‹ Histoire de la Révolution française; (volume 4)Chapitre 17 sur 303 · LE PARTI DES POLITIQUES ET LA LIGUE · texte numérisé non relu

LE PARTI DES POLITIQUES ET LA LIGUE

Tel ^t donc, dans la France du seizième siècle, le mouvemejit des esprits. Ainsi s'annonce le règne de ce

principe d'individualisme que couronnera la Révolution de 89, et contre lequel réagira vainement celle de 93.

Mais le calvinisme ne s'était fait voir en France qu'à travers la fumée des guerres civiles. Et, d'autre part, en répandant le, goût des lettres et des arts de l'antiquité, la Renaissance tendait à substituer aux préoccupations Ihéologiques des idées toutes profanes. Il arriva donc que de ces deux choses associées par Luther : un principe nouveau et une religion nouvelle, la bourgeoisie française repoussa la religion et garda le principe. Nous voici à un moment solennel : derrière le calvinisme qui s'éteint dans le sang, le parti des Politiques se lève.

Ce parti ne fut ni celui de la foi, ni celui du dévouement et des fortes vertus : ce fut le parti de la modération, du bon sens, de l'égoïsme tranquille et réglé. Il commençait à Érasme, il devait aboutir à Voltaire. Sa doctrine, que le dix-huitième siècle vint compléter et faire prévaloir au profit de la bourgeoisie, devait s'appeler tour à tour : en philosophie, rationalisme; en politique, équilibre des pouvoirs; en industrie, concurrence illimitée. Au seizième siècle , elle s'appelait déjà de ce beau nom : la tolérance.

Quelque faible, quelque incertain que parût d'abord le parti des Politiques, son entrée en scène suffit pour glacer d'effroi tous ceux en qui brûlait encore la flamme des vieilles croyances, tous les partisans du principe d'autorité. De cet effroi naquit la Ligue.

Formée en 1576, à Péronne, par de-s gentilshomnîes qui jurèrent de rester unis pour le maintien de la religion catholique et romaine, la Ligue, dès l'origine, révéla son esprit. L'acte d'union de 1576 portait qu'on se donnerait un chef. L'autorité royale, on s'engageait à la soutenir, mais réserve faite du droit des États et des lois fondamentales du royaume. Du reste , les associés se livraient l'un à l'autre d'une manière absolue; ils se garantissaient mutuellement contre qui que ce fut, et prenaient Dieu à témoin de leur résolution de mourir pour sa cause.

Ainsi, défendre le principe d'autorité pris dans son acception la plus générale et la plus élevée, le défendre dans son représentant spirituel, qui éUiit le pape, et, s'il le fallait, contre son représentant purement temporel, qui était le roi, tel fut le but de la Ligue. Elle superposait l'Église à l'État. Or, dans cette conception logiquement développée, les rois n'avaient plus de droit imprescriptible et inviolable; ils demeuraient soumis, comme le moindre de leurs sujets, à une règle religieuse qui servait de limite, de tempérament et de condition à leur pouvoir. Donc, en violant cette règle, ils devenaient indignes; en se déclarant hérétiques, ils devenaient rebelles, et le peuple pouvait, il devait les renverser.

De sorte qu'en partant de la souveraineté du pape, on aboutissait à la souveraineté du peuple.

Et en effet, la Ligue eut cela de remarquable qu'étant une croisade prêchée contre l'esprit nouveau d'alors, elle fut plus révolutionnaire que la révolution même qu'elle voulait arrêter. La Ligue se trouva sur le chemin qui mène de Grégoire VII au Comité de salut public.

Et les actes répondirent aux doctrines. Qu'on ouvre l'histoire de la Ligue et les écrits du temps : partout la théo-

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ORIGINES ET CAUSES

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cratie mêlée au sentiment démocratifiue ; partout l'étroite el fougueuse alliance de l'homme du peuple et du prêtre.

