‹ Histoire de la révolution grecqueChapitre 13 sur 28 · A SA SAINTETÉ LE SOUVERAIN PONTIFE · texte numérisé non relu

A SA SAINTETÉ LE SOUVERAIN PONTIFE

Le président du gouvernement propisoire de la Grèce,

« Très-saint Père,

« n y a long -temps que le gouvernement provisoire de la Grèce désirait offrir à Votre Sainteté Thommage de son profond respect; mais, occupé à satisfaire aux besoins les plus pressants de la patrie, qui exigeaient impérieusement toute sa sollircitude, il n'a pu, jusqu'à ce jour, remplir un devoir si doux. C'est avec joie qu'il s'en acquitte aujourd'hui , heureux d'avoir à joindre à l'expression de sa vénération celle de sa vive reconnaissance pour

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tembre la vigie de Spezzia la reconnut à ses nombreux signaux.

La prise de cette île par les Turcs aurait entraîné celle d*Hydra et la ruine de toutes les

rinterèt que Votre Sainteté a témoigné aux enfants de la Grèce. Plusieurs de nos compatriotes , ^e la sanglante persécution des impies a obligés de se réfugier dans les états de Votre Sainteté, nous ont assuré que vous aviez daigné, très -saint Père, les accueillir avec une charité évangélique, et leur accorder une protection toute paternelle. Ces traits de vertu, de la part de Votre Sainteté, nous ont pénétrés de reconnaissance sans nous surprendre. Le caractère vraiment apostolique que Votre Sainteté a déployé à une époque désastreuse est connu de tout le monde chrétien. Malgré les nuances différentes de culte qui séparent les peuples d'Europe, ils se sont tous réunis pour admirer et célébrer des vertus qui tournaient à la gloire de la religion et de son divin fondateiu*.

« Ces considérations nous encouragent à faire à Votre Sainteté une très-humble prière. Nous avons appris que les monarques chrétiens , la plupart attachés à rÉglise dont Votre Sainteté est le chef, allaient bientôt se réunir en congrès pour statuer sur les intérêts de l'Europe. Daignez, très -saint Père, intercéder en notre faveur. Que la Grèce se relève enfin de l'état d'humiliation où les ennemis

forces maritiaies de la Grèce. Cette considération n'avait point échappé au gouvernement;

du nom chrétien lavaient plongée! Qu'eUe soit secondée par les souverains de la chrétienté dans les nobles efforts qu eue fait pour secouer le joug aussi barbare qu'ignominieux de Fimpié ! Assez long -temps elle a souffert le martyre pour la foi de Jésus - Qirist ; pendant quatre siècles elle a. été abreuvée de larmes et d'injustices^ Que le jour du bonheur se lève enfin pour elle, sous les auspices de Votre Sainteté f Ce jour , qui doit réjouir tous les fidèles , mettra le comble à la gloire de Pie VII. « Votre ame sensible et généreuse , très - saint PèrC; TOUS inspirera des accents qui toucheront le cœur des rois chrétiens, disposés, d'ailleurs, comme nous le croyons, à soulager nos maux teiw ribles. Confiants dans U bonté et dans les lumières de Votre Sainteté, nous vous prions, très -saint Père, de croire à notre sincère vénération et à notre vive reconnaissance, et de nous accorder votre sainte bénédiction.

<i En l'absence du président du pouvoir exécutif^

«Xd vice^présidenty

«Athanase Kanakaris.

« Le secrétaire d'état ^ ministre des affaires étrangères y^

« Théodore Négris.

« Ai'goft, le 39 août 1S12. »^

îl avait fait toutes les dispositions nécessaires pour la mettre à Fabri d'un coup de main :

des cordons de troupes avaient été établis dans les endroits les plus accessibles , afin de s'opposer aux tentatives de débarquement; et Miaoulis, avec cinquante bricks, croisait devant ses côtes.

Dans la matinée du ao, on signala l'escadre ottomane qui s'avançait à pleines toiles dans le golfe d'Argos. Aussitôt Miaoulis partagea sa flottille en deux divisions : la première , qu'il commandait lui-même, se plaça par échelons dans le détroit de Spezzia; la seconde reçut l'ordre d'attirer l'avant-garde des Turcs entre Hydra et Hermione, et de manœuvrer de manière à séparer leurs forces : elle engagea l'action ; mais, attaquée avec la dernière opiniâtreté, elle plia et courut risque d échouer sur la plage de la Morée. Pour lui donner le temps de s'éloigner, Pipinos s'élança avec son brûlot au milieu des ennemis; il aborda par la proue une de leurs frégates, et se sauva sur le canot avec l'équipage ; plusieurs Turcs s'élancèrent à bord de la machine incendiaire, et parvinrent à l'écarter; mais le feu devint en un instant si violent qu'ils furent tous brûlés ou noyés.

Les femmes d'Hydra, rassemblées sur les rochers , attendaient avec anxiété l'issue d'un combat qui devait décider du sort de la Grèce. A l'aspect du désordre des Grecs, elles remplirent l'air de leurs lamentations; plusieurs s'écrièrent qu'elles allaient se séparer de leurs lâches époux qui trahissaient la patrie.

Cependant le Capitan-Pacha , débarrassé de l'une des divisions grecques, tourne tous ses efforts contre l'autre ; sa flotte , favorisée d'une brise légère, vomissant la mort de toutes partç, s'avance contre les Grecs , qui se déconcertent ; déjà la victoire penche du côté de& eiinemis. Antoine Criésis, voyant Timminence 4u péril j se porte avec son brick au milieu de quatre frégates; elles l'accueillent par lUie terrible canonnade ; Criésis disparaît dans les tourbillons de fumée; Miaoulis, suivi de Lébessis, de Panajotas, des frères Raphaël et de quelques autres capitaines , vole à son secours ; le combat devient alors génial; les Turcs, après quatre heures d'une lutte opiniâtre, se retirent en désordre , et les batteries de Spezzia prennent leurs vaisseaux en poupe. Dans cette action, chaque Grec eut sa part de

gloire; mais Criésis se fit surtout remarquer. Un brave Philhellène qui se trouvait alors à son bord, et que plus tard j'eus l'occasion de voir à Hydra, me dit avec enthousiasme : « Je donnerais ma vie pour assister « encore à ce spectacle aussi terrible que « magnifique ; j'ai souvent eu lieu d'observer , « pendant le danger, l'attitude de Criésis; à « mesure que le péril augmentait , sa physioa nomie s'animait , jet ses yeux brillaient d'un « éclat plus vif. »

Le 23, les deux escadres se retrouvèrent en présence : les Turcs essayèrent de nouveau de s'approcher de Nauplie; mais les habiles manœuvres de Miaoulis qui ne cessa de les harceler, et un calme qui les surprit dans l'après* midi, les empêchèrent de continuer leur route. Vers le soir, la chaleur devint étouffante; l'horizon se chargea de nuages; tout annonçait un orage; il éclata; le ciel fut sillonné d'éclairs; la mer n'offi^it qu'une vaste nappe d'écume; les Turcs voulurent profiter du désordre des éléments pour entrer dans le port de Nauplie ; mais leurs navires furent le jouet des flots ; un coup de foudre ayant brisé le grand mât de leur vaisseau amiral , ils

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furent saisis d'une terreur superstitieuse, et n'osèrent avancer davantage.

Le 249 le soleil éclaira les deux flottes au sud de Spezzia. Lie commandant de la division française envoya un de ses officiers à bord du Capitan-Pacha pour lui remettre un Géorgien mahométan qui, échappé pendant la nuit d'un bâtiment hydriote, s'était réfugié sous le pavillon français. Ce Géorgien instruisit le Pacha de ce qui concernait les fqrces et les projets des Grecs; il l'intimida par la peinture qu'il lui fit de l'exaltation des marins, et surtout par l'avis que six brûlots se trouvaient devant Nauplie. L'amiral turc expédia pour cette place un brick autrichien chargé de vivres, le fit escorter par une de ses frégates, et se tint à l'embouchure du golfe. Un brûlot donna la chasse à ce bâtiment, et le captura; un galiondgi s'y trouvait; il était porteur de trois lettres du pacha pour le commandant de Palamidi ; en voici quelques fragments , qui pourront donner une idée de la fausseté des bulletins turcs.

