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I1ST0ME DE LA RÉVOLUTION

gne, des Gaules, de Germanie : l'empire romain est à saisir, à partager ou à vendre ! Ah! plutôt périr. Puisque les soldats osaient redemander Cusline, l'épée à la main, une seule réponse était possible : frapper! Tel était le sentiment des Jacobins, celui de Robespierre surtout. Ce morne génie pressentait que la Révolution serait étouffée par un homme des camps, il l'avait prédit *, et sa politique à l'égard des généraux était de les faire trembler pour n'avoir pas à trembler devant eux. Aussi nul n'insista-t-il plus vivement que lui sur la nécessité de juger Cusline, et de le juger promplement*.

Ce fut le 15 mai que s'ouvrirent les redoutables assises, et elles ne se fermèrent que le 27 de sorte que les dé- ~ bats durèrent près de deux semaines; plus de cent témoins furent entendus1 : généraux, commissaires, représentants du peuple, agents du pouvoir exécutif, employés aux bureaux de la guerre ; h plus grande latitude fut laissée à la défense; le tribunal se montra si scrupuleux observateur des règles protectrices de l'accusé, qu'il encourut, de la part de Robespierre, le reproche de s'être « entortillé à dessein dans des formes avocatoires ; » et le compte rendu de ce procès, qui ferait la matière d'un volume, suffit pour prouver avec quel soin on y chercha la vérité \

Les accusations étaient nombreuses, diverses; et, comme il arrive souvent en pareil cas, il y en eut de pué-

1 Dans les débats sur la guerre, voyez ce chapitre dans le sixième volume.

* liist. parlent., t. XXVIII, p. 477.

' Voyez le procès reproduit in extenso dans le Moniteur.

* Mémoires de Leva&seur, t. 11, ebap. x, p. 142.

5 Dans VHist. parlem.y le procès de Custine ne remplit pas moins de quatre-vingt-cinq pages. L'accusé y prend à chaque instant la parole avec véhémence, quelquefois pour accuser les autres, et sans que jamais les juges songent soit à lui retirer la parole, soit à l'interrompre. Ce qui n'empêche pas M. de Barante de dire, dans son Histoire de

riles, il y en eut d'injustes, et d'autres qui ne furent pas suffisamment établies.

Cusline, étant à souper dans Maycnce, avait paru affecté, à la nouvelle de la mort de Louis XVI, et avait dit qu'il eût mieux valu le garder en otage 1 : était-ce un crime? Il avait empêché dans son armée la distribution du Père Duchesne 1 : noir forfait, vraiment ! 11 avait mal parlé de Marat et de Robespierre 3 : Robespierre et Marat étaientils inviolables ou impeccables? Il avait licencié la gendarmerie de Landau ; mais parce qu'elle s'était insurgée, et sur la réquisition même des représentants du peuple en mission : Merlin (de Thionville) l'attesta \ 11 avait fait fusiller, sans forme de procès, et sans qu'aucune loi l'y autorisât, des soldats coupables de pillage; mais, sur ce point, l'approbation de l'Assemblée nationale était venue couvrir sa conduite 5. Dans un moment où les Allemands attendaient partout les Français à bras ouverls, il avait négligé de s'emparer de Manhcim, de Louisbourg, de Rhinsal, de Saint-Goard, de Darmstadt6; mais pouvait-il, avec dix-neuf mille hommes, occuper cent lieues de terrain? Il avait laissé prendre Yalenciennes et Condé, sans faire un pas pour les secourir 7 ; mais l'espoir incertain de sauver deux places fortes valait-il qu'on aventurât une armée désorganisée par de récents désastres, et que le moindre revers eût anéantie? Quant au mot d'ordre, Conta Convention, en parlant du procès de Custine : a A cette époque it ify avait déjà plus à compter sur une apparence de justice; mais la procédure comportait encore certaines formes; la défense était gênée, mais admise!... »

1 Déposition de Louis Montaut, représentant du peuple.

* Déposition de Pierre Cellier, commissaire du pouvoir exécutif. 5 Ibid. ♦

* Voyez sa déposition.

5 Cela ne fut point nié.

« Déposition du médecin de l'hôpital militaire de Strasbourg. 7 Réquisitoire de Fouquier-Tinville.

ix — é. 15

dorcet, Paris, la Constitution l, il avait été donné en l'absence de Cusline, à son insu, par le général Leveneur. Que, dans une conférence tenue à Mayence, et à laquelle prit part, à côté d'officiers prussiens, un nommé Boze qui se donnait pour un agent de Cusline, ce Boze eût remis au général Doyré un billet portant invitation de livrer la place aux Prussiens, c'est ce qui fut établi péremptoirement*; et il faut ajouter que Custinc déclara ne pas connaître Boze, ne pas savoir «s'il existait8; » déclaralion fausse et imprudente, puisque c'était précisément en faveur de cet homme, et pour le réclamer, que Custinc avait écrit au roi de Prusse et au duc de Brunswick des lettres d'une politesse étudiée *. Toutefois, le doute ici était permis; car le billet, signé Custine, n'était pas de son écriture, et beaucoup jugèrent la signature contrefaite, « la trouvant trop allongée 5. »