En 1576 et 1577, la Ligue ne se composait guère que de gentilshommes, et Henri III s'en proclamait le chef, dans l'espoir d'en demeurer le maître. Mais bientôt quelle différence! La Ligue n'est plus aristocratique, elle est à la fois sacerdotale et communale ; elle ne tient plus seulement la campagne, elle bouillonne dans Paris. C'est par un simple bourgeois nommé Kocheblonde, c'est par les curés de Saint-Benoit et de Saint-Séverin, c'est par un clianoinc de Soissons qu'a été créée, pour mettre en mouvement les seize quartiers de Taris, cette commission des Seize, si vile transformée en dictature municipale. Les chaires sont des tribunes aux harangues; les curés font applaudir en eux des tribuns; entrez dans une église: c'est le Forum.

Combien se sont mépris ceux qui n'ont vu dans un semblable mouvement que le résultat des intrigues d'une famille ambitieuse et les prétentions dynastiques de Henri de Guise! Le» Ligueurs allèrent à Henri de Guise parce qu'il leur fallait un chef que la cause commune n'eût pas honte d'avouer, et qui lui ap|>artint tout entier. Ce chef pouvait-il être Henri IH? Henri III. qui avait fait revivre dans une cour ralholique les amours infâmes des empereurs païens et leurs prostitutions fameuses? Il est vrai (|u":iprr< avoir gagné sur les huguenots les batailles de Jarnar et de Moiicontour. il îivait commandé les égorgements de la Saint-Barlhélemy; et au txîsoin. il aurait ap- Iielé en témoignage de son orthodoxie les fantAmes que, la première nuit de son arrivée en Pologne, il crut voir rangés autour de son lit. Il est vrai encore qu'il se promenait quelquefois par la ville un gros cha|M>let à la main ; qu'il changeait volontiers ses habillements de femme contre un sac de pénitent ; qu'il portait une ceinture garnie de têtes de morts; el que. sur la couche souillée qui recevait ses mignons, il méditait des fondations de confréries. Moqueries d'hypocrite ! disaient les Ligueurs. Henri III avait d'ailleurs h transiger avec l'hérésie, à' s'appuyer sur les Politiques un intérêt <|ue prouvaient tant d'édits de pacification, plut<H accordés qu'obtenus. I^s Ligueurs ne s'y trom))êrent pas. Ils poursuivirent dans Henri III un prince qui avait des intérêts étrangers àlcur cause. Et ce qu'ils aimèrent dans Henri de Guise, au contraire, ce fut un homme qui- avec le catholicisme était tout, et qui sans le catholicisme n'était rien. D'autant que Guise avait de la bravoure, de la décision, et que, par plus d'un trait, il ressemblait à son père, bien qu'il eût moins d'élévalion dans l'intelligence et de générosité dans le cœur.

Au surplus, cette impatience des Ligueurs de lui mettre un sceptre dans la main n'éclata en violents transports qu'après la mort du duc d'Alençon, frère du roi. Car Henri III n'avait pas d'enfants; et lui mort, c'était un protestant, c'était le roi de Navarre, c'était le principe nouveau, qui montait sur le trône.

Oh ! certes, si tout s'était borm'- alors aux agitations de l'hôtel de ville, aux discours enflammés des prédicaleurs, aux manifestes contradictoires du cardinal de Bourbon et du Béarnais, ou niêaie à cette guerre des trois Henris dans

laquelle les Ligueurs se précipitèrent avec une sinistre violence et comme traînant après eux le monarque épouvanté, il serait peut-être permis de mettre en doute la grandeur de la querelle. Mais non. L'antagonisme des principes dominait tellement ici l'éclat des prétentions rivales, quel'Europe entière s'ébranla sous l'empire d'une puissante émotion; et pendant que Philippe II promettait à la Ligue les armées de l'Espiigne, pendant que Sixte- Quinl se levait dans Rome pour exconununier le roi de Navarre, Théodore de Bèze, par un effort contraire, parcourait l'Allemagne attentive, lui faisait peur de sa révolution prochainement anéantie, et poussait par delà le Rhin la croisade de Luther.