<c Grâce au tout-puissant Allah , depuis ence viron une lune nos affaires ont commencé

%5o HISTOIRE

<r à prendre une tournure assez favorable : le «t château de Souli a été pris ; des infidèles « qui s'y trouvaient, les luis ont été passés au <c fil de l'épée , les autres se sont dispersés dans «t les montagnes. Plusieurs visirs sont entrés « dans Missolonghi^ après s'être rendus maîtres ce de tous les environs... Nous sommes sortis « de Patras le 1 3 du mois dernier ; mais les <r vents contraires ne nous ont permis d'arri- « ver aux parages d'Hydra et de Spezzia que «c ie 5 de mouharème. Aujourd'hui , après avoir a découvert quarante bâtiments faydriotes et « spezziotes qui se dirigeaient audacieusement « sur nous , nous avons formé une ligne de «c bataille, et les infidèles ont résisté pendant a six heures ; mais grâces en soient rendues à xc la Ëiveur du Prophète : six de leurs vaisseaux « ont été coulés bas par notre artillerie , et <K deux autres, une corvette et un brick ^ ont <x été incendiés par nos matières inflamma- « blés... Comme il n'y a pas assez d'eau dans <a le fond du golfe , notre invinctble flotte « ne peut y entrer. Nous sommes informés «d'ailleurs que six brûlots des infidèles se « trouvent près du petit fort de Nauphe , et

DE LA RlÉVOLtmOK GREOQUE. 25l

<c dix autres À l'île de Spezzia , disposés à nous « attaquer, d

Le a5, Tinvincible flotte se tenait en panne; les Grecs l'assaillirent et lui brûlèrent un brick. Le a6 , un vaisseau de ligne toucha sur quel* ques petits rochers qui s'étendent, à fleur d'eau, au sud-est dllydra; l'équipage, n'ayant aucune idée de la manœuvre , s'épuisa en vains efforts pour le dégager ; alors le capitaine eut recours à vingt^deux Hydriotes qu'il tenait enchaînés dans la cale ; ces braves refusèrent de lui obéir, en disant qu'aucun tourment ne les forcerait à prêter le secours de leurs bras aux ennemis de leur . pays : un seul feiguit d'y consentir ; mais , à peine délivré de ses fers , il se jeta dans la mer, et parvint à se sauver à la nage. Les Grecs , profitant de l'embarras où se trouvait le vaisseau, dirigèrent contre lui deux brûlots; il allait devenir la proie des flammes , lorsque tout à coup il se remit à flot et échappa du danger.

Le lendemain , les Turcs apparetUèrent pour les Dardanelles ; poursuivis par les Grecs , ils doublèrent les îles de l'Archipel. A la vue de leur fuite honteuse , le commandant <le la division française dit à un de ses officiers :

a5a HISTOIRE

ce J'aimerais mieax être Miaoulis que Capitan- Pacha. D Hommage involontaire rendu à Timmortel vieillard d'Hydra, qui dans cette circonstance dévoila plus que jamais ses rares talents, et sut mettre à profit toutes les fautes de l'ennemi.

Les batailles navales du golfe d'Argos dé^ cidèrent du sort du Péloponèse ; mais la tempête grondait encore sur d'autres points de la Grèce; le foyer de la guerre était alors dans l'Étolie; Mavrocordatos , n'ayant sous ses ordres que mille hommes pour faire tête à deux armées nombreuses, était forcé de reculer devant l'ennemi ; on lui conseilla de se sauver dans la Morée. « Les habitants de ces contrées-ci, répondit-il, ne méritent pas que de braves gens se sacrifient pour eux; mais si je m'éloigne, ils se soumettront aussitôt, et c'en sera fait de la Grèce ; c'est ici que nous devons mourir. » Il entra dans Missolonghi, et laissa à Marc-Botzaris le soin d'arrêter les Turcs , jusqu'à ce qu'il eût mis cette ville en état de défense.

^ La population de Missolonghi était alors réduite à quelques familles qui n'avaient eu aucun moyen de se réfugier à Calamos ou

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dans le Péloponèse. Ses fortifications , pratiquées contre toutes les règles de l'art, ne consistaient qu'en une muraille peu solide et ceinte d'un fossé de sept pieds de largeur; elles étaient d'ailleurs d'une telle étendue, que pour leur défense il n'eût pas fallu moins de quatre mille hommes; quatre vieux canons de marine et quelques pièces de campagne formaient toute l'artillerie de cette place ; les tnunitions de guerre et les vivres, excepté le maïs qui était abondant, ne suffisaient point pour un mois. Mavrocordatos s'occupa d'abord à réparer le rempart à demi ruiné, et à dégager le fossé des décombres qui l'obstruaient ; pour tromper l'ennemi sur la force de la garnison, il fit ajuster au bout de pieux un assez grand nombre de baïonnettes trouvées dans un magasin, et les distribua sur les points les plus menacés; enfin il dépécha des exprès à tous les chefs de la Morée et dllydra , pour demander un prompt secours.

. Le 5 novembre , Marc-Botzaris , après une résistance héroïque près de Crionéri, vint rejoindre Mavrocôrdàtos. On était encore à fortifier la ville , et à créneler les maisons les plus élevées, lorsque les Turcs, au nombre de

douze mille, conduits par Omer-Vrione et Réchid - Pacha , vinrent se placer devant la porte , à une demi-portée de fusil ; en même temps, Jussuf- Pacha, avec trois bâtiments, fit le blocus par mer. C'était le 7 novembre;, et c'eût été le dernier jour des assiégés, si les Turcs eussent tenté sur tous les points un assaut général. Le feu bien nourri des Grecs, la vue des baïonnettes dont ils avaient hérissé les murs, et leurs fréquents roulements de tambour, en imposèrent aux ennemis, qui, dans l'espoir de s'emparer de la place sans effusion de sang, entamèrent les négociations et accordèrent aux Grecs un armistice de six jours ; Marc-Botzaris feignit d'être disposé à leur livrer Missolonghi à prix d'argent, renoua ses anciennes liaisons avec Ago-Vassiar, aga qui jouissait d'un grand crédit auprès d'Omer- Vrione , et profita de cet intervalle pour fortifier la ville. Depuis quelques jours, le&Missolonghites s'étaient emparés d'un brigantin turc échoué près de Yassiladi ; quatre de ses canons servirent à l'armement de deux barques qui furent placées à l'extrémité de la muraille. On parvint même à tirer cinq cents hommes de renfort d'Anatolico, seule ville de

D£ LA RIÉVOLUTION GRECQUE. 2 55

l'Étolte qui n'eût point été envahie par les Turcs.

Le i3, Ago-Vassiar ayant pris à l'écart Botzaris : «Le terme de la trêve, lui dit-îl, expire demain; la somme promise est prête; quand nous rendras - tu Missolonghi ? — Patience, mon ami; ne précipitons point les choses ; ce Mavrocordatos a sous ses ordres un régiment de Francs ; il faut que je les achète ; donne-moi seulement du temps. — Et quel est le nombre de ces infidèles ? — Sept cents. — Et celui de vos autres soldats ? — Deux mille trois cents ; mais ne t'en mets pas en peine : ils ont toute confiance en moi; accorde -moi quelques jours encore. — Oui ; Botzaris n'a jamais menti; je compte sur toi ; mais prononce ce serment qu'un brave n'a jamais violé : Bessa - ia - bessa (i), fils de Kitsos ! — Bessa-ia-bessa, illustre aga! » A ces mots, le héros souliote se retira tout confus, et portant la main sur son front couvert de rou^ geur : «Ah ! pour la patrie, dit-il, il faut sacrifier jusqu'à son honneur. »

(i) Foi pour foi.

a56 HISTOIRE

Ago-Vassiàr, de retour au camp, persuada à Oraer-Vrione de temporiser encore : celuici à son tour tenta de suspendre la fougue de Béchid-Pacha qui voulait donner l'assaut; mais Réchid persistant dans ses dispositions, il s'éleva entre eux une querelle par suite de laquelle ils ne voulurent, durant quelques jours, concerter ensemble aucune opération. Outre cette mésintelligence entre Réchid et Omer- Vrione , il en survint une stutre plus forte encore entre ce dernier et Jussuf-Pacba, qui, pour s'approprier l'honneur de l'entreprise, avait fait dire à la garnison qu'elle ne devait se rendre qu'à lui seul. Mavrocordatos sut tirer parti de cette proposition, en la communiquant aux deux généraux turcs , et se montrant disposé à f accepter; Omer-Vrione, pour prévenir Jussuf-Pacha , s'empressa, par l'intermédiaire d'Ago -Vassiar, de mettre plus d'instances dans ses relations avec Marc-Botzaris ; Béchid-Pacha de son côté fit des avances aux assiégés, et n'épargna rien pour avoir la préférence sur ses concurrents. Ainsi, les trois pachas, rivaux l'un de l'autre, perdirent leur temps en pourparlers que Botzaris et Mavrocordatos surent traîner en longueur.

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Cependant les courriers, que Mavrocordatos avait expédiés pour demander des renforts, étaient arrivés dans la Morée ; plusieurs chefs , rivalisant de zèle , se montrèrent prêts à voler au secours de Missolonghi ; le gouvernement invita les sénateurs d'Hydra à envoyer une flotte pour concourir à la délivrance de cette place ; ils répondirent que les fonds leur man* quaient; alors il y eut dans le Péloponèse une assemblée des capitaines et des primats , dans le but de faciliter les moyens d'une expédition maritime. Nicétas déposa le premier au milieu d'eux un sabre enrichi de diamants :

« C'est tout ce que je possède, dit -il, et j'en fais présent à la patrie, d Hypsilantis offrit son argenterie; un de ces mauvais conseillers, qui s'attachent aux grands pour les perdre, lui représenta qu'il contribuait par sa générosité à l'élévation de Mavrocordatos : w Malheureux ! lui répondit-il , est-ce le moment de songer à mes intérêts personnels ? » Tous suivirent l'exemple de ces vertueux citoyens, et l'équipement des vaisseaux fut bientôt effectué.