Malheureusement, l'accusation n'était pas confinée dans le cercle qui vientd'être parcouru; et l'on disait à Custine :

La recommandation faite par vous à Houchard de ménager les Prussiens 6 éclaire toute votre conduite d'un jour sinistre. C'est vous qui leur avez livré Francfort, que vous saviez incapable de résister, et que vous n'avez ni voulu sauver par un combat ni voulu couvrir \ Tandis que, dégarnissant Strasbourg d'une grande partie de son artillerie, vous entassiez les canons dans Mnyence, vous laissiez cette ville sans vivres *, et sa garnison sans

1 Déposition de Pierre Cellier.

•Dépositions de Merlin (de Thionville) et de Rewbell. 3 Voyez le procès, t. XXVIII, p. 277 de YHisl. parlem. * Voyez YHisl. parlem., t. XXVIII, p. 267. 5 Déposition du général de brigade Jean-Baptiste llébert. c Lettre de Custine à Houchard, citée dans la déposition de Louis Mon ta ut.

7 Déposition de Raymond Blanier, agent secret de l'armée du Rhin et de la Moselle.

8 Déposition du général Auberl Dubayet.

autre ressource que de manger des souris el du cuir, rendant ainsi la reddition de la place inévitable, après y avoir préparé une riche proie militaire ù l'ennemi ! Vous ne pouviez ignorer que Maycnce, si on l'abandonnait à ses propres forces, succomberait, et ses défenseurs déclarent qu'un mouvement des armées de la République eût été funeste aux assiégeants1 : comment expliquer votre inaction sur le haut Rhin? C'est peu : pour paralyser les secours et endormir la Convention, vous lui écriviez qu'on n'avait rien à craindre sur le sort de la ville de Maycnce ; qu'elle tiendrait bon ; qu'il était inutile d'y envoyer l'armée de la Moselle avant le 12 mai \ Et vous mandiez aussi que la place était approvisionnée pour longtemps, sachant le contraire 5. Si bien qu'enfin Mayence a dû se rendre, au grand désespoir d une garnison héroïque, et après des flots de sang versé. En ce qui touche l'abandon de Condé et de Valcnciennes, vous assurez que l'armée du Nord, désorganisée, était hors d'état de les secourir; mais au moins pouviez-vous ne pas dégarnir de son artillerie l'importante cité de Lille, que menaçait un nouveau siège ! Pourquoi donc avez-vous tant insisté sur le transport au camp de la Magdcleine de soixante bouches à feu que le général Favard, commandant de Lille, jugeait indispensables à la sûreté de cette place v ? Voilà pour le soldai; voyons pour le citoyen. Lorsque vous osiez vous vanter de faire des papillotes avec les décrets qui ne vous plaisaient pas 5, était-ce afin d'apprendre à vos troupes à respecter la République? Lorsque vous donniez le

1 Dépositions du général Dubayetetdu général Schstilinski.

» Réquisitoire de Fouquier-ïinville.

s Déposition du représentant du peuple Rewbell.

* Pièces officielles produites par Vincent, secrétaire général de la guerre.

* Rapport de Barère. — Déposition de La vaux, sous-chef des bureaux de la guerre.

signal de fusiller des volontaires et épargniez des soldais •le la ligne, coupables les uns et les autres du même délit l, était-ce afin de mieux effacer toute distinction entre le citoyen et le soldat? Lorsque vous menaciez de la corde le docteur Hoffmann *, président de la Convention mayençaise, et excellent patriote, ou qu'en réponse à certaines réclamations, fort innocentes, des Mayençais, vous ordonniez qu'on dressât dans leur ville cinq potences 3, élait-ce dans l'intention de faire aimer la liberté? Et de quels hommes se composait votre entourage? Devrigny, votre agent de confiance, nommé par vous commandant de Landau, avait figuré aux Tuileries le 28 février 1791; c'était un chevalier du poignard

A cet ensemble de charges 8, grave assurément, et que rendait plus grave encore la situation exceptionnelle de la République, Gustine fut loin de répondre d'une manière satisfaisante.

Les préférences pour les Prussiens s'expliquaient par leur conduite à l'égard de nos troupes, plus humaine que celle des Autrichiens et des Hessois. — Si Francfort eût résisté trois ou quatre heures de plus *, il arrivait à temps. — Le soin d'approvisionner Mayence ne le regardait pas7. — Il avait cru que cette ville pouvait tenir. — C'était d'après l'avis d'un homme de l'art qu'il avait tiré de Lille soixante-seize bouches à feu. — Les habitants de Mayence réclamaient des indemnités qu'on ne pouvait

1 Déposition de Lavaux.

* Déposition du docteur Hoffmann.

» lbid.

