LIVRE V
Situation de la Grèce aprèS' la destruction de l'armée de Dram-Ali. — Manifeste du gouvememont grec au congrès de Vérone. — Ses lettres à l'empereur Alexandre et au pape Pie VII. — Arrivée de la flotte ottomane devant Spezzia. — Combat naval. — Héroïsme d'Antoine Criésis. — Défaite du Capitan-Pacha. — Fragments de ses lettres au commandant turc de Nauplie. . — Sa fuite honteuse. — Irruption d'Omer-Vrione et de Réchîd- Pacha dans l'Étolie. — Belles paroles d'A. Mavrocordatos , qui s'enferme avec Marc-Botza-r ris dans Missolonghi. — Siège de cette place. — Entretien de Marc-Botzaris avec Ago-Vassiar, favori d'Omer-Vrione. — Adresse du capitaine souliote et d'A. Mavrocordatos dans leurs négociations avec les Turcs. — Préparatifs d'une expédition pour la délivrance de Missolonghi. — Générosité de Nicétas. — Beau caractère de D. Hypsilantis. — Lettre de Tahir- Abas à Omer-Vrione. — Assaut général donné par les Turcs. — Leur déroute. — Levée du siège. — Les Grecs de Missolonghi poursuivent les Turcs , dont ils font périr une grande partie dans l'Achéloûs. — Incendie du vaisseau amiral turc près de Ténédos. -* Prise de Nauplie. — Assemblée nationale à Astros. — Coupd'œil sur les représentants grecs. — Réconciliation d'Ulysse avec Négris. — Dépêche d'André Métaxas ,
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envoyé à Vérone. — Projet d'alliance de l'Ordre de Malte avec les Grecs. — Envahissement de la Grèce orientale par le sérasquier Sélim. — Sa retraite. — Succès d'Emmanuel Tombazis en Candie. — Dissensions des Grecs. — Invasion de Moustapha, pacha de Scodra, dans la Grèce occidentale. — Dévouement héroïque de Marc-Botzaris. — Il attaque de nuit Tavantgarde de Moustapha. — Sa fin glorieuse. — Ses fnnérailles. — Son portrait.
Malgré tant de brillantes victoires, lavenir de la Grèce n'était que trop sombre encore : le Péloponèse, sortant d'une lutte pénible, respirait à peine; la Mégaride ^ l'Attique et la Béotie , dévastées par le passage des troupes ennemies, étaient couvertes de ruines; cependant la flotte ottomane, composée de toutes les forces navales de la Turquie, de l'Egypte et des États barbaresques , quittait les parages de Patras et venait ravitailler Nauplie.
Tjes Souliotes, en proie à la famine depuis la bataille de Péta, ignorant les succès des Péloponésiens, et séduits par les conseils d'un agent britannique, venaient de signer une capitulation sous la garantie du gouvernement angio ^ ionien ; en conséquence , ils avaient
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évacue leurs montagnes; Orner -Yrione et Réchid-Pacha, devenus par la reddition de SouU tranquilles possesseurs de toute TÉpire , marchaient à la tête de douze mille hommes pour mettre le siège devant Missolonghi ; leur armée, forte en cavalerie et munie d*un train d'artillerie formidable , s'emparait de Yaltos et de Vrachori; à leur approche, Mavrocordatos précipitait sa retraite, et le génie de Marc- Botzarîs qui l'accompagnait, semblait pour la première fois fléchir devant la fortune.
