LIVRE VII
Alexandre Mavroeordatos chef d'une faeâon anglaise. '■^ Acte par lequel il met la Grèce sous la protection exclusive de la Grande-Bretagne. — Ses funestes e&èis,
— Siège de Missolonghi. — Topographie de cette ville. — Opérations du sérasquier Réchid. — Son premier assaut. — - Ses négociations. -— Lettre de Lambro-Yéicos à Tahir-Abas. -^^ Second assaut. — Malheureuse situation des Mûsolonghites. — Apparîtion de la flotte grecque à Yassiladi. -^ Troisième assaut. — Lettre de Rechid à Ibrahim. -^ Arrivée de ce dernier sous les murs de Missolonghi. — Officiers européens d'Ibrahim. — Paroles que leur adressent les assiégés.
— Lettre de plusieurs Grecques aux dames philhellénides. — Combat naval. — Embrasement d'une corvette. — Défaite dlbrahim. *- Prise de Yassiladi et de Dolmas par les Turcs. — Bataillé de CKssova. — In* trigues de la faction anglaise. -^ Catastrophe de Sfis* solonghL — • Lettre des chefs de sa garnison au gouvernement. — Assemblée nationale d*Épidaure. — Projet d'un traité entre la Grèce et la Porte. — Protestation de D. H)rpsilantift. — « Arrivée de Karaïskakis à Nauptié. — > Sa conjuration contre les secrets tyrans de la Morée. — Assemblée du peuple. — Beau carao-» tère qu'il y développe. — Formation de plusieurs haiàîllons de volontaires. ~>. Lettre d'Ibrahim à Cieorges
Mavromichalis. — Sa déroute à Mania. — Irruption de Réchid-Pacha dans la Grèce orientale. — J. Gouras s'enferme dans la citadelle d'Athènes pour la défendre, — Son serment. — Siège de TAcropolis. — Sa position. — Affaire de Chaïdari. — Entrevue de Karaïskakis avec Réchid -Pacha. — Son plan militaire. — Sa lettre à Colocotronis. — Batailles d'Arachova et de Distome. — Expédition de TalantL — Accusations portées contre A. Mavrocordatos. — Querelles de Zaïmis et des Coundouriotis. — Troubles d'Hydra. — Deux assemblées nationales. ^ — Arrivée de lord Cochrane et du général Church. — Nomination de Jean Capo-dlstrias à la présidence. — Proclamation de lord Cochrane. •— Enthousiasme qu'il inspire. — Son apparition dans le camp d'Eleusis. — Son entretien avec ILaraïskakis. — Mort de ce général. — Malheureuse journée de Pbalère. — Capitulation de la forteresse d'Athènes. -^ Intervention des puissances européennes.
Alexandre Mavrocordatos, dès son arrivée en Grèce, s'était aperçu que la grande influence que Démétrius Hypsilantis exerçait sur les affaires , avait sa source dans l'intime conviction des Grecs qu'il était envoyé par l'empereur de Russie. Il était trop habile pour ne pas voir que lui-même, Fanariote, sans liaisons dans le pays, sans richesses, ne pourrait acquérir cette prépondérance à laquelle
il aspirait;, s'il n était appuyé par quelque >grande puissance. Dès Tannée iS^ià , il essaya, par d'humbles soumissions , de s'attirer la bienveillance de l'Angleterre. Le ton brusque et presque injurieux de Maitland, qui s'était même permis de le railler sur son titre de prince, sembla le rebuter pour un moment.
Mais lorsque, après le congrès de Vérone, le cabinet de Saint- James voulut s'immiscer dans les affaires de la Grèce , et que ses agents parurent adoucir leurs dédains, Mavrocordatos courut au-devant d'eux leur offrir ses services , et devint le chef d'une faction , dont il recruta les membres parmi plusieurs insulaires, éblouis de la puissance maritime de la Grande-Bretagne. Depuis cette époque, il marcha sur un terrain glissant, et par de viles intrigues se condamna lui-même à survivre à sa gloire.
Au milieu de juillet iS^S, profitant des périls de sa patrie et de la terreur qui glaçait tous les coeurs, il osa rédiger un acte qui plaçait la Grèce 'sous la protection absolue de l'Angleterre ; acte impolitique , écrit avec luie partialité choquante, et qui déshonorait la
nation à laquelle il voulnt Tattribuer (i)..