4 Déposition de Gâteau. — Déclaration de Vincent.

5 M. de Barante n'a garde de les faire connaître à ses lecteurs. Il ne mentionne que le billet remis à Doyré et le mot d'ordre : Condorcet, Paris, etc.. D'où la conclusion qu'il n'y avait rien à reprendre à la conduite de Custine. C'est clair!

« Avec une garnison de deux mille hommes qui avait contre elle les habitants!

" Elle le regardait. L'accusateur public lui montra la loi.

SUPRÊME EFFOKT. 229

leur accorder, du moins pour le moment; de là les poteaux qu'il avait fait dresser sous leurs yeux. — Il était plein de respect pour la Convention. — A l'égard des troupes de ligne et des volontaires, il leur portait une affection égale, et n'avait puni que ceux qui lui étaient dénonces par la clameur publique. — Lorsqu'il avait menacé de la corde le docteur Hoffmann, il ignorait que ce fût un bon patriote, et ne l'avait appris que depuis. — Il ne savait pas que Devrigny fut un chevalier du poignard, etc., etc ..

Tronçon-Ducoudrai, défenseur de l'accusé, prit à son tour la parole; et le 27 août, à neuf heures du soir, le tribunal, d'après la déclaration du jury, condamna Custine à la peine de mort, comme ayant coopéré à des manœuvres dont le but était de livrer aux ennemis de la République les villes et les magasins appartenant à la France2. Un peuple immense remplissait l'auditoire. Avant que l'accusé fût introduit, Coffinhal, qui présidait, recommanda aux spectateurs de ne donner aucun signe, soit d'approbation, soit d'improbalion, leur faisant remarquer que le général Custine n'appartenait plus désormais qu'à la loi, et qu'il le fallait plaindre de ne s'être pas mieux conduit. Custine entra, marchant d'un pas grave. La clarté des bougies, qu'on n'avait pas encore allumées depuis le commencement des débats, et le profond silence qui régnait dans la salle, parurent lui causer une vive émotion. S'étant assis, il promena ses regards autour de lui, et écouta sa sentence d'un air assez indifférent, après avoir dit : « Ma conscience ne me reproche rien; je meurs innocent et calme3. » Conduit au greffe, il se jeta à genoux et resta longtemps en prières, voulut passer la

1 Voyez Yllistoire parlementaire, t. XXIX, p. 204, 501, 512, 521, 522, 295, 506.

* Ibid., p. 550 et 557.

» Ibid.

nuit avec un prêtre, écrivit à son fils de se rappeler sa mémoire dans les beaux jours de la République, et marcha au supplice, ayant à ses cotés un confesseur qui lui lisait quelques passages d'un livre de piété et lui faisait embrasser un crucifix. Au lieu de l'exécution, il s'agenouilla, les yeux pleins de larmes, sur les premiers degrés de l'échelle; puis, se relevant, il subit la mort avec fermeté1.

Il avait commencé à l'âge de sept ans sa rude carrière de soldat, et, en rapprochant de sa fin tragique le souvenir de ses services, de ses talents et de sa bravoure, beaucoup le plaignirent, même parmi ceux qui ne pouvaient l absoudre; d'autres se félicitèrent d'un acte qui avertissait les généraux qu'à chaque trahison ou menace de l'épée, la Révolution répondrait par un coup de hache.

Mais, plus elle se montrait implacable, plus ses ennemis semblaient prendre à tâche de l'exaspérer. Convaincus que la France révolutionnaire allait périr étouffée par l'Europe, et semblables à des enfants qui, se trouvant dans une enceinte fermée autour d'un taureau furieux, s'amuseraient à le piquer de l'aiguillon, les royalistes se répandaient en étourderies provocantes. Dans un moment de misère extrême et d'extrême péril, ils se mirent à affecter des airs de triomphe. Le luxe de l'ancien régime reparut soudain \ Aux abords des salles de spectacle, de longues files de voilures somptueuses* fendirent les flots d'une multitude affamée. Les muscadins, — on les désignait déjà par ce terme4, — se concertèrent. Pour troubler les séances du club des Jacobins, l'aristocratie eut soin d'y entretenir des agents; leur mot était : Allons

1 Hist. parlent., p. 556 et 557.

* Journal de la Montagne, n° xcv.

3 Ibid.

* Voyez le rapport de Barère, dans la séance du 5 septembre 1795.

