‹ Histoire de la Révolution françaiseChapitre 11 sur 25 · LE DÉNOMMENT · texte numérisé non relu

LE DÉNOMMENT

le bourreau. Il venait informer l'accusateur public qu'il y avait du trouble dans le quartier du faubourg Saint- Antoine, par où devaient passer les charrettes contenant la fournée des condamnés de la veille. Pourquoi ne pas remettre l'exécution au lendemain ? « Rien ne doit arrêter le cours de la justice, » répond Fouquicr-Tinville, et il continue sa route 1 . Chez Vergne, il rencontra Coffinhal. On se mit à table. Les détails de la séance étaient encore si peu connus, que Fouquier, entendant battre le rappel, s'enquit de la cause. On lui apprit qu'il s'agissait d'un rassemblement d'ouvriers sur le port, d'une agitation populaire suscitée par la question du maximum. Coffinhal ne parla de rien. Une heure après, le bruit du tambour redouble, et c'est alors qu'arrive la nouvelle de l'arrestation de cinq députés. Fouquier-Tinville sortit aussitôt, et courut attendre, au palais de justice, les ordres des Comités f .

Pendant ce temps, Henriot avait en toute hâte convoqué la gendarmerie sur la place de la Maison Commune 5 , et, partant de là, il courait au grand galop dans les rues, le pistolet au poing, criant aux armes, et animant le peuple 4 . L'ordre donné par lui aux gendarmes ayant laissé sans escorte les charrettes qui portaient à l'échafaud sa proie journalière, les exécuteurs manifestèrent, mais en vain, le désir qu'on leur fit violence pour délivrer les condamnés. Ceux-ci durent achever leur funèbre itinéraire, et subirent leur sort 5 .

Henriot poursuivait sa route en furieux, le long des

1 Procès de Fouquier, déposition de Robert Wolf, commis greffier du tribunal. Voy. Hist. part., t. XXXIV, p. 449 et 450.

' Déposition de Fouquicr-Tinville, duns son procès, ubi tuprà, p. 241 et 242. —-Voy. la note critique placée à la suite de ce chapitre.

8 BléDA. Précis historique des événements qui se sont passés dans la soirée du9 thermidor, p. 371. - Collection des Mémoires relatifs à la Révolution française.

4 Rapport de Courtois sur les événements du 9 thermidor, p. C3, et n° xxv in des Pièces justificatives.

* Toulongeon, t. II, p. 512. - Voy. sur ce point la note critique placée à la suite de ce chapitre,

quais, par la rue de la Monnaie, par la rue Saint-Honoré. Ordinairement fort sobre, il avait bu, ce jour-là, voulant s'exciter, un petit verre d'eau-de-vie, et cela ayant sufli pour le mettre hors de lui, il était ivre *. Merlin (de Thionville) se trouvant sur son chemin, il le fait arrêter et conduire au corps de garde voisin *. Déjà il avait atteint le haut de la rue Saint Honoré, suivi de ses aides de camp, et traînant après lui les gendarmes, lorsque deux députés, Courtois et Kobiu (de l'Aube), l'aperçoivent du haut des fenêtres d'un traiteur chez lequel ils dînaient. « Arrêtez-le, crient-ils aussitôt; «c'est un conspirateur! » Et, à leurs voix, Henriot fut arrêté par six des gendarmes qu'il conduisait. Le Comité de salut public était en séance: Robin (de l'Aube) y fait mener le prisonnier, les mains liées derrière le dos. En passant par le Comité de sûreté générale, il avait entrevu Amar, qui fuyait à toutes jambes. Indigné, il dit à Billaud-Varenne, à Collot-d'Herbois, et aux autres membres : « Ceux du Comité de sûreté générale ont abandonné leur poste. Voici un traître que je vous amène. Décidez, et promptement. » Chose remarquable, et qui montre que, parmi les vainqueurs, quelques-uns commençaient à avoir peur de leur propre victoire! Billaud- Varenne répondit: « Que veux-lu que nous fassions?» — « Si vous ne punissez ce traître, il vous égorge ce soir, avec la Convention. » Barère reprit : « Que veux-lu que nous fassions ? Un jugement prévôtal ? » — « Ce serait un peu vigoureux, » observa Billaud-Varenne. Robin (de l'Aube) les quittant avec humeur, Barère courut après lui dans l'escalier, et lui dit : « Fais reconduire Henriot au Comité de sûreté générale. Nous allons nous occuper de cette affaire 5 . »

1 Les auteurs de V Histoire parlementaire assurent tenir ce fait el son explication de personnes qui avaient connu Henriot. — Voy. I. XXXIV, p. 41.

* Déclaration de Merlin (de Thion ville) dans la séance du soir, 9 thermidor.

8 Voy. le récit de Robin (de l'Aube), communiqué à Courtois, dans le rapport de ce dernier, p. CG.

Relativement au récit de Méda, voy. la note critique à la suite de ce chapitre.

LE DÉNOUMENT.

