CHABROUD
« Un i^grel sincère du passé, une ferme résolution pour revenir, sont nécessaires pour recevoir l'absolution et nous iiM'Itre on état d'approcher de la sainle table. Mais ces dispo-^ilions doivent être manifestes, quand il y a eu faute comiiii-jo. et j'oserai dire à Votre Majesté que l'accAptation ou smciion accordée à divers décrets, notamment à ccu.x qui, linn-i In constitution civile du clei-gé, se rapportent à des
olijets spiiituels, a été suivie des conséquences les plus dé-snstreuses pour la religion. Je sais que Votre Majesté les déplore; je sais que ce qui a été arraché de votre main, votre cœur le désavoue, et que vous avez cru pouvoir céder, à la contrainte. Mais, sire, quand il s'agit de la religion et de la loi de Dieu, Votre Majesté doit sentir que c'est seulement la résistance à la force qui fait les martyrs, et que l'ef-
fusion de leur sang pour cimenter l'œuvre de notre rédemp- -tion a été le plus puissant moyen de nous transmettre ce jrécieux don du ciel.... Je suis donc obligé de déclarer à Votre Majesté que le plus prudent me paraît être de suspendre la communion pascale, etc., etc....
« Signé : -f évêque de Glermont. »
Ainsi, pour conserver aux prêtres leurs riches domaines, ou pour défendre les abus flagrants qui s'étaient glissés dans l'administration de l'Église, il aurait fallu que Louis XVI se fit tuer sur son trône. Martyr ou damné, telle était pour lui l'alternative !
La lettre de l'évêque de Glermont était du 16 avril 1791, et le lendemain, cédant à d'autres inspirations ou à d'autres conseils, en présence de Bailly, en présence de Lafayette, le roi communiait aux mains d'un prêtre réfractaire. Il aurait <lîi prévoir qu'une semblable démarche serait prise pour une bravade, et c'est ce qui arriva. Déjà, depuis quelques jours, des plaintes très-vives retentissaient de toutes parts sur ce qu'il logeait dans son palais des prêtres non assermentés ; sur ce qu'il avait renvoyé son confesseur, le curé de Saint- Eustache, parce que celui-ci avait prêté le serment ; sur ce ■qu'il accordait sa confiance à l'abbé Lenfant, jésuite bien •connu..., et les choses étaient à ce point que les colporteurs allaient criant par les rues la grande trahison du roi des Français. L'émotion redoubla, quand on apprit la scène de la communion, et que Lafayette y avait assisté, et que le grenadier Dupin avait refusé de présenter les armes au grand aumônier, a comme autrefois le capitaine des gardes de Valentinien donnant un soufflet au prêtre qui lui jetait l'eau lustrale et voulait lui faire partager l'apostasie de l'empereur. » Quoi! c'étaient là les résultats de cette sanction que Louis XVI avait accordée à la constitution civile du clergé, en protestant de sa sincérité d'une manière si pathétique et en mettant la main sur son cœurl Le Club des Gordeliers osa publier un arrêté qui dénonçait à tout le peuple français le premier fonctionnaire de l'Etat, le premier sujet de la loi , le, roi lui-même, comme réfractaire aux lois du royaume; et l'on s'arracha dans Paris, on y acheta jusqu'à un écu les exemplaires d'un numéro de l'Orateur du peuple, où il était ^•uestion en ces termes d'un voyage que Louis XVI allait faire à Saint-Cloud :
« Louis XVI, encore aujourd'hui roi des Français, arrête!... Où cours-tu? Tu crois rafi'ermir ton trône, et il va s'abîmer! As-tu bien pesé les suites de ce départ, l'ouvrage de ta femme?... Le peuple n'ignore pas que, de Saint-Gloud, tu te disposes à partir pour Gompiègne, et, de là, pour la frontière. En vain affectes-tu de répandre le bruit de ton retour pour la cérémonie de la Gène. Ne savons-nous pas que la bouche des rois est l'antre du mensonge? Je soutiens ■qu'avant jeudi tu seras dans les bras de Gondé. Une furie te pousse dans le précipice. Tu pars, et dans quelles circonstances? Quand les prêtres réfractaires, profitant de cette quinzaine consacrée aux devoirs de la religion, alarment les consciences timorées, enflamment l'imagination ardente et superstitieuse d'un sexe crédule, distribuant de la même main des chapelets, des bénédictions et des poignards! Tu pars, quand ton comité autrichien a disposé toutes les mèches de la contre-révolution, et qu'il ne faut plus qu'une étincelle pour embraser la France!... Mais tu t'y prends trop tard. Nous te connaissons, grand restaurateur de la liberté française!... Si ton masque tombe aujourd'hui, demain ce sera ta couronne.... Je ne dis plus qu'un mot : Si tu pars,
