I.A CIRCULAIRE
que les nôtres ! » Il paraît étrange, mais cela ne l’est pas, que tout individu intercédant pour la vie d’un ami ait eu accès auprès de ce ministre de justice Moloch , et y ait rencontré de la commisération humaine ; il consentait et accordait toujours. Il n’est pas un ennemi personnel de Danton qui ait péri dans ces jours-là (1).
La clameur, disons-nous, lorsque certains actes ont lieu, est juste et inévitable. Cependant le langage distinct, non la clameur, est la faculté de l’homme ; lorsque parler n’est pas encore possible, que ce soit du moins, et dans le plus court délai, — le silence. Le silence, par conséquent, dans cette quarante-quatrième année de l’affaire, et la 1836* « de l’ère appelée chrétienne » (comme lucus à non lucendo), est la chose que nous recommandons et pratiquons. Oui, au lieu de crier davantage, il serait peut-être édifiantde remarquer d’un autre côté quelle chose étrange c’est que les mœurs, les usages, et avec quelle justesse la valeur, le courage d’un homme est appelé sa moralité. Voyez le cruel massacre, qu’on pourrait appeler l’un des enfants lès plus authentiques de l’Abîme : donnez-lui seulement des usages, il devient la guerre, avec les lois de la guerre ; il est dès lors suffisamment moral, et des individus vêtus de rouge en portent les instruments pendus à leur côté, non sans un air d’orgueil, que vous ne devez blâmer en aucune façon. Et pourtant, tant qu’il n’est vêtu que d’un drap brun et grossier, et que la révolution, moins fréquente que la guerre, ne s’est pas encore fait ses lois de révolution, seuls les individus vêtus d’un drap brun et grossier sont immoraux. O crieurs bien-aimés, hommes imbéciles, mes frères, fermons'nos larges bouches, cessons de crier, et commençons à réfléchir.
(1) Biographie des ministres, p. 103.
■SEPTEMBRE
SEPTEMBRE DANS L’ARGONNË.
En tout cas, il y a une chose claire, c’est que la peur, de quelque sorte que fût cette peur dont ces aristocrates ennemis avaient besoin, elle a été adroitement inspirée. La matière est alors sérieuse ! Le sans-culottisme est devenu aussi un fait, et semble disposé à se maintenir tel! Ce sans-culottisme naissant, marchant en vacillant comme un jeune agneau, ne prête pas seulement à la risée ; il est également terrible si vous le piquez, et de ses narines hideuses s’échappe le feu ! Les aristocrates, avec la livide panique dans le cœur, s’enfuient vers un abri, et une lumière s’élève pour eux sur certaines choses, ou plutôtune transition confuse vers cette lumière, qui pour le moment est l’obscurité, encore plus profonde que jamais. Mais que devient cette France? voici la question ! La France exécute sa valse du désert avec un tourbillon de 25 millions d’hommes (comme le fait le Sahara lorsque les vents s'éveillent en s’agitant), vers les mairies, les prisons d’aristocrates et les salles de comités d’élections ; vers Brunsw ick et les frontières; vers un nouveau chapitre de l’histoire universelle. N’est-ce pas, en vérité, la tin et la conclusion de cela ?
Dans les salles de comités d’élections, il n’y a plus à présent d’hésitation ; le travail poursuit bravement sa marche. La Convention est choisie — vraiment, dans un esprit décidé ; à l’hôtel de ville nous datons déjà de la première année de la république. Environ deux cents de nos
meilleurs législateurs sont réélus, la Montagne en totalité, Robespierre, le maire Pétion, Buzot, l’abbé Grégoire, ltabaut, soixante des anciens constituants, bien que nous n’ayons que «trente voix». Tous ces hommes, et de plus avec eux, des amis depuis longtemps reconnus révolutionnaires de réputation: Camille Desmoulins, quoique parlant avec difficulté ; Manuel, Tallien et compagnie ; les journalistes Gorsas, Carra, Mercier, Louvet de Favblas ; Clootz, le défenseur du genre humain ; Gollot d’Herbois, poussant la passion à tout déchirer ; Fabre d’Eglantine, le spéculateur pamphlétaire ; Legendre, le robuste boucher ; même Marat, bien que la province ne puisse le croire, et ne puisse même croire qu’il existe un Marat autrement que par écrit. Il est inutile de parler du ministre Danton, qui se démettra de sa charge pour se présenter candidat. Paris est ardent ; la province se pourvoit également : Barbaroux, Rebecqui et de chaleureux patriotes viennent de Marseille. 7/i5 hommes (ou en réalité 7 40, car Avignon en envoie maintenant quatre, sont recueillis ; autant se réuniront, mais pas autant partiront.