Henriot et ses aides de camp traversèrent, liés et garrottés, la cour du Palais-Nalional, au milieu des huées du parti contraire, et furent déposés, au Comité de sûreté générale, dans l'antichambre des délibérations , .Mais les esprits étaient très-diversement agités. Dans beaucoup de quartiers régnait une fermentation menaçante. Ces mots * couraient de groupe en groupe, et on les prononça jusque dans les alentours du Comité de sûreté générale : — « La Convention veut nous trahir *. »

A six heures (lu soir s , le Conseil général se trouvait réuni, à l'hôtel de ville, dans la salle des délibérations, et la séance s'ouvrit. Lescol-FIeuriot occupait le fauteuil. Payan et Coffinhal étaient accourus. On ne connaissait point encore, mais on ne mettait pas en doute l'issue des débats commencés dans la Convention ; et une vive anxiété, une indignation profonde agitaient les esprits. Une proclamation est sur-le-champ rédigée :

« Citoyens, la patrie est plus que jamais en danger; des scélérats dictent des lois à la Convention, qu'ils oppriment. On poursuit Robespierre, qui fit déclarer le principe consolant de l'existence de l'Être suprême et de l'immortalité de l'âme ; Saint-Just, cet apôtre de la vertu, qui fit cesser les trahisons du Rhin et du Nord et, ainsi que Le Bas, fit triompher les armes de la République; Coulhon, ce citoyen vertueux qui n'a que le cœur etla tête de vivants, mais qui les a brûlants de patriotisme; Robespierre jeune, qui présida aux victoires de l'armée d'Italie. Et quels sont leurs ennemis ? » Suivaient, avec une flétrissure attachée à chacun d'eux, les noms de Amar, Dubarran, Collot-d'Herbois, Bourdon (de l'Oise), Barère ; et la proclamation se termi-

1 Récit de n. G. Dulac, employé au Comité de salut public. N a xxxix des Pièces justificative», a la suite du rapport de Couiiois sur les événements du. 9 thermidor.

* Ceci racoulé par II. G. Dulac lui-môme, agent des Connu'-.-. ïbid.

5 Déclaration de Bochard, concierge de la maison commune. V xxxvi des Pièces à l'appui. Rapport de Courtois sur les événements du 9 thermidor.

nait par cet appel violent : « Peuple, lève- toi. Ne perdons donc pas le fruit du 10 août et du 31 mai; précipitons au tombeau tous les traîtres i . »

Le Conseil décide ensuite :

Que tous les commandants de la force armée et toutes les autorités constituées seront invités à venir prêter le serment de sauver la patrie ;

Qu'on fermera les barrières ;

Qu'on regardera comme non avenus les ordres des Comités ;

Qu'on fera avancer les canons de la section des Droits de V homme ;

Que les citoyens Henriot, Boulanger, d'Aubigny, Dufraisse, Sijas, décrétés d'arrestation par l'Assemblée, seront mis sous la sauvegarde du peuple 9 .

Les gendarmes de la 52* division et la gendarmerie des tribunaux venaient d'être introduits, et de prêter, au milieu d'acclamations ardentes, le serment de fidélité au peuple, lorsque la nouvelle de l'arrestation des cinq députés arrive. La Commune alors précipite ses mesures. L'ordre est donné de sonner le tocsin ; les sections sont convoquées, et les administrateurs douteux mis en arrestation ; des émissaires fidèles partent pour les différents quartiers de Paris ; ordre est envoyé aux concierges des prisons de ne recevoir personne et de ne rendre la liberté à personne que sur l'autorisation expresse de «l'administration de police, tombée aux mains des Robespierristes Faro et Lelièvre; enfin Coffinhal et Louvet sont chargés d'aller, à la tête de la force armée, délivrer les patriotes détenus au Comité de sûreté générale 5 .

Henriot seul s'y trouvait en ce moment, Robespierre ayant été conduit au Luxembourg, son frère, à la Fonce, Le Bas, à la Maison de Justice du départeinent, Couthon

1 Voy. le rapport de Courtois, p. 48.

* Voy. le procès-verbal de la séance extraordinaire du Conseil général de la commune, dans Vifist. parlent., t. XXXIV, p. 45-47. 5 Rapport de Courtois, p. 51-56, et n° xi des Pièces à l'appui.

LE DÉNOUMENT. 221

à la Bourbe, et Saint-Just aux Écossais i . Coflinhal prit avec lui les canonniers dont disposait la Commune, et partit.

Au club des Jacobins, comme à l'hôtel de ville, tout se préparait pour la résistance. Le député Brival en fut chassé ignominieusement, sur sa déclaration qu'il avait voté contre Robespierre*. Non content de se déclarer en permanence, la redoutable Société décide qu'elle entretiendra une correspondance active avec la Commune, et ne se séparera que lorsque les traîtres seront déjoués 5 ; elle fait serment de « mourir plutôt que de vivre sous le crime 4 ; » et une dépulation court porter cette assurance à la Commune 5 .

