‹ Histoire de la révolution françaiseChapitre 47 sur 52 · LE LION N'EST PAS MORT · texte numérisé non relu

LE LION N'EST PAS MORT

vite; toute la science du pilote est nécessaire dans une telle rapidité.

Il est curieux de voir comme nous tournons et virons, puis sommes obligés de virer encore et de fuir sous le vent. Si, d’un côté, nous admettons de nouveau les soixante-treize protestants, nous consentons, d’un autre côté, à consommer l’apothéose de Marat, à enlever son cadavre de l’église des Cordeliers, et à le transporter au Panthéon des grands hommes, — en jetant dehors Mirabeau pour lui faire place. Peine inutile, tant est violent le souffle de l’opinion publique ! La jeunesse dorée, les cheveux tressés, brise en pièces son buste du théâtre Feydeau, foule les morceaux aux pieds et les jette, avec des vociférations, dans la fosse aux ordures de Montmartre (1). On démolit sa chapelle de la place du Carrousel ; l’égoût de Montmartre recevra jusqu’à sa poussière. Nul dieu n’eut une plus courte divinité. Quelques mois dans ce Panthéon , ce temple de tous les immortels, puis à l’égoût, au grand cloaque de Paris et du monde! « Ses bustes dans un temps s’élevaient à quatre mille ». Entre le temple des immortels et le cloaque de l’univers, comme les pauvres créatures humaines sont ballottées !

De plus une question s’élève : quand la constitution de 93 commencera-t-elle à être en vigueur? De fortes têtes soupçonnent que la constitution de 93 ne sera jamais appliquée. Qu’elles s’occupent donc d’en préparer une meilleure.

Et maintenant, où sont les Jacobins? Sans enfants, tout à fait décrépite, ainsi que nous l’avons vu, siégeait la puissante mère ; elle grince, non pas des dents, mais

(1) Moniteur du 25 septembre 1794, du à février 1795.

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VENDEMIAIRE.

de ses gencives dégarnies, contre une Convention thermidorienne traîtresse, et le torrent des circonstances. Deux fois Billaud, Collot et compagnie furent accusés par Lecointre, Legendre, et la seconde fois on ne déclara pas l’accusation calomnieuse. Billaud dit de la tribune des Jacobins : « Le lion n’est pas mort, il n’est qu’endormi » . On lui demande dans la Convention ce qu’il entend par le réveil du lion? et des contestations, des disputes, s’élèvent dans le Palais-Égalité entre les tape-dur et la jeunesse dorée; des cris de « à bas les Jacobins, les Jacoquins » ! la tribune en plein air rend des sons de bataille, auxquels répondent seulement le silence et des cris étouffés. On parlait dans les comités gouvernementaux de « suspendre » les séances des Jacobins. Ce n’est pas tout. Le jour de la Toussaint, suivant l’ancien style, le 1 er novembre de l’an de grâce 17.94, triste date pour le jacobinisme, — une volée de pierres passe à travers nos fenêtres, avec des cris de malédiction. Les Jacobins femelles, les fameuses tricoteuses , prennent la fuite ; elles sont rencontrées aux portes par la jeunesse dorée et « une masse de quatre mille personnes » ; elles sont huées, raillées, bousculées, fouettées ignominieusement, les cotillons retroussés , — et disparaissent au milieu d*attaques de nerfs. Sortez, Jacobins mâles! Les Jacobins mâles sortent mais seulement pour se battre ; de là tumulte et confusion. De sorte que l’autorité armée est obligée d’intervenir, et le lendemain elle intervient encore, et suspend les séances jacobines pour jamais (t). — Ils ont disparu les Jacobins, ils ont sombré dans l’invi-

(1) Deux Amis , t. XIII, p. 43-49. — Moniteur, séances du 10-12 novembre 1794.

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