Dans ce vaste conflit, le Béarnais et Henri de Guise représentaient deux intérêts sérieux, immenses; mais Henri III que représentait-il? Les Ligueurs n'avaient pu le refuser comme chef sans le rencontrer comme obstacle: ils résolurent de le renverser. De là celte célèbre journée qui, dans le Paris soulevé de 1588, nous montre déjà, sous quelques-uns de ses aspects, 'notre Paris de 1830 : la souveraineté du peuple à riuHel de ville, des barricades, les Suisses accablés, la multitude enveloppant le Louvre, le monarque en fuite. Appelé par les Seize l>endant les préparatifs de la révolte, Guise était accouru malgré la défense du roi, et il était entré dans Paris au bruit des acclamations publiques, jKir une route que les femmes jonchaient de fleurs. Comme il passait, une demoiselle baissa son masque et lui cria : « Bon prince, puisque tu es ici, nous sommes tous sauvés. » C'était le cri de la Ligue. Pourquoi? Précisément parce que Henri de Guise était plus et mieux que l'homme d'un parti : il était l'homme (l'un principe.

Heureux si, dans l'enivrement de son rôle, il ne s'était pascruau-dessusd'une défaite, au-dessus d'un assassinat! Ce fut sa perte. Aux États de Blois, il mit une obstination orgueilleuse à penser qu'un guerrier tel que lui était une trop grande victime pour un assassin tel que Henri 111. Instruit du complot, il s'en allait disant : On n'oserait ! mot fatal qui devait tuer Gustave IH et qui avait tué César. A son tour. Guise allait expier la profondeur de ses mépris. Ils l'aveuglèrent jusqu'au dernier moment, el l'excès de son dédain ne l'abandonna que lorsque, soulevant la portière en velours du réduit otl se cachait le meurtrier, il se sentit vingt coups d'épée dans le corps.

El l'on put bien juger alors que, pour la Ligue, Henri de Guise était un instrument et non pas un but. Loin de fléchir, \e» Ligueurs redoublèrent d'énergie, et de même qu'ils s'étaient emparés de la vie de leur chef, ils s'emparèrent de sa mort. Car enfin , ce délire de Paris en pleurs ; celle vaste lamentation ; ces images en cire percées de poignards, qu'on exposait sur les autels et dans les rues; ces foules qui, dans les temples, à la voix des prédicaleurs furieux, levaient la main et juraient de mourir; ces cent mille flambeaux promenés par la ville, puis éteints, foulés aux pieds, pendant que vers le ciel montait la clameur vengeresse : « Dieu ! éteignez la race des Valois : » tout cela n'était-il donc que l'amour d'un parti pour un homme mort? Non, non. Les Ligueurs n'avaient besoin de la maison des Guise que comme une armée a besoin d'un étendard, voilà pourquoi on appela Mayenne-

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voilà pourquoi le prévôt des marchands et les échevins coururent prendre l'enfant posthume du Balafré, le tinrent sur les fonts de baptême, et le nommèrent Paris de Lorraine.

On sait, du reste, combien fut démocratique et révolutionnaire le mouvement qui suivit. Pour se fjouverner, la multitude créa par élection un conseil des Quarante; en proclamant la déchéance du roi, la Sorbonne ne fit que donner les formes du temps à un arrêt déjà prononcé en place publique par les Seize; et Bussy Le Clerc, un d'eux, conduisit le parlement prisonnier à la Bastille, dont les portes s'ouvrirent le lendemain, pour bien constater qu'il n'y avait plus dans Paris qu'une seule autorité vraiment légale : le peuple. En même temps, on répandait ces maximes, qu'on lit dans tous les écrits de la Ligue : « C'est la volonté de Dieu qui fait les rois ; et cette volonté de Dieu, c'est la voix du peuple qui la déclare. » — « Un roi hérétique, un roi coupable, peuvent et doivent être renversés. » — « Le royaume de France est électif. » — « Le titre de noblesse est personnel : n'est pas noble qui n'est pas vertueux. »

Sans doute il y eut, à cette époque, des déclamations affreuses : ce fut en agitant le crucifix que des prêtres glorifièrent la vengeance et prêchèrent le régicide. Jean Boucher, curé de Saint-Benoît; Cueilly, curé de Saint- Oermain l'Auxerrois ; Guincestre, curé de Saint-Gervais ; le Petit Feuillant, vingt autres sermonnaires, non moins emportés, préparèrent la tragédie de Saint-Cloud ; et leurs terribles imprécations retentissaient encore dans l'âme de Jacques Clément, lorsqu'après avoir reçu d'avance, dans les bras de Mme de Montpensier, le salaire de son crime, il courut assassiner Henri III. Mais en condanmant les fureurs que soufila le sombre génie de la Ligue, on a trop oublié ce qu'il enfanta d'héroïsme.

