CHAPITRE III
l'ennemi repoussé du territoire
Le? Anglais veul( ni L':ir<l» r Toulon. — Insultes adressées à la France par los ai:énts diplojriali s de Pitt. — Atrocités commises à Toulon par Ie« rovali.sl(.'.s. ~ Iniliynalton ^'éuérale conlre los allif's et ( (•niplicc^ de Té- Iranger. — Lettre de Couthon. — Les répiil)li( aiiis jnellt'nt le siégo devant Toulon. — Cartcaux ; Salicetti ; Napoléon Bonaparte ; Lapoype. — Cartaaux remplacé par Dugommier. — Robespierre jeune et Ricord k Toulon. — Intimité de Robespierre jeune et de Bonaparte. — Rs dirigent avec Ricord les opérations du siège. — Charlotte Robespierre et madame Ricord,* trait caractéristiqae. — Plan adopté an conseil de guerre. — Combat des Arènes; O^Hara prisonnier. — La redoaU anglaite emportée ; irrésistible élan des Français ; bravoure des représentants dn peuple. — Les Anglais abandonnent Toulon à la lueur de rincendie qu'ils y allument.
— Juiremenl porté par des Anglais sur la conduite de sirSidney Smith.
— Patriotisme des forçats de Toulon. — Scènes lamentables; désespoir de la population livrée par Tétranger aux vengeances du vainqueur. — Ce que furent ces vengeances ; réfutation d'une calomnie historique. — Rapport de Rarère. — Campagne sur le Rhin. — Saint-Just h l'armée. — Lacoste anime Hoche conlre Saint-Just. — Ardeur héroïque de Hoche.
— Il est repoussé par le duc de Brunswick à Kaiserslautern.— Le Comité àv Salut public l'encourage, — Jonction de rarméc de Hoche et de celle de Pichegrn — iNominalion de lloche au commandement suprême, par Lacoste et B.iuJot. — Mécontentement de Saint-Just. — Victoire de Geisberg. — L'enncnu repaisse le Rhin. — Rivalité entre Hoche et Pichegru.
— Conduite hautaine de Uocbe «k l'égard du Comité de Salut public et de Saint-Just. — > Ses formes de langage peu en rapport, & cette époque, avec la grandeur de son âme; reproduction du style de Hébert. — Préventions du Comité contre Hodie. — H offense Gamot par rindépen9ance de ses aUnres. — Son arrestation, par arrêté sjgné seulement de Gamot et de GoUot^d'Herbois. — L*armée du Nord en quartier d'hiver. — Jourdan rappelé. — Événements militaires ï la frontière des Pyrénées orientales.
La liévolution triomphait aussi aux fi'onlièi'es, et, au moment même où elle éteignait le principal foyer de la
L^£Ni!«i£Ml REPOUSSÉ DU ï£RIUïOmË.
grande révolte yendëeûne, elle arradiait Toulon am
Anglais.
Par acte du 28 août 1793, lord Hood avait déclaré solennellement qne VÀngl^re temU Toulon en dépât pour Lùuh XVII ; et c'est ce que rappelèrent, dans une prolestation où l'honneur de i a nation anglaise était mis au-dessus de ses intérêts, les lords Norfolk, Grafton, Albemarte. Derby, Lauderdale, Lansdowne et ThanetS Si les royalistes qui avaient livré la ville aux ennemis de la France crurent à la sincérité du cabinet de S|iint-James, le crime de leur trahison n'eut d'égal que leur folie, et i'oime tarda pas à le leur faire comprendre. A une dépu* tation des seetions demandant le retour des émigrés, l'ancien évêque, une administration royale et MONSIEUR pour regent, les commissaires plénipotciUiaires anglais répondirent : « Nous ne sommes point autorisés à comproiÉettre Sa Majesté britannique sur la question de la Régence. Encore moins pouvons-nous consentir à la proposition qui a été faite d'appeler M. le comte de Provence à Toulon pour y exercer les fonctions de régent, car ce seraiftA^titiler Sa Majesté Britannique, avant Tépoque stipidé^ de Faulorité qui lui a été confiée à Toulon*. »
Ainsi plus de doute : les Anglais entendaient garder leur proie, et les traîtres se voyaient frustrés du prix de
» (tiiako'sentimenls de fureur qu'une pareille conduite devait iiatiiiellement éveiller parmi les révolutionnaires se joignait l'effet des insultes que ne cessaient d'adresser àJfr4M^«ik,;dans la personne de ses élus, les agents diplo- MMfWBft'Ifu cabinet de Saint-James. Quelle âme française n'eût frémi à la lecture du Mémoire présenté aux Éiats génériMii^^paRil'ambas&adeur anglais à la Haye, le 25 jan-
* Protest agaimi the déclaration of tke obfect of war, Yojcz Ànnual Hcgisler, 1794. State papers, p. U8.
* Mémoires tirés des papiers d'un itomiiie d ÈLat, U il, p. 420.
b8 HISTOIRE DE LA REVOLUTION (1795).
vierl 795 : «Quatre ans se sont à peine écoulés depuis que .
des mhh'ohles^ prenant le nom de ])hilosophes, se sont jugés capables d'établir un nouveau système de société civile, et ont cru nécessaire, pour réaliser ce rêve de la vanité, de renverser tous les fondements de la hiérarchie, de la morale cl de la religion \ »
Des misérables! voilà de quel nom le gouvernement anglais se plaisaità flétrir les représentants élus d'un grand peuple, et le crime dont on prétendait le châtier, ce peuple, consistait à ne pas emprunter à ses ennenrïis leurs règles de politique, de religion et de inorale 1
Aussi, de quelle haine les membres du Comité de Salut public et ceux de la Convention n'étaient-ils pas animés contre les alliés que Pilt comptait au cœur de la France ! Au seul nom de Toulon, pns un visage qui ne pâlît de colère; d autant que les vengeances de parti s'étaient dé^ ployées dans la Yille rebelle avec un sauvage délire. Après avoir été promenés dans les rues, au milieu des injures et des huées, les deux représenlanls dn peuple, Beauvais e! Pierre Bayle, avaient été jetés dans un cachot fétide, où ils furetft soumis à un traitement si cruel, que le premier tomba dans une sorte d'apathie voisine de la folie et que le second s'étrangla de désespoir*. Une persécution inqutoyable pesa sur tout ce qui était républicain, sur tout ce qui préférait la France à la monarchie appuyée par Fétranger. Pour punir la guillotine d'avoir servi au supplice de Louis XYI, les royalistes de Toulon i avaient brûlée en
t Le telle Tant h .peine qtt*OQ le cite en Anglais : c It is not quite four « yeara aince cerlaîn mitcrcnni'^ assuming thc name of philosophers, hâve f presumcd thetnselves capable of establtshiag a new System of cÎTilsociety;
« in order lo realize this dreani, the offspring of vanily, it became neccssary « fort tîiem to overlurn and destroy all cstahlished notions of subordina- «( lion, nierais, and religion* » Voyez Annual RegùUr, 1194. State pa^ pers, p. 148 et 140.
^ Voyez les Mémoires du maréclial duc de BeUune, 1. 1, liv. U, p. 121, dtle Moniteur, an 1", 17113, n* 271.
l'ennemi repoussé i>u territoire. 89
place publique; mais leur rage n'y perdit rien: ils se défaisaient des patriotes eu les accrochant, jusqu'à ce que mort s'ensuivit, aax crocs où les bouchers étalent leurs quartiers de viande ^ \
C'est qui explique la lettre suivante que Couthon, tout modéré qu'il s'était montré à Lyon et qu'il était efiéctlvement, écrivait, le 20 octobre, à Saint-Jusl :
« Lefrt>id qui commence à se faire sentir ici augmente beaucoup mes douleurs. J'aurais envie d'aller respirer un peu l'air du Midi. Peut-êtrerendrais-je quelques services à Toulon; mais je désire que ce soit un arrêté du Comité qui m'y envoie. Fais-moi passer cet arrêté, et aussitôt le général ingambe se met en route... Toulon brûlé, car il faut absolument que cette ville inlàme disparaisse du sol de la liberté*^ je reviens auprès de vous et y prends racine jusqa?à la fin. Ma femme, Hippolyte et moi t-'embrassons du fond du cceur »
La conduite deCouthon partout où il fut envoyé permet de penser que ce n'étaient là de sa part que des exagéra* ttons de langage ; mais ces exagérations reflètent le sentiment qu'inspirait aux patriotes la . trahison des royalistes loulonnais.