Le Philhellène Philippe Jourdain Tattaqua
dans une lettre adressée au conseil exécutif;
au lieu de garder le silence ou de le combattre
(1) Le voici :
«Le clergé, les représentants, les chefs dvils et militaires de terre et de mer de la nation grecque;
« i^ Considérant que ce n*est quen vertu des droits imprescriptibles de propriété, de religion et de liberté que l'homme a reçus de la nature, que les Grecs ont pris les armes contre leurs oppresseurs; que depuis plus de quatre ans ils résistent avec fermeté aux forces colossales de terre et de mer de l'Asie , de FEgypte et de l'Afrique ; qu'ils n'ont cessé de les combattre , quoiqu'ils soient dépourvus de tous les moyens nécessaires pour une si haute entreprise, et que, par leur sang, ils ont consacré leurs droits, en donnant au monde des preuves éclatantes de ce que peut un peuple digne d'être libre , et qui a déjà dispersé les nuages d'un trop long et pénible esclavage ;
a 7? Considérant que, par les résultats d'une guerre aussi inégale, tes Grecs put acquis des droits à une existence politique ;
« 3^ Considérant que des agents de quelques puissances continentaleft ^ quoique chrétiennes,.. n'ont
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avec la plume , Mavrocordatos le mit en état d'arrestation pendant huit jour$, et le somma de sortir du territoire grec. Le comte Théotokis, ministre de la justice, Jean Soutzo et
pas tenu une conduite conforme aux principes que ces puissances ont établis , et qu'ils n*ont souvent montré quune politique contradictoire et outrageante pour la nation grecque;
« 4^ Considérant que plusieurs de ces agents s'efforcent, au moyen de leurs émissaires dans l'intérieur de la Grèce, à entraîner les Grecs vers de nouveaux engagements on liaisons politiques contraires aux intérêts de ces puissances;
« S^ Considérant que la marine grecque éprouve des persécutions et des entraves de la part des amiraux de quelques puissances, qui attentent de toutes les manières à la neutralité proclamée par leurs cours dans Içs congrès de Laybach et de Vérone;
« 6^ Considérant que des chrétiens s*arment, en faveur des sectateurs du Coran , contre les fidèles à l'Evangile, et qu'au mépris de tout prindpe de la véritable politique et de la morale, ils vont instruire, diriger et conduire les hordes des barbares destinées à dévaster cette terre sacfée qui couvre^ confondues ensemble, les cendres immortelles des Cimon , des Tsamados , des Léonidas , des Botza-
Georges Énian, appuyés par.Colétis, Karaîskakis et Gouras, tentèrent de s'opposer à Mavrocordatos , en donnant naissance à un
ris , etc. ; ce qui paralyse notre entreprise légitime ;
• 7° Cousidérant que le gouyernement de la Grande- Bretagne, heureux de régner sur un peuple libre, est le seul qui ait strictement observé la neutralité dans sa pureté, dédaignant d*imiter les autres dans les machinations évidentes qu'ils emploient sans cesse en Grèce , à Gonstantinople et en Egypte ;
« 8^ Considérant que la neutralité de la Grande-^ Bretagne ne suffit pas pour garantir les Grecs d*une persécution qui augmente journellement contre eux;
« Q^ Considérant que ce n*est point par rafTaiblissèment de leurs forces , ni par le manque de résolution que les Grecs n'ont pu jusqu'ici atteindre le but glorieux qu'ils s'étaient proposé; mais bien à cause des motifs ci -dessus mentionnés, et encore plus , parce qu'ils n'ont jamais eu un gouvernement qui sût se mettre au-dessus des passions et prévenir les divisions;
« 10^ Considérant qu*il faut que les Grecs sortent vainqueurs de cette lutte glorieuse^ ou qu'ils soient totalement anéantis, et qu'aucun motif ne pourra les détacher de cette résolution, qui, par les cir-
parti français; ils furent arrêtés et jetés dans la prison de Bourgi.
Cet acte de protection , que les Grecs , bien
constances de la guerre, est devenue de toute nécessité pour eux ;
« 11^ Considérant enfin que, puisque, par une suprême faveur de la Providence, les forces de Sa Majesté Britannique se trouvent près de nos côtes , il est de notre devoir, dans la situation présente de nos affaires, dy avoir recours, ainsi qu'à la philanthropie de leur puissant gouvernement;
« A ces causes, et pour assurer à la nation grecque la stabilité d'une existence politique et les droits sacrés d'une puissance libre,
« Nous prescrivons , déterminons et voulons la loi suivante :
« Art. I*'. La nation grecque, en vertu du présent acte, a conféré volontairement le dépôt sacré de sa liberté, de son indépendance nationale' et de son existence politique, sous la protection absolue de la Grande-Bretagne.