L’avoué Carrier d’Aurillac, l’ex-prêtre Lebon d’Arras, tous deux s’acquerront un nom. La montagneuse Auvergne réélit son homme, robuste cultivateur d’abord et ensuite professeur de mathématiques, qui, sans raison, produit in petto un nouveau calendrier remarquable avec des messidors, pluviôses et autres semblables, — qui, étant devenu en usage, tuera le calendrier appelé romain. Siéyès, l’ancien constituant, vient pour faire une nouvelle constitution que beaucoup attendaient. Du reste, en réfléchissant profondément et avec circonspection, il fléchira dans beaucoup d’occasions, et trouvera que 'le silence est ce qu’il y a de plus sûr. Le jeune Saint-Just arrive du
SEPTEMBRE
Nord, député par l’Aisne; il est plutôt étudiant que sénateur, n’ayant pas encore vingt-quatre ans; il écrit des ouvrages ; jeune homme de nature frêle, avec un organe doux et mielleux, de complexion enthousiaste, de couleur olive et de longs cheveux noirs. Férau de la vallée d’Aure, dans les replis des Pyrénées, ardent républicain, destiné à la réputation et après tout à la mort.
Des patriotes de toute espèce arrivent : des professeurs, des cultivateurs, des prêtres, des ex-prêtres, des commerçants, des docteurs ; par-dessus tout des parleurs, des sortes d’avocats. Des accoucheurs, comme Levasseur de la Sarthe, ne manquent pas ; ni les artistes, le gros David avec sa joue enflée. Il a cultivé la peinture pendant longtemps en état de convulsion, il sera un législateur. Sa grosse joue, arrêtant sa voix à sa naissance, l’empêche entièrement d’être orateur ; mais son pinceau, sa tête, son cœur ardent, joint à un génie toujours excité, siégeront là, homme corporellement et mentalement enflé, disproportionné, mou et gros plutôt que grand, faible d’ailleurs, en état de convulsion, non vigoureux comme artiste, ainsi qu’il veut le paraître ? Les bienfaiteurs de notre espèce naturalisés ne sont pas oubliés. Priestley, nommé par le département de l’Orne, a refusé. Paine, le rebelle tailleur, est élu par le Pas-de-Calais, il accepte.
Peu de nobles y arrivent, et même aucun.- Paul-François Barras, a noble comme les Barras, aussi vieux que les rochers de la Provence » , en est un . Le nécessiteux , l’échoué mortel, fut jeté sur les côtes des Maldives il y a longtemps-, quand il était matelot et soldat combattant l’Indien; il revint à terre depuis, Parisien affamé, coureur de plaisirs et à demi-solde, après avoir parcouru beaucoup d’îles, avec un enchantement temporaire, une conversion mo-
mentanée à l’état de bestialité et d’impureté {beasthood and hoghood). Le département du Var l’y a aussi envoyé: homme de chaleur et d’activité, manquant d’élocution, en un mot dépourvu de tout ce qui est nécessaire pour parler ; cependant, non sans une sorte de rapidité de coup d’œil, de certain courage vif et passager, qui à cette époque, la chance favorisant, pouvait, aller loin. Il est grand, beau à voir « seulement de complexion un peu jaune » . Mais sous une robe de pourpre, un manteau écarlate et une plume tricolore, dans les occasions solennelles, l’homme paraît bien» (1). Lepelletier Saint-Fargeau, ancien constituant, espèce de noble, possesseur d’une fortune énorme, y figurera aussi, — pour obtenir l’abolition de la peine de mort ! Malheureux ex-parlementaire! De plus, au nombre des soixante-neuf anciens constituants, remarquez Philippe d'Orléans, prince du sang ! non alors d’Orléans. Le féodalisme ayant été banni de la terre, il demande à ses dignes amis, les électeurs de Paris, d’avoir à lui donner un nom nouveau ; sur quoi le procureur Manuel, en sa qualité d’écrivain à antithèses, recommande le nom Egalité. En conséquence, là siégera Philippe Egalité, vu de la terre et du ciel.