Pendant ce temps, Coflinhal pénétrait dans les salles du Comité de sûreté générale, le sabre à la main, et criant : « Où sont ces coquins de Voulland et d'Àmar?» Mais ils avaient disparu ; et quoique ce dernier eût recommandé aux gendarmes commis à la garde d'Henriot de lui « casser la tête à la première crainte qu'ils auraient d'être forcés 6 , » ils ne firent aucune résistance; de sorte que Coffinhal n'eut pas de peine à remplir sa mission. Libre de ses liens, Henriot paraît dans la cour, remonte à cheval, et se répand en amers reproches sur ce que les gendarmes l'avaient laissé garrotter. Mais eux : « Non , nous vous sommes fidèles, et nous allons vous le prouver, car nous

1 Rapport de Courtois, p. 67-68. — Courtois dit, sans le prouver, que Robespierre jeune fut envoyé à la maison Lazare. C'est une erreur. Une des pièces mêmes qu'il cite à la suite de son rapport, celle qui est marquée no xxxviii, prouve que Robespierre jeune fut envoyé à la Force.

1 Voy. son propre récit, dans la séance du soir, 9 thermidor, et le rapport de Courtois, p. 59.

• Procès-verbal de la séance des Jacobins, séance du 9 thermidor. Rapport de Courtois, p. 58.

4 Procès-verbal de la commune.

* ibid. Voy. Hit t. pari., t. XXXIV, p. 50-51.

Voy., sur l'attitude des Jacobins le 9 thermidor, la note placée à la fin de ce chapitre.

6 Déclaration d'Amar, dans la séance du 13 fructidor, reproduite par Laurent Lecointre, p. 200 de son Appel à la Convention nationale, au peuple français, à l'Europe. — Dibl hist. delà Rév., 1100-L {Brtiish Muséum.)

vous défendrons jusqu'à la mort f . >» De leur côté, les canonniers l'encourageaient en ces termes à tout oser : • Si vous êtes hors la loi, nos canons n'y sont pas 9 . » Que Coffinhal et Henriot marchassent sur la Convention , gardée alors par une centaine d'hommes seulement 5 , la question était tranchée.

II y avait une heure environ que l'Assemblée était rentrée en séance ; et après avoir décrété, sur la motion de Bourdon (de l'Oise), appuyée par Merlin (de Thionville), que la Commune serait mandée à la barre, elle applaudissait à l'arrestation de Payan , annoncée à tort par Billaud- Varenne 4 , lorsque tout à coup l'huissier Courvol se précipite dans la salle, court à Bréard, qui occupait le fauteuil, et lui dit tout bas : « Les canonniers viennent d'enlever Henriot, et leurs canons sont pointés contre l'Assemblée. » Bréard répond : « 11 ne faut pas jeter l'alarme; si nous devons périr, les premiers coups seront pour moi. Allez voir ce qui se passe, et revenez vite m'en instruire 6 . »» Collot entra, et, prenant le fauteuil : « Citoyens, dit-il d'un air consterné, voici l'instant de mourir à notre poste. Des hommes armés, des scélérats, ont investi le Comité de sûreté générale 6 . » — « Allons-y! » s'écrient, dans les tribunes, ceux dont la peur a besoin d'un prétexte; et tous s'élancent au dehors, avec un empressement si fougueux, que la salle se couvrit d'un nuage de poussière. Laurent Lecointre, qui était arrivé à la séance, chargé d'armes et

1 Procès-* erbal de la Section des Amis de (a patrie. Rapport de Courlois, n<> xxxi des Pièces à l'appui.

* Déclaration de Vilon. N° xxxi des Pièces à l'appui, rapport de Courtois.

3 Récit de Dulac. /&»/., n° xxxix des Pièces à l'appui.

4 Voy. la séance du soir, 9 thermidor. Ilist. parlent., t. XXXI V, p. 60-64. Payan avait élé arrôlé en effet, mais Henriot Pavait délivré en passant.

Voy. le procès de Fouquier, Hist. parlent., |. XXXIV, p. 376.

5 Rapport de Courtois sur les événements du 9 thermidor, p. 68 et 69. Note fournie par Bréard.

6 Voy., sur la manière dont les faits sont présentés ici dans le projet de procès-verbal de Charles Duval, Ja note critique placée à la suite de ce chapitre.

LE DÉNOUMENT

de munitions, se mit à les distribuer à ses collègues; aux uns, il donnait des pistolets ; aux autres, des espingoles f . Cette ardeur martiale fit sourire. L'Assemblée resta digne et calme.

Le danger, du reste, n'avait pas tardé à s'éloigner. Henriot, qui avait cru la séance toujours suspendue, et qui avait poussé droit à l'Assemblée , dans l'intention de fermer la salle, sentit son audace l'abandonner quand il apprit que la Convention était en séance, et, faisant signe à son état-major de le suivre, il reprit au galop le chemin de l'hôtel de ville *.

Cependant, Robespierre s'était présenté au Luxembourg, dont le concierge avait refusé de le recevoir s .

Était-ce par ordre de la Commune ? En ce qui concerne particulièrement Robespierre, tout contribue à prouver qu'à son égard la réalisation du vœu de la Commune fut l'œuvre du Comité de sûreté générale lui-même, et le résultat d'un artifice homicide. Robespierre avait été décrété d'arrestation, mais il n'était pas hors la loi. On ne pouvait donc le frapper qu'après sa condamnation par le tribunal révolutionnaire. Rude épreuve pour ses ennemis! Car qu'arriverait-il si son procès, comme celui de Murât, n'aboutissait qu'à un acquittement, qui, dans ce cas, eût été un éclatant triomphe ? De là la nécessité d'imaginer quelque moyen qui fournit un prétexte de le mettre hors la loi, en l'accusant de rébellion ouverte. Ce moyen, trèsdangereux du reste, ce fut Voulland qui le trouva, et le concierge du Luxembourg reçut du Comité de sûreté générale l'ordre secret de refuser à Robespierre la porte de la prison 4 .