Le, général qui fut d abord chargé de reprendre Toulon étiAi£arleaiax. Après avoir réduit Marseille, il alla s'éta- Uii% àki#tede sept ou huit mille hommes, au débouché
des gor<?es d'OUioules, en vue de Toulon. Sous lui servait le|[én^rai Lapoype, qui, détaché de l'armée d Italie, avec
< Ripmmde Fréron aux diffatMtiùtisdeMoyte Bayle, p. 17. BtMothéquêkittarique de la RâvoluUont 995, 6, 7* Brituh Musemn.
* Au moment où j*écris ces lignes, il n'est qoestion, d*an bout k Tautre de r Angleterre, que de brûler, quand elle sera prise, la ville, non pas anglaise, mais indienne, de Delhi, et de punir par uneestennination en masse des cipayes en révolte les atrodlés qu*on certain nombre d^entre eux ont commises.
> K"* LXIl des pièces à la suite du rapport de Courtois sur les papiers trouvés à la mort de Robespierre.
quatre mille hommes, campait, à une distance considérable, vers Solliès et I.avalellc. Reau-IVèrt» de Fréron et soldatgCDlilhomme, Lapoyp s'indignail d'avoir à obéir à Carteaux, qui, lui rendant mépris pour mépris, l'appelait général de toil^te*^. Auprès du commandant en chef se trouvait le représentant Salicetti, homme à la fois souple et hardi, énergique et ûo, lequel avait retejiu devant Toulon un oDûcier de vingt^uatre ans^ son compatriote, en route pour Tarmée d'Italie. Petite taille, figure maigre, apparence cliétivc , constitution nerveuse et robuste néannioins, pâle visage éclairé par un œil pei(;ant, Ici était Napoléon Bonaparte. Simple capitaine d'artillerie, on le remarqua tout d'abord à son air pensif et à sa jeunesse imposante*.
L'entreprise à accomplir était d'une difficulté extrême. La grande rade de Toulon, rade immense oii les escadres les plus nombreuses peuvent trouver abri, était protégée par des batteries redoutables, parle fort Lamalgue, surtout, avec ses iiauls remparts, ses chambres et casemates à l'épreuve de la bombe et ses deux cents bouches à feu. La petite rade, bassin plus sûr , se trouvait défendue par la grosse tour gothique de Louis XÏI d'une part, et, d'un autre côté, par les loris de Balaiinier et de l'Éguillette. Sur le promontoire de TÉguiliette, les Anglais avaient construit avec beaucoup d'art une vaste redoute qu'ils appelèrent le fort Mulgrave et à laquelle les Françab donnèrent le rioin de redoute anglaise. C'était une vaste citadelle qui pouvait contenir trois ou quatre mille hommes de garnison
L'armée coalisée se composait, à Toulon, d'Anglais,
d'Espagnols, de Piémontais, de Napolitains, le tout formant environ vingt mille hommes, plus sept ou huit cents
* Mémoires du maréchal duc de Bellunet U i, liv. Il, p. 152.
* IbûL, p. 148 etl i9.
5 Ibid., p. 141-146.
l'eMNEMI repoussé du TERBITOIRE. 91
Français organisés en bataillons, sous les noms de Royal- Lwm ei de ckcLSseurs royaux^ Les assiégeants, même après avoir reçu des renforts, ne s'élevèrent jamais audessus de trente-cinq mille hommes, dont quinze mille sans expérience et sans armes'.
Les coninieiicciiienls du siège ne lurent pa.^ heureux. La montagne de Faron , que l'ennemi occupait, fut emportée par le général Lapoype, puis reprise*. Ce revers aigrit la mésintelligence qni existait entre lui elCarteaux, homnie de guerre plus brave que capable, et qui ne parlait que d'enlever les retranchements à Tarme blanche.
Peo après la malheureuse tentative sur Faron, OVara ayant amené des troupes de Gibraltar à Toulon , ou il venait prendiè in euminandement en chef des coalisés, le bruit courut que le comte d'Artois était dans la ville, et Carteaux de s'écrier : « Maintenant je ne céderais pas ma plaee iin Père étemel \ n Mais déjà le Comité de Saint publie ( Il ;ivail décide autrement, et Uuppel aecouiail pour le «'«fi^kcer.
, «Aimatt général arriva au quarti^ général d'Ol* li^nkiNntreleiO et le ^0 brumaire (9-10 novembre), et
il raconte qu'en visilant les postes il trouva le j* une Bonaparte couché dans son manteau, auprès de ses bâtterkfaii AiQ mte, Doppet ne fit;en quelque aorte que travers fmti»etmi^: La responsabilité d'un siège aussi chanceux rdiVayatt, il s'en clait ouvert an iiiinistre, et à peine avait-il paru devant Toulon, qu'il recevait une déj)éche dM^nÉttm décret, en vertu duquel ii devenait gén^ . «adbtf'dep lfînrmée des Pyrénées^Qiientàles, et était rem-
' Mémoires du maréchal due de BeUune, 1. 1, liv. Il, p. 159 et 160. •l«a.,p. i77.
* Victor, depuis maréchal duc de Bellune, 86 signala ft eette attaque. Voyez ses Mémoires, U 1, Iît. Il, p. 155.
* Ménunres du générai Doppet^ liv. îi\, cbap. it, p. 307*
placé, dans la direction du siège de Toulon , par Dugommier*.
Cependant les l oyalistes no négligeaient rien pour semer le decouragenient auloiir d'eux; ils allèrent jusqu'à supposer une lettre qu'ils attribuaient à Barras et à Fréron, et où ceux-ci étaient représentés se plaignant du défaut absolu de vivres, désespérant du succès, et proposant d'abandonner aux Anglais tout le terrain compris depuis les bords de la mer jusqu'à la Durance\ Croire cela possible, c'était peu connaître les hommes de ce temps, hommes d'airain. A qui lui aurait osé faire une proposition semblable, il est probable que la Convention aurait répondu par un coup de hache, il faut prendre Toulon, tel fut le résumé de ses instructions aux commis* saîres qu'elle y envoya : Barras, Fréron, Salicetli, Robespietic jeune et liicoid.
Robespierre jeune s'tkait laissé accompagner par sa sœur Charlotte, et Ricord par sa femme, fort jolie personne qui, dit-on, réussit à plaire à Augustin Robespierre, et aussi à Napoléon Buiiaparte, ce qui n'empêcha point ces deux derniers de se prendre d'amitié. « Bonaparte, raeonte Charlotte, avait une très-haute estime pour mes deux frères, et surtout pour Tainé... Une chose qui n'a été rapportée que je sache par aucun historien de la lié- Yolulion, c'est qu'après le 9 thermidor, Bonaparte proposa aux représentants du peuple en mission à l'armée d'Italie de marcher sur Paris pour châtier les auteurs du mouvement contre-révolutionnaire qui avait fait périr mes deux frères', j» Bonaparte, à cette époque, était ou se disait républicain.
* Mémoires du général Doppet, liv. III, chap. iv, p. 205.
* Beaulieu, dans la Biographie universelle^ à Tarticle Fréro.x, parle de celte lettre comme si elle avait été écrite réellement. U ne dit pas que Barras et Fréron la désavouèrent de la manière la plusformeUe.