Le 24, douze cents Péloponésiens , commandés par Pierre Mavromichalis , André Zaïmis , Ranélos Délyanis et André Londos, dé-

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barquèrent à Missolonghi. Ces Grecs, ayant pris part aux victoires remportées sur Dram- Ali , étaient encore animés par le souvenir de leurs triomphes; ils communiquèrent à la garnison leur ardeur guerrière; Botzaris et Mavrocordatos étaient d'avis de se tenir quel* que temps enoore sur la défensive ; mais , cédant à Tenthousiasme des soldats, ils leur permirent de faire une sortie : elle coûta quelques centaines d^hommes à l'ennemi. D'après les conseils du capitaine souliote, Pierre Mavromichalis, avec cinq cents Moraîtt^s, alla prendre terre à Dragamestre, pour armer les habitants de Valtos et de Xéroméros , et mettre les assiégeants entre deux feux»

Le i5 décembre, Omer-Vrione reçut la nouvelle alarmante que toute la Grèce occidentale s'était de nouveau révoltée. Parmi plusieurs lettres que lui adressèrent les commandants des divers détachements qu'il avait laissés en Étolie , nous citerons la suivante de Tahir-Abas :

«Glorieux Pacha!

or J'ai fait tous mes efforts pour solder un «millier de Scypétars; mais je n'ai pu réus-

DE LA R^YOLUTIOlf GRECQUE. aSg

a sir : ils aiment mi^ux mourir de faim que « d'avoir affaire avec Botzaris. J'ai de tristes a renseignements à vous donner : tous les in- « fidèles (puissions -nous boire leur sang!) ce ont repris les armes : Rangos et le béi de « Mania ont insurgé l'Étolie ; les capitaines de a FAcarnanie sont suspects ; les guiaours sont et toujours faux : coiffez-les d'un turban , enve- (c loppez-les d'un cafetan , le signe de l'infidéc( lité ne s'effacera jamais de leur front. Tant a que nous laisserons un fusil à ces khirsizes ff ( brigands) de la Romélie, ils ie déchargeront «c sur nous. Pour faire danser l'ours à son gré, oc on doit lui arracher les ongles et les dents , <c et suspendre à son cou une chaîne pesante. » Orner -Vrione, craignant d'être lui-même cerné par les Grecs, voulut essayer une attaque générale ; connaissant leurs rites religieux, il crut devoir, pour cette entreprise, profiter de la nuit du 6 janvier, que les chrétiens de l'Église d'Orient consacrent à la célébration de Noël. Un Grec transfiige instruisît Botzaris de ce projet ; le capitaine souliote ordonna que pendant cette nuit toutes les églises fussent fermées , que tous les soldats se tinssent sous les armes, et que les cloches ne

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sonnassent que pour annoncer Fapproche de Fennemi. Ses ordres furent fidèlement exécutés.

A l'heure fixée pour l'assaut^ huit cents Albanais se jetèrent dans le fossé avec des fascines et des échelles; mille autres se tinrent à peu de distance pour les soutenir. Les deux généraux turcs ^ que le péril avait réconciliés, formèrent la troisième ligne avec le fort de leur armée. Au signal convenu^ la premièl*e division escalada les murailles; deux porte* drapeaux y plantèrent le croissant; les Grecs ^ encouragés pat* l'exemple de Botzaris^, reçurent les assaillants à coups de sabre; ils les repoussèrent dans la tranchée , et s'élancèrent à leur poursuite; la seconde colonne des ennemis vint à leur rencontre; ils la Culbutèrent, et rentrèrent dans la ville , après avoir mis en pièces neuf cents Albanais. Le lendemain , les glacis étaient jonchés de cadavres; et Omer- Yrione qui la veille disait en plaisantant à ses officiers, que son intention était de fêter à Missolonghi la Nativité du Christ , retiré maintenant dans la tente de Béchid, délibérait avec lui sur les moyens d'opérer leur retraite.

Le t3 janvier iS^S, à deux heures du matin, les Barbares s'étaient déjà mis en marche;

DE LÀ. R^VOXUTION GRECQUE. a6l

à l'aube du jour, le silence qui régnait dans les retranchements des ennemis fit présumer aux Grecs que le siège était levé; néanmoins aynut peine à croire à un départ aussi précipité , ils envoyèrent quelques tirailleurs pour s'en assurer; ceux-ci trouvèrent dans le camp huit canons en bronze ^ deux obusiers , plusieurs fusils et une grande quantité de provisions de guerre et de bouche.

La garnison de Missolonghi se mit aussitôt sur les traces des ennemis, qui fuyaient, partie avec Omer-Vrione par le sentier de Clissova, partie avec Réchid - Pacha vers Kirassova. Le 14? elle surprit Orner •^Vrione aux bords de l'Achéloûs; ce fleuve était grossi par les pluies ; les Turcs n^osaient le traverser ; mais déjà l'armée grecque les presse : les balles sifflent à leurs oreilles ; les flots mugissent de*vaut eux; après quelques moments d'hésitation, ils s'attachent par des cordes les uns avec les autres , et tentent le passage ; dix-sept cents périssent emportés par la rapidité des eaux; les autres parviennent à gagner la rive opposée , et , après avoir essuyé les attaques des paysans de Yaltos et de Xéroméros , ils ne respirent qu'aux portes d'Arta. Les Grecs re-*

tournèrent dans les murs de Missolonghi en chantant leur triomphe (i).

Deux autres événements avaient précédé ce succès, des Hellènes. Le 9 novembre 1 822 ,

(i) J'espère qu'on ne me saura pas mauvais gré de placer ici le chant héroïque de Missolonghi; il présente , sous une forme originale quoique parfois bizarre, des détails que je ne crois- pas devoir omettre. Le voici :

• Que ne suis^je oiseau ? que ne puis-je m'âever dans les airs et voir la Romélie , la triste ville de Missolonghi arrêtant là Turquie, quatre pachas et les chefs de l'Albanie avec douze mille hommes ? La terre est hérissée de canons fia mer porte des vaisseaux menaçants; les boulets tombent comme la grêle, et les balles menues comme le sable du rivage. Missolonghi . répond ; mais son feu ménagé est peu nourri : quatre cents guerriers seulement défendent ses remparts. Rendez-vous, leur crie-t-on, bas les armes f Mais eux, ils veulent la guerre j ils veulent mourir en combattant Petits, grands, s'écriaient : Délivrons la patrie ou périssons ! Honorons le pays qui est la fleur de la Grèce, la clef de la Romélie et la colonne de la Morée f Le prince et le général Marcos leur disaient : Mes enfknts , tenez tant que vous « pourrez ; des reuforts nous viendront par terre « et par mer. — Fussions-nous même abandonnés y

DS LA RévOLUTlOH GRECQUE. Sl63

Kanaris et Kyriakos montèrent leurs brûlots, et, accompagnés de trois bricks de guerre, sortirent dlpsara, pour aller détruire Tarmée navale des Turcs mouillée à Ténédos. Le jour

« nous ne céderons pas encore; nous honorerons la « nation comme nous layons fait jusqu'à ce jour... « Les secours arrivèrent; les Péloponésiens avec Pé- « tro-béi et quelques insulaires portèrent les en- « seignes de la Morée, et les plantèrent sur le re- « tranchement. Alors les Turcs avalaient des cou- « leuvres ; ils se rassemblèrent au son de leurs tim- « baies , pour délibérer sur ce quils avaient à faire. « Omer-Pacha appela à grands cris les Albanais , les « Tsohadars choisis d* Ali-Pacha : Où étes-vous , mes « Tsohadars, élèves d* Ali-Pacha ? Honorez à présent «la Turquie; élancez-vous dans le fossé!.. Tous « ont juré, par Mahomet , d'entrer dans Missolonghi « pour tout saccager. Le jour de Noël, avant Fau- « rore, ils ont crié : Allah ! Allah ! et ont donné Tas- « saut. Leur effort tomba sur les Missolonghites, « qui se trouvaient séparés des Péloponésiens ; ils « croyaient avoir affaire à des pécheurs , mais ils « trouvèrent de braves palikares ; ils ont mis des « échelles pour monter, et sous les coups de fusil « et sous les coups de sabre, ils tombaient comme « des grenouilles. Combien ont péri dans cette at- « taque! Qui peut se le figurer? Qui peut les comp-

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d'après, ils doublèrent sous pavillon ottoman le cap de cette île , et vers le soir se trouvèrent à rentrée du port; les bâtiments qui

« ter? Deux Hellènes seulement , connus dans Mis- « solongbi , ont succombé ; l'un se nommait Nîco^ « las Kakouris , et l'autre Georges Mouronlis. Tous « les ont regrettés , parce qu'ils étaient braves. « S'ils ont été tués , ne pleurez pas leur trépas : ils « sont morts pour la patrie ; ceux qui périssent « pour elle ne meurent pas ; ils laissent un beau « nom, et s'en vont avec gloire. Les Turcs vaîn- • eus s'enfuient sans tourner la tête; les Grecs, « au contraire , sont dans l'allégresse ; ik rient , « ils cbantent. Les drapeaux des Turcs restent « dans le fossé ; les Grecs les ramassent et en font « un faisceau; puis, ils les partagent dans les bat- « teries, et ceux qui les prennent en font la « parure de leurs ânes. Alors les lâcbes Barbares « fuyaient honteusement ; ils pleuraient de déses- « poir comme des enfants sans raison , et se frap- « paient le sein avec une fureur effrénée. Ils se « sont arrêtés à Vrachori, au bord du fleuve; « ils craignaient de le traverser, car il descendait « rapide... Quelle étrange invention le démon leur « inspire ! ils prennent des cordes et se lient « les uns aved les autres pour tenter le pas* «sage; dix -sept cents y périssent emportés pax: « les eaux. »

DE LA R]éVOLUTION GRECQUE. Sl65

tes escortaient faisaient semblant de leur donner la chasse; deux frégates ennemies, qui étaient en croisière, ayant pris le change, firent signe aux brûlots de les suivre, et bientôt ils entrèrent ensemble dans la rade. C'était sur la brune, et l'on ne pouvait distinguer le vaisseau amiral au milieu d'une foret de mâts; mais il se fit connaître lui-même, en répondant aux signaux des frégates par trois

coups de canon. « Nous l'avons attrapé

courage , compagnons ! » dit Kanaris. Et , se dirigeant du côté d'où la canonnade était partie, il fond sur sa proie, et s'y attache; le navire s'embrase; le Capitan-Pacha , avec une trentaine des siens, parvient avec peine à s'échapper ; la confusion se met dans toute l'escadre ; les Turcs de la forteresse de Ténédos , croyant que c'est la flotte grecquiî qui est entrée dans le port, déchargent aveuglément leurs batteries sur leurs propres vaisseaux , qui coupent leurs câbles, se heurtent,'se brisent les uns contre les autres, et gagnent enfin le large; au moment où ils se croient hors de péril , une furieuse tourmente survient au milieu des ténèbres, et les disperse; plusieurs d'entre eux s'ensevelissent sous les flots ; douze bri-

gantins donnent sur la plage sablonneuse de la Troade; deux frégates et une corvette ^ abandonnées on ne sait comment par leurs équipages, sont transportées par les courants jusqu'à Paros; les braves brùlotiers^ accueillis par les bricks qui les attendaient, s'en retournent à Ipsara, vainqueurs à la fois des ennemis et de la tempête.

