L*£NNEUI REPOUSSÉ DU TERRITOIRE
gement et 'prévenir les suites des passions qui s'élèvent en pareil cas, pour ne se ressouvenir que de la pairie \ » Il imposa donc silence à son cœur, et ajourna sa colère.
Le 6 nivôse (26 décembre), les Prussiens et les iVulriehieus, mamlenant concentrés p<u leur mouvement de retraite, se préparaient à prendre ToiTensive, lorsque Hoche, marchant sur trois colonnes, les prévînt. Les soldais Iraui^aib, ivres dVni liutisiasiiie, ne cessaicuL de crier : Landau OU la morii Après utt feu uè^-vil' de part et diantre, ï'ennemi commence à ai>andonner les hauteurs de Geisberg, serré de près par le général Hatrv , qui, à la, léle de ses fniUassins, repuu^:5a six charges de cavalerie consécutives. A la gauche, un halaillon i'ranyais, arri> vànl par le vallon de Ritseltz, s'était mis à gravir la montagne sous une pluie de feu et s'arrêtait à mi-côle, épuisé de iaiigue, pour rej)n mire haleine ; une charge des draguas de Toscane rend leur vigueur à ces hommes héroïques ; ils repoussent les dragons, continuent de gravir la hauteur, emportent le château à la baïonnette, et se rangent en bataille sur le plateau. Le duc de Brunswick vâUiwiQOins retarder la retraite, en prenant le commandeaiént-de (juatre bataillons autrichiens, mais son moavement n'est pas soutenu. Quant à Wurmser,'se mettant hii-méwà ia lêle de la cavalerie, il essaye (\vAi\ luis de la ramener à la charge, et il est deux fois abandonné au railmHèîun feu terrible. C'est alors que, dans sa rage contre les Prussiens, auxquels il imputait les désastres de la campagne, il rebolut de itpa.^&er le Rhin, sans mémo Iw-'dâiliier le temps d'évacuer le duché des Deux-Ponts. Le passage- s'effectua entre Philisbourg et Manheim le lu nivôse (50 décembre); et les Prussiens, restés séuls su#da rt\e gauche, se replieient vers Mavtiice. L'occupatiop «les lignes de Wîssembourg, le déblocus de Landau,
• Lellre de Saint-Just et Lcbas à leurs collègues, en dale du o nivôse (25 décembre).
!ll UISTOIUE DL LA ULVOLLllON (1795).
l'Alsace rendue à la Convention cl les Frani^s prenant
leurs quarlicrs d'Iiivc!* dans le Palalinat, tels furent les résultats de cette campagne*.
Hoche était vainqueur; mais il eut la faiblesse de se livrer à quelques mouvements d'orj^ueil qui, quoique légilimes an fond, lui miisircnt d'aiil;inl plus, dans Tespril de Saint-Just et de Lcbas, qu'ils contrastaient avec la modestie dePicbegni*« Mais, aux yeux des deux proconsuls, le jeune général avait un tort bien autrement grave, qui était, non-seulement d'avoir refusé de suivre leurs avis pour ses ojjérations, mais même de s'être étudie à leur en dérober le secret, ainsi que son compte i*endu au Comité en contient Paveu : a J'alTectaîs une torpeur inconeevalde ; je donnais les ordres les plus sin|iuliers*.)j D un autre côté, il ne cachait pas son intention de marcher dans sa voie, sans s'inquiéter ni du Comité de Salut public, ni de Garnot, de qui relevait la direction de la guéiie*.
Tout cela, on le pense bien, n'était pas de nature à plaire à Saint-Just, qui n'aimait pas davantage le style que Hoche avait cru devoir adopter, soit dans ses rapports avec, le soldat, suit dans ses dépèches au Comité, style, il faut bien le dire, eaiqué sur le langage parlé par lionsin et Vincent dans les bureaux de la Guerre et employé par Hébert dans son triste journal.
Un lambour-major, nommé Ricard, ayant adressé à Uoche une lettre de félicitation, Uoche répondit • a Tu as bien fait, f...... de me donner de tes nouvelles, non
parce que j'ai battu les ennemis^ niais parce que tu es un
* Voyez les Mémoires Urés des papiers d'un homme d^ÊUU, t. II , {>. 439-441 ; et le Tableau hisU>rique des guerres de la Révolutiott, 1. 11.
