HISTOIRE DE LA KKV0LIT
et Gauthier lancèrent, de Grenoble, un arrêté qui visait à ruiner de fond en comble le commerce de Lyon; il déclarait nulles toutes les quittances que pourraient donner les créanciers qui habitaient Lyon1. En même temps. Carteaux, nommé général de brigade, recevait l'ordre de marcher sur Avignon, dont les Marseillais s'étaient emparés, et d'empêcher à tout prix la jonction des troupes de Marseille avec celles de Lyon*.
Malheureusement la Convention avait tant d'ennemis à la fois sur les bras, qu'elle avait dû interdire à Dubois- Crancé de dégarnir les frontières s; de sorte que la mission imposée à Carteaux avec empire était d'écraser, à la têle d'un faible détachement de cinq mille six cents hommes, des forces beaucoup plus considérables, poussées en avant et soutenues par tout le Midi embrasé * !
La fortune semblait donc sourire aux royalistes lyonnais. De là leur ardeur. Elle était telle, que bientôt ils s'ennuyèrent des entraves de la prudence. On se rappelle que le chef des vainqueurs du 29 mai était Madinier : il semblait naturel qu'on le mît à la têle de la force départementale ; on n'en fit rien; on se contenta de lui conférer le titre de commandant général provisoire. « sans doute, écrit l'abbé Guillon, parce qu'il n'avait point de système politique, et que tout le but de son zèle était l'ordre conservateur des propriétés5.» Ce mot dit assez quel chemin les royalistes avaient fait depuis le 29 mai! Les Girondins ne pouvaient se tromper plus longtemps sur la profondeur de l'abîme qu'ils avaient creusé de leurs propres mains. Selon la forte expression de Montaigne, ils avaient « troublé l'eau pour d'autres
1 Mémoires de Vabbé Guillon dcMontléon.
* Compte rendu de DuboisCrancé, ubi supra.
* Voyez les Mémoires du général Doppet, liv. III, chap. i#r, p. 1;>1. 5 Mémoires de Vabbé Guillon de Montléon, t. I", chap. vu, p. 500.
pêcheurs. » Ils se retirèrent de la scène, le cœur navré. Biroteau et Chasset, qu'on avait enivrés d'applaudissements si artificieux, se réveillèrent comme d'un songe. Lyon leur apparut tout à coup peuplé de noirs fantômes. Le 23 juillet, pendant la nuit... ils s'enfuirent' !
1 Mémoires de l'abbé GuillurnU Montléon, p. 101».