‹ Histoire de la Révolution françaiseChapitre 8 sur 25 · II · texte numérisé non relu

II

débute par ces paroles solennelles : « Aux agitations de cette assemblée, il est aisé de s'apercevoir qu'elle n'ignore pas ce qui s'est passé ce matin dans la Convention. Les factieux craignent d'être dévoilés en présence du peuple. Mais je les remercie de s'être signalés d'une manière aussi prononcée, et de m'avoir mieux fait connaître mes ennemis et ceux de la patrie. » Il donne ensuite lecture de son discours, qui est couvert d'applaudissements *. La lecture achevée, « Ce que vous venez d'entendre, dit-il, est mon testament de mort. Je l'ai vu aujourd'hui ; la ligue des méchants est tellement forte, que je ne puis espérer de lui échapper. Je succombe sans regret. Je vous laisse ma mémoire, et vous la défendrez. • Comme il parlait de boire la ciguë : « Je la boirai avec toi l » s'écria David *. Dumas prend alors la parole, et dit qu'un complot existe; que cela n'est pas douteux ; que le gouvernement est contre-révolutionnaire. Puis, le visage tourné vers Billaud-Varenne et Collot-d'Hcrbois : « 11 est étrange que des hommes qui, depuis plusieurs mois, gardent le silence, soient si pressés de le rompre aujourd'hui, pour s'opposer sans doute aux vérités foudroyantes que Robespierre vient de faire entendre. Il est facile de reconnaître en eux les héritiers d'Hébert et de Danton : ils seront aussi, je le leur prédis, héritiers du sort de ces conspirateurs s . » Collot se présente à la tribune : on le couvre de huées. 11 rappelle Admirai, la tentative de meurtre dont il faillit être victime : des risées lui répondent. Frémissant, hors de lui, Billaud-Varenne se lève à son tour, et d'une voix tremblante de colère: « Où sont les Jacobins ? Je ne les retrouve plus. Quoi ! un

1 Réponse de J. N. Btllaud, etc., p. 14 et suiv. — Bibl. hist. de la Bév., 1000-1.

a Biilaud-Yurennf, dans son récit de celte séance, ne rapporte pas l'exclamation de David ; mois les auteurs de VHistoire parlementaire fout observer avec raison que, rendue publique dans le temps, elle n'a jamais été contredite, t. XXXIV, p. 3.

5 Ceci tiré du récit de Billaud-Varenne, que tous les historiens jusqu'ici paraissent avoir iguoré. Voy. Bêponse de J. IV. Billaud aux inculpations qui lui sont personnelles, p. 14 et suivantes. — Bibl. hist. delà lUv., 1100-1. {British Muséum.)

TESTAMENT DE MOKT.

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représentant du peuple rappelle qu'il a été au moment de périr victime de son patriotisme, et on l'insulte! Quand les choses en sont là, il n'y a plus qu'à s'envelopper la tête dans son manteau et à attendre les poignards 1 . » L'orateur est interrompu par de grands cris ; il veut continuer : sa voix meurt dans le tumulte. 11 faut à Collot-d'Herbois toute la force de son organe pour faire entendre qu'il soupçonne les intentions de Robespierre. Assailli d'imprécations, il est forcé d'abandonner la tribune. Un bruit affreux gronde dans la salle. Mais, à la voix de Couthon, profond silence. Lui, demande qu'on ouvre le débat sur la plus dangereuse des conspirations qui aient jamais été ourdies, et il ajoute: « Nous verrons les conspirateurs à cette tribune. Ils pâliront en présence du peuple; ils seront confondus; ils périront, m Ces mots soulèvent des acclamations passionnées; les chapeaux sont agités en l'air; la plupart des membres sont debout; on entend le cri : « Les conspirateurs à la guillotine ! > Au milieu de cette exaltation extraordinaire, une petite fraction de l'assemblée reste muette, immobile. Le délire ne connaît plus de bornes ; on se menace; et ceux de la minorité sortent en criant que la majorité est fanatisée 2 .

Le bruit courut qu'avant la fin de la séance Collot-d'Herbois, effrayé du spectacle qu'il avait sous les yeux, s'était jeté aux pieds de Robespierre, le suppliant de se réconcilier avec les Comités 3 .

