MAUREPAS
Et maintenant, parmi les espérances françaises, une des mieux fondées n’est-ce pas celle du vieux Maurepas qui espère que lui, par sa dextérité, parviendra à rester ministre ? Vieillard agile, qui pour toutes difficultés a son bon mot, et, dans les plus sombres tempêtes, saura émerger et surnager comme un bouchon l Pour lui peu importe la perfectibilité, le progrès de l’espèce, le retour d’Astrée : il lui sufGt qu’un homme d’esprit, léger, touchant à quatre-vingts ans, puisse, au siège de l’autorité, se sentir important parmi les hommes. L’appelleronsnous, comme l’arrogant Châteauroux, M. Faquinet ? En dialecte de courtisan, ils l’ont nommé aujourd’hui le « Nestor de la France » ; c’est par un tel Nestor que la France est gouvernée.
Au fond cependant, il serait embarrassant de dire où, dans ces jours, se trouve spécialement le gouvernement de la France. Dans ce château de Versailles nous avons Nestor, le roi, la reine, des ministres et des commis, avec un monceau de paperasses bien ficelées; mais le gouvernement? car le gouvernement est une chose qui gouverne , qui dirige, sinon qui contraint. Aucune chose de la sorte n’est visible en France. Invisible, inorganique, elle existe cependant : dans les salons philosophiques, dans les galeries de l’OEil-de-Bœuf, dans la langue des discoureurs, dans la plume des pamphlétaires. Sa Majesté paraissant à l’Opéra est applaudie ; elle se retire avec des rayonnemens de joie. Avec le temps, les