MONTLOSIER
0 que c'est que de présenter au Corps législatif une protestation contre ses décrets, et surtout de la lui présenter rommc un monumenl glorieux de votre patriotisme; ]' aima mieux la lui laisser ignorer. »
L'accueil fait, à Paris, au manifeste des deux cent quatrc- ■ ingt-dix-sept , fut ce qu'on pouvait attendre de l'état de
l'opinion. On le" brûla publiquement en certains lieux, ainsi que Luther avait autrefois brûlé publiquement une bulle du pape ; le district Saint-Honoré arrêta que les signataires seraient dénoncés nominativement comme blasphémateurs de la loi, sur un tableau placé dans la salle des assemblées primaires; et l'usage se répandit de porter des cannes renfer-
maiit un sabre, c'est-à-dire semblables à celles dont plusieurs prélats s'étaient armés, et qu'on appela pour cela crosses épiscopales.
C'est qu'en effet le fanatisme n'avait plus de théâtre possible que la province. Paris n'était-il pas la cité des libres penseurs, l'étincelant rendez-vous de tous les nourrissons de Voltaire? Que servait aux évêques de se faire appeler monseigneur, dans une ville qui éclatait de rire, quand Camille Desmoulins lui disait : « Dans les premiers siècles de l'Église, on donnait aux évêques (ce qui sii^^nifie inspecteurs) le titre d'anciens, parce qu'on choisissait pour inspècteuis des barbes blanches et vénérables ; d'oii l'on voit que mon seigneur dérive de meus senior, mon ancien, et que cette grandeur épiscopale n'est fondée que sur un calembour. »
Le fanatisme se rejeta donc sur la province, qu'il embrasa. « Les prêtres, a dit Hume, ont trouvé ce qui manquait à Archimède ; ils ont créé dans l'autre monde des machines pour remuer celui-ci. »
Les chanoines de Chartres protestèrent bien haut, ne voulant pas rendre les huit cent mille livres de rentes de leurs clochers.
Si quelque humble prêtre osait prendre trop ouvertemeni parti pour l'Assemblée, analhème sur lui ! Car, il y avait peu d'églises où il n'y eût quelque serpent caché derrière l'autel. Non loin de Lille, à Roubaix, un pauvre ecclésiastique, ami de la constitution, fut empoisonné par le vin des Jjurettes.
A Rennes, des gardes nationaux ayant fait une descente chez un curé, occupé en ce moment à quelque baptême, le vicaire fut surpris copiant une protestation toute dressée, avec ces mots en marge : « Voici les notes et réflexions de M. Cazalès que je vous envoie. Il est nécessaire ({ue vous les fassiez courir dans toutes les paroisses de votre diocèse. Il est ternps, plus que temps. Il faut vaincre ou périr. »
Des coups sonores furent fiappés du haut de la chaire ; mais, combien plirs redoutables et plus sûrs ceux que, dans l'ombre du confessionnal, dirigeaient des mains prudentes! Au fond de leurs temples sombres, dans des recoins protégés par un mystère sacré, que disaient -ils à la jeune femme tremblante et agenouillée devant eux, ces prêtres qui, perdant la terre, restaient maîtres de l'enfer? Ils lui disaient de haïr la Révolution, sous peine de damnation éternelle. « Re tracez, écrivaient les évêques aux curés de leurs diocèses, retracez, dans le tribunal de la pénitence, les dangers que courent la France, la religion, la couronne des Bourbons. »
Mais, qui sait? peut-être n'eût-il pas suffi de cette marche souterraine? Il n'opère que lentement, d'ailleurs, le doux poison qui, des lèvres du confesseur, tombe goutte à goutte sur un cœur pénitent : au secret effroi des âmes crédules, il fallait ajouter les égarements de l'imagination, l'épouvante des yeux. A Arras, on promena un grand tableau représentant un calvaire. A la droite du crucifix, du côté du Ijon larron, figuraient Maury, Cazalès, Juigné, Virieu, d"Épréménil, les royalistes; du côté du mauvais larron, étaient les ré^'olutionnaires de l'Assemblée ; les uns tenant la lance, les autres le vinaigre et l'absinthe, et criant : Si tu es le fi!s de D'eu, fois un miracle et comble le déficit.