Ce qui est sûr, c'est que si, dans ce moment, Robespierre eût été homme à recourir à la violence, à fouler aux pieds ses principes, et à faire de l'enthousiasme de ses partisans le levier d'une insurrection contre celte représentation nationale qu'on l'avait tant accusé de vouloir détruire, l'occasion ne pouvait être plus favorable. Aussi Payan et Coffinhal le pressèrent-ils d'en profiler, s'offrant à marcher droit

1 Récit de Billaud-Varenne, dans la brochure susmentionnée, p. U cl suiv. - Bibl. hist. de la Bcv., 1000-1. (British Muséum). f Ibid.

8 ffûf., parlent., t. XXXIV, p. 3.

\m HISTOIRE DE LA RÉVOLUTION.

aux Comités, gardés à peine par quelques gendarmes, et à désarmer ainsi le pouvoir. Mais sa conscience contredisait ses amis : il écouta sa conscience, et enchaîna, dans ces heures décisives, l'énergie de Payan et de Coffinhal, aimant mieux commettre une faute irréparable qu'abdiquer ses croyances *.

Or, pendant qu'il faisait de la sorte dépendre son sort du vote de la Convention, ses adversaires n'épargnaient rien pour préparer une décision qui lui fût contraire. Des émissaires de cette partie de la Montagne que conduisaient Bourdon (de l'Oise) et Tallien vont trouver Palasne-Campeaux, Boissy-d'Anglas et Durand de Maillane, membres du côté droit, dont l'exemple devait entraîner les autres. Ce qu'ils proposent, c'est un rapprochement qui mette fin aux nombreux assassinats dont ils ne manquent pas de déclarer Robespierre l'auteur, et que leur but, disent-ils, est d'arrêter. « La protection politique qu'il vous a accordée n'est que passagère, ajoutent-ils, et votre tour arrivera *. » Renvoyés, ils se présentent de nouveau, sont renvoyés une seconde fois, reviennent à la charge, et enfin l'emportent ". L'alliance monstrueuse qui allait sceller la ruine de la République fut conclue.

La longue hésitation que ceux du côté droit mirent à se décider montre assez combien ils avaient compté sur la modération de Robespierre. Mais ses ennemis eurent l'habileté de s'approprier sa politique pour mieux l'abattre. Convaincus que leur unique moyen de salut désormais était dans l'appui du côté droit, et qu'un pareil appui avait pour condition nécessaire la cessation de ce régime de terreur dont ils avaient été jusqu'alors les représentants les plus farouches, des hommes tels que Fréron, Bourdon (de l'Oise), Tallien, Fouché se convertirent soudain à l'horreur du sang dont ils avaient les mains toutes tachées ; comme ré-

1 Voy. la noie critique placée à la suite de ce chapitre. * Mémoires de Durand de Maillane, chap. x, p. 189. 5 Ibid.

sultat de l'adhésion qu'ils imploraient en quelque sorte à deux genoux, ils montrèrent la guillotine suspendant ses ravages. Ainsi, de quelque façon que la lutte désormais se dénouât, il devenait clair pour ceux du côté droit qu'ils étaient à la veille de sortir d'un régime qu'ils détestaient. Mais, cela étant, quel motif, — après les incertitudes que Durand de Maillane a constatées, — le fil pencher, lui et ses amis, en faveur des adversaires de Robespierre ? Ce motif, Durand de Maillane a cru devoir le taire ; mais la suite des événements ne l'a que trop bien révélé. Les membres du côté droit étaient, au fond, royalistes. Ils comprirent tout de suite que le triomphe de Robespierre serait la fin de la Terreur révolutionnaire, mais non celle de la Révolution, tandis que le triomphe de ses ennemis leur promettait, du même coup, et la fin de Tune et celle de l'autre! Ils prirent le parti qui, en les délivrant de la guillotine, les délivrait aussi.... de la République 1 .

Paris, dans la soirée du 8 thermidor, présenta un aspect étrange. Les Comités et leurs partisans avaient eu soin de semer toutes sortes de rumeurs propres à servir leurs colères. Talma, ce soir-là, jouait au théâtre de la République la tragédie d'Épicharis et Néron, de Legouvé ; et, comme la pièce prélait à des allusions menaçantes, les conjurés et leurs partisans s'y étaient donné rendez-vous. Plusieurs passages qui semblaient se rapporter à la situation furent applaudis avec transport, celui-ci, par exemple,

I Durand de Maillane n'a garde d'exprimer à cet égard toute i>a pensée. Il se borne à dire : « Il n'était pas possible de voir plus longtemps tomber soixante, quatre-vingts têtes par jour sans borreur. Le décret salutaire ne tenait qu'à notre adhésion ; nous la donnâmes, et, dès ce moment, les fers furent au feu. » Voy. ses Mémoires, ebap. x.