« H. Bergouniottx, hiograpbe enUiousiaste dd Hoche, dil lui^méoie qu'il fl céda peut-être h quelques mouvemeuts de bien légitime orgueil. » Essai sur la vie de Lazare Hoche, p. 33.
^ 11 est à l'einarquer que ce sont là des faits eoDsignéi dans la biogr4piiii^ de Uoche par un de ses {dus fervents admirateurs.
L'£Kri£MI RËPOOâSÉ DU T£RIUr01Ai;. 115
1)011 1) Ail! tonnerre lU Dieu! mon camarade, quelle
vie horrible I Le plus chélif marchand de chiQ'oDS de ton quartier est plus Iranquillc que moi S ^ etc.
Il existe une lettré du généra) Leveneur k Hoche, oà on lit CCS mots remarquables : a Mon général, je cruis que vous laites fausse roule... Liscs^ les discours prononcés aujourd'hui à la Convention par les citoyens les plus écoulés, vous n*y trouverez rien qui rappelle une feuille sans doute fort républicaine, mais à laquelle aucun d eux n'a pi^té son concours ni donné son assentiment. Ce n'est pas sur ce ton qjae Hilliade, du champ de bataille de Marathon*, ni Scipion, des plaines de Zamu, rendaient compte à leurs cuiiciloycns de Home ou d'Athènes de la défaite des enne* mis *. » :
Hoche avait l'esprit trop élevé et le cœur trop noble
pour ne pas revenir Lien vile d'un entraînement aucpiol son extrême jeunesse l'avait un moment livré sans défense, entraînement que combattirent avec tant d'énergie Robespierre, Saint-Just, Coulhon, et tous ceux qui, à leur exemple, voulaient conserver à la Révolution un caraelrre de dignité en rapport avec la grandeur de son but. Uicn n'éuût certainement plus éloigné de la nature de Hoche, et même plus directement opposé au tour héi'oïque de ses tendances, que rilébcrtisnie : la suite de sa carrière le prouva bien» Mais il est certain qu'à l'époque dont nous parlons les formes de son langage purent induire cti erreur sur son compte ceux qui ne Airent pas capables de démêler ce qn*il y avait de pur et de noble en lui; et le plus enthousiaste de ses biographes avoue que « la repro* duction du style d^lébert lui réussit mal dans le Comité de Salut public'. i>
. Ajoutez à cela qu'il se crut autorisé par la victoire à
' Essai sur la vie de Lazare Uochef p. 41,.
Ibid.
^ Ibid., y. 43.
116 IIISTaiftB DE LA RÉVOLUTION (1793).
prendre, soit vis-à-vis du Comité de Snhil public, soit visà-vis de Saint- Just , une altitude hautaine, qui était celle d'un homme supérieur, mais qui lui créa des ennemis
redoutables.
Ces circonstances, joiuicâ ù la rivalité qui existait entre lui et Pichegru, laquelle se compliquait à son tour des divisions qui avaient éclaté entre liacoste et Saint-Just, envenimèrent la situation h un [luiiil exlraordinairc. Dans leurs rapports à la Convention, Lacoste et Baudot ne se cachèrent pas pour dire que c'était à Hoche seul qu'étaient dus les succès de la campagne, et cela en dépit des obstacles sourdement suscités par Picbegru. Ap])réciation injuste sans doute, mais presque moins injuste que les paroles violentes par lesquelles Saint-Just et Lebas appelaient Pattention sur « la vertu et le républicanisme d'un général parlant si peu de ce qu'il avai( lait et q^ui avait tout fait \ »
Voilà ce qui précéda et prépara cette disgrâce de Hoche dont les ennemis de la Révolution ont su si habilement
s'armer contre elle. Toutefois ce ne fut que quelques mois après que l orage éclata. Hoche venait de recevoir le commandement de Parmée d'Italie, et ii était à Nice, lorsqu'il vit entrer le général Dumerbion. Hoche faisait, en ce moment, un frujial repas : du pain, de l'eau et de^ ( lis es. A Taspecl de Dumerbion, guerrier aux cheveux blancs, le jeune général se lève, offre son siège au visiteur inattendu, et l'invite avec un sourire à prendre sa part d'un lesliii ([ui, (lil-il, 4< n'a d aulre mérite que de rappeler ceux de Pytlia^ure. » Dumerbjuu, front;anl le sourcil, répondit par l'exhibition d'un ordre du Bureau militaire portant que Hoche serait saisi et envoyé sur-le-champ à Paris sous bonne ^arde*. Cet ordre d'arrestation était écrit de la main de Carnot, que Pindépcndancc des allures de
^ Eisai sur laifie de La%are Hoche, p. 44. * Mémoires sur Camot, son fils» 1. 1, p. 44U.