D'après ces pratiques employées pour entraîner le Nord, naturellement raisonneur et grave, on devine ce qui put être osé dans le Midi, dans ce Midi où, selon l'énergique expression de M. Miclielet, des incendies inconnus couvent sous terre. « C'est comme pour ces houillères qui brûlent dans l'Aveyron, Le feu n'est pas à la surface; mais, dans ce gazon jauni, si vous enfoncez un bâton, il fume, il prend feu, il révèle l'enfer qui dort sous vos pieds. »
] Non jamais, jamais on ne saura ce que peuvent contenir de haines et de meurtres, à de certaines heures, les pèlerinages pleins d'onction, les molles neuvaines, les prières de
I quarante heures , et les scapulaires , et les jubilés , et ce» reliques des saints qui un beau jour, «nlre les mains d'tm Jacques Clément, deviennent un poignard. Ignoraient - ils cela, ceux qui, le lendemain du débat sur les biens des prê-
[ très, s'en allaient, traînant après eux, le long des rues de Toulouse, ces lugubres et gémissantes fdes de pénitents blancs, de pénitents gris, de pénitents bleus? Il y avait une chapelle, dite Notre-Dame de Roqueville, autour de laquelle
I les catholiques superstitieux auraient dû craindre de voir errer les spectres des Albigeois assassinés ; car elle rappelait
i l'histoire des massacres accomplis pour le compte de Dieu.
' Eh bien ! c'était là que, devant de pauvres cerveaux affaiblis,
' devant de malheureuses créatures tju'avait épuisées la longueur des oraisons, le fanatisme monacal allait offrir la France
' à la sainte Vierge. Ne riez pas de ces mysticités si puériles en apparence ; fpie de mères et que d'épouses elles allaient faire pleurer!
Il y eut en quelques endroits, cependant, des actes de r<'volte qui auraient chaume Voltaire. A la Douze, près de Sarlat, dans la Dordogne, les paysans forcèrent le curé de mettre au saint sacrement une cocarde, et de laisser jour et nuit le tabernacle ouvert. « Il faut, disaient-ils, que Dieu, lui aussi, jouisse de la liberté. » Dans les environs de Troyes, d'autres paysans, furieux d'entendre leurs curés tonner contre l'Assemblée nationale, les firent monter, au nombre de dix-huit, sur une grosse charrette de labour, garnie d'un lit de paille, et les menèrent, fouet en main, prêter le serment civique au marché.
De toutes les cités du Midi, la plus exposée aux ravages des passions religieuses, c'était Nîmes. Depuis longtemps, le foyer du protestantisme était là. Non que les protestants y fussent égaux en nombre aux catholiques, ils étaient deux fois moins nombreux, au contraire ; mais comme, jusqu'en 1789, ils avaient été oppressivement écartés des emplois. leur activité, tournée au commerce, les avait rendus possesseurs de grandes richesses. Là donc, plus qu'ailleurs, les fanatiques de l'P]glise romaine se trouvaient excités, irrités par la présence d'une Église rivîde et puissante. D'autant •[u'avec les protestants faisaient cause commune, sous le rapport politique, beaucoup de catholiipies, et les meilleurs, ceux dont les croyances s'éclairaient des lueurs de la philosophie, ceux que l'esprit de tolérance avait touchés, ceux qu'animait la plus sublime des émanations célestes, le sentiment de l'égalité. On en vit, à Nîmes, une preuve bien touchante lors du décret qui déclara tous les citoyens admissibles à tous les emplois. Un même cri d'amour, sorti du plus profond de l'âme humaine, s'éleva alors vers le ciel ; un même cantique de délivrance résonna sous les splendides voûtes des cathédrales et dans les temples austères. Les républicains des deux cultes se tendirent mutuellement le> bras, étonnés d'avoir été si longtemps à se saluer ég.ux.
jNIiiis, silencieux encore dans ses repaires et immobile, fanatisme attendait son heure. Ce fut lui qui bientôt fit ; marquer aux. cœurs jaloux que dans la milice à peine lev. le nomlire des protestants dépassait celui des caUioliqu (|ue la richesse des premiers tend;iit à leur assurer désorni une suprématie constante; que, dans l'état-major, c'étailes protestants qui dominaient. Peut-être aussi, comme ùleur reprochent les écrivains du parti des prêtres, les nouveaux atïranchis ne mirent-ils pas à jouir de leurs droits ; conifuis 3SSC/. de modération et de retenue?