« Art. 2. Le présent acte oi^anique de la nation gi*ecque sera accompagné d'un Mémoire fait en duplicata, et adressé au respectable gouvernement de Sa Majesté Britannique.
«Art. 3. Les présidents des conseils (ou chambres) extraordinaires de terre et de mer de l'état exécuteront immédiatement la présente loi. »
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loin d'y donner leur adhésion, appelèrent contrat de vente , produisit dans la Grèce des résultats funestes : les soldats de la Morée se débandèrent, en disant : cr Puisqu'on livre notre pays aux Anglais , ils viendront le défendre. » Le mécontentement se répandit parmi les capitaines du continent; Raralskakis et Grouras perdirent un temps précieux à des réactions inutiles contre la faction anglaise ; et le sérasquier Réchid put à son aise faire les préparatifs du siège de Missolonghi , qui devait bientôt redevenir le théâtre de la guerre.
Cette ville ^ située à l'entrée du golfe de Patras, est bâtie sur un terrain plat qui s'étend jusqu'au mont Aracynthe ; découverte du côté de l'orient , elle est au nord cachée par de vastes forêts d'oliviers, et défendue au couchant ainsi qu'au midi par des bas^fonds, parsemés de bancs de sable et d'ilôts, dont les principaux sont Clissova, Dolmas et Yassiladi ; tous les côtés de cette capitale de l'Étolie qui ne sont point baignés par la mer étaient alors entourés d'un rempart, couronné de bastions et de tours construits d'après le système européen; chacun de ces ouvrages portait un nom illustre : Fràncklin,
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Guillaume Tell, Montalerabert, Rhigas, plu-* sieurs autres grands hommes entouraient de l'éclat de leur gloire les murs de Missolonghi , et semblaient présider à ses destinées; dans son enceinte , les tombeaux de Marc-Botzaris ^ de Byron, de Ryriacoulis et de Normann, rappelaient à ses défenseurs de beaux faits et de brillants souvenirs. Une feuille périodique, rédigée par un Suisse, le généreux Mayer, entretenait dans le cœur des soldats l'ardent amour de la liberté. Quatre mille Roméliotes se trouvaient rassemblés dans cette place sous les ordres de Notis Botzaris, de Stournaris, de Macris, de Tsongas, de Dimotselis et de Liacatas. Jean Papa-Diamantopoulos , Georges Canavos et Démétrius Thémélis composaient la junte locale^ chargée de toutes les affaires civiles et militaires.
Dès le commencement du printemps, Ré* chid-Pacha, secondé par des ingénieurs autrichiens, poussait avec vigueur le blocus de cette cité , qu'il regardait comme le boulevard de la Morée ; il rassemblait à coups de sabre des Grecs dans la Tbessalie, dans la Macédoine, et les employait à transporter dans son camp des canons de Patras et des mortiers de
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Crionéri. Dans rintention de combler le fossé de Missolonghi , il abattait les. bois d'alentour, en formait des fascines , et lès y entassait avec des milliers de sacs remplis de terre ; il enferniait la place dans une ligne de contrevaliation, et construisait des redoutes en face du Rhigas^ du Botzaris et du Macris:
De leur coté, les assiégés environnaient leurs murailles d'un chemin couvert; ils établissaient des contre-approches, faisaient de fréquentes sorties pendant la huit, dispersaient les travailleurs et détruisaient leurs ouvrages.
Le TO juillet, l'escadre ottomane, commandée par Tôpal-Pacha , couvi'it le golfe de Lépante de soixante vaisseaux de guerre et d'un grand nombre de bâtiments de transport; elle fournit à Réchid-Pacha deô provisions de bouche, des obus et des projectiles; ses équipages Taidèrent à dresser uiie batterie de huit canons contre la partie orientale de Missolongbi, et à remplir dé terre le fossé'. Le méibe mois, l'amiral turc bombarda Yàssiladi , et s'approcha de la ville avec une flottille de trente-six chaloupes. Le séràs^ quier ôfïk*it alors une capitulation aux Misso*
loDghites; selon la coutume des musulmans, il leur promit mille faveurs, iiiille récompenses; il exalta sa propre puissance, et leur prodigua les caresses et les menaces. Ces braves , sans daigner descendre à des négociations, lui firent cette réponse laconique : a Les clefs de là ville sont suspendues à nos canons; venez les prendre. »
A ces fières paroles , Réchid ne peut plus maîtriser sa colère ; il commande à l'élite de ses troupes de se préparer pour l'attaque.