Un mois plus tard , Nauplie tomba au pouvoir des Grecs. Ce fut le la décembre, jour où l'on célèbre en Grèce la fête de saint André , patron du Péloponèse. Quoique cette place eût été prise d'assaut et pendant la nuit, la victoire des Grecs ne coûta pas une seule goutte de sang, les assiégeant^ ne leur ayant pas opposé la moindre résistance ; traités avec la plus grande humanité, ils furent tous transportés à Scala-Nova. Mais ils n'eurent pas plus tôt touché le sol de l'Asie-Mineure, qu'ils tentèrent de massacrer les Hydriotes qui les y avaient conduits; n'ayant pas réussi, ils tournèrent leur fureur contre les chrétiens de Scala- Nova, et égorgèrent tous ceux que les gouverneurs du pays n'eurent pas le temps de sauver.

Après la chute de Nauplie , le corps exécutif

DE LA RÉVOLUTIOir GRECQUE. S167

envoya des circulaires par toute la Grèce , pour hâter l'élection des députés du second congrès national, qui devait avoir lieu dans la petite ville d'Astros. Les nominations se firent partout au mépris des lois existantes : dans la Morée , les primats s'élurent eux-mêmes mandataires du peuple; à Hydra, les sénateurs; dans la Grèce continentale^ les capitaines ; et dans l'Ârchipél, les démogérontes.

Au milieu de mars 182 3, plusieurs canots à voiles triangulaires, connus dans le pays sous le nom de tréchandins, apportèrent à Astros les représentants de la mer Egée ; ceux du Péloponèse et de la Homélie s*y trouvaient déjà réunis ; pour commencer les travaux législatifs, on n'attendait que l'arrivée de Colocotronis , d'Ulysse et d'Hypsilantis. Tout annonçait que l'assemblée serait orageuse : partout on voyait un grand penchant à se disputer, des prétentions hautaines et des haines invétérées ; chacun semblait être venu à Astros plutôt pour terrasser son antagoniste que pour délibérer sur les intérêts publics.

La première séance se tint le 10 avril dans un jardin à l'ombre des citronniers. A peine le jour avait paru , que le plus âgé des députés

a68 HISTOIRE

occupa le poste de président provisoire. C'était un coup d'oeil bizarre que cette réunion d'hommes différents de costumes, de mœurs et de ca* ractère : d'un côté , l'on voyait les Maniâtes aux cheveux flottants, et aux larges culottes formant des plis autour de leur ceinture; de Tautre, figuraient les primats de la Morée,la plupart coiffés d'une espèce de turban , et portant une . pelisse doublée d'hermine ; ici , se trouvait Hypsiiantis, vêtu à l'européenne; là, le sauvage Colocotronis, étalant un grand luxe dans son accoutrement albanais; plus loin, le regard s'arrêtait sur la morgue magistrale des sénateurs d'Hydra, ou sur la figure mobile et spirituelle des Ipsariotes. Ulysse parut bientôt, roulant des yeux farouches; à l'aspect de Négris, il pâlit de colère, et vint d'un air sombre prendre place sous un arbre isolé. Avant d'ouvrir les discussions, chaque membre prononça ce serment : a Au nom de Dieu et de mon a pays, je jure d'agir avec un pur et inécr branlable patriotisme , de travailler à une «f sincère union , et d'abjurer tout sentiment t< d'intérêt personnel dans tous les débats qui tf vont avoir lieu. « On procéda à l'élection du président et du secrétaire ; le choix tomba

bÈ LA RÉVOLUTION GRECQUE. 269

isur Pierre Mavromichalis et sur Négris; à la nomination de ce dernier , Ulysse ne put dissi* muler son ressentiment; il dit à un de ceux qui louaient à ses côtés les lumières de Mégris : (c Ce ne sont point les vaines proclamaa tions du gouvernement qui ont détruit Dram- « Ali ; le seul courage des soldats a retenu la «Grèce aux bords de l'abîme, où quelques ce hommes pervers et turbulents allaient la <K plonger. » Pendant toute la journée le congrès entendit différents rapports sur l'amélioration des finances, de l'armée, de la jurisprudence, et nomma une commission pour reviser le code politique.

La plupart des capitaines s'étant aperçus , dès le premier jour, que les chefs civils , aidés de Négris, allaient avoir la prépondérance dans l'assemblée, s'unirent autour d'Hypsilantis pour balancer leur autorité; les chefs civils, de leur côté, pour miner la puissance des capitaines, proposèrent une loi qui donnait au gouvernement la faculté de distribuer des brevets de capitaine aux officiers subalternes qui avaient servi la patrie durant l'année précédente. Ulysse, se tournant du côté des primats, c'^cria : « Vous voulez, par vos diplômes, semer

tros sans avoir déchiré ses entrailles. Néan* moins Négris, malgré sa pusillanimité naturelle, se fiant à la force de son éloquence, se présenta chez lui dans la nuit du i5. A son aspect, Ulysse s'élança de sou sopha, et portant la main sur son sabre : «i Je suis , lui dit-jl , le fils d'Androutsos ; me reconnais -tu? — Ta Toix terrible me l'aurait appris , si je ne connaissais déjà le plus grand général de la Grèce. Je suis coupable ; j'en ai du moins l'appa-rence; mais, avant de me punir, tu dois m'é* coûter; oui, tu le dois. — Le lion dédaigne d'écraser la fourmi qui se meut à ses pieds; parle. — Je t'ai persécuté ; des hommes pervers, les circonstances, la destinée m'y ont entraîné : mais juge par le mal que je t'ai fait du * bien que je pourrai te faire ; deviens mon ami, et je te sacrifierai mes liaisons, mes devoirs, mon existence, tout; je sens en moi le désir ardent de t'élever au pouvoir suprême. Capitaine , la pensée et la force régissent le monde; j'ai la parole, tu as l'épée; unissons nos armes. — Plus je t'entends, plus mon or* gueil s'irrite de te voir faire tous tes efforts pour me tromper. Hier mon persécuteur^ aujourd'hui mon ami! Qui t'a pu inspirer un

changement si prompt? — L'intérêt; c'est lui qui force les héros à faire des sacrifices su-* biimes, et les saints même à subir le martyre. J'abandonne dès ce moment le parti des primats; transfuge^ je viens dans ta tente; j'ai été quelque temps la cheville ouvrière de leur politique : vains automates, ils ne pen* saîent que par ma tête, ils ne parlaient que par ma bouche. Maintenant tout doit changer: un autre m'a remplacé. ■^- Et qui pourrait compter sur toi, lorsque Mavrocordatos est ton ami? — Que me font Mavrocordatos et ses ruses? Je le hais comme l'enfer; je l'ai toujours haï. Son amitié!., je la rejette; je Tai acceptée, quand mon honneur était compromis. Il m'a caressé, lorsqu'il avait besoin de mon bras pour renverser son rival ; je le gêne ; il se débarrassera de moi tôt ou tard. Prévenons ses intrigues; unissons nos haines pour le perdre. — Tu m'entraînes; tes paroles ont quelque chose qui pénètre le cœur : touche ma main... Ah! si tu m'abusais... écoute : le serpent par d'habiles détours fuit quelque temps le châtiment qu'il a mérité, mais à la fin la hache l'atteint... Je ne te fais qu'une

seule remarque : l'homme qui m'insulterait

pourrait éviter la vengeance de Dieu, mais non la pointe de mon épée. »

Ulysse, lié secrètement avec Négris, allait bouleverser tout. « Promulguons , criait-il à ses c( partisans, une autre constitution, et traçons- « en les pages avec le sang de nos primats. » Ceux-ci, voyant leurs jours en péril, tâchèrent de diviser les capitaines, et de s'attirer les plus influents d'entre eux; Papa-Fléchas o£Frit de leur part à Hypsilantis la présidence du corps législatif. « Je suis venu en Grèce, lui dit Hypsilantis, non pour courir après des charges, mais pour coopérer à la délivrance de la pa* trie. Je ne vois aucune chance de salut pour ell^, tant que ces kodjabachis auront le pouvoir dans leurs mains : je puis me tromper ; mais je ne sacrifie point mes sentiments à mes intérêts. » Anagnostaras prit Nicétas à part, et se mit à le prêcher en faveur des primats; ce simple capitaine lui répondit en se bouchant les oreilles : a Je ne t'écoute pas; laisse-moi te fuir ; je sais manier l'épée mieux que la parole ; tu veux me duper , et tu y parviendras si je reste av^c toi. )> Il n'en fut pas ainsi de Colocotronis : il se laissa corrompre par Anagnoste Délyanis. Le parti d'Ulysse et de Négris, afFai-

DE LA RÉVOLUTION GRECQUE. 2'jS

bli par cette défection, vit 86$ projets travei*sés , et ne pensa plus qu'à réformer la constitution.

