‹ Histoire de la révolution française (volume 2)Chapitre 7 sur 23 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Saint-iusl ol Lcbas à Strashour^f. — Lotir énergie, Imir dcsintprcssornoiit.

— Caractère tout romain (i^' \('ur^ ai i rtés. — Respect qu'ils inspirent.

— Schneider. — La Propaijtmde, Moiiet, KfîHinann, Jung. — Ltittc du parti allemand ri du parti (Vaiiçais. — Dcsliluliou des autorités constituées. — Saint-Just délivre la contrée de lV>|»pression de Schneider. — C'est Robespierre qui fait juger Sclmeider. — Sainf-Just sauve l'Alsace îsans verser une goutte de sang. — I.a Terreur blanche bien plus tei i ible que lu Terreur rouge. — Ysabeau et Tallien à Bordeaux. — Tallien terrorîste. — Le régime de la Terreur installé à Bordeaux sans oécessilé. Mesures d*bumamté bientdt sûmes d'exécutions sanglantes. <— Mombrp des victimes. — Ordres l^arfaares; le refus de Brune empêche qu'il y soit donné suite. — Faste étalé par Ysabeau et Tallien dans Bordeaux affamé.

— Mépris que cette conduite leur attire de la part des révolutionnnires. Perrons d'Hervalet le Comité de surveillance. — L'autorité des deux

commissaires bravée. — Us destituent le Comité de surveillance» qui est maintenu par le Comité de Salut public. — ^Amours de Tallien et de la fille du banquier espagnol Cabarrus ; leur influence sur la conduite ultérieure de Tallien. — Source de la richesse de Tallien. — L'intégrité de Robespierre lui fait pour. — ^ Fréron et Barras terroristes. — Lettres odieuses .de Fréron à Moyse Baylc. — Régime de sang qu'il étal)lit à Marseille; ses dévastations. — Fréron et Barras joignent les exactions aux barbaries. — Ils deviennent les ennemis de Robespierre, parce que celui-ci dénonce leurs excès. — Belle lettre de Robespierre jcnno ;\ son frère.

— Fouchc et Collnt-d'Hcrbois à Lyon, — Contraste cnhe leur politi(pie et la politique modérée de Couthon. — Ils établissent à Lyon le régime de la Terreur. — Orgies héberlistcs. — Instruclion adressée au peuple.

— Comité de séquestre. — Comité de démolition. — Couunission révolutionnaire de sept juges. — La guerre aux maisons. — Arrivée de Rûusin. — Coilût-d'Ucrbois et Fouché méditent un système d'extermination. — Collot cherche à conjurer d'avance l'indignation de Robespierre.

— Étranges lettres qu*il lui écrit, sans obtenir de réponse. — Il s*adresse à Duplay, mais en vain, — Le canon employé contre les condamnés. — Scènes affreuses. — Physionomie du tribunal révolutionnaire iniititué parFoucbéetColloUd'IIerbois. Leur tyrannie soulève contre

122 HISTOIRE OE Ik nÉVOLUTION (1795).

eux Rolicspicrre. — Projet «le mariage entre Foiiché et la sœur de Robes* pione manque. — Carrier à Nantes. — Aliominables cruautés commises pai les Vendéens. Coullin, Bachelier, Chaux, le cloulter Proust et sa femme. — Histoire détaillée de la tyrannie de Carrier. ^ Noyades. — Ce fut Robespierre qui fit rappeler Carrier. — Rapprochement histo-rique.

Pendant ce temps, le régime des proconsuls, représenté h Strasbourg par Saînl-Just et Lebas, sauvait la France,

qu'il remplissait, au contraire, de san^ et (riiorreiir, à Uordeaux, à Marseille, à Lyon, à Mantes, ou les représentants de ce régime, qui contient la mort quand il ne sur* excite pas In vie, ctaienl Tnllicn, Barras et Fréron, Fouché et ColluL-d'Herbois, Carrier.

Lorsque Saint-Jusl el Lebas furent envoyés on Alsace, avec le Uire de commissaires extraordinaires, tout, de ce côté, nous l'avons dit, senihlait ])mlu. Découragée par la perle des lignes de \\ isseaibourg, et vivement poussée par les Autrichiens, Tarmœ françâise n'était plus que j'ombre d'une armée. Pas de vivres, pas de vêtements, pas de chefs, riiillo discipline. A Strasbonrjnr, la contrerévolution triomphait de la dépréciation des assignats, de la détresse publique, et tenait à la gorge le pauvre alTamé. On se passait de main en main des cocardes blanèhes. De myslérietix émissaires s'en allaient jeler des couronnes t^mpreintes sur des étoffes jusque dans les guérites des remparts. Des émigrés avaient reparu, ils se promenaient la téte haute. On eût dit les autorités atteintes de paralysie. Les réquisitions, vain mot! Aussi manquait-on de grains, de chariots, de bois dechaufTage. I^es administrateurs passaient des marchés de chandelles à sept francs la livre. Les lieux de débauche regorgeaient d'ofTiciers, dont Taclivité sans emploi élait on train de s'avilir. On voyait errer çà et là, dans la campagne, une foule de rnili*' taires vagabonds. Les soldats blessés pourrissaient, sans secours, sur le grabat solitaire des hôpitaux, Le désordre,

en un mot, était immense, et demandait, pour être réprimé, un mélange de sagesse et de vigueur auquel n'avaient pu s'élever iusqu'alors les repi'ésentaïUs du peuple en mission, Lacoste, Baudot, Ruiaimps, Miihau et Soutràn^^

Saint-Just sn monlra cl Strasbourg s'émut.

L'aspect du morne jeune homme, sa beauté menaçante, 'ses cheteux épais et poudrés à blanc sur ses noirs sourcils, la tenue immobile et perpendiculaire de sa t^le sur sa cravate volumineuse quui(juc serrée, la ruideui presque automatique de ses mouvements, ne pouvaient nmnqiier de fetre effet sut^ la multitude ; éf l'impression s*accrut, quand oh ^entendit parler de cette voix économe de paroles cl ttaucliante qu'accompagnait, chez lui, le gestô'Sec du comniandement.

Uiiè senlé chose rassurait : c'était d'apèreevoir à côté, de Saint-Just la douce et sympathique ligure de T ehas-.

Pai* une série d'arrêtés dont la gravité des circonslauces expH^âèy^ et dont le résultat général justifie l'âpreté, les deulÉ'f «iitcoiisûb décidèrént : ' '

Quetoiil !iiilil;iire qu'on trouverait caché dans la ville serait lusillé sur-le-champ^ ; '

Qrië^Hi'^iiibnicipalité fournirait un certain nombre de sdufiC#^itÀéféiiseurs de la patrie : mauvais citoy i n jui ne se préférait pas à cette mesure * ; ^ Qu'il serait créé une commission pour l'approvisionne- BÉëflft'de k' place ; ' ^iQili^lék'llittiiinisttâteurs* rebelles aux réq[uisitions du

* Voyez, sur la situation de Strasbourg au moment de rarrivée de Saint- Just et Lebas, la leUre de ces derniers li la sodéi< j oculaire de la ville, en date du S4 bnimaîre an II. {Moniteur, 1793, an il, n"" S7.)

* Les lettres de lui qui ont été publiées el qui n*étaiont pas destinées à voir le jour le peignent tont entier. Nous en citerons quelques passades.