Et, par exemple, quoi de plus surprenant que la constance avec laquelle les Ligueurs défendirent Paris contre le vainqueur d'Ivry et la famine? La capitale fut réduite à de si horribles extrémités, que cinquante mille personnes périrent de faim. On fit du pain avec des ossements. On rencontrait dans les rues désertes des couleuvres sur des cadavres. Une mère mangea son enfant ; et pas une voix ne s'élevait pour crier : « Il faut se rendre. » Seul, parmi les prédicateurs, Panigarolle eut un instant de défaillance; mais on lui fit honte de sa peur, et il dut s'en laver par un sermon qui commençait de la sorte : Guerra, guerra, guerra! Les curés ordonnèrent la vente des vases sacrés ; ils changèrent en balles les cloches fonduesi; ils parurent, portant la hallebarde et la rondache, dans des processions ' qu'il faut juger par l'effet produit et non par les moqueries partiales de la Satire Ménippée; il y en eut enfin qui, comme Edme Bourgoing, se battirent en soldats et moururent en martyrs.

Inutile exaltation! dernier éclair de la flamme qui, près de s'éteindre, se ranime ! Le duc de Parme accourut, le roi de Navarre leva le siège, et la Ligue n'en demeura pas moins condamnée à périr, parce que le germe de sa destruction était dans son propre sein. Vouloir sauver le principe d'autorité en combinant les vues de Grégoire VU avec un développement prématuré de la démocratie, c'était un coup d'audace inouï dans l'histoire ; mais les dates ne

se laissent pas violenter ainsi. La Ligue était à la fois et trop avant dans le passé et trop avant dans l'avenir. Le jour où il devint manifeste que c'était à la démocratie que profitaient les efforts du sacerdoce, la dissolution de la Ligue commença. Les gentilshommes, premiers promoteurs de la sainte Union, s'étonnèrent des suites d'une alliance dont ils n'avaient pas d'abord entrevu toute la portée, et ils reculèrent effrayés quand ils entendirent des paroles d'égalité sortir de la bouche de ce peuple, auxiliaire et organe de leur Dieu. Les prélats d'illustre origine prirent ombrage de la popularité tumultueuse des curés, jusque-là que la Ligue finit par ne plus compter dans ses rangs que quinze évêques sur cent quatre. Sixte-Quint lui-môme retira la main qu'il avait tendue aux Ligueurs, en les trouvant à ce point engagés dans la démocratie. Restaient les curés de" Paris ; et encore tous n'avaient-ils pas dans le cœur ce respect du peuple empreint dans leurs sermons. Que penser du zèle démagogique de Jean Boucher, quand on lit dans un livre de lui, écrit en latin et pour les lettrés seulement : « On ne doit pas entendre par le mot peuple, cette foule confuse et désordonnée, bêle féroce à plusieurs têtes, qui se laisse conduire par quiconque l'emporte en fureur et en folie? »

On le voit : la force des choses poussait au triomphe des Politiques. N'avaient-ils pas pour eux les huguenots qu'ils avaient absorbés ; l'aimable et belliqueux génie du prince de Béarn, leur chef; le caractère anti-français que donnait à leurs ennemis le patronage intéressé de Philippe II; les secrètes sympathies et les menées souterraines du parlement de Paris, de ce même parlement qui, le 30 janvier 1589, avait adhéré à l'Union d'une manière solennelle, et qui. durant le siège de la capitale, avait défendu qu'on parlât de paix avec le roi de Navarre? Les Politiques n'étaient-ils. pas soutenus, portés, par cette mystérieuse et invincible puissance qui voulait que la conscience humaine fût déclarée libre?

La Ligue devait donc être engloutie par le mouvement naturel de l'histoire; et il est à remarquer que le vrai destructeur de la Ligue, ce fut son propre chef, le duc de Mayenne. En introduisant dans le conseil des Quarante quatorze membres, ennemis couverts de la souveraineté du peuple, Mayenne avait préparé la ruine du pouvoir des treize : il la consomma, lorsque, sous prétexte de punir le meurtre du président Brisson , il livra au bourreau quatre de ces meneurs populaires. C'était anéantir ce qui représentait le côté révolutionnaire et démocratique de la Ligue; c'était la dénaturer, puisqu'elle consistait tout entière dans l'essai d'une étroite alliance entre l'Église et la place publique, entre le prêtre et l'homme du peuple.

