ANS APRÈS
Voilà le cas qu'on faisait à la cour de ces doléances bruyantes. Quelquefois cependant elles donnaient lieu àune ordonnance, mais cette ordonnance était toujours rédigée au gré des intérêts ou des fantaisies du monarque. Encore fallait-il qu'elle fiU enregistrée au parlement.
Au surplus, rien de réglé, rien d'uniforme dans le mécanisme de cette étrange institution. Le nombre des députés, par exemple, variait de la façon la plus singulière. Aux Etals de 1614, il n'y eut que quatre cent cinquantequatre députés, tandis que, sous le roi Jean, à une époque où le royaume était beaucoup moins étendu, les États en réunirent huit cents. jV côté d'une sénéchaussée qui envoyait aux États trois députés, il y en avait une qui en envoyait (juatre, cinq et jus(|u'à dix. Je ne parle pas de cette année 1356, où l'on vit les États généraux, séant à Paris, refuser au Dauphin, avec emportement, ce que lui accordaient de bonne grâce d'autres Étals généraux, siégeant à Toulouse; ce dualisme bi/.arre s'explique assez par la séparation qui existait alors entre les provinces de la lanfiue d'oil et celles de la langue d'oc. Mais même sans remonter k ces époques pleines de désordres, de confusion et de ténèbres, qui pourrait trouver dans les Êtain généraux, tels que le souvenir nous en a été transmis, la trace d'une véritable institution politique?
Si ces assemblées avaient eu quelque force réelle, cette force n'aurait-elle pas trouvé jour à se déployer dans ces horribles temps où le l)esoin de l'autorité était partout et où l'autorilé n'était nulle part?
Or, cependant, c'est surtout dans les situations difficiles que la vie des Étals généraux se montre languissante et stérile. Prenons pour exemple la crise qui suivit le désastre de Poitiers. Aussi bien, c'est de toutes les épo([ues de notre histoire celle qui a été le moins comprise et méritait le plus d'être étudiée.
Après la bataille de Poitiers, les États généraux se réunirent à Paris. Le roi était absent ; il était captif; le pouvoir se trouvait aux mains d'un pâle jeune homme dé dix-neuf ans, qui n'avait ni les grâces ni la verdeur de la jeunesse, pour qui une lance était un poids trop lourd, et dont le vùage longuft déplaisait au peuple. L'occasion était belle assurément pour faire acte de puissance : l'assemblée, en effet, s'essaya un instant à la domination, et on put croire (ju'il y avait quehjue vitalité dans les États généraux, lorsqu'on les vit morigéner le Dauphin , proscrire les plus pervers de ses conseillers, et lui imposer un nouveau conseil formé de douze prélats, de douze nobles et de douze bourgeois. Le Dauphin tenta vainement de lutter, vainement il trouva je ne sais quel futile prétexte pour congédier l'assemblée; trois mois après, il
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