^ Monitmr, m 11» 1795, 45.

* im.

gouvernemenl seraient renfermés jusqu'à la paîx^;

Qu(*, vu la malpropreté mtMirlrièré (h*s liôpitauv , la municipalilé liendrail deux mille lits prêts dans vingU quatre heures chez les riches, pour être délivrés aux sol* dats malades ou blessés ; et que les défenseurs de la liberté seraieni soignés (lés(trni;ùs avec le respect dû à la cause servie par eux et à la vertu';

Que les biens de quiconque aurait acheté les effets d'un soldat seraient confisqués au profit de la Répu* bliqiie * ;

Que, pour vêtir Tarmée, dcnii-iiue , tous les manteaux seraient mis en réquisition, et déposés, du jour au lendemain, dans les manfasius de la République*.

Mesures extrêmes, sans doute. Mais renneuii était là, le bras levé ; et la contre-révolution tenait la porte ouverte à r invasion : valait-il mieux que la France pérît? Car il s^agissait alors, non de la reiulre aux Bourbons, mais de la démembrer *.

Ceux des riches en qui vivait la patrie le sentaient si bien eux-mêmes, qu'au moment de la perte des lignes de Wissembourg ils avaient provoqué un emprunt sur les personnes opulentes, s'olfrant à donner l'exemple, et demandant qu'on frappât ceux qui refuseraient de les imiter. Ce fut en réponse à cette offre dont ils glorifièrent le caractère patriotique que SaiiU-Jiist et Lebas publiaient rari'êté suivant ; « Pour soulager le peuple et l'armée, il sera levé un emprunt de neuf millions sur les citoyens dont la liste est ci-gointe. Les contributions seront fournies ilans les vingt-quatre heures*. »

' Moniteur, an M (1793), n* 45.

« IMd., n» 57.

' Collection des ssnèth de Saint-Just et Lebas. Histoire parUmenténre,

mi,p.57.

« lind., p. 3S.

* Voyei, il cet égard, les Mémoires du prince de Hardenherg, passiin. ® Collection des arrêtas, etc., uiri $uprà, p. 55.

LES PUOCONSULS. 125

Des écrivains ont osé dire : « C'était joindre Tinsulte à l't)j)prossion ' . » L'insulte? Elle (îfil été à regarder comme un ■mensonge l'offre de secoui ir la patrie agonisante ! Il était ajouté dans J'arrété : c<l)eux millions seront prélevés sur cette contribution pour être employés au besoin des patriotes indigents de Strasbourg. Un million sera employé à fortifier la place. Six millions seront versés dans la caisse de l'armée*. »

Ce n'étaient point là des exactions à la manière de Verrès. A la France seule, au soulagement de ses douleurs, à l'œuvre sainte de sa délivrance, fut consacré Tor que levèrent à Strasbourg les deux proconsuls qui y représentaient la politique de Robespierre. Quant à eux, ils restèrent pauvres, en commandant à la richesse. Tandis qu'ailleurs, Fouché, Carrier, Ronsin, et tant d'autres tyrans sortis de l'école anarchique d'Hébert, déshonoraient par le faste et la ^lébauche le régime des dictatures locales, Saint-Just et Lebas menaient une vie austère au sein de la toute-puissance. Leur intégrité eut un tel éclat, qu'elle imposa respect à la calomnie, mémo après leur chute'.

Et la simplicité de leurs mœurs fut d'autant plus remarquée, qu'elle contrastait avec les habitudes de cerfiûns de leurs collègues. Dans un recueil de pièces concernant la révolution à Strasbourg, nous trouvons h cet égard des révélations curieuses. Voici, par excmpk, un billet que (iarnier, secrétaire des représentants Baudoin i^t Xtacoste, écrivait à l'administrateur des subsistanee»:

ce Je te prie, mon cher (ir..., d'envoyer tout de suite

> Édouard Fleury» Saini-Just et la Teneur, t. II, p. 19.

* ColIeclioD des arrêtés do Saial-Jitst et Lebas, M suprà, p. 35.

^ M. Edouard Fieury, détracteur systématique de la Révolution et de Saint- Just, reconnaît que « pas une plainte ne s^éleva qui permette un doute aurson déaintéreBsemeot. » {Mo^&t Saint-Jusi et4a Teneur^ t II, p. 23.)

120 mSTOlUE DE LA ALVuLUTlON (I795j.

du tm étranger chez le représentant Lacoste, 11 faut

qu'on en ail encore pour le diucr »

Âulre billet du même :

« Citoyen, envoie-nous vile du vin Mranger. On est à table, et Ton crie conlre loi de ce que lu n'as pas fait la commission que t.a duniu'e ce ni.iliu le maire \ »

Âulre billet de Garnicr au maire :

ce Citoyen maire, je t'envoie l'ordre que je viens de recevoir. Tu vois qu'il nous faudrait ((uelqucs boiUeille^ de chainpiujne et de bordeaux^ car nous n'avons |>lus que quelques bouteilles de vin doux, sur lesc^uclles on fait la grimace, on qui, du moins, n'égayent pas. Bien entendu, cependant, que tu viendras aussi souper ce soir avec le ciloyen L... (Lacoste). Tu lui feras plaisir*. »

Inutile d'ajouter que les noms de Saint*Just et Lebas ne figurèrent dans aucune demande de ce genre. Eux ne se montrèrent avides que pour la p;ttrie.

Toutefois il était naluroi que des réclamations s'élevassent contre l'arbitraire de la liste de répartition et de ia taxe, surtout plus tard, le lendemain du 0 thermidor,

' XLii du Kecueil des pièces autlienlifjups servant à l'Iiistoiie de la nùvolulion à Slrabbuurg. Bibliothèque liislorique de la liévolulunh 1317-18-19. Brilish Muséum.

- Ibid.

3 Ibid. ♦

Ikm SainL-JusL et la Terreur, t. il, p. 4'J, M. Edouard Fleui y ule te dehiier Inflet comme une preuve que les iiiembi es du la Propagande, assdctation réTolutionnaire ddiit nous parlerons toul à l'heure, « dissipaient, gàUient» soiiillaient les cdmestibles, les fhres, les tins mis en réquisition pour les malades et pour rarmée. i» Vexemple est lrès*maUieureiisemenl choisi. Le nom qui signe le billet, et que H. Fleur; ne donne pas, montre que la sommslidn venait, non de la Propagande, niais dU secrétaire de Lacoste, ce qui est fort différent. On trouve bien, dans le recueil susmentionné, deux demandes adressées par la Propa^nde au mute do SUiisboui^; mais elles prcsenteilt un tout autre caractère. On en ira jugtr : t La Pro- ;;a/;a;/(2(;aurdît'besoinquordn milquelqu^un enrcqUisiUon pour llii fournir lait, du beurre H des ùuifs, qu'eUia ne petti se procurel^ sans ce mofen. J. B. MijuERj trésorier. *

alors qae chacun était encouragé à joier sa pierre aux tombeeuY où dormaieni les vaincuB, alors que se poser cji