II ne faut pas oublier que ce Durand de Maillane est le même qui, quelque temps avant, avait écrit à Robespierre : « Mon cher collègue, continue à » défendre le faible, l'homme trompé, en n'épargnant ni les chefs des com- » plots révolutionnaires, ni les traîtres bien assurés.. Oh! que ton désin- » téressemenl , avec la glorieuse indépendance qu'il te donne, t'assure » d'avantages sur tous les ambitieux, sur tous les républicains à grande» » el petites places! » etc., etc.. — Voy. le chop. v, ci-avant.

qui contenait un encouragement enveloppé dans un reproche :

Quelle indigne (erreur de votre àme s'empare? Et pourquoi voulez-vous, Romains, qu'on se sépare: Voilà donc les grands cœurs qui devaient lout souffrir I Us osent conspirer et craignent de mourir 1 !

Cependant, la nuit était descendue sur la ville ; et les membres du Comité de salut public, rassemblés dans le lieu ordinaire de leurs séances, travaillaient avec une préoccupation tragique au dénoûmcnt qui se préparait. Ni Robespierre ni Couthon n'étaient présents. Mais Saint- Just siégeait, gardant un morne silence, jetant de temps en temps sur ses collègues un regard observateur, et se montrant aussi incapable d'inquiétude que de repos s . Il venait d'envoyer à un copiste les dix-huit premières pages d'un rapport qu'il se proposait de lire le lendemain à la Convention. II avait annoncé froidement au Comité ce rapport, dans lequel il ne cachait pas que plusieurs de ses collègues élaient accusés '..Tout à coup, la porte s'ouvre, et l'on voit entrer Collot-d'Herbois, pâle, les yeux ardents. Saint-Just, d'une voix calme et avec un air impassible, lui demande ce qu'il y a de nouveau aux Jacobins. A celte question, Collol-d'Herbois, pris d'un accès de rage, se répand en invectives contre Saint-Just, qu'il appelle « un lâche, un hypocrite, une boite à apophlhegmes 4 . »« Vous êtes trois scélérats qui croyez nous conduire à la perte de la patrie, mais la liberté survivra à vos horribles trames 5 . » Elie Lacoste, se levant en fureur, tonne contre ce qu'il nomme

1 Voy. Souvenirs d'une actrice, par madame Louise Fusil, t. Il, p. 48.

* Réponse des membres des deux anciens Comités aux inculpations renouvelées contre eux par Laurent Ltcointre, noie 7. — Bibl. hisi. de la fîce., 1097-8-9. (British Muséum.)

8 Voy. le discours de Collol-d'Herbois, dans la séance du 9 thermidor.

4 Ceci raconté par Billaud-Varenne, Collol-d'Herbois, Barère, dans leur Réponse aux inculpations, etc.. Note 7.

5 Ibid.

le triumvirat; et, à son tour, Barère s'écrie : « Vous voulez partager les dépouilles de la patrie entre un écloppé, un enfant et un scélérat. Je ne vous donnerais pas une bassecour à gouverner ! . » A ce débordement d'injures, Sainl- Jusl opposait une tranquillité méprisante. « Il était de marbre 9 . » Il eut pourtant un instant d'émotion qu'indiqua la subite pâleur de son visage, lorsque CoIlot-d'IIcrbois lui dit : « Je suis sûr que lu as dans tes poches des calomnies dirigées contre nous. » Sans prononcer un mot, il vida ses pochcs, # et étala sur la table des papiers que personne ne voulut lire \ A une nouvelle et violente sortie de Collotd'Hcrbois, il répondit qu'il lirait son rapport le lendemain au Comité, et en ferait le sacrifice si on ne l'approuvait pas, ne dissimulant point, d'ailleurs, qu'il contenait contre Collotd'IIerbois une inculpation basée sur des propos tenus par ce dernier dans un lieu public et relatifs à Robespierre 4 . En entendant tracer le tableau des malheureuses circonstances où se trouvait la chose publique, il se montra surpris de n'être point dans la confidence de ces dangers ; il dit qu'il ne concevait pas cette manière d'improviser la foudre à chaque instant, et il conjura ses collègues, au nom de la République, de revenir à des idées plus justes, à des mesures plus sages 5 . »

Il était environ une heure du matin, quand Laurent Lecointre est annoncé. Il venait presser le Comité d'ordonner l'arrestation d'Henriot,du maire de Paris Lescot-Fleuriot, et de l'agent national Payan ; il insista sur ce que

1 Réponse aux inculpations, etc. . . Noie 7.

* C'est la phrase même de Collot-d'Herbois, dans son discours du 9 thermidor, et il n'y a rien qui la démente dans la Réponse des anciens membres des deux Comités de Laurent Lccointre.

