ces horreurs, j'ai vu un beau trait. Une femme, à qui Ton avait pris ses jupes — elle pouvait avoir vingt ans et était assez jolie — pria un capitaine de canonniers de la tuer. Luj, plein de générosité et d'humanité, ôla sa redingote,

* Le récit do Kléber/ en ce qui touehe cette jmsraéè, outre qu'il est trèe^ incomplet, ne concorde, il font bien le ^re, ni avec le rapport de Wetter-» mann, ni avec la relalion de madame de la Rocbejaquelein, ni avec les Mémoires de Mercier du BocMr, que nous avons sous les yeui. Ce rédt,

tant par ses réticences que par le lour donné aux choses, est évidemment calculé de; manière à écarter du parti auquel Kléber apparlenaii loulo la responsabilité du mal, en la rejetant ie plus possible sur le parti adverse. Ainsi la confusion qtie produisit dans la colonne de Marceau le retour de celle qiron :iv;tit envoyée à Foiigèrea tisl présentée, d;ins le récit adopté par Savary, (.uiuuie le résultat de ce fait que Muller était ivre. Or, il ne faut pas oublier ce que Uossignol, dans la lettre qu'il éciivit, d'Aiij^ers, au ministre de la Guerre^ dit des horreurs que le parti de Ma|ence s*éti»diait i répandre contre les géaéniu patriotes, entre autres Hiiller et Canuel.

* Mémoires de madame de la Bochejaquelein, chap. xVn, p. 304.

Ja lui mit sur le corps, la fit sortir de riiôpilai, et, le sabre à la main, lui sauva la yie^ »

Le 5 frimaire (22 novembre), les causes qui avaient produit la (It'faile de la veille en amenèrent une seconde. Tandis que Klëber, à Trans, ne [)a! liit que de laire rétrograder les troupes jusqu'à Antrain % l'idée tixe de Westermann, à Pontorson, était de recommencer Faltaque. C'est le parti auquel il se résolut, le '2 frimaire, sans s'assurer s'il serait soutenu à temps. Ueb sept heures du matin, il pousse droit à Dol. La Rochejaquelein s'a va née de nouveau à sa rencontre, et le combat s'engage. On lutta de part et d*autre avec un coui'nge qui tenait de la fureur. A neuf heures, voyant les républicains reculer, Marigny, l'émule de WesLermann, s'eftorce de ramener la fortune en mettant pied à terre avec ses chasseurs, et en faisant, à leur tête, une charge désespérée. Un biscaïen lui casse son sabre dans la main, et lui n'échappe à la mort que }>ar miracle*. Quant à Westerniann, il était tombé dans un tel accès de rage, en sentant la victoire lui échapper, qu'il frappait à droite et à gauche ses propres soldats, et qu'il tua d'un coup de sabre à la figure un officier de gen* darmerie, an moment même où celui-ci cherchait à railier les fuyards *.

11 fallut battre en retraite, cependant; et la route de Pontorson était libre depuis une heure déjà '^^ lorsque les

^ Rapport de Gourtoîs sur les papiers trouvés à la mort de Robespierre,

n* LXT des PUees justificative^^ * Bécit de Klcber, dans Savarj, t. ll« p. 510. s Ibid.y p. 374.

^ Lettre de Rossignol au ministre de la Guerre, en date du 1 1 frimaire (l"" décembre) 1795. — Snary dit, à ce sujet, t II, p. 404, que c'était lu cotituuie de Weslernutiio, L.u .iclcre bouillant et daugereiui, de distribuer des coups de salire aux oûu lers et aux soldats.

' La dt'-roule de WesU-nnann eut lieu à utui in lires, et ce fui à dix lieuieâ^seuleuienl que Tauli f partie de rarinée attaqua. Vojez la lettre de Gainon, à la suitç du Rapport de Courtois sur les papiers trouvés à la mort de Robespierre, n* uy des PUc^ jusliftcofixm.

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Vendéens virent s'avancer, sur celle d'Antrain, le gros de rarmée républicaine, établie à Trans. StofQet commaiidait, de ce côlé; mais la Rochejaquelein , victorieux, rélarit venu rejoindre, les républicains eurent à soutenir, une fois encore, tout l'ellorL de Farmée vendéenne réunie. De cette circonstance \ et non point de la démoralisation des troupes républicaines % dépendit le sort de la journée. Les troupes étaient si peu démoralisées, que la bataille dura plusieurs heures'. La stcoinle colonne fit bonne contenance ; la troisième soutint le ieu jusqu'à ce que les munitions fussent épuisées, et alors on en vint à Parme blanche*. Enfin, pris par leur droite*, les républicains plièrent. Vainement Uossignol, qui s'était constamment tenu à la tète de la batail!(î, fit-il tout ce qu il piit, avec Bourboite et Prieur, pour euchaioer à son drapeau la victoire, employant toùr à tour auprès des soldats la prière, la menace, Tinsulle, et leur criant : ce Vous allez dire que vos pfénéraux vous trahissent, njai.> mm. C'est votre lâcheté qui perd la bataille*... » La retraite, une fois c(»timencée, devint si précipitée, et dégénéra si bien en déroute, qu'elle entraîna les républicains au delà même d^Antrain, dont l'armée vendéenne inonda les rues et les maisons, dans le plus épouvantable désordre. « lin corps

* Voyez le récit d^Obenheioi, dans Savary, t. II, p. 379.