victime à indcmiiiscr était une spcculation lucrative. Do là des plaintes qui, pour avoir été tardives, n'en turent que plus bruyantes, mais qui n'ont qu'une bien faible valeur historique, parce qu'elles se 'produisirent dannun iiioiiieiil (tiî Icb {.lomiu-^U'.uib <lii ymi avaicuL uitcrei à ic:> provoquer et à les grossir, ])eMdauLque ceux qu elles atteignaient étaient condamnés à Téternel silence* D'ailleurs, parmi les imposés^ il y avait des contre-révolutionnaires aidciits» que le luoiiUuU de la ta.ve cxai?péiait iiiuiiis encore queaon buti et c'est le droit, c'est le devoir de l'iiistairc desuispeeterle témoignage de leur fureur* Ce qu'il est raisonnable d'admettre néanmoins, c'est que rur«^ence mèiiie des mesurer adoptées dut entraîner une précipitation qui^ à son louri put donner lieu à des injustices par* tifi^e»^ 11 n'y a rien, par exemple^ que de trus-possible dans le fait de cet auber*>iste de Strasbourg qui, inq)osé à quarante mille livres, alla couragcusemout, dit*on, présenter à Saint^ust la clef de sa maison sur une assiette, en b>priant de se ehar<ier de ses dettes ^ Mais quelle fut la réponse de Saint-Just? Ou n'eut pas oublié de nou'^ la iiiu'ù connaître, si elle eut accusé la dur«dté de sou

Non qu'il fAt porte à fléchir, quand la résistance lui

paraissait coupable, loin lù. .S.-iifant bien qn'i! v [»uur la llévululion, d une que^auu de vif on {|( moi (,

«Uél^aWiey et pramptemént) il brisa tout d'abord los ^MnMft» ^cdaidlks par (juelques exemples très-propres à

subjuiruer les es])rils, quoique non >an^laii[s. Le plus iiclic anposé dans l'emprunt des Jieuf millions n'ayant p«Mlt|Hij!é dans le délai prescrit, Saint-Just ordonna quo^ (lëiMtttlh^îSi^ on le donnât en spectacle au peuple

< Saini'Just et la Teneur, t. U, p.

128 llIâTOmE DE hk RÉVOLUTION (1793).

sur le |il.iiiclier de la c^uillolinc. L'ordre pui lait : a Ceux quj 11 auront |)as acquitlé leur imposition dans la joumce de demain subiront un mois de prison pour chaque jour de retard, attendu le salut impérieux de la patrie'. »

Par un autre arrêté, daté de Saverne, il i'ut enjoint au tribunal criminel de faire raser la maison de quiconque serait convaincu d'agiotage et d'avoir vendu à un prix au-tles^?us du ina.nimim*.

Décrier les assignats, c'était jeter la rance dans un effroyable chaos. Contre ceux qui y travaillaient, l'arrêté de Saint-Just, à cette époque, n'était ni moins nécessaire ni plus rigoureux que la loi qui punit de mort les incendiaires. Un exemple, — ce lut assez d'un seul, — réalisa la menace. Un pelletier nommé Schauer ayant exigé d'an de ses locataires au del»\ du maximum, on le traduit devant le tribunal criminel. 11 était connu pour ses manœuvres dans le genre de conspiration qui tendait à Tavilisse^ , ment des assignats, et Ton prouva que sa fille, Suzanne* Marguerite, s'en allait disant : « Un assignai de cinq livres, c'est cinquante sols. » F^arrêt fut : La maison du citoyen Schauer sera rasée, et sur l'emplacement l'on dressera un poteau destiné à servir d'avertissement aux agioteurs et à quiconque serait tenté d'avilir la monnaie sociale^.

Les représentants du peuple Baudot et Lemoine avaient adressé à leurs correspondants cette recommandation

singulière : « Soyez brefs. Les longues phrases appartiennent au régime des monarchies, le laconisme est le

' Collcclloii des arrôléî., ubi supra, p. 57. Recueil des pièces a utiien tiques servant à l'histoire de la Révolution à Strasbourg. Uibliûthèquc historique de la lievoLuiioa, 1517-18-19. British Muscuni.

» Bibliothèque historique de la RévoluUûH, 1311-18-10. British Un* seum.

LES rUUCO.NîîLLS. 121)

propre d*unc république. » C^est ce que pensait aussi Saint-Just. Rien de plus vifqivi lu furme de ses arrélés, témoin celui-ci :

. c( Dix mille hommes sont nu-pieds dans l'armée. Il faut que vous déchaussiez tous les aristocrates de Strasbourg dans le jour, et que, demain, à dix heures du malin, ces dix mille paires de souliers soient en marche pour le < quartier général ^ d

Celte hauteur, ce fanatisme du devoir, que relevaient encore, dans un homme si jeiiiic, des mœurs pures, une noble attitude et un désinléressemenl lacëdémonien, eurent des vésoltats décisifs. Saint-Jast, à Strasbourg, ne vei*sa pas une goutte de sang, et lut obéi en silence; En peu de temps, la municipalité reçut 6,879 habits, vestes et panlalons; 4,767 pairesdebas; 1(),U!21 paires desoulieFS;86S paires de bottes; 1,351 manteaiiix; 2,673 draps de lit; ^0,528 chemises; 4,524 chapeaux ; 525 paires de guettes; 29 quintaux de charpie; 900 couvertures et un grand nombre d'autres objets, sans compter une immense quantité de vieux cuivre pour servir à la fonte des canons*.

11 est vrai que les auteurs du mémoire d'où ces chillres «ont extraits — contre- révolutionnaires accusant, après le 9 themidor, les vaincus deviint les vainqueurs, les têtes coupées devant le bourreau — ajoutent : « La plupart de ces. effets sont restés entassés dans des magasins ; une partie y a pourri et a été mangée par les rats ; on a abandoniié le reste au premier venu. Le but de la spoliation était rempli, et c'est ce qu'on voulait » Mais cette asser-

' Bibliothèque histarigue de la Bévoltaitm, 1317, 18, 19. Brittsh Naseum.

* Appel de la Commune de Strasbourg à la Conventian, [t. 2t« ^ Bibliothèque historique de la Hévolution, 1317« 18, 19.BritÎ6fa Muséum.

s Bibliothèque historique de la Bévolution, 1317, iK 19. firitikh Muséum.

150 lIlàTOlUL DE LA UÉVOLUTlOiN (17U5).

lion, si invraisemblable en elle-même d'ailleurs^ est jMM'einptoirement deiiienlie par le l'ail, iuconleslable cl iaconleslé, que, comme conséquence des arrêtés de Sain l- Just et Lefaas, l'armëc, qui monqnait de vêtements et de souliers, fui vcliif c( chaussée*.

Aussi bien Saint-Just n'était pas homme à souflrir J 'inexécution de ses ordres. Le seul de ses arrêtés qu'il abandonna fut celui qui proscrivait à la ninnicipalîté de faire abatlre les slalucs de pierre qui s'élevaicnl aulour île la belle cathédrale de Sliasbourg. Uuelques statues isolées, et placées à l'extérieur, disparurent; mais, quant à celles qui faisaient partie de rarchitecture-méme, elles n'auraient pu ùivc enlevées sans dé^rrader rédifico, crim(î contre les arts que le décret de la CunveaUou du 0 juui punissait de deux an» d« fers. L'administrateur des iravaux publics ayant objecté ce décret, et la commission municipale ayant a[)prouvé les représentations de l'adiuinistraleur% Saint-Just n'insista pas. Au fond, il dut être bien aise de voir avorter une mesure, concession malheureuse à rhébertisme, et qui répugnait si fort aux tendances que les deux amis de Jlobespierre rei)résentaient.