Quoique rédigé par les ennemis de Sainl-Just, lui mort, et dans un moment où ils avaient tant d'intérêt à le noircir, le récit de la note 7 laisse aisément deviner de quel côté furent, dans cette occasion, le calme de la bonne conscience et la dignité.

8 Réponse aux inculpations, rie.

* Ibid.

5 Ibid.

Lecointre, son frère, capitaine dans la garde nationale, avait reçu Tordre de se tenir prêt et en armes avec sa compagnie Une demi-heure après, parait Fréron qu'amenaient les mêmes inquiétudes f . Ferait-on arrêter le commandant de la garde nationale, l'agent national , le maire? Sur cette question brûlante, il s'éleva entre Saint- Just et Collot-d'Herbois un vif débat qu'interrompit la présence de Cambon. Le frère de Lecointre avait offert au Comité de le venir défendre avec son bataillon. Cette offre, quoique appuyée vivement par Cambon, fut refusée, sur ce qu'on n'avait rien à craindre des amis de la liberté, et sur ce qu'on ne craignait pas les assassins 5 . Toulefois le Comité jugea prudent d'appeler dans son sein le maire et l'agent national, pour les retenir auprès de lui et les empêcher par là de correspondre avec leur parti 4 .

A cinq heures, Saint- Jusl sortit 6 . On l'attendait à dix heures, moment indiqué par lui pour la communication de son rapport. Ce fut Coulhonqui entra. D'un air assez troublé, il demande à connaître le sujet de la délibération. On l'informe qu'il s'agit de faire destituer par la Convention les chefs de la force publique, de les arrêter, de publier une proclamation. « C'est la contre-révolution, s'écrie-t-il ; vous allez produire dans Paris un mouvement terrible.» Le Comité tout entier s'élève contre Couthon, et un échange d'apostrophes violentes a lieu entre lui et Garnol. Il était midi en ce moment. Un huissier de la Convention vient avertir que Saint-Just est à la tribune. Il porte en même

1 Laurent Lecointre à la Convention nationale, au peuple françuis, à l'Europe, p. 185. - BiM. hist. delà Rcv., 1100-1. (Britissh Muséum.) » tbid.

5 Mémoires de Barcre, publiés par Hippolyle Carnot el David (d'Angers), |, II, p.2l8el2l9.

« Discoura de Billaud, à la séance du 13 fruclidor, cilé dans la brochure de Lecointre, p. 186, ubi suprà.

5 C'est l'expression employée par Barère, dans le récil qu'il ûl de celle scène nocturne, le 13 fruclidor, en pleine assemblée. Dans sa réponse à Laurent Lecointre, rédigée de concert avec Billaud et Collol, il y a, au lieu du mol « sorlit, » le mol « s'enfuit, » qui appartient évidemment au style de la haine, el qui est ridicule.

temps une lettre de ce député, ainsi conçue : « L'injustice a flétri mon cœur : je vais l'ouvrira la Convention nationale.» On veut garder cette lettre, Coulhon la déchire. Rhul se lève, et s'écrie : « Allons démasquer ces scélérats, ou présenter nos têtes à la Convention , . »

Quelques instants avant la séance, Bourdon (de l Oise), rencontrant Durand de Maillane dans la galerie, lui avait touché la main en prononçant ces mots caractéristiques : « 0 les braves gens que les yens du côté droit! >• Durand de Maillane monte dans la salle de la Liberté, et s'y promène un instant avec Rovère. Tallien les aborde, mais il les quitte presque aussitôt en disant : « Voilé Saint-Jusl à (a tribune; il faut en finir \ >»

1 Réponse des membres des anciens Comités aux inculpations renouvelées par Laurent Lecointre, noie 7.

a Mémoires de Durand de Maillane, chap. x, p. 200.