chez le cousin Jacques1 . Plus particulièrement, les théâ - 1res devinrent pour les royalistes des lieux de rendezvous. Là, ils applaudissaient avec cmporlement tout ce qui tendait à flétrir la Révolution; et tout ce qui lui était favorable, ils le sifflaient à outrance. Forts de leur majorité dans une lice occupée à prix d'argent, il* Y faisaient la loi; si quelque Jacobin s'avisait de prolester, une avalanche d'injures roulait sur lui du haut des loges*. Au Théâtre-Français, les acclamations enthousiastes des royalistes accueillirent une pièce intitulée Pamcla, monument élevé à la gloire de ce môme gouvernement britannique qui, pendant ce temps, envoyait le duc d'York ravager notre territoire et se faisait livrer Toulon3 ! Au théâtre du Lycée, l'histoire de Marie-An toi nette -et de son fils, enfermés au Temple, fut mise sur la scène, dans une pièce intitulée Adèle de Sacy. La tour du Temple y était figurée de manière que personne ne pût s'y méprendre, et le drame se dénouait, non-seulement par la délivrance des captifs, mais par leur victoire \ De pareilles provocations, au moment où Paris en deuil recevait toutes sortes de nouvelles sinistres, et, entre autres, celle de l'entrée xles Anglais dans le plus beau port delà République, n'étaient que trop de nature a amener un régime de terreur. Le Comité de salut public s'abstint de sévir contre le Lycée; mais l'auteur de Paméla et les comédiens du Théâtre-Français furent arrêtés5.

La situation allait s'assombrissant de jour en jour; les

1 Discours de Uenaudin, dans la séance du 4 septembre 171)5, club des Jacobins.

■ Ibid.

3 Dénonciation au club des Jacobins des outrages subis au Thèâtrel-'ranrais par un capitaine de dragons. Séance du \" septembre 1795. — Voyez aussi le rapport présenté par Barère à la Convention, dans la séance du 5 septembre.

4 Voyez la séance des Jacobins du 4 septembre 1795, telle que la rapporte le Journal de la Montagne, n° xcvii.

5 Séance de la Convention, 3 septembre 1795.

faubourgs aux abois demandaient du pain1; les Jacobins demandaient une armée révolutionnaire et le Maximum*; les royalistes , par machiavélisme , poussaient à une émeute populaire3. Tous les cris de douleur, d'indignation ou d'effroi qui s'élevaient de chaque point de nos frontières ravagées et de nos provinces en révolte venaient retentir dans le cœur de Paris, qu'ils remplissaient de rage*. Le 4 septembre, dès cinq heures du malin, les ouvriers sont appelés du fond de leurs ateliers, et des groupes nombreux se forment sur les boulevards, aux environs de la maison de guerre3. Du pain! du pain ! La foule grossit, et, comme un torrent, envahit la place de Grève. Une table est posée au milieu de la place, un bureau formé, une pétition rédigée, unedépulation envoyée au corps municipal. Que veut le peuple? Du pain. Pendant que Chaumettc court prévenir la Convention de ce qui se passe, la foule, répandue autour de l'Hôtel de Ville, y pénètre, s'y amoncelle, et pousse les officiers municipaux jusque dans la grande salle, remplissant banquettes, tribunes, parquet, couloirs, et criant toujours : Du pain! du pain! A la Convention, Chaumette avait représenté le mouvement comme peu à craindre, ajoutant que les ennemis de la République ne cherchaient que des prétextes pour égarer le peuple. De retour à l'Hôtel de Ville, il y donne lecture d'un décret portant que le Maximum des objets de première nécessité sera 6xé. « Des promesses ! s'écrie-t-on; ce qu'il nous faut, c'est du pain, et tout de suite! » Chaumette rappela que lui aussi avait été pau-

1 -Ce fut le point de départ du mouvement qui va être décrit.

* Séance des Jacobins du 1" septembre 1793.

* Voyez le compte rendu de Chaumette à la Convention, séance du 4 septembre 1 795.

4 Les premiers bruits de la trahison de Toulon furent mentionnés par Billaud-Varenne, â la séance du 2 septembre.

* Compte rendu de Chaumette à la Convention, séance du 4 septembre 1793.

vre, tonna conlre les riches, requit le Iransporl à la halle d'une quantité de farine suffisante pour le lendemain, et qu'on provoquât rétablissement par décret d une armée révolutionnaire destinée à parcourir les campagnes, à favoriser les arrivages, à assurer les levées, à déjouer l'égoïsme des riches, à le punir. Il n'avait point parlé de faire suivre celte armée révolutionnaire par la guillotine : Hébert en parla ! Le conseil général, ayant ensuite ouvert sa séance, décida que les anciens administrateurs des subsistances, parmi lesquels l'ex-minislre Garât, seraient mis provisoirement sous la garde de trois sans-culottes, avec indemnité de cinq livres par jour. L'arrivée d'une deputation envoyée par les Jacobins au peuple pour lui donner l'assurance d une sympathie vigilante compléta cette scène et la termina. Il était dix heures : la foule s'écoula satisfaite *.