Cependant une rumeur sinistre s'est répandue. On parle d'un complot qui vient d'être découvert, et ce complot devait livrer la ville à Wurmser. Une lettre saisie aux avant-postes, remise au général Slichaud, cl envoyée par ce dernier aux représentants du {)cuple Miihaud et Gujdfdin^, avait causé l'alarme. Cette lettre ^ signée

• Voyer, à ce sujet, le cliapiUe relalil ù la mission militau^e de S.iiiU* Just ctLebas, et aussi le Moniieur, 179"), au il, ii' 67.

^ Kxtrait des arrêtés du conseil mumcipal de Strasbourg, dans le Recueil des pièces authentiques servant à lliistoire de b BéTaliitiim ém» cette commune. Bibliotkèque historique de la Bévoluliwi, 1317* 18, iO. British Muséum.

.3 K* Lxxiviii du Recueil des pièces authentiques servant h Tliisloîre de la Révofaition à Strasbourg;. hiblUfihéfjiue histarique de la RéoohttiWi 1317, 18, lu. British Muséum.

LES PUOCONSULS. 151

u marquis 'de SaiilUliilaire » était adrc^ssée à a Moiisi^ui'f Monsieur le citoyen en cD, 17. 18. piace d'armes à Strasbonrg. » On y lisait : (c .... Tout est arrangé, mon ami. Ils (i.jnseront, sui\aiiL leur expression, la carmagnole. Strasbourg est à nous dans trois jours^ au plus tard... Depuis ma dernière, nous sommes arrivé à Briuii{ii sans résistance. Là , ces petits crapauds bleos ont résisté. Faites-nous savoir qui les commariilait. Nous sommes décidés à sacrifier cinq cent mille francs pour le gagnër. Quand ie diable y serait, ce n'est pas la redoute enfile Sieinfeld et Nieder Oterback : nous Tavoits eue à meilleur compte !.. . Vous avez dû voir hier le iiiaKjuis de la ViileUe' et k comte de Souc. ...» Suivait l'exposition du flÊu: 1km cents royalistes étaient déjà parvenus à pénétreifidaïui Strasbourg, un à un, sous Vuniforme de garde aatioiial. A un jour et à une heure indiqués, ils devaient ottvw les portes à deux mille de leurs camarades, habillés àmnÊtàej'lÀ nom du roi devait ^tre le cri de ralliement. PiM J^mlrc 55igne que la cocarde blanche. Au signal convenu, le feu nn."5 partout... Il était dit, en outre : « Vous femt donner au porteur trente mille livres. Nous le croyons encore à bon compte. Il sacriGe sa vie pour npus. Voife ilf^ipecotma^rez à ses lunettes. Il est bègue. Il vous dira 19. 27. 1. 52. 7. 28. 22. 54. 08. Vous savez ce 4|[iie<j|iia veu^ dire. » En .post-scriptum : « Ënvdoppez^ rétmÊm ê» ■ct^tume, vos dëpéelies dans des chiffons. » Lu f^hléie^la pins inquiétante de cette missive, parce qu'elle supposait des intelligences au sein tnême des autorités, élakj^le»ei c « Les municipaux dont nous avons les iHipkéljiMQt poignardés. I^es autres, Ans atnis, seront f«ifMtori|&|^^Il9''||iifé^ leur écharpe blanche sur-lechatnp*. »

' Bibliolhetine kulorii^ de la IkvduUoii, 1517, IS, VJ, British .\ius>euiii.

132 * IIISTOmE OE LA RÉVOLUTION (1795).

Le seul des administrateurs qui portât des^ iuneUes et (|ui fut bègue était Edelmano, celui que Charles Nodier a peint de la wiaiiièi e suivante : « C'étailun petit homme d'une physionomie grêle et triste. Son chapeau lond rabattu, ses lunettes inamovibles, son habit d'une propreté sévère et simple, fermé de boutons de cuivre jusqu?au menton, son langage froidement posé et flegniatiquem«it sentencieux, composaient un cnsiemble peu amiable, mais qui n'avait rien d'absolument repoussant... Je me souvenais de lui avoir entendu dire avec un calnae ^Srfm^ dans sa déposition contre DieUich : «Je te pleurerai 'ptfTce « que tu étais mon ami ; mais tu dois mourir, parce que « tu es un traître*. » Musicien-compositeur habile, mais homme d'une misanthropie farouche, Edelmann s|^était fait des ennemis mortels, et parmi ses ennemis figurtR'*» ministre protestant, au sujet duquel nous li>oii.s dans les minutes imprimées du tribunal criminel de Strasbourg : « Jean Schweikart Metz, ci-devant ministre protertinl à Griès, convaincu d'avoir fabrique, pour perdre les^ip»triotes, la lettre qu'il dit avoir trouvée sur un enfant dans la forêt de Lichtenberg, condamné à la peine de quatre

ans de fers*. » ^ Malheuieu>i ment, ceci ne lut connu que plùir4aril. Parmi les admmistrateurs, il en était dont Saint-Jusl se défiait. 11 vit un « grand danger » là où il n'y avait qu'une basse manœuvre. Sans plus larder, il casse les autorités constituées de Slrasbouro , el somme impérieusement le commandait de la place de se concerter avec le Comité de surveillance pour diriger les administrateurs du département sur Metz, ceux du district sur Besançon, et sur Châlons ceux de la municipalité. Quatre citoyens appartenant

» Souvenirs de la Révolution, t. !, i». 15. . i »• •

- Recueil des pièces auUienlu|nes scrv:.iit a l'histoire de 'i»^^^^'^'""^" "

Strasbourg. Bibliothèque kislorique de la KévoluUon, ^517, 18, 19.

British Muséum.

à la première de ces trois auloniés et Monet, maire de Strasbourg, étaient seals exceptés^ .

L'étonnement dans la ville fut extrême. Le Directoire,

renouvelé depuis peu, était populaire : quel coup violent et inattciidii 1 Les patriotes s'alarment, la Société des Jacobias strasbo^rgeois gronde, et Honet court demander respeetueusement à Saint-Just le mot de l'énigme. Les ficux proconsuls s'enveloppèrent dans im froid silence. Le maire insistant, 6aint-Just, qui était çouchc, se tourne vers lui, et^.de son ton bref : a. Vous pouvez avoir raison, dit->tl, touchant quelques individus; mais il existe uii jjrnnul (laiii^cr, et nous ne savons où li appci-. /:// hiet}, un avcif'fic (jui vherdie ww ('phujie dans mi tas dr jMHtssière nwU k\ta9 de pami^e*. » Étrange justiiieation d'un ai^bitraire, cette fois» injustifiable! Ce sont là lessophismes de l'iniquité. Et, quel plus grand danger que celui la justice méconnue? Lue ville livrée est un moindre mal qu^qn innocent puni.

Tout ce que le maire de Strasbourg pût obtenir fut la mise en liLt i li' ih douze admiiiistraleurs. A l'égard des autros,. l'arrêt eut. son cours*.

Ifonet ayait vingt-cinq ans à peine, a 11 était grand, beau, bien fait, quoique un peu voûté, plein d'aménilé, de politesse, cl iJe je ne sais quelle grâce trisle (jui allaclie*, » Le 21 janvier 1793, date fameuse et tragique,.

* Collection des :ii i èicR de Saiiit*Jast «t Lebas. Hùtûire parlementairef I. XXXI. p. 35 et 36.