* Mémoires de Charioîte Robetpierre sur ses deux frères, chap. t.
L^ENNEHI REPOUSSÉ DU TBRAITOIRE. 93
Ce qui est sûr-, c'est qu'à Touioit ce tut Augii^liii Robespierre qui, de concert avec son jeune protégé et Ricord, dirigea toutes les opérations du siégea
On a prétend 11 que Robespierre jeune, dan^ ses missions, aimait à se iiiuiilrer enlom /' (riine espèce tic pinnpo dynastique ^ C'est précisément le contraire qui est vrai; et la preuve) c'est que la brouille de Charlotte Robespierre avec madame RIcord d'abord, puis avec son frère, eut son oiigiiu' (laii^ la (l('}rii--(' rxju'fsso que lui lit Augustin et qu'elle transgressa, d'aller laslueusement en voiture, et de se plaire à de folles parties de cheval, que condamnait la gratilé des mtenrs républicaines
Le 5 friiiii)ii'(' (2^) iiuvcmbre), ini cnnseil de guerre se tint devant Salicetti, Ricord, Robespierre jeune, Barras et FMroii. Voici quel fut le plan adopté.— Le Comité deSalut public en avait dessiné les lignes principales, d'après les indications de Iloiiaparte : Diriger toutes les attacpjes sur la redoute anglnise; établir des battei ics à I extrémité des proMUttloires de Balagnier et de TÉguillette, pour obligèr^l^Midre ennemie à évacuer la rade, ou, si un vent contraire l'en empèclinit, la brûler ; battre le fort de Malbousquet avec les batteries appelées de la Concenlton et de^h^'Poudrièref de façon à masquer à l'ennemi le vrai poiM d^attaqde, et enfin s^emparer de la montàgne de Faroii ^ . •
* Vojez ce que dit à cet égard Michaud jeune, dans la Biographie uni' verselUf h rarilcle Ricord.
* 11 est regrettable qu'un historien de la valeur de M. Michelet ne se soit pas tenu en garde contre une accmwtioii dont la fausteié était si fodle à vérifier. •
* Voyez les détails» qoî sont trèannirieux et Irés-earactérialiquea, dans les Mémoira de Ckttrhtte Robetpierre, cfaap. v. — Ceti k Augustin» et non pas à Vaximilien, comme on a feint perfidement de le croire, qae s'adresse la lettre de Charlotte qu^on trouve au n* XUI des pièces à la suite du rapport de Courtois et qui commence en ces termes : « Votre aversion pour moi, mon frère, i etc.
* Mémoira du maréchal duc de Uellune, t, I» liv. il, p. 171.
94 iiistoire.de Là révolution (1795).
En exécution de ce plan y les battecies indiquées sont démasquées !e 8 frimaire (28 novembre) el tonnent contre
le fort (le -Mitlliousquet. Les M)lclats ennemis, ne s'atlcndant à rien, se tenaient tranquillement assis sur les embrasures : dès la première volée, les fossés sont comblés de cadavres \
\je surlendemain % deux mille trois cents hommes, Anglais, Sardes, Napolitains, Espagnuis et Fran(;ais, s'avancent, sous la conduite de David Dundas, résolus à se rendre maîtres de la hauteur des Arènes. Ils chassent nos avaiit-|)Ostes, gravissent la IiautiMir taillée en ferrasse de vignes, el, au bout d'une heure de combat, mettent en fuite ceux qu'ils avaient en tète, tous soldats de nouvelle levée. Les vainqueurs auraient dû s*arrê(er; mais l'élan de la bataille les pousse à la poursuite des fuyards. O'Hara , effrayé dv cette imprudence, arrive en hâte; mais il est trop tard. Dugommier, accouru avec Cervoni, Arëna et Bonaparte, rallie les volontaires, et, renforcé de deux bataillons, repousse les coalisés, qu'écrase, en croyant les proléger, le feu ouvert tout à coup sur les Arènes par les forts Saint-Antoine, Malbousquet et les Pommets. O'Hara est blessé, fait prisonnier ; et Tennemi se retire ayant perdu cinq cent dix-neuf hommes tués, cent vingt-sept blessés et deux cent cun^uante prisonniers'.
' Mémoires du maréchal due de Betlme, t. I, liv. U, p. 175.
' C*esl-à-dire le 30, — ce détail est important, on va V(Hr pouii|llot» —
et la date est piTcisé*" par le récit de Victor qui était là.
' M. de Barante, dans son Histoire de la Convention, t. III, p. 54G, édition Méline, prétend que l:i batterie destinée à tirer contre le fort de Malbousquet fut dcniasquce trop tgl, giàce a à la présomptueuse irnornnce des re|)résentants qui ordonnèrent aux canonniers de faire feu. » Et c'est eu effet de la sorte que Napoléon présente les choses dans ses Mémoires. ilais la version du duc de Belhme, seule conforme aux relations officielles» dément le récit de Uonupiu te avec une précision qui lève tous les doutes. Non- seulement il n'est pas question dans le récit (ju duc de Bellune de la prétendue faute née de la prétendue ignorance des représentants; mais l'aifoire des Artoes y est présentée comme n'ayant eu lieu que le 8ui4< n-
l'emkemi repoussé du territoire. 95
Le "lij irimairc (1 G décembre), à cinq heures du ma-' tin, Tordre de marcher à la redoute anglaise fut donné. Défendue par plus de trois mille hommes, vingt pièces de eanon êt plusieurs mortiers, elle passait pour inexpugnable. Mais la Cuiivention enleridail èlre obéie : une chose était possible, en lout cas : mourir. Au moment où fou se mettait eû marche, Dugommier, s'approchant de yictor< lui dit à voix basse : « il faut prendre la re* doute, sinon... » Kt il se passa la main sur le cou*. La pluie tombait à torrents ; niais le chant marseillais, entonné d^une voix terrible par les solrlnt^^, domina le bruit de Torage. A. la lueur des canons, I on distinguait Dugommier'avec sa belle fi^jure et ses cheveux blancs; il souriait à scb UuupCà, el rebpoii' du Uiuiiipiio illuiiiiiiait è.uii front*. Ricord s'avançait à la tète d'une colonne. Salicetti et.Kd>espien'e jeune, Je sabre à la main^ semblaient courir au-devant du péril. 'Les preroîèrs, ils montent à Tassaut. Là s'engage un cuiubaL lut ii.ux, lui ( nnibaL Luips à corps. Mais, en moins d'une heure, tandis que, de sou eèléif Lnpoype émporte les retranchements de Faron, TenseMdest chassé de la redoute anglaise^ où il laisse huit cent^ hummes couches dans le sang^.
ii* in. iii tiu JOUI où i.i i);itlt;rie fut (1ôma<:qin'(\ tandis qn^, dans lr> m [>iii!i aiioptée par M. de Barante, trop heaicux d immi i dtjuuam' la pttèyiup' tueuse ignorance des représentoiiU, ces deux laiis, si disilndâ, a'ca fout qu un seul.-
AUfatolm éu duc de Bellune, 1. 1, Ihr. II, p. 197. • /Md.,p. 1S5.
> Voyez la lettre des représentante Ricoril, Fréron et Robespierre jeune dans le Moniteur, an n, d* 95; — le rapport de Barère, ibid.; les Mé' moires du duc de Bellune^ 1. 1, lîv. n, p. 185-185.
Quant à la bravoure déployée par Ricord, Salicetti et Robespierre Jeune^ — Fréron ne fut pas nommé, non plus que Barras, — les relations du temps et le rapport de Barère ne laissent à cet égard aucun doute : ce qui n*empécbe pas M. de Barante d'écrire : « Le fort était pris depuis trois heures lorsque les représentants du peuple y arrivèrent le sabre à la main, assez inutilement, puisqu'ils n'avaient pas assisté au combat. Sur ce points Napoléon dément le témoignage des relations officielles. »
96 lUSTOmE DE LA RÉVOLUTION (1793).