« A l'assaut! » s'écrîe-t-il en s'élançant hors de sa « tente.cc Al'assautî »répètent dix mille Albanais. Ils courent à l'escalade; Jés batteries de Missolonghi tonnent et jonchent la terre de cadavres; les mahométans marchent sur les corps de leurs frères; ils font éclater une mine creusée sous le Botzarîs,et se précipitent à travers l'ouverture formée par cette explosion; le croissant est déjà planté sur un des créneaux... Un cri terrible s'élève alors du côté des assiégés ; on entend de toutes parts : « Défendons les cendres de Botzaris!» Jamais un tel enthousiasme n'échauffa le cœur des Hellènes; les soldats se tiennent fermes sur les tours ; les femmes volent à leur secours,
malgré les balles et la initraille qui tom* beiit sur leurs têtes; elles remplissent la brèche de matelas , la recouvrent de planches et de pierres; et les ennemis, après une perte considérable, se retirent dans leurs retran-» chements.
Le 3 1 du même moiSy.Réchid renouvelle ses propositions, et par de riches offrandes il travaille à corrompre les chefs de la garnison; il leur envoie le rusé Tahir-Abas, et loi recommande de s'attacher surtout les Souliotes à force d'argent. Cet Albanais, qui depuis longtemps avait des relations amicales avec Lambroyéicos,lui demande une entrevue particulière; mais il ne peut l'obtenir; le lendemain il re* çoit de Lambro-Yéicos une lettre dont voici le contenu :
« Illustre Tahir-Abas !
ce Nous avons été amis ; la différence de nos <( religions nous a forcés à nous combattre; « mais notre amitié n'en doit pas moins contianuer. On m'assure que Réchid -Pacha nous « fait par ta bouche une demande bien ce étrange : il exige de nous deux seules batte- « ries qu'il puisse £)ire occuper par ses sol-
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t< dats. Annonce-lui qu'il ne réussira point, à u moins qu'il ne pénètre dans Missôlonghi le «c sabre à la main. Accepte quatre bouteilles de «crum que tu pourras offrir à tes porte-dratc peau , lorsqu'ils monteront à l'assaut, d
Furieux de cette ironie, Réchid fait pendant toute la nuit creuser une mine ; à- la pointe du jour il y met le feu , et se jette sUr la ville avec toute son armée ; les sentinelles du Francklin et du Botzaris sonnent la trompette ; toute la garnison accourt aux batteries i où déjà sont arborés dou2e drapeaux iurds; Missôlonghi brille et gronde sous un nuage de fumée; les écho^ de l'Aracjnthe redoublent la détonatioh de l'artillerie; au bout de deux heures, le combat cesse; les tranchées sont encombrées de morts ; on ne voit que brancards, chargés de blessés, retournant en silence au camlp dû sérasquier.
Topal-Pacha , qui du côté de la mer avait secondé l'attaque de Réchid ,^ après avoir perdu le tiers de ses équipages et quelques barques canonnières, sort à la hâte des lagunes de Missôlonghi.
Malgré ces triomphes, les Missolonghites se
trouvaient, au commencement d'août, dans
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lio état peu rassurant : leurs fortifications étaient délabrées; les vivres commençaient à leur manquer; ils n'avaient pour toutes nm* nitions de guerre que deux barils de poudre et quelques centaines de boulets. Cependant ils ne se laissaient p<Hut décourager ; on eût dit qu'ils étaient rassemblés dans ces murs croulants et battus de toutes parts ^ comme dans un lieu de fête ; les soldats ^ le tambourin à la main, chantaient la défaite d'Omer- Yrione afi i8a3, et, les yeux attachés sur le camp des Ottomans , ils attendaient leur approche avec la plus vive impatience ; les femmes, au momentoù les bombes éclataient à coté d'elles, erraient dans le bazar ou puisaient aux fcMitaines avec un calme étonnant ; les enfanf s se rangeaient en deux lignes opposées sur la place publique, et reproduisaient avec des transports de joie les batailles de leurs pères. Un OMtin, le ciel était orageux et couvert de noirs nuages ; les assiégés entendirent quelque» canonnades éloignées, et les prirent pour des coups de tonnerre. Vers midi , l'horizon s'étant éclairci, ils virent la flotte ottomane voguer et s'enfcxicer dans le golfe de Patras;. en même temps, une quarantaine de nswîres^
leur apparut dans le lointain ; à l'éclatante blancheur de leurs voiles , ils reconnurent l'armée navale des Grecs ; les soldats jetèrent en l'air leurs dalottes en signe d'allégresse ; les batteries de Vassiladi saluèrent l'arrivée de Mîaôulis, et la place fut en un moment ra* vi taillée.