^ Récit basé sur les éclaircissements donnés par M. Monet lui-même aux auteur*; de VHistoire parlementaire, (Vojei t. XXXI, p. 36.)

Ibid'. ■ '

* (Charles Nodier, Souvenirs de la liévolution, i. I, p. 13. (Juûique Charles ISodier fut très-loia d'être un révolutionnaire, b forer

df! In vérité lui ayant arrache de nombreux témoignages en laveur de Kobespierre et de Saint-Just, les écrivains royalistes ont pris texte de quelques erreurs jjai lui commises pour nier son autorité en matière d'histoire. Le fait est que ce n'est point Vhistoire de lltistoriographe qui» Charles Nodier, comme il le disait hii-méme, a prétendu écrire, et son

154 IliSTÛIAE DE LA REVOLUTIOM (1793).

il avail romplnn'' TOrkolm h la niairit» de Slra«ihoiir»r, nyanl lUé (iési<>n(; aux Commissaires de la Gonveuùon, Couiurier, Denlzel elRhiil, comme le seul hemme qui réunit alors le patriotisme et les connaissances nécessaires. Dans lin do( iimenl adressé h la (ionvonlion par lescoiUrerévolutionnaires de Strasbourg au plus fort de la réaction thermidorienne, le nom de Monet se trouve associé à bemicoup d'injures, mais sans aucun fait h l'appui ; ou pliilôt, ce qu'on lui impute à crime, c'est d'avoir à doux reprises diiierculeâ refusé à des entaiiLs la permission d'aller voir leur père prisonnier et malade. Du reste, pAs de noms cilés, nulle indication des circonstances h St, dNin autre côté, que lui reprochaient les ultra -révolutionnaires? Son penchant à s'entretenir avec les aristocrates et à élargir les siispectsV Un homme qui, iavesli grand» pouvoirs dans un temps d'orage, n'a paâ IMrtu contre lui-même «l'autres armes que celles-là h ses plus implacables ennemis, a certes droit de compter sur Pin* dulgcRce de l'Histoire ! et c^est cependant cet ]Màme qu'un écrivain de nos jours suppose capable d'avèîr'ftiÎK que la prétendue l( tire du marquis de Sainl-Hiliure, pour se débarrasser, dans le conseil municipal, d'une oj^position gênante I Le récit qui précède, fondé sur des^dtMli'' ments authentiques, dit assez ce qu'il faut penseÉ^^d%Éèf semblable supposition*. * ^^^^^'^

livre n^^ cortainnnent pas le mérite d'une chronologie toujours exacte; mais la couleur qu'il donne aux hommes et aux chosos est très-souvent celle qu'une élude attentive des documents officiels montre aroîr été la couleur vraie. Et c'est par là surtout que les Souvenirs de Charles Nodier sont historiques.

*■ Appel de la Gommime de Strasbourg à la République et !k la Convention. Bibliotkèque hiUorique d$ la Hévolulion, 1547, 18, 19. British Mtiseum.

Hittoire de la Propagande, par ka aana-cvlottea Nasse, Jung, Vogt et Wolff. {Bnd.)

^ % Édonard Fleury, dans son £iudê sur Sainl-Just,- 1* II, p. 31 et 56, np manque pas donner la prétendue perfidie de Monet eomme chose

LES rnocoNSULS.

Quoi qu'il en soit, apprenant que la Société populaire fie Strasbourg se plai«^nait, Saint Jusl lui adressa une lettre qu'il fit signer à Lebas et où il se révèle tout enlier:.

a Frères el amis, nous sommes convaincus qu'il s'est trame une conspiration poui" livrer la ci-devant Alsace... TOUS êtes indulgents pour des hommes qui n'ont rien fait pour la patrie... Noos Tenons de rece voir la dénonciation qu'il existait deux millions en or entre les mains de l'administration du département. Ce fait doit vous surprendre... La pitié & Tégard du crime est faite pour ses complices, non pour vous... Nous examinons tnni avec sang-froid, et nous avons acquis le droit d'être soupçonneux. Nous vous devons de Tamitié, nous ne vous devons pas de faiblesse. Nous persistons dans noire arrêté jnscpiV près le péril. Salut et fraternité'. »

La lettre contenait ce mot admirable : « De quels ma -

prouvée. La preuve sut laquelle il s'appuie est curieuse! « Aprîs la mort de S.iint-Just» dit-il, on trouva parmi ses papiers tout un cahier Uobserviition» écrites par plusieurs des principaux révolutionnaires, par un nomtn^ Blainé, un des agents mns doute de la police secrète des deux cninmissairfs rxtraordinnires. Voici ce que Blainn écrivait à Saint-Just pour rengager à se méfier du muirc Monof : « A-!-il drc^st'; proc^ès-vorbal dt» la lelfre qu'il a « reruo (liî chevalier de S;i i(i( -Ilii:iir<'? ou u-t-il voulu faire iino plaisanlerir « de la conspiration de Strasbourg ? (Ju'il ne pense p;»s no\is endormir par « ses paroles. Quoique maire, il ne mérite pas iiioiiis notre scrupuleuse «surveillance.» Ainsi les déficuices d'un noiunié Blainé, voilà ce qui prouve i{i\e la proscription des autorités de Strasbourg fut une « hypocrite c comédie, » un acte dont < le prétexte avait été abominablement odieui € l forée de fourberie et de mensonge ! » Par malheur, les défiancet d*un nommé Bltîaé, et Taccès d*bonnéte indignation auquel elles servent de point de départ, se trouvent ne cadrer nullement avec les faits, Uonet n'avait point à dresser proeèt-Torbal de la lettre reçue do cbevalier de Saint* Hilaire, puisque, comme nous Tavons vu, cette lettre fut envoyée, non h lui, mais au général Hichaud, qui, de son côté, la transmit aux représentants Milhaud et Guyardin. Quant au fabricateur, nous avons cité nn document judiciaire qui tranche la question.

t MomteHV, 1793, an II, n* 67,

156 IIJSTOIRE DE LA flÉVOLUTION (1795)«

gislrals pont-on dire qu'ils sont innocents du mallionr du peuple^?»

Tant de décision dans la conduite ot de hauteur dans le langage, cetfe fermeté qui ne recalait devant rien ni devant personiu', |)r()(luisai('nl une sensation qu'expriment vivement h s lignes suivantes :

« Il était temps que Saint-Just vint auprès de cette malheureuse armée... Il a tout viviGé, ranimé et régénéré... Quel maître b... que ce garçon-là! La collection de ses arrêtés sera sans coniretliL un des plus beaux monuments historiques de la Révolution. Tu apprendras, sous quelques jours, que l'armée du Rhin a recouvré totite son énergie et qu'elle a écrasé les imbéciles soldats de la tyrannie... Uuamps, Nion, Miihaud et Borie. se sont con^* duils comme des lâches, et, peut-être, quelque chose de plus*... »

Avec uni; noblesse de sentiments que le laisser-aller de l'expression met d'autant mieux en relief, Gatteau dit à d' Aubigny, dans cette lettre, après avoir parlé de ses intérêts cruellement compromis : c< Conviens qu'on ne saurait être plus mallieiireux. iMais je m'en f..., pourvu que la République triomphe et que la liberté s'affermisse^. » Et de la même plume, mélange de dévouement et de férocité qui peint l'époque, il écrit : « La sainte guillotine est dans la plus brillante activité, et la bienfaisante Terreur produit ici, d'une manière miraculeuse, ce qu'on ne devait espérer d'un siècle au .moins par la rai^n et la philosophie*. »

Ija guillotine parcourait, en effet, l'Alsace dans ce mo-

* Moniteur, 1795, an H, n* 67.