1 11 s'en vanla lui-même plus lard. Voy. Laurent Lecointre à la Convention nationale, au peuple français, à l'Europe entière, p. 80. Bibl. hist. de la Rév„ H0O-L (British Muséum.)

» Voy. les Mémoires de Dartre, l. 11, p. 2Ï6.

s Déclaration de Pierre-François Real, dans le procès de Fouquier- Tinville. Hist. parlem., t. XXXI V, p. *0O.

* Nous trouvons à ce sujet ld noie suivaule dans le livre de M. Villiauinc,

Ainsi libre de ses mouvements, sa place semblait être à la Commune, au milieu de ses partisans les plus passionnés; et c'est évidemment là qu'il se serait rendu s'il eût voulu sanctionner la révolte. Quelle plus belle occasion, en effet, d'accomplir le projet de détruire la Convention nationale, si ce projet, que ses ennemis lui avaient imputé avec tant d'acharnement, eût été le sien ? La force! elle était tout entière de son côté. Il avait pour lui la commune insurgée, les Jacobins furieux, les canonniers ivres d'enthousiasme, le gros de la gendarmerie, et, en ce moment, — ainsi qu'on va en juger, — près de la moitié fies sections de Paris. Mais ce grand homme était bien tel que l'avait autrefois défini Mirabeau : Il croyait tout ce qu'il disait. N'ayant cessé de protester de son respect pour la représentation nationale, il ne voulut point se démentir en ces instants suprêmes; fouler aux pieds, dans sa forme régulière et légale , le principe de la souveraineté du peuple ; se mettre au-dessus d'une juridiction à laquelle il avait loué Marat de s'être soumis; renoncer, enfin, à la chance d'une victoire due à la raison seule, et que sa conscience n'aurait point à lui reprocher 1 . C'est pourquoi, ne pouvant se faire admettre au Luxembourg, il se fit conduire par ses gardiens, non à l'hôtel de ville, mais à l'administration de police, dont les bureaux occupaient alors l'hôtel de la préfecture de police actuelle , quai des Orfèvres*. Il était environ huit heures du soir 3 quand il y arriva.

Son frère, lui aussi, avait été refusé par le concierge de la prison où il avait été envoyé, et il s'était laissé mener à la Commune, mais, loin de s'y prononcer contre la Con-

I. IV, p. 173 i « Les conventionnels Laloi, Mallarmé et Choudieu ont attesté à des amis de l'auteur cette ruse de Voulland. »

1 Voy. la note susindiquée, où le lecteur trouvera rapprochés tous les faits de détail qui justifient et mettent hors de doute ce point de vue.

1 Voy., même note, la discussion des hypothèses auxquelles, sur ce point, se livre M. Michelel.

3 Déposition de Pierre Mallot, domestique à la mairie, u* xxxu des pièces à l'appui, rapport de Courtois. Les dates ici ont leur importance.

LE DÉNOUMENT.

vention en tant que représentation légale du peuple, il déclara que tout le mal venait de ce qu'elle avait été trompée par quelques conspirateurs, et conclut à ce qu'on veillât à sa conservation

Ces scrupules ne faisaient qu'irriter Payan, Lescot- Fleuriot, Coffinhal, Louvet, tous plus Hobespierristes que les deux Robespierre. Pour mieux activer le mouvement, un a comité d'exécution » de neuf membres avait été proposé : il se composa de Payan, Louvet, Coffinhal, Lerebours, Legrand, Desboisseaux, Arthur, Chatelet, Grenard 1 ; et un des premiers actes de ce comité d'exécution fut un arrêté conçu en ces termes : « La Commune révolutionnaire ordonne, au nom du salut du peuple, à tous les citoyens qui la composent de ne reconnaître d'autre autorité qu'elle s . »» En conséquence, la formule du serment à prêter par quiconque relevait de la Commune fut : « Je jure de défendre la cause du peuple, union et fraternité avec la Commune, et de sauver avec elle la patrie 4 . >• L'esprit qui régnait à l'hôtel de ville est peint en vives couleurs dans un rapport de Degesne, lieutenant de la gendarmerie des tribunaux. Il raconte qu'ayant reçu une lettre d'Hermann, qui lui enjoiguait d'exécuter le décret d'arrestation lancé contre Henriot, son état-major et « plusieurs autres individus, >* il fut mandé, pendant qu'il élait à leur recherche, par le conseil général, où la proposition de l'incarcérer lui-même

fut faite et unanimement adoptée : « Elevant alors le décret au-dessus de ma tête, je dis d'une voix ferme : « Je vous « avertis que c'est un décret de la Convention dont je suis « porteur. » On me hua de toutes parts, en criant : Résistance à l'oppression !... On m'arracha le décret et la lettre

1 Voy. la déclaration de Robespierre jeune mourant, n°xxxvm des pièces à l'appui, rapport de Courtois.

* Extrait du registre des délibérations du Conseil général, no xvit des pièces à l'appui, rapport de Courtois.