• • Comme Kléber le dit, t. II, de Savary, |». 573, pom> prouver que aOD système de défensÎTe était le meilleur.

^ Mémoires de madame de la liochejaquelein, chup. xvii, p. 507.

* Rapport de Tadjudant gpâfiéral Houyer, cité daos celui de Gboudieu. ^ Récit (rOhenlieiiu. Savan'. t. 11, p. 570,

V oyez la leilre de Gaiuoo, n" lxv des Pièces juUilicatives, k la suite du Rapport de Courtois.

Kléber ne dil pas uit mot dans soii récit de rintrc'pidité d«>ployée j»ar Rossignol ; et il va sans dire que les historiens royalisles n'ont eu garde de remplir la lacune. Si M. de Burante, par êxeuipk, eût cru de son devoir de ne rien taire, il n'aurait pu se donner le plaisir de dire, t. III de son Histoire de la Convention, p. 598, cdilion Néline, que les généraux protégés par les jacobios manquaient pour la plupart de talent et de Murage,

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de iiiillo hommes qui eût allaqué les Veiidceos en ce moment, écrit Obcnheim, les eut détruits » .

Mais l*armëe républicaine, loin de songer à revenir sur ses pas, poussa jusqu'à Rennes. Là, Rossignol eut un de ces mouvements qui ne sauraient naître que dans une âme vrainK lit gi aiide. Prenant sur lui, avec une modestie injuste à i'orce d'abnégation, ia responsabilité d'un revers que sa qualité seule de général en chef permettait de lui imputer, vi (jui avait sa source réelle dans les divisions Intestines auxquelles Tarmée était en proie, il [iv: i\ au conseil de guerre, un papier à la mriin, et, s'adressaiit aux représentants : « Citoyens, leur dit-il, j'ai juré la Répu* blique ou la mort : je tiendrai mon serment. Hais je ne suis pas fait pour commander une armée. Qu'on me donne un bataillon, et je ferai mon devoir. Voici ma démission: si on la refuse, je croirai qu'on veut perdre la République n Hais Prieur : o Tu es le ûis aîné du Comité de Salut public, Rossignol. Point de démission. La responsa* Lilité ne pèsera pas sur toi, mais sur ceux qui t'environnent et doivent te seconder de leurs conseils et de leurs talents militaires »

La politique du Comité de Salut public à l'égard des hommes d'épée était tout entière dans ces mots; et Prieur u'alt;icliait certainement pas un sons fiivole à la définition qu'il avait coutume de donner de lui-même, lorsqu'avec une intention sans doute ironique il disait aux généraux mayençais : «c Je sois, moi, le romancier de ia Révolution *. »

Legouéralal fut donc con>ervé à Rossiguol. Seulement, Kléber obtint des représentants que Marceau serait nommé commandant des troupes, Westermann commandant de

* Vovez, dans Savary, t. II, p. 580«

* Ibid,, chap. ix, p. 376.

* Ibid.

* Ce moi est cité sans conuneoUire dans Savary, t. U, p. 59t.

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AGOMË £T MOAT DE l'aAMëë GATUOUQUE. 75

la cavalerie, et qu'à la tête de l'artillerie on mettrait Debilly. a Ami de Marceau, écrit Kiëber, j'étais sûr qu'il n'enli'eprendrail rien sans s'être concerté avec moi \ » Bieo que ces dispositions eussent pour but manifeste d'à* jouter à l'influence de la fîiction mayençaise sur Tarmée, elles furent acceptées par les représentants, le puiiil essentiel, pour Prieur et ses collègues, étant que rautorité militaire suprême^ l'autorité en derni^ ressort, restât aux mains d'un homme dévoué corps et âme à la Révolution, telle que le Comité de Salut public la coinpreiiait et la persoumliait en cet homme. S il arrivait aux. généraux qui devaient Taider de leurs conseils de ne lui prêter qu'une assistance propre à l'égarer, oh ! alors, — Prieur s'en était expliqué nettement, — malheur à eux * l

Le 8 frimaire (28 novembre), il fut décidé que l'armée . se porterait sur Châteaubriant, où la première colonne, commandée par Marceau^ arriva le 10 frimaire (30 novembre), et oCk l'on apprit que l'ennemi menaçait Angers

C'était effectivement de ce côté que les Vçndéens, en. quittant la ville d'Antrain, avaient pris le parti de se diriger. De nouveau ils traversèrent Fougères, Ëmée, Laval ; mais quel spectacle que celui qui mainlenants'offraità leurs yeux, là même où ils avaient trioinphé ! Partout le deuil, partout riinagede leur destruction prochaine, partout la trace des vengeances exercées sur quiconque les avait accueillis. Ils se traînaient, foule immense et misérable, teignant les routes de leur sang, les joiicliaul de leurs cadavres et, k chacun de ces relais funèbres, laissant derrière eux ceux que leur venaient enlever ou le froid ou la faim. Car le froid était d'une rigueur si excessive^ et la rareté des vivres telle, q4i'à Autrain madame de la Roche-

* Savary, t. U, p. 5S9.

» Ilrid. .

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