Mavrocordatos panit dans l'assemblée} il lutta pied à pied avec Négris sur le terrain de la législation ; dans la chaleur de la dispute , il s'écria : « Youiez^vous Êiire du corps eiçécutif une créature du sénat? —Il serait à désirer, répondit Ulysse avec aigreur, qu'il n'existât plus, à l'avenir, surtout si ses membres pouvaient être semblables à ceux.de i8ask. n

Pressé par Ulysse, le congrès émit le décret suivant :

ff La seconde assemblée constituante de la a Grèce, après avoir adopté les changements « et les améliorations que réclament l'expé- « rience et l'intérêt de la nation , décrète :

«c Que le pouvoir exécutif ne pourra* établir <c de loi, ni faire aucune innovation dans la <t constitution, dans quelque drconstance que t< ce puisse être.

« Que la constitution, ainsi révisée et rati- « fiée du consentement général^ sera immé- « diatement promulguée dans toute la confé- « dération. »

Ensuite, les primats du Péloponèse mirent

à l'ordre du jour une loi relative à la vente

(les dornaines nationaux. La plupart d'entre eux , avides des terres de la péninsule , s'étaient promis de s'aider mutuellement dans l'achat, et dévoraient déjà dans leur cœur les richesproduits de l'Élide , de la Corinthie et de l'Argolide. Cette question agitée produisit dans l'assetnblée la plus vive rumeur; Négris éleva la voix, et combattit la cupidité des grandsavec la chaleur d'un audacieux tribun ; les soldats affichèrent ce projet de loi sur un arbre ^ et le fusillèrent tons à la fois, en s'écriant qu'ainsi serait percé de leurs coups celui qui ravirait à la patrie un seul arpent de terre.

Dans ses dernières sessions , le congrès abolit la gérusie, l'aréopage et la junte de la Grèce occidentale; il établit des éparques ou gouverneurs pour les provinces, et un harmoste ou directeur pour la Candie; il déféra le poste de généralissime du Péloponèse à Colocotronis , celui de l'Étolie et de l'Acarnanie à Marc-Botzaris, et adressa au peuple un acte constatant le résultat de ses travaux (i).

(i) Le voici :

\La guerre nationale des Grecs pour la déclaration et le maintien de leur indépendance continue

DE Là REVOLUTION GRECQUE. 277

La présidence du sénat fut confiée provisoirement à Jean Orlandos , celle du corps exécutif à Pierre Mayromichalis , et le secrétariat d'état à Mavrocordatos.

depuis trois ans. Pendant ce laps de temps, le tyran' n'a pu obtenir de succès contre nous, ni sur terre ni sur mer; nos ennemis sont tombés par milliers, victimes de la témérité de leurs chefs; des places fortes ont été prises, le territoire a été agrandi , et le bruit de nos armes a retenti jusque sous les murs de Bjzance.

« C'est à Epidaure que la Grèce eut le bonheur de manifester le premier acte de sa volonté et de son indépendance, en établissant un gouvernement national, et en instituant ses lois fondamen* taies. Seize mois après, la seconde assemblée du peuple a été convoquée à Astros. Après avoir soumis le code politique à un nouvel examen d après le vœu de la nation, elle a décrété les améliorations que lui dictait Fintérét commun. Letat des finances, les rapports publics, les ressources de la patrie , ont été discutés avec un égal soin ; des mesures nécessaires ont été prises pour l'entretien des armées de terre et de mer, qui continueront à rendre vaines toutes les menaces futures de notre ennemi. Conformément à la loi heureusement in< stituée à Epidaure, il est décrété que le gouverne*

5178 HI8TOIRB

L'assemblée nationale allait se dissoudre, lorsqu'elle reçut des dépêches d'André Métaxas qui s'était présenté à Vérone; ies députés,

ment provisoire a commencé sa seconde période administrative, et qu'il s'occupera des grands devoirs qui sont confiés à sa vigilance et à son patriotisme. Avant de se séparer, il reste encore un devoir à remplir au congrès; il proclame doue au nom du peuple grec, detant Dieu et les hommes ^ l'existence politique des Hellènes et leur indépendance^ pour lesquelles la nation a déjà versé des l^rrents de sang, avec la résolution inébranbble de' tous et de chacun de conserver la liberté conquise^ ou de s'ensevelir les armes à la main dans la tombe, comme il convient à des hommes résolus de combattre pour les droits qu'ils ont reçus de la nature, et pour la sainte religion qu'ils professent. Privés de leur liberté et de leurs propriétés, exposés à -des cruautés inouïes de la part de ceux qui ne ^connurent jamais ni humanité ni justice, les enliants d'une terre héroïque n'ont jamais oublié la 'gloire de leurs ancêtres; ils sentent qu'en secouant le joug de la barbarie et en délivradt leur pays, ils n'ont fait que remplir une obligation sacrée, imposée par les devoirs de la religion, et commandée par les progrès des lumières.

«Un des objets du présent congrès, élu par le

DE LA RivOLUTIOW GRECQUE. 279

pleins d'espérances , en lurent avidement le contenu , dont voici quelques fragments :

« Des hommes qui ne révent que Garbo-

choix libre et désintéressé du peuple, a été de proclamer à Funivers entier :

« i*^ La justice de la guerre où il s'est engagé pour le maintien de l'indépendance nationale ;

« a^ L'ardent désir de ce peuple de reconquérir les sciences, perdues pendant des siècles d'oppression, et de reprendre son rang parmi les nations éclairées de l'Europe, dont il espère l'intérêt et l'appui ;

« 3® Les remercîments qu'adresse la nation tout entière aux armées de terre et de mer qui , pendant les deux dernières campagnes, ont si vaillamment défendu leur pays, et détruit à l'ennemi plus de cinquante mille hommes ;

« 4*^ L'expression de sa reconnaissance au gouvernement piovîsoîre et aux juntes locales , et plus spécialement au sénat du Péloponèse et à l'aréopage de la Grèce occidentale, pour le zèle et le désintéressement avec lesquels ils ont accompli leur tâclie difficile.

«En terminant ses travaux, le congrès national implore le Tout -Puissant, père de l'univers, et le supplie d étendre sa haute protection sur les peuples de la Grèce, et de couronner leurs efforts par le succès. »

a8o HISTOIRE

<c nari, qui en voient partout, ont osé nous « représenter comme tels aux yeux des mo^ « narques, tandis que nous combattons pour « nous soustraire au joug affreux de nos ty- <x rans , sans nous occuper de ce qui se passe a chez les autres puissances. La démarche que « nous avons faite auprès du congrès. aurait dû (c prouver aux souverains que nous ne sommes « point des révolutionnaires : car des révolutf tionnaires ne s'adressent point aux têtes cou- « ronnées pour demander un chef.

« Nos ennemis ont déjà obtenu un avantage <i par cette calomnie atroce, puisqu'ils sont « parvenus à empêcher les rois de la chré- « tienté de nous tendre une main secourable.

« Ils feront encore plus : ils vont intriguer au- « près du sultan, pour tâcher de nous porter u le dernier coup; par leurs conseils, la Porte a vous proposera sans doute une amnistie , des Ci terres et même de l'argent ; elle vous pro- « mettra de garantir à tous les Grecs leur vie « et leur fortune. Si vous acceptez, vous êtes a perdus : dès que vos lyran$ seront les maîtres, « tout ce qu'ils vous auront accordé vous sera « enlevé...

« Nous sommes livrés à nos propres moyens,

DE LA RÉVOLUTION GRECQUE. a8 f

« £h bien ! nous avons i^aincu jusqu'à présent a avec Faide de Dieu : c'est sa cause que nous a défendons; continuons; il ne nous abandona nera pas. Que toute espèce de passion soit « mise de côté ; que les Hellènes se rallient à un a gouvernement ferme; évitons surtout lesdir< visions : ce sont elles qui ont perdu nos ance cétres. »

La consternation que produisit cette nouvelle fut tempérée par une autre lettre, dans laquelle ce même Métaxas annonçait aux Grecs que le colonel Jourdain espérait leur obtenir quelques millions de francs, en vertu d'un contrat d'alliance avec l'Ordre de Malte (i).

