X. SI
482 UISTOIUE DE LA nÉVOLlillON (i794).
Au sortir de ia séance, il se mit au lit, et le garda pendant lin mois. Un moment, les médecins craifrnircnt pour SCS jours; ails eurent, écrit Lccointre, beaucoup de pciuo à le rappeler à la raison et ù la vie K »
Son ami Tallien ne déploya guère plus de fermeté. Attaqué sur le fait du 23 prairial au soir, qu'il prétendit n'avoir pas été [)réscnlé d'une manière exacte, il fut flétri par Robespierre comme un de ces hommes qui appellent le mensonge au secours du crime; et Billaud- Varenne dit en propres termes : c< L^impudence de Tal* lien est exlrèuie ; il ment à TAssemblée avec une audace incroyable V » La discussion, arrivée à ce pomt d'aigreur, ayant été fermée, cette circonstance explique peut-être le silence que garda Tallien; mais ce que rien n'explique, si ce n'est une indigne iVayeur, c'est la lettre qu'il écrivit à Robespierre, le lendemain de la séance, lettre pleine de ménagements, d'une humilité singulière, où il se défend avec beaucoup de douceur d'être un homme immoral, un mauvais citoyen, et qui respire un sentiuienf. d'effroi avoué maladroitement dans celte phrase : « Ne crois pas que ce soit la crainte qui me fasse parler ainsi *, »
Pour en revenir è la séance du 24 prairial, la défaite de ceux qui avaient trouvé à redire au rapport de Couliion y cul le caractère d'une déroule. Lacroix (de la Marne) déclara qu'il n'avait jamais été dans son esprit de suspecter les intentions des Comités \ Merlin (de Douai) expliqua sa muticju de manière a la faire considérer
» Laurent Lecoiniir au pciipln français, p. 97. Bibliothèque lUstOfique de la Révolution, 1100» 1. Btilibli Musnim.
• Séance du 24 prairinl, Monileurt on H (17!ii) n" 20(1,
» Voyez cette IcUre duiis VHisloire purlemaiiau c, i. XXXUI, p. 22 i et i!25. Elto e«t tirée de rédition que Mil. Dcrvillc et Uarricrc ont doiince du I upport de Courtois sur les papiers de Robespierre.
« MoniUur, an U (1794), n* S66.
LOI DU n HlAtlUAL
comme une alténualioo de celle de Bourdon (de l'Oise), ajoutant : « Si mon esprit a erré, il n'en a pas été de même de mon coeur ^ » Barère, voyant de quel côté Je vent loin liait, se mit à lire des lettres particulières rendant com[)le d'un bal masqué à Londres, bal moitié politique, où l'on avait remarqué une Charlotte Gorday sortie du tombeau, et poursuivant Robespierre nn poignard à la iiiaui Sa conclusion fut que le considérant voté la veille devait être rappoi té ; et c'est ce qui eut lieu, après quelques paroles de Gouthon, qu'accueillirent les ' plus vifs applaudissements*.
De tout ceci deux choses résultent clairement : la première, que Tasceudant moral de Robespierre dans la Convention était considérable; la seconde, que son influence dans le Comité de salut public était très-con* tostable et Irês-con testée. Quant au Comité de sûreté générale, sa perfe y était depuis longtemps résolue*, et il le savait bien, i^n réalité, il n'avait, comme membre du gouvernement, que deux appuis : Saint-Just, presque toujours en mission, et Gouthon, souvent malade, Or, le système qui consistait à concentrer sur lui toutes les haines en le rendant seul responsable de tous les actes du pouvoir, n'en prenait pas moins chaque jour un développement formidable I Tant d'injustice raccabla. II sentit son cœur flétri à Tidée de cet affreux piédestal où ses ennemis le posaient dans I attitude d'un tyran. La dernière sortie de Billaud-Varenne ne lui permettant plus aucune illusion sur le caractère furieux des r&istances
< Manileur, ao 11(1794), n^m.
» md.
* Voyes ce que Lecoiotre raconte d'une conversation quMl cul avec Moyse Bayle eï Amar, deux jours après le vote de la loi du 23 prairial. Appel au peuple françaUf p. 18* BibUolhéque hiitarique de la Bévol,, 1100, 1. British Muséum.
484 HISTOIRE DE LA nÉVOLUTlO^N (1794).
qui Tallendaient, il se crul réduit à l'impjiissancc de
faire le bien et (rarrèlor le mal. Que résoudre alors? il imagina d'abandonner, sinon le litre, au mums les fonctions de membre du Comité de salut public, pour qu^il restât bien démontré que les maux de la patrie n étaient point son ouvra ^^e; pour que le fait de la tyr.mnic, subsistant dans loiile sa force après la relraile dn tjjniiiy servit à confondre les calomnialenrs^
Hais, en se retirant, il laissait entre les mains de ses ennemis une arme dont ils firent un abominable usage, et dont rinvenlion devait à jamais cliarger sa mémoire, puisque cc((c arme, c'était lui qui l'avait forgée. S'il se flatta de Tcspoir que la postérité, lui tenant compte des intentions, oublierait les résultats, son erreur fut profonde. Le sang dont nous l'enlcndrons bientôt déplorer Telfusion, et que versèrent des hommes qui lui faisaient horreur, ce sang est reste sur son nom. Qu'on dise donc encore que <x le but justifie les moyens ! » Robespierre tomba un moment dans le piège de cetfe doctrine captieuse, et l'expiation pour lui n'a pas été épuisée par la mort 1
* Ou Irouve ua cxpoiȎ coiiiplel cl Lragique de ses moliis dans bon discours du 8 thermidor, auquel nous renvoyons le lecteur.
fiM DU DIXIÈHB VOLUVK