Une telle Convention est recueillie ; véritable volaille furieuse dans le temps de la mue, dont Brunswick avec ses grenadiers aura bientôt fait raison. Le temps pourrait, attendu que Bertrand est toujours en prière, s’améliorer un peu (2).
C’est en vain, ô Bertrand ! Le temps ne s'améliorera pas un peu. Si même il s’était amélioré? Dumouriez-Polymète, quoique Bertrand ne le sache pas, sortit tout fringant d’un
(1) Dictionnaire des hommes marquants , Barras.
(2) Bertrand Moleville, Mémoires , t. II, p. 225.
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sommeil léger et de courte durée, cette matinée du 29 août, plein d’activité, de discrétion et d’audace. Trois jours après cela, Brunswick, ouvrant de grands yeux, aperçut le passage de TArgonne entièrement occupé, intercepté avec des arbres abattus et des camps fortifiés. Ce fut l’acte le plus prompt et le plus adroit qu’ait exécuté Dumouriez. *
La manœuvre peut coûter à Brunswick « une perte de trois semaines » , perte très-fâcheuse dans ces circonstances. Une muraille de montagnes de quarante milles étant entre lui et Paris, qu’il aurait pu occuper avant, dont il faut maintenant s’emparer ! Joignez à cela la pluie qui tombait chaque jour ; et nous sommes dans la misérable Champagne pouilleuse, terre couverte seulement de marais humides. Comment traverser ce mur de montagnes de l’Argonne, ou que faire sur cette terre? On marche, on s’éclabousse avec force jurons (Sackerment) et interjections gutturales; on force le passage de l’Argonne; mais, malheureusement, on ne réussit pas à traverser le bois ; les volées se répètent comme une forte musique, ou les timbales de Moloch, reproduites par les échos; les torrents gonflés bouillonnent avec fureur au pied des rochers, entraînant à leur surface des carcasses humaines. C’est en vain 1 Le petit village des Islettcs, avec son clocher, s’élève intact dans la passe de la montagne entre les hauteurs qui l’entourent ; vos marches forcées et ascendantes sont devenues des glissades forcées et, des chutes en bas. Du sommet des hauteurs tu ne peux rien voir, si ce n’est des rocs muets et des bois humides et plaintifs; la Vache de Clermont (énorme vache qu’elle est) se montre par intervalles (1), se débarrassant de sa
(1) lettres 6e Helen-Maria Williams, 111, p. 79-8J.
SEPTEMBRE DANS L’ARGONNE. Gî)
couveriiirc de nuages, inondée par les eaux du ciel, et la reprenant bientôt après. La passe de l’Argonne ne sera pas forcée ; vous devez longer l’Argonne, aller tout autour.
Mais imaginez-vous si les seigneurs émigrés n’ont pas vu un peu leur splendeur ternie, si « ce régiment à pied, avec uniformes lisérés de rouge et pantalons de nankin », pouvait être en ordre au jour de bataille! Au lieu de gasconnade, une sorte de désespoir, une hydrophobie provenant à' excès d’eau, menace de survenir. Le jeune prince de Ligne, fils de ce brave écrivain de Ligne, le lion des dandies, tombe en arrière, tué roide dans le Grand-Pré, partie nord de la passe. Brunswick est sur les bords, rôdant avec peine vers les extrémités du sud. Quatre jours, jours .de pluie comme au temps de Noé; sans feu, sans provisions! Pour avoir du feu, vous abattez des arbres verts et produisez de la fumée; pour provisions, vous mangez des raisins verts, et vous avez la colique, la dysenterie pestilentielle : oXexr.ro & Xao Les villageois nous assassinent, ils ne se joignent point à nous, ils menacent de nous frapper de leurs ciseaux! 0 seigneurs, infortunés et tristes seigneurs ! et vous, pantalons de nankin tout éclaboussés! — Mais, ô dix fois plus infortunés encore ! vous pauvres Sackerment , hideux hessois et hulans tombés sur le dos, qui n’aviez aucun motif pour venir mourir ici, si ce n’est la contrainte et les trois sous par jour! M ,nc Leblanc du Bras d’or n’a-t-elle pas aussi sa part sous ce berceau de joncs dégoûtants ! Les villageois assassins sont pendus, les honorables et anciens membres dè la Constituante, quoique d’un âge respectable, sont en voiture les mains liées: ce sont les malheurs de la guerre.