Jamais la bravoure républicaine n'avait brillé d'un plus vif éclat. Telle était l'ardeur enlhousiaste des Français,
que «les blessés, après (juelques iiistaïUs de i ej)us, se inenl ramener dans les rangs. Un soldai voidait avoir, avant d'aller au feu, de Targenl qu'il atlendail de ses parents. On lui demande ce qu'il compte en faire, a Le mander pendant que je suis eucore en vie. — Il n'est pas arrivé à la poste. — Eii bien, en ce cas, donnez-le aux pauvres, si je meurs ^ »
Ou quartier général d'Ollioulles , Ricord, Fréron et Robespierre jeune écrivirent à la Convenlion , en parlant de ce qui suivit la prise de la redoalc aiiylaut : a Les forts de TÉguillette et de Balagnier ont été emportés de vive force. L'ennemi a abandonné pendant la nuit les forts de Malbousquet et des Pommets ; il a fait sauler ce dernier, de désespoir. Les Anglais prennent leurs mesures pour mettre leur flotte à Tabri de nos canons et de nos bombes. Des troupes ont été laissées au fort Lamalgue, que nous espérons prendre dans la nuit. Il est resté en notre pouvoir cent soixante pitcts de gios calibre, quantité de provisions, de tentes, d'équipages, et nombre de bœufs, de moutons, de cochons, seules troupes que le
A ceci, il I a II répondre : 1* que Napoléon ne dit nullenieat que les représentant fCauistérerU point au combal; S'* que les représentants n'auraient pu se tenir en arrière qu'au risque de la guillotine, et que le ftit de
leur apparition dans le fort trois heures après rengagement est noD-seulement invraisemblable, mais, lorsqu'on se reporte h Tépoque, imposable; 5* qu'il existe un récit tracé par un des combaliants, récit peu suspect de partialité révolutionnaire, et que M. deBarante n'a eu garde de mentionner, quoiqu'il Teut sous les youx, lequel est en coiifortnitc parfnilo, et atec les relations du temps, et avec le rapport de Barète. Ce récit, qui est celui de Victor, duc de Bdluno, dit on propres termes, t. I, liv. II, p. 185 ; « Les représentants du peuple, latUùl a la tète, tantôt sur les flaucs des colonnes, prodiguent aux soldats des encouragements dont ils n'ont pas besoin. » £t M. de Barante, avec la relation du ducde Bellune sous les yeux, affirme que les représeniaiits n'tusùUrent point au combat! 1 Compte rendu de Robespierre jeune aux Jacobins, séance du 9 nÎTése.
L*£;(NEMI AËrOLSSÉ DU TË1UUT01II£. 97
pape ait envoyées avec quelques moines. Noire première icllrc sera dalcc des ruines de Toulon \ »
Voici, pendant ce tcni])$, ce qui sepassaiulans h ville. De grand matin, les Anglais avaient envoyé à bord malades, blessés, arlilleric de campai^ne. Dans la journée on iit liler sur le fuii Lauial^^uc les gariii.soii» des posles conservés el on les embarqua. Du resle, le service dans Toulon avait lieu avec la régularité habituelle. Les remparts étaient garnis de soldais. Les sentinelles se pronienaieni d'uii pas mesuré. Le gouverneur se inoutrait avec un visage riant, ^ui signe d'inquiétude, nuls préparatifs visi* bles de retraite. Seulement on eût pu remarquer que les approches du chantier el celles de ]*arsenal étaient gardées avec une soiiicilude inaccoutumée ^
Tout à coup, vers les trois heures de Taprès-midi, la goélette VHirondelk se détache de la flotte, et, suivie de quelques chaloupes canonnières, se diiige vers l'arsenal. C'est Sidiiey iSuiilh qui eoiiiuiaude. Les oliiciers et une partie de l'équipage sautent à terre, ordonnant qu'on ouvre les portes de Tarsenal, du chantier, des magasins, où l'on entasse une immense ((uautitéde inalières conibnstibies... U saint amour de la France! à la vue de ces apprêts sinistres, les forçais des galères non enchaînés sur leurs bancs tressaillent et se mettent à rugir. Aussitôt le Commodore anglais fait pointer sur cu\ les canons de VUminddle et de Tune des chaloupes. Malheur à qui rendue l jCependant voici la nuit. Avertis du; voisinage de rarmés française par un échange de coups de feu, non loin du mur du chantier et de la boulan«^erie, les fonjats, que le culle de la jialrie vient de traiislornier en héros, sont décidés a Tattaque. Ils se lèvent sur leurs bancs et poi;iB8^ift des cris furieux. Nouvelles chaloupes traînant à lem; remorque le brûlot le Yulcain. L;i résistance est
< Ifàftl^r» an H, n* 95.
^ Mimltn â» duc de Mlum, 1. 1, Hv. il, p. 1S8.
98 illSTOlIlE DE LA aÉVÛLUTlOK (1793).
impossible : il faut que les forçats rentrent au fond de leurs galères. Ôcn est l'ait : Thorlo^e de i arsenal a marqué dix heures, une fusée part, et des tourbillons de ilamme et de fumée montent dans les airs , au milieu des buriemcnls de joie des Anglais ' î Laissons, pour un moment, la parole à un des leurs : « Sir Sidney Smith, à Vaclive mlrépidké duquel avait été confié le soin d^iocendier les magasins, le chantier, l'arsenal et les vaisseaux français dans le port, s'est acquit lé de ce devoir Imardeux et exlraordinairc d'uue façon qui juslilic le clioix qu on a l'ait de lui*,,. »
Voilà comment les Anglais gardaient Toulon en déj ôl pour Louis XVII ! Il n'y a pas à insister sur un pareil acle, il est jugé. Mais que ceux en qui ce souvenir éveillerait de trop amères pensées n'oublient pas que le pays qui a pro-, duit Pilt a aussi' donné le jour à Fox^ un des plus iiobles défenseurs qu'aienl renconlrcs riuimanilé et la 1 1 .inco !
Autre circonstance qu'on ne saurait omettre : « L'évacuation successive, opérée d'après les ordres de raniiral Hood, faillit, par un trait que Phistoire qualifiera comme elle voudra, — c'est Jomini qui parle, — devenir funeste à deux milic soldats espagnols qui formaient Tarrièregarde. Toutes les portes de Toulon ajant été barricadées au fur et à mesure de la rentrée des alliés, ce corps devait se retirer par une poterne qui fui désignée vers le fort de Lamalgue ; mais, quand l'ordre lui en fut remis^ il la trouva déjà fortement barricadée au dehors, et ne parvint à échapper au danger qu'en usant de diligence pour s'ou** vrir une issue*. »
* Mémcires du duc de Bellune, l. l, liv. 11, p. 189 et 190.
