‹ Histoire de la révolution françaiseChapitre 48 sur 52 · LE LION N’EST PAS MOUT · texte numérisé non relu

LE LION N’EST PAS MOUT

sible, au milieu d’un orage de rires et de huées. Leur club devient une école normale, la première qu’on ait vue, et puis elle se change en un « marché du 9 thermidor », en marché Saint-Honoré, où l’on fait aujourd’hui un paisible trafic de volailles et de légumes. Ne sommesnous pas, nous, et nos semblables sur cette terre, de l'étoffe dont sont formés les rêves?

Le maximum aboli, le commerce devait prendre son libre essor. Hélas! le commerce entravé, bouleversé, comme nous l’avons vu, et aujourd’hui rendu à la liberté, ne peut, pour le présent, prendre aucun essor, il ne peut que languir et se traîner. Il n’y a à proprement parler aucun commerce à présent. Les assignats, depuis longtemps en baisse, émis en quantités innombrables, tombent maintenant avec une rapidité sans pareille : « combien la course ?» demandait quelqu’un à un cocher de fiacre ; «six mille livres », répondit-il, voilà ce que valait de papier-monnaie (1). L’oppression du maximum supprimée, les objets sur lesquels il pesait disparaissent; « deux onces de pain par jour » telle est la portion allouée. Longues, bruyantes et tristes sont les queues aux portes des boulangers ; les fermes sont devenues des boutiques de prêteurs sur gages.

On peut s’imaginer, dans ces circonstances, avec quel ressentiment le sans-culottisme murmurait contre « la Cabarus », regardait les ci-devant au retour de la danse, l’éclat de la civilisation de thermidor, les bals en caleçons couleur de chair. On a des tuniques et des san-

(l) Mercier, t. II, p. 94 (le 1 er février 1796, à lu bourse de. Paris, le louis dlor de 20 francs coûte 5000 fr. en assignats. Montgaillard, t. IV, p. 419).

dalcs grecques; les armées de muscadins paradent avec leurs bâtons plombés, — et nous nous sommes ici chassés, abhorrés, « ramassant les restes dans les rues » ; nous nous agitons en queues devant la porte des boulanj. gers pour nos deux onces de pain! Le lion jacobin, qui, disent-ils, a des réunions secrètes, « à l'archevêché, en bonnets rouges, et pistolets chargés », ne s’éveillera-t-il ■t pas? Selon les apparences, non. Nos Collot, nos Billaud, Barrère, Vadicr, dans ces derniers jours <^c mars 1795, sont déclarés dignes de la déportation ; provisoirement on les transporte au fort de Ham. Le lion est mort ; — ou h l’agonie.

Aussi voyez le jour appelé le 12 germinal (nommé également le 1 er avril, jour malheureux), comme ces rues de Paris sont une fois de plus agitées! Des flots de femmes affamées, d’hommes crasseux, s’écrient : a du pain, du pain, et la constitution de 93 ! » Paris s’est soulevé encore une fois, semblable à la marée de l’Océan, il se porte vers les Tuileries, il veut du pain et une constitution. Les sentinelles des Tuileries font de leur mieux, mais sans résultats ; la marée de l’Océan les balaye, inonde la salle de la Convention même, hurlant: «du pain et la constitution ! »

Malheureux sénateurs, malheureux peuple, vous n’avez pas encore, après toutes ces peines et ces agitations, de pain ni de constitution. « Du pain, pas tant de longs discours! » s’écriaient lamentablement les ménades de Maillard, il y a cinquante ans et plus; vous faites entendre le mêmes plaintes aujourd’hui. La Convention avec une ferme contenance, avec une arrière-pensée que l’on ne connaît pas, tient bon devant ce vaste et bruyant chaos, agite sa cloche d’alarme du pavillon de l’unité. La section

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