Que ce mouvement populaire, dont les conséquences allaient être formidables, ait été le résultat d'une double impulsion, c'est ce que les documents de l'époque prouvent de reste. Déterminé par la misère, il fut excité par ceux qui prétendaient sauver la Révolution en la précipitant dans les extrêmes, et par ceux qui brûlaient de la perdre en la précipitant dans le chaos. Robespierre Je comprit bien; mais il comprenait aussi le danger de toute action énervante en de tels moments; et ce conflit de préoccupations se révéla dans l'indécision de son langage. Partagé entre le désir de modérer la fougue des Jacobins et la crainte de glacer leur énergie, il se plaignit vaguement des « moyens qu'on employait pour égarer le peuple, » fil valoir la nécessité de parer « les coups qu'on s'apprêtait à porter aux autorités constituées, » conseilla au club d'avoir l'œil sur les intriganls et les

« Bullelin de ce qui s'est passé le 4 septembre 1795, emprunté par les auteurs de VHUt. parlem., au n° ccxciv du Républicain français, et au n° xevi du Journal de la Montagne.

traîtres1. Mais tant de prudence ne parut pas de saison aux Jacobins. Sans s'écarter d'une manière directe du sentiment de déférence que Robespierre leur avait toujours inspiré, ils applaudirent violemment à une violente sortie de Royer, et résolurent d'aller, le lendemain, à la Convention en passant par l'Hôtel de Ville5.

Ce fut une séance mémorable, mais bien sombre, que celle du 5 septembre 1793. Elle s'ouvrit par un rapport de Merlin (de Douai), qui concluait à ce qu'on mît le tribunal révolutionnaire en état de juger plus vile; le moyen était de le diviser en quatre sections : décrété sur-lechamp*. Et-ce n'était que le prélude. Par une de ces fatalités qui, trop souvent, se cachent, comme pour les empoisonner, au fond des choses humaines, une dépêche fut apportée qui annonçait des horreurs; les Autrichiens, maîtres de Sierk, y avaient pillé les habitants, incendié les maisons, égorgé de pauvres pères de famille, mutilé des prisonniers, ceux-ci en leur coupant les pieds et les mains, ceux-là en leur arrachant la langue*. Sur une assemblée encore tout émue des secousses de la veille, l'effet se devine ! L'orage commençait à gronder.

Est-il vrai que, ce jour-là, Robespierre, quoique président de la Convention depuis le 26 août, s'abstint de paraître? Et doit-on supposer qu'il fut retenu chez lui par la prudence alarmée de ses amis, de son garde du corps Nicolas, de son hôte, des dames Duplay surtout, « vives, tendres, impérieuses5? » Rien de tel. Non-seule-

1 Journal de la Montagne, n° xcvi.

3 Hist. parlem., t. XXIX, p. 32.

5 Moniteur, n° 249.

* Moniteur. — Pas un mot de ceci dans M. de Barante, quoique son livre soit une histoire spéciale de la Convention. Inutile de faire remarquer Ti m porta nce d'omissions pareilles.

5 Voilà ce que M. Michelet affirme d'une part et suppose de l'autre. « Ce qui est sûr, dit-il (liv. III, p. 27i), c'est qu'on ne vit pas Robespierre le 5. »

C'est le contraire qui est sûr. L'erreur de M. Michelet vient sans doute

ment Robespierre parut à la séance, mais il la présida *; et, si quelqu'un eut à « recevoir le choc de la foule, » ce fut lui8.

Elle ne tarda pas à venir se heurter aux portes, à la suite d'une dépulation de la Communcquc conduisaient deux hommes bien différents l'un de l'autre, le maire Pache et le procureur général Chaumette. Très-froidement et en peu de mots, Pache exposa que le peuple craignait de manquer de subsistances; que le mal venait des accapareurs. Alors, Chaumette : « Les tyrans de l'Europe persistent -dans leur affreux système d'affamer le peuple français: ils veulent le forcer à changer sa souveraineté contre un morceau de pain... C'est ce qu'il Défera jamais. — Non! non ! » s'éerie-t-on de toutes parts. Lui, continuant d'un ton de plus en plus animé : « Une classe non moins criminelle que la noblesse s'est emparée des denrées de première nécessité. Vous l avez frappée, mais vous ne l'avez qu'étourdie. — Vous remettez aux administrations les clefs des greniers et le livre infernal du calcul de ces monstres; niais où est le poignet robuste qui tournera cette clef fatale aux traîtres. — Montagne ! soyez le Sinaï des Français! — Plus de quartier aux traîtres! — Jetons entre eux et nous la barrière de l'éternité. — Le jour de la justice et de la colère est venu... Que l'armée révolutionnaire se forme; qu'elle parcoure les départements ; qu'elle se grossisse de tous les hommes qui veulent la République une et indivisible ; qu'elle soit suivie d'un tribunal incorruptible, redoutable, et de l'instrument qui tranche d'un seul coup les complots; qu'elle porte sur ses enseignes : « Paix aux

<le ce que, au lion de recourir au compte-rendu du Moniteur, qui est complet, il se sera arrêté à celui de \Hist. parlait., qui ne Test pas. * 1 Voyez les n°* 250 et du Moniteur.

- M. Michelet en fait honneur aux « Dan tombes seuls : » seconde erreur, suite de la première.

« hommes de bonne volonté, guerre aux affameurs! Pro- « tectionaux faibles, guerre aux tyrans! Point d'oppres- « sion, mais la justice!... » Cetle harangue farouche, Chaumette la termina par un trait inattendu : pourquoi dans le jardin des Tuileries tant d'objets qui ne pouvaient servir qu'à alimenter l'orgueil des rois? pourquoi ces fleurs de lis en buis, pourquoi ces statues? Ne valait-il pas mieux faire croître là les plantes dont manquaient les hôpitaux !?