(i) Cette négociation offre des détails trop curieux pour que je la passe sous silence. En effet, M. Jourdain stipula, le lo juillet iSaS, un traité provisoire avec l'Ordre de Malte. En voici les principales clauses :

H 1** L'Ordre souverain de Saint-Jean-de-Jérusaleni reconnaît l'indépendance de la nation grecque.;

« 2® Voulant concourir de la manière la plus ef^ ficace à cimenter l'union que la conformité des intérêts a établie entre les deux gouvernements, il renonce dès à présent à tous les droits et prétentions qu'il aurait a exercer en Grèce, et notamment à la

28a HISTOIRE

Il était temps que les discussions politiques se terminassent : l'ennemi sortait de son inaction; son escadre, présentant un effectif de cent vaisseaux de guerre , menaçait de

possession des bailliages de Nég repont et de Morée;

« 3" Le gouvernement grec, reconnaissant de son coté la légitimité des droits ou réclamations énoncés par TOrdre, accepte sa renonciation, et lui garantit en compensation la pleine et entière propriété et souveraineté de Rhodes, Scarpento et Stampalie , avec les îles qui en dépendent et qui étaient en possession de l'Ordre de Stiint-Jean-de- Jérusalem ;

« 4^ L*Ordre fournira , à titre de subside, un secours de quatre millions au gouvernement grec. »

Le 5k août, la commission de VOrdre délégua en Grèce un de ses chevaliers, M. Ghâtelaia, avec le pouvoir de traiter définitivement avec les Grecs. £Ue eut en vue de tira[' tous les avantages possibles de cette alliance , et lui donna des instructions fort étendues. (Voir là -dessus les Mémoires historiques et militaires sur la Grèce, par M. Jourdain.) Voici fextrait de celles qui m'ont paru les plus piquantes :

« Les Grecs sont fins , spirituels , faux et sans « foi.,. Prenez Fair d être sincère et plein de bon- « homie y défendez pied à pied tout ce qui pour-

DiL LA HÉVOLDTIOir GRECQUE. ^83

nouveau TArchipel. Vingt-deux mille Asiatiques, rassemblés à Larisse, marchaient sur les Thermopyles , sous le commandement du sérasquier Sélim. Moustapha, pacha de Scodra,

« raît être utile à TOrdre; quand vous ne pourrez « répondre à des objections , tous les laisserez « tomber y et passerez de suite à quelque c^ose qui « puisse flatter les Greos et leur être agréable , en « soutenant toujours h dignité de TOrdre illustre « que vous allez représenter. L'habileté consiste à « leur faire espérer un secours de notre part, et à «éluder, autant que possible, un sacrifice pécu- « niaire. Notre caisse est vide; nous manquons de » chevaliers , d*officiers , de soldats , du itiatërid <* d'une armée et d'une flotte, en général de tout ce « qui constitue une puissance. Ce qui nous importe « maintenant, c*est d'obtenir un chef^ieu de notre « résidence. Dès que notre pavillon sera planté sur <« un rocher, la France nous rendra les vingt -neuf « millions de biens invendus , la Belgique seize mil- « lions ^ et le roi de Sardaigne huit millions.

« Gomme on ne sait ce qui peut arriver en Grèce, « et quelles peuvent être les vues des Grecs, ayez « sous les yeux tes lies de l'Archipel,' et tâchez d'en « obtenir quelques - unes pour prix de notre al- « liance. Dans aucun cas, nous ne voulons entendre « parler de Milos : entièrement volcanisée, elle est

rien obtenir. Il exhorte par des proclamations patriotiques ses soldats à le suivre sans salaire ; personne n'y veut consentir. Il s'achemine alors vers Tlsthme^ accompagné de quel-

« L'Ordre de SaintJean*de-Jërusalem est4in Ordre « souverain. Il a existé plus de sept c^its ans, pos-> « sédé des flottes , nommé des ambassadeurs , fait n battre monnaie et levé des impôts^ il a possédé « successivement Tripoli, Saint- Jean-d' Acre , Jérucc salem y le royaume de Chypre , Rhodes , Mégi^- H pont, la Morée, etc. ; il tenait prisonniers sur ses « galères au-delà de douze mille mahométana. Le <c siège de. son gouvernement fut originairement « Jérusalem , ensuite Rhodes et dernièrement Malte. « Cette lie lui. fut arrachée par Napoléon ; néao- « moins il a conservé toujours une existence poli- « tiquei Le pape est son chef spirituel; !<» nations « saluent les premières son pavilk>n ; en Espagne « et en Portugal^ il a plus de trois cents millions de « biens doipit il jouit encore; l'Autriche et la Russie (i le favovisent ; la première de ces puissances lui « offre rîle de Lissa dans l'Adriatique, l'arsenal <« de Venise et tout son. matériel pour fabriquer « ses premières flottes , jusqu'à ce qu'il puisse s'efi « passer,

« Les chevaliers de Malte, étant alliés aux plus « grandes familles de l'Europe , étant , pour ainsi

DE Là RiVOLUTIOK GRECQUE. 287

ques amis , portant d'une main un étendard , de l'autre son sabre, et sur ses épaules sa vieille capote. On lui amène son cheval ; il le renvoie en disant : a Mes frères de la Romélic

« dire, un abrégé des puissances chrétiennes, peu- • vent par le seul fait de leur alliance vous rattacher « tôt ou tard au système européen. Si vous voulez « montrer aux sojuveratns que vous n'êtes ni insur- « gés, ni jacobins ) ni carbouarî, ni communéros, > reconnaissez nos droits; nous en avons sur votre « pays : nous n'avons jamais ratifié par aucun traité « la conquête précaire, par le sultan, de la Morée, « de Négrepont, de Rhodes et de plusieurs îles; « c'est là le point principal du droit des gens. La « Grèce doit être à nous; nous vous cédons cepen- « dant toutes nos prérogatives; nous nevousdeman- « dons que quelques îlots, et ceux-ci au prix de « quatre millions de francs. »

. Les .Grecs firent à peu près cette réponse : « Si la « Grèce est votre ferme, montrez -nous le bail que « Dieu vous a fait. Cependant, comme vous nous « promettez de l'or, nous vous donnerons qudques « rochers. »

La conduite de M. Châtelain en Grèce fut digne de tout éloge ; par ses manières engageantes , i) capta bientôt l'amitié de tous les Grecs. Il apporta

a88 HISTOIRE

courent pieds nus sur les rochers; on les égorge peut -être au moment où je parle, et vous voulez que je m'épargne des fatigues !j» Il marche nuit et jour; trois cents de ses palikares, craignant pour sa vie et rougissant de Favoir laissé partir sans suite, courent le rejoindre dans la Mégaride; un

des brevets de chevalier destinés à quelques mem-' bres du gouvernement. Gomme jes Grecs aiment la nouveauté, plusieurs d'entre eux accoururent audevant de lui pour solliciter les titres dont il était le dispensateur; mais un homme, expert dans les statuts de TOrdre , leur représenta que , pour obtenir cet honneur, il faudrait payer cinq cents sequins vénitiens d'or, et produire des preuves authentiques d'une noble extraction. Gomme, malgré les noms pompeux de Paléologue, de Gantacuzène et de Gomnène, il n'y a pas en Grèce une seule famille dont la ^noblesse soit constatée par des parchemins, ces Grecs restèrent désappointés.

Mon intention n'a point été d'attaquer ici un Ordre qui renferme de grands talents, et auquel se rattachent de brillants souvenirs; ma tâche d'historien m'impose l'obligation de mentionner tout ce qui se rapporte à la révolution grecque.

DE LA AiVOLUTtOBT GRECQUE. 289

millier de Péloponésiêns ayant bientôt suivi leur exemple , il se met à leur tête , prend la rcHitede laTfiéotie; et courte en traversant lés

défilés^ranimer les capitaines épàrs sur les différents points de la Grèce orientale.

Les Turcs ouvirent la campagne au milieu de niai. Ismâél Pota , avec douze mille hommes , détachés du corps de Sélim , court ravager les cantons de Volo et de Trikéri ; les capitâineà Diamântis et Caratasàos le surprennent et passent au fil de l'épée trois mille soldats d elîtè avec Son lieutenant, le Bulgare Abdoullahbéi. Sélim, irrité de cet échec, rappelle et punit le général turc, rassemble toutes ses forces disponibles , et fond sur la Phodde ; il fait passer par le détroit de Pétrâ une armée de seize mille janissaires; spahis et délis, et pénètre jusqu'à la vallée d'AmphisSa; Panourias et Scàtsodème taillent en pièces dixhuit cents cavaliers , formant une partie de son avant-garde; il tourne vers Dobréna, principale échelle de la Livadie , et dértiolit le monastère de Saiht-Liic , construit d'une immense quantité de marbres enrichis d'inscriptions antiques j Ulysse arrive à la hâte , se porte sur fees flancs, le fatigue par de fréquentes escar-

ago HISTOIRE

mouches, le culbute devant Thèbeii, et lui massacre cinq cenis janissaires près de Pétra; les mahométans ne songent alors qu'à la retraite : ils remontent jusqu'aux Thermopyles , les trouvent occupées par Ptoourias et Scatsôdème, redescendent daosla Béotie et vont camper dans laChéron^e; Ulys^e^ dans la nuit du i6 au 17 juin, les surprend pendant leur sommeil» en égorge un grand . nombre ^ et leur enlève cent chameaux avec trois cents bétes de chaîne ; dans leur terreur, ils se divisent en deux colon* nés, qui prennent chacune ,une direction différente ; Tune est détruite en Béotie pai; Nicétas qui tue de sa propre main le formidable pacha de Trocovitza, qui la commandait; l'autre, conduite par le sérasquier et foi«e de sept mille hommes, est attaquée .par Gouras, sorti à l'improyiste des portes d'Athènes, et ne peut respirer que près du village de Gàloni ; la foudre y éclate tout à coup et tombe sur ses muni^ tions de guerre; à oet. accident qu'ils prennent pour un sigAe certain du courroux céleste , les Turcs laissent bagages , artillerie , chevaux , et parviennent après degrandes pertes à regagner laThessalie. . ,

Dans le même temps,. le brave Bmmanuel

DE LA. RlévOLUTIOIf GRECQUE. 29 1

Tombazis, harmoste de la Candie, débarque quinze cents soldats près de Kyssamos ; il attaque cette ville par terre, taudis qu'une flot?^ tille met le blocus devant son port. Les Turcs, pressés de toutes parts , capitulent et se retirent dans la Canée. Après ce succès, Tombàzis court pour s'emparer de la place de Sélinon, flanquée d'une haute muraille et de plusieurs bastions; les ennemis s^ mettent sur la défen^siveet jçésistent ayec opiniâtreté ; mais^ vaincu$ dans une sortie et harassés par l'artillerie des Grecs dirigée par le brave Anglais Hastings , Us perdent courage et s'enfuient sans ordf e vers la Canée, poursuivis par les vainqueur!» jusque sous le canpn de cette forteresse.