Ainsi on s’arrête et s’agite partout, sur les pentes et
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dans les passes de l’Argon ne, — perte pour Brunswick de vingt-cinq jours désastreux. 11 y a repos, mouvement ; on avance, on recule ; on se présente sérieusement, en , face, suivant que les positions changent, et l’ Argonne est en partie entourée, en partie forcée. Mais Dumouriez va toujours en avant, l’entoure, si vous voulez, tient bon comme un objet fixé en terre, lequel objet est muni d’un grand nombre de pivots, se portant tantôt ici, tantôt là, présentant continuellement un nouveau front au moment le plus inattendu, ne consentant, sur aucun point, à se retirer. Les recrues lui affluent, pleines d’ardeur, mais au sujet desquelles il survient quelques difficultés. Derrière le Grand-Pré, par exemple, le Grand-Pré qui est du côté opposé kl’Argonne, et que nous avons forcé et entouré, — les recrues ardentes, dans une de ces volte-face et de ces résistances de front, furent repoussées, comme le peuvent être des braves; il s’éleva alors un cri de Sauve qui peut! et une terreur panique qui faillit tout perdre! Mais le général arrive au galop, et d’une voix de tonnerre et avec force gestes, frappant même de son épée, les arrête, les rallie, leur fait sentir leur honte (1) ; il saisit les principaux criards et les chefs, « ils ont les cheveux rasés et les sourcils coupés », et il les envoie dans le monde comme exemple. Alors aussi (car réellement les rations minimes et le campement en pleine pluie donnent à des estomacs affamés de la mauvaise humeur) il y a presque une sédition. Sur ce, Dumouriez se présente en tête des lignes, avec son état-major et une escorte de cent hussards. Il avait posté quelques escadrons sur les derrières, l’artillerie en avant, et leur dit : « Vous autres, car je ne
(1) Dumouriez, Mémoires, t. III, p. 29.
» peux vous appeler ni citoyens, ni soldats, ni incs » enfants, vous voyez devant vous cette artillerie, derrière » vous cette cavalerie. Vous vous êtes déshonorés par des » crimes. Je ne souffre ici ni assassins ni bourreaux. Je » vous ferai hacher en pièces à la première mutinerie. Si » vous vous corrigez, si vous vous conduisez comme cette )> brave armée dans laquelle vous avez l’honneur d’être » admis, vous trouverez en moi un bon père. Je sais qu'il » y a parmi vous des scélérats chargés de vous pousser » aux crimes; chassez-les vous-mêmes, ou dénoncez-Ies- » moi: je vous en rends responsables (1). »
Patience, ô Dumouriez 1 cet amas douteux de criards, de mutins, une fois exercé, accoutumé, deviendra une phalange de combattants, et fera face et volte-face aussi promptement que le vent ou que le tourbillon ; faces tannées à moustaches, souvent nu-pieds, souvent sans provisions, avec des nerfs de fer, qui ne demandent seulement que du pain et de la poudre; vrais enfants du feu, mortels les plus adroits, les plus vifs, les plus chaleureux qu’on ait vus depuis Attila. Ils peuvent conquérir et envahir ainsi que le fit Attila, — dont tu vois aujourd’hui le camp et le champ de bataille sur ce même terrain, et qui après avoir balayé la terre, se trouva souvent en grandes difficultés, et eut des jours de lutte bien durs; — arrêté ici même par le Romain Aetius et la chance, leur nuage dépoussiéré fut de nouveau dispersé dans l’est (2).