Il achevait à peine, qu'un cortège immense, compose d'hommes et de femmes, entre dans la salle, se répand sur les gradins de la droite, et, bientôt, couvre tout le parquet. Ils agitaient des écriteaux menaçants pour les accapareurs, et, avec un formidable ensemble, ils criaient : Vive la République ! En cet instant, vous eussiez dit un nuage charge d électricité qui se déchire. Les motions se succèdent, et, comme autant de coups de tonnerre, retentissent. Moyse Bayle demande que les mesures proposées soient formulées en décrets; Billaud- Varenne, qu'on arrête les suspects, et que, séance tenante, on organise l'armée révolutionnaire; Bazirc, qu'on publie le décret qui déclare la France en révolution; Léonard Bourdon, que l'armée révolutionnaire parte, accompagnée d'un tribunal chargé de juger les conspirateurs dans les vingt-quatre heures. Et un homme était là, un homme au teint pâle, au front morne, au regard vacillant, qui répétait d'une voix brève : « Agir, agir, agir! » C'était Billaud-Varenne. Quoi ! sans même laisserai! Comité de salut public le temps de respirer! faisait observer Saint-André. Quoi ! en courant les aventures de l'enthousiasme! objectait Bazire. Remontrances vaines ! Chacun pensait ce que Gaston avait dit : « Nous sommes dans une salle d'armes, » Danton se leva, et lui"

1 Moniteur, n* 250.

dont la popularité ne jetait plus que de rares lueurs, lui dont on croyait l'àme domptée, il éclata à faire frémir. Le tribunal révolutionnaire était trop lent; il fallait que, « chaque jour, un aristocrate, un scélérat, payât de sa tète ses forfaits l. » Les sections ne pouvaient attirer le pauvre; il fallait décréter en sa faveur une indemnité de quarante sols par assemblée. Ce qu'il fallait surtout, c'était l'armement des citoyens. Que n'y avail-il autant de fusils et presque autant de canons que de patriotes! Il ajouta : a Qu'on perde plutôt la vie que son fusil 2 ! » Un mort se débarrassant de son suaire, et, debout sur la pierre de son tombeau, parlant ainsi, n'eût pas produit plus d'effet. Ravi de retrouver Danton, le Danton d'autrefois, le peuple donna libre cours à ses transports. L'enceinte fut ébranlée par le bruit des clameurs. On jetait les chapeaux en l'air. Ce que Danton proposait fut moins voté qu'acclamé \ Homme ayant exprimé la crainte que payer le patriotisme du pauvre n'aboutit à le dégrader, l'Assemblée n'hésita pas à se ranger de l'avis de Fabre d'Eglantine, qui soutenait l'opinion contraire. Et telle était la disposition des esprits, (pie Bazire, accusé depuis quelque temps de trop d'indulgence, et dont on disait qu'il « était capable de blanchir un nègre \ » ne serait peut-être point parvenu à se faire entendre, si Robespierre ne lui eut avec fermeté maintenu la parole Ce qu'il venait proposer, cependant, ne péchait certes point par excès d'indulgence; partant de ce point de vue que les gros commerçants, les agioteurs, les anciens

1 Moniteur, n' 2.M).

* Ibid.

* l'as un mot de tout cela dans le récit de M. Michelct. Le caractère •le cette fameuse séance y est défiguré à tel point, que Fauteur va jusqu'à dire : « Les Dantonislcs étaient fort aballus. >» (Voyez liv. Mil. ]>. 2/tt.)

■* Journal de la Montagne, n iwix.

5 Moniteur, n 450.

procureurs, les valets insolents, les hommes d'affaires et jusqu'aux boutiquiers pouvaient fournir, aussi bien que les nobles et les prêtres, leur contingent de suspects, il conclut à l'épuration des comités révolutionnaires par le conseil général de la Commune1. Survint une députation de Jacobins réclamant le prompt jugement des membres de la Gironde détenus. Thuriot, auquel Robespierre venait pour un moment d'abandonner le fauteuil, promit que justice serait faite et que « tous les scélérats périraient sur l'échafaud a. » Puis, parut à la barre une députation de la section de l'Unité. Ceux-ci insistaient pour la destitution des nobles et des prêtres encore dans les emplois ; pour une exécution plus sévère des lois contre l'agiotager et pour que l'Assemblée restât à son poste jusqu'à ce que la Constitution se trouvât fortement établie. Robespierre avait repris le fauteuil ; il répondit : « ... La Convention sera digne du peuple. S'il ne faut, pour son bonheur, que le sacrifice de notre vie, nous nous dévouerons tous. Notre récompense sera son amour et son estime3... »

Le maître de poste de Varennes, Drouet, avait demandé la parole; dans un accès de délire, il s'écrie : « A quoi vous a servi jusqu'ici votre modération?... Voici le moment de verser le sang des coupables... De tous côtés ne vous appelle-t-on pas des scélérats, des brigands, des assassins? Eh bien, puisque notre vertu, puisque nos idées philosophiques ne nous ont servi de rien, soyons brigands pour le bonheur du peuple1. » À ces mots, de violents murmures s'élèvent ; et Thuriot, s'élançant à la tribune, prononce, aux applaudissements de l'Assemblée entière, cette belle parole : « La France n'est pas altérée

1 Monneuvy n* 250.

» Ibid.

* Ibid.

* Ibid.

fUPRÊMK EFFORT. 239

de sang; elle n est altérée que de justice l. » 11 parla ensuite de la nécessité de ne marcher qu'avec la loi ; et Drouel de s'écrier amèrement : « Je demande qu'on ne puisse assommer un Prussien que la loi à la main \ »

Restait à résumer cl à convertir en décrets les diverses pétitions; ce fut Barèrc qui présenta le rapport, et il le fit en termes d'une violence inouïe : « ...Pinçons la terreur à l'ordre du jour. — Les royalistes veulent du sang; eli bien, ils auront celui des conspirateurs, des Brissot, des Marie-Antoinette. — Ils veulent troubler les travaux de la Constitution... Conspirateurs, elle troublera les vôtres ! — ils veulent faire périr la Montagne... Eh bien, la Montagne les écrasera "... »

Ainsi s'ouvrit l'ère do la terreur.

Une force armée, composée do six mille hommes, de douze cents canonniers, et commandée par Ronsin, eut mission de comprimer les contre-révolutionnaires et de proléger les subsistances partout où besoin serait.

La peine de mort fut prononcée contre quiconque achèterait ou vendrait des assignats.

Le tribunal révolutionnaire fui divisé en quatre sections, comme moyen d'accélérer les jugements.

Un décret ordonna que Brissot, Gensonné, Clavièrc et Lebrun seraient traduits immédiatement au tribunal révolutionnaire.

On rapporta un décret rendu autrefois sur la motion de Gensonné, et qui interdisait les visites domiciliaires pendant la nuit.

Bazire avait fait décréter l'épuration des comités révo-

' M. de Barante, qui n'oublie pas de citer la phrase de Drouet, oublie de citer la réponse de Thuriot.

• Moniteur, n° 250.

s Moniteur, n' 251. — 11 est â remarquer que cette fameuse séance du 5 septembre 1703, M. Thiers la mentionne à peine; et encore se trompe-t-il de date. (Voyez son Histoire de la Révolution, t. III, chap. it, p. 188. Édition Méline.)

lulionnaires par le conseil général de la Commune : Billaud-Yarenne fit décider que les membres de ces comités recevraient une indemnité de trois livres par jour.

Le nombre des séances, dans les sections, fut fixé à deux par semaine, et une indemnité de quarante sols mise à la disposition de ceux des membres qui n'auraient pour vivre que le travail journalier de leurs mains.

Les puissances ennemies de la République entretenaient en France une foule d'agents chargés d y semer le désordre : un décret d'arrestation frappa tout étranger qui n'obtiendrait pas des officiers municipaux un certificat d'hospitalité.

La débauche, cachée sous le manteau de la liberté, pouvait empoisonner les sources de la morale et de la santé publiques : sur la proposition de Jean-Bon-Saint- André, on confia au Comité de salut public le soin de pourvoir à ce que les femmes de mauvaise vie fussent bannies d'une République à laquelle il fallait des âmes austères et des corps vigoureux

Enfin, pour couper court aux séductions de la beauté, la commune ferma l'accès des bureaux de la police aux jolies solliciteuses \

Mais ce qui dépassa la rigueur de toutes ces mesures, déjà si rigoureuses, ce fut la loi relative aux suspects, telle qu'on l'adopta, le 1 7 septembre, sur le rapport de Merlin (de Douai), au nom du Comité de législation, présidé par Cambacérès*. Celte loi répulait suspect quiconque se serait montré parlisan de la tyrannie ou du fédéralisme; suspect', quiconque ne pourrait justifier de l'acquit de ses devoirs civiques; suspects ceux des ci-devant nobles qui n'auraient pas constamment manifesté

1 Voyez pour ces diverses dispositions Y Histoire parlem, t. XXIX, p. 20-54.

* Ibid., p. 122.

* Histoire de France, par l'abbé de Montgaillard, t. IV, p. 87.

leur atlachement à la Révolution; suspects, les fonctionnaires publics suspendus ou destitués, soit par la Convention, soit par ses commissaires, el non réintégrés... <3uel vague effrayant! Pousserait-on jusqu'aux gens suspects d'être suspects1?