Réchid, désespérant de réduire Missolonghi par la famine, tourna de nouveau tous ses efforts vers ses travaux de siège ; il 6t élever ▼îs-à-vis du Normànn une espèce de digue ayant quatre-vingts toises dé longueur et quatre de largeur ; sur cette montagne artificielle il établit des parapets , des gabions et des tou-* telles; une vigoureuse attaque le rendit maître dn Francklin , sur lequel il fit pratiquer trois galeries. Les Grecs opposèrent à cette batterie tin nouveau rempart et le garnirent de canons \ KitsosZavellas, Costas Fotomaras et Georges Valtinos, s'ou^rant un passage à travers le camp de Réchid , leur apportèrent des renforts ; encouragés par leur arrivée , les Missolonghites (Teusèrent une mine qu'ils chargèrent avec trois bombes; ils la firent jouer, fondirent sur le Francklin et s'en emparèrent; pour ranimer l'ardeur de ses soldats , le sérasquier se
montra sur la digue, et de sa propre main y planta soi\ étendard; à cette vue, les Albanais revinrent avec des cris de fureur; on se battit avec des pierres, des bâtons et des grenades lancées à la main ; les Grecs forcèrent à la fin les ennemis à rétrograder, et pendant toute la nuit ils les virent à la clarté de la lune chair-' ger plusieurs mulets de morts et de blessés.
Sur ces entrefaites , vint au sérasquier un capudgi-bachî qui lui répéta ces roots terribles : d Missolonghi ou ta têtei»^ les seuls que le Sultan lui eut adressés en lui conférant le commandement en cbef de la Romélie. Le ^i décembre, après midi, Réchid rassemble son armée , et des cavaliers , munis de fouets, font passer devant lui des milliers de Caclamanes, de Toxides, de Guègues et de Chaldoupes; le cîmeterrtB au poing, il les dirige sur les batteries de Rbigas, de Macri» et de Montalerabert; tout à coup le sol s'ébranle sous leurs pieds; une explosion entr'ouvre la terre et lance dans les airs, au milieu d'un épais tourbillon de fumée, des pierres et des corps mutilés qui, re-* tombant*sur les rangs des Turcs, écrasent ceux que leur éloignement avait d'abord sauvés du danger. Récfatd, assourdi par le bruit, frappé de stupeur, court çà et là en se Louchant le&
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oreilles, et va tomber dans sa tente presque évanoui. Tous ses soldats demandent à grands cris la levée du siège, tf Les bombes et les rai^ nés des guiaours, s'écrient-ils, renversent chaque jour nos ouvrages; Karaïskakis nous en-lève sans cesse nos provisions ^ et va jusqu'à nous couper toute communication avec Salone et Arta. » Dans sa détresse, le sérasquier adresse plusieurs lettres à Ibrahim-Pacba pour l'appeler à son secours ; nous en citerons une : (c Vous avez anéanti la race abjecte des Mo- « raïtes ; venez exterminer avec moi ces pé- « cheurs de Missolonghi qui , par leurs sorti- « léges , sont devenus autant de séitans ( satans ). x( J'avais élevé devant eux une montagne qui fc dépassait leurs murailles; ils viennent de la « détruire par la magie d'un certain Kokinis « qu'ils tiennent à leur solde. Un maudit Con« « stantin, envoyé de Napoli, a renversé toutes « mes fortifications; les infidèles réparent tous ce les jours leurs remparts qui tombent en <€ ruines; ils osent m'insulter du haut de leurs (c tours ; me laisserez-vous devenir la risée des <c guiaours ? La possession de toute la Grèce if est dans les murs de Missolonghi ; nous ne « devons avoir qu'un but, qu'une volonté, la « prise de cette ville. Un firman du Grand-