Sur mer, l'amiral iurc est harcelé par l'infatigable Miaoulis; après avoir échoué dans toutes ses entréjnîses , et perdu par la peste le tiers de ats équipages, il n'ose ni rester dans l'Archipel sillonné par des barques incendiaires, ni rentrer aux Dardanelles où l'attend le courroux d'un despote isanguinaire : le sultan; en le faisant revêtir du cafétàn de capitaux pacha , lui avait ordonné de ne pas se présenter devant sa face resplendissante qu'il n*eût réduit en poussière les rochers d'Hydra, de

Samos et d'Ipsara; de quel front s'offrirait -il à son maître, après avoir délaissé Nauplie, et perdu dans les eaux de Ténédos une partie dé sa flotte? Après avoir hésité pendant un mois; il prit le parti de ne s'exposer pour quelque temps ni au cordon fatal de la Porte, ni aux flammes des brûlots, et d'aller passer le Baïram, qui s'approchait, dans le port de Mitylène^

La fortune seinblàit ainsi sourire auxGrec^^ lorsque tout à coup les événements prennent un aspect sîniàtre: lesffeux de ladiscdi^de éclatent de nouveau sur plusieurs points de la Grèce ; et le pacha de Scodra , après de grands préparatifs, arrive à Tricala, à la tête de quinze mille Guégues et Scodrians; déployant une politique astucieuse, il signe des traités de neutrsQité avec les capitaines de i'Acamànie et de la Thessalie; il transfère son quartier à Nevropolis, où cinq mille Toxides, trois mille Japyges, plusieurs Unilices belliqueuses de Castoria, viennent s'enrôler sous seis drapeaux ; il franchit les frontières de l'Étolie , et son avant-garde , forte de huit mille soldats d'élite , conduite par le brave Djéladin-Béi , s'empare d'Agrapha. Jamais armée , aussi formidable par l'intrépidité du soldat et l'habileté des chefs, n'avait paru

DE L\ RléVOLUTIOff GRECQUE. agS

daûs la Grèce , et jamais la Grèce n'avait été prise aussi au dépourvu : rAcarnanieét TÉtolie étaient dégarnies de leurs troupes, la plupart des capitaines s'étant prescrit une conduite équivoque. Karaîskakis , armatole d'Agrapha , miné par une longue maladie , était aux portes du tombeau. Le Pélopopèse était déchiré par des factions et des guerres intestines : dans les rues de Trîpplit^a, un détachement d'Arcadiens était aux mains avec un bataillon de Spartiates; Colocotrôpis et Mavrocordatos se disputaient le pouvoir. Hypsilantis , la9 des intrigues de ses adversaires, abreuvé d'outrages et de dégoûts , se condaipnait à une inaction nuisible à sa patrie. Le sénat était sans président, le corps e^Lécutif sans autorité, et l'amirauté d'Hydra en rupture ouverte avçc le gouvernement.

Da^is ce moment critique où tous les liens de la nation étaient dissous , Marc - Botzaris médite $on immortalité ; il prend la résolution de^ s'immoler au salut de la Grèce ; il fait ses adieux à sa famille et la recommande aux soins du vénérable Ignace, archevêque digne de tout éloge par ses vertus et ses connaissances. Planant sur les événements, qui pourraient suivre

soD trépas, il se hâte de terminer les fortifi* cations d'AnatoHco et de Missolonghi. Sentant que son titre de gouverneur milit^re de la Grèce occidentale avait eicité l'envie de^ autres capitaines, il prend devant eux le br^svet qu'il avait reçu de l'assemblée nationale , le baise avec respect , et le déchire en s'écriant : « C'est ù scellés de notre sang qu'il nous'&ut doré- 9 Udvant dcis diplèmes. Celui ^e npus qui vou- <t dra le^ obtenir , qu'il vienne les prendre dans (T les tentes de Mouâtaphâ. » À la tête de deux mille cinq cents homines, il dirigé sa marche vers l'Acarnanie^ rencontre un corps d'armée turc, le taille en pièces, et poursuit sa route. Dans la nuit du la août, il pâ$sa par un village; il y campa, et, tandis que ses soldats reposaient, il se rendit. tout seul dans une église voisine pour remplir ses devoirs pieux; on annonçait déjà l'office selon Tusage du pays, en frappant à coups de marteau sur une barre de bois ; il entra dans la chapelle éclairée par quelques cierges; il s'avança vers le sanctuaire, fit sa prière , et donnant quelques pièces d'or au prêtre : ce Distribue , lui dit41 , cette aumône aux pauvres ; qu'ils prient pour Tame de Marc- Botzaris. »

DE LA RIÉVOLTJTIOW GRECQUE. agS

Dans la matinée du ao, à une Keue et demie de Cai^pénisse, il apprit queï)jéladin-Béi venait de s'emparer de cette ville ; il fit halte ; dans un discours simple et plein de force , il conjura ses soldats de se jeter avec lui, à minuit sonné, sur les barbares , et de détruire , par un coup hardi ^ les meilleures troupes de Moustapha.

Deux cent vingt-deux Souliotes s'offrirent de le suivre; il enjoignit alors à Kîtsos Zavellas et aux frères Yoldachis d'attaquer les ennemis à la même heure que lui sur deux points différents qu'il leur assigna, et donna l'ordre aux autres capitaines de venir à son secours au lever de l'aurore.

A l'approche du soir, assailli par des souvenirs douloureux , il se retira , dit - on , à l'écart, et dirigea ses pas sur les bords d'un petit ruisseau; absorbé dans ses pensées, il fixa quelques momaits ses regards sur les 4fnontagnes, poussa de profonds soupirs, et pour la première fois parut penser à sa mort prochaine ; son parent Toussas Botzaris, qui le suivait à isori insçu, le surprît au milieu de son agitation ; Marc lui prit la' main et lui dit : « Ma tâche est bien pénible... ma femme, mes enfants, que deviendront-ils?»

^9^ HISTOIBS

Deux heures avant minuit, il indiqua à ses Souliotes le cri de ralliement, et leur recommanda, afin (}e rendre l'attaque simultanée, qu'aucun coup, soit de feu, soit d'arme blanche, ne fut porté, jusqu'à ce qu'il en donnât lui* même le signal par le son de la trompette. Ensuite il se mit en mouveoiept , en leur disant ; (( Amis , si vous me perde? de vue dans le « combat , marchez à la tente du pacha : vous u m'y trouverez, j)

Les Guégues , les Épirotes et les Scodrlans qui formaient l'arpaée turque , campés séparément sur un. pays plat, sans retranchements et sans gardes avancées , se U^r^^nt au somineil; Botzaris se glisse le premier au milieu

d'eux; au bruissement ^e i^es pas, neuf Guégues qui reposaient sou$ un poirier , se. Içvent en sursaut et jettent des crii^; Botzaris en poignarde cinq, tandis que les autres to^nbent * sous les coups de Tous$a^ ; il donne alors le signal , et le carnage commence sur (ous les points; les Guégues, se croyant attaqués par les Épirotes, déchargent leurs mousquets sur les cantonnements de le^rs propres alliés ; pendant que ces deux races d'Osmanlis,en s'accusait de • trahison , se massacrent avec fureur , Botzaris

D£ LA BÉVOLUTION GRECQUE. %^J

laisse, au milieu d'eux une cinquantaine de Souliotes avec qrdre de faire feu et de les empêcher de reconnaître leur erreur; il prend le reste 'avec- lui, se dirige du côté des Scodrians , et s'écrie en langue albanaise : «( Où est le pacha? les insurgés attaquent les avantgardes ! D On le prend pour ami ; on lui désigne la tente de Chousséin-Béi, neveu du pacha de Scodra; il y entre, le trouve endormi et le fait prisonnier. ï^itsosZayellas, suivi de quatrevingt- huit Souliotes, survient pour mettre le comble à la confusion des Ottomans ; les frères Yoldachis paraissent dans le même temps ; mais au lieu de charger les ennemis par devant selon les ordres du général , ils les pressent par derrière; ceux-ci, voyant le chemin de la retraite coupé, fondent avec désespoir sur Botzaris ; une balle l'atteint dans les reins : quoique sa. blessure soit dangereuse , il la cache à s^ compagnons et continue de combattre ; un second coup de feu le frappe mortellement au front; il tombe, et rend Famé en prononçant ces mots : <c Amis , vengez-moi. a Son corps est aussitôt enlevé par Toussas , dont une centaine de Souliotes protège la retraite. Les premiers rayons du soleil commencent à pa-

raitre , lorsque Zongas , Macris et Beslis se précipitent sur les Turcs, qui prennent alors la fuite , laissant sur le champ de bataille leurs munitions, leurs bagages et près de deux mille cadavres..