Il est assez étrange que dans cette bruyante confusion militaire que nous avons vue il y a longtemps tomber dans une collision homicide, — àNancyoudansles ruesde Metz,
(1) Dumouricï, Mémoire», t. III, p. 55.
(2) Hclcn-Maria Williams, III, p; 32.
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où le brave Bouille se tenait l’épée nue, et qui depuis s’est brisée en pièces ; — il est étrange que dans cette confusion , et non d’ailleurs, paraisse le premier germe de retour à l’ordre pour la France ! Autour de ce germe, la pauvre France presque enterrée par suicide, au milieu de débris et du chaos, sera bien aise de se rallier, de commencer à s’élever, de donner une forme nouvelle à sa poussière inorganique, et de se transformer très-lentement, après des siècles, avec les Napoléon, les Louis- Philippe et autres de même nature et de même destinée, en une nouvelle France infiniment préférable, nous pouvons l’espérer!
Ces volte-face et ces mouvements dans la région de l’Argonne qui sont minutieusement ordonnés par Dumouriez lui-même, et plus intéressants pour nous que les plus belles parties d’échecs de Philidor, lecteurs, passons-les tous sous silence , — et liâtons-nous de remarquer deux choses, la première particulière et de peu d’importance, la seconde importante et générale. La première, c’est la présence, dans ce jeu de guerre de l’Argonne, d’un certain mortel appartenant à cette classe appelée immortelle. On a remarqué qu’anciennement lorsque les dieux apparaissaient aux hommes, c’était rarement dans leur forme naturelle reconnaissable : c'est ainsi que les vachers d’Admète donnent à Apollon un manteau de peau de chèvre, une coupe à lait (c’est heureux qu’ils ne le frappent pas avec leurs aiguillons), ne songeant pas qu’il est le dieu du soleil ! Le nom de ce mortel est Johann Wolfgang von Goethe. C’est le ministre d’Herzog Weimar, venu avec un léger contingent de Weimar, pour remplir une fonction non militaire, insignifiante, très-incompréhensible presque pour tous! Il estmain tenant, brides en main, sur les hauteurs près de Sainte-
Menehould, faisant une épreuve « sur la fièvre que donne le canon ». Ayant atteint la hauteur, à cheval, en dépit de toute influence, à travers les jeux et les feux des boulets de canon, avec le désir scientifique de savoir ce que peut être cette fièvre : «Son bruit, dit-il, est assez curieux ; » c’est comme s’il était composé du bourdonnement de » la toupie, du murmure de l’eau et du sifflet du moineau. » Vous éprouvez par degrés une sensation extraordinaire » qui ne peut être décrite que par rapprochement. Il » semble que vous êtes dans un endroit étouffant, et que » vous êtes en même temps saisi de la chaleur qu’il pro- » duit ; alors vous vous sentez comme si l’élément et vous » alliez de pair. La vue ne perd rien de sa force et de sa » clarté ; c’est comme si tout avait une sorte de couleur » brune et rouge qui rend la position et les objets encore » plus impressifs sur vous (1 ) » .
Voici la fièvre du canon, telle que la ressent un poète universel, — homme tout à fait sans pareil 1 Dans cette tête incompréhensible, il y a vraiment la contrepartie spirituelle (appelée le complément) de ce môme produit extraordinaire mort-né delà terrequi maintenant produit son effet au dehors dans l’Argonne, au milieu de ces tonnerres de canons, et au dedans dans cette tête incompréhensible. Prenez cet homme, ô lecteur 1 pour le plus extraordinaire de tous les extraordinaires individus, dans cette campagne de l’Argonne. Ce que nous disons de lui n’est point une fiction, ni une figure de rhétorique, mais un fait historique et scientifique, ainsi que beaucoup de personnes peuvent aujourd’hui, à cette distance, voir ou commencer à voir.
(!) Gœllie, Cuiitpnyne de Frime? (Œuvres, i.