* « Sir Sidney Smith to wiiose active intrepidity was enlrusted the cou* « tlagration of the inagasincs, store-honses and arsenals, with tbe sbips in f ihe harbonr, perfomed thaï basardous and eitraordinary duty, in a « manner tbat jusliliod bis appoinleoient to itl,.. t
* Joroinif Histoire des gueirres de la BéwhOion, cité dans YHiUinre parUminiaire, U XXX^
L*£!fM£MI REPOUSSÉ DIT TERRfTOUte. 99
Toulouse réveilla dans le désespoir. Hommes, femmes, cnfanls, couraient éperdus par la ville abandonnée. À la
clarté desflammiîs qui dévoraient arsenaux et navires, ils st? jHiicipitent vers la |da«:e, rcmplissuiL l'air do cri^ laineniables et les bras tendus vers la Hotte alliée qui les livre en s'éloignanl à la furie des vainqueurs. Les dernières ebalouj>es venaient de (juitlcr le riva'^e. Ce fut un sjiectaele déciiirant. Les uns bc jettent à geiiuux sur l;i giève, suppliant du geste et de la vojx les embarcations de rr\ < riîr les piwdre; les autres se précipitent à la mer et disparaissent engloutis. Il yen eut, assure-t-on, qui se poignaidèreat et moururent en se roulant sur le sable \ « Pnuus ne retracerons pas, écrit Jomini , les horreurs qui signa- I^Mlc6ttse opération, de crainte d'être accusé de passion ou de haine : les Mémuiies de Fonvielle et d'Imberl, principaux négociateurs de la trahisoni les légueront à la postérité,' Comme un exemple duSort qui frappe tôt ou tard les^lMÂbtnes assez imprudents pour remettre les destinées de ieni' piitrie à ses ennemis implacables*. »
Toutefois une partie des fugitifs avaienl trouvé asile slif M^vrisséaux espagnols et napolitains, où ils furent tnStSi'àveé une sympathie généreuse. Les Anglais eux*' iiiénies, quoique moins empressés, en recueillirent un certain nombre, et le gouvernemeuL anglais leur alloua
'^tUteMtf, Ricord,, Robespierre jeune, Fréron et Barras
écriviieuL à iailoinenlion : a J/;ii in«'e est.enlrée à Torilon le^jÔ frimaire à sept lieures du nialin^ après cinq jours et lÀMs . dé combats et de fatiguas. Elle brûlait d'impatiéim de- âbtinet* Tassant. Quatre mille échelles étaient
ï^tes, La lâcheté des enuedlis a rendu l'escalade inutile,
* Mémoires dit duc de Uclluiiv, l. I, liv. U, p. 195.
* Cit(' dan? V Histoire pdrlementaire, l. XXX, p. AhO et 457.
^ L'amiral espagnol î.anLMra déploya, en ceUe circonstance, des seiiUluonU d'humanité t^ui uiérilent qu'on en fasse mention.
100 lilSTOlUE D£ LA RÉVOLLIION (1793).
Ils avaient évacue la place aprèsavoirenclouc leurs canons. Les scélérats ont fait sauler en l'air le Ihémidude^ qui servait de prison aux patriotes^ Ueurcusement ceux-ci, à rexceplion de six» ont pu se sauver pendant l'incendie. Ils nous ont brûlé neuf vaisseaux, en ont emmené trois. Quinze sont conservés à la République, parmi lesquels le superbe Sam-Culotte de cent trente pièces de canon. Déjà ({ualre frégates brûlaient, lorsque les galériens, qui sont les plus honnêtes {lensqu'il y ail à Toulon, ont coupé les câbles et éteint le feu. On iusiiie à force. Tous les ofliciers de marine sont exterminés, — Beau vais a été délivre de son cachot ; il était méconnaissable. Le père de Pierre Bayle est aussi délivré »
Dans une autre lettre à rAsseniblée, les représentants disaient : a La ville infôme présente un spectacle affreux. L'arsenal est embrasé, la ville presque déserte. On n*y rencontre que des forçats qui ont brisé leurs fers dans le bouleversement du royaume de Louis XVll. — On a trouvé deux cents chevaux espagnols, sellés et bridés, qui n^oni pu être embarqués. L*embarquement s'est fait en désordre. Deux chaloupes remplies de fuyards ont été coulées à fond par nos batteries. Les bâtiments de l'ennemi sont remplis de femmes, et il y a à bord cinq mille malades au moins*. »
S'il est vrai que les commissaires de la Conveuliuii lii ent leur entrée dans la ville, a la face illuminée d'une joie effroyable, l'œil élincelant et les narin(;s gonflées % » rîiis* toricn ])hilosoj)he peut en gémir; mais comment nier que jamais châtiment exemplaire ne fut provoqué par une plus criminelle et plus aboniiiuibic révolte ? Car, ne l'oublions pas, lorsque Toulon appela les Anglais, la France semblait à l'agonie, et, pour elle, cette trahison risquait
* Moniteur, 1795, an II, n* 98.
« Ibid., iv 95.
^ Mémoires du due de BeUnne^ i' I p. 105.
l'enkemi bepoussé du territoire. 101
d'être la mort. Et puis, les deux représentants de la nation, . bafoués, traînés dans les rues un cierge à la main, jetés dans un fétide cachot, où Vm devint presque fou et^où Tautre s'étran«:la ; tous les patriotes li .i(|u(':5 comme des bétes fauves ; des cadavres de républicains accrocbés pêlemêle avec des quartiers de viande devant les étaux des 'bouchers*, en fallait-il davantage, surtout dans Tivresse d'une lutte univorsello et désespérée, pour porter l'indignation des vainqueurs jusqu'au délire^ V Cependant quelles en furent les suites? Voici la vérité, dégagée de tontes les exagérations et de tous les mensonges de Tesprit de parti.
La population fut convoquée au champ de Mars et rangée sûr plusieurs lignes. L'armée formait un bataillon
carré. Les représentants du peuple se rendirent au lieu Jésigné, précédés de trois cents patriotes, dont cliacun portait une grande porche, avec cette inscription en gros caractères : Pmonnien éki Thémistocle, ils devaient former, en cette circonstance terrible, une espèce de ffrand jury. Aussitôt qu'ils parurent, un cri de sinistre augure est poussé : Périssent les traîtres I Alors ceux des habi* talitsqui ont exercé des placés au nom de Louis XVII ou ont été salariés par les Anglais sont sommés de sortir de
Réponse de Fréron aux diffamations de Ifoyse Bayle, p. 17. — Biblùh thique historié de la Bévoluiion, 995, tf , 7. Britîdi Muséum.
^ Âu moment où j^écris ceci, il n'y a qu*un cri en Angleterre sur la nécessité et la justice d'une exterminalion en masse de^ cipayes, révoltés dans les Indes; et Ton applaudit de toutes parts à Ténergie des généraux anglais feisant attacher les prisonniers à la gueule des canons, en présence des natifs épouvantés, puis donnant 1<^ signal... Je n'achève pas. Ce sont des récits à faire dresser h's chovoux sur la tètp. 11 est rrni que, du côté des cipa\es, des horreurs sans nom se trouvent avoir été commises ; mnis tous n'y ont pas trempé, mémo pnrmi les rehellos; et Ton ne <lir:i pas, j'espère, fpip les cipnyes, se battant pour ce qui, aj)rès tout, est It ia pays, soient plus coupables que ne le furent, en "1793, les Français qui se joignirent à l'ennemi, et rappelèrent, pour îuieux le mettre en état d'égorger la France, au sein de la France même.
la foule. Ils obéissent au nombre d'environ six centSi et
on les aligne devant les prisonniers du Thémistocle. Ces derjiiers sout exhortés par les représentants du peuple h oublier les maux qu'ils ont soufferts el à ne point perdre un seul instant de vue les devoirs sacres qui se lient à la luiu tion dont In conliance nationale las investit. « Jure*voiis, leur demandent < ntinriissaires, de n'avuu égard à rien de ce qui vous ci»t |m i sonnel ? » lis rej^nnrlin n(, d'un air solennel : « Nous Je jurons ! » Pour plus de prë«> eonliun, il fut décidé que les trois cents nommeraient douze d'entre eux, ceux q^u'iis regarderaient comme les plus probes, et que ces derniers seuls prononceraient. Tips ji]ges improvisés de la sorte parcoururent la. ligne, interrogeant un à un les rebelles, et faisant sortir des rangs quiconque était déclaré coupaijlc. lieux enlaals do treize à quatorze ans avaient été pris les armes à la main i on pardonnft à leur âge, et on les fit rentrer dans la tovA^ I^a phq^art de.N t uuiiaiuiiés, au nombre d'ciiviioiî cent cinquante, étaient d(»s officiera de marine, des administrateurs civils ou militaires, des fonctionnaires pubUfis enfin, désignés comme ayant concouru à livrer te plaee aux Anglais. Ces mallieuicu^ furent placés devant une batterie de canons et mitraillés ^ : '
* Voyez le récit de Fréron, dans h Bibliothèque historique de la Bé* volution, ïf 995, C, 7. British Muséom.