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l'eMËMI repoussé du TEliRiTOlHË. . 117
Hoche avait offensé*. Iloche dut obéir, et il partit pour Paris on l'attendait un arrêté du Comité de Salut public, signé (le Saint-Jusl, Coilot-d'Herbois, Barère, Garnol, Couthon, Lindetet Billaud-Varenne, et ordonnant qu'il serait « mis en état d'arrestation et conduit dans la maison d arrêt dittî des Cannes, puui y être détenu ju^qu à nouvel ordre \ » Enfermé d'a])ord aux Carmes, Hoche fut transféré ensuite à la Conciergerie, où il demeura pondant que Carnot instruisait l'affaire.
Au Nord, la victoiie de Wattigujcs n'avait olé suivie d'aucun' résultat important. Chargé d^enyahir. ia Flandre maritime, le général Davesnes avait exécuté cet ordre d'une manière si liudive et si décousue, que les troupes, après quelques succès partiels, lurent obligées de reculer sur toute la ligne et de reprendre leurs anciennes positions : échec ({ui, selon Jourdan, ne provenait que d'une glande incapaciti', mais qui lut imputé à tiahison au général Dnv(^^ii('s, qui paya son insuccès de sa létc'.
InsatidbljB de .triomphes, le Comité de Salut public aurait vpulu que, le lendemain de la victoire de Wattignies, Juurdan passât la Sombre, et tel était l'avis de Carnot. &b|i^,),e g^iéral en cbel, jugeant cette entreprise téméniji^ jnsista pour que rarmée se mit en quartiers d'hiver , et, deux mois se passèrent sans qu'aucun coup décisif fût ou fi.qipé ou tenté. C'était tr<i|t de circonspection, au gré des audacieux sur qui ia liévolution se reposait du soin de SMrdMlmées. Us avaient adopté comme règle de la cond^fdtief'dies gens de guerre le mot de CésSr : Rim n*êftt fait tant qu il reste i^nrhjiM cliOsf à jaire^ et ils songèienl en cpniéiquenca à donner Pichegru pour successeur à Jourda^^'É^ tér}iies du rapport présenté à cet égard par S^l^ Inoiâl^^ d'être cités :
* Estai sur la vie de Lazare Bûche, p. 44 et gtiiv.
> A. Sorel» Le Couvent des Carmes sous la Terreur, p. 345> note 1.
* Mémoires manuserUs du maréduU Jaurdan.
118 mSTOJIlE DE LA HÉVOLUTION (1793).
« Le passage delà iSambre exigeait de Taudace. Il fallait
s^élever au-dessus des règles ordinaires; il fallait braver ]ûs éléments et l'intempérie des saisons... L'expérience de Landau et du fort Vauban prouve assez que le soldat français ne Gonnatt pas d'obstacles ;ei la saison la plus rigou* reuse n'a pas arrêté Tarmée <lu liliin, eeîlo di; la Moselle, celle dcrOucst, celle de Toulon.., Mais le Comité de Salut public saura toujours distinguer les fautes ou le défaut d'audace, tort dont le patriotisme doit absoudre, d'avec les Iralii.suns ou l'inertie coupable do cerlains généraux qui ont reçu la peine de leur défection liberticide. » Et Barère proposait que, jusqu'au moment où la patrie aurait de nouveau à réclamer ses services, « le vainqueur de Waltiuiii( s, le libérateur de Maubeuge, obtînt une retraite honorable, digne de sa probité et de son patriotisme. » Le rapporteur du Comité ajoutait : « Jourdan est pauvre : c'est son éloge et son tilre à la reconnaissance nationale'.)'