Dans ce triste état de choses, les Grecs furent informés que les principaux souverains, réunis dans la péninsule italienne, allaient prescrire à la Grèce une paix honteuse avec la Porte ; craignant de perdre cette indépendance, fruit de leurs souffrances et de leur courage , ils adressèrent au congrès ces remarquables paroles :
«c Dix-huit mois se sont écoulés depuis que ce la Grèce est aux prises avec l'ennemi du nom « chrétien. Toutes les forces du mahométisme « sont dirigées contre elle. L'Europe musul- «mane, l'Asie el l'Afrique, s'arment à l'envi « pour seconder la main de fer qui a si long-
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«temps opprimé la natioft grecque, tt qoi ft n'aspire qu'à lui porter le coup mortel. Deux «fois, depuis que la lutte est commencée, la « Grèce a élevé la voix par l'organe de ses re- « présentants légitimes, à Ye&et de réclamer « les secours , et d'obtenir au moins la stricte «neutralité des puissances chrétiennes. Au- «jourd'hui qu'une réunion des puissants ré- « guiateurs de l'Europe, formée dans la pénina suie italienne , y délibère solennellement sur « les plus grands intérêts de l'humanité ; que « toutes les nations en attendent le maintien ce de la paix , la garantie du droit et de la dis- «pensation de la justice, le gouvernement ce grec croirait manquer à son devoir, s'il n'ex- 4i posait encore une fois aux augustes moa narques alliés l'état de la Grèce, ses droits « et ses vœux légitimes , ainsi que la ferme « résolution où sont tous ses citoyens d'ob- « tenir justice des pouvoirs humains, comme « ils ont trouvé grâce devant l'arbitre des ém- « pires, ou de périr tous chrétiens et libres.
« Des torrents de sang ont été versés ; mais « la bannière de la croix, partout victorieuse, «flotte sur les remparts du Péloponèse, dans
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te TAttiqne , TEubée , la Bëotie , l'Acarnanie , «rÉtolie, dans la majeure partie de la Thes- « salie et de l'Épire , dans l'île de Crète et dans a celles de la mer Egée. Tels ont été les progrès, w tel est l'état de la nation grecque.
« Dans cette position , il est évident , pour « tout homme qui connaît la Turquie , que les « Grecs ne sauraient déposer les armes avant a d'avoir conquis ou obtenu les garanties d'une «existence distincte, indépendante et natioce nale, seul gage de l'intégrité du culte, de la « vie des citoyens, de leurs propriétés et de « leur honneur. Que si l'Europe, inquiète du « maintien de la paix , condescend à négocier « avec la Porte ottomane , dans la vue d'asso- « cier la nation grecque à un même système « de pacification générale , le gouvernement « provisoire de la Grèce se hâte de déclarer ce officiellement , par la présente, qu'il n'ac- « quiescera à aucune transaction , quelque « avantageuse qu'elle puisse être en apparence, « qu'après que les députés auront été admis à «défendre sa cause, à exposer ses griefs, à « constater ses droits , ses besoins et ses inté- «rêts les plus chers. Si, contre toute attente.
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«la demande qu'il fait vient à être rejetée, la a présente déclaration équivaudra à une- pro- (c testation formelle que la Grèce suppliante a dépose, en ce jour, au pied du trône de la «justice divine; protestation qu'un peuple « chrétien adresse avec confiance à l'Europe et « à la grande famille de la chrétienté.
«Faibles et délaissés, les Grecs n'espéreront « alors que dans le Dieu fort; soutenus par sa '«main toute puissante, ils ne fléchiront pas « devant la tyrannie ; chrétiens persécutés dece puis quatre siècles pour être restés fidèles à « notre Sauveur et notre souverain Maître , « nous défendrons , jusqu'au dernier , son a Église , nos foyers et nos tombeaux : heu- « reux d'y descendre libres et chrétiens , ou « de vaincre comme nous avons vaincu jus- « qu'ici , par la seule force divine de Notre- <c Seigneur Jésus-Christ, et par sa divine as- « sistance. »
Théodore Négris, qui était alors Tame du corps exécutif, chargea André Métaxas et le colonel Philippe Jourdain de présenter ce manifeste au congrès de Vérone. Les députés furent en outre munis d'une lettre particulière
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pour l'empereur de Russie, et d'une autre pour le souverain pontife (i).
A peine le gouvernement avait-il pris ces sages mesures que la flotte ottomane, comman-
(i) Les voici rapportées textuellement: