LIVRE IIL
Dénombrement des forces de la Turquie et de la Grèce insurgée. — Topographie militaire de la Grèce. — Les premiers mouvements des Hellènes ne sont qu'une suite d'efforts pour conquérir la Morée. — Combat de Lala. — Victoires de Marc - Botzaris à Gratsana , à Plesca, à Dramessous et à Plaça. — Débarquement du lieutenant de Chourchid - Pacha dans le Péloponèse.
— Sa défaite à Dolyana et à Valtetsi. — Apprêts des Hydriotes. — Nomination de Jacob Tombazis à l'amirauté. — Son serment. — Première expédition navale.
— Son but. — Introduction des brûlots dans la marine
grecque Embrasement d'un vaisseau de ligne turc
dans le golfe d'Adramèle. — Destruction de la ville de Cydonies. — Ses habitants trouvent un asile sur la flotte grecque. — Arrivée en Grèce de Démétrius Hypsilantis. — Il passe d'Hydra à Astros. — Comment il est accueilli par le peuple de la Morée. — Aperçu statistique de cette péninsule. — Intrigues de ses primats.
— Prise de Navarin et de Monembasic. — Tableau du camp grec qui assiège Tripolilza. — Apparition d'Alexandre Mavrocordatos. — Sa conduite envers D. Hypsilantis.— Son union avec Théodore Négris.— Portrait de Mavrocordatos et de Négris. — Ils passent dans la Grèce continentale , et se partagent ses provinces. — Coup-d'œil sur ces contrées. — Plan de la Porte. — Défaite du capitan - pacha près de Samos.
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— Combats de Fontana, du torrent Mêlas et du Sperchius. — Chute de Tripolitza. — Arrivée du Cretois Antoine Mélidone dans cette ville. — Il demande du secours pour sa patrie, et n'en obtient point. — Il retourne en Candie. — Insurge ses provinces. — S'em- •pare de la place d'Armyros. — Pénètre dans le canton de Rhéthemna. — Tue de sa main Glamidès et Géti* malisy deux Turcs renommés par leur bravoure. — Passe en Amari. — Bat les Turcs près de Janacariy de Mérone et de Thronoclissidi. — Son humanité envers les familles turques. — Ses brillantes victoires à Phourphoura. — Il devient l'idole des Cretois» et s'attire l'envie des Sphakiotes. — Son dernier exploit à Abadia. — Il est assassiné par Rhoussos, capitaine de Sphakia.
Après la défaite d'Alexandre Hypsilantis, la Turquie se fortifie davantage du côté du Danube, laisse une armée à la poursuite de Georges rolyrapien , et dirige le reste de ses forces contre la Grèce insurgée. Aux premiers transports de son aveugle fureur succèdent des efforts plus réguliers et mieux conduits ; elle se pourvoit d'armes et de vivres, fait de grandes levées de troupes, et se prépare à une lutte opiniâtre.
Elle entre dans la lice riche en numéraire ,
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entourée de cent soixante cohortes de janissaires, de trente mille canonniers et d'un corps noinbreiix de délis ou éclaireurs, répandus par tout lenipire. Ses forces maritimes montent à quinze vaisseaux de ligne , dix-sept frégates, vingt-quatre corvettes, et un grand nombre de navires à deux mâts. Dans l'intérieur de la Grèce vingt forteresses défendues par quatre-vingt mille soldats, des colonies militaires établies sur divers points de la Morée et de la Candie, semblent lui assurer la possession du terrain. Plus d'un riche vassal, plus tl'un puissant allié peut la secourir. L'Egypte et les États barbaresques peuvent lui fournir une marine plus considérable que la sienne, l'Albanie et la Bosnie des soldats plus courageux.