■ Rapport de Courtois sur les événements de thermidor, p. 54 et 55.

4 Interrogatoire de Fourreau, no vi des pièces à l'appui, rapport de Courtois.

du citoyen Hermann, que Payan et Fleuriot chiffonnèrent avec colère. La garde me désarma, m'entraîna hors de la salle, tandis que les municipaux, de dessus leurs bancs, me poursuivaient du cri de vil esclave. En traversant 1rs corridors et les cours, je vis un grand nombre de gendarmes qui faisaient éclater la joie la plus indécente 1 . »

Il était naturel que des hommes engagés A ee point désirassent ardemment de posséder au milieu d'eux celui qu'ils regardaient comme leur chef. Mais il fallait pour cela vaincre la résistance de Robespierre; et le procèsverbal de la Commune montre de rcsle combien cette résistance fut vive.

Alors on dut confier à des commissaires la mission expresse de « l'aller chercher ; » on dut insister sur ce qu'il «(ne s'appartenait pas et se devait tout entier h la patrie*.» Rien de plus saisissant que l'obscurité, l'embarras et les réticences du passage qui, dans le procès-verbal de la Commune porte la trace des refus de Robespierre : « Le citoyen Lasnier, député vers le citoyen Robespierre, qui a chargé Coffînhal de..., annonce queColïînhal est chargé de confirmer au conseil qu'on le laisse entre les mains de l'administration 5 . » Et ce qui ajoute à l'importance de ce passage, c'est qu'il est raturé dans le manuscrit 4 , la Commune ayant intérêt à masquer autant que possible l'insuccès de ses démarches auprès de celui qui en était l'objet. Enfin, l'audacieux Coffinhal résolut de couper le nœud gordien. Où la persuasion avait échoué employant la violence, il alla bien réellement « chercher Robespierre, » l'entoura de son dévouement sauvage, l'enleva. Il était alors neuf heures du soir 5 .

1 N« xix des pièces à l'appui, rapport de Courlois.

* Procès-verbal de la Commune, séance du 9 thermidor, publiée comme pièce inédile dans VHUt. parlent., t. XXXI V, p. 52.

5 Rapport de Courtois.

* Ibid.

5 Interrogatoire de Louise Picard, rapport de Courlois, n" xxxi des pièces à l'appui.

LE DENOUAIENT

Deux grandes autorités rivales se Iruuvaienl ainsi en présence : la Commune, s'autorisant du nom de Robespierre, et la Convention, parlant au nom de la loi. Restait a savoir de quel côté se rangerait Paris.

La Commune, on Ta vu, avait ordonné aux quarante-huit sections de se rassembler, les invitant, en outre, à venir prêter serinent, par leurs commissaires, à l'hôtel de ville.

Soit ignorance de la sommation, soit crainte d'avoir à se décider, ou répugnance à obéir, six d'entre elles ne répondirent pas à l'appel : ce furent les sections du Muséum, de la lié union, des Lombards, des Tuileries, de la République, et la section Révolutionnaire \

Prirent parti pour la Convention, les sections du Mont- Blanc, de Fonluine-Grenellc, du Temple, de la Montagne, des Champs-Elysées, des Marchés, des Invalides, de Bonne- Nouvelle, de la J/ulle-au-Blé, de Bon-Conseil, de I" Unité, des Gardes- françaises, de la Maison-Commune, de Montmartre, de la Cué, des Gravitliers, des Arcis, de V homme-Armé \

Les six dernières embrassant le quartier même où l'hôtel de ville était situé, leur opposition à la Commune en était d'autant plus redoutable; et il arriva que nulle part celte opposition ne se déclara avec autant de fougue.

La section de la Cité refusa formellement de sonner le bourdon, cette grande voix qui ne s'élevait jamais sans faire tressaillir Paris 3 .

La section de YHomme-Armè ne se contenta pas de prendre un arrêté par lequel, sans hésitation et sans réserve, elle se mettait au service de la représentation nationale; elle envoya cet arrêté aux quarante-sept autres sections, dans l'espoir de les entraîner \

1 Voy. le no xxx des pièces a la suite du rapport de Courtois.

* Voy. le résumé des procès-verbaux des sections, dans le n° xxx des pièces à l'appui, rapport do Courtois, — sans perdre de vue que ce résumé est fuit par un homme qui avait intérêt à faire pencher du tôle de la Convention la balance des sympathies publiques.

8 Rapport de Courtois.

« lbid., p. 167.

Non moins ardente se montra la section des Gravilliers (quartier de la haute rue Saint-Martin). Cette section était celle où rHébertisme avait eu son foyer principal, celle où l'influence de Jacques Roux avait été longtemps prépondérante, celle d'où était partie, en juin i793, l'adresse dans laquelle ce prêtre, chef des Enragés, accusait presque les Montagnards de complicité avec les accapareurs 1 . Oui, cette section qui, le 9 thermidor, se prononça si résolument en faveur de la Convention, c'était la même qui, treize mois auparavant, avait félicité bien haut son orateur d'être allé tenir à la Convention un langage plein de menace et d'insulte Cette section qui, pour venger la mémoire de Jacques Roux, se disposait à prêter main-forte à Léonard Bourdon, c'était la même que Léonard Bourdon avait, treize mois auparavant, exaspérée en signalant Jacques Roux comme un tartufe de démagogie s .