Celle formidable politique, sortie des profondeurs de la situation, exigeait, comme instruments, des hommes ■d'une trempe peu commune. L'adjonction de Danton au Comité de salut public fut proposée. Mais lorsque Danton avait demandé qu'on érigeât le Comité de salul public ■en gouvernement provisoire, il avait fait serment de n'y point entrer, el il persista, soit pour déjouer tout soupçon malveillant, soit que son génie paresseux se refusé! au tracas des affaires. Ils étaient si puissants d'ailleurs, et si doux, les liens dont il vivait alors enlacé! Veuf de sa .première femme dès le mois de février i793, il s'était remarié, peu de temps après, à une jolie tille de seize ans, mademoiselle Louise Gély, pieuse personne, née de parents royalistes, royaliste elle-même, et qu'il lui fallut conquérir, le dirons nous? en passant par le confessionnal, en s'agenouillanl sous la main d'un prêtre rc Ira claire, lui Danton, « le vrai fils de Diderot*. » On conçoit qu'il ait voulu savourer un bonheur obtenu à ce prix !

Quoi qu'il en soil, Danton s'effaçant, les deux hommes .appelés à remplir la place que son refus laissait vide, furent Billaud-Varenne et Collot-d'Herbois ; l'un, âme froide et morne, esprit organisateur, concentré, implacable; l'autre, au contraire, nature exubérante, impressionnable à l'excès, mais capable de toutes les fureurs

1 I) est à remarquer, — el Montgaillard insiste sur ce point, — que cette arme révolutionnaire si acérée fut forgée, de concert avec Merlin (de Douai), par Cambacéres, devenu depuis, comme on sait, un des grands dignitaires de l'Empire el un des soutiens de Y ordre.

* C'est ainsi que le qualifie M. Michelet, t. VI, p. 73, en rappelant cet épisode de la vie de Danton en termes d'une tristesse éloquente.

ix — É. 16

242 HISTOIRE DE LA ItKVOLlTION (1705).

que peut produire une sensibilité malsaine à l'état d'ivresse. Unis à Barère dans le Comité de saint public, Bil-

laud-Vaivnne et. Collol-d'Herbois v formèrent ce qu'on appel.» le pari i des gens eérohitionnaires, par opposition à celui des tjens d'examen, nom sous lequel on désigna Prieur. Carnot, Lindet, et à celui des (jens de la haute main, Robespierre, Coutbon et Saint-Jusl V.

(Juant au Comité de sûreté générale, il avait moins besoin d'èlre complété que resserré. Le l i septembre, on le réorganisa, sur la proposition de Drouet et de Maine, et les nouveaux membres élus furent : Vadier. Panis. Lebas, Boucher-Saint-Sauveur. David, Guffroy. Laviromleric, Amar. Rhul, Lcbon, Vouland et Movse Ravie \

Ain<i :

t'n club infatigable, celui des Jacobins, animant Paris de sou souille:

Pai is. divisé en comices populaires, sous le nom de sections, exprimant sa pensée;

La Commune, centre des sections, portant à l'Assemblée nationale l'expression delà pensée de Paris;

L'Assemblée formulant celle pensée en loi;

Le Comité de sain! public lui donnant la vie partout : dans l'administration, par le choix des agents: dans les armées, par les représentants en mi»ion; dans cliaque partie de la République, par les comités révolutionnaires;

Le Comilé de suret»'- générale s occupant d'épier la désobéissance;

Le tribunal criminel extraordinaire se bâtant de la punir...

1 HcvcliUiims pukees dans les carions des Comités de salut public et de sûreté ijènn ale, par Sonar, ch. xiv, p. 14!). 1 Hisl. pnrlem.. t. XXIX. p. liO.

SITRKME EFFORT.

Tel se présentait le mécanisme révolutionnaire.

Il était conçu de façon à imprimer une force et une unité irrésistibles à l'action de Paris, considéré comme le brûlant foyer des idées nouvelles, comme le point d'où la France, ramassée sur elle-même, devait prendre son élan.

Mais, pour que l'énergie du gouvernement fût au niveau du péril, il importail que celle de la nation y répondît. Grâce au ciel, la France ne se manqua pas à elle-même. On avait courage, bras et fer, mais point de poudre. Soudain, chaque particulier descend dans sa cave; on fouille le lerrain: pas de cuisine dont on ne retourne les pavés, pas de foyer dont on n'enlève les cendres. On remue en tous sens les décombres, afin d'en extraire les terres imprégnées de salpêtre. « On lèche chaque mur, dit un auteur du temps1, et des milliers de pelles amènent le sol humide aux rayons du soleil*. » Le zèle avec lequel chaque citoyen travailla à celle patriotique besogne tint du prodige. Dans plusieurs quartiers de Paris, on vit sur les portes des inscriptions coneues en ces termes : « Pour donner la mort aux tyrans, les citoyens logés dans cette maison ont fourni leur eonlingenl de salpêtre. » El l'observateur qui a transmis ces détails à l'histoire s'écrie : « Qui eût dit que Paris contenait en ses caves de quoi repousser la ligue des roiss? »

1 Mercier, le Nouveau Paris, chap. ci.vm, p. 11*4. ■« Ibid.

* Ibid.

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