‹ Histoire de la Révolution française; (volume 4)Chapitre 32 sur 303 · ORIGINES · texte numérisé non relu

ORIGINES

propre à expliquer ce qu'il y a dans la nalure humaine de sublime et de misérable à la fois.

Chargé d'ennui, aussi incapable de bonheur que de connaissance, usant le peu de jours qui lui sont comptés à poursuivre des fantômes, impatient de ses joies comme de ses maux, dévoré du besoin de s'ouMier, et dans les étourdissements de son ambition, dans le tumulte de ses fêtes, ne cherchant qu'un moyen de se dérober au spectacle de lui-même, de fuir le silence de son cœur, l'homme n'était , suivant Pascal , qu'imbécillité et corruption.

Mais, d'autre part, cet être humain qu'il abaissait si cruellement, Pascal ne pouvait s'empêcher de l'admirer. Car enfin , l'homme tient de Dieu, puisqu'il en a l'idée. Ses pieds sont, il est vrai, fixés au sol par de prossières attaches; attendez un peu : le voilà (jui monte au plus haut de la région des étoiles, le voilà qui veille au centre des mondes endormis. Ne vous étonnez pas si, sachant qu'il mourra dans une heure , il garde un visage calme et fier : pendant qu'on cloue les planches de son cercueil , son immortalité l'occupe. Découvrir les causes et la fin, jamais il ne le peut, mais toujours il l'essaye; et si sa faiblesse se trahit par la constante inutilité de l'elfort, sa supériorité n'en parait que mieux dans son audace inépuisable et son désir indompté. Il aime, il veut, il espère; et ce pouvoir d'espérer est un démenti à la croyance du néant.

Comment expliquer tant de grandeur associée à tant de misère? Pourquoi l'infini atlire-l-il notre pensée, puisqu'il ne peut que l'opprimer et la remplir d'épouvante ? Atomes errants dans l'immensité mobile des cieux, d'où nous vient cet invincible désir de fixer autour de nous ce qui nous emporte, d'embrasser ce qui nous engloutit? P.iscal, à ces questions solennelles, n'avait trouvé d'autre solution que la fameuse hypothèse de la majesté primitive de l'homme et de sa déchéance, et adoptant le dogme du péché originel, point de départ du christianisme, il s'était écrié : « Sans ce mystère, le plus incompréhensible de tous, nous sommes incompréliensibles à nous-mêmes. •

Certes, c'était un coup de génie que d'avoir fait résulter la vérité de la religion chrétienne de ce que seule elle peut rendre compte de l'homme, de sa nature intime, de sa grandeur, de sa misère, et des surprenants contrastes qui se remarquent en lui. Et quelle profondeur dans ce langage adressé aux incrédules : Oui, sans doute, il y a quelque chose de ténébreux et de terrible dans un dogme qui nous montre toute la race des humains déchue, en expiation d'une faute commise par le premier d'entre eux; mais si cette croyance nous manque, notre esprit entre dans une nuit bien plus épaisse encore. Car alors c'est nous, nous-mêmes, qui sommes l'elTrayanl et suprême mystère!

A des preuves d'une portée aussi haute , et l'on pourrait ajouter aussi épique. Voltaire opposa cette moquerie perçante, ce victorieux bon sens qui étaient son génie. Quoi ! l'homme serait inconcevable sans un mystère inconcevable'. Quoi! on en était venu à transformer en explication ce qui avait si fort besoin d'être expliqué ! Rendre compte des prétendues contrariétés de la nature humaine

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