Sous les drapeaux de la Commune se rangèrent, tout d'abord, les sections de l'Observatoire, de Chàlier, des Droits de l'homme , du Contrat social, de la Fraternité, du Panthéon, des Amis de la Patrie, de Marat, de Popincourl, de Montreuil, des Quinze- Vingts, du Jardin des Plantes et du Finistère 4 .

Le Jardin des Plantes et le Finistère, c'était le faubourg Saint-Marceau.

Popincourt, Montreuil et les Quinze-Vingts, c'était le faubourg Saint-Antoine.

A la section du Jardin des Plantes ou des Sans-Culottes appartenait Henriot. Dardel, ami du peintre David,

1 Voy. la séance de la Convention du 25 juin 1793.

* Extrait des délibérations de la section des Gravilliers, délibération du 25 juin 1793. Dans la Bibl. hit t. de la Réo., section* de Paris, 620-622. (British Muséum.)

8 C'est ce dont Jacques Roux s'était plaint dans la séance du club des Cordelière du 27 juin 1793. Voy. le Bcpublicain français, n° CCXXYIU.

4 Voir la liste publiée comme pièce inédite dans le t. XXXIV de VHist. pari., p. U, et la rapprocher du résumé du Courtois, dans le n° xxx des pièces à l'appui qui terminent son rapport. Voy. aussi, sur le résumé de Courtois, la note critique placée à la suite de ce chapitre.

LE DÉNOUMRNT.

et placé par lui au Conservatoire du musée de peinture, figura, jusqu'au moment où la Convention eut le dessus, parmi les défenseurs les plus animés de la Commune 1 .

Les canonniers de Popincourl étaient commandés par un homme de couleur, nommé Delorme, qui périt plus tard pour avoir pris part à l'insurrection de prairial : ce fut lui qui conduisit à l'hôtel de ville les canons de la section *.

Au nombre des partisans influents de la Commune, dans la section de Montreuil, était Cielty, peintre trèshabile dans la composition des arabesques, et qui avait embelli de paysages charmants les papiers de nos meilleures manufactures 5 . 11 allait payer de sa vie son attachement à Robespierre.

Nous avons inscrit sur la liste des sections qui appuyèrent d'abord la Commune celle des Quinze-Vingts ; et, en effet, elle envoya des commissaires à l'hôtel de ville, et ces commissaires prêtèrent serment. Toutefois la mission qu'ils avaient reçue se bornait à déclarer que les citoyens du faubourg Saint-Antoine s'étaient levés en masse et ne connaissaient que la République une et indivisible *.

Il y eut des sections, celle de V Indivisibilité par exemple, dont l'altitude resta longtemps indécise 6 . D'autres, comme celle de Guillaume Tell, se mirent à la fois en rapport avec le gouvernement, pour lui faire connaître les arrêtés de l'hôtel de ville, et avec le club des Jacobins , pour l'inviter à soutenir la Commune 6 .

En chaque section, il y avait, outre l'Assemblée générale, un u comité civil » et un « comité révolutionnaire. » La conduite de ces comités fut loin d'être uniforme. Dans

1 Rapport de Courtois, n© xxx des pièces à l'appui, p. 171. * /6id.,p. 138.

5 Ibid., p. 161.

4 Procès-verbal de la Commune, séance du 9 thermidor.

5 N° xxx des pièces à l'appui. Rapport de Courtois, p. 142.

6 Cette dernière démarche, d'après l'aveu de Courtois, peut être inférée des procès- verbaux des Jacobins. JUid. } p. 144.

certains quartiers, le « comité civil » prit un parti, et le « comité révolutionnaire » le parti opposé ; ou bien encore, on vit les comités réunis d'une section suivre la Commune, tandis que l'Assemblée générale se déelarak en faveur de la Convention. El cet antagonisme de sentiments éclata même où l'on devait le moins s'attendre à le rencontrer. Courtois dit expressément que le comité civil des Graviiliers « ne se décida à reconnaître la Convention comme centre unique qu'après avoir pressenti l'opinion, et que deux de ses commissaires, par leurs signatures, participèrent aux mouvements des rebelles , . »

On peut juger par cet aperçu jusqu'à quel point les forces en lutte se balançaient. Telle était l'autorité morale de Robespierre, que le jour où la Convention voulut le frapper, il se trouva lui faire contre-poids.

Mais ses adversaires avaient sur lui cet avantage qu'aucun scrupule ne les arrêtait... C'est ce qui décida du succès.

ISous avons laissé l'Assemblée en proie à la frayeur excitée par ces mots de Collot-d'llerbois : « Voici, pour cbaeun, l'instant de mourir à son poste ! » Au plus fort des alarmes, Beaupré avait propose qu'on nommât une commission de défense : Voulland ne tarda pas à paraître, et, au nom du gouvernement, désigna, pour diriger la défense, Uarras, qui, ajoula-t-il, t aura le courage d'accepter 8 . » Barras accepte en effet, et, sur sa demande, on lui donne six adjoints : Féraud, Fréron, Rovère, Delmas, Bolletti, Léonard Bourdon et Bourdon (de l'Oise) 3 .