nous saisissons tes châteaux, tes palais, nous proscrivons ta tête. Que les Porsenna s'avancent : les Scévola sont prêts! »
Il partait, cependant, il partait au bruit de ces malédictions farouches, sachant bien qu'on l'arrêterait, qu'on essayerait de l'arrêter du moins, et courant au-devant d'une violence qui aurait l'avantage de le montrer à l'Europe prisonnier. A onze heures donc, le 18 avril 1791, on vit sortir des Tuileries, chargées comme pour un voyage de cent lieues, des voitures où avaient pris place le roi, la reine, le dauphin, Madame Elisabeth. <- Le flux de la mer n'atteint pas plus promptement le rivage que les flots du peuple, en ce moment, ne circonvinrent les Tuileries ! Lafayette accourt avec de nombreux détachements de gardes nationales ; mais la plupart de ces bourgeois en armes, loin de vouloir combattre la multitude, paraissaient prêts à la seconder; plusieurs même avaient passé la nuit au bois de Boulogne, pour y attendre le roi et le ramener. On ferme les portes du palais, on entoure tumultueusement les carrosses, on saisit la bride des chevaux. Les environs retentissaient de clameurs; le tocsin sonnait à Saint- Roch. Vainement Lafayette parcourt les rangs de la garde nationale, menace, supplie, invoquant le décret qui permet au roi de s'éloigner de vingt lieues : Il ne partira pas; nous ne voulons pas qu'il parte! est le cri qui s'échappe de toutes les lèvres. Humilié de se voir pour la première fois désobéi par les siens, Lafayette court au Directoire demander la loi martiale; mais Danton est là, il fait rejeter cette demande meurtrière, et au général, qui parle de donner sa démission, il crie d'une voix terrible : // n'y a qu'un Idclie qui puisse déserter son poste dans le péril. Alors, accompagne de Bailly, Lafayette se rend à l'Assemblée. On y discutait un projet de loi sur la marine. « Ge n'est point au milieu de la consternation générale, dit Malouet, qu'il est possible d'attacher votre attention à l'organisation de la marine; les lois de l'empire sont violées; la Gonstitution est attaquée dans la personne du monarque. — A bas Malouet ! répond le côté gauche, il provoque à la guerre civile! L'ordre du jour! l'ordre du jour! — L'ordre du jour est l'ordre public, » réplique Virieu. Mais de nouveaux cris s'élèvent, la discussion sur la marine est reprise, et, sans dire un mot de ce qui se passe au château, Lafayette et Bailly reviennent sur la scène de l'insurrection. Là, le général commande à la cavalerie de pousser ses chevaux, sabre en main. Elle refuse de tirer le sabre, mais elle avance, puis s'arrête devant les gardes nationaux qui, décidés à la lutte, présentent aux chevaux la pointe de leurs baïonnettes. Pendant ce temps, un grenadier disait à Louis XVI : Nous vous aimons, sire, mais vous, vous seul. La reine pleurait. Il y avait déjà une heure et demie que le roi attendait, dans sa voiture, le dénoûment de ce drame, lorsqu'un officier municipal vint le conjurer de se retirer, l'avertissant que tel était le vœu de la garde nationale aussi bien que celui du peuple. On ne m'avaU pas dit cela, balbultia machinalement Louis XVI, et la famille royale renti-a dans le palais.
Lafayette alla aussitôt à l'Hôtel de Ville donner sa démission, démarche plus habile que sincère peut-être. A Marat, qui envenimait tout , elle fournit l'occasion de surnommer Lafayette le général Tartufe. Celui-ci avait dit : » L'opinion publique n'étant plus pour moi, le bon ordre est intéressé à ma retraite. Je rentrerai dans les rangs en qualité de simple grenadier. »
Le même jour, le département de Paris envoyait au roi une adresse que Danton et Kersaiut avaient rédigée, dit Gamille Desmoulins, mais dont il paraît que Talleyrand était tout au moins l'inspirateur, puisque plus tard, dans sa lettre