‹ Histoire de la Révolution française; (volume 4)Chapitre 19 sur 303 · LES COMMUNES · texte numérisé non relu

LES COMMUNES

Ar.Mi ceux qui ont parlé du tiers état, de à)n I développement, de sa destinée, du rôle éclatant qu'il a joué dans la Révolution de 89, nul n'a dit qu'au sein même du tiers état existait le germe d'une révolution bien autrement profonde et redoutable. Le tiers état ne formait-il qu'une classe au-dessous de la noblesse? Et devons-nous regarder comme un fait purement contemporain la division de la société en bourgeois et prolétaires ? Ce serait une grave erreur.

En parcourant les documents historiques du moyen âge, soit qu'il s'agisse de chartes accordées aux communes, soit qu'il s'agisse d'ordonnances rendues par les rois, on retrouve à tout moment ces mots : bourgeois et manants. C'est qu'en effet, au-dessous des nobles il y avait deux classes bien distinctes. « Les viles personnes du menu peuple, dit Loiseau dans son Traité des ordres, n'ont pas droit de se qualifier bourgeois. La preuve, c'est qu'ils n'ont pas de part aux honneurs de la cité, ni voix aux assemblées, en quoi consiste la bourgeoisie. » Voilà donc la distinction clairement établie. Les manants.

c'étaient ceux qui n'avaient pas droit de participer au»affaires de la commune.

Le droit de bourgeoisie constituait un privilège. Cela est si vrai qu'on ne devenait bourgeois, en général, qu'en remplissant des formalités déterminées à l'avance, et moyennant certaines conditions qu'il n'était pas donné à tous de remplir. Voici ce qu'on lit dans une ordonnance rendue en 1327 par Philippe le Bel :

« Quand aucun veut entrer en aucune bourgeoisie, il doit aller au lieu dont il requiert être bourgeois , et doit venir au prévôt du lieu ou à son lieutenant, ou au maire quand il reçoitles bourgeois, et dire à cet officier: « Sire, « je vous requiers la bourgeoisie de cette ville, et suis ap- « pareille de faire ce que je dois. « Alors le prévôt, ou son lieutenant, ou le maire, en la présence de deux ou trois bourgeois de la ville, du nom desquels les lettres doivent faire mention, rece\Ta sûreté de l'entrée dans la bourgeoisie, et que le récipiendaire fera ou achètera, dans l'an et jour, une maison de la valeur de soixante sols parisis au moins. »

Et qu'on ne pense pas que cette ordonnance établissait un droit nouveau, elle ne faisait que constater un droit établi. Remontez à l'époque de la grande insurrection des communes et jetez les yeux sur la charte de Laon, qui servit de modèle à tant de communes, l'article 15 de cette charte porte :

« Quiconque sera reçu dans cette paix (commune) devra , dans l'espace d'un an , se bâtir une maison , ou acheter des vignes, ou apporter dans la cité une quantité suffisante de son avoir mobilier, pour pouvoir satisfaire à la justice, s'il y avait par hasard quelque sujet de plainte contre lui. »

Dans cette France du moyen âge, si peu compacte, si morcelée, où tant de villes vivaient isolées les unes des autres , où les coutumes étaient si diverses , où il n'y avait pas même unité de langage, il était tout simple que le droit de bourgeoisie ne s'acquît point partout îi des conditions absolument identiques. Ainsi, pour devenir bourgeois, d'après la coutume de Calais, il fallait payer la somme de vingt-cinq sols tournois, et celle de qual'ante sols d'après la coutume de Metz. Dans la commune de la Gorgue, il fallait payer quatorze patards; et à Nieuport, la fixation du prix de bourgeoisie était laissée à la discrétion des échevins. Dans certaines villes même, la bourgeoisie s'acquérait par mariage; dans d'autres, par prescription; dans quelques-unes enfin, il suffisait, pour être bourgeois, d'être fils de bourgeois. Mais le fait général, saillant, incontestable qui ressort de la diversité des coutume.?, c'est la ligne de démarcation tracée entre les bourgeois et les manants.

« Quand un non-bourgeois, estait dit dans la commune de la Gorgue, succède à un bourgeois, il doit payer pour le droit d'issue, le treizième dertier de la valeur des biens ei'tant dans ladite ville. »

Ceci posé, je dis que c'est au moyen des communes que la bourgeoisie a renversé le régime féodal.

Quelle étonnante lutte que celle des seigneurs et des communes ! quelle singulière épopée ! Ici, des marchands, des artisans, des fils de vaincus, s'agitant sous la chaîne héréditaire: là. des guerriers que possède le goût de-<

en V. B E » T

8^r^7^^^a^isai?^«^gid

Page 1