Barère alors présente, de la part du Comité de salut public, un projet de décret mettant hors la loi quiconque, frappe d'arrestation, se serait soustrait à l'effet du vote.

1 Rapport de Courtois, p. 140.

a Laurent Lecointre, à la Convention nationale, au peuple français, à l'Europe entière, p. 195. bibt.hitt. de lu Hév , 1 1 00- 1 . ( britmh Muséum.)

» Hiêl.parlem., X. XXXIV, p. 66. — Charles Duval, dans son projet de procès-verbal, en nomme douze : Fréron, Beaupré, Féraud, Bourdon (de TOise), Rovère, Bollelli, Delmas, Léonard, Bourdon, Auguis, Legendre, Goupilleau (de Foiilenoy) et Huguel(p. 32).

LE DÉNOUMENT.

(Testée moment que Voulland attendait. Déjà son collègue Êlie Lacoste était venu annoncer que Robespierre avait été conduit à la Commune, et que les officiers municipaux l'avaient embrassé, traité en frère. Voulland conclut à la mise hors la loi contre Robespierre, comme Élie Lacoste Tavait demandée contre les officiers municipaux ; et celte motion est décrétée au milieu des plus vifs applaudissements f .

Tout allait désormais dépendre des sections. Barère avait dit : « Les sections s'assemblent : c'est à elles que nous devons nous adresser*; * et il n'avait pas cru pouvoir dissimuler que « quelques-unes étaient égarées ou gagnées par des intrigues communales 3 : » de ce côté se tourna l'effort des adjoints de Barras.

Quant à la nature des moyens employés, comment en parler sans dégoût? A la section qui avait pris le nom de Marat et voué une sorte de culte à sa mémoire, Léonard Bourdon courut dire « qu'incessamment les précieux restes du martyr Marat allaient être transférés au Panthéon, ce qui n'avait été jusqu'alors retardé que par la basse jalousie de Robespierre 4 . » Dans les faubourgs Saint-Antoine et Saint-Marceau, l'on répandit le bruit que Robespierre avait été arrêté pour complot royaliste 5 . On affirmait mensongèrement que Lescot-Fleuriot était le fils d'un noble autrichien 6 ; comme si cette circonstance, à la supposer vraie, eût constitué un crime! Mais quoi! Lepelletier Saint-Fargeau était noble, lui aussi, ce qui n'empêchait pas son buste, que ce même Lescot-Fleuriot avait sculpté, de figurer, dans

» ffiti pari., t. XXXIV, p. 69.

» Ibid.

3 Ibid. , p. 68.

4 Ceci raconté par Courtois lui-même. Voy. n« xxx des pièces à la suite de. son rapport sur les événements du 9 thermidor, p. 156.

5 Voy.,dans le rapport de Barère, a la séance du 10 thermidor, le passage qui a trait à celte calomnie.

« Papiers inédits... supprimés ou omis par Courtois, t. III, p. 301 : lettre de I.Cî-coi-FU-uriot père au citoyen Harmund, écrite après le 9 thermidor, Lescot-Fleuriot père était du département de lu Moselle, et fils d*un chirurgien. Ibid.

la Convention, à côté de celui de Brutus 1 ! Ce qu'il y eut de plus horrible, ce fut la fable d'un cachet à fleurs de lis qu'on prétendait avoir trouvé chez Robespierre a .

Quelque absurde que soit une calomnie, elle ne Test jamais assez pour échouer entièrement, si elle est lancée avec assurance. Et puis, dans celte formule : sont mis hors la loi, il y avait une sorte de puissance mystérieuse que beaucoup d'esprits n'étaient point préparés encore à braver. Quelques-unes des sections qui avaient pris parti pour la Commune s'en détachèrent 5 lorsqu'elles se virent face à face avec la Convention en la personne des représentants du peuple, ses délégués. Mais il y en eut qui, jusqu'à la dernière extrémité, restèrent fidèles à la cause des victimes de thermidor : ce furent les sections du Contrat social, de Châlier, du Jardin des Plantes et de V Observatoire.

La section des Piques, dans le rayon de laquelle était la maison de Duplay, ne se rassembla qu'à deux heures du matin, ayant probablement attendu jusqu'alors qu'on lui montrât la signature de Robespierre, qui, comme on le verra plus bas, refusa de la donner 4 .

Vers minuit, Barras et Fréron, qui n'avaient d'abord songé qu'à prémunir la Convention contre le danger d'une attaque, se rendent au Comité de salut public. Ils en traversent les salles silencieuses et faiblement éclairées. Dans celle où, le lendemain matin, Robespierre fut porté sur une civière toute rouge de son sang, Billaud-Varenne était couché par terre sur un matelas, seul et sombre, les yeux fixés au plafond. Informé du plan défensif de Barras, il le désapprouva, a C'est à la Commune qu'il fallait marcher,

1 Un auteur du lemps, IVougarrt, dit que Fleuiïot était un assez bon sculpteur. Hist. abrég.dela Hév., liv. XXIV, p. 444.