* K'* XXXIX, XL, xLi des Pièces justificatives, à la suite du Rapport de CouMoîs sur les papiers de Robespierre; BihHùthiiiue kislùfique de la Bétnlutiùn, 856, 7, 8. British Muséum.

3 ma,

l ^ Biblwthêqttehistùriqne de la Hévolutiont 855» 7, 8* Rritish Muséum.

liRR PROco^suIiS. 137,

ment, non point à In suite de Saint-Just et de Lebas, dont pas une goutte de sang ne tacha les mains, mais a la suite d'un misérable qu'ils appelèrent, au contraire, à rendre compte de sa sinistre puissance, et auquel ils mirent le pied sur le front.

. Quaud Saint-Just et Lebas étaient arrivés à Strasbourg, ils^y avalent trouvé installé, sous la présidence d'un moinè défroqué nommé Taffin, un U ibunul révolutionnaire composé d'hommes tarés ^, du milieu desquels se détachait J'«i&eusje figure d'Ëuloge Schneider.

Grêlait un homme de trente^sept ans, à la taille épaisse et courte, aux cheveux ras, aux yeux fauves, ombragés de cUs roux. Sa face orbiculaire, d'un gris livide, était frappée çà et là de quelques rougeurs et criblée de petite vénite*. Né d'une familfe de paysans, à Wipfeld, village de l'évêché de Wùrtzbourg, il lui élevé par les Jésuites; entra à i hôpital Saint-Jules, d'où. il se lit renvoyer pour iimndaite; marqua quelque repentir; prit Thabit religiiitt^ et, après neuf ans passés dans le cloître, fut en< voyéà Augsbourg comme prédicateur. Un seniion qu'il y fit sur \àc tolérance l'ayant désigné à la colère de ses supérîim, il renonce au cloître, est appelé à Stuttgard, a)m4a titre de profiesseur, par le duc Charles de Wurtemberg, s*'affîlie à rassociation de Weishaupt, reçoit de l'électei^* de Cologne une chaire de grec et d'humanités i>BoiMi^ k perd) et, se présentant à Strasbourg comme mavtjrdes Ûéés nouvelles, est imposé à l'évéque constitutionnel Bieudel en qualité de vicaire général^.

• Histoire parlementaire, t. XXXÎ, p. 29.

- Charles Nodier, ^uvcnirs de la Br'voluHon, t. ï, p. 12. — Michaud jtMine, à Tartirle Nodikr, dans la Biographie universelle, paraît trouver in\ralsrmhlable que .Nodier, (jui n'avait alors que dix ou onze ans, ait Hé envoyé par son père apprendre le gre( rhez Schneider. Kh ! qu'y a-t-il donc là d'invraisemblable? On ne se met pas au grec à vingt ans. Ah! si Charles Nodier avait dit un peu plus de mal de Saint-Jusl!

' Schœll, Biographie universelle, art. Schnisideh.

]| y avait deux partis il Strasbourg : Tiin qui, (ontiiiit irabord par Diclrich, puis par Monet, s\'ïp[)elait le parii français; Tautre qui représentait 1 esprit, allemand et luttait contre l'identification absolue de PAIsaee avec la

France.

Le premier de ces deux partis eut pour point d'appui, dès l'arrivée de Saint-Just et Lebas, une soixantaine de révolutionnaires fervenls, nppelés de divers points de la France, et dont rassociaiion, moitié civile, moitié militaire, prit le nom de Propagande. Ces hommes, jeunes pour la plupart et pleins d'enthousiasme, eurent un cos^ tunie particulier. On les distinguait à leur bonnet rouge, |>lacé sur une chevt lure ilottaiile, à leur col nu, à leurs longues robes que retenait une ceinture tricolore, garnie de pistolets et de couteaux de chasse, à leurs brodequins de cuir écru On les logea an collège, et le général Dièclie leur donna, outre une garde de douze linnimes, des ordonnances à cheval pour porter leurs dépêches \ Leur mission consistait principalement à combattre les tendances fédé« ralistes et les préjugés locaux, à recommander Pusage de la langue française, w déraciner enfin tout ce que l'Alsace gardait encore d'allemand. Accueillis d'abord avec froideur et défiance par la Société populaire, ils arrivant è la dominer à ce point ffu'ils y tirent abolir les séances en langue allemande^. Dans leurs rangs iiguraient quelques énergumènes, un Richard, de Metz; un Dubois, de Beaune, prêtre défroqué; un Duriège, de Sedan; un cer*

* Histoire de la Propagande, et des miracles qu'elle a faits dans celte commune, par les s u s -culottes Masse, Jung, Vogt et W'olff. — C'est un pamithlt'i violent contre la Propagande. — Bibliothèque historique de la Hévolulion, 1517, 18, 19. British Muséum. — Voyez aufsi les Souvenirs de la Hévolulion de Charles Nodier.

* C'est un des plas amers reproches que leur adressent le<! auteurs (le VHifioire de la Propagande^ oie.

LES rnOCOiNSlLS. 151)

lain Moraau, (^m ne «e faisait appeler que Marat^ Mais

ces hommes n'exerçaicnl aiicimr nillucncc sur U\ Propa' gaudcy dont les vrais meneurs regardaient Moreaii-Marat conuttétiiB fou^ et Duriège coiAme un intrigant dont le premier subissait Tempire*. La vérité est que la Propû' (fande rendit, des services qui, lorsqu'elle qiiillii Stinsbourg, furent attestés par Tenvoi d'une adresse soicnneliu de hi Société populaire k la Convention, adresse qui exposait uk bien fait à Strasbourg parla ci-devant Propa* fjanâe^ et le chagiiii que son départ causai l aux sanseuluUes "', » ' '

i MaiSf 'dans le camp même des révolutionnaires, les prëpagandistes avaient à combattre un parti très-fori, le

p;irli (lt'iii(»Liatl(|iie-alleiiiaud, à la téteduqui;! iiiaichaicid Jung,. Vogt, Léorier, Wolff, Glavel*, tons hommes tarés, à* i-eicqitioB du cordonnier Jung. Wolff et Clavel, juges Pnli'^ Fantre, prirent part à tons les excès que nous allons rappeler. Léorier était uit ayiuLeur que son immoralité et son thste firent exclure de la Société ]»opnlnire*. fie Vdgt^ Ju^g fui-méme disait que « son âme était Vé- 'ginil'd#'taiis'les vices*. » Voilà ceux auxquels Schneider sejui^iiil, et qu'il ne tarda pas Ix traîner à sa snile\

^ '11 avait été porté au poste d'accnsateur public et s'élait rendu JmifMretibsolu du tribunal révolutionnaire par Tas*

^ vOifiqi . '

^ Histoire de la l'i ^f ayandCj etc.

* Recueil (les pièces aulhenliques servant à l'histoire de la Révolution à Strasbourg. — Extrait de la séance du Conseil de surrcilliDCe, àail gn-

* Ibid, — Séance du Comité de surreîUtnee, du 4 nivôse an If. «t/Mrf. Difcenrs do Monet h la Société popalaîre de Strasbonrg, on

date dn Si floréal.

