LITRE VI
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Nouvelles alarmantes que reçoit le Sultan. -* Son découragement. — Conduite des ministères autrichien , français et anglais k l'égard de la Grèce. — Plan qu'ils proposent à la Porte. — - Elle confère le pachalik de la Morée à Méhémed-Ali. -^ Projets de ce satrape contre la Grèce. — Son entretien avec Jussuf Bogose, son favori. — Arrivée de lord Byron à Missolonghi. — Discordes. — Acte d'accusation dressé par le' sénat contre le corps exécutif. — Georges Couudouriotis est nommé président. — Négociation d'un emprunt en Angleterre. — La ville de Nauplie est proclamée le siège du gouvernement. — Première guerre civile. — Mort de Byron. — Cérémonie funèbre célébrée à Ténos en son honnneur. — Lettre du sénat à sa fille
Ada. — Préparatifs du Capitan-Pacha Adresse des
consuls européens de Smyrne aux sénateurs d'Ipsara. — Paroles ineptes du Sultan sur cette île. — Imprudentes mesures de dëfense prises par les Ipsariotes. — Arrivée de la flotte ottomane à Ipsara. — Son débarquement. — Désertion de Kotas et de Karabélias. — Héroïque résistance des Ipsariotes. — Explosion de Paléocastron. — Catastrophe d'Ipsara. — Impression qu'elle fait sur la Grèce. — Paroles d'un marin aux
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sénalears d'Hydra. — Activité de la marine grecque. — Reprise dlpsara. — Batailles navales devant Samos. — Ruse du vice -amiral Sactouris. — Embrasement de trois vaisseaux de guerre turcs. — Victoires sur mer des Grecs devant Géronte, Icarie, Lesbos et Candie. — Seconde guerre intestine. — Caractère de Jean Gouras. — Emprisonnement de Théodore Colocotronis et de ses adhérents. — Lettre remarcpiable de J. Gouras au gouvernement. — i. Instruction publique.
— Fondation d'écoles, — Publication d'un code pénal. — . Lettre du sénat à Jérénde Bentham. — Naturalisation du Philhellène Edouard Blaquière. — Arrivée de Mavrocordatos à Nanplie. — Ses intrigues.
— Dissensions. — Invasion d'Ibrahim dans la Morée.
— Combats de Kalyvia et de Kxémidi. -^ Prise de Sphactérie par les Turcs. — Mort d'Anastase Tsamados.
— Son caractère. — Destruction de vingt bâtiments turcs à Modon. — Chute de Nav^irin. — Belles paroles de Georges Mavromichalis. — Invectives du reo^t Soliman -Béi contre les Grecs. — Victoires continuelles dlbrahim dans le Péloponèse. — D. Hypsilantis le bat devant les moulins de Lemeetprès de Tripo-
litza. — Harangue du capitaine Kridjalis. Son
succès. — Expédition téméraire des marins grecs à Alexandrie. — Elle échoue.
Le Sultan y les regards fixés sur la Grèce , attendait avec impatience Tissue de sa troisième campagne. Il apprit tout à coup que
son capitan -pacha , loin de lui amener enchaînés, selon ses ordres, les marins de l'Archipel , avait pris la fuite sous le promontoire " du mont Athos devant quatre de leurs bâtiments. On lui annonça que le pacha de Scodra, vaincu par les Souliotes, avait quitté l'Étolie en toute hâte, et qu'au moment où il allait s'emparer d'AnatoHco, cette ville avait été sauvée comme par miracle. En effet, les habitants, pressés par la soif, étaient sur le point de se rendre, lorsqu'une bombe, tombant sur le pavé d'une chapelle, défonça la voûte d'une citerne. Dans le même temps, un Ta tare, expédié de Janina, apportait la nouvelle que l'Acrocorinthe qui, Tannée précédente, était tombée au pouvoir de Dram-Ali, venait d'être reprise par les insurgés de la Morée*
Pour la première fois, l'orgueil de Mahmoud se montra abattu : on ne le vit plus, couché sous un dais garni de pierreries, traverser le Bosphore dans sa gondole dorée , et traîner à sa suite un millier de bateaux remplis d'esclaves. On ne le vit plus se livrer aux plaisirs dans son magnifique palais du Grand- Courant, ou travesti en pauvre derviche, la hallebarde en main , et suivi de loin d'une
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bande de bourreaux, s'amuser à faire voler les têtes de ses rayas.
Dans les premiers jours de novembre, il dépécha des capudgi-bachis sur tous les points de son empire pour réchauffer l'ardeur de ses sujets; mais il trouva partout le plus grand découragement : l'Albanie était frappée de stupeur; tous les pachas , sous de vains prétextes, cherchaient à éluder ses ordres; les janissaires, les galiondgis de la capitale refusaient de se hasarder dans une contrée qui , disaient-ils, dévorait leurs armées, et dont les ports , transformés par la magie des Francs en fournaises ardentes, communiquaient le feu à leurs escadres.
A la même époque, les victoires des Grecs excitaient l'attention sérieuse des puissances de l'Europe. L'Autriche raisonna ainsi : a Tant que la Grèce restera en armes, il sera à craindre que la Russie ne sorte de son repos. Je l'endors aujourd'hui ; mais les cris des Grecs pourront la réveiller demain. La Grèce est d'ailleurs trop près des contrées de ma prédilection; l'agitation révolutionnaire du Péloponèse pourrait se communiquer à lltalie. Redoublons d'efforts : conseillons au sultan de charger le
riche Méhëmed-AIi de la destruction des Grecs.» Le ministère français de i8a3 se dit : «La Grèce est devenue la favorite des libéraux ; à la tribune, dans les journaux, ils ne font que me reprocher mon indifférence pour elle. Per* dons les Grecs , à- cause de- l'intérêt qu'ils ont su leur inspirer; mais que de soit d'une manière utile à la France. L'empire ottoman est ébranlé dans ses fondements ; il faut tôt ou tard qu'il devienne la proie de la Russie. Portons toute notre sollicitude sur l'Egypte ; persuadons à la Porte de donner la Morée à Méhémed-Ali; augmentons les forces de ce pacha; ouvrons -lui nos chantiers; envoyons -lui des officiers pour enrégimenter ses armées , et , lorsqu'il aura triomphé des Grecs , déclaronsle roi d'Egypte : il sera toujours sous notre tutelle. Qui sait même si par là nous ne parviendrons pas un jour à établir le commerce de l'Inde par la mer Rouge, et à porter ainsi le dernier coup à l'Angleterre ? »
La Grande-Bretagne, habile à pénétrer les secrets de la 'politique, fit à son tour ce calcul : « La Russie vise à m'enlever la prépondérance par ses conquêtes gigantesques sur la Turquie, et la France par ses vues sur l'Egypte. Déjouons -les toutes deux à la fois :