* « Cambou disait un jour à Vadier, exilé comme lui à Bruxelles : Com- « ment avez-votis eu la scélératesse d'imaginer ce cachet, et les autres « pièces par lesquelles vous vouliez faire passer Robespierre pour rovn- « ÎUteî » Vadicr répondit : ■ Le danger de perdre la léle donne de Pima- « gination. » Noie de la p. 59, t. XXXIV de Vllist. patlem.

5 Voy. le n° xxx des pièces a la suite du rapport de Courtois, paisim.

* Voy. la note critique ci-après.

LE DÉNOUMENT. 233

dit-il; elle devrait être déjà cernée. Vous laissez à la Commune et à Robespierre le temps de nous égorger i . >»

Barras et Fréron se dirigent aussitôt vers l'Assemblée, où leur présence est accueillie avec transport. Le premier annonce qu'il vient de parcourir Paris, et que « le peuple est à la hauteur de la liberté. » Le second déclare que quinze cents hommes gardent le pont Neuf, que la nouvelle de la mise hors la loi d'Henriot a vivement ébranlé les canonnicrs répandus sur la place de Grève, et qu'il faut marcher droit à la Maison Commune. Tallien, qui occupe en ce moment le fauteuil, invite ses collègues à partir surle-champ, « afin que le soleil ne se lève pas avant que la tête des conspirateurs soit tombée. » On applaudit, et les représentants désignés sortent, emportant le décret qui ordonne l'investissement de la Commune f .

Là étaient arrivés successivement Saint-Just et Le Bas, tirés de leurs prisons respectives, le premier par un officier municipal, le second par deux administrateurs de police 5 . Couthon ne fut retiré de la Bourbe qu'à une heure après minuit. Inquiet de son absence prolongée, Robespierre jeune lui avait écrit une lettre qu'il fit signer à son frère et à Saint-Just; on la trouva sur Couthon lorsqu'il fut arrêté; la voici : « Couthon, tous les patriotes sont arrêtés, le peuple tout entier est levé; ce serait le trahir que de ne pas te rendre avec nous à la Commune, où nous

1 Note fournie par Fréron. Rapport de Courtois, p. 72.

s Compte rendu de la séauce du 9 thermidor, séance du soir. Hist. parient.. I- XXXIV, p. 71 et 7Î.

Ii importe de remarquer ici que les comptes rendus de cette longue et fameuse séance donnent, comme s'élanl suivis sans interruption, des actes et des discours qui souvent, au contraire, furent séparés par de longs intervalles. C'est ce qui explique comment, dans le compte rendu, Billaud-Varenne parait être dans l'Assemblée au moment où la note de Fréron, susmentionnée, le représente couché sur un matelas dans une des salles du Comité de salut public.

8 v oy., p. 67 du rapport de Courtois sur les événements du 9 thermidor, une noie qui renvoie aux n°» 550 et 644 du quatrième carton contenant les pièces tombées entre les mains du Comité de sûreté générale.

sommes actuellement f . » Couthon, qui ne pouvait se traîner, n'hésita pas un inslant, il se fit porter où l'attendaient ses amis et la mort.

Les détails de la scène qui eut lieu dès qu'il parut â l'hôtel de ville nous ont été conservés par H. G. Dulac, espion des Comités, et conséquemment peu suspect de partialité envers leurs victimes :

« La place de Grève était couverte d'hommes, de baïonnettes, de piques et de canons. Je traversai tout, ayant à ma main ma carte de citoyen, et m'annonçant comme envoyé de ma section. Les deux Robespierre étaient l'un à côté du président Lescot-Fleuriot, l'autre auprès de Payai), agent national. Couthon y fut porté un instant après; et, ce qui est à remarquer, c'est qu'il élait encore suivi de son gendarme. En arrivant, il fut embrassé par Robespierre, et ils passèrent dans la chambre à côté, où je pénétrai. Là, le premier mot que j'entendis de Couthon fut : « Il faut « tout de suite écrire aux armées. «Robespierre dit : « Au u nom de qui?» Couthon: «Mais au nom de la Convention. « N'esl-elle pas toujours où nous sommes? Le reste n'est « qu'une poignée de factieux, que la force armée que nous « avons va dissiper et dont elle fera justice. » Ici, Robespierre sembla réfléchir un peu; il se baissa à l'oreille de son frère; ensuite il dit : « Mon avis est qu'on écrive an « nom du peuple français *. »

« Au nom de qui?» mot sublime, dans la circonstance! De pareilles hésitations perdent un homme, mais l'immortalisent. Au milieu des canons et des piques, au bruit du loscin, quand le succès ne relevait plus que de la force, Robespierre ne pensait qu'à sauver l'idée du droit.

Pour ce qui est de la réponse de Couthon, en admettant même qu'elle n'ait subi aucune altération défavorable

1 ,N« xlvii des pièces à l'appui du rapport de Courlois sur les papiers de Robespierre.

* Récit de H. G. Dulae, employé au Comité du salut public, n° xxxtx des pièces à l'appui du rapport de Courlois sur les événements du 9 thermidor.

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