Ou côté des Pyrénées orientales, la campagne de 1793 ne se termina pas aussi heureusement qile sur le Rhin et
au Nord. Le siéiie de Toulon avant forcé le Comifé de Salut public à réduire à quinze mille hommes, y compris les garnisons, Tarmée qui avait à défendre cette partie de nos frontières*, il en résulta que les soldais manquèrent
là où l'excès même du courage ne pouvait suppléer au
* Oni croirait que, dans ses Mniian'c^ manuscrits, que nous avons sous les yeux, Joiird;in cite ce r^ipport * iniiiir ihk preuve t\o l'injustice du Cornilr a Mia l'-gard ? Jourdnn j»ouvail avoii" raison contre Carnot, au point de vue mililaire: reci est unn question à vider entre gens du uicUier. Mais depuis quaiiil un gouvernement cjst-il injuste en nietlant b la tête d'une armée les généraux qu'il juge les plus propres à servir ses vues et les intérêts du principe qu'il représente ? Il y aurait* eu inju&ticc si les services ddjà rendus par Jourdan avaient été méconnus ou n*avaient provoqué, do. la part du Comité, aucun témoignage public et éclatant de gratitude. Or le rapport de Barère est là !
* Eitrait des registres du Comité de Salut public» du 14 fViroaire (4 dc^ cembre) 1793.
L*ENNKMI nKPÛUSSK DU THlimTOlRE. ] {Q
nombre. L'armée des Pyrénées-Orienlales avait, en eflei,
à occuper un Icrrain immense sur la cote ; elle s'olendait depuis Perpignan jusqu'à la Cerdagne espagnole inclusiyemenl, et elle embrassait toute la frontière de rAriége, y compris la vallée d'Aran. Comment garder avec quinze mille hommes une pareille étendue do terrain, surtout quand il y avait pcni imminent à laisser sims garnison une foule de points importants, tels que Cette , Nar** bonne, Agde, Perpignan, Coilioures, Port-Vendres , le fort Sainl-Elme, Villefranche, Mont-Libre, Puycerda et Belver ^ ?
Quand l'ordre du Comité arriva , Parmée française, dont le quartier général était à Perpignan, occupait en det^à du Tliec une ligne de défense que Doppct avait dft faire fortiiicr par des fossés et de petites redoutes pour suppléer de cette façon aux forces, qui étaient déjà insuffisantes'. La réduction soudaine de Parmée ne permettant pas de maintenir celte position, Doppet, d'accord avec les autres ofliciers généraux cl les, représentants du pcu|)Ie, décida qu'on abandonnerait la ligne formée le long du Tliec et qu'on ramènerait les troupes au camp de rUiiion, établi dt»s le commencement de la guerre pour couvrir Perpignan. Pendant celle retraite, et dans le but de la masquer, une colonne eut ordre de traverser le Thec et d'aller attaquer les Espagnols au posle de Villoionfiuc. La tentative fut couronnée d'un plein succès. Le "2U fi imaire (19 décembre), la division lancée au delà de la rivière s'empara du camp de Villelongue, fit beaucoup de prisonniers, cnlevn vingt pièces d'arlillcrie, et assura la retraite du reste des troupes*.
Malheureusement, une épidémie éclata, qui fit les plus grands ravages dans Parmée et à laquelle Doppet lui-indme
* Mémoires du général Doppet, liv, IV, chap. ii» p. 367> ^ !bid„ p. S55 et m, » p. 369,
J20 HISTOIRE DE LA UÉVpLUTION (1795).
faillit succomber. Les Espagnols étaient nombreux, aguerris, sous 1rs ordros d'un général habile, l»icardos : ils sui'ont proiitei: de ce concours de circonstances iuncsles ; et Collioures, Port-Yendres, Sainl-Elme, tombèrent successivement en leur pouvoir. Y eut-il trahison? Le bruit en coiinil. Ce qui est certain, c'est (pie, dans la capitulation l'aile avec l Espagne, le lïénérai Uugoniniier, en parlant des postes dont il s'agit, ajouta ces mots : licrést par la trahison^
C'étaient là des revers, niais J'acilcnienl réparables, ef dont la nofivolle se perdit dans le bruit des liiouiplies qui, partout ailleurs, signalèrent le passage des armes de la République.
* Mémoires du (jénéral Doppet, p S75.