FUREURS DES PRÊTRES
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Parmi les citoyens influents de la ville, il y en avait malheureusement un qui, par son audace, par son activité et la science de l'afritation naturelle en lui, pouvait beaucoup, pouvait trop. 11 s'appelait Promeut, et son opinion, publi- <[uement développée depuis dans un écrit de lui, était qu'on tie peut élou/ftr une forte passion que par un", passion plus forte encore, que le zèle religieux, comêqiummeni, pouvait seul étouffer le délire républicain. Il méprisait fort les philosopheurs de son parti. Il reprochait avec amertume aux royalistes de n'avoir pas su se défendre eux-mêmes de la contagion générale et de s'être laissé giigner à leur insu aux .séductions du voltairianisme. Selon lui , c'était la manie de raisonner avec le peuple, en faveur de la monarchie, qui jier- 'lit tout. A (|uoi lion tant s'adresser à l'intelligence? Et urquoi tant craindre de ra.-inijuer, en prononçant le mot reim, aux lois du l)el esprit? Passioimer les multitudes iguo- LMtes, les alarmer sur leur salut étemel, « employer enfin ! s puissants moyens que la religion présente , et dont les l'iiis grands politiijues se sont servis dans tous les temps . -ce succès, » voilà ce (pi'il fallait.
Ce fut sous l'empire de cette idée froidement cruelle que
l''roment , uni à l'avocat Folacher et à Descombiés , ancien
ii.ige du roi, travailla à remplir la ville de ses fureurs, et
• usa la mine dont nous aurons à raconter reGfroyable ex-
ision.
Sur les événements qui vont suivre aussi bien que sur lu taslrophe qui en fut l'aboutissement, des informations fuit faites, plus tard, à la requête du procureur du roi au •léchai de Nîmes, et en conséquence de jilaintes portées I lui successivement les 31 mars, 10 mai et 7 juillet 1790: st à cette source que nous puiserons; c'est des documents iiiels et irréfragables fournis jiar la procédure (juc nous Imposerons priuci|)alement notre récit, les écrivains des I l'iix partis contraires ayant soulevé, eu celte occasion, au- ■ir de la vérité, une poussière au travers de laquelle il se- 1 impossil)lc de la reconnaître.
\a- mouvement qui emportait Nîmes vers la guerre civile montait au mois de décembre 17b9i il avait pris naissance lis la formation de la municiplitc. La faction ultra-caiiiolique et contre -révolutionnaire ne iiaïssait jias les protestants comme tels seulement , elle les haïssait comme .'nés à la cause de la révolution et comme apprentis répuirains. Elle se rap]H>lait (pie de leur {«rt, cette tendance à lir de la liberté rt-publicaine s'était déjà plusieurs fois malul'estée dans l'histoire. Ne les avait-on pas vus, en 1577, f"rraer une république en Ijinguedoc , d'où ils ciiassèrent >rs le maréchal de Damville? l'karter les protestants des actions raunici|)ales devint (î»inc une des plus vives préocpalions de cette faction, dont Froment, Descombiés, Folacher, Vidal, procureur de la commune, le curé Clemenceau «■1 l'alibé Clavière dirigeaient la violence.
Les nouveaux ligueurs tinrent, dans l'égUse des Pénitents, a Nîmes, des assemblées nocturnes, où les officiers municijtaux à élire furent désignés du haut de la chaire ; la résolution de repousser systémali<piemenl les non - catiioliqucs fut prise à la face des autels ; on réjMiudit à profusion des listes dressées d'avance , avec salaire pour chaque volant , et en se ' nanl de l'intermédiaire des revendeurs de vin, agents ac- .s du fanatisme à Nîmes. C'était entrer dans des routes «anglantes, et les meneurs le savaient bien; mais l'un d'eux, (îravil de Bouillargues, ne faisait que révéler le fond de leurs implacables pensées, ([uand il s'écriait : 5'»/ faut se poignarder, il faut se poignarder; dix ans de plus ou e/e moins ne lont rien.
En même temps, et pour n'être pas pris à l'improviste , Froment donnait ordre de fabriquer des fourches , des haches et des sabres dont le dos était une scie.