La Grèce épuisée, appauvrie par un long esclavage, ne peut lui opposer du côté du nord que dix-huit mille Roméliotes. Ces Grecs, quoique peu nombreux , sont formidables par un courage à toute épreuve; accoutumés dès leur enfance à toutes les privations, ils bravent la faim , la soif et l'insomnie : ils sont agiles comme l^s chevreuils et forts comme
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les lions (i); leur poitrine, large comme une cuirasse, renferme une ame vigoureuse; leur coutume est de combattre derrière un rocher : placés sous cette espèce de bouclier que le
(i) Ces Klephtes, ainsi que ceux du Péloponèse, offrent sous bien des rapports une ressemblance frappante avec les braves d'Homère : une taille mince et svelte, regardée par les héros de llliade comme un rare avantage, e;st aussi pour eux le don le plus précieux que la nature puisse accorder à un guerrier. Leurs chefs estiment les traits prononcés, les formes colossales d'Ajax, et méprisent les grâces et le teint délicat de Paris ; ils affectent la fière démarche d*Agamempon; comme Achille, ils laissent leur chevelure flotter sur leurs épaules ; ils aiment la beauté sauvage^ et plusieurs d'entre eux, ainsi que le fameux Kyriakoulis, laissent tellement croître leurs moustaches , qu'ils peuvent les attacher à leurs oreilles. Le disque et le saut, délassements favoris des héros antiques^ sont aussi les amusements de leur loisir: j'ai vu plusieurs d'entre eux, et surtout le capitaine Gouras, ambitionner l'honneur d'exceller en cette gymnastique. La vieillesse est respectée sous leurs tentes , comme elle Tétait sous celles des Atrides : j'ai vu le grand Karaïskakis baiser la main au septuagénaire Karatassos, et supporter patiemment des reproches de
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sol inégal et montueux de la Grèce leur offre à chaque pas, ils savent décharger leurs armes avec une vitesse étonnante , et par un feu toujours nourri envoyer la mort aux ennemis sans s'exposer à leurs coups. Trente-cinq mille Péloponésiens moins aguerris , moins vaillants que les soldats de la Romélie, et quinze mille Cretois 9 armés de fusils d'une longueur et d'une portée extraordinaires, complètent les troupes de terre des insurgés. Leurs forces navales consistent en cent cinquante bricks ( i ) , fins voiliers, et montés par neuf mille cinq cents marins qui égalent en habileté, et sur-
vieux soldats. Lancienneté des familles est considérée parmi eux comme dans les siècles héroïques : un jour, Pierre Mavromichalis , vieilkrd simple et respectable, s étant emporté contre un homme qui ne devait son élévation qu'à Finsurrection grecque : «Homme d'I lier, lui dit -il dans son indignation, « oses -tu bien, te mesurer avec celui dont l'origine « est aussi ancienne que les sommets du Taygète? »
(i) Au commencement de la révolution, les Hydriotes en comptaient soixante-cinq ; les Spezziotes , cinquante, et les Ipsariotes, trente -cinq. Maintenant il n'en reste que quatre-vingt-quinze, les aur très ayant été transformés en brûlots.
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passent en bravoure les matelots de l'Angleterre et de la Hollande.
La position de la Grèce, la nature de son terrain, favorisent les efforts de ses enfants; la mer qui l'entoure, parsemée d'ilôts, présente de tous côtés des écueils aux flottes ennemies ; des montagnes escarpées et presque inaccessibles défendent ses frontières ; dans son intérieur , le défilé de Tempe où l'Olympe et l'Ossa viennent se toucher , le pas des Thermopyles , les hauteurs de Kirata en face de la Mégaride , sont autant d'obstacles au débordement d'une armée d'invasion; dans le reste du pays, de profonds ravins , des marais étendus , des routes impraticables pour des attelages , et souvent si étroites qu'un homme à cheval a de la peine à les parcourir, des rochers qui présentent à chaque pas aux moiltagnards des postes militaires, des villages qui, placés sur des érainences , servent de places d'armes aux naturels du pays , tout semble s'opposer à la marche d'un conquérant : il est forcé de disputer chaque pouce de terrain , et de voir souvent ses communications entravées, sans pouvoir remuer sa grosse artillerie, ni faire manœuvrer sa cavalerie.
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Dès les pi^emîers jours de Tinsurrection , les Grecs , sentant que l'issue de la guerre qu'ils ODt eqtreprise dépend en grande partie du sort du Péloponèse , dirigent tous leurs efforts du côté de cette péninsule. Les plus braves des paisibles insulaires de l'Archipel, une foule de Thessaliens et de Macédoniens échappés aiu iBassaeces de Salonique , de Smyrne et de Constaatinople, les fils de plusieurs négociants établis chez l'étranger, les jeunes gens les plus instruits, tous apportent aux Péloponésiens lews bras, leurs richesses et leurs lumières.
Au commencement du printemps, 18111 , André Métaxas , à la tête de six cents Céphaioniens et Zantiotes, vient attaquer Lala, ville de l'Élide, peu dtstsmte de l'Alphée et habitée par une race belliqueuse d'Albanais. Les Laliûtes vienpent à sa rencontre; après avoir long-temps et vaillamment combattu, ils perdent trois cents hommes, et bientôt mettant le feu à leurs maisons ils se retirent à Patras.
Cet échec jette la consternation parmi les Ottomans de la Morée; saisis d'une terreur aveugle, ils s'enferment dans les places fortes; des bandes de montagnards Içs poursuivent casque sous les murs de leurs forteresses ; une-