11 est vrai que Fréron avait intérêt h présenter lei choses sous le jour le moins défavorable; mais, do leur côté, Isnard et Durand de Kaillane, qui, eux, ne pariaient que sur ou'ndire» et qui senties seules sources o& jusquVi les historiens oient pui$é, avaient le pins vif intérêt h cliarger, autant que possible, les couleurs du tableau, accusés qu*i1s étaient par Fréron à\\\ojv eu les bras jusqu'aux coudes dans le sang dont la réaction thermidorienne inonda le Midi.
Il est vrai encore que h moralité de Fréron est une faible garantie de sa véracité. Hais il faut remarqucT qu'il s agit ici de faits matériels connus d'une ville entière, et au sujet desquels Fréron n*( ùt pu mentir impunément. Au reste, qu'on lise, à la suite du Mémoire hhiorique mr la rénciian royale et sur Ut viomcres du Midi, le récit qu'Isnard met dans la
l'ëMNEMI repoussé bu TERaiTOlRE. 105
Ce fut une chose hon iblo, sans nul doute, qu'une exécution en masse de cette nature ; et il est évident que faire juger les royatîstes par les hommes mêmes qu'ils' avaient persécutés, c'était 8*exposer, en dépit de tous les serments, h voià ia jiKlicc remplacée par la ven^M^^mcc Mais il y a eocorc loin de 1 1 iuk i^cils où s càl complu la calomnie, transformée en histoire* Il n'est pas vrai, par exemple, que le nombre des individus mitraillés fut de huit eents ; liiquUii li's jiiili'iiilhi sans iiiloi malioii préalable, au hasard; ni que le massacre eut lieu, sans préjudice de la guillÀtine ^ ni que Fréron, après une première décharge, cria, pour qu'on pût achever ceux qu'elle n'avait pas at- Itiiiils et qui léi<^naient d'etn^ inurls : « Qii*^ r euxqui ne sont pas atteints se lèvent 1 )a licpubliqueleur lait grâce' !» Le nombre des .victimes ne dépassa point cent cinquante \ Il y eut examen, interrogatoire et tria^^e préalables par dcB iiuauiiijs aux(|ucls mi li! jdi'iT crétre justes"'. La guillotine ne put faire concurrence au canon, puisque les royali3les l'avaient br(klée, pour ia punir d'avoir servi au supplic(* d'un roi Rnfni, Fréron ne commit point l'acio d hypocrisie siiui^uinaire qu'on hii atlribue , puisque,
bouche d'un vieillard, qu^il ne nomme pas ; et Ton dén êlcra sans |ioinp, h U'avçrs la boursouflure sauvage du style el h violence déclamaloirc du langage, la nnOrTnation de ce que Fréron raconte delà formation d'un jury chargé de trier les pins coupables.
* Isnard (voyez ubi suprà, Éclaircissements liisloriqucs, n" b) lie met pas en doiilc, cola vn snn<; dirr, que cr qui put arriver nrriva, et que les fnndamiu's iiiipiit tous de.-; oréaucicrs vouc'S à la mort par leurs débiteurs,
des maris (lésif^nés par les amants delpur?; femmf<t, elr le tout, sur la
foi « d'un vieillard que, longtemps après, il remontra un jour, eu se promenant, dans \o champ de Mars! »
* Coiiimo IViv.iiu p Durand de Maillane. (Voyez son réeil dans la Itibliûlltèque historique de In lièvolution, 099, 1(100.) llrilisli Muséum.
* Voyez la UioyrapUie de Frcron, par Ueaulieu.
* Rëcitde Frcron. Bibliothèque historique de ta dévolution , 995, 0, 7. British Muséum.
s tbid.
avant Texéc 11 lion, ot a(in de n'en élre pas témoins, Barras el lui se relii èreul au galop \
Assez de faits accusateurs el incontestables se dressent contre la mémoire de Fréron, sans qn'on la charf^e de crimes imaginaires. Ce qui est vrai, c*esl (|uc at lut lui qui, dans ce drame lugubre, joua le rôle principal. Les autres commissaires étaient-ils présents ? Fréron a écrit que oui*; mais Passertion ne paraît pas être exacte en ce qui touehe R()bes])ierre jeune. Car raniiée entra dans Toulon le 29 frimaire (19 décembre) ; l'exécution n'eut pas lieu immédiatement — deux ou trois jours après, dit Durand de Maillane* ; — et nous trouvons Robespierre jeune parlant à la séance des Jacuiuns, h Paris, le 9 nivùse (29 décembre), il est à remarquer, en outre, que, dans son discours aux Jacobins de Paris, compte rendu de ce qu'il a vu à Toulon, Robespierre jeune ne dit pas un mol de la scène (jui vient d'être décrite, ce qu'il n'eût poinl manqué de l'aire s'il y eût pris part *.
La nouvelle de la prise de Toulon fut le sujet d'une joie immense. Barère fit, sur cet événement sauveur, un rapjjoil où il disait : « La liépublique |)ossè(le dans la Méditerranée plus de trente bâtiments, frégates, corvettes et avisos, sans compter le Dtiquesne de soixante-quatorze canons, qui est à la mer. — Une partie de notre escadre a é(é l)rûlée par le crime de nos ennemis ; elle sera remplacée par le crime des émigrés. Leur fortune reste pour payer les constructions* Leurs forêts seront converties en navires, leurs maisons en manufactures et arsenaux. Où ils tramaient des complots, la République
« Récit de Fréron. BiblioUiêque historique de la HévoluHoiif 995-6-7. Brilish Muséum.
« Ibid.
* Voyez la séanee des Jacobins, du 9 nivôse, dans le MmiUur^ 1705, an II, n* 08.
L*£NiS£Mi REPOUSSÉ DU TERBITOIRE. lOS
fera des voiles, et la patrie s'onriebira de leur fuite*. »
Pendant ce temps, la campagne de 4795 s'achevail, le -long des frontières, au milieu des triomphes.
Ën Alsace et sur les bords du Rhin, la France, menapée du côté de I^andaii parles Prussiens, que commandait le duc dcLii uiibwick, vi du cùlé de Sirasbourg par les Autrichiens, sous le commandement de Wurmser, leur atait opposé deux grands capitaines : Hoche et Pichegru. Le premier, général en chef de l'armée de la Moselle, tenait t^*^eau duc de Biuiiswick ; le stcuini, général en chel de l'armée du RhiUi faisait face à Wurmser.
li plaeede Landau, que les Prussiens tenaient bloquée, avait eu à essuyer un bombardement; mais rien n'avait \iu ébranler la coiistaiite iiéioïque des défenseurs de la ville et de leur chef, le général Laubadère. •
Td était Pétât des choses.
Si, .i[*rès la prise des lignes de Wissembonrg, les trou- ]>es coalisées b êlaient entendues» pour frapper sur Strasbourg un coup vigoureux, les suites eussent pu être ierilbles.' Passer sur le corps à Parmée française, alors sans chef et désorganisée, paraissait facile. Et puis la trahison appelait 1 ennemi à Strasboui g; car les notables, réunis a plusieurs des autorités civiles et militaires, avaient envoyé dejtit doutés au général autrichien, le pressant de venir prendre possession de la ville, au nom de Louis XVïP. iics molilè» qui empêchèrent Wurmser de protitcr de cette offre infâme méritent de n'être pas oubliés» Wurmser S9!imt que l'Autriche préférait l'occupation par droit de con^péte, son intention étant, l'Alsace une fois prise, non de la rendre à Louis XVll, mais de la garder *, intention, au surplus, .dont elle ne faisait pas mystère, comilie le piowfd uiie proclamation lancée, vers cette époque, du
« Moniteur, 1794, an If. 105.