Le dénoûment de ce grand drame eut lieu . nul ne l'ignore, dans les États de 1593, convoqués pour l'élection d'un roi. A qui donnerait-on la couronne, suspendue entre la maison de Lorraine, l'infante d'Espagne, petitefille de Henri II, et le prince de Béarn? La question fut vidée par l'abjuration du clief des Politiques, et le Béarnais devint Henri IV.

Mais en rendant son ennemi catholique, la Ligue qui paraissait vaincre, fut en effet vaincue définitivement et sans retour, car l'abjuration de Ileuri IV n'était pas sincère.

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ORIGINES ET CAUSES

Et c'est justement ce qui lui ilonne une iniporl.-uicc historique tout à fait capitale. Henri IV écrivant à Gabrielle d'Estri'es : « Je vais faire le saut [jérilleux, • et pensant que Paris valait bien une messe, Henri IV plaçait avec lui sur le trône l'indifférencp en matière de religion. LaFrance allait y gagnerTédit de Nantes, premier aspect de la doctrine que la philosophie du dix-huitième siècle devait compléter; premier pas vers l'affranchissement de l'individu.

Aussi, l'entrée de Henri IV à Paris fut-elle saluée comme ouvrant une ^re nouvelle. I.a Ligue était abattue: on l'accabla d'outrages. Son histoire, écrite par les vainqueurs, le lenaemain de la victoire, se troura n'être qu'un étincelant et amer pamphlet. Pendant que l'oubli envahissait If Dialogue du tfaheunlre et du Manant, grave et mélancolique testament de la Ligue mourante, la Satire Mènip/i^e acquit l'importance d'un livre composé pour un triomphe : on lui demanda de faire foi, aux yeux de la |)ostérilé; et la Ligue, jugée par des écrivains protestants, et dessinée en caricature dans un ingénieux libelle, ne fut plus qu'une faction turbulente, avide, ridicule et venilue au roi d'Kspagne. On oublia que la plupart des Seize, i-t notamment Compans, Cotteblanche . Acharie, Decreil, étaient entrés riches dans l'Union et en étaient sortis ruinés; que le parlement informa contre eux, après leur défaite, en décembre 1591, sans qu'un seul témoignage s'élevAl pour les accuser; que la vénalité dans la Ligue fut l'exception, non la règle; que les frais de la guerre engloutirent la plus grande partie de l'or de Philippe II:

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que dans rL'nion, les partisans d'une candidature espagnole étaient en minorité, et que cette candidature n'eut jamais de chancM sérieuses, comme l'écrivait au duc de Savoie le ligueur PaniparoUe; qu'enfin, au sein des États, les prétentions de Philippe H n'eurent pas d'adversaire plus animé, plus éloquent que le célèbre Guillaume Rose.

La vérité est que la Ligue produisit ce que produisent presque toujours les fortes croyances, exallées outre mesure : des violences odieuses et de courageux dévouements ; mais elle avait entrepris l'impossible en essayant de faire pi-évaloir lés imes par les autres des idées religieuses que déjà la vie abandonnait, et des idées politiques dont le temps n'était pas encore venu.

La cause de l'époque fut celle que Henri IV représentait lors4|ue, par l'édit de Nante*. il rendit l'État responsable du maintien de la tolérance. Maintenant, viennent les philosophes du dix-huitième siècle. Henri IV sera le héros de Voltaire; et de la tolérance en religion, les penseurs conduits |»ar Voltaire feront sortir successivement le rationalisme en philosophie, le régime des garanties en |Kdilique. et en industrie le laiiisez- faire.

Voilà conunent dégagé de la forme théologique où l'avait renfermé Luther et dépouillé du canictère violent que lui avait imprimé Calvin, l'individualisme prit pied en France. Il devait conquérir la société; mais il fallait (K)ur cela que la lx>urgeoisie, à laquelle il convenait spécialement, devint la classe dominante. C'est à montrer comment elle le devint que la seconde partie de ce livre sera consacrée.

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