* !bid., n* Giv.

« Ibid. — DiBOOursdoHonet.

^ Dan» Saint-Just et la Terreur, t. U, cliap. n, M. Édouard Fleurir, entre antres errenra, en commet une singulière. 11 fait de Schneider et de Inng les chefs de la Frapagandef tandis qnlls IVtaient du parti contraire.

140 HISTOIRE DE LA nÉVOLUTION (1795).

cendant qu'il prit sur Thomine qui présidait ce- tribunal,

un niicien prêtre nommé Taffiii. Bientôt lui seul dirigea les jugemeals; et, couime il aimait jusqu'à la frénésie le vin et les femmes S son pouvoir servant ses vices^ l'Alsace devint sa proie. Tandis qu*à Strasbourg Clavel> un de ses complices, mellait à l'amende les femmes qui ne pui l.iient pas la eoearJe et ceux <pii ne se tutoyaient pas*, lui, buivi de la guillotine, suivi du bourreau, promenait d'un boot à l'autre de l'Alsace palpitante ses convoitises, ses amouns (^t ses colères d'oiseau de proie, j)rononeant des arrêts de niurt dont il n'élait tenu aucun registre, tiappant sur ies villages épouvantés des contributions, dont la nature et le montant restaient inconnus, dépensant jusqu'à huitinîHe livres pour un vova^e du tribunal rév(dutionnaire à Olie* reimhcim, et se laiNini annoncer par une imee de prêtres autrichiens, apostals lorcenés, dans les villes qui, à Éon approche, s'illuminaient de peur*! Saint-Just exerçai! 1» dicliilin e clu salut publie; Schneider, celle de Tégoïsme loul-puissant. Ce qn li deaiandiut à l'effroi des mères, c'était rbonneur.de leurs iilles\ Fouquier-TinvilktJktî^ même en frémit quand il le sut. Le moine luxurieux 9Wl/ d'étrang^es caprices (le générosité : un jour, arrivant dans un village au uiomeiil où le pielre constitutionnel se mariait, il se prend d'intérêt pour le nouveau coupto^.<#^ ordonne aux habitants de doter les époux. La quête ée fil autour de la guilloline ' î Tunck, prêtre auti'ifihien,

Résumé des interrogatoirefl subU par les complices de Sehneideri fit- Hiothèque hùiorique dé la Hévolutien, 4517, 18, 19. Brilîsh Hmeuin.

' Ibid, — Discours de Monet, en date du SI floréal. — Lettre des admî^* nistrateors du Bas-Rhin, en réponse à un écrit intitulé : Ettloge Schneider à Robespierre Vaîné,

* Mémoire imprimé de Fonquier-Tinville. lUbiùHhéque hiHorique de la B^fUim, 947, S.

" Itésumé des interrogatoires subis par les complices de Schneider» uifi xtfprd.

désirant se marier, Schneider mit en réquisition, pour

son complice, toutes les jeunes filles de Barr*. 11 élait sujet à des désespoirs de t^ran : on ie vii, dan^ son nii|mjssance à découvrir un ennemi qu'il destinait à l'échaiaud, se rouler parterre en rugissant et s'arracher les cheveux

Quand on a[)|)ri( ;i Sdaslionr^ le résultai des lournces de Schneider, i' indignation publique euiiardil sqs adversaire^ à l'attaquer. Plusieurs patriotes appartenant au ] a rti français se rendent chez les D i n ésentants Baudot et Lacoste, sollicitant d'eu\ la dolitution du terrible moine. Mais l'allronter n'était jsas un jeu. Autour dcdui bouillonnait récume de la Révolution, et son écumesanglante. Ses partisans n'étaient point parvenus à exercer le desjKilibiiic de l;i Ini'ce sans en avoir l audace, et l'énergie de leurs passions en égalait le désordre. Le parti allemand, d'ailleurs, ne pouvait qu'avoir des racines profondes dans un pays réuni depuis si peu de temps à la l'raiîce, dans nii jtavson il lallii! (jiu" .S;iin(-Just établît des écoles. gratuites de langue irauçaise et publiât une procia- •malion- conçue.' en ces termes : « Les citoyennes de Strasbourg sont' invitées à quitter leurs modes allemandes, piiisqne leiiis cœurs sont Irançais^. » Lacoste et Baudot bésitèrent donc. Mais Saint-Just n liésila pas, lui. À peine iofiuàné de ce qui se passait^ indigné, il se décide.

Ce jour-là même, Schneider devait rentrer à Stras* bour« . Il venait d Cponst i une jeune lille, non pas précisément de iorce, comme on l'a prétendu*, mais après sominàtiQn péremptoire adressée au père, à une heure du

* Lettre des adminùlrateun du Bas^Rbin, sus-mentioiuiée.

* • Ce fait, est-U dit dftis k biographie de Schneider, par SchcoU, fut rocaeilii, ea 1795, aur la déposition de Tofficier de gendarmerie qui en avait été témoin, et il se trouve eonsigné dans les procès-verbaux du Oiree* loîre. »

' Collection des uiiétés de Saint-Just et Lebàs, L XXXI de ï'UiOûire parlementaire, p. 40.

* Voyex dans la Biograplàe unuferseiU, Tarliclc i)Cuiuu»itR.

142 lUbTUlKL D£ LÂ llÉVOLUTlUiN (17U3),

matin, \wuv que celle que Schneider aimait eut à venir partager son iit Il lit son entrée dans ia ville, ayant avec lui sa jeune femme, ses juges, sa guillotine, son bourreau. lï s'étalait triomphalement sur un grand char à- qiMlIre roues que six chevaux traînaient, et autour duquel caracolaient, portant une tète de mort peinte sur leur baudrier et leur sabretache, les hussards de son eBtiorle. €ecî avait Heu le 23 frimaire (15 décembre) ; et, le suifoiAe* main, par une pluie hattanle, au centre de la place d'armes, au milieu d'un immense concours de peuple qu'agitaient mille sentiments confus où doiùitiiàit k stupeur, un homme, horriblement pâle, apparaissait 4ldMllll sur la guillotine, entre deux falels de bourreau. C'était te ciiei' du parti aliemand, l'oppresseur de rÂlsuce,: c'était Schneider ^ '

Après lui avoir fait subir toute Tignominte de ce sup-» pliee moral, Saint-Just ordonna qu'il fut traîné de hri- *f^iu\G en l)rij»ade jusqu'à Paris. Uenfermé à l'Âbbaye, on l'y eût oublié, peut-être, si Robespierre n'eûi Un jour demandé, du haut de la tribune, c< pourquoi le prêtre de Strasbourg vivait encore". » 11 parut devant Fouquier- Tinville, qjii le passa au bourreau*.

La faction dont il était l'àine fut transportée de rage. Les plus violents parlèrent de eourir poi^^nafder Saint*- Just» .lun^% furieux, criait : « Allons brûler la moustache aux dictateurs M » Mais, loin de reculer, Tindomptabie

* LcUrc (le?! aHminislralcurs du Bas-Rhin, en réponse a un ncl-il intitulé : Euloije Schneider à livhcspierre Caïné. — BiHioUièque historique de la tyvoluliOTii 1517, 48, 10. lirilish Muséum.