La victoire fut comjjlète autant que sinistre; le pouvoir municipal appartint tout entier aux ultra - catholiques , et, dès cet instant, l'insolence de la faction se déploya sans frein. Capitaine dans la milice^ nîmoise, d'une compagnie composée de ses séides. Froment osa la conduire un jour, armée de fourches, sur l'Esplanade. Les non-catholiques étaient insultés en pleine rue, à chaque instant, et poursuivis du nom de qorges noires. On en maltraita plusieurs, dont un reçut trois coups de couteau.
Arriva la nouvelle que Rabaut Saint-Etienne avait été élu président de l'Assemblée nationale. On juge quelles colères!... Un placard couvrit les murs de Nîmes, et le peuple attroupé y lut : « L'infâme Assemblée nationale vient de mettre le comble à ses forfaits, en élisant, pour la présidence..., un prolestant! » Puis, Comme si ce n'était pas assez de ces bravades anonymes , le gardien des Ca{)ucins et un autre religieux , le père Saturnin , paruient , le lundi de Pà- (jues, sur le perron de leur couvent, d'où ils se mirent à insulter l'Assemblée.
Tout à coup.... mais non, pareille impiété n'est pas croyable, — les ligueurs de Nîmes apprennent (jue, dans la séance du 14 avril, l'Assemblée a conlié, par d'cret solennel, aux administrations de département et de district la gestion des biens du clergé, mis à la disposition de la nation. Aussitôt, convocation générale dans l'église des Pénitents, des membres de la hgue. Les curés de Bouillargues, Rodillon, Courbessac montent en chaire, enflamment l'auditoire, et de leurs exhortations factieuses sort la célèbre Dicltration des citoyens catholiques de il ville de Nîmes, du 20 iivril 1790. L'Assemblée nationale y ùudl représentée comme égarée par les enneiois du bien public, et l'on y demandait :
Que la religion catboli((ue , apostolique et romaine fût déclarée religion de CÈtal et seule admise aux honneurs du culte public;
Qu'il ne fût fait aucun changement dans la hiérarchie ecclésiastique, et que nulle réforme ne pût être opérée sans le concours des conciles nationaux ;
Qu'enfin, lAssemblée nationale employât toute son autorité pour faire rendre au roi le pouvoir exécutif suprême. '
La veille, un homme, en habit de dominicain, s'était montré sur la place aux Herbes, implorant l'aumône et disant qu'il fallait bien que ceux-là mendiassent, que l'Assemblée vi-nait de dépouiller. Ou recueillit ce misérable, et on lui donna à dîner, pendant que, trompée pai- cette comédie, la ioule criait à l'injustice.
Il était im))ossible (pic cette agitation, ces manœuvres ne conduisissent pas à des d(''sastres. Le l" mai, des légionnaires à cor^i'de blanche allèrent élever un mai devant la ])orte du baron de Marguerittes, maire de Nîmes et membre de la faction ultra -catholique. Le lendemain, grand festin chez le magistrat reconnaissant. Les légionnaires de la veille y figurèrent, décorés de la cocarde blanche. Le repas fini, les convives, échauR'és par le vin, sortent en tumulte, se répandent dans la ville et la font retentir du cri Vive le roi! vive la C'oix! Les soldats du régiment de Guyenne étaient tous patriotes : ces clameurs les irritent; la vue de la cocarde blanche, étalée en manière de provocation, les indigne. Quelques-uns arrachent le signe séditieux du chapeau des légionnaires (pii s'en étaient parés; une rixe .'.'engage, les épées se croisent, le sang coule. On remaripie sur le Cours deux pr-'lifs qui animaient la querelle, en criant ; zou ! zou ! Le dômes-
tiaue du curé Clemenceau fut aperçu jetant des pierres, distribuant de l'argent, et c'était Saint-Louis, cocher du maire, qui conduisait le désordre au cri de : A bas les gorges noires !
Mais, tandis que le valet poussait à l'émeute, le maître, suivi du procureur de la Commune et de plusieurs officiers municipaux, haranguait le peuple avec beaucoup de douceur et prêchait la paix. Elle ne pouvait être et ne fut que l'ajournement de la guerre. Dès le lendemain, Descombiés, capitaine d'une compagnie des soldats de la croix , paraissait , à la tête des siens, sur la place du Puits de la Grande-Table, et leur faisait prêter serment de fidélité au roi et à la croix. Le soir, les attroupements recommencèrent : partout les noncatholiques étaient menacés. Un d'eux se vit appuyer un pistolet sur la poitrine; un autre eut le poignet coupé; un grenadier du régiment de Guyenne fut tué d'un coup de fusil, tiré par Froment , surnommé Tapage , et frère du chef des ligueurs de Nîmes.