On lildans V Histoire parlementaire, t. XXXI V, p. 2: « Noué n'avons conservé aucun monument du temps qui puisse servir à l'histoire du club des Jacobins pendant les soirées si orageuses des 8 et 9 thermidor. » C'est une erreur. Nous avons, en ce qui touche la soirée du 8 thermidor, le récit de Billaud-Varenne, qu'évidemment les auteurs de VHistoire parlementaire ont ignoré. S'ils Pavaient connu, ils n'auraient pas mis dans la bouche de Robespierre, en s'appuyaut, comme ils l'avouent eux-mêmes, sur de simples rumeurs traditionnelles, les paroles suivantes : «« Séparez les méchants des hommes faibles; délivrez la Convention des scélérats qui l'oppriment; rendez-lui lè service qu'elle attend de vous, comme aux 51 mai et 2 juin. » (Hist. parlem., t. XXXIV, p. 3.)

Dans son compte rendu de la séance des Jacobins, le soir du 8 thermidor, Billaud-Varenne ne dit pas un mot de cela, il n'y fuit même pas allusion. Et c'est à quoi il n'aurait certes pas manqué, s'il n'eût craint d'être démenti, rien n'étant plus propre à colorer d'un motif acceptable la conduite qu'il tint au 9 thermidor. Il est, en outre, a remarquer que, le 9 thermidor, dans la Convention, ni Billaud-Varenne, ni Collot-d'Herbois, n'osèrent reprocher à Robespierre d'avoir invoqué, la veille, les souvenirs du 31 mai ou du 2 juin. Tout ce qu'on trouve à cet égard dans le discours de Collol, c'est celle phrase vague : « Vos ennemis disaient qu'il fallait encore une insurrection du 51 mai, » assertion qui provoqua, de la part de Robespierre, ce cri passionné : « Il en a menti! » Ce cri, comment le comprendre, si réellement Robespierre eût tenu aux Jacobins le langage que les auteurs de

r Histoire parlementaire lui prêtent, d'après de simples rapports « transmis par la tradition? » Et comment comprendre surtout qu'à une dénégation qui eût été, dans ce cas, le comble de l'impudence, Billaud-Varenne et Collot-d'Herbois ne se fussent pas empressés de répondre par la citation des propres paroles de Robespierre qu'ils auraient entendues? La vérité est que, loin d'animer l'ardeur de ses partisans, Payan, Coffinhal et autres, Robespierre la contint; la vérité est que, loin de pousser à un renouvellement du 31 mai, il avait chaleureusement combattu cette idée pendant les jours qui précédèrent, ainsi que le prouve d'une façon péremptoire ce passage du rapport présenté par Barère le 7 thermidor : « Hier, quelques citoyens répétaient dans des groupes : Il faut faire un 51 mat... Un représentant du peuple, qui jouit d'une réputation patriotique, méritée pareinq années de travaux et par ses principes imperturbables d'indépendance et de liberté, a réfuté avec chaleur les propos coulre-révolutionnaires que je viens de vous dénoncer; il a prouvé, dans la Société populaire, que c'était bien mériter de son pays que d'arrêter les citoyens qui se permettraient des propos aussi intempestifs et aussi contre-révolutionnaires. >• (Voy. le rapport de Barère du 7 thermidor, dans VI/ in. parlem., t. XXXIII, p. 404 et 405.)

Aux yeux de Robespierre, en effet, violer la représentation nationale au moyen d'une partie du peuple 6e donnant pour le peuple tout entier, et employant la force contre la loi, c'était subordonner toute chose à la fortune changeante des factions en lutte, et descendre une pente qui conduisait au chaos. De là ses incertitudes poignantes et son abstention , lorsque , au 31 mai, il s'était agi de renverser violemment la violente domination des Douze; et nous rappellerons ici que, quoiqu'il désirai avec ardeur la chute des Girondins, il recula devant la responsabilité du coup qui, en les frappant, frappait un principe. On peut certainement lui reprocher de ne s'être pas armé contre le 31 mai avant son accomplissement ; mais on ne peut pas dire, du moins, que le 31 mai ail été son ouvrage. (Voy., dans le t. VIII de cet ouvrage, le chap. x ) On verra, plus loin, jusqu'où il poussa le respect de la représentation nationale, quand vint pour lui le moment de choisir entre un coup d'Étal et la mort.

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