< Mémmres tirés des peqpienâ^un homme d^Ètat, t. II,
camp Miiti ichicn, et rrniienaiU ces mois : « Akaciens, jelez vos regards sur les autres peuples d'Allemagne... Il n'esl pas un de vous, pas un, qui se refusera au bonheur d*élre Allemand. » Mais la Prusse n'avait nul soucî de s* épuiser d'hommes et d'argent pour préparer une riche proie à l'ambition d'une puissance rivale; elle duc de lîninswick, non content de disputer pied à pied le béDéfice de son eoneoursi Wurmser, de plus en phis mécontent et irrité, pi'il avîïnfa^rodo rini[»iijdon(e (ItM laialioii du général autrichien pour redoubler d'efforts auprès de Frédéric-Xiuillaume en faveur delà paix*et d'une paix séparée K
Ces divisions ne pouvaient éclater dans un moment plus favorable à la I rancc. Les troupes chargées de défendre cette partie de nos frontières étaient, après la prise des lignes de Wissembourg, ma! nourries, incomplète* ment armées, à peine vêtues, composées d'une foule de jeunes volontaires., administrées par des hommes rapaces et commandées par des officiers novices. Heureusement, Hoche d'un côté, Pichegru de l'autre, parurent en scène, et, ce qui fut l)ien autrement décisif encore, Sainl-Just arriva. Il venait, accompagné de son ami Lebas. iiobespîerre, qui les aimait également tous les deux, mais qui se déGait de la trop grande inflexibilité de Saint*Just, lui avait donné Le]>as pour modérateur, et il eût été difficile de mieux choisir, ceiui-ci joignant à une énergie calme beaucoup de prudence et une âme sensible^.
La présence de Saint-Just changea la face des choses et ranima l'armée. Il parut au camp le 22 octobre. Pichegru était à Huningue; il lui dépêche un courrier^ et,
* Vnve/ les détails dans les Mémoires du prince de Hardenbergt t. U, p. 42G-451.
* Les lettres de lui qui ont été publiées, et qui n'étaient pas destinées à voir le jour quand elles furent écrites, le peignent tout entier. Nous en citerons plus loin quelques pnssnges.
' Lettre de SeinWust m Comité de Saipt public, en date du 24 octobre
l'ennemi repoussé du territoire. 107
sans attendre son amyée, il appesantit tout autour de lui
sa main de fer.
Le 25, appreriJiiil que le eoiiimaiidaiii Lacoui a IjatLu un soldat en un moment d'ivresse» il le fait dégrader de* vànt le frpnt des troupes et incorporer dans un des rëgi* raents de Tavanl-gardc comme simple fusilier.
Le il annonce, par une pimiainaliun signée de. lui et de Lebas, que ies chefs, ofiiciers et agents quelconques du gouvemement auront à satisfaire anx jusies ))laintes lies soldais, sous trois jours, el il ajoute : « S'il est des traîtres, ou mcmc des hommes indiiiérenls à la cause du peuple, nous apportons le glaÎYe qui doit les frapper. .»
Le 26, il érige le tribunal militaire près Tarmée du Uiiia m line commission spéciale et révolntioniiaii t , ehargéç.d écraser prompLemcntetsur place ies nnxiliaires ténébreux de Tennemi, les prévaricateurs, toutes les sang* sues de l'armée ^
l'ji lurme temps, il uidouihiif l.t ('(tiili<c;i!inn des biens de quiconque aurait acheté des ellets d'un soldai dclca-
4^ au:( militaires de tout grade de sortir du camp pour aller se promener à Strasbourg et enjoignait aux officiers
de manger, de cnucher sou^ V-wv^ lentes, sans jamais s'éloigner de leurs troupes. Contre Tadjudant général Per^ dieu ^ qu'oie, avait surpris au théâtre de Strasbourg, assistant la comédie, il prit cet arrêté foudroyant : a Con^ifltTiinl ({ue Tavanl-^aidc iul aUaquée pendant r|ne Pcrdieu était à la comédie..,, Perdieu est destitué du liire d'^jildant général, et servira quinze jours à la garde du camp, à | )eine d'être considéré et trailé comme déserteur. Le préseril arrêté ^eru imprimé ei distribué à l'année w
* L''trrèté porte : t GonTaincus que la nuiiiTaite ftdminitlrttion, limpunilô des toIs et les intelligences de Pennemi ont étë une des causes des désastres de l'armée dn Bhin. t
« Collection des arrêtés de Saint-Just et Lebas» t. XXXÎ de VHhtoire
parlementaire, p. 57.
' Cet arrêté porté |a dn|e ; Strasljoqrg, hoUî^e jour dq deuxième mojs.
108 niSTOIRE DE LA RÉVOLUTION (1793).
Le général Ëisenberg avait essuyé une série de revers dont le dernier naquit d'une imprévoyance si grande, qu'elle prést'iilait les dehors de la Iraliison; tranquille dans son quartiei*, il avait laissé surprendre ses troupes avancées et s'était enfui avec un gros d'ofiiciers : Saint* Just les envoya sur-le-champ à la Commission militaire, qui les condamna à mort ; et ils lurent tous fusillés dans la redoute d'Hcanheim ^
Tel se montra Saint-Just. Par une succession de mesures vigoureuses, dont le chapitre suivant, histoire de son proconsulat à Strasbourg, donnera la liste, il nourrit et habilla l'armée; ses ordres du jour, empreints du génie de Sparte, firent circuler de rang en rang, comme une flamme subtile, le patriotisme qui le consumait; il ressuscita la discipline, châtia les officiers négligents, fit treiiiLlcr les concussionnaires, força la trahison à se traduire en pâleur sur le visage des traîtres, et souilla aux soldats une sauvage certitude de vaincre qui les rendit invincibles. Lebas le secondait, en le modérant, témoin le jour où l'intervention de ce dernier sauva le jeune Descbamps, que Saint-Jttst allait faire fusiller, parce que, démonté dans un combat et sommé de rejoindre le dépôt de son arme, rintrépide cavalier, dans sa fureur d'être éloigne du péril , avait refusé d'obéir et mis îen pièce sa feuille de roule*.
\}nc chose produisit une prodi^^ieuse sensation dans l'armée : ce fut la réponse de Saint-Just à un trompette envoyé par 'les Autrichiens pour offrir une trêve : a La République française ne reçoit de ses ennemis et ne leur
envoie que du plunib\ »
i Cette eiécution a fourni i Charles Nodier le sujet d'un iotcressant épisode dans ses Sûuvmin de laRivoluUm et de rfmpire» t.T, p. 51*55, éditîoB Charpentier.
« Histoire parlementaire, t. XXXV, p. 547,
s lf<mtteur,anU,i195» n* 45.
l'ennemi repoussé du TERRITOmE. 109
Du reste, aussi sage que ferme et inflexible, Sainl-Just s'opposait à ce qu'on donnât rien au hasard, et il voulait qu'avant de lancer dans une action générale des soldais inexpérimentés, on les format par des exercices continuels et des engagements partiels non interrompus. Mais Tenihousiasme dont son altitude et son langage avaient rempli les cœurs, ne pouvait déjà plus être conlcnu; les soldats brûlaient de jeter l'ennemi dans le Rliin, d'aller délivrer leurs frères de Landau, et tous criaient, saisis d'un patriotique délire : Landau ou la mort^ ! - ■ i' Un combat qui fut livré près de Saverne et où rennemi, quoique très-supérieur en nombre, fut repoussé, montra ce qu'il fallait attendre de l'élan des troupes*.