On apporta Botzarisà Missolonghi; les magistrats , tous les citoyen^ , les larmes aux yeux, accoururent aux portes de la ville ; lia pompe funèbre entra; un grand nombre de mabométans enchaînés, plusieurs coursiers richement enbarnachés, et cinquMite-qùàtredràjpeauxindinés vers la terre , précédaient lentement ; sur un brancard porté par six Souliotes, gisait le héros couvert de son manteau d'écarlate , ayant son sabre à ses côtés ; huit mille moatons en* levés aux Turcs, un grand train de mulets chargés de trois mille deux cents fusils, de sept cents paires de pistolets , des tentes , des munitions et de la caisse des ennemis, fermaient la marche.

Le défunt fut déposé dans la demeure de G>nstantin Métaxas , éparque de Missolonghi.

Vers le soir , selon l'ancienne coutume du pays, plusieurs pleureuses habillées de blanc, la tête nue et les cheveux épars , se rangèrent en cercle autour.de luî, et lui adressèrent, jus-

qu'à minuit, des compkintes pathétiques. Le lendemain, pai^ de ses meilleurs vêtements, le visage découvert et les bras croisés sur la poitrine , il parut sur un cercueil couronné de cyprès; le convoi s'avançait au bruit des cloches et de l'artillerie; les femmes, penchées sur les fenêtres, jetaient sur son passage des bouquets de fleurs , faisaient des aspersions d'eau de rose , et , les cassolettes à la main , parfumaient l'air de myrrhe ou d'aloès. Le cortège entra dans l'église ; on y commença l'ofBce des morts ; et lorsque l'archevêque, en finissant l'oraison , prononça ces mots : « Que la paix soit avec l'ame du martyr ! » tout le peuple se mit à genoux , et s'écria d'une voix solennelle : Amen ! Après le service divin, les soldats s'avancèrent pour donner à leur capitaine le dernier baiser ; tous les assistants suivirent lemr exemple, et dirent : « Adieu, Botzaris!

que la terre te soit légère! » On ouvrit une fosse, on y plaça les restes du héros, on y versa quelques gouttes de sainte huile, et la pierre sépulcrale le sépara des vivants. Ainsi finit l'existence de celui qui réunissait les sublimes vertus d'un citoyen aux talents d'un habile générai.

3oO HISTOIBE

La taille de Marc-Botzaris était petite et dér gagée ; il avait les traits réguliirs et la figure ouverte ; une douce pâleur, jointe à son air mélancolique, lui prétait une physiouQmie intéressante. Il parlait peu, et pensait beaucoup; il savait concilier la plus haute capacité ayec la plus aimable modestie, la justice la plus sévère avec la plus grande douceur, Posé, ipesuré dans sa conduite pendant la pai^t il était vif et emporté dans la guerre ; s'exposant \e premier au péril et ne prenant jamais part au butin, ne permettant pas la moindre violence à ses compagnons d'armes, il était àla-fois l'idole du soldat et du peuple. L'amour de la patrie fut sa passion dominante : sacrifiant le bonheur de sa famille à l'intérêt de son pays, il en^ploya tout son patrimoine à l'entrefien de son anpée, n'hésita point à verser son sang pour la Grèce, et laissa ses enfants daqs l'ipdigençe. Il vécut comme Aristide, et Uiourut comme Léonidas (i).

(i) Jai eu des relations amicales avec sa famille; qu'on me permette d'en donner ici la partie la plus intéressante.

L'an 1826, passant par Zante, je m'empressai de

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me présenter à Tillustre veuve du héros ; je me rendis chez elle, accompagné d'un ancien ami de là maison. En entrant, je sentis le même respect, lé même recueillement qu'un homme pieux éprouve sur le seuil d'un temple; je sentis uti serrement de cœur qui n'était point sans plaisir : Tombre de Botzaris apparaissait à mes yeux... Je montai par uil petit escalier, qui mé conduisit dans un grand salon ; j'y trouvai deux des enfants de Bôtzaris ; l'un, le plus jeune, reposait sur les genoux de l'autre en lui souriant. A nion aspect , le plus âgé se leva ^ courut dans une chambre contiguê, et cria : « Maman ^ viens; on te detnande.»Chrysée entra bientôt Couverte de deuil ; sui* son front oh voyait l'empreinte dé la douleuj*. L'ami lui expliqua mon admiration pour son illustre époux ; elle me fit un accueil bienveiUant, et me présenta son fils , qui n avait alorâ que dix ans. A la vue de cet enfant, doué de tous les avantages extérieurs , je ne pus m'empêcheir dédire : « Puisse-t-il un joui* égaler son père! » Elle se hâta d'ajouter : ■ Puisse* t -il servir comme lui sa patrie, « et jouir du fruit de sès travaux aii sein de son*heu- « reuse famille! » Elle me questionna sur la France ; sur l'Italie. Je lui parlai d'Ancôrie : « Vous y avei « laissé, lui dis-je , un nom digne de vQiis. «Elle rougit, et me répondit : « Je demeurai plus d'un an dans « cette ville; mais moii ame n'y était point; mes i yeux étaient toujours tournés vers là Grèce ; pleine « d'inquiétude sur l'avenir , à peine pouvais-je répon- «i dre aux bontés dont j'étais comblée. Après mon dé*

3oa ui&Toiiic

« sastre, je fis voile pour Zaote^ j*y suis depuis un « an... Ici je respire au moins Tair de mon pays na- « tal; les montagnes de ma patrie s'offrent de loin « à ma vue , et me rappellent des souvenirs conso- «buts. » Après une demi -heure de conversation pleine d'intérêt pour moi , je sortis de chez elle en me promettant d'y revenir souvent.

Pendant deux mois que je m'arrêtai à Zante, j'allais presque tous les jours voir cette famille désolée : un atti*ait irrésistible m'y entraînait; j'apprenais souvent des anecdotes curieuses sur la vie de Botzaris,

Un simple et vertueux Souliote , nopimé Christos Andrès, me raconta qu'un berger des environs de Souli , voulant défendre sa vie et son troupeau contre l'attaque d'un soldat souliote , avait d'un coup de massue terrassé son agresseur. Craignant le courroux de Botzaris^ il s'enfuit et laissa sa petite fortune à la merci des parents du mort , qui , dans leur fureur, démolirent sa cabane et se partagèrent son bétail. N'ayant pu lui-mêm^ échapper aux recherches des Souliotes, il fut bientôt saisi et conduit devant Botzarîs; celui-ci, pour apaiser leur colère, fit conduire le n^eurtrier en prison, remettant sa punition au lendemain. A minuit, accompagné de deux officiers, il se présenta devant ce malheureux, et, lui donnant une somme équivalente aux biens qu'il avait perdus : « Fuis, lui dit -il, la « vengeance de mes soldats; tu, n'es point coupable « d'avoir voulu défendre tes jour$. Suis ces capi- « taines; ils t'escorteront jusqu'à la frontière. »

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tJn aytreiSouliote ne ira^orta une réponse de Botzarisy di^e d'être conservée à eause de son originalité. Un Philkellène yantait devant ce général la vaillance des guerriers de son pays : « Nous avons, « lui disaiit41, des feuilles périodiques dans lesquelles « on marcpie les actions les plus mémorables ; peu* « dant nos guerres elles rapportent plus d'un trait « d'héroïsme de nos militaires, -^ Dans ma patrie « aussi , répondit le héros de Souli , on publie les « Sait» extraordinaires ; on y trace sur des tablés de « marbre les noms de ceux qui, durant leur vie, « ont montré de la lâcheté. »

Un soir, sa belle et vertueuse sœur Angélique me disait : « Il y a deux ans que àous l'avons perdu. « Eh bien! je jcrois entendre encore sa voix, voir « encore ses traits ; égarée quelquefois dans ees « douces illusions , je lui parle , je lui souris ; mais , « revenue bientôt de mon erreur, je me mets à « pleurer.» Elle s'arrêta quelques moments ^ essuya ses larmes , et reprit avec un accent plein de passion : « Si vous aviez connu mon frère ! qu'il était « bon ! comme je ladorais ! vTous ses vêtements « étaient tissus de ma main. Ses ennemis même « l'admiraient ; pendant que nous étions captives •t dans le camp de Ghourchid, nous étions proté- « gées par son nom et entourées de respect. Un « jour, le serasquier, étonné de ses victoires, nous « appela près de sa tente , et , faisant défiler ses « troupes devant nous, il nous demanda quel était ^ (le ses guerriers celui qui ressemblait le plus à

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« Botzaris; je lui en indiquai un de moyenne sta- « ture. Comment y s'écria- 1 -il, un homme si petit « peut faire tant de mal à mon armée ! Ecriyez-lui , fi nous répétait«il souvent; d'abandonner la causé des « Grecs ; je lui donnerai la plus riche piiovince de « la Romélie à gouyernen.. — Hélas ! je me rappelle « encore la veille de notre séparation : il était mite nuit; nous nbus promenions ensemble au clair « de la lune, sous le» murs de Missolonghi; il me « dit : Le temps de votre départ est venu; demain « je vais à l'ennemi ^ et vous vous embarquez pour « l'Italie. — Un torrent de larmes s'échappa de mes « yeux. Pourquoi t'affliges?tu ? nie dit-il ; nous nous « reverrons... ~ Où? lui demandai-je. Il se tut^ me « regarda d'un œil compatissant , me serra dans « ses bras , et je sentis ses pleurs mouiller mon vi^ « sage. »

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