» Vojez ['Histoire parlemenlairCy t. XXXI, p. ."0, et l'arliclc l)io;.;raphique de Schneider, par Scliœll. — hins ses Souvenirs delà Hévolution, i, 1, p. 35, Cliarles Nodier a raconté aussi cet cvéncnient, mais en y mêlant, d*«près des an-dit populaires, des circonstances romdncsques.

« SchœU.

* Moniteurf germiiialy an It (1794).

' Discours prononcé par Honet ii ta Société populaire, lo 31 fldréal. Bt' bliolhéque kUlerique de la HévoUÊlim, 1317, 18, 19. Brilish Voseuui.

Ltb rKUCi»iSLLS. 143

Sainl-Jusl dc songea qu'à compléter son ouvi ugc par le

renouvellement du tribunal de Sehneider.

Quelques exemples doiiiiciuiii une jdte de l'e^piii qui animait ce tribunal, plus redouté encore des ])auYreâ que des riches. Nous copions les minutes imprimée»

« Dorothée de FraïUz, la Ruprcclitsau, convaincue d'avoii' vendu den\ lèles d(i salades à vin^l sous et avjli par là la valeur des assignats , esl condamnée à une amende de trois mille livres, à six mois d'emprisonnement et à èire exposée au poteau pendant deux heures'. — Aune Wolf, de ilosiieim, convaincue d a\oir d(?mandé quarante livres d^un demi-boisseau de noix et d'avoir par Û avili la monnaie nationale, est condamnée au poteau pendaiU deux heures, à un emprisonnement de (rois mois el à une amende dc trois mille livrci» — Joi>eph Woil, de Bischheim, colporteur, accusé d'avoir vendu un portefeuille de papier quinze sous, et un petit morceau de savon dix sous, est condniiiiic à êlnMuené devant l'avaul- J'aide de Tarmée, tenant le porteleuille d'uue main et le savon de l'autre, avec un ccriteau attaché sur la poitrine et portant le mot agioteur. Il s'éloignera avec sa famille à vingt lieues des (lunlières^, elc... etc.* »

11 laut loul dire : ])ieiî persuadés que le plusi>ùr mojcn de tuer la Hévolution était de tuer les assignats, les royalistes avident porté de ce côté leurs plus ardents eflbrls ; et tel était l'efii ui tpt'ils élaient parvenus à réjjaiulisj, rpie, pqurrorcer les assignats et faire respecter la loi^ la ])eiue mémo des galères étant devenue insuffisante^ les délin< quants avaient été menacés de mort, [)ar décision du 24 brumaire, signée Tailin, président; Euloge Schneider,

I Recueil des pièces authentiques servant à rhistoirc de la Révolutioii fi Siia^ilxnirg. BiifUofhéque hislcri^e de ta Hêifolution, 1317, iS, 19. BriliMih Muséum.

* Ibid.

3 Ibid.

144 lIlSTOIHt Dfc LA KÉVOLUTIU.N (1793).

commissaire civil ; Wolll, Clavel, juges; Weiss, secrétaire greffier'. Mais le Iribunal de Schneider avait à rendre de bien autres comptes ! Comment ne pas frémir, quand on songe au vague épouvantable de condamnations formulées en ces termes: « iMarlin Uilter, de Geispolzheim, accmé d'avoir corrompu par m conduiie aristocrate Pesprit de sa commune^ est condamné à la peine de mort et à la confiscation de tous ses biens au profit de la Ré- |)ublifjue' \ » "

Et dans quelles mains reposait le pouvoir de faire tomber la tète d'un homme pour des crimes définis de la sorte? Selon la déclaration du secrétaire greffier Weiss, lors de son interrogatoire, les juges, que dominait Schneider, s'assemblaient quelquefois en état d'ivresse. Un jour, sur son siège, Clavel était tellement pris de vm, qu'il fallut Faller secouer pour le tirer de son assoupissement'! il suffit de constater que trente condamnations ù mort, au moins, furent prononcées par un tribunal de celte espèce, pour faire comprendre le service qu'en le renouvelant Saint-Just rendit à l'Alsace*.

Il était, pourtant, d'airain, cet homme! oui; mais ce qui l'avait rendu tel, c'était le génie de la Révolution qui le façonna. pour son usage, comme tant d'autres... car, qu'il fût né sensible, enclin même à la volupté, la direction qu'il donna d'abord à ses pensées le prouve. Aussi

* Recueil des pièces aulhenliques servant à rhisloire ilc la Révolulion à Sl^asbour^^ Bibliothèque historique de la Révolulion, 1317, 18, 19. British Muséum.

« Ibid.

^ Résumé des intcrrojjaloircs subis par les complices de Schneider. Bibliothèque historique de la Révolulion, 1517, 18, 19, British Muséum.

■* « Le nouveau tribunal, composé cette fois d'honnêtes gens, ne condamnait guère qu'à des amendes, et le plus souvent il acquitta. » Ainsi s'expriment, t. XXXI, p. 30, les auteurs de Y Histoire parlementaire. C'est vrai. Toutefois, il est juste de dire que la très-rigoureuse condamnation du pelletier Schauer l'ut prononcée par le tribunal dont Mainoni eut lu piésidence.

LES IMIOCONSULS. 445 |

les nécessités du rôle qu'il acce}ita de la destinée n'ailèrent-clles pas jusqu'à déraciner entièrement dans lui le ^erme des vertus douces. 11 s'occupait volontiers des enl'anls, il aimait les femmes avec respect, il honorait la vieillesse, il croyait au culte des ancêtres ^ Ouant au culte de l'amilié, si son dévouement absolu a Robespierre, son tendre altacliement pour Coutlion et Lebas, ne montraient pas de reste comment il sut le pratiquer, on pourrait, en tout cas, se faire une idée de la manière exaltée dont il le conçut parce passa^^e extraordinaire de ses Institutium : « Tout homme âgé de vingt et un ans est tenu de déclarer dans le temple quels sont ses amis. — Les amis sont placés les uns près des autres dans les combats. Ceux qui sont restés unis toute leur vie sont renfermés dans le même tombeau. — Celui qui dit qu'il ne croit pas à l'amitié, ou qui n'a pas d'amis, est banni*. » Lebas, qui avait épousé la plus jeime des filles du menuisier Duplay, écrivait à sa femme, le 8 brumaire (2(S novembre) : « Saint-Just est presque aussi empressé que moi de revoir Paris. Je lui ai promis à dîner de ta main. Je suis charmé que tu ne lui en veuilles pas : c'est un excellent homme... Ce qui me le rend encore plus cher, c'est qu'il me parle souvent de loi et me console autant qu'il peut. Il attache beaucoup de prix, à ce qu'il me semble, à notre amitié, et il me dit de temps en temps des choses qui sont d'un bien bon cœur'. » . .

Nous avons déjà raconté par quelle prodigieuse impulsion donnée à l'armée, Saint-Just et Lebas sauvèrent la frontière ; mais, pour être vu dans son vrai jour, le tableau

* C'est ce que ilit Cliailes Nodier, Dictionnaire de la Conversation, art. Saint-Just ; et c'est ce (jue disent bien mieux encore les écrits de Saint-Just lui-nièine.

* Institutions, sixième fra{,anent, '2, Des affections.

^ Currespundance privée de Lebas, communiquée par sa famille. Vuyt'X 'Histoire parLementairef t. XXXV, p. 555.

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