D'un autre côté, le duc de Brunswick, qui s'était porté au centre des Vosges, essaya, mais en vain, d'y surprendre le chaleau de Bitcbe. Le commandant avait laissé les ponls-levis baissés, six mille hommes environnaient la place, et déjà les assaillants avaient brisé les portes... L'héroïsme du bataillon du Cher sauva tout. Ne consultant que son courage, le soldat pris à Timprovistese précipite au-devant de l'ennemi, l'écrase de grenades et l'assomme à coups de bûches^. Ce succès, quelque éclatant qu'il fùl, n'avait rien qui forçat le duc de Brunswick à exécuter un mouvement rétrograde. Mais ce prince, qui faisait la guerre avec l'amour de la paix dans le cœur, se prévalut de la circonstance pour se replier sur la ligne de l'Erbach, puis se retirer à Kaiserslautern : et cela sans en avertir Wurmser, qui n'apprit ce mouvement que le lendemain*.
* Cet enthousiasme avait quelque chose de si extraordinaire, qu'il fait dire au prince de Hardcnberg, t. 11, p. 457 : a Aucun obsticle, pas mênic ceux que suscitaient les événements, n'arrêtaient les Français. »
* Lettre de Saint-Just à la Convention.
^ Lettre de Saint-Just au Comité de Salut public, du 1" frimaire (21 novembre) .
* Mémoires liréi des papiers d\in homme d'État, t. II, p. 4.15.
Uoclie aurait dû comprendre que les Prussiens n'avaient plus d'autre lien qui les attachât à la coalition que
le désir de ne pas lornir ItMir répulalion militaire en se laissant ballre. Si donc, sans s'occuper davantage du duc de Brunswick, dont la retraite découvrait le fianc drotl de l'armée autrichienne, il se fût attaché dès lors i fiéréër la ligne des Vosges, de manière à se joindre à Pich^^ el à opérer avec lui en masse sur le versant orientai, VVurmser, qui avec trente-quatre mille hommes seutèiûëiit avait à garder six lieues de front , courait grand risque d'être promj>lenicnt écrasé. Aussi bien, la position de Brunswick à Kaiscrslautern était rorniidable, et, pour l'y joindi'e, il Dallait passer par des chemins peu praticaUis et peu connus. Sans compter que le plan indiqué id^ était celui dont le Comité de Salut public recomms^idait et pressait l'exécution ^
Malheureusement, Hoche avait auprès de lui le repré* sentant du peuple Lacoste, qui, commissaire & StrésliMirg et à l'armée du Rhin, s'y était trouvé complètement éclipsé, à la première apparition de Saint-Just et de Lebas. Lacoste i»'étaitdonc rendu de l'armée de Pichegni dans celle de Hoche, auquel il souffla ses préventions contre Saint-Just et qu'il détourna d'un projet d'attaque combinée-.
Hoche, d'ailleurs, était jeune, ayant alors vingt-six ans à peine ; et à une grande conOance m lui-même il joignait une ardeur sans bornes. Il écrivait, par exemple, au général Vincent : ce Je te délends de correspondre avec Kalkreuth autrement qu'à coups de canon' ; » il mandait au minis^e de la Guerre : « Quand Tépée est courte^ on fait un pas de plus\ » 11 aimait à dire : « Nous pouvons
* Lettre de CarnOt à Saint-Just, 15 frimaire (5 déccmbrè).
* Lacoste fut nu ndinbre des plus violents thermidoriens.
^ Essai sur la vilR dt Laxare Hocke, par Ë, Bergchmidux, p. 2S; 185â. « Ibid., p. 29.
L*E£(?«£tfi aCl>OUSS£ DU T£RUiT01RE. 111
vaincre TEuropie avec des baïonneltes et du pain ^ » Un
tel général était certainement fait pour s* entendre avec Sainl-Just. Aussi ce dernier iul-il tout d'abord attiré vci"s Hoche. 11 le félicitait en ces termes de son belliqueux élan :« Le Français ne peut s'arrêter sans s'abattre'.» Mciib baiiit-.ln^l ii ontèiulail iiuileiiiciii par là que les généraux pussent agir àicur guisCi dans la sphère de leur ac(ivité personnelle, et contrairemént aux vues du Upmité de Salut piiblic. Or c'est à quoi Lacoste et Baudot, en haine de Saiut-Jusl, pou^bèieai le jeune général, avec au succès dont les suites furent déplorables.
Uochey s'étant mis à la poursuite du duc de BrunswiclTj ne l'alteig^nit que le 8 frimaire (^28 novembre), à KaiserslauLcin, «ipiè^ bien des marches et des conlre-marclics. Mais, lorsqu'il en était encore à chercher sa route, à la téte du èentre, sa gauche, commandée par le général Ambert, se trouva en^^agée, et, n'étant point soutenue, dut recukr. Le lendemain, nouvelle attaque; et, cette foiS| ce ful Âmbertqui s'égara dans les montagnes, peii* dant que Hoche avait à porter le poids de là bataillcL Repoussé, mais inaccessible au découragement, lîoehc se décide à une troisième tentative, et, le jour suivant, la canfimiade recommence de part et d'autre avec fprie. CcittétàniSB inutile! le générai prussien Kleist fut tué, le général Kalkreulh blessé grièvement à l'épaule, et treize cents Saxo-Prussiens périrent; mais Hoche lut cniin forcé de lâoher prise^ après avoir perdu trois mille hommes^.
Omnéoettè nouvdle parvint à Parmée du Khin, Saint < Just gronda; mais le Comité de 8alut public, qui, quoi qu on ail dit, ne lut inexorable qu'à l'égard des traître.^ ou éà',çeux qui lui parurent telSj le Comité de Salut pllUie'À086k''}e général vaincu et rencouragea« « Un
1 Bmi sur là vie de hamre Hoche, par E. Bergounioux, n. Sdi
< Récit du prince de flardeobeTg t. U, i>i 49&.
112 niSTOlllE DE hk RÉVOLUTION (1793).
revers, lui écrivait-il, n'est pas un crime... Notre confiance Ce reste. Rallie tes forces, marche, et dissipe les hordes royalistes ^» Lui, reconnaissant sa faute, n'hésita plus à faire ce à quoi il aurait tlù tout d'abord se résoudre. Il charge le général ïaponnier de percer, avec douze mille hommes, la ligne des Vosges, et de se jeter SUT le flanc de Wurmser, tandis que Pichegru attaquera de front l'armée autrichienne. Lui-même se met en marche à travers les montagnes, et le 2 nivôse (22 décembre), arrivé à Werdt sur le versant oriental, il y attaque les troupes palatines et bavaroises, qui s'enfuient au premier coup de canon. Déjà Wurmser avait envoyé en hâte prévenir le duc de Brunswick, dont il lui fut impossUile d'éveiller l'ardeur; de sorte que Tarmée autridueuM^ attaquée et coupée sur tout son front, découragée par k division des deux généraux, qui avaient eu sur le terrain même une explication très* vive, et eniin démoralisée par le navrant spectacle de vingt mille Alsaciens fuyant hsim foyers, se retira en désordre sur le Geisberg, derrière Wissembourg*.
Les deux armées de la Moselle et du Rhin ayant opéré leur jonction et se préparant à frapper le coup àéçii^^ restait à savoir à qui de Pichegru ou de Hoche seràiiiiflh cordé l'honneur du commandement en chef. Saint- Just, en partant pour Strasbourg, où Ta vaienl appelé d'urg$m|^ mesures à prendre, avait désigné le premier ; Li^ste et Baudot profitèrent de son absence pour nommér iftl^ cond. On juge si Torgueil de Sainl-Just fui offensé, lorsqu'à son retour au quartier général l'arrêté de Lacoste., et de Baudot lui fut montré I Mais, ainsi qu'il l$0jfu^ià au Comité de Salut public, il comprit qu^en présence Se l'ennemi a il fallait apaiser ramertume, oler le découra-
• Essai sur la vie de Laxare Hoche, \\. oii.
• Voyez les Mémoires tirés des papiers d'un homme d'Êlal, t. il, p. 458 et 439.