Le 4 mai, la publication de la loi martiale mit fin momentanément à ces préludes de guerre civile; mais, ce jour-là même, afin de rendre éligibles pour le département Froment et Folacher, la municipalité leur passa bail d'un terrain vacant.
Pendant ce temps, la tragédie du fanatisme se jouait à Montauban avec un odieux succès. Là, les excitations d'une fête mysticpie, jointes à celles des jours ardents qui commençaient, la déclaration des catholiques de Nîmes, trop bien connue, un mandement factieux de l'évêque, les publiques et lamentables prières qui suivirent, un coup de fusil qui, en pleine procession, fut tiré, d'une fenêtre, contre le prêtre marchant en tête, tout avait exalté les cerveaux, surtout parmi les femmes. Était-ce le moment d'aller faire à grand bruit l'inventaire des effets appartenant aux couvents de la ville? Non. et c'est ce qu'auraient compris les officiers municipaux, si par malheur la municipalité de Mautauban , comme celle de Nîmes, n'eût été un instrument aux mains des prêtres. Le 10 mai, vous eussiez vu un spectacle étrange : des milliers de femmes couchées devant la porte des couvents; pour entrer, il s'agissait de leur passer sur le corps ! D'un pas lent et grave, le visage triste et comme succombant à la nécessité d'un devoir qu'ils détestent, les officiers municipaux se présentent. Les femmes alors se répandent en cris aigus : les magistrats s'y attendaient , et se retirèrent. Sur ces entrefaites, des gens, qu'on crut apostés, se précipitent dans l'église des Cordeliers , brisant tout. On ravageait donc les églises 1 Aux armes ! mort aux protestants ! Des billets anonymes sont distribués, où l'on adjure les femmes de se lever, de courir à l'Hôtel de Ville. Quelques malheureux soldats do la garde bourgeoise s'y trouvaient retranchés. Les mères entraînant leurs enfants , les sœurs leurs frères . les épouses leurs maris, bientôt une irrésistible foule rugit autour de hi maison commune. Le poste est emporté : cinq de ses défenseurs tombent percés de coups; les autres, on les dépouille, et, en chemise, nu-pieds, tout sanglants, on les mène faire amende honorable devant la cathédrale. Le régiment de Languedoc, que la municipalité aurait pu requérir dès le commencement des troubles, parut enfin quand il n'y avait plus rien à empêcher. Les gardes, auxcfuels réparation était due, furent au contraire jetés en prison, où plusieurs moururent de leurs blessures.
Un des traits caractéristiques de cette époque, c'est le sentiment de solidarité qui animait les villes, sentiment tout nouveau et admiral)le. Les désordres de Montauban ne furent pas plutôt connus à Bordeaux , que la garde nationale de cette cité prit feu. Tous s'indignent , tous saisissent le
mousquet, tous veulent partir. Pour composer, en la limitant, l'armée des vengeurs, il fallut tirer au sort. Quinze cents volontaires, désignés par le hasard et portant en eux l'âme de Bordeaux, se mirent en route. Or, tandis qu'ils faisaient marche forcée vers Montauban, on leur envoya, de leur ville, par la Garonne, quatre mortiers, des bombes, des munitions. Le bateau, continuellement remorqué par deux ou trois cents hommes, ne mit que cinquante - deux heures à un ti'ajet qui d'ordinaire exige huit ou dix jours.
L'approche des troupes bordelaises calma Monfauljan; les plus coupables s'enfuirent, les prisonniers furent rendus à la liberté; et, Lirsque à deux mois et demi de là, la municipalité, mandée à la barre de l'Assemblée nationale, s'avisa de dire, par la bouche de son orateur : «Eh! messieurs, qui nous accuse ? » Lavie poussa ce cri sublime : « Qui vous accuse? Les morts! »
Nîmes.... Ici nous touchons à des scènes de carnage.... .Arrêtons-nous un instant, et regardons ailleurs. Nous n'aurons que trop tôt les pieds dans ces mares de sang !